01 septembre 2013

La plume empoisonnée - Agatha Christie

LaPlumeEmpoisonnee"Comment veux-tu que, dans un coin comme celui-ci, il vous arrive quelque chose de fâcheux ?"

Après ma relecture du délicieux Dix petits nègres, je n'ai pas eu envie de quitter Agatha Christie. Cette fois, j'ai choisi un titre que je ne connaissais pas et qui est très différent.

Suite à un accident d'avion, Jerry Burton est contraint de partir se reposer à la campagne. Il s'installe donc à Lymstock, un charmant village à l'écart de Londres en compagnie de sa soeur. Seulement, il n'y trouve pas le calme escompté. A peine installés, Jerry et Joanna reçoivent une lettre les accusant de ne pas être frère et soeur. Ils découvrent alors qu'ils ne sont pas les seules victimes du mystérieux corbeau.

Voilà un livre tout à fait charmant qui prend son temps pour installer l'intrigue. Dans La plume empoisonnée, l'auteur décortique la vie d'un village anglais où l'on transforme le moindre geste en ragot afin de tromper l'ennui. Les destinataires des lettres sont choquées, mais tout le monde se régale d'une telle intrigue, même lorsqu'une première victime, la très respectable épouse du notaire, est à déplorer.
Il y a également énormément d'humour dans ce livre. Joanna, la soeur du narrateur, est très sarcastique, Megan est impertinente, le narrateur lui même ne se prive pas de faire quelques traits d'humour, ce qui rend l'ambiance presque plaisante et les rappels en fin de chapitre que nous sommes en présence d'une affaire de crime, n'en sont que plus délicieux. Agatha Christie s'amuse en effet avec son lecteur en parsemant son récit d'indices alambiqués qui ne servent qu'à le faire trépigner davantage et rager devant son incapacité à résoudre l'énigme. 
Finalement, Miss Marple fait son entrée de façon assez saugrenue. Pour qui ne connaîtrait pas du tout la vieille dame, il est très difficile de voir en elle un détective hors pair. Elle est présentée comme une simple amie de la femme du pasteur de passage dans la petite ville où les crimes sont commis.
L'auteur est tellement tranquille qu'elle nous offre même des intrigues amoureuses. Celles-ci sont moyennement intéressantes, mais une intrigue de village sans histoires de coeur, c'est toujours étrange.

Au final, un roman qui est loin d'égaler Dix petits nègres, mais plein de charme et intéressant dans la mesure où il permet de montrer qu'Agatha Christie est capable de jouer sur différents registres de romans policiers.

L'avis de Cécile.

1942 pour l'édition originale.

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25 août 2013

Dix petits nègres - Agatha Christie

QUIZ_Connaissez-vous-les-dix-petits-negres_5831L'Île du Nègre vient d'être achetée par un mystérieux milliardaire, ce qui passionne les journaux et le public. Aussi, lorsque dix personnes reçoivent une invitation pour s'y rendre, en tant qu'invité ou comme futur employé, elles ne prêtent pas attention au fait que leur lettre est vague, et ne sont pas gênées de ne pas bien se souvenir de leur expéditeur.
C'est ainsi qu'un juge, un médecin, un aventurier, un général, un policier, une vieille fille, une gouvernante et un jeune inconscient se retrouvent prêts à embarquer pour la demeure de Mr et Mrs O'Nyme. Arrivés sur l'île, ils sont accueillis par les deux domestiques, Mr et Mrs Rogers. Les hôtes ayant été retenus, leurs invités prennent un premier dîner sans eux. Au cours de celui-ci, un disque contenant une mise en accusation de chacune des personnes présentes est retransmis. Tous les invités s'empressent de rejeter les accusations de meurtre pesant contre eux, mais dès la première soirée, l'un des convives meurt empoisonné.

J'ai découvert Dix petits nègres en seconde, et bien qu'il n'ait pas été mon premier roman d'Agatha Christie, j'en gardais un souvenir très fort. Je me souvenais à peu près correctement de la fin, mais j'ai voulu le relire afin de le savourer sous un nouveau jour (et puis, il fallait bien que je vous parle un peu de Dame Agatha un de ces jours).
Nous avons donc ici un huis-clos de plus en plus oppressant au fur et à mesure que les personnages sont assassinés. Ce qui est intéressant est l'analyse psychologique à laquelle Agatha Christie se livre dans ce roman. Elle joue avec les nerfs de son lecteur (je n'avais pas grand chose à envier à Vera côté trouille), mais surtout avec ses personnages, de plus en plus terrorisés et suspicieux à mesure qu'ils réalisent qu'ils ne quitteront pas cette île vivants. Eux-mêmes jouent très bien leur rôle de pantins dans cette cour de justice spéciale. D'abord près à jurer leur innocence, ils finissent par avouer leurs crimes, et c'est bien la culpabilité qui porte le coup final de la comptine des Dix petits nègres. La seule chose sur laquelle ils demeurent imperturbables est le thé de cinq heures, rituel auquel il n'est pas question de renoncer ! C'est aussi ce qui fait de cette histoire un roman très anglais avec lequel on prend un grand plaisir à frissonner.
L'auteur adopte divers procédés afin de faire monter la sauce. L'histoire avance très vite d'une part, puis toutes les recherches ne donnent rien créant ainsi un climat de suspicion ne laissant aucun repos. Enfin, elle introduit les pensées de ses personnages, dont celles du meurtrier, à plusieurs reprises afin d'augmenter la tension. Aucun coupable ne se dessine clairement, chaque suspect étant éliminé dès que les autres commencent à le soupçonner.

