26 décembre 2019

La Passe-miroir. 4. La Tempête des échos - Christelle Dabos

dabosVéritable coup de cœur, La Passe-Miroir est une série dont j'ai attendu la suite avec fébrilité. Afin de savourer le dernier tome sorti fin novembre dans les meilleures conditions, j'ai décidé de relire les trois premiers d'abord. Bien m'en a pris, puisque Christelle Dabos tisse tout au long de son histoire les fils qui nous conduisent vers l'affrontement final entre Ophélie et Thorn d'une part et Dieu et l'Autre d'autre part.

Alors que le couple formé par la petite animiste et l'austère ex-surintendant du Pôle a trouvé à Babel le document lui permettant d'identifier Dieu, Archibald, Renard, Gaëlle et la petite Victoire cherchent à obtenir l'aide de Janus sur Arc-en-terre.
Le temps presse car les arches commencent à s'effondrer et les visions prémonitoires d'Ophélie annoncent une catastrophe. Persuadés que la clé de la création de Dieu et des esprits de famille se trouve à l'Observatoire des Déviations, Thorn et Ophélie s'y rendent sous couverture.

Mon verdict : je suis définitivement une adepte de cette série. Elle puise ses références dans des univers que j'adore (Philip Pullman, Miyazaki, le steampunk) et les mêle avec brio à toute une mythologie inventée par l'auteur. Il y a presque de la science-fiction dans ce dernier tome. J'ai aussi pensé à La Machine à explorer le temps de H.G. Wells. Babel est une arche sur laquelle règne une ambiance orwellienne avec ses censeurs, son Index et ses inombrables livres détruits. 

Je reconnais néanmoins avoir été un peu moins époustouflée ce tome tome. Je pense qu'il est toujours très compliqué de clôturer une série qui a rencontré tant de succès, d'autant plus dans un délai raisonnable. Cela explique peut-être quelques maladresses dans le style et une fin qui m'a souvent fait penser à un film d'action peu original (j'avais eu le même sentiment en découvrant l'affrontement final entre Voldemort et Harry Potter).
Malgré ma relecture de l'intégralité de la série, j'ai aussi eu du mal à suivre certaines explications concernant les échos, l'Autre, l'Ombre (dont la présence me semble bien opportune) et Dieu. Toute la partie avec Lazarus m'a ennuyée, une grande première avec La Passe-Miroir.
Malgré tout, ce dernier tome m'a globalement plu et c'est avec beaucoup de tristesse que j'ai tourné la dernière page de ce livre. Bien qu'émoussé, mon intérêt a été ravivé par les découvertes que nous faisons au sujet de la Déchirure. C'est simplement brillant. Moi qui ai si peu d'imagination, j'ai du mal à concevoir qu'on puisse créer un univers aussi riche que celui dans lequel évolue Ophélie.
De même, la grande force de cette série, ce sont ses personnages. Si l'on peut regretter de si peu voir certains d'entre eux (Archibald et son humour en tête), d'autres comme Seconde les remplacent avec brio. Ophélie et Thorn sont des héros peu ordinaires avec toutes leurs cicatrices et leur comportement inadapté à la vie en société, mais cela en fait sans aucun doute l'un des couples les plus attachants de la littérature (rien que ça !).
Je ne vous dirais bien sûr pas comment tout cela se termine. C'est sombre, c'est frustrant, mais cela me va. Nul doute que de nombreuses fanfictions vont fleurir sur la toile. Quant à Christelle Dabos, j'attends de pied ferme ses prochains livres.

Gallimard jeunesse. 564 pages.
2019.

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08 juin 2016

La Passe-miroir. 2. Les disparus du Clairdelune - Christelle Dabos

couv49338046Après un premier tome enchanteur qui a conquis de nombreux lecteurs (dans l'actualité, Gallimard a proposé son concours du premier roman jeunesse pour la deuxième fois, et le lauréat vient d'être dévoilé), Christelle Dabos nous permet de retrouver ses personnages dans un deuxième opus à nouveau très réussi.

Ophélie doit cesser de dissimuler son identité et faire son entrée officielle en tant que fiancée du sinistre Thorn à la cour de Farouk, le redoutable esprit de famille du Pôle. Bien que celui-ci tombe curieusement sous le charme de la maladroite jeune fille, la position du clan des Dragons, décimé depuis le terrible accident de chasse du tome précédent, reste précaire. Quelqu'un semble de plus décidé à ce que le mariage de l'intendant et de la jeune animiste n'ait jamais lieu, par crainte qu'il ne permette le déchiffrage du Livre de Farouk. Cet enjeu semble si important que des disparitions commencent à se produire au Clairdelune, l'ambassade, le seul lieu sûr du Pôle jusqu'à présent.
Et comme la situation n'était pas assez inquiétante, la famille d'Ophélie annonce son arrivée au Pôle.

J'avais dévoré le premier tome, je n'ai fait qu'une bouchée du second. Retrouver le Pôle et ses illusions, ses complots, la maladresse d'Ophélie, les tentatives de Thorn de se comporter en être humain, a été un véritable délice.
L'intrigue avance beaucoup. Bien entendu, de nombreuses questions restent en suspens (Christelle Dabos ayant décidé de nous gâter avec quatre tomes), mais les personnages se dévoilent, et leurs projets également. Par ailleurs, nous quittons Ophélie à intervalles réguliers dans ce tome pour découvrir les souvenirs intrigants d'un jeune être. Le fameux "Dieu" (dont il est question de façon si succinte dans le tome précédent, qu'on pense à des passages sans importance), commence à apparaître, et il ferait presque peur.
La Déchirure qui a fait naître les arches se met à occuper une place de plus en plus centrale. L'intrigue amoureuse est également développée, et si les ficelles utilisées n'ont rien de très original, je n'ai pas boudé mon plaisir et le couple formé par Ophélie et Thorn a fait battre mon grand coeur.

