21 novembre 2008

Délivrez-moi ! ; Jasper Fforde

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Il y a presque deux ans, j'avais dévoré le premier tome de la série des Thursday Next. Je m'étais immédiatement jetée sur Délivrez-moi ! , mais comme je suis une parfaite illustration du proverbe disant qu'il ne faut pas abuser des bonnes choses, mon élan avait été coupé net. J'ai réouvert ce livre parce que j'avais besoin d'un bon divertissement, et j'ai eu un énorme choc : j'avais complètement oublié que Thursday avait un cousin qui s'appelait Wilbur ! Je ne comprends pas comment c'est possible tellement je trouve ce prénom abominable.

Mais passons, puisque l'heure est grave. Thursday croit nager dans le bonheur depuis son mariage avec Landen. Ils viennent juste d'apprendre qu'ils vont avoir un enfant, et seules les interviews auxquelles est conviée Next afin de raconter son aventure dans Jane Eyre apportent une ombre au tableau.
L'ennui est que Goliath n'apprécie pas du tout que l'un de ses agents ait été coincé dans Le Corbeau d'Edgar Allan Poe, que la ChronoGarde est toujours à la recherche du père de Thursday, et que les coincidences très étranges qui entourent la jeune femme sont de plus en plus menaçantes.
Quand Landen est éradiqué par la ChronoGarde, qui le fait mourir à l'âge de deux ans dans l'accident de voiture auquel il avait pourtant survécu, Thursday est prête à tout pour le ramener.
Elle nous emmène donc au Japon, puis se retrouve dans la bibliothèque dont nous rêvons tous, celle où sont rangés tous les livres jamais publiés, gardés par le chat de Alice au pays des merveilles (entre parenthèses, si ma swappeuse du Victorian Swap passe par là, je meurs d'envie de le lire maintenant). De là, elle commence son apprentissage pour entrer dans les textes avec Miss Havisham (que j'étais ravie de revoir), toujours vêtue de sa robe de mariée en lambeaux, mais délicieusement hargneuse.

Je ne vais pas vous raconter tout le livre, mais j'en meurs d'envie parce que je me suis régalée ! Fforde est vraiment un génie, le monde qu'il a créé est drôle, incroyablement loufoque, et fantastique pour toute personne qui aime les livres. On apprend que Heathcliff a passé trois ans à Hollywood (où il a également mijoté sa vengeance donc), Mrs Fanny Dashwood a presque l'air sympathique, et avance des arguments pour sa défense qui sont très convaincants. Les personnages des romans évoqués sont encore une fois des personnages qui ont une existence hors de celle que les auteurs leur ont offerte, et tout le monde trouve cela normal que la découverte d'une nouvelle pièce de Shakespeare puisse avoir des conséquences incalculables, ou que l'on se piétine dans une foire aux livres.
Et puis, Pickwick. J'adore cette bestiole !
Le tout est servi par la plume dynamique de Fforde, qui nous fait trembler et enrager. Les rebondissements sont légion, et le plus incroyable est que plus Fforde s'enfonce dans le fantastique et plus il est crédible. Lorsqu'il décrit le monde réel à la fin du livre, c'est nous qui nous paraissons complètement absurdes...

Le quatrième tome étant sorti en poche il y a peu, je sens que je ne vais pas tenir longtemps avant de retrouver Thursday Next !

L'avis de Karine :). Je tiens aussi à dénoncer le fait que Lou n'a pas aimé L'affaire Jane Eyre (comme ça je suis fâchée avec les DEUX organisatrices du Victorian Swap. J'aurais sans doute mieux fait d'attendre que les swappeuses et swappées soient déterminées, mais je suis une téméraire ! ).

10/18 ; 444 pages.
Traduction de Roxane Azimi.
Titre Original : Lost in a Good Book. 2002.

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12 novembre 2008

L'homme démasqué ; Thomas Hardy

51QIH7ptHQLLe Serpent à Plumes ; 84 pages.
Traduction de Diane de Margerie.
Titre Original : Barbara of the house of Grebe.

Elizabeth Gaskell me plaisant seulement à petites doses depuis que j'ai commencé Cranford, j'ai décidé de m'offrir une parenthèse avec Thomas Hardy qui m'a très récemment enchantée avec Far from the madding crowd. C'est chez Cryssilda, l'une des organisatrices du Victorian Swap auquel je me suis inscrite, que j'ai pioché cette lecture.

