08 juillet 2018

Pot-Bouille - Emile Zola

pot bouille" - Tenez, je vous rapporte votre Balzac, je n'ai pas pu le finir... C'est trop triste, il n'a que des choses désagréables à vous dire, ce monsieur-là ! "

Si Au Bonheur des Dames a d'innombrables adeptes, Pot-Bouille, qui raconte les débuts d'Octave Mouret à Paris, semble moins connu et apprécié. Pour ma part, alors que je craignais d'être déçue, j'ai savouré ce livre de la première à la dernière ligne, alternant les versions papier et audio. 

Rue de Choiseul, l'immeuble haussmanien de Monsieur Vabre jouit d'une réputation très respectable. Tout juste arrivé de Plassans, Octave Mouret s'installe auprès des Campardon, qui vivent avec leur fille Adèle. Dans ce même immeuble vivent les Vabre, les Duveyrier, les Josserand et les Pichon qui emploient les bonnes logées au dernier étage.
En suivant chacun des personnages, nous découvrons bientôt une société où l'hypocrisie règne en maître.

Il est indéniable que Zola se montre d'une cruauté sans nom à l'égard de la petite bourgeoisie, mais la description de toutes les mesquineries des personnages du roman est rendue extrêmement drôle. Pendant tout le roman, j'ai vu en Mme Josserand une Mrs Bennet en puissance (le personnage de Jane Austen est une femme merveilleuse en comparaison de cette horrible femme), avec tous ses calculs pour marier ses filles et sa mauvaise foi inébranlable. Comme dans d'autres romans de la série, Zola ne parvient pas à décrire un mariage ou une agonie durant laquelle ses personnages ne se conduisent pas de façon pitoyable, et imaginer Berthe courant en chemise pour échapper à son mari qui vient de la surprendre avec son amant ne m'a pas paru cher payé pour son attitude à l'égard de son frère handicapé. Certes, on rit souvent jaune, et la démonstration est poussée à l'extrême, mais Zola n'est pas le seul auteur du XIXe siècle à avoir évoqué les mariages arrangés et leurs travers ainsi que le rapport malsain à l'argent dans de nombreuses familles.
Par ailleurs, sous ses airs de caricature, ce roman soulève des questions importantes, notamment en ce qui concerne les femmes. Zola nous livre des scènes crues mettant en lumière leur situation toujours plus difficile que celle des hommes dans des cas pourtant similaires. Une femme ne peut tromper son mari sans se déshonorer quand les frasques de ces messieurs sont un plaisir sans fin pour eux et leurs amis. De même, les bonnes, bien qu'elles ne soient pas décrites comme des saintes (loin de là), n'ont souvent pas d'autre choix que de céder aux avances de leurs employeurs, qui se fichent bien de savoir comment elle gèreront une grossesse non désirée hors mariage.
Sans même évoquer ces liaisons illégitimes, Zola, par l'intermédiaire de Berthe, donne l'une des définitions les plus justes que j'ai lues de la chasse aux maris, ramenant bonnes et maîtresses au même niveau :

" Toute l’histoire de son mariage revenait, dans ses phrases courtes, lâchées par lambeaux : les trois hivers de chasse à l’homme, les garçons de tous poils aux bras desquels on la jetait, les insuccès de cette offre de son corps, sur les trottoirs autorisés des salons bourgeois ; puis, ce que les mères enseignent aux filles sans fortune, tout un cours de prostitution décente et permise, les attouchements de la danse, les mains abandonnées derrière une porte, les impudeurs de l’innocence spéculant sur les appétits des niais ; puis, le mari fait un beau soir, comme un homme est fait par une gueuse, le mari raccroché sous un rideau, excité et tombant au piège, dans la fièvre de son désir. "

Certes, là où une ouvrière termine en prison pour infanticide, une fille de bonne famille sera sauvée par la toute puissance des apparences qui règne dans la bourgeoisie, mais personne n'est complètement dupe.
Si Pot-Bouille ne peut détrôner Au Bonheur des Dames dans sa description des débuts du capitalisme et de la consommation de masse, nous voyons dès à présent les ravages d'un magasin aux stratégies commerciales agressives sur le petit commerce. Le futur empire d'Octave Mouret rachète des locaux et commence à grignoter des parts de marché. Le représentant des Rougon-Macquart n'est pas le seul personnage principal, mais on voit déjà se dessiner chez lui les traits de caractère qui feront de lui l'homme que rencontre Denise dans le roman suivant.

