15 septembre 2013

La lettre à Helga - Bergsveinn Birgisson

livre_l_572074Une fois n'est pas coutume, de nombreux livres me font de l'oeil en cette rentrée littéraire. Parmi eux se trouvait un roman islandais, une destination qui m'attire de plus en plus.

Bjarni vient de perdre sa femme. Lui-même sur le point de mourir, il entreprend d'écrire une dernière lettre à Helga, celle qu'il a aimée et perdue.

Bergsveinn Birgisson possède une jolie plume, empreinte à la fois de nostalgie et d'humour. Il offre aussi à son personnage un grand amour de la poésie, dans laquelle il puise pour exprimer ses sentiments aussi bien envers la femme qu'il aime qu'à l'égard du mode de vie pour lequel il a sacrifié son bonheur sentimental.
Tout le livre tourne en effet autour du choix que Bjarni a dû faire. Marié à Unnur, qu'il aimait, celle-ci devient physiquement incapable d'avoir des relations sexuelles suite à une opération ratée. Son amertume et sa jalousie empoisonnent dès lors son union avec Bjarni. Helga est elle-même mal mariée, ce qui conduit inévitablement à une relation adultère entre elle et son voisin.
Lorsque vient l'heure du choix, Bjarni refuse cependant de renoncer à sa ferme, à sa vie, et à la société islandaise en laquelle il croit. Nous sommes entre les années quarante et soixante, l'écart se creuse entre Reykjavik la moderne et les campagnes traditionnelles, et pour Bjarni il est inconcevable de quitter la terre de son père ou de cesser d'aller chercher des cadavres fumés dans les coins les plus isolés. Dans sa lettre écrite une fois que c'est trop tard, il tente de justifier son manque de courage et d'exprimer ses regrets.

Malheureusement, je ne pense pas garder un grand souvenir de ce livre. Je viens d'évoquer ses qualités, mais même quelqu'un comme moi qui ne connaît que très peu les auteurs scandinaves peut percevoir le manque d'originalité du roman de Bergsveinn Birgisson. L'humour noir, l'âme scandinave, les amours impossibles sont des thèmes récurrents chez les auteurs que j'ai pu lire, et bien qu'ils soient bien traités dans ce roman, on n'obtient pas grand chose de plus. Quelques passages sont magnifiques (j'ai notamment savouré le résumé de sa vie par Bjarni à la toute fin du livre, aussi triste que drôle), mais cela ne suffit pas à rendre cette lecture plaisante marquante.

Je n'ai donc pas été autant envoûtée par ce livre que je l'aurais voulu, et Jón Kalman Stefánsson peut facilement conserver son titre de romancier islandais de l'année entre ces pages, mais vous pouvez trouver des avis beaucoup plus enthousiastes que le mien chez Cathulu ou Jérôme.

Zulma. 131 pages.
Traduit par Catherine Eyjólfsson.
2010 pour l'édition originale.

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12 mai 2013

Entre ciel et terre - Jón Kalman Stefánsson

abc"Il est mort de froid parce qu'il a lu un poème."

En début d'année, j'ai salivé puis craqué pour La tristesse des anges d'un auteur islandais, Jón Kalman Stefánsson. C'est Dominique qui m'a fait réaliser qu'il s'agissait du deuxième volet d'une trilogie, ce qui m'a contrariée étant donné que je me rappelais très bien avoir lu un billet mitigé de Lou sur Entre ciel et terre.
C'est le moment où je vous confie que cette chère Lou a dit n'importe quoi^^ et que ce premier tome est en fait une merveille.

Alors, de quoi ça parle ? Nous sommes au XIXe siècle, en Islande, au bord de la mer. La vie est rude pour les marins qui partent pêcher la morue. Barour et le gamin partagent leur amour de la lecture et une grande amitié. Lorsque Barour meurt, le gamin part à la recherche du propriétaire du Paradis perdu de Milton dont la lecture a coûté la vie à son ami, afin de lui rendre son exemplaire.

Si l'intrigue est très vague, la langue est absolument merveilleuse. Il n'y a pas le moindre signe de dialogues lorsqu'on parcourt rapidement les pages de ce livre, ce qui m'a inquiétée avant ma lecture. Et pourtant, j'ai été emportée comme rarement dans cette histoire, notamment la première partie, qui raconte comment des hommes, après une courte nuit dans des barraques de pécheurs, prennent la mer. L'un d'eux a oublié sa vareuse à cause du Paradis perdu de Milton, il le paiera de sa vie. Jón Kalman Stefánsson est surtout poète, et son écriture fait vivre les émotions les plus profondes des personnages à travers les éléments qui les entourent.

"D'après les cartes de géographie, les montagnes d'ici s'élèvent à neuf cent mètres dans les airs, ce qui est parfaitement exact, il y a des jours où c'est le cas, mais un beau matin, au moment où nous quittons les rêves de la nuit, nous jetons un oeil au dehors et leur altitude a considérablement augmenté, elles atteignent au moins trois mille mètres, elles rayent la surface du ciel et nos coeurs se recroquevillent sur eux-mêmes. Ces jours-là, on peine grandement dans les enceintes à rester penché au-dessus des tas de poisson salé. Les montagnes ne font pas partie du paysage, elles sont le paysage."

Il n'y a pas de transition entre les descriptions, les pensées des uns et des autres, comme si tout était parfaitement lié. Pour cette raison, entre autres, j'ai pensé à Virginia Woolf en lisant ce roman. Les thèmes abordés sont également proches de ceux de la romancière anglaise. Nous sommes au XIXe siècle, mais le lecteur est interpelé, les époques se répondent, les morts et les vivants se parlent. Tout ou presque se passe à l'intérieur des gens, et c'est beau à mourir.

Un énorme coup de coeur.