Alors qu'elle est courtisée par Lord Uplandtowers, Barbara Grebe s'enfuit avec celui qu'elle aime (un jeune homme sans rang), au cours d'un bal organisé par ses parents. Le mariage est heureux durant quelques semaines, puis Mr Willowes, afin d'achever son éducation et de devenir digne de son épouse, part pour le continent. Il y reste près d'un an et demi, et lorsqu'il revient, son visage a été ravagé par les brûlures d'un incendie. Or, il était autrefois un homme d'une remarquable beauté, et sa femme est paralysée d'horreur lorsqu'elle le revoit.

A nouveau, j'ai été séduite par Thomas Hardy. Ce livre s'attache à dénoncer la superficialité qui conduit certains au mariage, en mettant à nouveau en scène des situations qui ont dû faire grincer bien des dents lorsque Hardy a publié ses écrits, d'autant plus que l'auteur manie très bien le cynisme lorsqu'il s'agit de parler de bonheur conjugal.
Hardy fait d'ailleurs preuve d'une très grande maîtrise tout au long de ce texte finalement très court. L'ambiance est malsaine. On a l'impression d'être en permanence dans des lieux où la lumière a du mal à pénétrer. La personnalité des personnages, qui est très bien croquée par l'auteur, ajoute à cette ambiance gênante. Lord Uplandtowers m'a beaucoup plu par exemple.
Quant à la chute, elle est très bien trouvée, et expose une nouvelle fois et avec beaucoup d'ironie la position de Thomas Hardy face aux mariages.

En résumé, une nouvelle qui n'a certes pas le charme de Far from the madding crowd, mais qui n'en est pas moins un vrai bonheur de lecture.

Même si je ne peux pas m'empêcher d'arranger la chose à ma sauce, comme d'habitude, j'ai entrepris d'accompagner Lou, Isil et Cryssilda dans leur découverte de romans victoriens en attendant les paquets du swap. En voilà une autre de faite !

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09 novembre 2008

Le jardin de ciment ; Ian McEwan

51lZiuMXuUL__SL500_AA240_Points ; 174 pages.
Traduction de Claire Malroux. 1978.
Titre Original : The cement garden.

J'ai acheté On Chesil beach il y a quelques semaines, mais il se trouve que je ne l'avais pas sur moi lors d'un récent voyage en train. De ce fait, je me suis décidée à choisir ce titre de Ian McEwan qui me semblait assez peu attirant jusque là.

Quand leur mère meurt, quatre enfants qui ont déjà perdu leur père, la placent dans une cantine de la cave et la recouvrent de ciment. Ils ont peur d'être séparés si quelqu'un découvre leur situation. Comme l'été a commencé, et que les enfants sont en vacances, personne ne s'aperçoit de la situation, d'autant plus que la maison dans laquelle ils vivent est isolée.

Le jardin de ciment est le troisième roman de Ian McEwan que je lis, et même s'il n'a pas un rebondissement final aussi incroyable que dans Expiation ou Amsterdam, l'auteur avait de toute évidence décidé dès son premier roman que c'était lui qui mènerait la danse.
C'est vraiment glauque. D'ailleurs je pense que c'est le livre le plus glauque que j'ai jamais lu. Pendant tout le début du livre, je me suis sentie de plus en plus mal à l'aise. Sauf que c'est tellement glauque que ça en devient comique. En cela, Le jardin de ciment m'a beaucoup fait penser à Tandis que j'agonise. D'autant plus que là aussi nous sommes en présence d'une fratrie dont les membres sont un peu étranges, mais s'aiment profondément. Du coup, ils sont à la fois repoussants et extrêmement attachants. Comme d'habitude avec McEwan, j'ai été incapable de lâcher les personnages, j'ai tourné les pages avec avidité, et j'en suis même arrivée à souhaiter qu'on les laisse tranquilles. Situation assez incroyable quand on y réfléchit deux minutes, tellement Derek a raison de trouver cette histoire malsaine, entre la mère encastrée dans du ciment (j'ai cru vomir quand Jack s'approche de la fente du ciment abîmé), Tom qui s'habille en fille et se prend pour un bébé, et l'inceste menaçant. Le problème est que les alternatives à cette existence sont celles qui paraissent absurdes.

Bref, encore un chef d'oeuvre à rajouter au crédit de Ian McEwan.

Les avis de Lily, Florinette, Yueyin, et Thom.

07 novembre 2008

La dame en blanc ; Wilkie Collins

resize_5_Le Masque ; 476 pages.
Traduction de L. Lenoir. 1860.
Titre Original : The Woman in White.

