24 novembre 2020

L'autre George : A la rencontre de George Eliot - Mona Ozouf

ozoufAlors qu'elle est encore une enfant, Mona Ozouf découvre Daniel Deronda dans la bibliothèque de son défunt père. Elle abandonne bien vite sa lecture, mais la graine est semée. Quelques années plus tard, Renée Guilloux, son enseignante de français, remet sur sa route George Eliot.

" J’ai gardé le souvenir très net du jour où, après une longue explication d’Iphigénie, elle nous avait dit — sentant, je crois, notre peine à comprendre qu’un père puisse sacrifier sa fille pour du vent — que la littérature anglaise n’avait pas sa pareille pour faire comprendre à des adolescentes les espoirs, chagrins, doutes, tourments propres à leur âge, et pour leur apprendre à mieux les vivre. Et l’exemple qu’elle nous avait donné était celui d’une certaine Maggie Tulliver qui habitait un moulin sur une rivière nommée « la Floss ». "

C'est ainsi que l'autrice anglaise a pris place aux côtés d'Henry James parmi les auteurs que Mona Ozouf chérit le plus et dont elle parle avec une passion communicative.
Cet ouvrage n'est pas à recommander à des lecteurs qui n'auraient jamais lu George Eliot. Mona Ozouf dévoile les intrigues de ses romans sans la moindre retenue. J'ai pour cette raison volontairement mis de côté le chapitre sur Felix Holt, que je compte lire dans les mois à venir et dont l'intrigue m'est pour l'instant inconnue. Pour les initiés, ce livre mêlant critique littéraire et biographie est à savourer sans retenue. Je l'ai lu presque d'une traite tant sa lecture est fluide et addictive.

George Eliot est aujourd'hui presque inconnue en France, malgré une publication très récente dans la Pléïade. Ce personnage a pourtant connu une renommée telle que certaines portes qui lui avaient été fermées du fait de sa vie privée scandaleuse dans l'Angleterre victorienne se sont de nouveau ouvertes après la publication de ses romans.
Cela n'a pas été de tout repos cependant. George Eliot était une femme, compagne d'un homme marié, et "délicieusement laide" selon les mots d'Henry James. A une époque où l'on pensait pouvoir lire l'intelligence sur les visages, ce physique désavantageux était d'autant plus un fardeau.

George Eliot - 1864

Certains critiques expliquent par cette laideur de l'auteur le caractère de ses personnages féminins, souvent superficiel lorsqu'il s'agit de femmes blondes et superbes, beaucoup plus profond quand il est rattaché à une femme brune et moins favorisée par la nature. Sans nier cette caractéristique, Ozouf se permet toutefois de la nuancer, avançant ainsi ce qui caractérise selon elle avant tout l'auteur et son oeuvre, la complexité.

"  Si tous les oxymores de James ne me convainquent pas, je serais pourtant tentée d’ajouter au portrait qu’il fait les miens propres : une athée religieuse ; une conservatrice de progrès ; une rationaliste éprise de mystère. "

En effet, George Eliot refusera d'asservir sa littérature à la moindre philosophie au nom justement des nuances de la singularité des situations et des contraditions inhérentes à la nature humaine. Les positivistes, desquels elle se sentait proche, lui ont reproché de ne pas appliquer les principes comtistes dans ses livres.

" Ce que l’art impose c’est de se confronter à la vie dans sa plus haute complexité. Dès que le romancier abandonne cette peinture forcément bigarrée pour le diagramme net des utopies, il n’appartient plus à l’art. À la science sans doute. Mais aucune science n’est capable de prescrire aux hommes leurs choix moraux. Comment alors pourrait-elle agir sur leurs émotions, agrandir leurs sympathies ?
Elle avait consacré un essai à la moralité de Wilhelm Meister et fait remarquer qu’exhiber une intention morale ne rendait pas forcément un livre moral. Faites l’expérience, disait-elle, de conter une histoire à un enfant. Tant que vous vous en tenez aux faits, vous captez aisément son attention. Mais dès que vous laissez percer votre intention d’en tirer un profit moral, vous voyez ses yeux errer, son intérêt vaciller. "

On l'a accusée d'être moraliste, antiféministe, d'écrire des oeuvres surranées. Des reproches pourtant faciles à rejeter au moins en grande partie à la lumière de l'oeuvre de l'auteur. Bien que ses premiers écrits soient marqués par la religion, l'auteur ne s'y noie jamais complètement et ne cessera jamais de mettre en lumière les différents versants d'une situation. De même, ses héroïnes, bien qu'elles ne s'affranchissent jamais complètement de leur condition, sont loin d'être aussi passives qu'on a pu le dire.

" Être libre, pour toutes, c’est savoir pourquoi elles font ce qu’elles font. "

Encore une fois, tout est affaire de complexité.

Eliot aurait sans doute pu s'éviter certaines accusations, si elle avait, comme Henry James, ce "zélote de l'indétermination", aimé les fins floues, renoncé à créer des personnages en nombre et décrit avec moults détails jusqu'au plus banal des actes du quotidien. Pourtant, comment mieux montrer les liens avec lequels chaque homme est attaché à ses semblables, qu'ils soient ses ancêtres ou ses contemporains ? Si l'homme est si imprévisible et en même temps si souvent voué au malheur, c'est parce qu'il appartient au temps. Au passé, au présent ou à l'avenir, souvent aux conflits entre les trois.

Parham Mill, Gillingham - John Constable, 1926

" Chez elle encore, des développements inattendus n’en finissent pas de bourgeonner sur le tronc de l’histoire, des comparses réclament démocratiquement leur droit à l’existence, et des voix vulgaires se permettent de donner leur sentiment sur ce qui se passe dans les sphères supérieures de la vie. (Rien de tel n’existe jamais dans les romans de James, où nul ne semble jamais avoir besoin de se nourrir ou de se soigner et où les domestiques glissent comme des ombres.) Chez elle enfin, la profusion du monde extérieur, l’inépuisable variété des lieux et des êtres, l’inclinent, comme dans Middlemarch, au panorama, et qui se soucie de donner de l’unité à un panorama ? Voilà pourquoi la romancière, incapable de rien sacrifier, de rien laisser à l’implicite, se perd dans les longueurs. "

En conclusion de son livre, Mona Ozouf tente un parallèle avec "l'autre George", la française. Il semble évident qu'Eliot connaissait George Sand et l'avait lue. George Henry Lewes, son compagnon, l'avait traduite et adaptée au public anglais (celui qui s'était ému de la sensualité de quelques baisers sur un bras dans Le Moulin sur la Floss). Entre les deux autrices, ont peut dégager certaines similitudes : leur vie non conventionnelle, leur "mauvais" féminisme, leur intérêt pour le monde rural. Toutes deux ont fait face à des accusations diverses et ont dû fermement s'imposer face aux hommes qui leur expliquaient comment écrire leurs romans. Moi qui n'ait qu'une lecture très ancienne de La Petite Fadette à mon actif, j'espère prochainement découvrir davantage George Sand.

Une délicieuse lecture qui m'a permis de prolonger ma découverte de George Eliot, dont la rencontre est l'une des plus belles de l'année.

Encore une fois, un billet de Dominique. N'hésitez pas non plus à écouter ce cycle de La Compagnie des oeuvres consacré à George Eliot.

