27 février 2015

La voix du couteau (Le chaos en marche, Livre 1) - Patrick Ness

voix_du_couteauNous sommes sur Nouveau Monde, à Prentissville, la seule colonie où les hommes ont survécu après la guerre contre les Spackle. Avant de disparaître, ces créatures ont eu le temps de propager le virus du Bruit sur la planète, tuant toutes les femmes et révélant à tous les pensées des hommes en continu.
C'est ainsi que Todd, qui aura treize ans dans un mois, sera le dernier enfant à atteindre l'âge adulte. Il vit dans une ferme auprès de ses pères adoptifs, Ben et Cillian. Il travaille dur, n'a pas pu étudier suite à une interdiction des livres et de l'apprentissage lorsqu'il était encore enfant.
Un jour qu'il se promène dans les marais avec son chien, il sent un trou dans le Bruit, un endroit vide de pensées. Cette révélation fait voler en éclats tout ce qu'il a toujours cru.

Ce livre a beaucoup plu sur la blogosphère il y a quelques années, et depuis, il figurait sur la liste des milliers de livres que je dois absolument lire un jour. Merci donc à Anna des éditions Folio de me l'avoir proposé, et d'avoir patienté pour la publication de mon billet qui devrait être rédigé depuis des semaines.

En ce qui concerne mon avis, je dois dire que je suis assez mitigée. Ca commence vraiment très bien et très fort. L'auteur fait en sorte que l'on soit aussi perdu que Todd durant presque tout le livre. Au niveau de la forme, Patrick Ness laisse à plusieurs reprises des blancs dans le texte pour nous perdre davantage, les mots employés par Todd sont étranges, ressemblent à des fautes de prononciation et d'orthographe sans qu'on comprenne pourquoi. En ce qui concerne l'histoire, la fuite, l'inquiétude pour Ben et Cillian, l'incompréhension face à certaines découvertes, nous les ressentons aussi fortement que Todd. De nombreuses pistes semblent pouvoir être explorées : la nature humaine, l'extrêmisme religieux, le surnaturel, la découverte d'un autre univers... La réflexion sur les multiples façons de communiquer lorsqu'on est un être humain est très intéressante. On peut mentir même lorsque nos pensées sont publiques, se dévoiler dans le silence. Si ce fait n'est pas révolutionnaire, il est développé de façon subtile, et je pense que pour le jeune public (auquel le livre s'adresse en premier lieu), ce livre peut permettre d'entamer une réflexion intéressante à ce sujet.
Dans son genre, La voix du couteau est aussi un livre intéressant car original dans son genre. Ce n'est pas du tout une de ces histoires à la Hunger Games. Le schéma est différent de ce que j'ai pu lire jusqu'à présent. Le héros se retrouve en fuite et engagé dans une recherche de la vérité qu'il n'a absolument pas provoquée. J'ai aussi eu l'impression d'être dans une ambiance de western avec l'armée de méchant à cheval écrasant tout sur son passage et armée seulement de fusils. Pas de matériel de haute technologie ici, seulement des éléments à la limite (et parfois un peu au-delà) du surnaturel. De la violence aussi, gratuite, et particulièrement dure à avaler.

Si le livre m'a cependant déçue, c'est parce que j'ai trouvé la fin trop longue à venir, les révélations décevantes, et parce que ce livre ne se suffit clairement pas à lui-même. Il est évident qu'un livre appartenant à une série doit donner envie de lire la suite. Mais ici, rien n'est bouclé, l'auteur n'exploite pas vraiment les pistes qu'il suit, tourne en rond, et on reste sur un goût d'inachevé.

Merci encore à Anna des éditions Folio.

Des avis chez Cachou (qui fait bien de souligner la fadeur du héros), Kathel et Cathulu.

 

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18 juin 2014

Une fille, qui danse -Julian Barnes

barnesTony Webster, un homme d'âge mûr, revient sur sa jeunesse, et notamment sur sa relation avec Adrian. Cet ami, jeune homme aussi brillant que fascinant s'est suicidé alors qu'il était étudiant à Cambridge. C'est à l'occasion d'une succession inattendue quarante ans plus tard que notre narrateur voit toutes ses certitudes concernant ce drame ébranlées.

Ce livre, mon premier de Julian Barnes, m'a donné du fil à retordre. Il est très court, mais sa lecture requiert de l'attention et une lecture rapide afin de ne pas oublier les éléments du début.
Tout commence de façon très banale. Tony et ses deux amis d'enfance voient un jour s'agréger à leur groupe un nouvel élément, Adrian, qui devient très vite la personne la plus importante de leur vie.
Les jeunes gens ont un professeur d'histoire qui leur pose une question qui provoquerait des évanouissements chez les élèves actuels pour cause de réflexion trop intense, mais qui va ici résonner durant tout le récit : "Qu'est-ce que l'Histoire ?" A cela, Adrian répond par une citation : "L'Histoire est cette conviction issue du point où les imperfections de la mémoire croisent les insuffisances de la documentation."
Cette réponse très pompeuse est à la hauteur du génie du personnage tel que Tony se le représente. Sa vie durant, il s'expliquera le suicide d'Adrian en s'aidant des discours du jeune homme. Lui-même se voit comme un être ordinaire, ennuyeux même, marié puis divorcé d'une femme sans mystère. Il a conscience de subir sa vie, contrairement à Adrian, qui a choisi l'heure de sa mort. 