Je pourrais regretter le fait que les membres de l'entourage d'Ophélie (Bérénilde en tête) semblent avoir été privés des aspects de leur personnalité qui en faisait des êtres avec lesquels on ne savait pas sur quel pied danser, mais ce deuxième tome est autant un coup de coeur que le premier.

A quand la suite ?

Gallimard. 549 pages.
2015.

 

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30 janvier 2016

Les fiancés de l'hiver (La passe miroir, tome 1) - Christelle Dabos

 

61xRkwKL9wLDepuis la Déchirure, le monde est divisé en arches qui n'ont que peu de contacts entre elles. Chacune de ces arches est gérée par un esprit de famille, aïeul de tous les habitants de son territoire. Ophélie vit sur Anima avec ses parents, ses frères et soeurs, ses tantes et oncles, et surtout ses inombrables cousins. Son rôle est de tenir le musée familial qui renferme des objets se rapportant à l'histoire de sa famille. C'est une lectrice remarquable. En effet, en touchant les objets, elle peut lire leur histoire et celle de leurs propriétaires successifs. Par ailleurs, c'est une passeuse de miroirs, ce qui lui permet de se déplacer d'un miroir à l'autre et parfois d'échapper aux pressions exercées sur elle par sa mère et sa soeur. Car cette jeune femme maladroite et peu attentive à son apparence a la mauvaise habitude de décevoir sa famille quand il s'agit de la marier. Elle a déjà refusé deux cousins, mais le troisième mariage qu'on lui propose semble difficile à refuser. Il a été organisé par les Doyennes, sans consultation de sa famille, et surtout, avec un habitant du Pôle !
La rencontre avec son fiancé, le brutal et taciturne Thorn, la laisse perplexe. Pourquoi les Dragons veulent-ils de cette union alors que Thorn semble aussi hostile qu'Ophélie à l'idée de se marier ? Pourquoi les Doyennes d'Anima ont-elles choisi Ophélie ? Et surtout, pourquoi les gens semblent-ils si hostiles les uns envers les autres sur la Citacielle du Pôle, la nouvelle demeure d'Ophélie ?

J'ai ouvert ce livre avec énormément d'attentes. Il est encensé de partout, le second tome vient de sortir et semble provoquer l'hystérie chez certaines (je n'ai pas encore lu d'avis de garçons). Pourtant, ces derniers temps la littérature jeunesse m'agace. J'en ai toujours lu, j'y ai découvert des pépites, mais mes dernières lectures étaient pleines de clichés et de facilités.
Je vais tout de suite mettre un terme à l'insoutenable suspens que j'ai créé avec mon premier paragraphe : j'ai absolument adoré Les fiancés de l'hiver. Cela faisait longtemps, tous genres confondus, que je n'avais pas plongé dans un livre avec un tel plaisir.
Le monde créé par Christelle Dabos s'inspire de nombreux autres que j'apprécie énormément. L'auteur plante son décor essentiellement dans la première partie du roman, mais prend le soin de décrire chaque nouvel objet ou nouveau personnage avec soin, de façon à ce que l'on s'imerge complètement dans cet univers. On pense à Philip Pullman, à Hayao Miyazaki pour la Citacielle, la magie et les illusions, mais aussi pour son personnage féminin.
Ophélie est une jeune femme peu attrayante (et peu soucieuse de son apparence), maladroite, mais surtout doté d'un fort caractère et d'une grande curiosité. Les autres personnages ont tous leur place, aucun n'est là pour le décor (même si certains cachent très bien leur jeu). On pourrait penser que le duo (trio ?) amoureux risque de glisser du côté du cliché (la jeune et effacée jeune fille qui se révèle peu à peu rencontre le taciturne et brutal Thorn et va briser la glace qui lui sert de coeur...), mais Christelle Dabos gère parfaitement cet aspect de l'histoire en le développant juste assez pour lancer l'intrigue sentimentale tout en nous épargnant le moindre passage dégoulinant. Les histoires d'amour ne sont d'ailleurs pas heureuses au Pôle ou sur Anima.
L'intrigue se met doucement en place dans ce premier tome, et nous fait essentiellement nous interroger sur le fonctionnement de la société du Pôle. Loin de l'ambiance familiale d'Anima, le monde de Thorn est divisé en castes, en familles rivales aux pouvoirs redoutables. Les faux-semblants, les meurtres et les complots sont légions. Ophélie tente tant bien que mal de se faire discrète tout en enquêtant sur les raisons de sa présence dans ces lieux et sur les très nombreuses choses que son fiancé lui cache. On a beau être dans un roman jeunesse, Christelle Dabos ne se gêne pas pour décrire des scènes et des personnages à la limite du glauque, Farouk en tête (bon, on n'est pas chez Ian McEwan à ses débuts non plus).

Sans avoir la profondeur d'A la croisée des mondes (la série à laquelle j'ai le plus pensé en lisant ce livre), La Passe-Miroir est un roman remarquable et passionnant de bout en bout. Il me tarde de découvrir la suite.

Gallimard. 528 pages.
2013.

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