Gallimard. 242 pages.
2018 pour l'édition originale.

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19 novembre 2020

Le Moulin sur la Floss - George Eliot

EliotLe Moulin de Dorlcote, au bord de la Floss et à proximité de Saint-Ogg, appartient aux Tulliver depuis plusieurs générations. Tom et Maggie, les enfants du Père Tulliver, vivent une enfance heureuse, faite de promenades et de bêtises, de maladresses et de disputes.
Maggie est douce mais avide de savoir. Sa soif d'indépendance désespère aussi bien sa mère que ses tantes maternelles qui lui prédisent de futurs malheurs. Quant à Tom, il est souvent brutal et rancunier envers sa soeur. Il est imperméable à l'instruction que son père voudrait lui offrir.
Lorsque le malheur s'abat sur les Tulliver, les deux enfants sont projetés dans le monde des adultes et confrontés brutalement à leurs divergences.

J'ai eu davantage de difficulté à entrer dans ce livre que dans Middlemarch, dont la lecture avait été fluide de bout en bout, mais Le Moulin sur la Floss m'a bien plus bouleversée en fin de compte.

Si le début du livre ne m'a pas complètement séduite, c'est parce que je m'attendais à lire une autre histoire. Pourtant, George Eliot s'y montre délicieusement féroce, et avant même de trouver le fil conducteur de l'histoire, j'ai pu savourer certains chapitres au point d'éclater de rire.
Je trouve des airs zoliens à ce roman. Tout d'abord, l'autrice prend le soin d'ancrer son récit dans un contexte historique précis. La communauté de Saint-Ogg vit une époque de profonds changements avec l'arrivée de la révolution industrielle. Les querelles religieuses et l'éducation (des garçons évidemment) donnent lieu à de nombreux commentaires et causent des incompréhensions. La vindicte populaire est toujours prête à s'abattre, en particulier sur les femmes.

Ensuite, et c'est sans doute cette dimension qui m'a le plus rappelé Emile Zola, la destinée de Maggie et Tom semble écrite dans leur sang, Tulliver pour Maggie, Dodson pour Tom. La description du malheur, de la ruine, sont symbolisés par des scènes dans lesquelles les Tulliver s'humilient et sont humiliés, même par leurs proches qui considèrent que c'est une juste chose d'être humble avant d'être sauvé.

" La pauvre Mme Tulliver tenait dans ses mains un petit plateau, sur lequel elle avait posé sa théière en argent, une tasse et une soucoupe, en guise d'échantillon, les saupoudreuses, ainsi que la pince à sucre.
« Tu vois ça, ma soeur », dit-elle, en regardant Mme Deane et en posant le plateau sur la table. « J'ai pensé que, peut-être, si tu regardais la théière à nouveau - ça fait bien longtemps que tu ne l'as pas vue - le potif te plairait davantage. Elle fait un thé merveilleux, elle a un dessous et tous les accessoires : tu pourrais t'en servir pour tous les jours, ou bien la garder pour Lucy, quand elle tiendra sa maison. Ca me répugnerait de voir les gens du Lion d'or l'acheter », dit cette pauvre femme, le coeur gros, les larmes aux yeux, « ma théière que j'ai achetée quand je me suis mariée, et de penser qu'elle sera rayée, et placée devant des voyageurs et des étrangers, avec mes initiales dessus - tiens, regarde, là, E.D. - et que tout le monde les verra. "

Heureusement pour nos personnages, il existe dans cette famille une humanité souvent absente chez les Rougon-Macquart. Je trouve aussi George Eliot bien plus fine psychologue qu'Emile Zola dans la peinture de ses personnages principaux.

Maggie est une figure inoubliable, d'une grande complexité. On pourrait reprocher à George Eliot le choix que fait Maggie de ne pas céder au bonheur évident. Il semblerait que certaines féministes (si vous lisez mon blog un peu attentivement, vous savez que ce n'est pas un terme que j'emploie de façon péjorative) le fassent. Pourtant, la proposition de tout abandonner pour l'amour est pressée par des hommes aussi bien que celle de ne pas le faire. Par ailleurs, je disais plus haut qu'Eliot est très fine psychologue, Maggie en est l'exemple le plus frappant. Son attitude, qui pourrait passer pour de la lâcheté ou une ferveur religieuse méprisable, est le fait d'une réflexion bien plus complexe. Peut-on être heureux quand on a renoncé à sa vie et ses joies d'autrefois ? " Si nous ne sommes pas liés par le passé, où réside le devoir ? Nous n'aurions d'autre loi que l'inclination de l'instant. " Et de bonheur que des choses potentiellement superficielles et éphémères ?
George Eliot en sait quelque chose. Tombée amoureuse d'un homme marié ne pouvant divorcer car il a reconnu l'enfant adultérin de son épouse, elle vivra maritalement avec lui en renonçant à sa famille, et en particulier avec Isaac, son frère adoré qu'elle ne reverra jamais.

C'est sans doute pour cette raison que Le Moulin sur la Floss est un roman aussi nostalgique, régulièrement qualifié de " recherche du temps perdu ", de l'enfance heureuse et fantasmée (le lecteur ne peut en effet affirmer que la relation entre Tom et Maggie a un jour été équilibrée). Cette époque dont Maggie a été brutalement arrachée et qu'elle n'aura de cesse de rechercher lorsqu'elle aura renoncé à vouloir s'en guérir.

" Il n'y aura rien dans notre vie qui ressemblera au début. "

Outre Maggie, il est impossible de ne pas évoquer le révérend Kenn, à la bonté exceptionnelle, la parfaite et adorée cousine de Maggie, Lucy. Il y a aussi Philip Wakem, le fils difforme de l'ennemi des Tulliver, encore un être aussi attachant que complexe. Et surtout, la Floss elle-même, dont le flot symbolise le temps qui passe et dont les caprices déterminent les joies et les malheurs des habitants du moulin.   

Et puis cette fin ! J'ai pleuré en lisant le dernier chapitre, magnifiquement écrit, en voyant ces ombres et ce fantôme surgir aux abords du moulin.

Assurément, il faut (re)lire George Eliot.

L'avis de Dominique, dont les billets m'ont comme souvent amenée à découvrir enfin George Eliot et celui de Keisha.

Folio. 738 pages.
Traduit par Alain Jumeau.
1960 pour l'édition originale.

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31 octobre 2020

Portrait de femme - Henry James

portrait" - Je l'ai trouvée par un jour pluvieux dans une vieille maison d'Albany, assise dans une pièce lugubre, lisant un ouvrage indigeste et s'ennuyant à périr. Elle ignorait qu'elle s'ennuyait mais je ne lui ai laissé aucun doute sur ce point et elle m'a paru très reconnaissante de ce service. "

Lorsque Mrs Touchett, épouse d'un respectable banquier américain établi en Angleterre, revient chez son époux avec sa nièce, elle est loin de se douter des conséquences de sa décision. Isabel Archer, jeune américaine peu fortunée mais avide de connaissances et d'expériences, va charmer l'Europe, à commencer par son oncle et son cousin, le chétif Ralph.
Son tempérament orgueilleux et quelques mauvaises rencontres vont cependant bien vite lui jouer des tours.