Lorsqu'il apprend que la mère de Veronica, son ancienne petite-amie, celle qu'il avait délaissée avant qu'elle n'entame une relation avec Adrian, lui lègue le journal de ce dernier qu'elle a conservé depuis quarante ans, Tony croit qu'il va pouvoir comprendre plus en détails le comportement de son ami. Dans les bribes qu'il obtient, il croit saisir un code, et son incompréhension face à Veronica qui ne cesse de lui répéter qu'il n'a jamais rien compris grandit toujours un peu plus.

il faut attendre les dernières pages pour saisir le mépris de Veronica. Entre-temps, Julian Barnes a bien joué avec nos nerfs. Pourquoi la mère de Veronica a t-elle mis Tony en garde contre sa fille lorsqu'ils sortaient ensemble ? Pourquoi lui a t-elle légué ce journal ? Comment est-il arrivé en sa possession ? Que contenait-il ? Y a t-il encore des non-dits entre Veronica et Tony ?

En fait, ce que Tony et Adrian lui même n'avaient pas bien perçu, c'était qu'ils ne savaient pas tout. Ecouter son professeur oblige peut-être à réaliser que la vie est souvent tristement banale, mais cela évite aussi parfois de se tromper toute sa vie.

Simplement brillant.

Merci à Anna pour le livre.

Folio. 211 pages.
Traduit par Jean-Pierre Aoustin.
2011 pour l'édition originale.

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27 novembre 2013

Hunger Games : l'embrasement - Suzanne Collins

suzanne-collins-Hunger-Games-LembrasementDepuis qu'elle a survécu aux Hunger Games, Katniss Everdeen est retournée chez elle dans le district Douze. La vie s'est un peu améliorée pour les siens. Elle s'est installée avec sa mère et sa soeur dans une confortable maison du village des vainqueurs, à proximité de chez Haymitch, son ancien mentor, et de Peeta, avec lequel elle n'a plus que des relations cordiales. Katniss a aussi retrouvé Gale, son meilleur ami, et ensemble ils ont repris leurs parties de chasse.
Mais alors que la Tournée des vainqueurs s'apprête à démarrer, elle reçoit une visite du président Snow, qui lui fait comprendre qu'elle est devenue une menace pour le Capitole depuis qu'elle l'a défié. Et de fait, de nombreux éléments confirment que la révolte est proche dans les districts. Alors que les soixante-quinzièmes Hunger Games s'apprêtent à commencer, le pouvoir en place doit frapper un grand coup pour se maintenir.

Alors que le deuxième film vient de sortir au cinéma, je me suis dit qu'il était grand temps de poursuivre ma découverte de la trilogie de Suzanne Collins, dont le premier tome m'avait beaucoup plu. J'avais peur que ce second volet soit répétitif, mais l'auteur a très bien contourné le problème.
Déjà, j'ai été ravie de retrouver les personnages, en particulier Haymitch, toujours aussi torturé, brutal et attachant. Les petits nouveaux sont très vite sympathiques aussi, surtout Finnick et Mags, même si on ne sait pas trop sur quel pied danser avec le premier, qui paraît être un double de Cato parfois. Le trio Gale-Katniss-Peeta m'a cependant un peu agacée. J'en ai marre de voir ce schéma sans cesse reproduit dans les sagas jeunesse. Heureusement, cette question reste au second plan la plupart du temps.
Ensuite, les cartes semblent redistribuées. Si dans le premier tome, Katniss et les autres subissaient la loi du Capitole, cette fois les langues se délient et les gens passent à l'action. Les deux premiers tiers du roman se déroulent en dehors de l'arène. De nombreuses pages sont consacrées à la description des conditions de vie dans les districts. Les gens continuent à être exploités et à mourir de faim tandis qu'au Capitole, on se gave jusqu'à en vomir. Mais les signes qu'il se passe quelque chose se multiplient. En réponse, le gouvernement décide de frapper fort, d'exécuter sommairement les fauteurs de trouble et de renforcer le contrôle des populations. Katniss prend peu à peu conscience qu'elle est l'étincelle qui peut tout déclencher, mais sa position est dangereuse.
Une fois dans l'arène, rien n'est pareil non plus. Et pour cause, les participants se connaissent, sont souvent liés, et surtout ils n'ont pas grand chose à perdre. Cette soixante-quinzième édition n'est qu'une erreur de plus pour un gouvernement qui fonce droit vers la révolte en voulant l'empêcher. Le suspens est moindre, on sait que Peeta et Katniss vont s'en sortir, mais il reste toutefois quelques magouilles d'Haymitch et des autres à dévoiler.

Un tome de transition, qui se dévore à toute allure, peut-être un peu trop sur la fin. J'ai hâte de le voir transposé à l'écran.

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Pocket Jeunesse. 398 pages.
Traduit par Guillaume Fournier.
2009 pour l'édition originale.

