06 juin 2021

Le Vent dans les saules - Kenneth Grahame

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Grand classique de la littérature anglaise jeunesse, Le Vent dans les saules aura attendu une thématique animalière du Mois Anglais pour enfin sortir de ma PAL.

Dans un monde où les animaux vivent de manière civilisée dans la nature, Mr Taupe quitte un jour sa modeste maison souterraine pour découvrir la rivière alentour. Il devient l'ami de Mr Rat. Ensemble, ils organisent des virées en barque au bord de la rivière et des pique-nique. Ils partent aussi à la rencontre de Mr Blaireau et tentent de sauver Mr Crapaud de son addiction aux voitures et de sa vanité.

Si vous cherchez à vous évader dans un monde doux, fantasque, fait de petites choses du quotidien et d'une pincée de rêves, je vous invite à découvrir ce roman.
Mr Rat et Mr Taupe forment un duo adorable. Fins gourmets, curieux bien que casaniers et bienveillants envers tout le monde, leurs petites aventures ont un charme irrésistible.

Cette jolie histoire est portée par une écriture magnifique, avec des descriptions de la nature très imagées qui en font un véritable personnage. Les saisons défilant, elle se montre tour à tour terrifiante et protectrice avec ses habitants. Les roseaux chantent. Dans l'un de mes chapitres préférés, la nature est même personnifiée par une créature que ne renierait sans doute pas Hayao Miyazaki.

Tout n’est pas rose et naïf cependant. Nos petits héros ont des amitiés parfois mises à rude épreuve, comme celle qu’ils entretiennent avec l’insupportable Mr Crapaud. Même dans ce monde, il y a une hiérarchie entre les êtres et des faiblesses de caractère.

Une pépite des excellentes éditions Phébus.

Phébus. 203 pages.
Traduit par Gérard Joulié.
1908 pour l'édition originale.

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01 mars 2021

L'Homme qui savait la langue des serpents - Andrus Kivirähk

kivirahkAutrefois, les Estoniens vivaient dans la forêt, où la langue des serpents leur permettait de communiquer avec les animaux. Lorsque les hommes de fer sont arrivés, ils ont d'abord pu se défendre. Leurs sifflements réveillaient la salamandre qui les menait au combat.
Puis, les Estoniens ont commencé à sortir de la forêt, à construire des villages et à cultiver la terre. Ils ont renié leurs anciennes coutumes, se sont convertis au christianisme et ont oublié la langue des serpents.
Leemet est né dans un de ces villages. A la mort de son père, sa mère choisit de retourner dans la forêt. Leemet grandit donc dans ce monde où les ours séduisent les femmes, où des anthropopithèques élèvent des poux géants et où les louves sont élevées pour leur lait. Avec son oncle Vootele, il apprend la langue des serpents et rêve de voir revenir la salamandre.

Après l'Amérique Latine, dont j'ai exploré la littérature durant un mois, je pose mes bagages en Europe de l'Est avec Goran, Eva et Patrice. L'occasion de découvrir L'Homme qui savait la langue des serpents, roman estonien qui a rencontré un certain succès en France.

Il n'est pas facile de résumer ce livre, ni de trouver une façon de donner envie de le lire à des personnes plutôt réfractaires à la littérature dite de genre. Pourtant, c'est l'une de mes meilleures surprises de ces dernières années.

La postface explique combien ce livre, qui a l'apparence d'un conte, est une critique bien réelle de la société estonienne contemporaine: on y retrouve l'attrait de l'Occident (l'Estonie a participé à l'intervention en Irak au début des années 2000), mais aussi l'envie d'une frange de la population de se rapprocher de la terre et du folklore traditionnel. Des tendances présentes aussi chez nous, pour le meilleur et pour le pire.

A travers son univers merveilleux riche, qui m'a fait penser à des merveilles de Miyazaki comme Princesse Mononoke et Nausicaa de la vallée du ventL'Homme qui savait la langue des serpents est une oeuvre sur le temps qui passe. Les sociétés évoluent et broient ceux qui restent en arrière.

