31 mars 2018

Agatha Raisin : La Quiche Fatale ; M.C. Beaton

51nw1KTqr3LAgatha Raisin, cinquante-trois ans, décide de vendre son entreprise de relations publiques londonienne et de s'offrir une retraite anticipée dans un cottage des Costwolds.
Arrivée à Carsely, son nouveau village, elle découvre l'ennui et la solitude, les autochtones se limitant à lui parler de la météo. Lorsqu'un concours de quiches est organisé, elle saute sur l'occasion, achète une quiche chez un traiteur et attend les résultats en pensant que sa victoire lui permettra de s'intégrer à Carsely.
Mais, cette entourloupe a des conséquences dramatiques. Le juge du concours, M. Cummings-Browne, est retrouvé mort, empoisonné par la quiche d'Agatha.

Après avoir vu une grande partie de la blogosphère, Lou en tête, conquise par cette série, je l'avais mise dans un coin de ma tête. A l'occasion du British Mystery Month (je suis pile dans les temps) et en quête d'une lecture simple et agréable, j'ai décidé de rencontrer Agatha Raisin.
Si vous cherchez un roman policier élaboré, dans lequel cet aspect est essentiel, passez votre chemin. En revanche, si vous voulez lire un hommage sans prétention à Miss Marple et au mode de vie fantasmé de la campagne anglaise, foncez, ce livre est pour vous.
J'ai adoré me plonger dans les Costwolds avec Agatha. Je ne connais pas cette région de l'Angleterre (même si j'ai une envie folle d'y aller maintenant), mais imaginer cette succession de villages aux noms improbables et aux cottages irrésistibles est délicieux. Agatha a beau être nulle en cuisine, elle adore manger, et ses descriptions, mêmes succintes, de plats anglais, met l'eau à la bouche (je plaide coupable, j'aime la nourriture de pub).
L'autre grande réussite de cette série, ses personnages hauts en couleur. Agatha n'est pas une héroïne très sympathique à première vue. Elle a l'habitude qu'on fasse ses quatre volontés, elle n'a aucun scrupule à tricher et n'hésite pas à se comporter comme la reine des goujates (en témoigne son attitude vis-à-vis du Londonien qui n'apprécie pas qu'elle lui souffle sa fumée de cigarette dans les narines), mais elle rejoint vite le rend de ces personnages qu'on adore voir mal se comporter. Ses tentatives de se faire apprécier sont hilarantes. Après le désastre du concours de quiches, Agatha passe une horrible journée avec un vieux couple insupportable qui ne lui épargne rien, puis vend aux enchères le contenu de sa maison. Ses efforts vont payer. Si les habitants de Carsely sont méfiants au premier abord, Agatha finit par les faire réagir (en bien ou en mal). Et puis, évidemment, un beau colonel à la retraite va faire son apparition dans ce petit monde.  Certes, rien de bien original (j'ai même trouvé le personnage de Roy bien trop caricatural), mais le mélange fonctionne à merveille et je me réjouis de retrouver ces personnages dans les futures aventures d'Agatha.

En ce qui concerne l'enquête et sa résolution, elle n'a d'intérêt que pour présenter les différents personnages de la série. Beaucoup d'heureuses coincidences mènent à la découverte du pot aux roses. Pour l'instant, l'honneur de la police semble vouloir être ménagé. Agatha se lie même d'amitié avec l'un de ses représentants, qui lui offre un chaton, accessoire indispensable à toute enquêtrice anglaise qui se respecte.

Un roman délicieusement british qui lance une série que je compte bien poursuivre lorsque je serai en manque d'une lecture légère.

L'avis de Lou.

Audible Studios. 6h20.
Traduit par Esther Ménévis.
Lu par Françoise Carrière.
1992 pour l'édition originale.

Source: Externe

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28 mars 2018

Valse hésitation - Angela Huth

valse" Non, mieux vaut avoir un amant quand on est jeune qu'une névrose quand on est vieille. En effet, si on a des amants quand on est jeune, une fois vieille, tout ce que diront les gens, c'est qu'on a eu plein d'hommes. Ils seront sans doute jaloux, mais la jalousie, on peut faire avec. "

Alors qu'elle vient d'enterrer son premier mari et qu'elle s'accorde une pause de six mois avec le second, Clare fait la connaissance de deux personnes. La première est Mrs Fox, une vieille dame croisée sur un banc à Hyde Park. Bien que de nombreuses années les séparent, une drôle de familiarité naît entre les deux femmes.
Clare rencontre aussi Joshua, un homme séduisant et volatile. A peine se sont-ils rencontrés qu'ils emménagent ensemble et partent en vadrouille sans oublier d'inviter Mrs Fox, leur complice dans cette folle parenthèse qui pourrait devenir permanente.