J'ai conscience de m'exposer à des représailles sévères avec la rédaction de ce billet, mais tant pis. La Dame en blanc était un livre qui avait tout pour me plaire, Wilkie Collins un auteur dont j'avais pu apprécier la plume, et Céline, qui partage souvent mes goûts, avait été soufflée par ce roman. Après cette lecture, je suis perplexe. J'ai même attendu quelques jours pour voir si mon avis bougeait, mais non...

Walter Hartright, un jeune professeur de dessin, rencontre à la veille de son départ chez deux nouvelles élèves, une étrange femme vêtue de blanc. Celle-ci est effrayée, et le quitte après avoir obtenu son aide. Il apprend un peu plus tard dans la soirée que la dame en blanc s'est échappée d'un asile.
Arrivé chez Mr Fairlie, l'oncle de l'une de ses deux élèves, il rencontre Marian Halcombe, soeur aînée bienveillante de Miss Fairlie, qui devient vite une amie et une alliée. Quand il voit Laura Fairlie, il en tombe amoureux. Mais celle-ci ressemble étrangement à la dame en blanc qu'il a croisée à Londres.

Côté défauts, j'ai trouvé que ce livre avait un côté profondément gnangnan. Ca peut sembler étrange pour quelqu'un qui a trouvé l'héroïne de Les mystères d'Udolphe attachante, mais cette Laura, je l'aurais étranglée avec sa bonté stupide et ses états d'âme exaspérants. Elle plonge la tête la première dans son malheur, et le seul moment où j'ai eu une (fausse) joie la concernant, c'est lorsqu'elle se rend à Londres chez son oncle. L'antipathie profonde que j'ai éprouvé pour ce personnage joue certainement beaucoup dans mon appréciation finale d'ailleurs.
Autre chose qui m'a gênée, le côté brouillon du livre. Certaines parties sont excellentes, d'autres arrivent beaucoup trop vite, et bonjour les situations invraisemblables (ce n'est pas un procédé nouveau, certes) ! Franchement, le coup du type qui enferme une jeune fille, puis décide d'épouser le sosie de cette dernière (comme si c'était la seule cruche du pays qu'il puisse trouver), ça m'a beaucoup fait rigoler. J'ai globalement lu ce livre avec avidité, Wilkie Collins n'est pas considéré comme un maître du suspens pour rien, mais les révélations et la résolution des problèmes m'ont déçue.
Là où Wilkie Collins est excellent, c'est pour dresser les portraits des méchants. L'ambiance est malsaine, et j'ai beaucoup pensé à Mary Elizabeth Braddon sur ce point. On enrage devant le comportement du comte, qui se joue non seulement de Marian mais aussi de nous. Ce personnage est fouillé, sa personnalité n'est jamais dévoilée, et Wilkie Collins laisse planer le doute sur la présence d'une quelconque bonté chez cet homme. Sir Percival est profondément antipathique, mais il se révèle davantage manipulé qu'autre chose. J'avais presque pitié pour lui à la fin. Leurs actions, très habiles, accentuent encore plus la complexité de leur caratère. 

Sacrée déception donc. J'ai encore un livre de cet auteur en stock, donc je relirai sûrement Wilkie Collins, mais ça ne sera pas pour tout de suite.

28 octobre 2008

Far from the madding crowd ; Thomas Hardy

1853260673_1_Wordsworth Classics ; 362 pages.
V.F. : Loin de la foule déchaînée. 1874.

Je disais il y a quelques jours que j'avais de Dickens l'image d'un auteur déprimant. C'est encore pire en ce qui concerne Thomas Hardy. Sauf qu'ici, j'ai quelques raisons de nourrir des préjugés contre cette auteur. Je connais vaguement les trames de Tess d'Uberville et de Jude l'Obscur, donc je sais que ça va très très mal pour les personnages.
Cela dit, ce n'est pas du tout la raison pour laquelle j'ai mis un peu de temps à achever ma lecture de Far from the madding crowd.

Ce n'est pas un livre très rigolo certes, mais en fait j'ai seulement eu un blocage avec les premières dizaines de pages. Bethsheba Everdene est une jeune femme née pour tourmenter bien des hommes, comme l'annonce son seul prénom. Le premier d'entre eux est le fermier Gabriel Oak, qui voit sa demande en mariage repoussée peu avant de perdre la totalité de ses brebis. Ruiné, il se retrouve par une ironie du sort au service de Miss Everdene, qui vient d'hériter des propriétés de son oncle. Le second est William Bolwood, un autre fermier qui, suite à un concours de circonstances, devient dangereusement passionné à l'égard de Bethsheba. Le dernier sera le sergent Troy, déjà fiancé à une jeune fille de basse extraction.