Ce qui puait, c’étaient les mots des serpents : c’étaient ces connaissances, devenues inutiles et superfétatoires dans le monde nouveau, qui pourrissaient en sécrétant une odeur doucereuse. D’un coup, mon avenir m’apparut avec une terrible clarté – une vie solitaire au fond des bois, avec quelques reptiles pour seuls compagnons, tandis qu’à l’air libre galoperaient les hommes de fer, chanteraient les moines, et que des milliers de villageois iraient moissonner à la faucille. J’étais vraiment une feuille morte, une feuille de l’an dernier qui par malheur avait poussé trop tard pour voir la splendeur de l’été. Avec le printemps, l’arbre se couvrait de feuilles nouvelles, encore tout vertes et qui bruissaient bêtement. L’été dernier était tombé dans l’oubli, ses dernières traces étaient en train de s’évaporer. J’inspirai très fort – pas de doute, c’était bien l’odeur de la décomposition.

Certains remplacements ne se font malheureusement qu'en surface. Le christianisme ne remplace pas positivement la barbarie des sages de la forêt. L'ignorance continue à dominer le monde et à tuer beaucoup trop d'innocents.

C'est éprouvant. Bien que le ton employé soit souvent humoristique, que certaines scènes qui devraient nous retourner l'estomac ou nous laisser perplexe nous fassent sourire, c'est une histoire sombre que nous conte Leemet. Dès la première phrase, nous savons qu'il est seul, et tout au long du livre il nous martele qu'il sera le dernier. On ignore pourtant à quel point cela sera dur, violent et douloureux. La première disparition m'a sonnée, les suivantes m'ont plongée dans une tristesse profonde, à la fois pour Leemet et pour ce monde qu'il voit disparaître.

Alors pourquoi s'infliger ça ? Pour la beauté de certains passages, malgré quelques incursions dans le registre familier qui m'ont surprise. Pour les personnages de Vootele, des anthropopithèques, d'Ints, du grand-père et même des fanatiques Ülgas et Johannes. Parce que c'est une lecture inclassable, inhabituelle mais surtout réussie que j'ai lue presque d'une traite.

Une lecture aux mille facettes pour débuter mon Mois de l'Europe de l'Est en beauté.

Les avis de Sylire (qui m'a fait plonger), Keisha, Ingannmic, Karine, Maggie (plus mitigée) et Claudialucia.

Audiolib. 13 heures et 57 minutes.
Traduit par Jean-Pierre Minaudier.
2007 pour l'édition originale.

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04 août 2018

The Travelling Cat Chronicles (Mémoires d'un chat) - Hiro Arikawa

catQuoi ? Si c’est vrai que nous, les chats, on peut voir les esprits ? Eh bien, figurez-vous… qu’il y a certaines choses qu’il vaut mieux laisser sans explication. Un peu de mystère, ça fait pas de mal dans la vie, non ?

Un chat errant, renversé par une voiture, est recueilli par Satoru Miyawaki, un jeune homme de vingt-cinq ans. Celui-ci finit par l'adopter et le nomme "Nana", "sept" en japonais. Nana n'aime pas beaucoup ce prénom, trop féminin à son goût, mais il abandonne volontiers la rue pour vivre avec son nouvel ami.
Cinq ans plus tard, Satoru ne peut plus garder Nana, et se met en quête d'un nouveau maître pour lui. Il contacte alors ses anciens amis, et leur rend visite avec son chat afin de vérifier qu'il pourra s'épanouir chez eux.