C'est avec beaucoup d'appréhensions que j'ai ouvert ce livre. Henry James est un auteur dont j'ai adoré certains titres, essentiellement des nouvelles, mais qui m'a également procuré d'inoubliables moments d'ennuis avec ses romans.
La malédiction semble rompue. Portrait de femme est peut-être mon plus gros coup de coeur de l'année (j'hésite encore avec Les Raisins de la colère). Je ne me rappelle plus à quand remonte la dernière fois où j'ai, comme ici, repoussé l'heure de mon coucher de façon très imprudente pour avoir le plaisir de lire encore un chapitre, puis un autre. J'ai atteint la dernière page avec un mélange d'impatience et d'appréhension tant j'étais avide de connaître le dénouement tout en souhaitant que cette histoire s'étire encore et encore.

L'intrigue m'a captivée de bout en bout. J'ai autant savouré l'aventure anglaise d'Isabelle Archer que son arrivée en Italie. J'ai éprouvé toute l'affection du monde pour le vieux Mr Touchett et son fils, bien que ce dernier ne soit pas exempt de défauts. J'ai admiré avec un peu de mépris Henrietta Stackpole, Mrs Touchett et même la comtesse Gemini. J'ai évidemment détesté Mrs Merle et Mr Osmond.
James étudie avec une finesse absolue la psychologie de ses personnages. Certes, il se moque souvent d'eux, critique leurs travers et ceux de leur époque : le radicalisme hypocrite de Warburton, l'indépendance et la frivolité de la journaliste américaine, l'attitude encourageante d'Osmond face aux idées de son épouse, à condition que ce soit aussi les siennes... Mais derrière cette légèreté, tous les habitants de ce livre ont leur complexité et sont incarnés de façon admirable. Les lecteurs naïfs (dont je suis) peu habitués à rencontrer des personnages aussi peu manichéens, sont bernés et éprouvés par l'auteur. Les mariages sont tous désastreux, les amitiés parfois très malsaines. S'il semble impossible de comprendre Isabel  à première vue tant ses décisions semblent absurdes, une prise en compte du décalage entre ses aspirations, ses prétentions, ses faiblesses et ses traditions ne peut que conduire au destin qui est le sien. De même, des personnages comme la comtesse Gemini et Henrietta Stackpole se révèlent bien moins superficielles et stupides qu'elles n'y paraissent ou le clament.

" - Quelle dommage qu'elle soit si charmante, déclara la comtesse. Pour être sacrifiée, la première venue aurait fait l'affaire. Pas besoin d'une femme supérieure.
- Si elle ne l'était pas, votre frère ne l'aurait jamais regardée. Il exige ce qu'il y a de mieux. "

Et si Mrs Touchett a ses défauts, sa dernière phrase au sujet de la maternité m'a brisé le coeur. 

J'aimerais vous citer tous les passages que j'ai notés. Chaque phrase de ce roman est un bijou. Chaque mot est à la bonne place pour produire l'effet voulu. Jusqu'à la dernière page (quelle fin !!! ). Il y a de la répartie, de l'humour, toute une palette de sentiments, des descriptions grandioses. On compare parfois James à un peintre, la lecture de ce livre m'a également donné cette impression.

" Le vieux gentleman assis près de la table basse était arrivé d'Amérique trente ans plus tôt ; il avait apporté avec lui, dominant tout son bagage, sa physionomie américaine. Non content de l'avoir apportée, il l’avait entretenue dans un état parfait, de telle sorte qu’il aurait pu la ramener en toute confiance dans son pays natal, en cas de nécessité. "

James est donc un peintre de la physionomie et de la psychologie humaine, mais aussi un peintre des lieux qu'il nous fait visiter. L'Italie surgit sous sa plume. Je suis retournée dans les ruines de Rome et à la Galerie des Offices. J'ai senti la douceur de Florence; l'amertume de Rome et le temps pour le moins changeant (mais tout aussi délicieux à mon goût) de l'Angleterre.

Un livre qui m'a fait rire, qui m'a enchantée, bouleversée et révoltée à la fois. L'une des meilleures recettes pour faire un chef d'oeuvre.  Lisez-le !

Les avis de Dominique et Keisha.

10/18. 689 pages.
Traduit par Claude Bonnafont.
1880 pour l'édition originale.

21 juillet 2020

Le Racisme est un problème de Blancs - Reni Eddo-Lodge

eddoJ'ai acheté ce livre à sa sortie en 2018, mais ma grossesse et la naissance de mon fils ne m'avaient pas laissé le temps d'en lire plus d'une centaine de pages. Dans le contexte actuel et suite à des discussions assez animées avec mes proches, j'ai pensé que cet essai de la journaliste Reni Eddo-Lodge pourrait nourrir ma réflexion de personne blanche et donc peu consciente des problèmes engendrés par le racisme.

En effet, ce que Reni Eddo-Lodge explicite dans ce texte est avant tout le fait que nous vivons dans une société où le racisme est omniprésent.
Reprenant les mots de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe pour les appliquer au clivage entre les Blancs et les Noirs, elle essaie de démontrer que la normalité est la blanchité. Être blanc, c'est ne pas avoir conscience de sa race*.

" Être blanc, c’est être humain ; être blanc, c’est universel. Je ne le sais que trop, car je ne suis pas blanche. "

Roxane Gay l'évoque aussi dans Bad Feminist, pour le spectateur ou le lecteur blanc, il est évident que les personnages sont blancs, que les manequins des magazines sont blancs et que les acteurs sont blancs. L'idée d'une Hermione Granger noire dans la pièce Harry Potter et l'Enfant maudit a fait monter au créneau d'inombrables personnes, comme s'il s'agissait d'une monstruosité.

L'auteur débute en nous donnant un aperçu de l'histoire du racisme en Grande-Bretagne déjà éloquent. Il faut attendre 1833 pour que l'Empire britannique abolisse l'esclavage, en offrant des compensations non pas aux victimes mais aux propriétaires terriens qui étaient lésés par l'interdiction d'utiliser des êtres humains comme des marchandises. Par la suite, les colonies furent utilisées durant les guerres mondiales puis très vite oubliées. Le métissage est encore un sujet de grande crispation aujourd'hui avec le spectre du fameux "grand remplacement" dont on discute aussi en France (les femmes blanches étant appelées à procréer abondamment avec des hommes blancs pour endiguer le problème). Quant aux relations des Noirs avec la police et la justice, elles sont parsemées d'histoires révoltantes.

Outre ces manifestations incontestables du racisme, ce que Reni Eddo-Lodge essaie avant tout de démontrer est la présence d'un "racisme systémique".