Dans ce roman, Thomas Hardy nous présente les différents types d'amour, en créant des personnages qui vivent tous différemment leur découverte de ce sentiment. Comme aucun n'est sur la même longueur d'ondes que les autres, ils s'entrechoquent et se brisent dès lors qu'ils entrent en contact. Pour certains, ce sera fatal. La mort de celle qui était trop naïve, trop dévouée, est bouleversante. Aucun personnage, à part Gabriel Oak, ne parvient à maîtriser ses émotions, et c'est ce qui rend un personnage comme le sergent Troy touchant. J'ai trouvé le passage où les fleurs plantées sur la tombe de celle qu'il a aimée sont éparpillées par le mauvais temps très beau et très triste. Oui, parce que si je savais que Far from the madding crowd n'était pas aussi plombant que d'autres livres de Thomas Hardy, la tragédie est tout de même là.
Au-delà des intrigues amoureuses, il est aussi question de la place de la femme dans la petite société rurale d'un Wessex imaginaire. Bethsheba sait ce qu'elle veut quand il ne s'agit pas d'amour. Elle n'est pas mariée durant la plus grande partie du roman, et est parfaitement déterminée à jouer son rôle de petite propriétaire terrienne, et à s'impliquer dans ses affaires. Les hommes qui travaillent pour elle sont davantage paternalistes que tentés d'exprimer un quelconque mécontentement, mais on sent très vite qu'elle a conscience de devoir démontrer que c'est elle qui commande. A plusieurs reprises d'ailleurs, elle réfléchit au genre de femme qu'elle est et à celui qu'elle ne veut pas être.
Il m'a fallu une quarantaine de pages avant de m'installer dans cette histoire. Je crois que je n'avais jamais lu un roman de cette époque qui adopte le point de vue de personnages ruraux qui n'ont pas une grande place sur l'échelle sociale anglaise de la fin du XIXe siècle, et cela m'a un peu surprise. Mais on s'habitue vite à leurs manières et à leur façon de parler. Il n'est pas toujours facile de s'identifier aux personnages, mais je crois que ce roman est de ceux qui marquent. Si vous avez des titres de cet auteur qui ne risquent pas trop de me faire sombrer dans la dépression à me conseiller, je suis preneuse !

 


26 octobre 2008

Les Grandes Espérances ; Charles Dickens

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Traduction de Sylvère Monod. 1861.
VO : Great Expectations.

Petite, j'ai découvert l'univers de Dickens avec la version Disney de Un chant de Noël, puis avec une version animée d'Oliver Twist, que j'ai visionnée un nombre incalculable de fois. Je crois même que j'ai lu une version abrégée de David Coperfield. Je garde un très bon souvenir de ces expériences, mais pourtant je me suis toujours enfermée dans l'idée que Dickens était un auteur déprimant. Seulement, il se trouve qu'une de mes profs nous a vivement conseillé de lire des classiques du XIXe. Tâche absolument terrifiante quand on me connaît...
Bref, du coup j'ai dressé un inventaire des romans concernés que j'avais en stock, ce qui m'a amenée à déterrer ce livre que j'avais acheté après avoir dévoré La Foire aux Vanités de W.M. Thackeray (que je me permets de vous conseiller une nouvelle fois).

L'histoire est celle de l'apprentissage de la vie de Pip, un petit garçon élevé "à la cuillère" par une soeur très rude et le généreux mari de celle-ci, Joe. Alors qu'il n'a que sept ans, il rencontre un forçat qui lui demande de l'aide en le menaçant. Très vite, le mystérieux homme est rattrapé et remis en prison.
Un peu après, Pip est invité chez Melle Havisham, une vieille dame brisée, qui n'a pas quitté les reliques de son mariage avortée des années auparavant. Il y rencontre Estella, la fille adoptive de Melle Havisham, dont il tombe amoureux, mais qui n'a été formée qu'à dédaigner les hommes.
La vie de Pip bascule finalement lorsqu'il apprend qu'un bienfaiteur a mis de l'argent à sa disposition pour qu'il devienne un gentleman. Il quitte donc Joe et sa soeur pour mener une vie à la fois à Londres et chez son tuteur, qui se trouve être un parent de Miss Havisham.   

