14 février 2013

Le silence du bourreau - François Bizot

40744Alors que j'étais bien décidée à reprendre un bon rythme sur ce blog, les dieux de l'informatique se sont ligués contre moi. J'ai pourtant beaucoup lu en ce début d'année, et je prévois de vous faire partager mes découvertes aussitôt que les questions techniques seront réglées.
Afin de respecter mes engagements, je vais quand même vous parler d'un livre aujourd'hui.

 Il s'agit d'un documentaire témoignage écrit par François Bizot, un anthropologue spécialiste des religions en Asie du Sud-Est. En 1971, en pleine guerre civile, il est au Cambodge. Arrêté et accusé d'espionnage, il est détenu trois mois dans un camp khmer, dont le chef est un certain Douch, un jeune homme d'apparence plutôt frêle. Sa libération rapide est due à ce dernier. Les compagnons de voyage de François Bizot ne seront pas aussi chanceux puisqu'ils seront exécutés, comme la plupart des prisonniers du camp.
Des années plus tard, alors qu'il visite une ancienne prison khmer où l'on a torturé et exécuté des milliers de personnes, François Bizot reconnaît en la personne de son directeur son ancien libérateur, le fameux Douch. Finalement arrêté à la fin des années 1990, celui-ci est traduit devant la cour de justice chargée du procès des khmers rouges.
François Bizot est alors appelé à témoigner.

Ce livre est très curieux. Contrairement à ce que l'on imagine en lisant sa quatrième de couverture, il ne s'agit pas du récit de la captivité de François Bizot ni de ses découvertes ultérieures en rapport avec les crimes commis par les khmers rouges.
Ce dont il est surtout question dans ce document, c'est de son auteur. Et ce qui obsède François Bizot, c'est l'humanité et ses crimes. Son récit commence par un meurtre, commis par lui-même, sur sa chienne, des années avant sa rencontre avec Douch.
Tout le livre est construit de manière à nous exposer la conviction de François Bizot que les crimes que commet l'autre nous remettent tous en cause. Pour lui, le procès des khmers rouges aurait dû être celui de l'humanité, seule condition pour que les massacres du XXe siècle aient une utilité. Or, le procès des bourreaux sert surtout à expier les fautes de tout le monde, et à permettre aux gens moins impliqués de rejeter ce qui devrait pourtant les concerner. François Bizot dénonce particulièrement le fait que les khmers jugés, tout comme les nazis, se sont vus qualifier de "monstres", comme s'il fallait leur créer une espèce particulière pour les distinguer des autres. Or, selon l'auteur, on ne peut se dispenser de voir l'humain derrière leurs actes car c'est bien l'homme qui est pourri quelque part pour en arriver à commettre de tels crimes, et donc l'homme qu'il faut remettre en cause.

" Un geôlier khmer rouge, c'était le contraire de moi, mais c'était encore moi, jusque dans la décadence."

Tout le travail de recherche effectué par Bizot en tant qu'anthropologue découle de ce principe. Bien avant cette histoire, même à la grande époque du structuralisme, il a déjà adopté cette position. Les jugements des uns et des autres sont erronés pour lui dans la mesure où les accusateurs se contentent de voir le monstre quand les défenseurs n'invoquent que l'homme, et parce que tous ne voient que l'autre et non eux-mêmes. Cette réflexion était aussi présente dans Le liseur de Bernhard Schlink, qui évoque un autre système génocidaire, celui des nazis. Elle permet d'alerter sur la nécessité de ne pas se perdre dans des jugements rapides et tronqués tout en ne justifiant aucunement les atrocités commises.

Après cette partie, le livre nous propose la retranscription du témoignage de François Bizot lors du procès de Douch. On y retrouve les idées précedemment évoquées, et l'on perçoit le souci du témoin de les édicter de manière à ne pas trahir ses amis victimes et leurs familles qui attendent justice soit faite.

Dans l'ensemble, cette lecture ne m'a pas captivée. J'avoue que cela vient en partie du fait que j'ai choisi cette lecture en espérant y trouver une dimension historique. Mais j'ai aussi trouvé la construction de ce livre décousue, en raison des redites et des renvois d'une partie à l'autre.

Merci à Lise des éditions Folio pour l'envoi.

Folio. 273 pages.
2011 pour l'édition originale.


Posté par lillounette à 14:35 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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