05 juin 2017

Miss Charity - Marie-Aude Murail

Mi-Charity"GLADYS - Je serais que de vous, je garderais le plus jeune, çui qui fait l'acteur."

Dès son plus jeune âge, Charity Tiddler, membre de la bonne société londonienne, recueille toutes sortes d'animaux chez elle. Des souris, des lapins, des canards, et même un corbeau qui parle, rejoignent sa ménagerie. Si ses premiers pensionnaires succombent très vite à des soins inadaptées, Charity, grâce à ses observations, ses lectures et l'aide de deux complices (sa bonne Tabitha et sa gouvernante Mademoiselle), finit par garder auprès d'elle plusieurs de ses amis.
Parmi eux, Peter le lapin va notamment suivre Charity dans la bonne société, où il est mieux vu de chasser les maris que de monter des pièces de théâtre avec ses animaux de compagnie, et où toute jeune fille bien éduquée ne peut aimer passer son temps au Musée d'Histoire naturelle tout en rêvant d'étudier les sciences.

Ce livre est un véritable bonbon, une lecture qui enchantera toute personne qui envie aux enfants ce sentiment qu'ils peuvent tout imaginer et tout faire. Attention, n'allez pas imaginer que le ton est enfantin et que c'est une histoire simple et légère.
Miss Charity est une jeune fille vive, volontaire et très mature qui manie le second degré et sa langue maternelle avec une grande habileté. Si elle nous régale avec ses histoires et son univers, elle doit également composer avec la société victorienne et les drames de la vie. J'ai eu la gorge nouée en découvrant à travers les yeux d'enfant puis de jeune fille de Charity la vraie personnalité de Tabitha, personnage qui nous fait d'abord rire aux éclats avec ses histoires horribles et indignes d'une bonne qui s'occupe d'une petite fille, avant de devenir inquiétante puis d'une tristesse infinie.

"Et soudain, je me vis telle que j'étais, agenouillée et m'adressant à un lapin. N'étais-je pas une folle parlant d'une autre folle ? Des sanglots me secouèrent les épaules. Je me cachais les épaules. Je me cachai le visage entre les mains et pleurai sur mon enfance. Mon enfance défigurée."

La société victorienne n'est pas tendre avec ceux qui sortent du moule prévu pour eux. Être une femme libre et financièrement indépendante n'est pas convenable. Charity doit surmonter bien des obstacles, escroqueries et regards en biais pour s'imposer comme auteur. Heureusement, elle est entourée d'être bienveillants et un peu à l'écart qui la soutiennent à leur façon.
Les personnages de ce livre, les humains comme les animaux, sont vraiment ce qui en fait sa fraîcheur. Je n'ai jamais eu envie de lire les romans de Beatrix Potter, auteur que j'ai découvert à l'âge adulte, mais cette biographie romancée que lui offre Marie-Aude Murail a remis cela en question. Tous les amis de Charity sont merveilleux. Herr Schmal et Mademoiselle, les King, le petit Edmund, et bien sûr Kenneth Ashley. L'humour, la simplicité et la vivacité du ton employé par Marie-Aude Murail ainsi que la présentation des dialogues rendent ce texte aussi facile à lire qu'impossible à lâcher.

Et que dire des illustrations de Philippe Dumas ? Elles sont merveilleuses, drôles et tombent toujours à point pour illustrer les situations cocasses.

Il m'a fallu presque dix ans pour enfin lire ce livre dont j'entendais tant de bien. Mes grandes attentes ont été plus que comblées.

Et comme nous sommes en plein Mois Anglais, cette lecture tombe à pic pour participer.

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L'avis de Maggie.

L'Ecole des Loisirs. 479 pages.
2008 pour l'édition originale.

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19 février 2013

Les confessions de Mr Harrison - Elizabeth Gaskell

elizabeth-gaskell-les-confessions-de-mr-harrisonAmis lecteurs, j'ai une bonne nouvelle ! Mes démêlés avec l'informatique étant (je l'espère) terminés, je vais enfin pouvoir vous prouver que j'ai pris de bonnes résolutions, et qu'on trouvera plus de billets sur ce blog que l'année dernière.

Et en ce mois de février lugubre, je vous propose un retour aux sources avec un petit bijou d'humour anglais. Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu Elizabeth Gaskell, et j'avais oublié à quel point c'était plaisant.

Mr Harrison, un jeune médecin, reçoit chez lui l'un de ses amis. Ce dernier charmé par l'épouse de son compagnon, lui demande de lui faire le récit de sa rencontre avec sa femme. C'est ainsi que nous nous retrouvons à Duncombe, où le jeune Dr Harrison doit s'établir comme médecin. Son arrivée provoque l'émulation de tout le village, rempli de vieilles filles, de veuves et de jeunes filles à marier.