Lorsque j'ai découvert l'existence de ce livre, je n'ai lu que des extraits mettant en scène Nana. De ce fait, je pensais lire un texte très léger. Je n'irai pas jusqu'à dire que ce livre m'a bouleversée durablement, ce n'est pas un grand roman, mais il en dit beaucoup sur les liens pouvant attacher un animal à son maître ainsi que sur les relations humaines.
La forme du livre est à mi-chemin entre le roman et un recueil de nouvelles qui aurait toujours les mêmes personnages principaux, Satoru et Nana. Seules les dernières parties permettent de relier entre eux les autres textes. Il y a peu d'action, et la dernière étape du voyage de Nana et Satoru est même plutôt contemplative, mais j'ai effectué cette lecture presque d'une traite.
Bien entendu, si vous n'êtes pas ce que Nana appelle un amoureux des chats, vous ne serez pas autant touché que moi par ce livre. Hiro Arikawa décrit toutes les manies et bizarreries que peuvent avoir les chats et se moque avec tendresse de leur indépendance, de leur possessivité et de leur fierté.

" Rester jusqu’à ce que je sois rétabli, oui, évidemment, mais après… ciao bye-bye ! Enfin, peut-être pas exactement. Disons qu’il me semblait que je devais partir. Partir avant de me faire mettre à la porte, question d’amour-propre. Rester toujours droit dans ses bottes, c'est important pour un chat. "

Si Nana et les autres animaux que nous croisons nous permettent de rire et de mieux comprendre certaines réactions des humains (comme ce garçon qui a toujours pensé que sa femme lui aurait peut-être préféré Satoru si celui-ci s'était déclaré), ce roman est également un beau livre sur les amitiés enfantines.
En cherchant un nouveau propriétaire pour son chat, Satoru remonte le fil de sa vie et chacun de ses amis fait également ressurgir ses propres souvenirs. Si peu de mots sont échangés entre eux, leurs pensées sont nombreuses et l'on s'attache à tous ces personnages. Je ne peux pas vous en dire trop, car l'intérêt du lecteur est maintenu par les différentes surprises qui parsèment le livre, mais j'ai terminé ce roman avec la gorge nouée. Comme Aki Shimazaki, Hiro Arikawa ne fait pas de grandes phrases, mais cela ne l'empêche pas plus de faire des descriptions superbes des paysages d'Hokkaido que de nous faire ressentir l'amour qui unit Nana et Satoru.

Un roman au style léger mais émouvant et attachant pour ceux qui aiment les animaux. Je l'ai lu en anglais car on me l'a offert dans cette langue, mais il est traduit du japonais et disponible en français chez Actes Sud.

Penguin. 246 pages.
Traduit par Philip Gabriel.
2015 pour l'édition originale.

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09 mars 2016

Les forêts du Grand Nord...

9782859409043"D'autres voix lui parlaient encore. Des profondeurs de la forêt, il entendait résonner tous les jours plus distinctement un appel mystérieux, insistant, formel ; si pressant que parfois, incapable d'y résister, il avait pris sa course, gagné la lisière du bois."

Buck mène une vie de chien confortable auprès de son riche propriétaire lorsqu'il est enlevé par des trafiquants de chiens et envoyé au Canada pour devenir chien de traîneau. Cette superbe bête au grand coeur va devoir affronter l'hiver du grand Nord, mais aussi la brutalité de certains maîtres et certains de ses semblables pour avoir la chance de conduire tout à l'avant du traîneau.

Ceux qui me connaissent peuvent témoigner que je n'ai pas l'âme d'une aventurière. J'aime voyager, me promener au grand air, voir des paysages à couper le souffle. En revanche, je suis une trouillarde doublée d'une snob qui a besoin d'avoir son petit confort. Autant dire que les voyages de plusieurs semaines par des températures polaires sur un traîneau tiré par des chiens avec nuit sous une tente de fortune, c'est un peu la définition du cauchemar pour moi.

Cela ne m'empêche pas d'apprécier les récits comme ceux de Jack London, qui m'a une nouvelle fois comblée avec ce très court roman. Cet homme brillant prend les traits d'un loup pour nous parler des hommes et de leur faiblesse face à la nature. Il évoque aussi les liens qui peuvent attacher un chien à son maître, même lorsque l'appel de la forêt se fait de plus en plus fort. Le tout avec une écriture sombre et poignante.

Une centaine de pages de pur bonheur littéraire.

1903 pour l'édition originale.

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