Attention Spoilers !

Je ne me souvenais plus comment Agatha Christie s'y prenait pour que la morale soit sauve. Une personne s'auto-proclamant Juge Suprême autorisée à châtier les coupables que la justice n'a pu attraper n'a rien d'admirable. Elle a donc créé un personnage un brin sadique et psychopathe, condamné à mort par Dame Nature, pour justifier les dix meurtres. Le complice semble franchement niais, mais après tout chacun des personnages représente une couche bien précise de la société, donc pourquoi pas.

Fin des spoilers

Un roman mené d'une main de maître !

L'avis de Karine.

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05 juillet 2013

Testament à l'anglaise - Jonathan Coe

9782070403264"Il n'y a pas de jasmin par ici, n'est-ce pas ?"

Angleterre, 1942. Lors d'un raid aérien contre l'Allemagne, Godfrey Winshaw, fils de l'une des plus importantes familles de l'aristocratie anglaise, est abattu par les nazis. Sa soeur, Tabitha, accuse alors leur aîné, Lawrence, d'avoir comploté avec les Allemands et fait tuer Godfrey. Pour la récompenser, sa famille la fait enfermer dans un asile. C'est de là que quarante ans plus tard, elle contacte Michael Owen, un modeste écrivain, et lui demande d'écrire l'histoire des Winshaw. 

J'ai conscience de ne pouvoir vous donner qu'une vision tronquée de ce livre, mais vous devez savoir à quel point je l'ai aimé.
Testament à l'anglaise mélange aussi bien les genres (roman policier, satire politique et sociale) que les formes d'écriture (roman, journal, chronique, extrait de film...), et alterne autant les époques que les narrateurs (tour à tour chacun des membres de la famille Winshaw et Michael Owen).
Nous sommes dans l'Angleterre des année 1970 et 1980 et les Winshaw sont partout. Ils dominent le monde politique, celui de la finance, l'industrie agro-alimentaire, le marché de l'art, le trafic d'armes, et y inoculent leur venin. A travers eux, ce sont les années Thatcher et la première guerre en Irak que Jonathan Coe décortique. Animés par l'appât du gain ou des penchants pervers, les Winshaw démantèlent les services publics, piétinent tous les scrupules qui les empêcheraient de s'en prendre à un être humain ou un animal si cela peut leur apporter quelque profit. C'est évidemment tiré à l'extrême, caricatural, mais c'est amené avec un cynisme délicieux. J'ai particulièrement apprécié la tristesse de Mark après la mort de son épouse dans un accident de la route.

"Mark fut désespéré par cette perte. La voiture était un coupé Morgan Plus 8 1962 bleu nuit, l'une des trois ou quatre existant au monde, et elle était irremplaçable."

Tentant d'écrire sur cette famille, Michael Owen est un homme seul, qui vit dans son passé. Il reste fasciné par une scène du film What a carve up ! (qui est aussi le titre du roman en anglais) vu au cinéma alors qu'il était encore un enfant, ainsi que par le souvenir de Youri Gagarine, le premier homme à avoir voyagé parmi les étoiles. Ces éléments semblent assez anodins, mais prendront tout leur sens lors d'une dernière soirée au manoir des Winshaw, dont le récit clôture le livre, et qui revendique son lien de parenté avec les romans d'Agatha Christie.

"J'ai envie d'une bonne partie de Cluedo. Il n'y a rien de mieux."

Terriblement anglais et magistral.

Folio. 678 pages.
Traduit par Jean Pavans.
1994 pour l'édition originale.

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30 mars 2013

La Recluse de Wildfell Hall - Anne Brontë

La-Recluse-de-Wildfell-HallMon billet est plein de révélations sur le roman, je vous déconseille de le lire si vous souhaiter le découvrir sans rien savoir dessus.

