10 mai 2009

Avril enchanté ; Elizabeth Von Arnim

resize_3_10/18 ; 366 pages.
Traduit par François Dupuigrenet-Desroussilles.
V.O. : The Enchanted April. 1922.

Cette semaine, j'ai entrepris de relire A Room with a View, qui comme chacun devrait le savoir, est un merveilleux roman qui se déroule en partie en Italie. Cela (ainsi que les billets de certaines blogueuses) m'a rappelé que j'avais un autre livre plein de promesses évoquant l'Italie.

Mrs Wilkins et Mrs Arbuthnot, deux jeunes femmes qui fréquentent le même club mais qui ne se connaissent pas, décident sur une impulsion de louer un petit chateau en Italie durant le mois d'avril. Elles en ont assez de mener une vie vertueuse mais plate auprès de maris qui ne les regardent plus. Afin de réduire les frais de leur entreprise, elles invitent deux autres inconnues à se joindre à elles. Lady Caroline est une jeune femme de vingt-huit ans lasse de ses prétendants et de sa vie sans éclat intérieur, et Mrs Fisher une veuve qui vit de ses souvenirs.

Voilà un livre extrêmement plaisant à lire, et qui ne se contente pas de raconter une jolie histoire comme il aurait été si facile (et si dommage) de le faire. Le cadre est véritablement enchanteur, avec ce château donnant sur la mer, les montagnes, et toutes ces fleurs dont on sent le parfum rien qu'en lisant. Lotty Wilkins, la plus impulsive, est la première à percevoir la magie des lieux :

"Toute la splendeur d'un avril italien semblait rassemblée à ses pieds. La mer bougeait à peine sous le soleil éclatant. De l'autre côté de la baie, de charmantes montagnes aux couleurs délicates paraissaient somnoler elles aussi dans l'éblouissante lumière. Sous la fenêtre, au pied de la pente herbue, fleurie, d'où s'élevait la muraille du château, on voyait un grand cyprès qui tranchait parmi le bleu, le violet et le rose tendre des montagnes et de la mer comme une immense épée noire. Elle n'en croyait pas ses yeux. Tant de beauté pour elle seule !"

Ce cadre a des conséquences très importantes sur les occupantes du château, qui en viennent à croire qu'il possède le pouvoir de tout arranger.
Tout n'est pourtant pas gagné d'avance. Si Lotty et Rose Arbuthnot sont déjà proches en arrivant à San Salvatore et se contentent de mettre inconsciemment les pieds dans le plat autant qu'elles le peuvent, Lady Caroline et Mrs Fisher savent se montrer parfaitement égoïstes et odieuses. On ne lit pas ce livre comme un texte où tout nous fait souhaiter être à la place des héroïnes. Ces dernières sont très différentes et cela donne lieu à des scènes très désagréables pour le lecteur. Heureusement, Elizabeth Von Arnim possède une plume pleine d'humour, qui tourne en ridicule les petites prétentions de chacune. La plupart du temps, l'absence de communication entre les habitantes du château les amène à se comporter de façon totalement insolite (comme Mrs Arbuthnot qui répète toutes les questions de Mrs Fisher pour lui signifier sans le lui dire clairement qu'elle n'est pas la maîtresse de maison...). 
De plus, bien qu'elles vivent ensemble, à l'exception de Lotty, toutes sont dévorées par des angoisses qu'elles ne souhaitent pas confier. Mrs Fisher est venue pour se reposer et penser à ses morts, mais ses compagnes ne cessent de lui rappeler à quel point elle n'est pas à l'aise dans le monde tel qu'il est à présent, et elle est incapable de lire ou d'écrire. Lady Caroline est assaillie par des pensées qu'elle ne devrait pas avoir à son âge, et souffre de ne pouvoir échapper à son pouvoir de séduction. Quant à Rose, elle ne parvient pas à jouir pleinement de son séjour puisqu'elle n'a personne avec qui partager son bonheur, et surtout pas son mari dont elle s'est éloignée depuis des années.
La fin pourrait ressembler à un happy end, mais elle est surtout malicieuse (cette Lotty !) et pas tout à fait satisfaisante. San Salvatore n'empêche pas les malentendus de perdurer, et je n'ai pu m'empêcher de m'inquiéter un peu pour mes héroïnes en refermant cet excellent livre. Elizabeth Von Arnim se refuse à nous donner l'illusion d'un bonheur parfait quand tout est plus complexe, mais cela ne l'empêche pas de nous livrer une histoire tendre et exquise. 

Allie, Chiffonnette, Malice et Maribel ont toutes été conquises par ce livre. 

 


04 mai 2009

Pêle-mêle

Je voulais vous parler de BDs, mais étant donné que j'en lis en moyenne une tous les trois ans, je serais bien incapable d'évoquer des ouvrages de ce type de façon pertinente*. Je devais aussi vous faire un billet sur Ferragus, mais j'ai la flemme. Et comme je dois vous parler de quelques sorties poches, j'ai décidé de vous faire un billet mêlant un peu tout ça.

Donc, commençons par les BDs.

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La Fille du Professeur était un gros coup de coeur de plusieurs blogueuses. L'histoire se passe à Londres, au XIXe siècle, quand la fille du professeur Bowell tombe amoureuse d'Imotep IV, momifié depuis seulement quelques milliers d'années.

Je n'ai pas été plus emballée que ça par cette BD. Les dessins sont sympa, l'histoire est rigolote, mais je ne dois pas avoir l'esprit adapté à ce genre d'histoires. J'ai trouvé le tout un peu trop fouillis, mon côté midinette (pourtant développé à l'extrême, n'a pas été titillé plus que cela, et cet ouvrage ne restera certainement pas dans mes annales.