" Si toutes les formes de racisme étaient aussi faciles à détecter, à identifier et à dénoncer que l’extrémisme blanc, le travail des antiracistes serait un jeu d’enfants. Les gens croient que, s’il n’y a pas eu d’agression ou si le mot « nègre » n’a pas été prononcé, un acte ne peut pas être raciste. Tant qu’un Noir ne s’est pas fait cracher dessus dans la rue, ou qu’un extrémiste en costard n’a pas déploré le manque d’emplois, en Grande-Bretagne, pour les travailleurs britanniques, ce n’est pas du racisme (et encore, même si le politique en costard a effectivement prononcé ces mots, il faudra alors débattre du caractère raciste ou non de sa déclaration, car qu’y a-t-il de raciste à vouloir protéger son pays ?!). "

Pourtant, les Noirs ont des probabilités d'être arrêtés et inculpés par les forces de l'ordre bien supérieures à celles des Blancs (ces derniers bénéficient bien plus souvent d'un simple rappel à l'ordre), on leur administre davantage de tranquilisants dans les établissements psychiatriques, ils réussissent moins à obtenir des emplois intéressants. Le Noir fait peur, c'est lui le méchant, à tel point que Reni Eddo-Lodge elle-même se souvient qu'elle regardait la télévision avec ce prisme lorsqu'elle était enfant.
Elle répond aussi bien à ceux qui considèrent que nous vivons dans une ère post-raciale (ce que démontrerait l'élection de Barack Obama à la tête des Etats-Unis) ou qui déclarent "ne pas voir la couleur", qu'à ceux qui lui rétorquent qu'il existe un racisme anti-Blancs (ce à quoi elle répond qu'un Noir peut avoir des préjugés, mais que le racisme nécessite également de pouvoir exercer un pouvoir sur ses victimes) et que les Noirs aussi font de l'esclavage. Elle fustige la position de défense adoptée par les Blancs qui amène à couper court à toute conversation sur le racisme et à faire taire les Noirs qui craignent pour leurs relations amicales.

A ceux qui rejettent le combat contre le racisme décrétant que le féminisme ou la lutte des classes, sont les vrais combats, Reni Eddo-Lodge rétorque que les Noirs, et particulièrement les femmes noires sont sur-représentées dans les catégories sociales les plus basses. Les discriminations dont on est victime ne s'annulent pas entre elles mais se cumulent. Elle souligne l'attitude étrange des féministes blanches qui refusent l'idée d'un racisme ancré dans la société dont elles seraient complices.

" Les féministes savent bien ce qu’est le patriarcat, alors pourquoi tant de féministes ont-elles du mal à admettre l’existence de la blanchité en tant que structure politique ? "

Cela l'amène à justifier les groupes de discussion féministes réservés aux femmes noires. Même s'ils sont destinés à communiquer le fruit de leurs travaux par la suite, ils permettent à leurs membres de bénéficier d'un espace où elles peuvent témoigner de leurs expériences sans être remises en cause par des personnes qui se sentiraient visées.

Sur la question de la discrimination positive, elle est catégorique : il s'agit d'un outil essentiel.

" On insiste sur le mérite, comme si tous les dirigeants blancs actuels, quel que soit le secteur, n’en étaient arrivés là qu’à force de travail et sans aide extérieure. Comme si leur couleur de peau n’était pas en soi un « coup de pouce », comme si elle n’éveillait pas la sympathie d’un recruteur envers un candidat. Vu l’état calamiteux de la diversité dans chacun des secteurs que j’ai mentionnés plus haut, il faudrait être sacrément dupe pour croire que seul le talent explique ce monopole des hommes blancs d’âge mûr aux échelons supérieurs de la plupart des corps de métiers. Nous ne vivons pas en méritocratie. Prétendre que la réussite ne s’obtient qu’à force de travail est une forme d’ignorance délibérée. "

Un essai très agréable à lire, qui contrairement à ce que son titre tapageur pourrait laisser penser appelle à une prise de conscience collective. Reni Eddo-Lodge tient un propos clair, cohérent et se montre d'ailleurs assez optimiste quant à l'évolution de la situation.
Mon seul (minuscule) regret est qu'il n'y soit pas question d'appropriation culturelle. Malgré la lecture d'un excellent article dans Causette il y a quelques années et d'Americanah qui aborde le sujet, je n'ai toujours pas compris pourquoi certaines coiffures étaient autant sujettes à polémique.

Autrement. 290 pages.
Traduit par Renaud Mazoyer.
2017 pour l'édition originale.

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10 juillet 2020

Etés anglais (La Saga des Cazalet I) - Elizabeth Jane Howard

étés anglaisChaque été, William et Kitty Cazalet reçoivent leur nombreuse famille dans leur demeure du Sussex. En cette année 1937, l'ambiance est particulière puisqu'Hitler adopte une attitude de plus en plus belliqueuse.
Sybil, l'épouse de Hugh Cazalet, s'apprête à donner naissance à son dernier enfant (à moins qu'il ne s'agisse de jumeaux). Villy, la femme d'Edward, se prépare également à ces retrouvailles familiales. Quant à la très jeune Zoë, mariée au troisième fils, elle a du mal à trouver sa place dans cette famille où elle est surtout la belle-mère maladroite et superficielle des enfants de son époux.
Du côté des plus jeunes, l'adolescence fait des ravages. Polly et Louise aimeraient bien se débarasser de leur encombrante cousine, Clary. Teddy et Simon reviennent de pension à la fois grandis et mal dans leur peau.
Bien qu'unis, les membres de la famille sont surtout préoccupés par leur petite personne. Seule tante Rachel, la vieille fille, se préoccupe de tout le monde, au détriment de son propre bonheur.

Sorti en début d'année, le premier tome de la Saga des Cazalet rencontre un joli succès. Il faut reconnaître que cette histoire permet de bien s'évader en temps de confinement.
Il m'a fallu un peu de temps pour m'intéresser à cette histoire. Les incessants changements de point de vue ont l'avantage de fluidifier la lecture, mais ils donnent au départ une impression de superficialité. La profusion de détails (l'auteur indique jusqu'au nombre de pots de chambre nécessaire à l'accueil des invités) m'a semblé excessive dans la première partie du livre.
Puis, les personnages ont commencé à devenir plus familiers et j'ai adoré les suivre à Londres puis à Home Place.

Dans ce premier tome de la Saga des Cazalets (qui compte quatre tomes originaux et un plus tardif), beaucoup de personnages sont encore très jeunes. Triturés entre les chamailleries enfantines et la prise de conscience d'enjeux plus sérieux, ils sont tour à tour attendrissants, agaçants et émouvants. Les filles vivent à une époque charnière, où les femmes n'ont pas envie d'avoir leur avenir tout tracé vers le mariage et la maternité. Quant aux garçons, ils sont coincés entre leur école où on les malmène et la perspective d'une guerre.

Du côté des adultes, ce sont surtout les femmes qui se révèlent intéressantes. Elles ont dû renoncer à toute idée de carrière professionnelle pour se marier, n'ont pas accès à la contraception qui leur permettrait de ne pas subir des grossesses non désirées et peuvent encore moins exprimer leur non désir d'enfant.
Les trois mariages des fils Cazalet sont remplis de non-dits et de faux-semblants. Les maris sont souvent décevants et typiques de leur époque, bien que généralement sympathiques (à une exception très notable). Seul Hugh, le frère aîné, blessé pendant la Première Guerre mondiale m'a touchée.

Les domestiques et les employés occupent une petite place dans ce tome (j'ai l'impression que beaucoup de déceptions sont causées par la comparaison avec Downton Abbey). J'ai adoré le personnage de Miss Milliment, l'enseignante de Polly et Louise, condamnée à vivre très modestement à cause de la mort de son fiancé, de son physique ingrat ne lui ayant pas permis d'en trouver un autre, et surtout de sa condition de femme.