Il m'a fallu une bonne cinquantaine de pages pour entrer dans ce romans, mais je l'ai ensuite retrouvé avec beaucoup de plaisir.
On goûte les excursions à la campagne, les maisons anglaises, le kitch de Mrs Fox qui organise une curieuse fête d'anniversaire à Joshua (qu'elle connaît à peine) en invitant des gens qui ne le connaissent pas. Fête à laquelle il ne se montre d'ailleurs pas, soulevant l'épineuse question du gâteau (est-il correct de le manger malgré tout ? ). Le personnage de la vieille dame apporte de la légèreté au roman. Elle forme un trio improbable avec le jeune couple et son angle de vue permet de dédramatiser une situation qu'ils auraient tendance à prendre bien trop au sérieux.

En effet, au coeur du roman se trouve le rapport de Clare aux hommes. Le récit est non linéaire, avec l'insertion des souvenirs de Clare dans le présent. Pourquoi ses relations échouent-elles ? Va-t-elle retourner vivre avec son mari, choisir Joshua ou rester seule ? D'abord femme-enfant d'un homme cherchant à la modeler, Clare s'est ensuite mariée avec un homme beaucoup plus paisible, mais dont les petites manies ont fini par l'exaspérer et l'étouffer. Joshua, quant à lui, est un homme qui refuse de s'engager, mais qui l'enferme aussi, à la manière habituelle des hommes de son espèce. Clare est faible, Clare agace, mais c'est un beau personnage. Je ne dirai rien sur la fin, mais elle me plaît, à la fois prévisible et satisfaisante dans son ironie.

Je voulais découvrir Angela Huth depuis de nombreuses années, avec Les Filles de Hallows Farm. Le hasard des partenariats m'a fait lire un livre sans doute plus intimiste d'elle, beaucoup moins romanesque que ce que j'imagine du plus grand succès de l'auteur, mais qui me donne envie de renouer rapidement avec elle.

Je remercie Les Editions de la Table Ronde pour ce livre.

Quai Voltaire. 228 pages.
Traduit par Anouk Neuhoff.
Nowhere Girl. 1970 pour l'édition originale.

25 août 2017

Poussière - Rosamond Lehmann

CVT_Poussiere_4908Contemporaine des membres du Groupe de Bloomsbury, c'est en 1927 que Rosamond Lehmann publie son premier roman, Poussière. Il s'agit de l'un des deux seuls romans de l'auteur que l'on trouve actuellement édité en France, par les éditions Phébus. Jonathan Coe lui a rendu hommage avec La pluie avant qu'elle ne tombe, roman que j'ai lu il y a quelques années, sans comprendre les références à cette oeuvre donc.

Judith Earl est une jeune fille issue de la bonne société du sud de l'Angleterre du tout début du XXe siècle. N'ayant jamais fréquenté l'école, elle passe son temps dans la vaste demeure de ses parents. Ses seules fréquentations sont les Fyfe, un groupe de quatre cousins et d'une cousine, qui vivent chez leur grand-mère dans la propriété voisine de celle des Earl.
Plus jeune qu'eux de quelques années, Judith est fascinée par les Fyfe. La beauté de Charlie et de Mariella l'envoûte, le dévoué Martin la rassure, et les airs mystérieux et inaccessibles de Julien et Roddy l'attirent de façon irrésistible.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale qui a emporté Charlie, elle mêle ses souvenirs à ses rencontres avec eux, tentant de mêler son avenir avec le leur.

S'il m'arrive parfois de faire des overdoses de romans anglais se déroulant dans les belles demeures bourgeoises du début du XXe siècle, je finis toujours par y revenir.