L'arrivée de la mystérieuse Mrs Graham et de son fils Arthur dans la demeure délabrée de Wildfell Hall provoque la curiosité de ses voisins. Elle semble veuve, solitaire, ce qui est largement suffisant pour que toutes sortes d'histoires circulent sur son compte. Gilbert, jeune propriétaire terrien, n'apprécie pas vraiment ses manières froides dans un premier temps, puis à force de la fréquenter, il en tombe amoureux. Il cherche alors à comprendre pourquoi elle semble se cacher de ses anciens amis, et quelles relations elle entretient vraiment avec son propriétaire, dont on murmure qu'il est le père de son enfant.

Ce livre est étonnant. D'un côté, il peut paraître assez sage, voire moralisateur. Notre héroïne est une jeune fille naïve avant son mariage. Elle croit pouvoir tout contrôler, et son attitude est très religieuse. Quand elle rencontre son mari, elle rejette en bonne amoureuse passionnée tous les avertissements de ses proches. "Je le sauverai", leur dit-elle, et elle se tiendra à cette résolution jusqu'au bout. Cet excès de bonté peut sembler agaçant à un lecteur d'aujourd'hui tant cela ressemble à une leçon de morale contre les erreurs de jeunesse.
Le dénouement du livre également est sans surprise, puisque les gentils triomphent alors que les méchants paient pour leurs égarements. Contrairement à ses soeurs, qui ont créé en Heathcliff et Rochester des hommes bourrés de défauts, tout en leur donnant le statut de héros, Anne Brontë ne fait pas d'Arthur un être que l'on peut comprendre. Il est pitoyable, méchant, égoïste, et il n'aura pas le moindre moment de gentillesse avant de quitter la scène. Ce n'est pas lui dont on se souvient une fois le livre refermé. En ce qui concerne l'autre prétendant, Gilbert est certes loin d'être un prince charmant lorsqu'on l'observe avec un oeil neutre, et je trouve sa jalousie inquiétante pour la suite, mais je ne pense pas qu'Anne Brontë ait montré ses excès dans le but de faire de son personnage un homme imparfait. Elle veut plutôt montrer par ce biais l'attachement qu'il éprouve pour Mrs Graham et permettre le développement de son intrigue.

Malgré ces aspects, ce serait une erreur de considérer ce livre avec dédain, car on se serait complètement mépris sur ses objectifs. Remis dans le contexte du milieu du XIXe siècle, on comprend en effet l'émoi qu'il a suscité ainsi que l'audace dont il fait preuve. Ce livre parle en fait de violences conjugales et d'alcoolisme, un sujet que je ne pense pas avoir déjà vu développé dans un autre roman de cette époque, et encore moins aussi crûment. Je reprochais plus haut à Anne Brontë son manque de romanesque, mais cela vient du fait que l'auteur, ainsi qu'elle le dit dans la préface de son livre, vise à offrir une oeuvre réaliste. Vu sous cet angle, c'est une réussite. Par le biais de son journal, Helen, notre héroïne, nous livre le récit complet des abandons, des humiliations et des menaces dont elle sera l'objet durant son mariage. Son quotidien n'est fait que d'attente, de violence et de désespoir. Son mari est très souvent absent, il ne vient qu'accompagné d'amis aussi débauchés que lui, et son jeu favori consiste à tourmenter sa femme et à essayer de faire de son fils son parfait portrait.
Anne Brontë nous montre bien la situation impossible dans laquelle se trouve son héroïne. Elle cherche d'abord à aider son mari, à le changer. L'auteur devait bien connaître ce sentiment, puisque son frère, Branwell Brontë, souffrait lui-même d'alcoolisme. Quand son amour pour son mari a disparu, Helen ne cherche plus qu'à se protéger. Mais, c'est une femme, donc elle n'a pas la moindre possibilité de partir aux yeux de la loi, encore moins avec son fils. La honte qu'elle éprouve l'empêche par ailleurs de s'ouvrir à ses proches. Heureusement pour elle, elle n'est pas seulement la jeune sotte qui a épousé Arthur, ce qui lui permet de trouver assez de ressources pour s'enfuir, bravant ainsi les règles de la société dans laquelle elle vit.
Pas étonnant qu'un roman mettant en scène une femme forte ait provoqué quelques colères lors de sa parution.

Je pourrais poursuivre ce billet en vous parlant de l'atmosphère mystérieuse qui règne autour de Wildfell Hall, ou encore de la construction du livre à partir de plusieurs points de vue, mais ce que j'en ai retenu est surtout son intrigue. Anne Brontë ne m'inspire pas la même passion que ses soeurs, mais elle n'en est pas moins un auteur admirable auquel il serait regrettable de ne pas s'intéresser.

Traduit par Georges Charbonnier, André Frédérique et Frédéric Klein.
Phébus. 471 pages.
1848 pour l'édition originale.