Je crois que j'avais oublié à quel point certains classiques sont légers. J'ai eu un certain nombre de coups de coeur ces dernières semaines, et au moins deux romans font désormais partie de mes incontournables, mais la plupart n'étaient pas franchement réjouissants. Ici non plus les choses ne sont pas faciles, ne vous méprenez pas. Mais cela n'empêche pas le roman d'être rempli d'humour. J'ai tout simplement adoré la façon dont Dickens nous présente les choses de façon à rendre des situations embarrassantes cocasses. Dès le premier chapitre par exemple, Pip est brutalisé par son forçat qui lui met la tête en bas, et lui fait ainsi voir son village à l'envers. Au lieu de dire que Pip est finalement reposé, Dickens écrit : "Quand l'église revint à elle..." J'imagine que dit comme cela, c'est difficile de voir ce qu'il y a d'amusant là-dedans, mais je vous assure que je me suis délectée de toutes les scènes de ce genre. Je pourrais dire de même des scènes où les personnages répètent plusieurs fois la même chose, et (encore des méchancetés à l'égard de ce pauvre homme) des scènes où Joe tente de faire des manières.
J'aime les romans où les personnages sont complexes, et difficile à détester même s'ils sont parfois odieux. Miss Havisham en est un très bon exemple. Ses projets sont diaboliques, c'est une femme amère voire cruelle, mais sa perspicacité à l'égard des vautours qui rodent autour d'elle et ses blessures la rendent attachante. A l'inverse, un Joe pourtant incroyablement généreux et sympathique toute la première partie du livre, devient lassant.
Ceci d'autant plus que c'est Pip qui nous raconte l'histoire, et que Dickens tend à nous démontrer à travers ce personnage à quel point on peut creuser un gouffre entre soi et les personnes que l'on aime vraiment sans rien faire pour l'empêcher.
Il y a quelque chose d'enfantin dans ce roman. Je ne sais pas si c'est parce que le héros est encore un petit garçon lorsque débute l'histoire, mais malgré certaines scènes, je trouve que l'univers dans lequel nous sommes plongés a un côté merveilleux. La maison de Miss Havisham et le Château de Wemmick (sans parler de son mariage) sont de bons exemples de ce que je veux dire.

J'ai bien conscience que mon billet n'est pas du tout à la hauteur du livre, que je pense conserver pour les moments où j'aurai envie de revoir le petit Pip.

18 octobre 2008

L'infortunée ; Wesley Stace

9782290355664_cb_1_J'ai Lu ; 602 pages.
Traduction de Philippe Giraudon. 2004.
Titre Original : Misfortune.

Encore un roman qui me tentait énormément, mais qui attendait (en anglais et en français) sur une étagère depuis sa sortie en poche. Comme je ne suis pas très emballée par le Thomas Hardy que j'ai commencé, je me suis dit que ce roman allait me faire office de récréation. Je l'ai commencé en anglais, mais mon exemplaire pesant pas loin de trois kilos m'a fait préférer mon édition de poche en français...

Un soir, en rentrant chez lui, le Jeune Lord Loveall découvre un bébé aux pieds d'une chienne. Il l'identifie immédiatement à sa petite soeur Dolorès, morte à cinq ans en tombant d'un arbre. Le bébé est baptisé Rose, et pour faire croire à une naissance légitime et tromper les vautours qui lorgnent sur l'héritage des Loveall, Geoffroy épouse Anonyma, sa bibliothécaire, et ne dévoile l'existence de l'enfant que quelques mois plus tard. Rose grandit entourée d'amour, faisant le bonheur de ses parents mais aussi de ses amis Stephen et Sarah. Cependant, plus les années passent et plus les événements étranges se multiplient autour d'elle, l'amenant à s'interroger sur qui elle est vraiment. Car Rose est en fait un garçon, ce que son père a toujours refusé de voir.

Bizarrement, j'ai adoré ce livre, alors même qu'il présente des défauts notoires. Déjà, il est trop long. La deuxième partie aurait été amputée de cent ou cent-cinquante pages, cela n'aurait pas été gênant, au contraire. Le passage où Rose quitte l'Angleterre m'a profondément ennuyée, et j'ai trouvé que ce qui suivait la révélation de la véritable identité du jeune homme était très brouillon en plus d'être cousu de gros fils. Quant à la fin, elle est tout simplement bâclée.
Mais j'ai été captivée par la première partie du roman. Elle est très bien écrite, maîtrisée, drôle, dynamique, angoissante aussi parfois. On ne se sent pas totalement dans l'Angleterre du début du XIXe siècle, mais en même temps cela ne décrédibilise pas l'intrigue. J'avais plutôt l'impression d'être dans un lieu indéterminé, pas très éloigné des contes de fées. Tout est très travaillé, même les noms des personnages, ce qui donne lieu à un roman très riche.