Ce qui m'a d'abord frappée dans Poussière est le style de Rosamond Lehmann. Je n'avais pas remarqué dans l'autre roman que j'ai lu d'elle à quel point elle était moderne dans son écriture. Les scènes qu'elle décrit sont presque des peintures impressionnistes. Elle n'a pas le talent d'une Virginia Woolf, et insère ces tableaux dans un déroulé beaucoup plus traditionnel, mais l'on sent l'influence du début du XXe siècle et de Bloomsbury dans ce roman. 
C'est grâce à cette écriture que l'on est saisi par de la nostalgie tout au long de notre lecture. Judith évoque son passé, son enfance, comme un doux rêve. Toutes les scènes qui la rapprochent de sa maison sont entourées par une ambiance de conte de fées. Bien que d'ordinaire plutôt brillante, Judith fait preuve d'une grande naïveté face aux Fyfe. Cette idéalisation des cousins, très typique de l'adolescence, est parfaitement évoquée, mais cela m'a paradoxalement tenue à l'écart des personnages. Judith se plaît à imaginer les Fyfe, mais ces personnages sont trop énigmatiques pour qui ne partage pas l'obsession de la jeune fille à leur égard. Quant à cette dernière, c'est un personnage qui ne suscite guère l'empathie, à la fois trop immature et de plus en plus narquoise voire cruelle avec des personnages qui ne le méritent pas (bien que cela soit encore une fois une peinture assez réaliste des adolescents).
Vers le milieu du livre, le cadre change puisque notre héroïne part étudier à Cambridge. Là-bas, elle fait des rencontres, fréquente par intermittence ses anciens voisins, et surtout, grandit. Cette partie, plus portée vers l'action, avec des scènes rappelant d'autres romans de la même époque se déroulant à Cambridge, m'a beaucoup plu. L'amour, l'amitié sont des sentiments que Judith vit avec tout l'excès de sa jeunesse, les mêlant souvent et les rencontrant sans toujours le comprendre jusqu'à ce que la réalité des choses lui revienne en pleine figure. Alors, enfin, elle ouvre les yeux. 
La façon dont Judith s'émancipe des Fyfe n'est pas forcément très bien construite. Elle obtient de nombreuses réponses à la toute fin avec une lettre arrivant de façon bien improbable, après une triple rencontre et un rendez-vous raté plutôt opportuns. J'ai toutefois trouvé la dernière page très belle et pleine d'espoir.

Un livre auquel je trouve de nombreuses qualités et que j'ai lu avec un certain intérêt. J'ai cependant été un peu déçue de rester aussi extérieure à l'histoire et de ne pas avoir le même coup de coeur que la plupart des blogueuses dont j'avais lu les avis.

L'avis de Romanza.

Libretto. 376 pages.
Traduit par Jean Talva.
1927 pour l'édition originale.

19 juillet 2017

Ecouter des contes lus par Marlène Jobert

9782344019313-LMarlène Jobert met en scène de nombreux contes populaires disponibles en version audio. On m'a proposé de vous en présenter deux. J'ai choisi le premier car c'est une histoire que j'ai toujours appréciée, et le second parce qu'à l'inverse, je ne connaissais pas la version originale.

Très rapidement, parce que tout le monde connaît l'histoire, je vous remets le résumé de Robin des Bois. Alors que le roi Richard est en croisade, son frère Jean a usurpé son trône avec l'aide du cruel Guy de Guisbourne. Pour venir en aide au peuple d'Angleterre, Robin de Locksley est entré en résistance et mène la lutte depuis la forêt de Sherwood.

Quant àLa Reine des Neiges, elle brise un miroir ensorcelé dont un morceau se loge dans le coeur du jeune Kay. La maléfique souveraine enlève alors le jeune garçon afin de récupérer ce qu'il lui a involontairement volé. Gerda, la meilleure amie de Kay, se lance alors à leur poursuite pour le ramener chez eux. Elle devra déjouer tous les pièges et affronter les alliés de la reine pour atteindre son but.

9782344014592

Normalement, ces histoires se lisent avec un livre support, que je n'avais pas. Si je pense qu'un enfant de quatre ans aura sûrement quelques difficultés supplémentaires à se concentrer sans les illustrations, ces lectures sont suffisamment vivantes pour maintenir l'attention des petits lecteurs. Le format est court, puisque chacune de ces deux histoires dure une quinzaine de minutes. La lecture est mise en musique et différents acteurs accompagnent Marlène Jobert pour incarner les personnages secondaires.