16 mars 2013

Juvenilia - Jane Austen

9782267019254FSDès l'adolescence, Jane Austen se livre à l'écriture. Juvenilia regroupe (à quelques exceptions près) les travaux de l'auteur rédigés avant qu'elle ne se lance dans ses grands romans. La plupart sont de courts textes adressés à des membres de la famille de l'auteur. On y trouve aussi le bilan qu'elle tire des opinions de ses proches sur ses romans Mansfield Park et Emma, ainsi que des essais dans le domaine de la poésie et de la prière.

Si vous ne connaissez pas Jane Austen, ne lisez surtout pas ce livre.
La plupart des oeuvres qui le composent sont d'une qualité moyenne, certaines sont inachevées et d'autres complètement soporifiques (j'ai fait plus que lire en diagonale la prière finale par exemple).
Je me suis pourtant bien amusée à la lecture de la plupart d'entre elles. Jane Austen y est féroce, ses personnages sont grotesques, et ses histoires abracadabrantes. Le mariage de ses héroïnes est déjà l'un de ses schémas principaux. La plupart sont d'une mauvaise foi et d'une vanité terrible, comme cette jeune fille qui préfère épouser un homme qui la révulse plutôt que de laisser l'une de ses soeurs, ou pire, l'une de ses amies, se faire conduire à l'autel avant elle. 
Les drames sont légion, les personnages s'évanouissent constamment, les amants vivent littéralement d'amour et d'eau fraîche, et déjà Jane Austen se moque des codes du roman gothique et du romantisme.

Malgré tout, on constate que, dans sa jeunesse, Jane Austen n'est pas complètement détachée de ses modèles d'écriture, et qu'elle cherche le genre qui lui convient. Elle privilégie souvent la forme épistolaire dans ses écrits, peut-être à la manière d'une Fanny Burney. Elle propose également des textes sous la forme de contes ou de pièces de théâtre. Certains passages sont déjà très bons, mais la jeunesse et l'inexpérience de l'auteur font que beaucoup d'histoires s'achèvent de manière abrubte, souvent à l'aide de rebondissements peu crédibles.
Son style n'est pas complètement assuré non plus. Elle fait déjà preuve de beaucoup d'ironie, mais celle-ci n'a pas la finesse que l'on trouve dans ses plus grandes oeuvres. La psychologie de ses personnages est peu développée, et le but recherché semble avant tout être le rire du lecteur (bienveillant, puisqu'il s'agit d'un des proches de l'auteur).

Un livre intéressant, mais à réserver aux adeptes de Jane Austen.

Christian Bourgois. 393 pages.
Traduit par Josette Salesse-Lavergne.

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04 mars 2013

La Fascination de l'étang - Virginia Woolf

9782757832257Voilà longtemps que je n'avais pas parlé des oeuvres de Virginia Woolf par ici. J'avais déjà eu l'occasion de lire une partie de ce livre, mais sa réédition dans la jolie collection Signatures m'a donné envie de m'y replonger.

Les vingt-cinq nouvelles qui composent ce recueil couvrent presque toute la période d'écriture de Virginia Woolf. Certaines datent des années 1900, et les dernières ont été écrites peu avant sa mort en 1941.

La nouvelle est un genre que j'apprécie modérément. Par conséquent, ce recueil n'atteindra jamais pour moi les sommets que sont les romans de Virginia Woolf. Il est pourtant remarquable à plus d'un titre.
Tout d'abord, il permet de voir une réelle évolution dans l'écriture de Virginia Woolf. Les premiers textes sont de facture assez classique, bien que Woolf y soit déjà déterminée et piquante. Les derniers sont des oeuvres de la maturité, faites de flux de conscience qui saisissent l'instant et relèguent l'intrigue au second plan. Tout va très vite et finit de façon abrupte. Pour quelqu'un qui n'a jamais lu l'auteur, j'imagine que ces nouvelles en particulier doivent surprendre, tant elles semblent sorties de nulle part, se contentant d'attraper un moment furtif, pas vraiment délimité par un début et une fin, et peu significatif si l'on n'est pas très attentif.
Ensuite, ces nouvelles sont très plaisantes pour la plupart. Elles contiennent les germes des grandes préoccupations de l'auteur, voire des thèmes qu'elle n'a jamais explorés dans ses romans. Ainsi, la place des femmes hors du mariage est questionnée, aussi bien dans Phyllis et Rosamond que dans Le journal de Maîtresse Joan Martyn. Phyllis et Rosamond sont deux soeurs, des filles de bonne famille destinées au mariage. Elles ont pourtant bien conscience que ce n'est pas un état qui leur conviendrait. Leurs amies qui vivent dans l'affreux quartier de Bloomsbury*, où l'on ose penser, viennent encore davantage perturber leur volonté de satisfaire leur famille. Mais au lieu de donner lieu à une rébellion, la nouvelle s'achève sur la volonté de Phyllis de ne plus penser, tout simplement... Le temps occupe aussi une grande place dans ce recueil, tout comme la volonté de saisir l'essence d'une personne, voeu irréalisable, ainsi que nous le démontre Mémoires de romancière.
Le fantastique a aussi sa part dans ce recueil, ce qui peut paraître surprenant, mais est finalement assez cohérent entre les mains de Virginia Woolf. Les animaux prennent vie. Un perroquet découvre un trésor pour une vieille dame, la couverture recouverte d'animaux de l'infirmière Lugton s'anime lorsqu'elle s'endort, et Bohême la petite chienne a eu une attitude très humaine pendant son existence auprès de ses maîtres.
Virginia Woolf expérimente avec ce livre. On y trouve des textes qui rappellent certains passages de ses romans. Le cas le plus frappant est évidemment Mrs Dalloway dans Bond Street, qui reprend le début de Mrs Dalloway. J'ai également eu d'agréables impressions de déjà-vu en lisant Sympathie ou encore La soirée.