" Quelle aubaine, quand Viola lui avait écrit pour qu’elle fasse la classe à Louise et par la suite à sa cousine Polly. Avant ce miracle, elle commençait à désespérer : l’argent laissé par son père lui procurait tout juste un toit sur la tête, et elle avait fini par ne plus avoir de quoi régler le bus jusqu’à la National Gallery, sans parler de l’entrée aux expositions payantes. La peinture était sa passion, en particulier les impressionnistes français, et, parmi eux, Cézanne était son dieu. Elle songeait parfois avec une pointe d’ironie qu’il était bizarre qu’on ait si souvent dit d’elle qu’elle faisait « un bien vilain tableau ». "

Ce n'est pas un coup de coeur, mais j'ai beaucoup aimé ce premier tome dans lequel règne une certaine douceur mêlée à des moments qui amorcent ou annoncent des tragédies. J'attends la suite avec impatience !

Les avis d'Hélène, Mimi et Nicole.

Quai Voltaire. 557 pages.
Traduit par Anouk Neuhoff.
1990 pour l'édition originale.


21 juin 2020

Bleak House - Charles Dickens

bleak housePersonne ne se sait exactement depuis quand le procès Jarndyce contre Jarndyce fait rage. " D’innombrables enfants sont devenus parties au procès par la naissance ; d’innombrables jeunes gens par le mariage ; d’innombrables vieillards ont cessé de l’être en mourant. Des dizaines et des dizaines de personnes se sont trouvées de manière affolante impliquées dans l’affaire Jarndyce et Jarndyce sans savoir comment ni pourquoi ; des familles entières ont hérité de haines légendaires en même temps que du procès. Le petit demandeur ou le petit défendeur à qui l’on avait promis un nouveau cheval à bascule pour le jour où l’affaire Jarndyce et Jarndyce serait réglée a grandi, a fait l’acquisition d’un vrai cheval et s’en est allé trotter dans l’autre monde. "
C'est dans ce contexte que la jeune orpheline Esther Summerson, élevée par une marraine lui ayant répété toute son enfance qu'elle a fait le déshonneur de sa famille en voyant le jour, puis envoyée après la mort de sa bienfaitrice dans une école, est finalement employée par Mr Jarndyce dans sa demeure de Bleak House. Elle rencontre lors de son voyage vers son nouveau domicile les deux pupilles de Mr Jarndyce, Ada Clare et Richard Carstone. Les trois jeunes gens vont dès lors former un trio inséparable.
Au même moment, l'orgueilleuse Lady Deadlock, également impliquée dans le procès, s'évanouit à la vue d'un simple document tendu par Mr Tulkinghorn, avoué de son mari.

Même si je dois avouer que j'ai été contente de voir le bout de cette énorme brique (presque 1400 pages), je tiens enfin le livre qui me donne envie de rajouter Dickens à la liste des auteurs que j'admire.

Sa plume est incroyable. Il nous fait passer du rire aux larmes, excelle aussi bien dans la description des phénomènes météorologiques que dans l'art de croquer les personnages.
Il utilise son art pour critiquer les institutions politico-judiciaires anglaises, et le moins que l'on puisse dire est qu'elles (ainsi que leurs membres) en prennent pour leur grade.

« Question (numéro cinq cent dix-sept mille huit cent soixante-neuf) : Si je vous comprends bien, il est incontestable que ces procédures réglementaires sont source de retards ? Réponse : Oui, d’un certain retard. Question : Et de frais considérables ? Réponse : Bien évidemment elles ne peuvent pas être appliquées pour rien. Question : Et d’indicibles tracasseries ?. Réponse : Je ne suis pas en mesure de l’affirmer. Elles n’ont jamais été source de tracasseries pour moi personnellement ; tout au contraire. Question : Mais vous estimez que leur abolition porterait tort à une catégorie d’hommes de loi ? Réponse : Je n’en ai pas le moindre doute. Question : Pouvez-vous donner en exemple un type de cette catégorie ? Réponse : Oui. Je citerais sans hésitation M. Vholes. Il serait ruiné. Question : M. Vholes est-il considéré dans les milieux professionnels comme un homme respectable ? Réponse (qui a porté le coup de grâce à l’enquête pour dix ans) : M. Vholes est considéré dans les milieux professionnels comme un homme éminemment respectable. »

Jarndyce contre Jarndyce préfigure Le Procès de Kafka, comme le note Jean-Pierre Ohl dans sa biographie de l'auteur. Nous n'en savons rien, n'y comprenons rien. Krook, le vieux fou qui entasse des masses de papier est un reflet de tous les Chanceliers ayant officié dans l'affaire. Le coup de grâce final est aussi terrible que brillant, mais je ne vous en dirais pas plus.

Si l'entreprise de Dickens avec ce roman est de critiquer la société anglaise, il y met aussi bien d'autres choses, à commencer par des personnages inoubliables.
Esther Summerson, l'une des deux voix du roman (l'autre étant celle de l'auteur), a des airs de Jane Eyre, aussi bien en raison de son enfance qu'à cause de sa personnalité. Son destin est moins fougueux que celui de l'héroïne de Charlotte Brontë, mais elle affronte la pauvreté, le scandale, la déception amoureuse, pour elle ou pour ses amis. C'est une vraie héroïne de roman victorien.

Coavinses arrête SkimpoleLes autres personnages sont nombreux (cela m'a d'ailleurs déboussolée au début) et représentent chacun une profession ou une classe sociale. Certains sont détestables tant ils sont pervertis par l'appât du gain et ont un comportement absurde. Le vieil usurier incapable de marcher, les dames de charité négligeant leurs enfants pour poursuivre des causes plus nobles (même si la vision de la femme par Dickens qui ressort est très conservatrice), Mr Turveydrop obsédé par son maintien, le soit-disant enfant Mr Skimpole qui refuse de prendre la moindre responsabilité et précipite sans scrupule commerçants, amis et famille dans la misère, pourraient sortir d'un roman de Lewis Carroll. Dickens ne se gêne pas pour les traiter avec sarcasme et mépris. Derrière ces personnages, on entrevoit les ombres de certains personnages de la vie de Dickens, en particulier ses parents. Mr Skimpole a le même rapport à l'argent que le père de Dickens. Ses proches le traitent en enfant, et Esther elle-même est d'abord magnanime envers lui. C'est pourtant l'un des personnages les plus détestables du livre.

A travers d'autres figures Dickens rend heureusement son histoire poignante. Les pauvres gens ont évidemment sa sympathie. Le petit Jo, qui balaye son carrefour, mange les mots et vit dans un taudis de Tom-tout-seul sans rien demander à personne est un exemple de la misère scandaleuse dans laquelle vivent de trop nombreux enfants dans l'Angleterre triomphante du XIXème siècle. Il m'a fait pleurer le bougre.

