26 juillet 2013

Disgrâce - J.M. Coetzee

imagesSuite à un scandale sexuel, David Lurie doit démissionner de son poste à l'université. Il décide alors de rejoindre sa fille Lucy à Salem, qui vit seule dans une ferme où elle tient une pension pour chiens. David commence alors à se reconstruire, mais lorsqu'il est agressé violemment avec sa fille par trois individus, toutes ses certitudes s'effondrent.
Pourquoi Lucy refuse t-elle de parler de ce qui lui est arrivé ? Pourquoi s'acharne t-elle à rester dans cette ferme ? Quel rôle Petrus, le voisin de Lucy, a t-il joué dans l'agression ? Au milieu de tous ces individus qui s'obstinent à répéter qu'il faut se concentrer exclusivement sur le futur, David semble être le seul à être révolté, incapable de comprendre le point de vue de ces gens, dont sa propre fille, qui évoluent dans un monde complètement différent du sien.

Il s'agissait de ma première rencontre avec J.M. Coetzee, et j'avoue que je suis moins enthousiaste que je l'aurais voulu. Pourtant, ce livre est plein de finesse aussi bien sur le fond que dans sa construction. Il a pour ambition de décrire le malaise en Afrique du Sud après la fin de l'Apartheid. David Lurie est un homme qui ne semble pas avoir vécu de remise en question au début du roman. C'est un séducteur qui se voit vieillir avec appréhension, visiblement peu intéressé par les changements politiques dans son pays. Il est aussi légèrement misogyne sur les bords.

"La beauté d'une femme ne lui appartient pas en propre. Cela fait partie de ce qu'elle apporte au monde, comme un don. Elle a le devoir de la partager."

L'agression de Lucy (bien qu'il soit aussi victime, son principal tort était surtout de s'être trouvé là au mauvais moment) lui ouvre les yeux. Il ne devient pas d'un seul coup un type formidable, je vous rassure, mais il réalise que contrairement à ce qu'il croyait, il ne maîtrise absolument pas la situation. Cette sensation de ne rien comprendre est transmise au lecteur, qui comme lui, est parcouru d'effroi au fil des pages. Après ces événements, Lucy reste presque impassible. Bien que visiblement blessée, elle adopte une position presque coupable. David, lui, hurle, est en colère, mais reste impuissant aussi bien face à sa fille que vis à vis des agresseurs de cette dernière. On sent une situation chargée de non-dits, d'une histoire très lourde.
La contstruction du livre contribue au malaise du lecteur. En effet, il ne s'agit pas de raconter une histoire qui sera réglée à la fin. Disgrâce expose la complexité de la situation dans l'Afrique du Sud post-Apartheid, mais de façon à ce qu'on ne puisse que la deviner. Tout au long du livre, des chiens apparaissent. Chez Lucy, dans des cages, chez Bev Shaw (où travaille David). Qui représentent-ils ? Sans doute un peu tout le monde, et ça se finit toujours dans le sang.
Si je suis un peu restée en dehors de l'histoire, c'est à cause du déséquilibre entre les différentes parties du livre. Le début du roman, qui décrit la chute professionnelle de David représente un tiers du total. Or, cette partie n'apporte finalement pas grand chose. Le reste, beaucoup plus glaçant et réussi, aurait gagné à être davantage étoffé.

Malgré tout, Disgrâce reste un roman intéressant qui donne envie de découvrir le reste de l'oeuvre de l'auteur.

Points. 272 pages.
Traduit par Catherine Lauga du Plessis.
1999 pour l'édition originale.

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19 janvier 2009

L'Eglise des pas perdus ; Rosamund Haden

resize_4_Le Livre de Poche ; 283 pages.
Traduction de Judith Roze. 2003.
V.O. : The tin church.

C'est Lou, son billet superbe et très enthousiaste, et sa gentillesse, qui m'ont amenée à me jeter sur ce livre. J'ai eu un peu de mal avec le début, assez flou, mais l'histoire est tellement prenante que j'ai finalement avalé la totalité de ce roman d'une traite.

Catherine King vit en Afrique du Sud, dans la ferme familiale, au début du XXe siècle. Alors que les Noirs sont considérés comme des êtres inférieurs, Catherine est inséparable de la fille de la cuisinière, Maria. Elles ont fait le voeu d'être toujours amies, mais elles sont bientôt séparées.
En effet, Mme King, ayant découvert les infidélités de son époux, décide de rentrer en Angleterre en emportant ses filles. Catherine reviendra vingt ans plus tard, après avoir appris la mort de son père. Elle est restée très attachée à son enfance, et veut renouer avec Maria.
Quand Catherine arrive, la propriété a été rachetée par un couple, Tom et Isobel Fyncham. Lui aime par dessus tout voler, et apprécie sa nouvelle vie, mais son épouse s'ennuie, et a quitté la maison depuis déjà un moment lorsque Catherine revient à Hébron. Cette dernière et Tom tombent presque immédiatement amoureux, et Catherine ne sait pas comment gérer à la fois ses nouveaux sentiments, ses retrouvailles avec une Maria un peu jalouse de son affection, et les incertitudes qui planent autour d'Isobel. Le tout sous le regard malfaisant des mégères des alentours...

C'est étrange. J'ai noté pas mal de choses plutôt dérangeantes au cours de ma lecture de L'Eglise des pas perdus. J'ai souvent eu des impressions de déjà-vu notamment. Quelques personnages semblent très prévisibles au premier abord (je pense à Isobel et Tom, dont le couple ressemble vraiment à du pré-mâché). La construction me semblait compliquée de façon injustifiée, avec ces aller-retours dans le temps, ces voix d'enfants sorties de nulle part.
Pourtant, il faut absolument continuer (de toute façon, cette histoire est tellement envoûtante qu'il est impossible de reposer le livre et de l'oublier), parce que tous ces défauts ne sont que des impressions au final. Car les personnages se révèlent beaucoup plus complexes qu'il n'y paraissait, tout comme les thèmes abordés. En fait, j'ai trouvé ce livre vrai, parce qu'il ne se contente pas d'évoquer seulement une amitié au temps de l'apartheid, mais des êtres humains avec leurs drames, leurs peurs, leurs faiblesses. Le tout dans une atmosphère très particulière, à la fois angoissante, magique et enfantine, qui est tout de même ancrée dans la réalité coloniale (j'ai trouvé les scènes entre les commères très réussies, et j'irais bien faire un tour dans les paysages de l'Afrique du Sud de cette époque). J'ai trouvé le changement de rythme opéré au milieu du livre très astucieux. Après nous avoir plongé dans la vie à Hébron, avoir mis en place les différents points à éclaircir, la tension atteint son maximum, et nous sommes tenus en haleine jusqu'à la fin, qui n'est absolument pas décevante !   
J'ai trouvé les dernières lignes très belles et très émouvantes. Elles ne révèlent pas l'intrigue, donc je les mets ici :

"Devant la porte, une troisième petite fille agite les bras.
     "Attendez-moi", crie-t-elle, et elle se met à courir, dévalant la pente pour les rattraper. Derrière elle, ses cheveux noirs flottent au vent."

En cherchant les avis, je vois que je suis comme Lou : j'ai désormais des envies de lire des ouvrages sur l'époque de la colonisation et sur l'Afrique en général.

Les avis de Praline, Malice, Amanda... (et bien d'autres)
Et encore merci à Lou pour cette très jolie découverte !

Posté par lillounette à 08:13 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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