Alors évidemment, nous sommes loin de Nord et Sud. Le lecteur n'est pas emporté, comme lorsqu'il suit les aventures de Margaret Hale et de John Thornton, par un souffle romanesque formidable.
Cette fois, nous sommes en pleine campagne, dans un cercle composé essentiellement de femmes dont le principal loisir est de cancaner. L'arrivée de cet homme parachuté dans une société qu'il ne connaît pas et tous les malentendus qui s'ensuivent m'ont fait rire du début à la fin. Le docteur Harrison est un homme naïf, bon, qui ne connaît pas grand chose aux femmes, et qui agit sans réaliser les conséquences que ses actes pourraient avoir. Les habitantes de Duncombe n'ont probablement pas beaucoup d'occupations. Elles vivencranford460t à la campagne, s'ennuient, et sont prêtes à voir du romanesque partout où il pourrait se cacher. L'arrivée d'un beau jeune homme célibataire (qui en plus aime Austen, Dickens et Thackeray) est donc un merveilleux prétexte pour lancer la chasse au mari.
Elizabeth Gaskell s'est clairement amusée à écrire ce petit livre. Son style est rythmé, ses phrases remplies d'humour, et elle use même d'onomatopées pour retranscrire le ridicule de certains dialogues entre femmes. Cependant, pas de panique, elle reste hors des frontières de la méchancetés.

Ce livre n'est sans doute pas la meilleure étude existante d'une petite communauté campagnarde de l'Angleterre du XIXe siècle. Emma, de Jane Austen, dont je vous parlerai bientôt, est un livre beaucoup plus fin. Cependant, en cas de coup de fatigue, voilà une lecture parfaite pour se requinquer.

A noter que ce livre a été mêlé à d'autres de l'auteur pour donner la délicieuse mini-série BBC Cranford (2008), avec un casting bien connu des adeptes d'adaptations de romans anglais.

Vous pouvez trouver de nombreux billets sur ce livre chez Titine, Lou et bien d'autres encore sur la blogsphère.

Points. 156 pages.
Traduit par Béatrice Vierne
.
1851.

07 février 2011

Les Vampires de Londres ; Fabrice Colin

ESW_01_vampires_londresGallimard Jeunesse ; 283 pages.
2009
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Lorsque Amber Wilcox se réveille, elle est enterrée vivante. Revenue à la surface, elle constate qu'elle se trouve dans un cimetière, et délivre sa sœur, Luna, enterrée dans la tombe d'à côté. Les deux jeunes filles, qui ignorent ce qui leur est arrivé, se mettent alors à marcher dans les rues de Londres, à la recherche de leur maison. Des choses étranges se produisent : elles sont plus rapides et plus fortes, elles voient des créatures inconnues d'elles jusque là, et elles ressentent surtout une faim terrible qui les pousse à se jeter sur un rat. En d'autres termes, on dirait bien qu'elles sont des vampires. 
Les deux sœurs sont finalement recueillies par des amis de leur père, qui appartiennent à une organisation secrète reliée au gouvernement anglais, les Invisibles, dont la mission est d'empêcher les Drakul, les vampires soumis à Dracula de prendre le contrôle de l'Angleterre.
L'intérêt porté par les Invisibles aux sœurs Wilcox n'est pas entièrement désintéressé. Les membres de l'organisation secrète comptent en effet sur les capacités de vampire de Luna et Amber pour lutter contre ceux qui troublent la vie de la capitale anglaise.

J'ai ouvert ce livre avec pas mal d'attentes (Angleterre, XIXe siècle, ambiance mystérieuse, c'est du sur mesure), et j'ai été plutôt agréablement surprise. Le premier tome des Etranges soeurs Wilcox est en effet bien construit, distillant le suspens tout au long du récit, et introduisant toute une galerie de personnages très connus de l'époque victorienne aux côtés desquels on a envie d'enquêter. On croise ainsi Sherlock Holmes (qui est toutefois très différent du personnage de Sir Arthur Conan Doyle, même pour quelqu'un comme moi qui connaît peu l'original), le docteur Watson, Dracula et Abraham Stoker (qui tient ici le rôle d'un conteur mystérieux), Jack l'Éventreur, Elizabeth Bathory (que l'on voit décidément partout ces derniers temps !), et même la reine Victoria. Cela permet à l'auteur de créer un univers assez original, sans être révolutionnaire.
Les sœurs Wilcox sont bien croquées également. De tempéraments opposés, elles réagissent chacune à leur manière aux événements auxquels elles sont confrontés, se font des cachotteries, ce qui permet d'épaissir le récit. Des questions demeurent. Elles ne se connaissent pas encore en tant que vampires, ignorent ce qui leur est réellement arrivé, ainsi que ce qui s'est passé avec leur belle-mère. Les amis de
leur père (porté disparu) ne semblent pas non plus décidés à tout leur révéler, de quoi créer une ambiance angoissante, renforcée par l'omniprésence des cimetières, des parcs vides, et des rencontres au clair de lune (oui, les vampires vivent la nuit, quel scoop !).

Quelques détails m'ont agacée (on tombe à plusieurs reprises dans la facilité, et je n'en pouvais plus de lire "l'aînée des Wilcox" au bout de 300 pages), mais j'ai dévoré ce livre. Je lirai sans aucun doute la suite.

Vous pouvez trouver beaucoup d'autres avis sur BOB.
Fashion propose une interview de l'auteur autour de ce livre.