20 juin 2018

Le Chagrin des vivants - Anna Hope

annaDurant les jours qui précèdent l'arrivée du soldat inconnu en Grande-Bretagne, trois femmes, par leurs rencontres ou leurs souvenirs, vivent le désespoir laissé par la Première Guerre mondiale. La première, Hettie, danse avec des vétérans, la seconde, Evelyn, travaille pour un service de gestion des indemnités qu'on verse à ces anciens soldats. Quant à Ada, elle pleure son fils disparu en France.

Premier roman d'Anna Hope, Le Chagrin des vivants est un roman sur lequel je n'ai entendu que des louanges. Je suis loin du coup de coeur, mais c'est une lecture que j'ai malgré tout beaucoup appréciée.
Les chapitres courts, qui se consacrent tour à tour à chacune des trois héroïnes du roman, avec quelques passages intercalés nous racontant le choix du soldat inconnu, puis son voyage jusqu'à Londres, nous permettent de dévorer à toute vitesse ce roman.
Il faut dire qu'elles sont attachantes Hettie, Evelyn et Ava, toutes meurtries à leur façon par ce conflit qui n'a fait que des victimes. Bien qu'à l'arrière, loin de l'horreur des tranchées, elles vivent le retour ou l'absence de ces hommes que l'on a pris pour de la chair à canon. Comme beaucoup de romans évoquant l'après guerre, il est question ici du décalage entre ceux qui sont rentrés et les autres. Les vétérans sont traumatisés, honteux, incapables de renouer avec leur ancienne vie. Les civils sont dans le déni ou contemplent en silence la souffrance de leurs proches. Ils n'osent pas poser les questions qui risqueraient d'anéantir tout espoir que les choses redeviennent comme avant.
Si la symbolique du soldat inconnu est forte, et si elle permet à ceux dont un proche n'est jamais revenu d'avoir un point de repère, il s'agit aussi d'une manoeuvre hypocrite. Les vétérans voient leurs pensions diminuer si leur infirmité n'est pas assez importante. En Grande-Bretagne comme ailleurs, on les laisse sans emploi, réduits à colporter des babioles s'ils le peuvent. Quant à avoir un suivi psychologique, ces pauvres hommes sont nés des décennies trop tôt.
Anna Hope est tout en retenue dans ce roman, peut-être un peu trop. Elle évoque les monstruosités de la guerre, les faiblesses de l'homme, mais le seul passage qui m'a véritablement retourné les tripes est celui décrivant un homme tremblant et se frappant le bras qui lui a fait commettre la pire action de sa vie.

Sur la Première Guerre mondiale et ses suites, je n'ai jamais rien lu de plus puissant que les livres d'Erich Maria Remarque et Le Chemin des âmes de Joseph Boyden, mais Le Chagrin des vivants est un beau livre avec des héroïnes fortes dont on ressort ému.

Les avis de Yueyin, Hélène, Maryline et Sandrine (conquises). Valérie est plus partagée.

Gallimard. 383 pages.
Traduit par Elodie Leplat.
2014 pour l'édition originale.

 

Source: Externe