Les histoires en elles-mêmes ne sont pas très originales. Si vous avez simplement vu la version Disney de Robin des Bois, cette lecture en propose une version encore plus écourtée. L'écoute de La Reine des Neiges m'a davantage intéressée, puisque comme je l'ai dit, je n'avais jamais lu ce conte. Il va maintenant falloir que je lise la version d'Andersen (disponible ici).

Simple mais efficace pour les jeunes lecteurs.

Glénat Jeunesse.

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05 juin 2017

Miss Charity - Marie-Aude Murail

Mi-Charity"GLADYS - Je serais que de vous, je garderais le plus jeune, çui qui fait l'acteur."

Dès son plus jeune âge, Charity Tiddler, membre de la bonne société londonienne, recueille toutes sortes d'animaux chez elle. Des souris, des lapins, des canards, et même un corbeau qui parle, rejoignent sa ménagerie. Si ses premiers pensionnaires succombent très vite à des soins inadaptées, Charity, grâce à ses observations, ses lectures et l'aide de deux complices (sa bonne Tabitha et sa gouvernante Mademoiselle), finit par garder auprès d'elle plusieurs de ses amis.
Parmi eux, Peter le lapin va notamment suivre Charity dans la bonne société, où il est mieux vu de chasser les maris que de monter des pièces de théâtre avec ses animaux de compagnie, et où toute jeune fille bien éduquée ne peut aimer passer son temps au Musée d'Histoire naturelle tout en rêvant d'étudier les sciences.

Ce livre est un véritable bonbon, une lecture qui enchantera toute personne qui envie aux enfants ce sentiment qu'ils peuvent tout imaginer et tout faire. Attention, n'allez pas imaginer que le ton est enfantin et que c'est une histoire simple et légère.
Miss Charity est une jeune fille vive, volontaire et très mature qui manie le second degré et sa langue maternelle avec une grande habileté. Si elle nous régale avec ses histoires et son univers, elle doit également composer avec la société victorienne et les drames de la vie. J'ai eu la gorge nouée en découvrant à travers les yeux d'enfant puis de jeune fille de Charity la vraie personnalité de Tabitha, personnage qui nous fait d'abord rire aux éclats avec ses histoires horribles et indignes d'une bonne qui s'occupe d'une petite fille, avant de devenir inquiétante puis d'une tristesse infinie.

"Et soudain, je me vis telle que j'étais, agenouillée et m'adressant à un lapin. N'étais-je pas une folle parlant d'une autre folle ? Des sanglots me secouèrent les épaules. Je me cachais les épaules. Je me cachai le visage entre les mains et pleurai sur mon enfance. Mon enfance défigurée."

La société victorienne n'est pas tendre avec ceux qui sortent du moule prévu pour eux. Être une femme libre et financièrement indépendante n'est pas convenable. Charity doit surmonter bien des obstacles, escroqueries et regards en biais pour s'imposer comme auteur. Heureusement, elle est entourée d'être bienveillants et un peu à l'écart qui la soutiennent à leur façon.
Les personnages de ce livre, les humains comme les animaux, sont vraiment ce qui en fait sa fraîcheur. Je n'ai jamais eu envie de lire les romans de Beatrix Potter, auteur que j'ai découvert à l'âge adulte, mais cette biographie romancée que lui offre Marie-Aude Murail a remis cela en question. Tous les amis de Charity sont merveilleux. Herr Schmal et Mademoiselle, les King, le petit Edmund, et bien sûr Kenneth Ashley. L'humour, la simplicité et la vivacité du ton employé par Marie-Aude Murail ainsi que la présentation des dialogues rendent ce texte aussi facile à lire qu'impossible à lâcher.

Et que dire des illustrations de Philippe Dumas ? Elles sont merveilleuses, drôles et tombent toujours à point pour illustrer les situations cocasses.

Il m'a fallu presque dix ans pour enfin lire ce livre dont j'entendais tant de bien. Mes grandes attentes ont été plus que comblées.

Et comme nous sommes en plein Mois Anglais, cette lecture tombe à pic pour participer.

3479040577

L'avis de Maggie.

L'Ecole des Loisirs. 479 pages.
2008 pour l'édition originale.