Car tout est surprenant dans ce livre, à commencer par les personnages. Geoffroy est très attachant, sa bonté et sa sincérité font qu'on lui pardonne son excentricité. Il croit vraiment que Rose est une fille, son bien-être en dépend. Anonyma peut apparaître comme une intrigante, mais elle aime son enfant plus que tout, et elle n'abuse jamais de la gentillesse de son maître (qui devient ensuite son mari). De plus, son personnage étant un hommage aux livres et aux bibliothèques, il est difficile de ne pas se trouver des poins communs avec elle.
En fait, il est possible d'être choqué par ce qui est imposé à Rose par tous ceux qui sont adultes au moment où elle arrive à Loveall. Mais le comportement des compagnons du Jeune Lord n'est guidé que par leur loyauté envers leur maître.
Quant aux enfants, ils sont de toute façon dans l'insouciance jusqu'au moment où la vérité éclate. Rose est un personnage complexe. On peut penser que cela va de soi étant donné que son identité est floutée, mais il aurait été très facile de tomber dans la caricature avec un tel sujet. Ce n'est pas le cas ici. Rose s'interroge, teste, rejette les évidences, tente de les accepter, puis trouve ce qu'il veut. C'est la même chose pour le lecteur, qui voit alterner des "il" et des "elle" sans trop savoir sur quel pied danser.

Il n'y a pas que des gentils dans ce roman. Nous avons aussi droit à toute la famille, qui n'attend que son heure pour fondre sur Loveall. Les Osbern sont presque tous ridicules, cupides, un peu caricaturaux, mais c'est l'histoire qui veut ça. De plus, ils ne sont pas dépourvus d'une certaine intelligence, et quelques éléments montrent des signes de faiblesse bienvenus pour Rose et ses amis.

Autre élément fascinant, Loveall. Ce lieu est plein de mystères, de souvenirs parfois douloureux (comme l'arbre d'où Dolorès a mortellement chuté). Et puis cette bibliothèque... Difficile de ne pas mourir d'envie d'y mettre les pieds.

En fait, je ressort de ce livre charmée, parce que la première partie m'avait complètement convaincue, et que de ce fait, je ne pouvais que vouloir connaître la fin de l'histoire. L'auteur a réellement une imagination débordante, et son livre était ambitieux dans le bon sens du terme. Cependant, je ne peux pas crier au chef d'oeuvre, parce que la deuxième partie du roman n'est vraiment pas à la hauteur. 

Les avis de Sophie et Laurent.      

16 octobre 2006

Mansfield Park ; Jane Austen

2264024704Mansfield Park est le roman préféré de beaucoup de janéites, à en croire ce que j'ai pu lire. Pour ma part, c'est celui qui m'a le moins plu.

Il raconte l'histoire de Fanny Price, recueillie et élevée dans une belle demeure anglaise, par son oncle et ses tantes. Mais ce n'est pas par amour filial que l'on reçoit cette petite fille sale et inculte, dont la mère a osé déshonorer la famille en faisant un mariage d'amour avec un homme de basse condition. Mrs Norris voit là un moyen de faire un acte de charité, d'une drôle façon d'ailleurs, puisqu'elle confie l'enfant à la charge de son beau-frère, Sir Thomas Bertram.

La petite fille grandit donc à Mansfield Park, entourée de ses quatre cousins, dont seul Edmund lui porte de la sympathie et de l'intérêt. Cette attitude lui vaudra d'abord de la reconnaissance et de l'affection, sentiments innocents et enfantins, puis de l'amour. Pourtant, lui continue à voir Fanny comme sa cousine, qu'il aime certes profondément, mais pas d'amour. Ainsi, lorsqu'un riche et élégant jeune homme viendra faire la cour à Fanny, il en sera ravi pour elle, et ne tardera pas lui même à tomber amoureux d'une belle jeune fille. Mais Jane Austen est un maître en l'art d'étudier les comportements humains, aussi pouvons nous nous douter que ce ne sera pas si simple.