Zola semble assumer ce roman non pas comme un romancier mais presque comme un journaliste, ce qui l'amène à sous-entendre sa présence dans le roman. Je ne connais pas assez sa vie pour en deviner davantage, mais j'imagine qu'il a dû faire grincer bien des dents.

Les avis de Lili, Tiphanie et Karine.

Sixtrid. 14h36.
Lu par Marc-Henri Boisse.
1882 pour l'édition originale.

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06 novembre 2013

Son Excellence Eugène Rougon - Emile Zola

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Alors que tout Paris se prépare à célébrer le baptême du prince impérial, Eugène Rougon démissionne de la présidence du Conseil d'Etat. Ses amis se précipitent chez lui pour le réconforter et l'assurer de leur soutien. Parmi eux, la belle Clorinde est déterminée à l'aider à reconquérir le pouvoir.
Le grand homme a beau jurer qu'il ne souhaite plus que devenir propriétaire terrien et s'éloigner de la vie politique, ses proches ne sont pas dupes et refusent encore plus de renoncer aux privilèges qu'il leur avait promis avant sa chute.

Bon, ce livre ne sera pas mon Zola préféré, je reste sous le charme de La Curée, mais il reste un excellent roman.
Le sujet central est la politique sous le Second Empire, et là où il y a du pouvoir, il y a toujours un Rougon. Eugène, fils de la terrible Félicité, est entouré d'une clique que nous ne quitterons pas du livre, qui est en effet une succession de scènes où ces personnages se retrouvent (baptême impérial, soirée entre amis, bal à la préfecture des Deux-Sèvres...). Comme nous sommes chez Zola, les personnages sont bien entendu tous plus vils, intéressés et détestables les uns que les autres. J'ai même eu de la peine pour Rougon, c'est dire. Ses "amis" attendent de lui des pluies de faveur, lui en veulent de ne pas accomplir de miracle, et lorsqu'ils s'aperçoivent que sa chute est inéluctable, ils ne font qu'agir pour la précipiter un peu plus tout en sauvant leur peau.
Clorinde est un personnage particulièrement révélateur à ce sujet. Cette jeune et belle italienne que Rougon ne parvient pas à saisir sait se rendre aussi irrésistible aux yeux des grands hommes que fatale lorsqu'elle décide de détruire un homme qui l'a vexée et qui ne peut plus lui servir. Sa cruauté envers Rougon lors de la vente de charité à l'Orangerie est magistralement décrite par Zola.
Cela dit, cette manie de toujours se raccrocher aux branches et de ne pas hésiter à renier ses précédentes prises de position pour conserver sa place dans la vie politique me semble réaliste et toujours très actuelle.

"En France, dès qu'il y a cinq messieurs dans un salon, il y a cinq gouvernements en présence. Ca n'empêche personne de servir le gouvernement reconnu. Hein, n'est-ce pas ? C'est histoire de causer."

Derrière ces personnages et leurs manigances, Zola décrit la vie politique sous Napoléon III, les bouleversements dans l'attitude de celui qui était pourtant arrivé au pouvoir dans une république avant d'être proclamé empereur, de faire museler la presse et d'encourager les excès de zèle du ministère de l'Intérieur.

"... je vous conseille de frapper haut. Vous avez bien là-bas des avocats, des négociants, des pharmaciens, qui s'occupent de politique. Coffrez-moi tout ce monde là. Ca fait plus d'effet."

Etrangement, les choses ne tournent pas si mal. Heureusement qu'Eugène est un Rougon, et non pas un Mouret ou un Macquart... Il est quand même bien seul avec tout son pouvoir.

Folio. 474 pages.
1876 pour l'édition originale.

Posté par lillounette à 14:56 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
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