" Jo vit — c’est-à-dire que Jo n’est pas encore mort — dans un coin en ruine, connu de ses semblables sous le nom de Tom-tout-seul. C’est une rue noirâtre, délabrée, évitée par tous les gens convenables ; d’entreprenants vagabonds s’y sont emparés des maisons branlantes, quand leur décrépitude était déjà fort avancée, et, après s’être rendus maîtres des lieux, se sont mis à les louer en appartements. À présent ces habitations croulantes contiennent nuitamment un grouillement de misère. De même que sur une créature humaine tombée en ruine apparaît une vermine parasitaire, de même ces abris en ruine ont engendré un pullulement d’existences nauséabondes qui se glissent pour entrer et sortir par les interstices des murs et des palissades, qui se pelotonnent pour dormir, nombreux comme des asticots, là où dégoutte la pluie ; ces êtres vont et viennent, apportent et remportent la fièvre et sèment trop de maux à chacun de leurs pas pour que Lord Coussif, Sir Thomas Doussif et le duc de Foussif et tous ces beaux messieurs du gouvernement, jusqu’à Zoussif inclus, y portent remède en cinq cents ans, bien que nés expressément pour le faire. "

Aucun mariage de gens modestes n'est célébré sans que Dickens évoque la nécessité d'éduquer les mariés, hommes ou femmes. Krook qui essaie d'apprendre à lire, est aussi fou que triste à contempler. Lorsque le naïf Richard est englouti comme tant d'autres avant lui dans le procès qui a gouverné la vie de sa famille, on tremble pour lui.
Il y a aussi le si brave soldat George, le généreux Alan Woodcourt, le suprenant inspecteur Bucket, Charley, Jenny...

C'est un monde que nous offre Dickens avec ce roman, dont les thèmes sont bien plus nombreux et les intrigues sont bien plus subtilement imbriquées que ce que mon pauvre billet laisse entendre. Un chef d'oeuvre que Gallimard a eu mille fois raison d'éditer enfin dans une édition grand public de qualité. A quand les autres ?

Les avis de Keisha et de Cuné.

Folio. 1469 pages.
Traduit par Sylvère Monod.
1853 pour l'édition originale.

08 juin 2020

Charles Dickens - Jean-Pierre Ohl

dickens" Pour trouver un équivalent français à sa gloire, il faudrait additionner celles de Balzac, pour l’ampleur et la richesse du tableau social d’une époque, Hugo ou Zola, pour la stature morale et l’envergure de l’homme public, Dumas, enfin, pour l’engouement populaire. Et encore échouerait-on à saisir le lien si particulier qui unissait l’auteur à sa nation, le tacite plébiscite en vertu duquel il devint, malgré les critiques féroces que lui inspiraient bien des coutumes et des institutions de son pays, le chantre de tout un peuple. "

J'ai beau aimer les auteurs anglais plus que tous les autres, Charles Dickens ne m'a pour l'instant jamais conquise au point de le citer parmi mes incontournables. Autant dire qu'il fallait bien que j'admire des admirateurs de l'écrivain pour que je me lance de nouveau dans l'un de ses romans.
J'ai lu la biographie de Marie-Aude Murail juste après la naissance de mon fils. Ce livre est très beau, mais avec un nouveau-né je n'envisageais pas de lire des pavés de plus de mille pages. En revanche, cette biographie de Jean-Pierre Ohl, dont j'ai adoré Les Maîtres de Glenmarkie et apprécié les autres livres est tombée au bon moment. Ohl n'a pas écrit cette biographie par hasard. Ses livres sont truffés d'allusions à Charles Dickens, quand ils ne sont pas des réécritures de ses livres (Monsieur Dick ou le dixième livre est une drooderie).

Les amateurs de biographies exhaustives et pointues préfèreront sans doute se plonger dans la biographie de Peter Ackroyd dont la renommée n'est plus à faire, mais pour les autres ce travail de Jean-Pierre Ohl sera une délicieuse incursion dans la vie de Charles Dickens.

On y découvre d'abord l'enfance plutôt traumatisante du petit Charles. Né dans une famille qui aurait pu vivre confortablement, il est victime de l'insouciance de ses parents. Vivant au-dessus de leurs moyens ou montant des projets irréalistes, John et Elizabeth Dickens vont compromettre l'éducation de leur fils qui devra de plus travailler dans des conditions difficiles alors que son père est enfermé à la prison pour dettes. De cette expérience heureusement brève, il gardera une rancune tenace contre ses parents (surtout sa mère), une connaissance parfaite de Londres et de ses rues ainsi qu'une vision précise des bas-fonds de la capitale anglaise.

Prison de la Marshalsea

Dès son entrée dans la vie adulte, il devient un journaliste remarquable, capable de retranscrire les événements parlementaires qu'il couvre comme nul autre. Mais, très vite, il se lance dans l'écriture de feuilletons. Son succès est foudroyant, aussi bien grâce à son génie qu'en raison de son culot. Ainsi, lorsqu'on lui propose de collaborer à une oeuvre illustrée par Robert Seymour, alors bien plus connu que lui, il obtient que ce soit sa vision et non celle du dessinateur qui prime. L'oeuvre en question deviendra Les Papiers posthumes du Pickwick Club. Il y aura ensuite de nombreux romans que l'auteur se chargera de faire publier de la façon la plus rentable pour lui, quitte à se brouiller avec ses éditeurs.
Bourreau de travail, Dickens tient à publier un récit de Noël chaque année. Il lance son propre journal, publie Elizabeth Gaskell, se lie avec Wilkie Collins (en revanche, George Eliot refuse ses propositions). C'est un auteur très engagé dans la lutte contre la pauvreté. Les workhouses le dégoûtent. Sa popularité est telle que ses oeuvres inspirent les politiques. Il ne se gênera donc pas pour se servir de sa plume en faveur des plus faibles.
Avec le soutien de ses éditeurs, il entreprend un grand voyage aux Etats-Unis dont il reviendra très mitigé. L'esclavage le révolte, l'amour de l'argent des Yankees aussi. De plus, en l'absence d'une loi internationale sur les droits d'auteur, les éditeurs américains publient les textes de Dickens sans le rétribuer, ce qui constitue pour lui une perte financière considérable.

Catherine Hogarth par Maclise, ami de DickensMalgré son succès, les deuils se succèdent tout au long de sa vie et expliquent selon son biographe la tristesse qui se dégage des oeuvres de Dickens, même dans les situations comiques. Après avoir connu un premier échec amoureux, l'écrivain épouse Catherine Hogarth, dont il aura dix enfants. Cependant, il est très attaché à la soeur de son épouse, Mary, qui vient vivre avec eux et dont la mort brutale semble avoir été le plus grand drame de sa vie.

"Charles ôte alors de la main de Mary une bague qu’il glisse à son propre doigt où elle restera jusqu’à sa mort."

Georgiana, la cadette des soeurs Hogarth prendra la place de Mary et se montrera très proche de son beau-frère également, allant jusqu'à le soutenir lors de la rupture des époux Dickens, lorsque Charles rencontre le dernier amour de sa vie, Ellen Ternan, une jeune actrice.

S'il admire son oeuvre et fait avec brio des liens entre la vie de son sujet et son oeuvre, Jean-Pierre Ohl ne fait pas de Charles Dickens un saint. C'est un génie qui a inspiré jusqu'à Kafka, un homme soucieux de l'éducation des masses, qui abhorre la violence, mais dans l'intimité il est un père plutôt absent et un mari difficile. Avec ses amis, ses éditeurs et ses ennemis, il sait se montrer impitoyable et revanchard. La seule chose qu'il ne peut supporter est la vision d'une veuve ou d'un orphelin.