 

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24 octobre 2013

Femmes et filles - Elizabeth Gaskell

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Croyez-le ou non, il m'arrive parfois d'être superficielle. J'ai découvert Elizabeth Gaskell avec le somptueux Nord et sud* il y a sept ans, et j'ai immédiatement cherché un autre livre de cet auteur pour prolonger le plaisir. C'est ainsi que Femmes et filles a rejoint ma bibliothèque, et pourtant il m'aura fallu des années plus trois tentatives avant de le finir. Pourquoi ? Son poids. J'aime lire dans les transports, dans mon bain, couchée sur le dos, et c'est un vrai défi avec ce type de livre. Heureusement, avec la grisaille, j'ai eu envie de me plonger dans un roman victorien, avec un bon plaid et du thé à proximité, et cette fois je me suis jurée de lire ce délicieux pavé jusqu'au bout.

Molly Gibson est la fille d'un respectable médecin de campagne apprécié aussi bien par les paysans que par la noblesse locale, représentée par les Cumnor et les Hamley. Alors qu'elle grandit, son père, veuf, réalise que sa fille est l'objet des attentions de l'un de ses apprentis et décide de l'éloigner en l'envoyant à Hamley Hall, où le squire et son épouse s'entichent d'elle au point de la garder de longues semaines. Là-bas, elle fait la connaissance des deux fils de ses hôtes, l'élégant Osborne et le moins séduisant Roger, passionné de sciences naturelles.
Pendant ce temps, le Dr Gibson fait plus ample connaissance avec Mrs Kirkpatrick, une veuve, ancienne préceptrice des filles Cumnor, et lui demande de l'épouser. Molly rentre donc chez elle pour vivre avec sa nouvelle mère et Cynthia, la fille de cette dernière, revenue de France.

Évidemment, il va y avoir de l'amour, des rebondissements, des disputes, mais Femmes et filles n'est pas un roman passionnant uniquement pour ces raisons. Il ressemble beaucoup aux Confessions de Mr Harrison car il s'agit avant tout de la description d'un petit village où les commérages vont bon train, où l'on attend des heures pour voir apparaître une duchesse recouverte de diamants, où une jeune fille ne peut être vue en compagnie d'un jeune homme sans que cela fasse le tour des chaumières et où les femmes d'une même famille ont intérêt à s'entendre en raison de l'obligation qui leur est faite de passer le plus clair de leur temps chez elles.
Chacun a une idée très précise de sa position, et fait tout pour la conserver voire l'améliorer. Mrs Kirkpatrick, la belle-mère de Molly, a passé toute sa vie à travailler, à faire attention à chacune de ses parole pour ne pas perdre la faveur des Cumnor, donc elle n'hésite pas une seconde lorsque le père de notre héroïne lui propose de devenir Mrs Gibson.

"... elle éclata en sanglots hystériques. C'était un si délicieux soulagement de se dire qu'elle n'aurait plus besoin de lutter pour gagner sa vie."

C'est une femme franchement détestable. Elle est hypocrite, prétentieuse, opportuniste, menteuse, jalouse et égoïste au point de souvent se montrer insensible. Sa fille Cynthia n'est pas exempte de reproches, c'est une sacrée coquette, et j'ai souvent eu envie de la gifler, mais il est difficile de ne pas l'excuser un peu en raison de sa mère qui pousse le vice jusqu'à ne pas l'inviter à son mariage de peur de ne pas être la plus jolie.
Entre elles deux, Molly n'est pas toujours très heureuse, même si son amitié avec Cynthia est des plus sincères. C'est une jeune fille adorable, dévouée au point d'être parfois bien naïve, mais elle sait aussi se montrer surprenante comme lorsqu'elle s'emporte contre Mr Preston ou qu'elle enfourche la jument de son père pour se précipiter à Hamley Hall malgré les protestations de sa belle-mère.
Le seul homme de la famille, le Dr Gibson, a des accès de misogynie assez détestables et son refus d'intervenir dans ses affaires domestiques au départ ressemble beaucoup à de la lâcheté, mais il apporte énormément d'humour au roman, un peu à la façon d'un Mr Bennet dans Orgueil et Préjugés. Et puis, sa tendresse pour sa fille ne fait aucun doute et contraste avec celle de sa femme, qui se targue de ne pas favoriser l'une ou l'autre de ses "filles" pour mieux pouvoir les mettre en compétition (ce dans quoi elles ne marchent pas du tout d'ailleurs).

Et les prétendants me direz-vous ? Certains ne doivent pas être nommés si vous n'avez pas encore lu le roman, mais le grand héros de l'histoire est bien sûr Roger Hamley, le brillant mais discret fils cadet du squire. Comme dans tout bon roman anglais, il commence évidemment par ne pas voir ce qui est sous ses yeux et tombe raide d'admiration pour l'envoûtante Cynthia avant de partir deux ans en Afrique, mais on sait tous comment les choses vont finir. Ou auraient dû finir, car malheureusement, Femmes et filles est un roman inachevé. Elizabeth Gaskell est morte avant d'avoir pu écrire le dernier chapitre de son livre. Je n'ai plus qu'à regarder l'adaptation BBC pour la découvrir (adaptation que je m'empêche de regarder depuis très longtemps).

