08 février 2009

La nuit des temps ; René Barjavel

resize_5_Pocket ; 381 pages.
1968.

Je m'épate vraiment depuis le début de l'année. On est début février, et j'ai déjà lu six livres sur les trente que j'avais pré-sélectionnés ! J'ai aussi réalisé que j'avais réussi un challenge pour la première fois de ma vie, celui du 1% littéraire. Bref, tout ce blabla a surtout pour but de me motiver, donc je m'arrête.
En ce qui concerne La nuit des temps, j'en ai toujours ou presque entendu parler comme d'un chef d'oeuvre avec une superbe histoire d'amour, et c'est donc avec beaucoup d'enthousiasme que je l'ai ouvert.

Une mission française au Pôle Sud découvre l'existence d'une civilisation perdue depuis neuf cent mille ans. Nous sommes en pleine Guerre Froide, et les grandes puissances vont toutes s'allier, à l'aide de la Traductrice, afin de découvrir ce que renferme une sphère qui témoigne d'une civilisation que les hommes actuels n'avaient jamais soupçonnée.
A l'intérieur, deux individus endormis sont découverts. Les scientifiques présents sur la base vont alors tenter de les réveiller.

La nuit des temps n'est pas un livre abominable. J'ai beaucoup aimé le début de l'histoire, ainsi que certains passages. Il y a beaucoup de références dans ce livre, et il s'agit d'un aspect que j'apprécie de trouver dans un livre. J'ai aussi aimé la fin. Je l'ai vue arriver à des kilomètres, mais elle contient plus d'action que dans les trois cents pages précédentes, et il s'agit des seules pages où le romantisme de l'histoire m'a fait de l'effet. Peut-être garderais-je d'ailleurs un bon souvenir de La nuit des temps grâce à ces cinquante dernières pages.
Sinon, j'avoue avoir trouvé le temps long. J'ai très été vite rebutée par le style de Barjavel. Quelques formules m'ont vraiment surprises. Parler de "raison raisonnable" me fait le même effet que lorsque j'entends "orienté à l'ouest". Il n'y a par ailleurs pas seulement ce genre de formules maladroites dans ce livre. Les rares effets de style tentés tombent à plat. Quant aux scènes romantiques, Lou en parle bien mieux que je ne saurais le faire, mais je les ai trouvées consternantes (et je suis une fille qui vénère La belle au bois dormant de Disney). L'histoire d'amour de Païkan et Elea m'a fait bailler plus d'une fois, je l'ai trouvée exagérée, dégoulinante, et surtout insuffisante à soutenir l'intrigue. A aucun moment je ne suis parvenue à me sentir 900 000 ans en arrière, ou dans un monde totalement différent du nôtre.
Je n'ai pas non plus reconnu le monde actuel. Le roman date de 1968, et donc de la Guerre Froide, et j'ai l'impression que Barjavel l'a rendu trop caractéristique de cette période pour lui permettre de bien vieillir. Il écrit comme si tout ce dont il parle devait être une évidence pour le lecteur, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Les parallèles qu'il fait entre passé et présent sont datés. Il était souvent nécessaire que je me rappelle le contexte dans lequel Barjavel avait écrit.

Je ne sais pas comment formuler exactement mon ressenti. Cette lecture n'a pas été horrible, j'ai réussi à me raccrocher à quelques idées, à quelques passages, à quelques personnages aussi. Mais La nuit des temps n'a pas pour moi la carrure d'un chef d'oeuvre, juste celle d'une lecture que l'on fait par curiosité, ou d'un livre pour adolescents (j'aurais certainement été comblée il y a quelques années).

Les avis de Majanissa, Carolyn Grey et Lou.   