Allie, Manu et Kalistina ont été complètement charmée pour leur part.

resize_2_ En revanche, j'ai absolument craqué pour cet ouvrage que Fashion nous avait présenté il y a quelques mois, D, Lord Faureston. J'ai beau avoir été complètement rebutée par Dracula, le mythe qui l'entoure continue à m'intéresser vivement.

Nous sommes donc à Londres, au XIXe siècle, lorsque l'explorateur Richard Drake, rentrant en Angleterre, s'éprend après une rencontre explosive, de la belle Catherine Lacombe. Mais celle-ci ne semble pas insensible au charme de Lord Faureston, un jeune dandy pour le moins mystérieux.

Les dessins sont à nouveau superbes, l'histoire est intrigante de bout en bout, les personnages sont dotés d'une consistance réelle, ma midinettude a été comblée, et j'ai aimé les références à Dracula au milieu de ce récit qui s'en détache pourtant complètement. On est en plein dans la belle société anglaise, Faureston rappelle même un peu Dorian Gray je trouve, et d'autres éléments de l'époque sont également discutés et apportent au récit une atmosphère qui nous agrippe véritablement. J'attends la suite impatiemment !

Les avis de Lou, Alwenn et de Vladkergan.

hurleventPour finir, voilà une BD que j'attendais avec curiosité, le premier tome de l'adaptation des Hauts de Hurlevent chez Delcourt. Je ne vous mets pas de résumé, tout le monde connaît l'histoire.

C'est mignon, mais je suis assez sceptique. En tant que fanatique du roman d'origine, je trouve que l'atmosphère de la lande créée par Emily Brontë disparaît complètement. Catherine devient la narratrice du récit, les dessins sont mignons mais très enfantins, des scènes sont modifiées de façon terrible pour moi (la conversation entre Nelly et Cathy, qui conduit au départ de Heathcliff ne peut pas être tronquée, ce n'est pas possible...), donc pour quelqu'un qui apprécie le roman, la lecture risque d'être surprenante. Toutefois, je trouve que ces adaptations de classiques en format BD sont une excellente idée, et peuvent permettre un premier contact intéressant pour ceux qui trouvent les romans rebutant.


resize_3_J'ai enfin récemment passé quelques jours plongée dans l'univers balzacien, et Ferragus est le dernier ouvrage que j'ai lu avant d'être rassasié pour quelques temps. Il s'agit du premier opus de l'Histoire des Treize, mais le dernier que je lis, puisque La Duchesse de Langeais et La Fille aux yeux d'or ont déjà fait mon bonheur. 

Ce texte évoque comment Auguste de Maulincour croise, au cours de soirées dans la sphère des financiers de Paris, Clémence Desmarets, dont il tombe amoureux. Mais celle-ci aime éperdument son mari, et apparaît bientôt à Maulincour comme une hypocrite dissimulatrice.

Ferragus est un livre au rythme très soutenu et à l'ambiance très secrète, mais qui ne m'a pas complètement convaincue. Nous avons tout de même droit à une description de Paris qui mérite qu'on se penche sur ce texte rien que pour elle. La société décrite est touchante également, particulièrement la jeunesse, qui n'a plus aucun repère après les bouleversements que la France connaît à partir de la Révolution. J'ai toutefois eu du mal à m'intéresser au reste de l'histoire, au couple Desmarets, et à la société de Ferragus. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde (le texte est très court en plus), mais je m'attendais à  être davantage transportée, et à fréquenter la société parisienne un peu plus longtemps. Une bonne lecture, mais rien de plus, ce qui est presque une déception avec cet auteur.


Je termine ce billet en faisant la promotion de livres que vous devez absolument ajouter à vos bibliothèques.
On commence bien entendu avec Mervyn Peake. J'en parle dans mon blog-it, mais cette oeuvre mérite que l'on se répète sans fin. Points a édité les deux premiers tomes, avec des couvertures hideuses certes, mais qui rendent à nouveau Titus d'Enfer disponible.

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J'ai aussi été absolument enchantée de voir que Le Livre de Poche venait de sortir De pierre et de cendre de Linda Newbery, que j'ai beaucoup aimé il y a quelques mois. Là encore, l'éditeur d'origine est Phébus, et l'on peut regretter la jolie couverture qu'ils avaient choisie, mais je trouve que le choix du Livre de Poche est bien plus heureux que celui de Points...

newbery

*Il va de soit que la pertinence de mes billets sur des romans et nouvelles est tout aussi discutable, mais je me sens plus à l'aise dans ces cas là.

01 mars 2009

Le mystère d'Edwin Drood ; Charles Dickens

resize_5_Laissez moi tout vous expliquer. Il y a quelques temps, j'ai décidé de lire Monsieur Dick ou le dixième livre de Jean-Pierre Ohl. La première page m'a convaincue que je ne pouvais qu'adorer ce livre, mais j'ai très vite renoncé à le lire avant de connaître Le mystère d'Edwin Drood, et le fameux Monsieur Dick du titre. Ce dernier roman est un inachevé de Dickens, et il a donné lieu à de nombreuses discussions depuis plus d'un siècle. Le problème avec ce roman, comme avec la plupart des livres de Dickens est que seule la Pléïade l'a édité en français. Je peux lire l'anglais, mais je suis très fainéante, et très impatiente, donc j'ai opté pour une méthode un peu étrange. Je me suis procuré L'affaire D. ou le crime du faux vagabond, qui contient le texte de Dickens, entrecoupé de chapitres écris par deux autres auteurs. Etant donné que je désirais me familiariser en toute innocence avec le texte original, je n'ai lu que les chapitres de Dickens.
Vous suivez ? Ça a été un peu laborieux : au début, je croyais que ce livre contenait d'abord le livre de Dickens, puis une version achevée. Vous imaginez ma surprise quand j'ai lu la première page en pensant qu'il s'agissait du texte de Charlie...