" Lorsque Macrone meurt subitement, il consacre de longues semaines de son temps précieux à composer un volume dont les ventes seront intégralement versées à la veuve de son ancien « ennemi ». "

La fin de sa vie, bien qu'il soit au sommet de sa gloire, que ses lectures publiques soient plébiscitées et qu'il double son patrimoine, est marquée par l'angoisse. Dès quarante ans il ressemble à un vieil homme. Le scandale provoqué par sa liaison avec Ellen Ternan le plonge dans la paranoïa. Cinq ans exactement avant sa mort, il est victime d'un accident de train terrible qui le marque profondément. Le Dickens dont les tenues bariolées attiraient les moqueries a bien changé.

La biographie ne prend pas fin avec la mort de Dickens, qui a trouvé le moyen de garder son oeuvre vivante pour l'éternité. En effet, il laisse derrière lui un roman inachevé, Le Mystère d'Edwin Drood, qui a rendu fou nombre de ses admirateurs, dont Jean-Pierre Ohl qui consacre un dernier chapitre à ce sujet.

Une lecture très agréable qui m'a donné envie de lire la biographie des soeurs Brontë par Jean-Pierre Ohl et de redonner sa chance à Dickens. Depuis ma lecture de cette biographie, j'ai débuté Bleak House. Affaire à suivre donc (1350 pages tout de même ! ).

L'avis de Karine.

Folio. 320 pages.
2011.

05 juin 2020

Entre les actes -Virginia Woolf

entre les actes " Quel dommage que celui qui avait fait construire Pointz Hall eût planté la maison dans un creux, alors qu’au-delà du jardin d’agrément et du potager il y avait une éminence. La nature avait préparé un emplacement pour une maison ; l’homme l’avait construite dans un creux. "

Pointz Hall, la maison des Olivier s'apprête à accueillir la représentation donnée chaque année afin de récolter des fonds pour la paroisse. Isa, la belle-fille du vieux Barth, rêve d'un gentleman-farmer qu'elle a rencontré deux fois et s'agace lorsqu'elle pense à Giles, son mari, tout en s'émerveillant qu'il soit le père de ses enfants. Miss Swithin, la grand-tante, évolue en pensant au temps où la Manche n'existait pas. La voluptueuse Mrs Manresa arrive accompagnée d'un inconnu, William Dodge, qui intrigue les femmes et agace Giles.
Une fois les spectateurs rassemblés, les acteurs commencent à rejouer l'histoire de l'Angleterre d'après une mise en scène de Miss La Trobe. En fond, les animaux émettent des bruits et le gramophone donne la mesure du temps.

Entre les actes était le dernier roman de Virginia Woolf qu'il me restait à lire. Je l'avais commencé il y a une dizaine d'années et n'avais pas réussi à en dépasser la moitié. Si je vous dis qu'à la même époque j'ai lu sans plaisir particulier Des souris et des hommes et L'Ecume des jours, vous comprendrez que le problème ne venait pas des livres.
Dernière découverte d'un roman de Woolf pour moi, il s'agit aussi du dernier roman de l'auteur et d'un nouvel essai d'expérimentation formelle après le délicieux mais tranquille Flush et Les Années qui renouait avec une forme assez traditionnelle. Ecrit alors que Virginia Woolf est angoissée par le début de la Deuxième Guerre mondiale, il n'a pas bénéficié de nombreuses modifications.

L'action se déroule sur un laps de temps très court, à peine une journée. Cependant, c'est assez pour que d'inombrables pensées s'entrechoquent, pour que des histoires soient mal racontées ou mal reçues et pour que l'on vive en si peu de temps un condensé de toute une existence ou presque.

« Nous-mêmes… » Ils reviennent au programme. Que peut-elle savoir de nous-mêmes ? Les Élisabéthains, bien ; les Victoriens, peut-être ; mais nous-mêmes, assis ici un soir de juin, en 1939, c’est ridicule. « Moi-même » – c’est impossible. D’autres personnes, peut-être : Cobbet de Cobbs Corner, le commandant, le vieux Barthélémy, Mme Swithin – eux, peut-être. Mais moi – non, elle ne peut pas me prendre sur le vif.

Réécriture de l'histoire du théâtre anglais, Entre les actes est également une mise en abîme avec un spectacle dans le spectacle. Où la pièce se joue-t-elle réellement ? Sur scène ou sous les yeux du lecteur ? En ce qui me concerne, si j'apprécie la poésie des romans de Woolf, je n'ai pas la culture théâtrale nécessaire pour apprécier la parodie des scènes écrites par Miss La Trobe dans Entre les actes. J'ai été aussi décevante que le pasteur en cherchant en vain ce que Miss La Trobe avait voulu dire. Cette dernière serait-elle, dans une certaine mesure, une incarnation de Virginia Woolf, qui n'était jamais satisfaite de ses oeuvres ?
En revanche, j'ai tenu avec délectation mon rôle de spectatrice des spectateurs, ces êtres humains imparfaits et multiples qui ne supportent pas de se voir au dépourvu. 

Ce très court roman ne sera pas mon favori de Virginia Woolf, mais il n'en est pas moins un texte beau et intriguant, sans doute indispensable pour tous les adeptes de l'auteur.

Le brillant avis de Lili.

Le Livre de Poche. 188 pages.
Traduit par Charles Ceste.
1941 pour l'édition originale.

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03 juin 2020

Le Meurtre de Roger Ackroyd - Agatha Christie

ackroyd

King's Abbot est une paisible et ennuyeuse petite ville de la campagne anglaise où la mort de Mrs Ferras, la plus riche veuve du coin, provoque beaucoup d'interrogations.
Le Dr Sheppard, dont la soeur Caroline est la commère en chef de la commune, se rend chez son ami le puissant industriel Roger Ackroyd, fiancé de la défunte, qui lui confie que Mrs Ferrars s'est donné la mort après lui avoir avoué avoir assassiné son premier mari et qu'elle était depuis la victime d'un maître-chanteur.
Une lettre lui dévoilant le nom de ce dernier arrive alors chez Roger Ackroyd, mais le médecin est congédié avant d'avoir pu prendre connaissance du nom de celui qui extorquait l'argent de Mrs Ferrars en échange de son silence. Quelques heures après être rentré chez lui, le Dr Sheppard est appelé en urgence. Roger Ackroyd vient d'être assassiné.
Les indices convergent rapidement vers le beau-fils de Mr Ackroyd, Ralph Paton, d'autant plus que celui-ci a disparu. Sa fiancée, Miss Flora Ackroyd, refusant la piste de la police, décide d'engager le nouveau voisin du Dr Sheppard, un certain Hercule Poirot...

Le Meurtre de Roger Ackroyd est l'un des romans les plus célèbres d'Agatha Christie, tellement célèbre que l'on m'a révélé ce qui en faisait la grande originalité il y a quelques années. J'espérais que le temps me permettrait d'oublier, mais j'ai dû me résoudre au fait que cela n'arriverait jamais. Ne voulant pas passer complètement à côté de ce livre, j'ai profité du Mois anglais pour le découvrir.