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14 mai 2017

Le chemin du diable - Jean-Pierre Ohl

jpohlAngleterre, 1824. Alors que la construction du chemin de fer a commencé, supervisée par l'ingénieur George Stephenson, les ouvriers découvrent le cadavre d'une femme enfoui sous l'eau. Un poignard, encore enfoncé dans le corps de la victime, et les lambeaux de vêtements rafinés qui l'habillent font immédiatement penser qu'il pourrait s'agir de Lady Mathilde Beresford, l'épouse française du maître de Wooler Manor exilé depuis des années en Amérique du Sud.
Alors qu'Edward Bailey et son clerc Seamus Snegg débutent leur enquête, Leonard Vholes, avocat londonien des Beresford, se souvient de sa rencontre avec cette famille qui lui a apporté beaucoup de malheur.

Si je n'ai pas trouvé ce livre sans défaut, je ne me suis pas ennuyée une seconde en le lisant et je l'ai même trouvé bien trop court.
On retrouve bien dans ce livre l'amoureux des livres et surtout de l'Angleterre victorienne qu'est Jean-Pierre Ohl. Byron est abondamment cité, Jane Austen et Jane Eyre ne sont pas loin, de même que les romans  gothiques de Matthew G. Lewis et d'Ann Radcliffe. On retrouve tous ces auteurs dans les thèmes et l'ambiance du livre. Charles Dickens, qui occupe une place particulière dans l'univers de Jean-Pierre Ohl, est cette fois un personnage du roman.
Encore tout jeune garçon, le futur auteur est aussi bien croqué que les autres personnages centraux. J'espérais retrouver Crook, qui m'avait beaucoup marquée dans ses précédents romans, mais Ohl nous gâte avec le duo formé par Bailey et Snegg. De même, lorsqu'on suit Vholes dans ses souvenirs, les époux Beresford et la frêle Ophelia nous laissent entrevoir l'atmosphère tendue qui règne dans leur intimité, et l'exotique Newton nous donne l'impression d'être plongé dans un mystère de Wilkie Collins. Voir ces personnages évoluer à des époques et par des biais différents (témoignage, journal intime, enquête de Bailey) est d'autant plus intriguant qu'on ne comprend pas tout de suite qui est le personnage qui tire les ficelles.
Impossible de parler de ce livre sans évoquer son discours sur la condition ouvrière, les femmes et l'industrialisation dans l'Angleterre du XIXe siècle. J'ai lu ce roman en pleine période électorale, donc les réflexions de ces personnages de fiction sur le libéralisme d'Adam Smith, les luttes de classes ou encore la main d'oeuvre étrangère (même s'il s'agissait alors d'Irlandais) m'ont d'autant plus touchée.
En ce qui concerne l'enquête, je la trouve intéressante et j'aime découvrir la vérité par bribes, mais je trouve que les ficelles de certaines histoires périphériques (Byron, Sam Davies...) sont un peu grosses et les explications bancales. De même, l'attitude finale des Beresford me semble incohérente avec ce qu'ils ont montré durant tout le reste du roman.

Mais je chipote et il faut bien admettre que j'ai fini ce roman avec une furieuse envie de recroiser les personnages dans de futurs romans. Je pourrais bien relire Les Maîtres de Glenmarkie en attendant.

Gallimard. 367 pages.
2017.

05 décembre 2015

L'intérêt de l'enfant - Ian McEwan

A14768Fiona Maye, soixante ans, est une magistrate renommée exerçant aux affaires familiales. Alors qu'elle traverse une crise conjugale, elle est confrontée à des cas judiciaires délicats. L'un d'entre eux fait la une des journaux. Un jeune homme de dix-sept ans atteint de leucémie refuse d'être transfusé en raison de son appartenance aux Témoins de Jéhovah.

Vous connaissez mon admiration pour Ian McEwan, auteur avec lequel j'aime jouer et qui aime piéger ses personnages et ses lecteurs.

En ouverture de ce roman, un extrait du Children Act, rappelant que "l'intérêt de l'enfant" prime sur tout dans les décisions de justice. Mais quelles sont les frontières de cette institution ? Comme souvent avec l'auteur, la réponse est froidement livrée à la fin du roman. Fiona est une pure héroïne de McEwan. Elle réalise les chaînes qui la retiennent aussi bien dans sa vie intime (où, pour une femme, faire pitié [signifie] en quelque sorte votre mort sociale, comme au XIXe siècle) que dans son métier. Assez âgée, elle appartient à une institution vieillissante, qui délaisse le contact humain pour "plus de cases à cocher, de rapports à croire sur parole". Qui doit remplir des quotas de condamnation pour viol et qui s'appuie de plus en plus sur des jurés qui s'informent sur internet.