L'histoire se déroule dans le petit village de Cloisterham, à l'ombre de la cathédrale. Edwin Drood se rend chez son oncle John Jasper, qu'il aime tendrement et avec lequel il a un écart d'âge très peu important. Il vient pour rendre visite à celle qui lui a été fiancée par testament, la jeune Rosa, élève dans le collège de la ville. Edwin est désinvolte, et n'a pas conscience de ce que signifient réellement ses fiançailles, ce qui choque profondément Neville Landless, un jeune homme récemment arrivé à Cloisterham, qui a été ébloui par Rosa, et qui est sujet à des accès de violence. Les deux jeunes gens ont une altercation, puis un dîner est organisé afin de les réconcilier. Le lendemain, Edwin a disparu.

Il faut savoir que ce livre est terriblement frustrant. Il manque quand même la moitié du roman, et il s'agit de résoudre une disparition dans un milieu où chacun ou presque peut être le coupable. Alors oui, j'ai adoré découvrir de nouveaux personnages de l'auteur, lui qui sait si bien les croquer. On a droit à pas mal de scènes cocasses (j'aime particulièrement le face à face entre Edwin et Neville, et le sale gosse).
Mais on n'aura jamais le fin mot de l'histoire. Personnellement, je ne crois pas à la culpabilité de John Jasper (ce type m'a terrifiée autant que le le trouve à plaindre), sur qui les soupçons du lecteur sont très vite portés. Je suis loin d'avoir lu tout Dickens, mais pratiquement donner le nom du coupable avant le milieu de l'histoire me semble improbable. Personne ne savait que Rosa et Edwin avaient rompus leurs fiançailles. Nombreux étaient ceux qui les désapprouvaient. Le tuteur de Rosa me paraît tout aussi suspect que les autres (il est horrible avec ce pauvre Edwin, même s'il avait bien besoin de cela). En tout cas, je trouve étrange de publier un roman "policier" en feuilletons. Dickens n'avait peut-être pas d'autres options, mais cela devait exiger une attention de tous les instants, puisqu'il n'était ensuite possible de rien modifier...
Il est également frustrant de ne pas avoir plus qu'un bref aperçu de certains personnages (peut-être que Monsieur Dick ou le dixième livre me donnera de quoi calmer un peu ma frustration), et de ne pas savoir ce qu'est réellement devenu Edwin. Je l'aimais bien personnellement. J'ai vaguement trouvé une explication qui me satisfait dans L'Affaire D. (j'ai parcouru quelques pages) :  il a cru que son oncle avait voulu l'étrangler, et s'est donc enfuit en Egypte. A la fin, il doit revenir. Si Dickens ne nous donnera jamais la réponse, autant choisir celle qui nous correspond le mieux.

Les avis de Karine et d'Isil.

24 février 2009

Le Général du Roi ; Daphné du Maurier

25183_0_1_Le Livre de Poche ; 435 pages.
Traduction de Henri Thies.
V.O. : The King's General. 1947.

Il y a deux ans, j'étais bien partie pour dévorer l'oeuvre entière de Daphné du Maurier. Mais je suis tombée sur La crique du Français, qui m'a profondément ennuyée (pour ce que j'en ai lu), et je suis passé à autre chose. C'est Vera qui m'a donné l'envie de renouer avec celle qui m'avait tant touchée dans Rebecca et surtout L'auberge de la Jamaïque. Ceci d'autant plus que  pas mal de titres de Daphné du Maurier figurent dans ma PAL, et que contrairement aux apparences, je projette de lire ces livres un jour...

Cornouailles, XVIIe siècle. Honor Harris est encore une jeune fille vivant sous les Stuarts lorsque, le jour de ses dix-huit ans, elle rencontre Richard Grenville, officier du roi, âgé de dix ans de plus qu'elle et dont le caractère est celui d'un homme impitoyable. Ils tombent amoureux, se fiancent, et tout semble prêt pour faire un roman historique comme il y en avait certainement des centaines à l'époque de du Maurier, et comme il y en a toujours des centaines aujourd'hui. Nous sommes dans une province reculée, leur cause est perdue d'avance, les deux amoureux ont des caractères opposés, il y a comme d'habitude une vilaine au nom douteux (Gartred) qui séduit tous les hommes, et l'héroïne est diminuée aux yeux de tous sauf aux yeux de son amant.  Cependant, Daphné du Maurier, que je n'ai jamais vu raconter des histoires à l'eau de rose, annonce très vite la couleur en indiquant au lecteur qu'il ferait mieux d'aller chercher ailleurs s'il souhaite lire un livre larmoyant.

Honor n'est pas du tout le genre de personnage qui laisse au lecteur le temps de s'apitoyer sur son sort. Les quinze années où elle ne voit pas Richard passent en un instant, et quand ils se retrouvent, c'est rarement pour parler d'amour. On est en plein dans la première révolution anglaise, et la Cornouailles, chère à Daphné du Maurier, est dans le camp des Stuarts.  Je connais bien ces derniers, qui m'ont occupée pendant de nombreux mois (ainsi que mon entourage, mais il est inutile de leur rappeler ces heures douloureuses...). Ils n'apparaissent pas vraiment ici, mais j'ai été heureuse de les retrouver, même de loin. On a droit à un bon aperçu des horreurs de la guerre. Menabilly, la propriété du beau-frère d'Honor, est occupée et pillée, les gens sont jetés sur les routes, punis pour leur résistance au Parlement, les hommes partent et ne reviennent pas toujours... Le camp royaliste n'est pas idéalisé. Sir Richard Grenvile est sans doute l'un des personnages les plus machiavéliques que j'ai jamais rencontrés, et sa popularité est loin d'être fameuse. Il est cruel, orgueilleux, et sa rivalité avec d'autres généraux constitue un véritable handicap pour son camp. On l'aime parce qu'on le regarde à travers les yeux d'Honor, mais il n'est pas véritablement différent de sa soeur (l'infâme Gartred dont je parlais plus haut). Cette dernière sert à autre chose qu'à jouer les vipères dans la vie d'Honor, et n'est pas aussi méprisable qu'elle en a l'air.