Je recommande fortement ces nouvelles à ceux qui voudraient approfondir leur connaissance de l'auteur.

*Virginia Woolf s'installe avec son frère et sa soeur à Bloomsbury après la mort de leur père. C'est là que naîtra le groupe de Bloomsbury dont elle faisait partie.

Points. 289 pages.
Traduit par Josée Kamoun.

28 février 2013

Emma - Jane Austen

EmmaLorsque j'ai découvert Jane Austen, ça a été une révélation. Je me suis enfilé la totalité de ses romans, et j'en ai profité pour voir toutes les adaptations que je pouvais trouver. Emma a été un peu maltraité cependant. C'est le dernier roman de l'auteur que j'ai lu, alors que je commençais à me lasser. Par ailleurs, j'ai regardé l'une de ses adaptations avant de découvrir le livre, chose qui me gâche systématiquement le plaisir de la lecture. Je gardais donc un mauvais souvenir de Miss Woodhouse. Mais alors que nous venons de fêter les deux cents ans de la publication d'Orgueil et Préjugés, je me suis dit qu'il était temps de me réconcilier avec elle.

Emma Woodhouse est une jeune fille riche de vingt et un an. Bien que plutôt intelligente et pleine de bonne volonté, elle a toujours été trop gâtée. Seul son beau-frère et voisin, Mr Knightley, lui trouve des défauts et se permet de les lui faire remarquer. Lorsque sa gouvernante, la "pauvre Miss Taylor", décide de se marier, Emma se retrouve seule avec son père hypocondriaque. Pour tromper son ennui, la jeune fille jette son dévolu sur Harriet Smith pour en faire sa compagne et l'un des objets de sa carrière d'entremetteuse.

Il est intéressant de lire un auteur à plusieurs années d'intervalle. En effet, contrairement à mes premières lectures des livres de Jane Austen, ce qui a le plus retenu mon attention ne sont pas les aventures de l'héroïne et de ses nombreux prétendants. Cet aspect du livre m'a plutôt ennuyée en fait, mais je vais y revenir. Ce qui fait le grand intérêt d'Emma, c'est la peinture de la petite société de Highbury et de tous les personnages qui la composent. Emma, pour commencer, est une héroïne très emma_1_1_austenienne. Elle a beau être riche contrairement à ses consoeurs, elle est surtout aussi imparfaite qu'elles. En effet, Emma est bornée, sûre de son rang et de ce qu'elle fait. Or, son intérêt pour Harriet relève davantage du caprice que d'un souci réel pour la jeune fille, et elle se montre donc très mauvaise enseignante.

"Les projets qu'Emma nourrissait en vue de meubler l'esprit de sa jeune amie à grand renfort de lectures et de conversations instructives n'avaient encore jamais dépassé le stade de quelques premiers chapitres, et l'intention de poursuivre le lendemain. Bavarder était chose plus facile qu'étudier. Il était plus distrayant d'abandonner son imagination à des rêves concernant l'avenir d'Harriet que de s'attacher à cultiver son intelligence ou de l'appliquer à des sujets concrets."