Sa rencontre avec Adam est révélatrice de la difficulté de son métier de juge pour enfants. Cette affaire surmédiatisée concerne un adolescent auquel il ne manque que trois petits mois pour être un adulte. Sa foi lui interdit de recevoir le sang d'un autre, et la maturité du patient semble indéniable. Ici, le jugement de Fiona ne concerne pas ce qu'elle-même pense des Témoins de Jéhovah, elle doit se limiter à décider s'il faut respecter sa décision ou lui sauver la vie.
Or, ces limitations sont incompréhensibles pour un tout jeune homme en manque de repères et qui commence à percevoir la réalité de la vie, celle où les croyants les plus déterminés attendent simplement qu'on prenne les décisions à leur place, celle où ceux qu'on a cru voir comme des alliés, presque des amis, ne vous considèrent que comme un travail accompli.

Dans sa construction et dans son style, je trouve ce livre à rapprocher notamment de Sur la plage de Chesil. Le narrateur est extérieur, les faits sont exposés sans parti pris de l'auteur. Pourtant, cette sobriété dans L'intérêt de l'enfant m'a beaucoup trop laissée en dehors de l'histoire, et l'absurdité de ce qui se produit m'est apparue de façon beaucoup moins éclatante que d'habitude. D'ordinaire, on ressort d'un McEwan complètement bouleversé pour le personnage. Ici, Fiona est choquée, mais j'ai du mal à voir sa vie ne pas reprendre son cours normal assez rapidement. D'autant plus que sa solitude apparaît de façon bien moins éclatante que d'ordinaire.

Ian McEwan avait un sujet délicat à traiter. S'agissant d'enfants et de religion, il ne fallait surtout pas tomber dans le pathos. A l'inverse, il s'est peut-être trop retenu.

Lewerentz est dithyrambique. Un autre avis très intéressant ici.

Gallimard. 231 pages.
Traduit par France Camus-Pichon.
2014 pour l'édition originale.

03 mai 2015

Opération Sweet tooth - Ian McEwan

9782070140725Angleterre, années 1970. Serena Frome a la vingtaine lorsqu'elle intègre le MI-5, recrutée par un ancien amant. Fille d'un évêque et mathématicienne de formation, elle occupe d'abord un poste subalterne avant que son joli minois lui permette d'être sélectionnée pour participer à l'opération Sweet tooth. Elle doit approcher un écrivain prometteur que ses employeurs pensent intéressant pour propager des oeuvres anti-communiste dans le contexte de la Guerre Froide.
Les choses se gâtent lorsque Serena tombe amoureuse de sa cible à qui elle doit cacher sa véritable identité.

Si je n'ai pas adoré ce livre comme ses précédents, il faut reconnaître que Ian McEwan connaît une légère baisse dans ses créations, je n'ai pas ressenti la même frustration qu'avec Solaire. J'ai au contraire passé un très bon moment.

Le contexte historique est très intéressant. Certains aspects de la Guerre Froide sont bien mis en valeur. Quand on n'a pas vécu cette période, il est difficile de comprendre cette peur panique des communistes qu'il y avait en Occident, et encore plus l'importance des moyens mis en œuvre pour les traquer ou les court-circuiter.
Attention cependant à ne pas s'attendre à un roman d'espionnage, car ce n'est clairement pas de ça dont il s'agit. L'héroïne est une jeune femme réfléchie, qui saisit peu à peu ce qu'on lui demande de faire, mais il n'y a rien de dangereux dans sa mission, excepté pour son cœur d'amoureuse. Aucun grand méchant, interrogatoire musclé ou autre. Serena est une débutante avec une mission qui ne va bouleverser que sa vie.