Voilà donc un roman passionnant de bout en bout, dans lequel on se blottit avec bonheur. On rit, on enrage, et on savoure cette ambiance anglaise au point de ne jamais vouloir que ça s'arrête. A lire absolument !

L'avis de Titine.

*Bon, j'admets quelques longueurs qui m'ont frappée à la deuxième lecture.

L'Herne. 651 pages.
Traduit par Béatrice Vierne.
1865.

01 juin 2013

Harry Potter à l'Ecole des sorciers - J.K. Rowling

QUIZ_Harry-Potter-a-lecole-des-sorciers-facile_9576Pour commencer le Mois anglais par ici, j’ai décidé de me replonger dans Harry Potter, une série découverte avec une copine dans le CDI de mon collège. Elle avait détesté, moi je n’ai jamais pu en sortir. Harry Potter, c’est donc mon adolescence, plein d’échanges passionnés avec les copains et mon frère sur les livres, les films... C’est aussi la première fois que j’ai lu un livre en anglais, des livres de plusieurs centaines de pages lues et relues, des cris de rage (je suis toujours traumatisée par la fin du tome 5). Et puis surtout, Harry Potter c’est un monde qu’on a presque l’impression de connaître par coeur (je sais, je suis folle).
Le premier tome de Harry Potter était le seul que je n’avais jamais relu. Je craignais de le trouver trop léger, trop bébé... mais J.K. Rowling n’a pas eu un tel impact sur la littérature jeunesse pour rien.

Vernon et Petunia Dursley mènent une vie tranquille à Privet Drive avec leur bébé Dudley jusqu’au jour où des personnages étranges déposent devant leur porte le neveu orphelin de Petunia, Harry Potter. Le garçon est donc élevé pendant dix ans par une famille qui le méprise au point de le faire dormir dans un placard et de ne lui accorder que le strict nécessaire tandis que Dudley est un enfant pourri-gâté.
Le jour des onze ans de Harry cependant, une lettre arrive, lui annonçant son admission à Poudlard, une prestigieuse école de sorcellerie.

J’ai beau avoir dans la tête les images des films, connaître toute l’histoire presque par cœur, j’ai trouvé ce premier tome passionnant. Le point de vue adopté par J.K. Rowling pour nous conter le début de l’histoire est celui d’une personne normale, d’un « moldu ». Par conséquent, les premières apparitions de la magie ressemblent à des événements bizarres, les sorciers vêtus de capes et de chapeaux ont l’air de personnes excentriques, et le lecteur est aussi déconcerté qu’Harry lorsqu’il découvre qu’il est un sorcier.

« Je suis un quoi ? »

C'est alors un monde incroyable qui s'ouvre à Harry et au lecteur. Ensemble, ils découvrent le Chemin de Traverse, Gringotts, le quai 9 3/4, Poudlard, ses maisons, ses fantômes et ses couloirs interminables, le quidditch... C'est aussi parti pour de belles aventures, puisque Harry va devoir affronter pour la première fois Voldemort, le sorcier qui a semé la terreur pendant des années et qui a tué James et Lily Potter avant de disparaître en essayant de tuer leur fils.
Outre la magie, Harry Potter à l'Ecole des sorciers, c'est aussi la découverte par un petit garçon de ce qu'est l'amitié. C'est en effet là que le trio Ron, Hermione, Harry débute. Pour la première fois de sa vie, il a des gens qui se préoccupent de lui. Même les adultes, Hagrid, Dumbledore et McGonagall le prennent sous leur aile.
Lire ce livre tout en connaissant la fin de l’histoire est également très intéressant. Beaucoup de détails ont une importance bien plus grande lorsqu’on sait ce qu’ils cachent en réalité, et on ne peut que saluer la façon donc J.K. Rowling a semé des indices dès le début de sa saga. Ca m’a amusée de lire les réactions de certains personnages, certains dialogues (impossible d’être plus précise, je ne veux pas que des âmes innocentes en apprennent trop à cause de moi).

J'ai vraiment replongé avec plaisir dans cet univers, et je pense que je vais relire toute la série (même si je garde un souvenir moyen du tome 2). Si vous ne connaissez pas encore Harry Potter, c'est l'occasion de vous lancer avec le Mois anglais de Titine et Lou !

Folio Junior. 305 pages.
Traduit par Jean-François Ménard.
1997 pour l'édition originale.

 

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25 octobre 2011

Hunger Games - Suzanne Collins

hunger-games_suzanne-collinsPour prouver sa domination sur les douze districts, le Capitole organise chaque année la Moisson. Ainsi, un garçon et une fille de chaque district sont sélectionnés pour participer aux Hunger Games, un jeu de télé-réalité dans lequel les participants s'affrontent jusqu'à la mort dans une arène où ils doivent aussi trouver de quoi se nourrir et un abri pour dormir. Le dernier survivant remporte le jeu.
Katniss vit dans le district Douze, le plus défavorisé. Elle nourrit sa mère et sa petite soeur, Prim, en braconnant avec son ami Gale. Mais le jour de la Moisson, le nom de Prim est tiré au sort. Katniss décide alors de prendre sa place. Le garçon sélectionné pour le district Douze est Peeta, le fils du boulanger. Il a permis à Katniss de ne pas mourir de faim autrefois, mais seul un participant peut gagner la partie.