Elle peut aussi se montrer vaniteuse, même si c'est plus pour ses amis que pour elle-même, comme lorsqu'elle refuse l'idée d'une union entre Harriet et Mr Martin.
Jane Austen se montre encore plus féroce à l'égard des autres personnages, qui sont assez nombreux à occuper le devant de la scène. Mr Woodhouse et sa fille aînée, Isabelle, passent leur temps à craindre pour leur bien-être et celui de leurs proches. Le mari d'Isabelle, qui est aussi le frère cadet de Mr Knightley, est doté de davantage de bon sens, mais son caractère lunatique gâche sa personnalité. Parmi les amis des Woodhouse, la plupart sont aimables, mais à l'image de Mr Woohouse, surtout "mentalement inactifs", pour reprendre une expression de l'auteur. Ainsi, Harriet S30145252mith est charmante, mais naïve et incapable de penser par elle-même tant elle est occupée à boire les paroles d'Emma. A travers elle, Jane Austen se moque une nouvelle fois du romantisme et des héroïnes passionnément amoureuse d'un homme tant qu'elle n'en ont pas aperçu un autre sur lequel reporter toute leur affection. Miss Bates est tout aussi humble et gentille, mais ses interminables monologues feraient perdre patience à Jane Bennet en personne. Quant à Jane Fairfax, le point de vue d'Emma qui est adopté par la romancière nous la rend moins remarquable qu'elle ne l'est en réalité.
 D'autres personnages sont ridicules ou détestables, voire les deux. Mr Elton est un pasteur doté de tous les défauts les plus méprisables sous ses airs de gentilhomme. Son épouse n'est pas en reste avec ses grands airs et son hypocrisie. Quant à Frank Churchill, le séducteur de ces dames, j'avoue avoir du mal à lui pardonner son caractère égoïste et manipulateur.
En fin de compte, seuls Mrs Weston et Mr Knigthley nous permettent de ne pas désespérer de l'humanité en lisant Emma.
Tous ces personnages forment une petite société où il est nécessaire de prendre sur soi et de s'entendre, sous peine de perdre le peu de distraction que la vie à la campagne a à offrir. Dans ces conditions, les allers et retours de Frank paltrow-emmaChurchill, la maladie de sa tante, le cadeau anonyme envoyé à Jane Fairfax et tous les petits événements sortant de l'ordinaire donnent lieu à un grand émoi. L'intrigue de ce roman repose beaucoup sur les coups de théâtre et le ton constamment ironique et vif de Jane Austen, ce qui permet de le savourer malgré la quasi absence d'action.
Si cette relecture d'Emma m'a permis d'apprécier davantage ce livre auquel je reconnais de nombreuses qualités, j'ai dû m'accrocher durant les cent dernières pages. Je l'ai dit plus haut, les intrigues amoureuses qui sont résolues à la fin de l'histoire m'ont beaucoup ennuyée. Cela s'étale sur beaucoup trop de pages pour garder le lecteur en veille. Par ailleurs, je vais sans doute me faire huer, mais j'ai un problème moral avec le couple principal. Mr Knightley a contribué à l'éducation d'Emma, il l'a connue toute sa vie et se comporte de manière paternelle envers elle durant tout le livre. Par conséquent, je pense davantage "beurk" que "oooh" devant leur histoire d'amour... Je m'y fais en pensant que, comme pour Mansfield Park, où nous assistons à l'union de deux cousins germains, cela vient d'un décalage entre les époques. Je sais, j'ai un esprit étroit...

Emma ne sera jamais mon favori dans l'oeuvre de Jane Austen, mais il reste tout à fait recommandable !

Côté adaptations, j'ai pu voir les deux films sortis en 1996 ainsi que la mini-série de 2009. Toutes trois se complètent assez bien, mais j'avoue avoir un gros penchant pour celle d'ITV avec Kate Beckinsale et Mark Strong (en attendant de revoir l'Emma de Romola Garai, que je n'ai vue que rapidement lors de sa diffusion).

Lou, Romanza et Maggie ont aussi lu et aimé ce livre.

Le Livre de Poche. 511 pages.
Traduit par Pierre Nordon.
1815.

19 février 2013

Les confessions de Mr Harrison - Elizabeth Gaskell

elizabeth-gaskell-les-confessions-de-mr-harrisonAmis lecteurs, j'ai une bonne nouvelle ! Mes démêlés avec l'informatique étant (je l'espère) terminés, je vais enfin pouvoir vous prouver que j'ai pris de bonnes résolutions, et qu'on trouvera plus de billets sur ce blog que l'année dernière.

Et en ce mois de février lugubre, je vous propose un retour aux sources avec un petit bijou d'humour anglais. Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu Elizabeth Gaskell, et j'avais oublié à quel point c'était plaisant.

Mr Harrison, un jeune médecin, reçoit chez lui l'un de ses amis. Ce dernier charmé par l'épouse de son compagnon, lui demande de lui faire le récit de sa rencontre avec sa femme. C'est ainsi que nous nous retrouvons à Duncombe, où le jeune Dr Harrison doit s'établir comme médecin. Son arrivée provoque l'émulation de tout le village, rempli de vieilles filles, de veuves et de jeunes filles à marier.