Ce livre n'est pas parfait, et il s'agit clairement d'un (très bon) roman de genre. Mais Le Général du Roi est assurément une histoire qui se dévore (en une journée en ce qui me concerne), et dont on ressort secoué.

L'avis de Bladelor (qui avait fêté Daphné du Maurier pendant une semaine l'année dernière).   

21 février 2009

Vera ; Elizabeth Von Arnim

untitledSalvy ; 287 pages.
Traduit par Bernard Delvaille. 1921.*

Cet été, une commentatrice de ce blog, en me parlant de Daphné Du Maurier, disait ne pas du tout apprécier sa Rebecca. En revanche, elle me conseillait un ouvrage d'Elizabeth von Arnim, publié bien avant, et dont le postulat de départ ressemble étrangement à celui de Rebecca. Il ne m'en a pas fallu plus pour que je me lance dans une quête effrenée de ce livre (et malheureusement, il semble bien que pour le dénicher, il faille beaucoup de volonté...). Il faut savoir qu'Elizabeth von Arnim était la cousine de la délicieuse Katherine Mansfield, ce qui constituait pour moi une motivation supplémentaire.

Vera débute alors que la jeune Lucy vient de perdre son père. Ils étaient très proches, elle l'avait emmené en Cornouailles afin qu'il se repose et qu'elle prenne soin de lui au mieux, mais maintenant qu'il est mort, elle ne ressent rien. Elle sort se promener, perdue dans ses pensées, et croise sans le voir un homme beaucoup plus âgé qu'elle, en deuil lui aussi, mais qui est frappé par l'expression qu'il lit sur le visage de la jeune fille. Cet homme s'appelle Everard Wemyss, et sa femme vient de mourir dans des circonstances troubles. Des liens se tissent immédiatement entre Lucy et Wemyss. Ce dernier s'occupe d'organiser les funérailles du père de la jeune femme, et que tous les proches du défunt prennent pour un parent de Lucy, ou un ami très proche de ce cher Jim qui vient de mourir. Même la tante de Lucy, l'affectueuse Miss Entwhistle, n'envisage pas un seul instant que cet inconnu puisse être un nouveau venu dans la vie de sa nièce.
Lucy et Everard tombent naturellement amoureux, et ce dernier, impatient d'avoir sa "petite fille" pour lui seul, décide de ne pas respecter l'obligation de deuil d'un an avant de se remarier. Ils choquent les proches de la jeune fille, qui ont tous eu connaissance de la mort de Vera, la première épouse de Wemyss dans les journaux. Toutefois, ils sont déterminés à ce que rien ne viennent entraver leurs plans.

Il est certain que l'on ne peut s'empêcher de penser à Rebecca en lisant la première partie du roman. J'ai sursauté en lisant les propos de Wemyss au sujet d'une servante de Vera qu'il n'appréciait pas. Difficile de ne pas croire que l'on va se retrouver face à une nouvelle Mrs Danvers. Après le mariage, alors que le couple se rend aux Saules, la demeure dans laquelle Vera est morte, le fantôme de cette dernière semble hanter les pièces. 
Mais en fait, on se trompe du tout au tout. Dans ce livre, Elizabeth von Arnim se joue de son lecteur, et n'a d'autre but que de lui montrer que l'amour aveugle, et que ce que l'on prend pour une affection touchante n'est parfois autre chose que de la tyrannie. Si vous voulez lire ce livre, je pense que vous ne devez pas lire ce qui suit.
En fait, Wemyss, qui semble impatient parce qu'amoureux fou de Lucy, se transforme très vite en personnage détestable. Certaines de ses réactions lors des funérailles du père de Lucy, puis lors du séjour de cette dernière à Londres, que je prenait pour des réactions raisonnables, et comme une volonté d'indépendance vis à vis des conventions, n'étaient en fait que le reflet du caractère odieux de Wemyss. Cet homme est capricieux, tyrannique, manipulateur et égoïste comme peu de gens. Son comportement à l'égard de Lucy se révèle de plus en plus insupportable. Il ne pense qu'à son bonheur, ne désire voir que ce qu'il a envie de voir, et refuse d'entendre les plaintes pourtant bien compréhensibles de sa jeune épouse. Comme Lucy, on lui pardonne presque à chaque fois. Après tout, Wemyss est bel et bien amoureux de la jeune fille qu'il croit avoir entre les doigts. En fait, il m'a fallu attendre que Miss Entwhistle, celle que l'on prend au départ pour la vieille bique rabat-joie (ces pantalons gris !), dise ses quatre vérités à Wemyss, pour que je saisisse que cet homme ne peut être que détestable, et qu'il n'est d'ailleurs pas loin d'être un meurtrier du fait de sa négligence. Il sait tellement se faire plaindre !
Elizabeth von Arnim est terrible, puisqu'elle signifie en fait au lecteur que Lucy ne s'en sortira sans doute pas de sitôt. Miss Entwhistle, jetée dehors pas Wemyss, ne pourra pas lui ouvrir les yeux comme elle l'a fait pour le lecteur. La dernière phrase du livre m'a glacé le sang. Ces appellations que Wemyss donne à Lucy tout au long du livre, et que je trouvais déjà malsaines et hypocrites jusque là, prennent une autre dimension qui n'est pas pour réjouir le lecteur.

Un roman mené d'une main de maître donc, absolument glaçant. Je relirai sans aucun Elizabeth von Arnim. 

*Impossible de trouver la couverture de mon édition sur internet, mais la traduction est la même.


16 février 2009

Le cher ange ; Nancy Mitford

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La Découverte ; 276 pages.
Traduction de Olivier Daria.
V.O. : The Blessing. 1951.