Enorme coup de coeur pour le premier volet de la trilogie de Suzanne Collins. J'avais à peine entamé sa lecture que je ne pouvais plus m'arrêter de lire. A partir de l'entrée des participants dans le jeu, c'était encore pire. J'avais succombée au voyeurisme le plus honteux, que le roman dénonce clairement, même si c'est loin d'être ce qui est le plus mis en avant ou ce qui fait le plus le charme de l'histoire. Bien sûr, un tel jeu de téléréalité peut sembler irréaliste, mais quand on voit certains programmes télévisés et leur succès, on peut se demander si les gens seraient capables de résister à l'appel du sang au cas où la fiction deviendrait réalité.
Dans l'arène, c'est un peu le retour de Lord of the flies, les alliances se forment, et les candidats laissent s'exprimer leur instinct de survie. Certains meurtres sont terriblement tristes, et j'avais beau savoir dès le début que mon héroïne allait s'en sortir (le suspens ne tient pas dans l'originalité de l'histoire), je me demandais dans quel état, et ce que les autres allaient se faire subir entre eux.
Mais j'ai aussi aimé ce livre grâce à son histoire d'amour pas du tout banale, ni facile (hum !). Mon coeur balance entre Gale et Peeta, mais je savoure chaque moment où ils sont évoqués quand même. Peeta, qu'il n'est pas toujours simple de cerner, surtout au début, et qui n'est pas autant le chevalier en armure que ce que l'on croyait au début (ce qui lui permet peut-être de ne pas basculer du côté obscur). Et Gale, plus sauvage, qu'on devrait revoir rapidement. Si je ne vois pas forcément l'intérêt d'une suite en ce qui concerne le jeu, je sais déjà que je succomberai pour connaître le fin mot du triangle amoureux.

Un excellent roman jeunesse, pour adolescents et grands adolescents (voire très grands adolescents) !

Vous pouvez vous rendre chez Cuné, Laël, Caro[line], Stephie, Praline, Kalistina..., vous verrez que c'est un incontournable.

En plus, un film doit bientôt sortir !!

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17 juillet 2011

Beach Music - Pat Conroy

9782253144519-GOn ne peut pas fréquenter la blogosphère littéraire et ne pas connaître Pat Conroy. En fait, on ne peut même pas fréquenter la blogosphère littéraire et ne pas avoir envie de lire Pat Conroy. Cuné a trop harcelé tout le monde avec son Patounet chéri (elle a même organisé un Patounet Swap il y a quelques temps) pour que l'on puisse passer au travers des mailles du filet.
Autant vous dire que je flippe à mort à l'heure actuelle, parce que je suis beaucoup moins subjuguée que je ne l'aurais cru. J'ai changé d'adresse, quitté tout le monde, investi dans des gardes du corps et des alarmes. Mais comme je suis une bonne blogueuse, je vais quand même vous en dire un peu plus sur Beach Music.

Jack McCall s'est installé à Rome après le suicide de sa femme, Shyla. Elevé en Caroline du Sud, il a coupé tous les ponts avec son passé après avoir gagné la garde de sa fille, que ses beaux-parents voulaient lui enlever.
Des années plus tard, sa belle-soeur débarque à Rome en hissant le drapeau blanc. Il reçoit aussi un message annonçant que sa mère, Lucy, est sur le point de mourir. Enfin, Mike, un ami d'enfance qui a fait carrière à Hollywood, lui offre un gros paquet d'argent pour écrire un scénario sur leur histoire et celle de leurs familles.
Difficile dans ces conditions de ne pas se retourner sur son passé.

Je vais commencer par les bons points du livre, car j'ai quand même passé une bonne semaine en sa compagnie. Déjà, Pat Conroy tient le lecteur en haleine. J'adore l'ambiance Vieux Sud, alors je n'ai pas vu passer les neufs cent et quelques pages que compte ce livre. Il y a aussi des moments extraordinaires, comme lorsque Jack et trois de ses frères plongent nus dans l'eau glacée sous les yeux de toute la ville, ou lorsque Lucy et Leah se battent pour la survie des tortues carets. L'intrigue est enfin servie par beaucoup d'humour, qui contrebalance la tristesse de la vie de tous ces gens. D'une manière générale, les dialogues sont travaillés, et beaucoup de scènes sont très fortes et très poétiques.
J'ai quand même du mal à être complètement enthousiaste. Déjà, la construction pose problème. Pat Conroy nous livre des récits (souvent épouvantables) sur l'Holocauste, les années soixante, la vie de chacun des personnages, mais je n'ai pas trouvé le fil conducteur de cette fresque. Trouver pourquoi Shyla, qui hante toute l'histoire, s'est suicidée ? Cet aspect du livre m'a beaucoup gênée. J'y vois surtout un prétexte pour raconter l'histoire des Fox. Réconcilier Jack avec son passé ? Réaliser qu'en fait, les frères c'est pas si mal, que l'on aime follement sa maman et sa Caroline du Sud ? Sans doute, mais j'aurais aimé que ce soit plus subtil.
Ca part beaucoup trop dans tous les sens, et ça donne un aspect bricolé à l'ensemble. J'ai eu beaucoup de mal avec la grossièreté du trait dans la description des personnages et dans des moments clés du récit. Alors, on a l'alcoolique, le père violent, les victimes de l'Holocauste, la suicidée, le traître, le prêtre assassin reconverti... Le tout ponctué d'un aspect très mielleux sur la fin du livre. Pour reprendre les termes de Célestine, chacun a fait ce qu'il pouvait faire, donc embrassons-nous tous. Mouais. Le pardon final à Capers est grotesque, et ponctue un faux procès qui l'est tout autant. De la même manière, l'attentat de l'aéroport, quelqu'un peut m'expliquer ? La pêche à la baleine qui tourne mal* ? Et mon moment préféré : George et Ruth, témoins du mariage final ?
Même le personnage de Jack, pourtant attachant, est souvent mal traité. Quand il renoue avec son passé, on s'attend aux pires secrets concernant tout le monde. Il hait sa famille, sa belle-famille, ses amis, mais dès qu'ils apparaissent, à l'exception de Capers, tout n'est qu'amour et humour... Je croyais la vie un peu plus compliquée que ça.