Dans ce livre, Jane Austen nous présente une héroïne qui possède très peu de caractère, et dont le seul repère est son amour pour Edmund. Mais, un amour n'est pas toujours inébranlable, surtout lorsque le devoir et l'honneur se rappellent à la personne qui l'éprouve. Plus que les autres héroïnes pauvres de Jane Austen, Fanny est confronté à un choix difficile lorsqu'un homme qu'elle n'aime pas lui demande de l'épouser.
Mansfield Park est un vrai roman austenien, avec le sujet traditionnel du mariage d'une jeune fille de condition modeste. Les personnages ridicules sont également présents pour nous distraire, à l'image de Mrs Norris, qui martyrise la Cendrillon de Jane Austen.
Ce roman met aussi en scène des personnages vils prêts à se marier par intérêt tout en simulant des sentiments d'amitié et d'amour qu'ils n'éprouvent pas. Mary Crawford pourrait ainsi presque donner des leçons à une Isabella Thorpe.
Ce livre a aussi une particularité, celle d'avoir une fin dont nous ne sommes pas totalement sûrs jusqu'à la fin. Car nous sommes amenés à douter du fait que Jane Austen achève son roman de manière habituelle.

Malgré tout, j'admets que le suspens ne m'a pas vraiment tenue en haleine. Ce livre est trop long à mon goût. Emma excepté, je n'avais jamais vu passer les pages des autres romans d'Austen. Cette fois-ci, ma concentration a été mise à rude épreuve. 

19 septembre 2006

Persuasion ; Jane Austen

indexSir Walter Elliot est un homme fier. Ce veuf, qui prend grand soin de son apparence et collectionne les miroirs, est aussi père de trois filles. Anne, vingt-sept ans, semble condamnée à être l'une de ces vieilles filles chargées de s'occuper de leurs neveux et parents tout en renonçant à leur propre bonheur. Cette jeune femme effacée et peu appréciée par sa famille ne s’est jamais pardonné d'avoir rompu huit ans plus tôt avec son fiancé, le capitaine Frederick Wentworth. Le temps, sur lequel Anne avait compté pour atténuer sa peine, révèle ses limites lorsqu’elle apprend que son père a prévu de louer son château à l’amiral Croft, dont la femme  n’est autre que la sœur de Frederick Wentworth.
Lorsqu'elle revoit son ancien fiancé, le temps semble avoir effacé l'amour qu'il lui portait. Le capitaine Wentworth semble alors se tourner vers des demoiselles plus jeunes, plus jolies, et surtout assez passionnées pour être sûres de leurs choix.

Persuasion, c’est le roman d’automne de Jane Austen. Celui qu’elle a écrit alors qu’elle était malade, mais surtout le plus beau et le plus drôle à mes yeux. La romancière est décédée avant d’avoir eu le temps de corriger ce livre (et notamment d’atténuer le ridicule de certains personnages et la violence de ses critiques selon les spécialistes), ni de choisir son titre.
Il n’empêche que l’on retrouve tout ce qui fait le bonheur de lire Jane Austen dans ce roman. Dès les premières pages, nous avons une critique pleine d’ironie, mais aussi très violente de la noblesse gonflée de vanité, qui ne possède plus que ses titres, avec le personnage de Sir Walter Eliott. Le baronnet a accumulé les dettes, et doit quitter son château pour Bath afin d’éviter la ruine. D'une manière générale, les gens bien nés qui en tirent une grande fierté, estimant qu'il est de leur devoir de se fréquenter entre eux et de faire respecter leurs droits quelle que soit la situation, sont ridiculisés tout au long du roman. Anne, n'étant pas de ceux-là, se risque à les affronter dans des scènes délicieuses telles celle où elle renonce à une soirée chez ses nobles parentes irlandaises pour profiter d'un moment d'amitié avec une amie d'enfance vivant très simplement et dotée d'un nom tristement banal.
Comme dans tous les romans de Jane Austen, Persuasion offre une peinture de la bonne société rurale anglaise du début du XIXe siècle. A ces gens viennent s'ajouter quelques officiers de marine, qui rentrent à terre après avoir combattu et voyagé au loin. Si Austen n'a jamais abordé les questions de société de façon frontale dans ses romans, la Colonisation et les guerres napoléoniennes sont effleurées avec l'Amiral Croft et les trois capitaines. Pour les jeunes femmes, c'est l'occasion de rêver de paysages lointains dans leur quotidien dont les frontières sont plutôt limitées.
Au centre du roman se trouve comme toujours une héroïne austenienne. Anne n'est pas espiègle comme Elizabeth Bennet ou passionnément extravertie comme Marianne Dashwood. C'est une jeune fille mesurée et patiente sur laquelle tout le monde se repose sans jamais lui demander quels sont ses sentiments. Plutôt résignée et positive en ce qui concerne son existence, le retour de son ancien fiancé ravive d'anciennes aspirations. Frederick Wentworth, de son côté, est un homme fier qui n'a pas oublié l'affront qu'on lui a fait et qui revient auréolé de gloire et riche. Saura-t-il pardonner Anne de l'avoir abandonné ou cèdera-t-il à l'une des demoiselles Musgrove ?