Le point central du roman, c'est en fait le pouvoir de l'écrivain, le respect ou non du contrat existant entre l'auteur et son lecteur. Je n'en dit pas plus, mais McEwan traite davantage de ce sujet là que du reste, et c'est ce qui rend son livre brillant. C'est d'ailleurs ce que j'aime chez lui, mais ce qui a dû déplaire à d'autres qui s'attendaient à un autre contenu.
Qui est le blaireau de l'histoire ? Tom Haley, Serena, ou bien le lecteur ? On a connu Ian McEwan plus inspiré et habile, avec ce livre ayant des airs d'Expiation un peu trop prononcés à mon goût, mais il faut reconnaître que ça fonctionne. La création littéraire est vraisemblablement un sujet qui travaille l'auteur.

Quand on lit Opération Sweet tooth, on essaie de le saisir tout du long, mais il faut attendre les dernières phrases pour comprendre à quoi on avait en fait affaire. On peut être frustré ou bluffé.

L'avis de Lou.

Gallimard. 448 pages.
Traduit par France Camus-Pichon.

13 septembre 2014

Mary Barton - Elizabeth Gaskell

002859023Dans le Manchester du XIXe siècle, la Révolution industrielle bat son plein. Les Barton et les Wilson sont deux familles ouvrières liées par une solide amitié. Elles ont déjà vécu des drames, le manque de travail, la faim, la perte d'un enfant, mais elles vivent dans un milieu où l'on se serre les coudes. Mary Barton est une adolescente au début du livre, qui se transforme en une magnifique jeune fille. Ne s'imaginant pas domestique, elle entre en apprentissage chez une couturière, et ne tarde pas à faire tourner les têtes. Son premier soupirant n'est autre que Jem Wilson, le fils du meilleur ami de son père, mais sa plus belle conquête, celle qui flatte son orgueil, est sans aucun doute celle d'Harry Carson, le fils d'un grand patron.

Je vais sans doute me sentir un peu seule, mais tant pis. Je suis déçue par ce livre que je trouve bien moins abouti que Nord et Sud (auquel il est indiscutablement lié) au point d'être franchement indigeste parfois.
C'est pourtant un livre ambitieux. Elizabeth Gaskell décrit la misère avec un réalisme étonnant. Beaucoup de personnages meurent dès le début du livre, souvent dans des conditions terribles. Nous découvrons la faim, les logements insalubres, les maladies qui touchaient les nombreux individus vivant en bas de l'échelle sociale. Ces descriptions, ajoutées aux discours de John Barton, le père de Mary, qui est aussi un représentant syndical important, font de Mary Barton un livre presque politique.
La tension monte entre les deux camps, celui des patrons et celui des ouvriers, jusqu'au point de non retour, qui lance l'enquête pour découvrir le coupable du meurtre qui a lieu au milieu du livre. C'est bien fait, car Elizabeth Gaskell utilise son intrigue amoureuse pour détailler la situation complexe des villes industrielles soumises aux lois du marché et insensibles à la souffrance humaine.
Je n'ai en revanche pas été sensible au discours religieux de l'auteur, qui rend les ficelles du livre très grossières à des moments cruciaux. Le meurtrier qui expire accablé par ses fautes, sa victime touchée par la grâce divine qui lui pardonne et devient le meilleur des patrons... C'est naïf au point de me donner la nausée. Dans le reste du livre, la religion reste omniprésente, guide énormément les personnages (qui supportent tout ou presque en son nom) et alourdit le texte.
J'ai également eu beaucoup de mal avec l'histoire d'amour principale. On insiste beaucoup trop dessus, et les hésitations, autoflagellations et autres sacrifices ne m'ont pas du tout fait rêver. Comme pour le reste, la première partie est mignonne, puis cela devient horriblement ennuyeux.

J'ai déjà lu cet auteur, et aucun de ses autres livres ne sent autant la poussière. Je pense que Mary Barton est intéressant car c'est une sorte de brouillon pour Nord et Sud, mais commencer par ce titre pour découvrir Elizabeth Gaskell serait une erreur.

Le regrettée Isil a écrit un billet en complet désaccord avec le mien.