Je suis un peu de mauvaise foi, parce que je n'aurais jamais tenu presque mille pages si c'était nul, mais je suis frustrée. Frustrée parce que j'avais des attentes énormes concernant ce roman, et parce que j'ai attendu jusqu'à la fin que le déclic se fasse, que le début du roman tienne ses promesses. Il y avait vraiment de quoi faire un livre magnifique, mais au final on passe juste un bon moment, ponctué de quelques bonds lors des scènes invraisemblables.

Je ne renonce pas à Pat Conroy, et je pense qu'un jour je prendrais le temps de lire Le Prince des Marées. En attendant, vous pouvez voir chez Mademoiselle Swan que ce livre en a subjugué plus d'un. J'ai même retrouvé l'avis de Cuné.

* En fait, j'ai adoré le début du chapitre sur la pêche à la baleine (enfin, une bestiole du genre). Mais pourquoi en faire autant ?

Le Livre de poche. 924 pages.
Traduit par Françoise Cartano.

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10 juillet 2011

"C'est la seule histoire que je serais jamais capable de raconter"

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Je vais vous donner un conseil si vous n'avez pas lu ce livre : Ne lisez pas mon billet. N'en lisez aucun d'ailleurs. Sachez juste qu'il FAUT lire Le Maître des illusions.

"On aime à croire que cette vieille platitude, amor vincit omnia, a quelque chose de vrai. Mais si j'ai appris une chose pendant ma triste existence, c'est que cette platitude est un mensonge. L'amour ne vainc pas tout. Qui croit cela est un imbécile."

Richard Papen est juste un étudiant fauché de vingt ans quand il quitte la Californie pour aller étudier à Hampden, dans le Vermont. Là-bas, il espère poursuivre l'étude du grec ancien, mais on lui signifie rapidement que Julian Morrow, l'unique enseignant dans ce domaine, est très sélectif. Il choisit lui-même ses étudiants, et leur nombre est très restreint.
Richard tente tout de même sa chance, mais se fait rembarrer. Il croise finalement plus tard les cinq étudiants de Julian, Henry (le plus brillant, riche, et le préféré de Julian), Francis, Bunny (le cancre), et enfin les jumeaux Charles et Camilla. Ils sont très peu appréciés des autres sur le campus, mais ils adoptent Richard à la première rencontre, et lui font intégrer leur classe. Désormais, Richard va évoluer dans un cercle de passionnés, mais qui se révèle aussi de plus en plus destructeur.

Je suis incapable de vous dire depuis combien d'années j'avais prévu de me lancer dans la lecture de ce pavé, mais aujourd'hui je m'en veux de ne pas l'avoir fait plus tôt.
Il s'agit d'un récit rétrospectif, qui commence par un assassinat. Lorsque nous découvrons finalement qui sont les jeunes gens qui vont devenir des meurtriers, les choses se compliquent. Les nouveaux copains de Richard sont un peu étranges, déconnectés du monde, mais tout ça est lié au fait qu'ils vivent à l'heure grecque. A priori, si on succombe aux clichés, ils devraient être les êtres les plus ennuyeux du monde. Sauf que, contrairement à ce qu'on croit, les Grecs aussi avaient des vices, et nos petits gosses de riches ne se sont pas contentés d'en piocher seulement quelques uns.   
Ce qui est incroyable dans ce livre, c'est la manière dont on se fait ballader du début à la fin. Je m'en suis voulu d'avoir suivi le même parcours que Richard, de n'avoir pas fait preuve de davantage de clairvoyance que lui ! On en arrive à participer au meurtre de Bunny, à vouloir sa mort sans se poser la moindre question. D'ailleurs, à la moitié du livre, je pensais l'histoire quasiment bouclée. Bunny est mort, et il s'agit de faire bonne figure. A ce stade, je me demandais où l'auteur avait l'intention de m'emmener, et j'étais déçue que ce soit aussi facile. Je me demandais où étaient les personnages ambigus promis par la quatrième de couverture, et surtout comment j'allais être intéressée par la deuxième moitié du livre dans ces conditions.
J'ai été servie... Après avoir assassiné Bunny, nos héros sont loin d'être sortis d'affaire, mais pas dans le sens où nous l'entendions. Un deuxième roman commence, dans lequel Richard connaît mieux les protagonistes, et ça n'est vraiment pas joli à voir. Je crois que c'est la partie que j'ai préférée, pour l'ambiance, qui bascule encore d'un cran dans le glauque, et l'étude des personnages à laquelle se livre enfin Donna Tartt, révélant tout son génie.