Un livre à découvrir absolument.

10/18. 316 pages.
Traduit par André Belamich.
1818 pour l'édition originale.

Orgueil et Préjugés ; Jane Austen

226402382110/18 ; 379 pages.
1813.

Je débute mon blog par ce livre, car c'est celui qui m'a révélé combien la littérature anglaise était pleine de merveilles. Je l'ai lu totalement par hasard, sans savoir qu'il avait été adapté quelques mois auparavant seulement par Joe Wright. J'ai un peu peiné avec le début, je ne lisais plus vraiment de romans qui n'étaient pas des romans de plage depuis un an, mais lorsque je l'ai repris, je n'ai pas pu éteindre avant trois heures du matin. Je suis rentrée de vacances déterminée à découvrir les autres romans de Jane Austen, et c'est ce que j'ai fait durant le mois qui a suivi.

L'histoire ? Les parents Bennet ont cinq filles. La loi ne leur permettant pas de léguer les biens paternels aux femmes, c'est un cousin éloigné, Mr Collins, qui héritera des terres de Mr Bennet. Mrs Bennet, qui ne vit que pour voir ses filles mariées aux hommes riches et beaux dont elle rêve, a donc un argument difficilement contestable sur lequel s'appuyer.
Lorsque Mr Bingley, gentleman du nord de l'Angleterre, qui possède "cinq mille livres de rente", arrive dans le voisinage, Mrs Bennet s'imagine immédiatement qu'il va tomber amoureux de l'une de ses filles. Ce sera Jane, l'aînée, qui attirera l'attention du beau jeune homme. Mais ce dernier n'est pas venu seul, et son ami Mr Darcy, voit d'un très mauvais oeil une union entre son ami, sur lequel il possède une grande influence, et une jeune fille, certes, très belle, mais dôtée d'une mère et de deux soeurs (les plus jeunes, Kitty et Lydia) ridicules, et n'ayant pas de revenus satisfaisants.

Lui même ne va pas tarder à trouver Elizabeth, la seconde des enfants Bennet, pleine d'attraits. Mais ce sera après s'être fait haïr d'elle, et les reproches que Mr Darcy fait à Jane Bennet sont également valables pour Elizabeth. Celle-ci, belle, intelligente et pleine de vie, est rebuttée par Mr Darcy au premier regard, et est déterminée à le dédaigner plus que n'importe qui d'autre. La fierté de l'un, les préjugés de l'autre, renforcés par les événements qui se produisent, risquent de gâcher toute idée d'une relation entre nos deux héros.

Mais avec Jane Austen, ce n'est pas seulement une histoire d'amour, c'est aussi une habile description des personnages, de leur quotidien, une satyre de la société de la fin du XVIIIème siècle, de l'humour, des idées modernes, ce qui permet de ne pas tomber dans la mièvrerie, et de ne jamais s'ennuyer. Le milieu dans lequel évoluent les Bennet est extrêmement restreint. Cela explique pourquoi l'arrivée de Mr Bingley constitue un tel événement dans le voisinage de Longbourn.
Orgueil et Préjugés n'est pas mon roman préféré d'Austen. Je l'aime pour ce qu'il symbolise dans mon parcours de lectrice. Il s'agit aussi d'un roman qui analyse la nature humaine de façon admirable, qui est très drôle, et dont la relecture permet de dégager de nouvelles pistes de lecture. Toutefois, Persuasion et Northanger Abbey trouvent davantage grâce à mes yeux. Leurs héroïnes me touchent plus, me semblent plus proches, tandis que je n'ai pas grand chose d'une Elizabeth Bennet (à mon grand désarroi).

Si vous avez aimé ce livre, je ne peux que vous conseiller de voir l'adaptation BBC qui a été faite en 1995, avec Colin Firth et Jennifer Ehle. Cette mini-série de cinq heures retrace fidèlement le livre, et est à mon sens, une pure merveille.