Alors évidemment, nous sommes loin de Nord et Sud. Le lecteur n'est pas emporté, comme lorsqu'il suit les aventures de Margaret Hale et de John Thornton, par un souffle romanesque formidable.
Cette fois, nous sommes en pleine campagne, dans un cercle composé essentiellement de femmes dont le principal loisir est de cancaner. L'arrivée de cet homme parachuté dans une société qu'il ne connaît pas et tous les malentendus qui s'ensuivent m'ont fait rire du début à la fin. Le docteur Harrison est un homme naïf, bon, qui ne connaît pas grand chose aux femmes, et qui agit sans réaliser les conséquences que ses actes pourraient avoir. Les habitantes de Duncombe n'ont probablement pas beaucoup d'occupations. Elles vivencranford460t à la campagne, s'ennuient, et sont prêtes à voir du romanesque partout où il pourrait se cacher. L'arrivée d'un beau jeune homme célibataire (qui en plus aime Austen, Dickens et Thackeray) est donc un merveilleux prétexte pour lancer la chasse au mari.
Elizabeth Gaskell s'est clairement amusée à écrire ce petit livre. Son style est rythmé, ses phrases remplies d'humour, et elle use même d'onomatopées pour retranscrire le ridicule de certains dialogues entre femmes. Cependant, pas de panique, elle reste hors des frontières de la méchancetés.

Ce livre n'est sans doute pas la meilleure étude existante d'une petite communauté campagnarde de l'Angleterre du XIXe siècle. Emma, de Jane Austen, dont je vous parlerai bientôt, est un livre beaucoup plus fin. Cependant, en cas de coup de fatigue, voilà une lecture parfaite pour se requinquer.

A noter que ce livre a été mêlé à d'autres de l'auteur pour donner la délicieuse mini-série BBC Cranford (2008), avec un casting bien connu des adeptes d'adaptations de romans anglais.

Vous pouvez trouver de nombreux billets sur ce livre chez Titine, Lou et bien d'autres encore sur la blogsphère.

Points. 156 pages.
Traduit par Béatrice Vierne
.
1851.

09 novembre 2012

Retour à Brideshead - Evelyn Waugh

9782221103838_1_75Parmi les auteurs anglais qu'il me reste à découvrir, Evelyn Waugh occupait une place de choix. J'ai acquis plusieurs de ses livres ces dernières années, dont ce titre, en pensant découvrir des romans plutôt classiques avec beaucoup d'humour. J'avais tout faux, et ce n'est pas plus mal.

C'est la Deuxième Guerre mondiale, et Charles Ryder se retrouve stationné avec ses hommes dans une grande demeure, Brideshead. Il ne l'a pas revue depuis des années, et se remémore alors tout ce qu'il a vécu dans cette maison, et surtout avec ses propriétaires.
Tout commence vingt ans plus tôt, lorsque Charles Ryder rencontre Sebastian Flyte lors de sa première année à Oxford. Les deux jeunes gens se lient d'une amitié qui durera toute leur vie d'une certaine manière. Charles a perdu sa mère, et dépend d'un père riche, plutôt généreux, mais surtout incapable de feindre l'affection qu'il ne ressent pas pour son fils. Sebastian est l'enfant d'un couple séparé dans le scandale. Sa mère est catholique, son père a fuit sur le continent. Il ne se sépare jamais d'un ours en peluche lors de ses années à Oxford. Ensemble, Charles et Sebastian font les quatre cents coups. Les choses ne tardent pas à mal finir pour Sebastian, mais la vie continue. 

Comme à chaque fois que je lis un roman qui m'a retournée, je ne sais pas par où commencer pour en parler. Retour à Brideshead est très dense. Il y a du Graham Greene, du E.M. Forster, et même du Downton Abbey chez Evelyn Waugh.
Le premier pour la religion et les tourments qu'elle provoque, question centrale de ce livre. C'est parce qu'ils sont catholiques que les Flyte chavirent autant. Evelyn Waugh était lui même catholique, et l'on sent dans ce livre ce qu'il pouvait ressentir dans un pays et à une époque où cette confession est si minoritaire et dépréciée. Les mariages dans cette famille sont de terribles échecs ou de véritables blagues. Sebastian peut encore moins que les autres s'en sortir, en raison de son orientation sexuelle, au point de sombrer et de mener une vie minable jusqu'à la fin. Quant à Julia, sa perspective de bonheur est ruinée en une seule phrase de la part de son austère frère Brideshead. L'étrange Anthony Blanche a donc raison de conseiller à Charles de se méfier de cette famille qui brise tout ce qu'elle touche. Il n'en fera rien et s'y brûlera les ailes.
On ne peut pas ne pas penser à E.M. Forster à cause de la première partie du livre, lorsque Charles et Sebastian hantent Oxford comme Maurice et Clive l'avaient fait à Cambridge (bien qu'il soit impossible que les deux livres se soient inspirés l'un de l'autre, Maurice ayant été écrit puis caché avant la création de Retour à Brideshead), et pour le thème de l'homosexualité. Même si la nature exacte de la relation entre Sebastian et Charles demeure floue et les pensées de Sebastian inatteignables, Charles admet des années plus tard à quel point son ami a compté et compte encore pour lui.