Un excellent roman, sans le moindre temps mort, dont les sept cents pages se dévorent à toute allure. Décidément, il se passe des choses passionnantes sur les campus américains ! Maintenant, j'ai hâte de me lancer dans Le Petit copain, même si les avis sont très contrastés d'après ce que j'ai pu lire.

D'autres avis chez Erzie, Karine, Kalistina, Leiloona, Allie, et Madame Charlotte (qui n'a pas aimé).

Le Maître des illusions. Donna Tartt.
Pocket
.705 pages.

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13 mars 2011

Quatre soeurs (les livres et la bande-dessinée)

9782211201964L'Ecole des Loisirs ; 608 pages.
2003
.

Ça fait des années que j'entends parler de cette série dans des termes très élogieux. J'ai lu le tome 1 au début du mois de février, j'ai beaucoup aimé. J'ai repris la série il y a quelques jours, et ça m'a suffit pour avaler les trois tomes restants.

Comme son nom ne l'indique pas, les soeurs Verdelaine sont cinq. Charlie, Geneviève, Bettina, Hortense et Enid ont perdu leurs parents dans un accident il y a peu de temps. Depuis, elle vivent sous la surveillance de Charlie, l'aînée, à la Vill' Hervé, la maison familiale qui a des faux-airs de vielle bâtisse anglaise, d'autant plus qu'elle est située au bord des falaises bretonnes, et que la mer et le vent font partie du quotidien des Verdelaine.
Il y a aussi Basile, l'amoureux de Charlie, qui passe beaucoup de temps à la Vil'-Hervé, Swift, Blitz, Ingrid et Roberto, Mycroft, une colonie de bestioles plus ou moins mignonnes, ainsi que les visiteurs qui rythment chaque tome (sauf le dernier, où ce sont surtout les soeurs Verdelaine qui se déplacent).


Je crois que vous l'avez déjà compris, je me suis régalée avec cette série bourrée d'humour, de vivacité et d'intelligence. Et le mieux, c'est que l'on devient de plus en plus accro au fil des tomes, puisqu'ils gagnent systématiquement en qualité. Le style de Malika Ferdjoukh est plein d'humour, direct et tendre. Les dialogues sont enlevés, et il est rare de lire plus d'une page sans au moins esquisser un sourire.
Les cinq soeurs sont profondément humaines, font des choix pas toujours compréhensibles, mais qu'est-ce qu'on s'y attache ! Même si chaque tome porte le nom d'une des filles, on les suit toutes les cinq à chaque fois, on les voit évoluer, se tromper, grandir, et on voudrait ne plus jamais les quitter.
Les personnages secondaires, surtout les garçons, ne sont pas en reste. Déjà, ils ont des noms à coucher dehors : Basile, Merlin, Gulliver, Valéry, Vigo, rien que ça, ça me met de bonne humeur. Mais si je vous dis que le Gnome de la chasse d'eau s'appelle Cary Grant, vous comprendrez que mon coeur n'y a pas résisté.
Et puis la Vill'Hervé, toute craquelante, pleine de couloirs et de légendes d'amours tragiques !
Malgré le côté bonbon au miel de la série, on a le coeur noué à plusieurs reprises, et j'avoue que j'ai eu du mal à retenir mes larmes à la fin du tome 3... De plus, les Verdelaine ont perdu leurs parents, et la vie n'est pas toujours drôle, même si elles les voit apparaître de temps en temps pour leur donner des conseils. Mais bon, ensemble, elles se soutiennent, et même les visites de la tante Lucrèce sont l'occasion d'énormes fous rires.

C'est vraiment mon gros coup de coeur de ce début d'année ! Je voudrais vous dire un milliard d'autres choses dessus, vous recopier tous les passages que j'ai relevés, mais je crois que le mieux serait que vous vous plongiez dans cette série.

Pour les malins qui, contrairement à moi, savent anticiper l'état de manque que l'on ressent entre les divers tomes de cette série, L'Ecole des loisirs a eu la bonne idée de publier une intégrale de la série.

Et si, comme moi cette fois, vous êtes malheureux d'en avoir terminé aussi vite avec les soeurs Verdelaine, avec leurs locataires humains ou pas, et avec leurs amoureux aux noms effarants, une adaptation en bande-dessinée est en cours de publication.

J'ai déjà adoré le premier tome. On y retrouve le charme et l'ambiance des livres, c'est une réussite.
Je vous laisse savourer quelques images.
La couverture tout d'abord :

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La Vill'Hervé, très réussie. Je l'aime aussi beaucoup le soir d'Halloween, décorée de citrouilles.