Je vous en prie, dîtes-moi que vous aussi vous trouvez la couverture de ce livre affreuse ! On dirait celle d'un mauvais roman à l'eau de rose, et lorsqu'on ne connaît pas la signification du titre, ni l'auteur, je comprends que l'on parte en courant...
De Nancy Mitford, j'avais lu La poursuite de l'amour, un livre très sympathique, mais qui ne m'avait pas non plus entièrement conquise. Le cher ange s'est chargé de le faire, ce livre est absolument exquis !

Grace, une jeune et riche anglaise, rencontre Charles-Edouard de Valhuibert, de passage à Londres pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il est Français, de haute lignée, passionné d'art, et coureur de jupons insouciant. Bien que fiancée à un autre homme, Grace accepte d'épouser Charles-Edouard, dont elle est tombée éperdument amoureuse. Après une courte et singulière lune de miel, Charles-Edouard part sur le front, où il demeure sept ans.

« Quand, durant les années solitaires à venir, Grace tentait de se remémorer ces dix brèves journées, la même image s’offrait toujours à son esprit : Charles-Edouard déplaçant les meubles. »

A son retour, il retrouve son épouse, ainsi qu'un petit garçon, Sigismond. Le couple se rend immédiatement en France, où les habitudes de vie différentes des deux époux, qui étaient jusque là uniquement un sujet de plaisanterie, deviennent un sujet de discorde.  

C’est alors que le rôle de Sigismond prend toute son importance. Le « cher ange », comme le baptisent volontiers sa mère et sa Nanny, délaissé par son père lorsque ses parents étaient heureux, devient le centre de toutes les attentions, et n’est pas près à renoncer à ce nouveau statut.

Ayant moi-même vécu à l’étranger, je sais combien passer une simple frontière peut déboussoler un individu, même lorsque celui-ci est plein de bonne volonté. Les personnages de ce roman sont tous ou presque fort sympathiques, curieux, mais si pleins de préjugés, envers les autres nationalités, envers l’autre sexe, que cela donne lieu à des situations loufoques, et parfois douloureuses. L’Europe se relève difficilement des ravages occasionnés par la Seconde Guerre mondiale, et malgré l’entente cordiale, la "vieille petite Europe" et les "grands Etats-Unis d'Amérique" ne se comprennent pas davantage que les Anglais et les Français. De toute façon, même lorsqu’ils ont des points communs, ils sont incapables de les voir. 

Heureusement, l’ironie de Nancy Mitford bat son plein dans ce roman. J’avais souri dans La poursuite de l’amour, Le cher ange se sert admirablement de l’humour pour calmer les esprits, relativiser, envisager tous les points de vue, et finalement accepter l’autre et arrêter de ne percevoir la situation qu’à travers ses propres principes. Ce Charles-Edouard ! Il ressemble d’abord à un horrible type, mais comme on comprend Grace à la fin ! J’aime sa façon de voir les choses, et même si je partage plutôt les conceptions de Grace, la manière dont il envisage parfois le mariage est tellement naïve qu’on la lui envie. Lorsque sa femme lui avoue qu’elle a pensé épouser deux autres hommes,  voilà ce qu’il lui répond :

« Extraordinaire ! Avouez que vous ne vous seriez jamais amusée autant qu’avec moi ?
- L’amusement n’est pas le but du mariage, fit Grace, très digne.
- Vous en êtes sûre ? »


Sans commentaire. Il n’est pas tout le temps comme cela non plus, il sait aussi agir en adulte, et pourquoi il a épousé Grace (non, rien à voir avec l’argent, même si, comme tout le monde le sait, les Français, qu’ils soient richissimes ou non, ne négligent jamais la perspective d’en avoir encore plus…).

Le couple formé par Grace et Charles-Edouard est victime des manigances de Sigismond, mais ce dernier sait aussi être plus attendrissant aux yeux du lecteur, lorsqu’il entreprend de se faire gâter également par ceux qui aspirent à devenir ses beaux-parents. L’une des maîtresses de Charles-Edouard, afin de conquérir le garçon, organise un bal où les enfants sont conviés. C’est une première dans la bonne société parisienne, et une véritable catastrophe. Les adultes s’arrachent les enfants, relégués à la campagne d’ordinaire, afin d’être admis au bal, deux mères incapables de reconnaître leur bébé à la fin de la soirée tirent au sort l’enfant qu’elles vont remporter, et le petit Sigismond s’endort, tandis que son père est parti s’amuser avec une honnête épouse... 

Un roman délicieux, idéal en cas de petite baisse de morale ou simplement pour se divertir.

Emjy aussi a adoré.

10 février 2009

Les vies d'Emily Pearl ; Cécile Ladjali

resize_3_Actes Sud ; 191 pages.
2008.

Il y a des livres qui vous semblent plein d'espoir, qu'il vous faut absolument, mais que vous méprisez quand même un peu, puisque leurs ambitions ont l'air ridiculement grandes. Quand je lis des romans dits "d'inspiration victorienne", il s'agit essentiellement pour moi de trouver des clins d'oeil aux oeuvres des maîtres de l'époque. Cette fois, ce but n'a pas été atteint, mais c'est parce que Cécile Ladjali a accompli quelque chose de beaucoup plus grand.   

Emily Pearl est une pauvre fille de la campagne à l'extrême fin du XIXe siècle anglais. Dans un cahier, elle inscrit sa vie, vécue ou rêvée, peu importe. Elle parle des lettres de sa soeur Virginia, qui a fuit une existence misérable pour une autre existence misérable, mais choisie celle-là, de son rôle de perceptrice auprès de Terrence, le fils malade de Lord Auskin, de sa relation avec ce dernier, de la vie à Green Worps, d'elle même en fait.