Fayard. 464 pages.
Traduit par Françoise du Sorbier.
1848 pour l'édition originale
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28 juillet 2014

Darwin - Jean-Noël Mouret

002951957Charles Darwin naît en 1809 dans une famille très aisée. Son grand-père, Erasmus Darwin, s'est déjà fait connâitre dans le milieu scientifique, et son père est médecin.
Au premier abord pourtant, le petit Charles semble peu intéressé par les études, et préfère chasser ou faire des bêtises. Etudiant, il mettra des années avant d'obtenir son premier diplôme, pas par manque de capacités mais parce qu'il cherche sa voie. 
C'est ainsi que, parti pour devenir médecin puis pasteur, sa passion qui le pousse à observer la nature et à collectionner, entre autres, les scarabées, l'amène à fréquenter des milieux anti-cléricaux... et à finalement se lancer dans une carrière de naturaliste.
Son destin est scellé en décembre 1831, losqu'il s'embarque sur le Beagle, un navire utilisé pour entreprendre des explorations scientifiques. Darwin va passer cinq années à faire le tour du monde, à collecter des fossiles, des animaux, à observer la nature. Il en profitera aussi pour mettre au point ses techniques de travail.
Le reste de sa vie, même s'il se déroulera en Angleterre auprès de sa femme et de ses nombreux enfants, le célèbre naturaliste le passera à rédiger la théorie sur l'évolution des espèces qui l'a rendu célèbre.

Cette biographie, bien que brève, est un bon point de départ pour découvrir le personnage de Darwin, que l'on ne connaît finalement que très peu. Le début se lit comme le roman d'une enfance anglaise au XIXe siècle, les années sur le Beagle comme un récit de voyage passionnant (on comprend pourquoi Darwin a supporté le mal de mer). Enfin, la partie concernant la période de rédaction des ouvrages scientifiques permet de saisir l'importance des travaux du célèbre naturaliste anglais.
Si j'ai déploré le fait que les idées de Darwin ne soient pas assez expliquées et développées (il est parfois difficile des comprendre les débats, les différences de points de vue lorsqu'on ne connaît pas précisément les personnes impliquées), ce qui m'a le plus intéressée est l'accent mis sur le contexte dans lequel Darwin a évolué.
Le voyage entrepris par le scientifique en 1831 est extrêmement long, difficile. La situation en Amérique du Sud est particulièrement agitée, et ces problèmes politiques gênent parfois le travail des explorateurs.
En Angleterre, Darwin est confronté à l'opposition de l'Eglise anglicane et des partisans du Créationnisme lorsqu'il publie ses travaux. Or, parmi les hommes d'église se trouvent nombre de ses anciens amis et mentors. Les débats sont houleux voire violents, et les amis de Darwin sont souvent contraints de monter au créneau pour prendre la défense de cet homme assez en retrait. Outre les divergences de points de vue, Darwin et ses défenseurs devront veiller à ne pas se faire griller la politesse lorsqu'un certain Wallace, en 1858, semble prêt à rendre public un travail énonçant les mêmes conclusions que celles de Darwin qui, trop perfectionniste, n'a encore rien publié. On apprend aussi que le darwinisme, bien malgré son créateur, a été exploité par d'autres penseurs, de Marx à des personnages aux idées bien plus nauséabondes, qui l'ont appliqué à leur domaine d'étude. L'idée d'une nécessaire sélection naturelle parmi les hommes, justifiant l'élimination des plus démunis, s'est ainsi parfois appuyée sur les idées de Darwin. Pour moi qui trouve la révolution des esprits qui a donné naissance à nombre de disciplines au cours du XIXe siècle passionnante, cet aspect du livre est particulièrement intéressant.
Au niveau du personnage de Darwin en lui-même, il est souvent sympathique. Sa participation au Glutton Club (dont le but est de savourer les mets les plus curieux, ce qui donne lieu à des anecdotes savoureuses) alors qu'il est encore étudiant m'a beaucoup fait rire. De même, le fait qu'il ait pu être séduit bien plus tard par des médecins charlatans vendant des cures d'eau très douteuses montre que l'on peut être à la fois un éminent scientifique en avance sur son temps et crédule sur d'autres plans. Enfin, un homme qui apprécie Jane Austen, Walter Scott et Elizabeth Gaskell ne peut être complètement mauvais.

Comme je l'ai dit plus haut, ce livre ne pousse pas très loin les explications sur les travaux scientifiques de Darwin (après tout, il s'agit d'une biographie), mais il est très agréable à lire avant d'éventuellement poursuivre avec d'autres lectures.

Merci à Anna pour le livre.

Folio biographies. 387 pages.
2014.

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