14 octobre 2006

Les Hauts de Hurle-Vent ; Emily Brontë

2253004758(mise à jour : juin 2007)

Mr Lockwood, gentleman qui se croit misanthrope, décide de louer une maison dans un lieu isolé. Il fait alors la connaissance de son propriétaire, Mr Heathcliff, dont les manières avec ses semblables le surprennent et l’amènent à se demander à qui il a affaire.
C’est Nelly Dean, une servante, qui lui raconte comment, plus de trente ans auparavant, Mr Earnshaw, le maître des Hauts de Hurle-Vent, a recueilli un petit garçon, qui a introduit la désolation dans la lande, Heathcliff. Ce dernier est tombé fou amoureux de la fille de son bienfaiteur, Catherine, qui l’a rejeté. Après s’être enfui trois ans durant, Heathcliff est revenu à Hurle-Vent, avec la ferme intention de se venger des responsables de son malheur, à l’exception de Catherine, qu’il aimera même après la mort. 

Les Hauts de Hurle-Vent est mon roman préféré depuis que j’ai quatorze ans, et à chaque fois que je le lis, il me bouleverse autant que les précédentes.

La lande isolée sur laquelle souffle le vent fait parfaitement écho au désespoir, à la souffrance et à la passion des personnages de ce roman. Un brin de fantastique, avec de brèves apparitions fantômatiques, renforce l'atmosphère inquiétante qui règne sur ces décors.

La plume dynamique et poétique d’Emily Brontë nous attache à cette histoire aussi effrayante qu’attirante. C'est le livre de tous les excès, de la passion amoureuse, de la haine destructrice, de la lutte entre le bien et le mal.

 

Aucun personnage n'est entièrement sympathique dans ce presque huis-clos qui nous oppresse et nous enferme dès les premières pages. Toutefois, je n’ai pu m’empêcher de ressentir de l’affection, ou au moins de les comprendre un peu. Celui qui parvient le plus à me toucher est Heathcliff. Malgré sa frustration, sa rudesse, et les tentatives de Mr Lockwood et surtout de Nelly de nous le faire détester, je suis profondément émue par ce personnage.

Son désespoir est déchirant dès le début du roman, quand plus de vingt ans après la mort de Cathy, il continue à l’appeler, à rechercher son fantôme :

 

Page 48 : « Entre, entre, disait-il en sanglotant, Cathy, viens ! Oh ! viens… une fois encore ! Oh ! amour de mon cœur, écoute-moi enfin cette fois, Catherine ! »

 

Heathciff est le Mal, l'enfant, donc l'émotion pure, celui qui ne peut concevoir que des aspects matériels puissent faire obstacle à son obsession pour Catherine.

 

Page 105 : « Je l’aime non parce qu’il est beau, Nelly, mais parce qu’il est plus moi-même que je ne le suis. »

Page 202 : «  Catherine Earnshaw, puissiez-vous ne pas connaître le repos aussi longtemps que je vivrai ! Vous avez dit que je vous avais tuée… Revenez pour me hanter alors ! Les victimes hantent leur meurtrier et je sais que des fantômes ont erré sur la terre. Restez toujours auprès de moi… prenez la forme que vous voudrez… rendez-moi fou ! Seulement ne me laissez pas seul dans cet abîme où je ne peux vous trouver ! Oh ! Dieu, c’est indicible ! Je ne peux vivre sans ma vie ! Je ne peux vivre sans mon âme ! »


Certes, son attitude avec tout autre que Catherine est impardonnable. Il utilise les gens comme des pions à placer là où il le souhaite pour mieux les détruire et punir à travers eux ceux qu'il estime être la cause de son malheur. Hareton est condamné à être un rustre, Catherine et Linton se font dépouiller de leurs biens et priver de leur liberté.
Pourtant, à l'image d'une tragédie grecque, on a le sentiment qu'il ne pourrait en être autrement et que la paix ne peut revenir à Hurle-Vent qu'après la disparition de tous les protagonistes.

 

Page 372 : « - Triste fin, n’est-ce pas ? dit-il après avoir médité un moment sur la scène qu’il venait de surprendre. Absurde aboutissement de mes efforts acharnés ! Je prends des pioches et des leviers pour démolir deux maisons, et je m’entraîne à un travail d’Hercule et, quand tout est prêt, que j’approche du but, je m’aperçois que je n’ai plus l’envie d’ôter une simple tuile des toits. »


Un chef d'oeuvre dont on ressort éprouvé, mais le plus beau roman que j'ai lu.