"Il vivait en moi tous les jours avec Julia ; ou mieux, c'était Julia que j'avais appris à connaître en lui, en ces lointaines journées d'Arcadie."
 
La vision de l'amour dans ce livre est désabusée. On aime mal, on aime pour de mauvaises raisons, on aime pour soi, et au final on est toujours seul.
Autour de ces personnages qui prennent coup sur coup se trouve un monde qui a été bouleversé par le premier conflit mondial. Les Flyte tentent de s'accrocher à ce qu'ils peuvent pour conserver leurs illusions. Ils dénigrent avec leurs amis la menace que représente l'Allemagne, ils nient la diminution de leur fortune, mais c'est bien une demeure vide que Charles Ryder trouvera pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Ce qui frappe dans ce livre, c'est qu'il ne s'y passe rien, et qu'en même temps il parle aussi bien de la vie des hommes. Charles dit une phrase terrible à propos de la plus jeune soeur de Sebastian, une phrase qui pourrait s'appliquer à tous les personnages.

"Cela faisait mal de penser à Cordélia devenant 'tout à fait ordinaire'."

Nous commençons ce livre comme un roman d'apprentissage, mais c'est tout autre chose lorsqu'il s'achève, et c'est ce qui en fait un très grand roman.

Les avis de Céline et de Lou.

Brideshead Revisited.
Robert Laffont. 606 pages.
Traduit par Georges Belmont.
1945 pour l'édition originale.

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11 juillet 2012

Un bonbon anglais

9782290035467"A l'heure de sa vieillesse, Flora aurait beau oublier constamment le nom des gens, les évènements qui s'étaient produits une semaine plus tôt, les titres des livres, le côté éphémère de la vie, elle se rappellerait toujours aussi bien le quai de Dinard où, plantée sous la pluie battante, elle regardait les vedettes s'éloigner."

L'été dernier, j'ai passé un moment délicieux avec La Pelouse de camomille de cet auteur anglais qui a commencé à écrire à soixante-dix ans. Alors pour une fois, quand j'ai acheté ce livre, je l'ai immédiatement entamé, et le charme a de nouveau opéré.

Nous sommes en 1926 à Dinard, où de nombreuses familles anglaises viennent passer leurs vacances. Flora Trevelyan a dix ans, et elle promène les chiens des uns et des autres, vaguement surveillée par une gouvernante, jusqu'au jour où elle rencontre Cosmo, Hubert, Félix, Mabs, Tashie et Joyce. Bien que plus âgés, les adolescents sont séduits par les grands yeux de Flora et choqués par le comportement de ses parents. Obsédés l'un par l'autre, ces derniers ne voient en elle qu'une gêne, et s'en occupent le moins possible. Peu importe, Flora passera les meilleures vacances de sa vie, avant d'être envoyée pendant des années dans une pension où elle reste 1er janvier au 31 décembre, ses parents étant repartis en Inde où Denys Trevelyan travaille.
Elle retrouvera finalement ses amis des années plus tard, après avoir souvent rêvé des bras de Cosmo, Hubert et Félix.

Bon, pour être tout à fait honnête, je pense que La Pelouse de camomille est un livre largement supérieur à celui-ci, mais ça n'empêche pas de passer un bon moment.
Au niveau des thématiques abordées, Mary Wesley continue à créer des personnages féminins forts, qui se libérent des chaînes de leur condition en essayant d'exister autrement qu'à travers le mariage et la maternité. Flora est une enfant qui n'a pas été désirée, et que les gens se sont amusés à enfermer pendant des années loin des quelques personnes qui se soucient d'elle, à déguiser comme une poupée, ou à se refiler sans se soucier une seconde de son bien être. Elle saura en tirer le meilleur parti pour sa vie d'adulte.
L'auteur gratte aussi avec une impertinence rare le vernis autour des braves gens, appelant un chat un chat et se moquant des petits secrets des uns et des autres. Les parents de Flora sont probablement les pires parents de la terre, et les mensonges sur lesquels ce mariage d'amour repose finissent par être délicieux tellement on en vient à les détester.
Malgré cette ironie mordante présente tout au long du livre, on ressent une certaine nostalgie à sa lecture, qui s'explique sans doute par l'âge de son auteur. Une nouvelle fois, la jeunesse des personnages passe vite, et le prix de la liberté est fait de désillusions et de sacrifices. Les rêves d'une enfant de dix ans sont souvent décevants lorsqu'ils finissent par s'accomplir.

"Tandis qu'elle défaisait le lit de ses employeurs, elle se prit à regretter d'avoir revu Félix ; il l'avait dépouillée d'un rêve qui, bien que fâné, lui avait été doux."

 Theoma a aussi été conquise.

J'ai Lu. 539 pages.
Traduit par Michèle Albaret.
1990 pour l'édition originale.