30 mars 2020

La Peste écarlate - Jack London

la-peste-ecarlate" Dès 1929, un illustre savant, nommé Soldervetzsky, avait annoncé qu’une grande maladie, mille fois plus mortelle que toutes celles qui l’avaient précédée, arriverait un jour, qui tuerait les hommes par milliers et par milliards. "

En 2073, James Howard Smith, désormais un très vieil homme, se promène en compagnie de jeunes garçons dans la baie qui était autrefois celle de San Francisco. Ils rencontrent des animaux sauvages, chassent, puis s'installent pour manger au coin du feu. Le grand-père raconte alors qu'en 2013, le monde a été ravagé par une terrible pandémie, la peste écarlate. Ce mal, qui terrassait ses victimes en quelques heures (voire quelques minutes), s'est répandu comme une traînée de poudre alors que Smith était un respectable professeur d'université et n'a laissé que de rares survivants.

Depuis quelques temps, La Peste de Camus connaît un regain de popularité. Gageons qu'avec les semaines de confinement encore devant nous, d'autres titres pourraient connaître le même sort, à commencer par cette nouvelle de Jack London. 
On y retrouve certains points communs avec notre actualité : l'émergence de la maladie qui n'inquiète pas vraiment pour commencer, puis une propagation rapide, la course contre la montre pour trouver un remède et l'exode massif depuis les villes vers les campagnes qui permettent l'expansion encore plus rapide de la Mort écarlate.

Même si cela peut sembler curieux d'imaginer le créateur de L'Appel de la forêt, de Croc-Blanc ou de Martin Eden en auteur de textes post-apocalyptiques, on retrouve dans La Peste écarlate les thèmes qui lui sont chers.
La nature, agressée par l'homme, a très vite repris ses droits. Les ours et les loups sont de retour. Certains animaux domestiqués sont retournés à la vie sauvage.
Jack London demeure un auteur attaché à la dénonciation des inégalités sociales. Le monde détruit par la peste écarlate était un monde injuste. Les classes dirigeantes exploitaient les producteurs tout en ne faisant rien ou presque d'elles-mêmes. Bien que le texte date du tout début du XXe siècle, Jack London avait pressenti la société de consommation.

" — Nous appelions, en théorie, ceux qui produisaient la nourriture des hommes libres. Il n’en était rien et leur liberté n’était qu’un mot. La classe dirigeante possédait la terre et les machines. C’est pour elle que peinaient les producteurs, et du fruit de leur travail nous leur laissions juste assez pour qu’ils puissent travailler et produire toujours davantage. "

Après la pandémie, les rapports de force vont être bouleversés. Plus personne ne sait lire, compter. La valeur de l'argent a disparu. Pour autant, l'auteur ne se fait aucune illusion sur le fait que l'homme, une fois devenu dominant, se comporte comme une brute avec ses semblables. Quelles que soient ses origines.

" Les trois types éternels de domination, le prêtre, le soldat, le roi y reparaîtront d’eux-mêmes. La sagesse des temps écoulés, qui sera celle des temps futurs, est sortie de la bouche de ces gamins. La masse peinera et travaillera comme par le passé. Et, sur un tas de carcasses sanglantes, croîtra toujours l’étonnante et merveilleuse beauté de la civilisation. Quand bien même je détruirais tous les livres de la grotte, le résultat serait le même. L’histoire du monde n’en reprendrait pas moins son cours éternel ! "

La perte du savoir humain a permis le retour des superstitions. Le Loucheur, charlatan sorcier, terrorise les gens avec son bâton de la mort. Une lueur d'espoir malgré tout, la préservation des ouvrages contenant les anciennes connaissances. On sait combien l'auteur était attaché aux livres.

Thélème. 2h27.
Lu par Pierre-François Garel.
1912 pour l'édition originale.

Une lecture commune organisée par Claudialucia.

Challenge jack london 2copie

Posté par lillylivres à 06:00 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , ,


01 novembre 2009

Et on tuera tous les affreux ; Boris Vian

9782253146162_G_1_Le Livre de Poche ; 224 pages.
1948
.

J'avais annoncé en 2007 mon intention de participer au moins une fois dans l'année qui suivrait au blogoclub. Naturellement, ça ne s'est jamais fait. Je pense que l'on peut remercier ma récente panne de lecture (du moins en ce qui concerne les romans), car elle m'a donné envie d'un livre qui me saurait me distraire et que je pourrais lire sans lutter désespérément pour comprendre chaque phrase.

Après Elles se rendent pas compte, je me suis décidée pour Et on tuera tous les affreux. Que j'ai trouvé encore meilleur. L'histoire ? Rocky, un jeune homme de dix-neuf ans et demi beau comme un dieu, a décidé de rester vierge jusqu'à ses vingt ans. Lors d'une soirée, il est enlevé, et se retrouve nu, dans une chambre, avec une sublime jeune femme qui ne rêve que de s'occuper de lui.
Il refuse, contraignant ses gardiens à utiliser des méthodes beaucoup moins agréables pour obtenir ce qu'ils veulent. Quand ils le délivrent, il se rend dans le bar d'où il a disparu, et découvre qu'un meurtre vient de s'y produire. Convaincu de l'existence d'un lien entre cet assassinat et sa propre aventure, Rocky décide d'enquêter.

Cette nouvelle rencontre avec Vian a été un délice. J'ai adoré son ton relâché et bourré d'humour. Rocky est un cliché ambulant, aussi inconscient que l'étaient les héros de Elles se rendent pas compte, mais tellement attachant ! "On ne le dirait pas à me voir, mais les bosses que font mes muscles sont les apparences trompeuses sous lesquelles je dissimule mon petit coeur de Cendrillon."
Le côté "policier" de l'enquête est encore plus dans le n'importe quoi, avec des agents fédéraux, des complexes ultra-sophistiqués qui font basculer ce livre dans l'anticipation, mais aussi du côté du paradis perdu avec une île où tous les hommes visent la perfection physique, et où on vous enferme dans des chambres avec de superbes créatures si vous êtes dans les bonnes grâces du propriétaire.
Sous cet aspect complètement loufoque, Et on tuera tous les affreux aborde également un sujet plus grave et totalement intemporel, celui des canons de beauté, qui empoisonnent les époques, mettent ceux qui n'y correspondent pas dans les marges, et obligent tout le monde à viser un idéal qui n'est idéal que tant que tout le monde ne l'a pas atteint. On peut également voir dans ce livre des échos à la politique de "purification de la race allemande" par les nazis, mais aussi aux débats bioéthiques qui sont actuellement en cours (les bébés sur commande par exemple). Bref, un livre bien plus profond qu'il n'y paraît, mais qui ne nous enlève pas une seconde notre sourire.

Et maintenant, grand moment : le logo du Blogoclub ! blogoclub_1_

Posté par lillounette à 09:21 - - Commentaires [25] - Permalien [#]
Tags : , , ,