Moi qui aime si peu les auteurs français contemporains, j'ai complètement succombé à la poésie, à la fantaisie et à la tristesse de ce petit livre. A côté de Rachel, Lucy, Kath ou Angel, se trouvera Emily Pearl désormais. Je pourrais vous dire qu'on perçoit les ombres de Jane Eyre et Virginia Woolf en lisant ce livre, mais cela n'a aucune importance en fin de compte. J'ai été totalement éblouie par l'héroïne de Cécile Ladjali. Elle est bourrée de défauts, et certaines de ses actions peuvent rebuter nombre de personnes, mais j'ai toujours eu un faible pour les héroïnes à l'imagination débordante, qui cherchent dans l'écriture un sens à leur vie. Elles sont finalement avant tout des prisonnières, même lorsque, comme Emily, elles ont conscience des conséquences de leurs actes :

" Virginia et son époux luttent pour la vérité et la liberté. Alors que moi, je fais enfermer les innocentes. Qu'est-ce qu'il y a donc de pourri en moi ? Qu'est-ce qui me fait, dans le banal petit jour du matin, haïr à ce point l'humanité ? "

En fait, paradoxalement, Emily est la seule à percevoir la réalité des choses. Elle veut être libre, être heureuse, mais elle a quand même conscience de la médiocrité de son existence et de celle des autres, quand ces derniers se voilent la face, par refus du chagrin ou par vanité :

" J'enviai alors cet homme et sa capacité à sélectionner les détails de la vie susceptibles de ne lui apporter que du bonheur et à jeter dans les douves de l'amnésie ceux qui auraient pu le conduire au désespoir. Je n'avais pas cette force. "

"Ce vieil homme connaît aujourd'hui ce qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir vivre : une apothéose sociale ! Il ne réalise pas que la moitié de l'assistance est composée des plus grands marginaux du pays, de toute la fratrie artiste et homosexuelle du Nord de l'Angleterre. Non, cela il ne le voit pas. Il ne retient de cette faune bizarre que ce qu'en retiendrait un parvenu : le velours des redingotes, la cherté des toilettes, la lourdeur des parfums coûteux qui empoisonnent l'air, le fait que trois prêtres, dix enfants de choeur et cinq choristes soient convoqués pour le mariage de sa cadette. Je suis certaine aussi qu'il n'a pas manqué de considérer, à l'entrée de la chapelle, les trente superbes bêtes, harnachées à de profondes calèches couvertes d'armoiries ducales. Mon père n'a d'yeux que pour ces spectacles. En revanche, il reste aveugle à celui de ma détresse, il ne devine même pas le ventre de Pitch qui déborde de son habit, il ne voit pas non plus sa femme, secouée par les sanglots de bonheur, et que compresse une abominable robe d'apparat vert canard. "

Emily sait aussi aimer, même si elle se répète sans cesse le contraire. Fuir ses sentiments, ce n'est pas ne pas les éprouver. Terrence, ce gamin difforme, encore un genre de personnages que j'aime inévitablement, Emily est prête à tout pour le soulager, et elle le fera.

On ne sait pas ce qui est exact, qui existe vraiment, ce qui est écrit, ce qui est réellement dit. Cécile Ladjali ne signale pas les dialogues par une ponctuation spécifique. Ce livre est un tout, parfaitement harmonieux, une longue réflexion sur ce que l'on fait de sa vie, sur ce que l'on n'ose pas et sur les peines inévitables auxquelles il faut faire face. C'est enchanteur malgré la tristesse qui se dégage de l'histoire. Un bijou !

Malice et Lou ont adoré.
Emjy est plus mitigée. 

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29 janvier 2009

Nineteen-Eighty-Four ; George Orwell

9780141187761_1_Penguin Modern Classics ; 325 pages.
1959. V.F. :
1984.

Lettre O Challenge ABC :

Cette année, j'avais prévu de lire deux livres qui ont obtenu le statut de chef d'oeuvre en Angleterre et dans le monde : Lord of the Flies de William Golding, et Nineteen Eighty-Four de George Orwell. Ce dernier a en plus bénéficié du relooking des éditions Penguin Modern Classics, ce qui donne très envie de le lire. Il s'agit d'une excellente initiative, puisque Nineteen Eighty-Four est un chef d'oeuvre.

BIG BROTHER IS WATCHING YOU. Imaginez un monde où, si vous n'être pas un simple prolétaire, vous ne pouvez pas faire le moindre mouvement sans être scruté à l'aide d'écran, ou écouté grâce à des micros dissimulés absolument partout. Un monde où l'amitié n'existe pas, où les unions sont autorisées seulement dans un but de procréation, où vous devez être fier lorsque vos enfants vous dénoncent comme dissident.
Voilà ce que connaît Winston Smith, habitant d'Océania, l'un des trois groupes territoriaux qui se sont formés au milieu du XXe siècle. Winston travaille au ministère de la Vérité, où il doit sans cesse participer aux mensonges du Parti, transformer les faits, au point de ne plus toujours savoir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. La ration de chocolat a baissé ? Mais non, elle a augmenté ! Et n'essayez pas d'aller affirmer le contraire, même en pensée, car tous les crimes contre le Parti sont ressentis de la même façon en Oceania.
Winston ne parvient cependant pas à se sentir à l'aise dans cette vie et ce monde qu'il ne comprend pas. Un jour (il faut attendre le deuxième tiers du livre, les résumés sont trompeurs), il entame une liaison avec Julia, une jeune femme qu'il croyait pourtant être totalement acquise à la cause du Parti. Mais leur amour ne peut pas durer, et tous deux savent qu'ils se feront prendre, qu'ils seront torturés, qu'ils se dénonceront mutuellement. La seule chose en laquelle ils croient fermement est l'impuissance du Parti face à leurs sentiments :

" They can't do that,' she said finally. It's the one thing they can't do. They can make you say anything -anything- but they can't make you believe it. They can't get inside you."