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Sur celle-ci, on voit Colombe, et on comprend pourquoi Bettina la déteste au premier regard :

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Les cinq soeurs réveillées par le fantôme :

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Du coup, elles ont de chouettes têtes le matin...(sauf cette salope de Colombe évidemment !)

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Je finis avec le lit de Geneviève, que j'ai été ravie de voir en "vrai" :

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A quand le tome 2 ?

Je n'ai lu que des avis positifs pour l'instant, vous pouvez les retrouver chez : Laure, Karine, Kalistina, Cathulu, Thalie, Un coin de blog, Praline, Jainaxf.
Sur la BD : Bellesahi, Jainaxf, Valérie.

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15 avril 2009

Le père Goriot ; Honoré de Balzac

resize_4_Pocket Classiques ; 378 pages.
1835.

Je suis loin d'avoir lu toute la Comédie Humaine, mais j'aime énormément Balzac. Pour une raison inexplicable, je pensais que Le Père Goriot était un roman raté de l'auteur. Il est beaucoup étudié dans le secondaire, j'imagine que certains de mes camarades ont dû souffrir dessus. Il a fallu qu'Erzébeth fasse un billet plus qu'élogieux dessus pour que je me décide à l'acquérir, et encore plusieurs mois avant que j'éprouve l'envie de le lire.

1819. Nous sommes dans la pension Vauquer, une misérable institution où se côtoient des individus au train de vie modeste, mais qui ne manquent pas d'ambition. Parmi eux, le père Goriot est l'objet de taquineries perpétuelles. Après avoir eu pendant quelques temps des allures de riche homme, il semble de plus en plus en proie à des difficultés financières. Son malheur vient de deux femmes que les autres occupants de la pension imaginent être des courtisanes, mais qui s'avèrent être les filles du père Goriot. Ce dernier les a très richement mariées, et depuis, elles le dédaignent et ne viennent le voir que lorsqu'elles ont besoin d'un argent qu'elles ne peuvent demander à leurs maris. Goriot, aveugle car très aimant, cède à tous leurs caprices.
Nous faisons la connaissance des deux femmes par le biais d'un autre pensionnaire de Madame Vauquer, Eugène de Rastignac. Ce jeune provincial, issu d'une famille noble désargentée, parvient à entrer dans les meilleurs cercles de la société de Saint-Germain grâce à la vicomtesse de Beauséant, sa cousine éloignée. Il devient l'amant de Madame de Nucingen, la cadette des filles Goriot, ce qui lui attire les affections du vieillard. 

Voilà l'un des meilleurs livres de Balzac que j'ai lus. Le Père Goriot est un texte incroyablement vivant, ironique, foisonnant. Il ne se contente pas de suivre le malheureux vieillard qui se laisse ruiner par ses filles et de nous offrir une réflexion sur la paternité. C'est toute la société de Saint-Germain qui est passée à la loupe, avec d'innombrables clins d'oeil aux autres romans de l'auteur. J'ai une folle envie de me replonger dans La duchesse de Langeais, je vous parle bientôt de Gobseck, et il me faut La femme abandonnée. Sans parler de Rastignac et de Vautrin, qui sont parmi les personnages balzaciens les plus célèbres, et que je meurs d'envie de retrouver.
On ne s'ennuie pas une seconde tellement les destins abordés sont nombreux. Le paraître, les intrigues amoureuses ou autres, le mariage, l'amitié, sont développés dans un portrait très cynique de la société de Saint-Germain (la pension Vauquer n'est pas non plus épargnée). Cette pauvre vicomtesse de Beauséant, qui tient un salon où tout le monde veut paraître, et qui est finalement jetée à tous ces vautours venus contempler son coeur brisé, j'en ai encore mal pour elle... Si j'aime tant les personnages de Balzac, c'est parce qu'il a beau les décrire comme étant la représentation physique de ce qu'ils sont intérieurement, ils n'en sont pas caricaturaux pour autant. On les voit odieux puis misérables, parce qu'ils vivent finalement tous dans un milieu où les gens se mangent entre eux. J'imaginais que les filles de Goriot étaient de véritables mégères. Après lecture de ce roman, je n'approuve évidemment pas leur comportement. Mais elles ont leur part de malheur, et Goriot pense lui même qu'il est en partie responsable de sa situation.
Je me demande vraiment comment Rastignac va tourner dans cette société pourrie, et les suggestions de Bianchon concernant la décoration d'une certaine tombe m'ont fait beaucoup rire. La fin est vraiment plombante, même si Balzac nous offre comme d'habitude une petite pique pour achever son texte.

Si vous voulez lire cet auteur, ce livre me semble être une parfaite introduction à son oeuvre. Il ne comporte aucune longueur, la présentation de la pension Vauquer est juste jouissive, et il est de plus en plus difficile de poser ce roman au fur et à mesure qu'on avance dans l'intrigue. En plus, si j'en crois tous les commentaires lus ici et là sur la blogosphère, Vautrin est un vrai tombeur (même si j'avoue préférer Rastignac pour l'instant).

Les avis d'Erzébeth , d'Isil et de Yue Yin.