C'est un livre très drôle, britannique jusqu'au bout des ongles. Il ravira les amateurs de petites communautés rurales anglaises dans lesquelles les potins sont l'occupation favorite.
Comme toujours chez Agatha Christie, la résolution du meurtre n'est pas le seul mystère élucidé, nombre d'autres petits (ou grands) secrets sont déterrés au cours de l'enquête. Hercule Poirot est en pleine forme, suffisant jusqu'au ridicule et brillant. Les autres personnages sont assez caricaturaux, tout comme leurs existences, mais cela rend le récit particulièrement vivant.
Evidemment, la construction du livre est ce qui en fait la saveur principale, d'où mon regret de ne pas l'avoir lu avec des yeux complètement neufs.

Je n'ai pu m'empêcher de me demander si Agatha Christie avait lu Drame de chasse de Tchekhov et s'en inspirer, j'y trouve des points communs troublants.

Il est évident que ma lecture a été influencée par ce que j'en connaissais, ce que j'ai un peu regretté. Toutefois, ce livre rejoint sans peine mes préférés parmi les livres que j'ai lus de la Reine du crime (une petite quinzaine, j'ai encore du pain sur la planche).

Une lecture audio très réussie. Attention aux amateurs, les éditions Thélème (que j'adore habituellement) en proposent une version annoncée comme étant intégrale, mais deux fois moins longue.

Audiolib. 7h42.
1926 pour l'édition originale.

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01 juin 2020

Middlemarch - George Eliot

middlemarch" Middlemarch, ce livre magnifique qui, malgré toutes ses imperfections, est l'un des rares romans anglais écrits pour des adultes." (Virginia Woolf)

Alors que l'Angleterre est en proie à des bouleversements religieux et politiques, Tertius Lydgate, jeune et ambitieux médecin, vient s'installer à Middlemarch. Avec le soutien du riche M. Bulstrode, il veut créer un nouvel hôpital et bouleverser les pratiques traditionnelles de la médecine, au grand dam de ses confrères. La douce et belle fille du maire, Rosamond Vincy, est séduite par ce nouveau venu.
Dorothea Brooke, de son côté, rejette la main de Sir James Chettam, préférant s'unir au vieux M. Casaubon dans lequel elle voit un grand intellectuel, digne de Pascal ou Milton, qui aurait bien besoin d'une épouse aussi admirative que dévouée pour l'aider dans son travail.

Je pense que Middlemarch était dans ma PAL depuis ma découverte de la littérature anglaise, soit depuis 2006...
Comme souvent lorsqu'on découvre un tel livre, je me suis demandée pourquoi j'avais attendu si longtemps avant de le lire. Je suis cependant ravie de l'avoir gardé de côté puisque certains aspects qui m'ont enchantée m'auraient peut-être moins intéressée il y a quelques années. Il m'a fallu quelques pages pour entrer dans l'histoire, mais ensuite cela a été un plaisir jusqu'à la dernière page.

Si la plume de George Eliot n'a pas la finesse de celle de Jane Austen, si son monde est moins sombre et passionné que celui des soeurs Brontë, elle leur est supérieure par bien d'autres aspects. Middlemarch est un roman réaliste, brillant et complet. En le lisant, j'avais en tête les mots de Mona Chollet sur la tendance des auteurs féminins à parler de l'intime quand les auteurs masculins évoquent ce qui est considéré comme les "grands problèmes du monde". George Eliot réalise avec succès la synthèse de ces deux objectifs.

George EliotJ'ai dû au cours de ma lecture relire une brève biographie de l'auteur, parce que j'étais persuadée qu'elle était l'épouse tranquille d'un pasteur (ce qui est en réalité la vie d'Elizabeth Gaskell) et que cela me semblait très incompatible avec l'écriture d'un livre tel que Middlemarch. George Eliot a eu une vie bien plus sulfureuse, et cela se ressent dans ce roman, aussi bien dans la vision de la société qu'il offre que dans la peinture de ses personnages, les femmes en particulier.

L'auteur n'hésite pas à parler des affaires du monde, qu'il s'agisse de politique, de religion ou de sciences. Middlemarch est une ville dans laquelle les forces en présence sont représentatives de la société et s'affrontent plus ou moins violemment. Ce livre est loin de n'être qu'un roman intimiste comme on pourrait s'y attendre en lisant son résumé. La destinée des personnages est avant tout guidée par leurs prises de position (ou celles de leurs proches) dans les débats qui agitent la société anglaise. Le docteur Lydgate en particulier, très attaché à l'idée de pratiquer une médecine moderne et honnête, est immédiatement haï des autres médecins de la ville qui n'attendent qu'une occasion de lui faire perdre toute crédibilité. Son attitude déconcerte aussi nombre de ses patients en attente de miracles et de méthodes placebo.
Dorothea se bat pour l'amélioration des conditions de vie des métayers, harcèle son oncle et son beau-frère, se lamente lorsqu'elle ne peut trouver des individus à soutenir. Comme le souligne son ami Will Ladislaw, l'équilibre de la société est en train d'être bouleversé, que les Lords le veuillent ou non.

Dorothea Brooke et Will LadislawLa place des femmes est aussi un sujet central du roman. A la docile cadette des Brooke, Célia, qui trouve dans le mariage et la maternité l'aboutissement heureux de son existence, s'opposent les trois figures féminines principales du roman, Dorothea Brooke, Mary Garth, et même à sa façon et malgré elle, Rosamond Vincy. George Eliot en fait des personnages de caractère, ayant leur propre vision de ce qu'une femme est en droit d'exiger dans le mariage. De leur côté les hommes voient dans les femmes des êtres incapables de prendre des décisions bonnes pour elles-mêmes (et, souligne ironiquement George Eliot, pour la réputation de leur digne famille). Dorothea est ainsi tenue dans l'ignorance d'un fait la concernant soit-disant pour son bien, un fait décidé encore une fois pour l'empêcher de commettre une grave erreur. Même Lydgate, qui a à coeur le bonheur de sa femme et admire en Dorothea la femme indépendante et déterminée, espère trouver en Rosamond "ce parfait échantillon de féminité qui allait vénérer l'esprit de son mari à la manière d'une sirène accomplie et ne se servir de son peigne et de son miroir et ne chanter ses chansons que pour offrir à son mari une détente à la sagesse de ce seul homme adoré" (on appréciera le sarcasme dont fait preuve l'auteur).
Que ce soit en matière d'amour, de relation matrimoniale ou de politique, les représentantes de la gent féminine n'hésitent pas à interpeler violemment leurs interlocuteurs et à dénoncer leur lâcheté en les regardant droit dans les yeux. 

Pour finir, Middlemarch est également un roman délicieusement anglais, avec des vieilles filles appréciant de participer aux complots des amoureux, de vertueuses femmes mariées plaignant aussi sincèrement que possible les scandales éclaboussant leurs amies tout en savourant leur thé, et des individus prêts à se jeter sur le moindre morceau d'héritage ou d'argent à portée de main sans la moindre pudeur.

Un incontournable pour tous les amateurs de littérature anglaise et de quoi débuter ce Mois anglais de la meilleure façon !

Les avis de Keisha et de Dominique.

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Folio. 1152 pages.
Traduit par Sylvère Monod.
1862 pour l'édition originale.