Julia et Winston ont tort de dire cela. Car il s'agit justement de ce qui rend Nineteen Eighty-Four si puissant. On croit toucher le fond à chaque instant, on croit que les choses s'amélioreront forcément, mais il devient de plus en plus évident que les personnages sont totalement cernés, dans une situation que l'on ne pouvait même pas concevoir avant d'ouvrir ce livre (si vous cherchez à vous remonter le moral, n'ouvrez pas ce livre). Je n'avais déjà pas une haute opinion de la télé-réalité, je crois que je n'entendrais plus jamais le terme de "Big Brother" comme avant.
Ce qui est le plus effrayant dans ce livre, c'est la lucidité dont fait preuve George Orwell à l'égard de la nature humaine. Il dénonce les totalitarismes, particulièrement le communisme (le livre a été publié en 1949), mais il n'a surtout aucune foi dans l'être humain. Il sait ce qui a fait défaut aux régimes nazi, fasciste, et ce qui fera défaut à l'URSS, et il crée un régime qui n'a pas hésité à aller encore plus loin. Le Parti ne veut pas une soumission de ses membres, il veut une adhésion totale et irréfléchie. L'idée du Nouveau Langage m'a glacé le sang :

"Don't you see that the whole aim of Newspeak is to narrow the range of thought ? In the end we shall make thoughtcrime literally impossible, because there will be no words in which to express it."

La dernière phrase du livre est la plus cynique que j'ai jamais lue. Oui, parce que l'on plonge tellement loin dans la noirceur de l'Homme, que beaucoup de passages nous font quand même rire jaune.
J'ai cherché une note d'espoir dans ce livre. Je pensais que Julia pouvait la représenter. Elle n'a pas connu ce qu'il y avait avant, et pourtant elle semble différente. Seulement, plus j'y repense, et plus je me dit que le Parti nous prouve avec ce qu'il fait à Winston, qu'il est capable de tout, et que personne ne peut lui échapper. S'il est impossible que Julia ait échappé au Parti, il n'y a qu'une solution possible, et c'est pire que tout...

Ce roman est horriblement frustrant, car toutes les questions restent sans réponse. Mais c'est parce que chaque mot que Orwell a écrit est parfaitement pensé. J'ai trouvé Le Livre horriblement ennuyeux et sans intérêt, j'ai vite compris pourquoi. Vraiment le meilleur livre que j'ai lu depuis un moment je crois.

Pour des avis moins décousus, allez chez Erzébeth et Karine.   

22 janvier 2009

A Tale of Two Cities ; Charles Dickens

doverpublications_2035_411048333_1_Dove Thrift Editions ; 304 pages.
1859.
V.F. : Un conte de deux villes ou Le marquis de Saint Evrémont
.

Lettre D du Challenge ABC :

Je crois que j'avais acheté ce livre plutôt qu'un autre Dickens parce que j'aime beaucoup l'édition (économique, format agréable, couvertures soignées...). Il s'agit d'une oeuvre de l'auteur peu connue en France par rapport à Oliver Twist ou David Coperfield je pense. C'est aussi l'un des seuls romans historiques de Dickens d'après ce que j'ai pu lire (Isil et Fashion, les gardiennes du temple de Dickens, le savent mieux que moi), et un très très grand livre.

L'histoire se déroule entre deux villes, Paris et Londres, pendant la Révolution française. Cela donne lieu à des personnages dont on ne sait plus trop de quelle nationalité ils sont et surtout à des situations très cocasses. J'ai particulièrement apprécié le face à face entre Miss Pross et la terrifiante Madame Defarge dans les toutes dernières pages :

"Each spoke in her own language; neither understood the other's words; both were very watchful, and intend to deduce from look and manner, what the unintelligible words meant."

Tout commence en 1775, lorsque le docteur Manette est sorti de prison après dix-huit ans à la Bastille. On ignore tout de ce qui lui est arrivé, et lui-même semble avoir perdu la raison : il se prend pour un cordonnier lorsque Mr Lorry, qui prétend n'être qu'un businessman, et la fille du docteur, le retrouvent chez un ancien serviteur, Monsieur Defarge. Après qu'il ait recouvré ses esprits, il se rend en Angleterre, et tente de reprendre une vie normale auprès de sa fille qu'il n'avait jamais vue et qui le croyait mort.
Cinq ans plus tard, le docteur Manette et sa fille sont amenés à témoigner dans un procès pour trahison. L'accusé, Charles Darnay, ne doit sa survie qu'à sa ressemblance troublante avec le clerc de son avocat, un jeune homme peu avenant, Sydney Carton.
Les années passent, Charles Darnay épouse Lucie Manette, qui a aussi fait (bien involontairement) la conquête de Sydney. Mais le bonheur du jeune couple est fragile.
Lorsque la Révolution éclate, avec les Defarge mari et femme en première ligne, Charles est contraint de retourner en France pour secourir un ancien serviteur.

Je suis vraiment désolée pour ce résumé absolument minable, mais je ne veux pas en dire trop, et le livre ne me facilite vraiment pas la tâche. Les intrigues sont beaucoup plus nombreuses et complexes qu'elles ne le paraissent. Je ne suis pas une grande amatrice de livres concernant la Révolution (à part Quatre-Vingt Treize lu et adoré il y a bien longtemps), et j'ignorais totalement les talents de Dickens pour le roman historique, mais là je suis bluffée. Il est évident que c'est du Dickens : ses personnages hauts en couleur (Mme Defarge et son tricot, Mr Lorry, Miss Pross...), ses périphrases exquises, sa façon de nous faire rire et pleurer à la fois... Je ne sais pas si c'est juste moi, mais il me semble qu'il y a vraiment un côté enfantin chez Dickens. Dans le ton employé par moments, qui fait que l'on sourit même dans les situations les plus tragiques, même lorsqu'on a le coeur brisé. La dernière phrase du roman est l'une des plus belles que j'ai jamais lues, une des plus émouvantes (je la remets pour ceux qui l'ont lue, les autres ne pourront de toute façon pas la comprendre hors contexte) :

"It is a far, far better thing that I do, than I have ever done; it is a far, far better rest that I go to than I have ever known."

Grâce à son génie, Dickens nous fait littéralement vivre dans le Paris de la fin du XVIIIe, plein de misères et de colère. La description des miséreux se jetant sur le vin renversé m'a particulièrement marquée. L'ironie que l'auteur met dans les descriptions d'exécutions sous la Terreur, ses répétitions, rendent la guillotine encore plus menaçante, et la misère encore plus visible.
Je ne peux pas clôre ce billet sans avoir un peu parlé de Sydney Carton. Il est présenté comme un être raté, peu intéressant, dont il faudrait presque se défier. Mais quand on comprend le rôle qu'il doit jouer... ! Je crois que c'est l'un des personnages de roman les plus sincères que j'ai rencontré. Ses discussions avec Mr Lorry, totalement insouciant, et sa promenade dans Paris, sa rencontre avec la jeune femme, toutes ces scènes sont superbes et terribles à la fois.   

Je voudrais bien avoir du mal à dire de ce livre afin de contrarier Isil et Cryssilda, une fois de plus... Mais je ne peux que vous engager à vous plonger dans ce chef d'oeuvre. J'ai découvert qu'il avait fait l'objet d'une récente réédition l'année dernière, sous le titre de Le marquis de Saint Evrémont.

L'avis de Karine (dans le même état que moi après sa lecture, en plus je vois qu'elle aussi a adoré le chapitre "Echoing Footsteps")

12 janvier 2009

The Amber Spyglass ; Philip Pullman

51dum6TvBYLScholastic Press ; 1024 pages.
V.F. : Le miroir d'ambre.

Je n'arrive pas à croire que j'ai mis un an à lire le dernier volet de la trilogie de Pullman. Enfin, si : mon livre regroupant les trois tomes pèse au moins deux kilos, et n'est pas du genre à tenir dans un sac à main... C'est après avoir terminé le tome 1 des Sally Lockhart que j'ai éprouvé une irrésistible envie de replonger dans l'univers de Lyra.

A la fin de The Subtle Knife, la fillette avait disparu. Nous la retrouvons en compagnie de la mystérieuse Mrs Coulter, qui la cache dans une grotte en la maintenant endormie, afin qu'elle ne s'échappe pas. Pendant ce temps, Will, qui a rencontré deux anges qui sont opposés au Régent, traverse l'Asie pour la retrouver. Tout comme les agents de Lord Asriel et ceux de l'Eglise.
Mary, la scientifique dont Lyra avait fait la connaissance en découvrant le monde de Will, découvre quant à elle un monde peuplé de créatures assez étranges, avec lesquelles elle sympathise rapidement. Ce monde est en déperdition, car la Poussière n'agit plus comme il le faudrait. Mary s'engage donc à chercher quelles sont les causes de ce phénomène. Un prêtre est à sa poursuite. Il a reçu pour mission d'éliminer Lyra, et sait qu'il la trouvera grâce à Mary.

Je ne sais pas comment exprimer ce que j'ai pu ressentir à la lecture de ce dernier tome. Les fins sont souvent un peu décevante, mais ce n'est pas du tout le cas ici. Non seulement le ton de l'histoire demeure le même que dans les volets précédents, mais en plus, il reste encore énormément de choses à accomplir avant de boucler l'histoire.
Pullman a encore de l'imagination a revendre, et c'est ainsi que nous découvrons toutes sortes de nouvelles créatures, que nous n'étions pas encore prêts à rencontrer dans les volets précédents. Certaines phrases du premier tome prennent toute leur importance seulement dans The Amber Spyglass. Absolument rien n'est laissé au hasard, et toutes les explications prouvent à quel point Pullman est un auteur talentueux. C'est déchirant, certes (ah ! cette trahison dans le monde des morts ! Cette révélation finale à propos de la poussière ! ), mais l'auteur veux être le seul maître à bord, et il s'en donne les moyens.
Impossible de souffler, ce tome est celui de tous les combats. Les personnages savent que c'est l'avenir de l'univers qui est en jeu. Outre les péripéties de Will et de Lyra, et les choix difficiles auxquels ils sont confrontés, j'ai été fascinée par la relation entre Mrs Coulter et Lord Asriel. Je me rappelle que j'avais trouvé le retournement de situation à la fin du tome 1 fort bien orchestré, je ne pensais pas si bien dire. Ces deux individus, pour lesquels le mensonge et la dissimulation sont une seconde nature, m'ont parfaitement manipulée.
Une fois la dernière page tournée, je me suis précipitée sur le tome 1 pour en relire au moins le début, et retrouver tous ces personnages qu'il est très difficile de quitter, et qui n'ont pas révélé tous leurs mystères.

His Dark Materials est donc tout simplement un chef d'oeuvre, et je vous conseille très fortement de ne pas passer à côté !

J'en profite pour dire deux mots de l'adaptation du premier tome, qui m'a sincèrement déçue. Je ne savais pas trop ce qu'on pouvait en attendre, mais certains choix m'ont beaucoup surprise (notamment le fait de ne pas respecter le découpage de Pullman, qui n'est absolument pas anodin). Ce roman est tellement complexe qu'en fait, j'ai trouvé que le moindre changement modifiait fortement le livre, et cela m'a beaucoup gênée (je suis pourtant une grande amatrice d'adaptations).
Une petite photo quand même pour les filles avides de kulture fashionesque que nous sommes (et aussi parce que j'aime beaucoup Selmaria) :

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Les avis de La Conteuse, Karine et Papillon.