Les avis de Dominique, Lou (qui en vérité est juste coupable de n'avoir pas aimé ce livre autant que moi). Vous pouvez aussi trouver des informations passionnantes sur ce livre, son auteur et sa traduction sur le blog d'Eric Boury, le traducteur du livre.

Folio. 252 pages.
Traduit par Eric Boury.
2007 pour l'édition originale.

 

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18 avril 2013

"Les vents tombant des grand monts de Norwège..."

vigdis-la-farouche-sigrid-undset-9782234046917"Puisses-tu mourir de la plus cruelle des morts, puisses-tu vivre longtemps d'une vie misérable, toi et tous ceux dont la présence te réjouit le coeur. Puisses-tu voir mourir tes enfants d'une morts affreuse devant tes yeux !"

L'hiver ayant décidé de jouer les prolongations (même s'il suffit que je me lance dans un billet pour que le soleil qu'on n'avait pas vu depuis des semaines décide de refaire surface), j'ai décidé de poursuivre ma découverte de la littérature scandinave. Par conséquent, petits veinards, vous allez avoir droit à quelques billets norvégiens et islandais. 
Nous commençons avec une grande dame venue de Norvège, Sigrid Undset.

Lorsque Ljot, venu d'Islande avec son oncle, rencontre la belle Vigdis en Norvège, il en tombe éperdument amoureux. Encore puérile et maladroit, il multiplie les offenses à l'encontre du père de sa bien-aimée, Gunnar, au point de gâcher toutes ses chances d'obtenir la main de Vigdis. La jeune fille, pourtant bien partante au départ, est également refroidie lorsque Ljot abuse d'elle, puis disparaît, la laissant dans l'embarras.

Voilà une lecture dont je n'attendais pas grand chose mais qui m'a complètement emportée. Sigrid Undset est surtout connue pour ses énormes romans, mais Vigdis la farouche est loin d'être une oeuvre dépourvue d'intérêt.
L'auteur est une formidable conteuse. Elle nous embarque dans la Norvège et l'Islande du Moyen-Âge, qui vont être le théâtre des amours de deux personnes destinées à souffrir. D'un côté, nous avons Vigdis, une héroïne bafouée au caractère étonnant. De l'autre, le personnage de Ljot n'est pas aussi détestable que le laisse entendre le résumé de l'histoire.507px-Sigrid_Undset_young
J'ai particulièrement apprécié le personnage de Vigdis. C'est une jeune fille qui aurait pu être une victime. Elle perd presque tout, mais ne baisse jamais les bras pour obtenir ce qui lui revient de droit. Le monde décrit par Sigrid Undset est violent, passionné, dominé par les hommes, mais Vigdis sait tuer ou se laisser couper ses doigts gangrenés sans la moindre hésitation. Cette détermination sera autant sa force que sa perte.
Derrière ces personnages se dessine un monde où le christianisme s'impose progressivement face au paganisme, et où la justice prend des formes inhabituelles. C'est loin d'être l'aspect le plus développé du livre, mais c'est ce qui le rend aussi captivant et tragique.

Après une telle entrée en matière, je n'ai presque plus peur des mille et quelques pages de Kristin Lavransdatter qui m'attend dans ma bibliothèque.

Vigdis la farouche. Sigrid Undset.
Stock. 178 pages.
Traduit par M. Metzger.
1909 pour l'édition originale.

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05 janvier 2013

Cent ans - Herbjørg Wassmo

1373693Ma première lecture de 2013 m'a entraînée dans le nord de la Norvège, sur les traces des aïeules d'Herbjørg Wassmo.
En 1842, naît Sara Susanne, l'arrière-grand-mère. Après elle, trois autres générations de femmes, Elida, Hjørdis et enfin elle-même, dont Herbjørg Wassmo nous conte l'histoire de façon romancée. Elles se marient, font des enfants, se déplacent en bateau à travers les îles Lofoten ou marchent à travers les tourbières, et tentent chacune à leur façon de vivre.

J'ai énormément apprécié ce livre qui nous permet de voyager à travers des paysages qui me sont complètement inconnus. Nous sommes dans le nord de la Norvège, et les coutumes y sont très singulières. La vie est rude, le dialecte est différent de la langue parlée à Kristiania (la future Oslo), les enseignants sont itinérants et le destin des uns et des autres est tracé dès leur naissance. Lors de leur passage dans le Sud, Elida et les siens sont méprisés et humiliés par les gens à cause de ces différences qui les font passer pour des arriérés.
Pourtant, le Nord ne semble pas si immobile. En cent ans, nous voyons les moyens de communication se développer, ainsi que les moyens de transport. La révolution industrielle, les mouvements ouvriers et les deux guerres mondiales passent par là, surtout la deuxième, durant laquelle la petite Herbjørg voit le jour.
Malgré ces bouleversements, certaines choses semblent immuables pour ces femmes. Elles se marient, par nécessité ou par amour, et doivent ensuite faire face au peu d'opportunités qui leur sont proposées. Tout n'est pas complètement noir. Sara Susanne découvre le plaisir sexuel et finit par éprouver de l'amour (ou quelque chose qui s'en rapproche fortement) pour son époux, Elida se marie avec l'homme qu'elle a choisi tout comme le fera sa fille Hjørdis, mais cela ne sera pas sans conséquences. En l'absence de contraception, le mariage signifie surtout pour ces très jeunes femmes des grossesses à répétition. La maternité n'est pas toujours une évidence pour elles, et c'est une chose qui les fait culpabiliser. Sara Susanne paie très cher le fait de s'être avoué ne pas vouloir de l'un de ses enfants. Elida provoque l'incompréhension de son mari, de ses enfants et de bien d'autres personnes certainement, en choisissant de mettre ses enfants en nourrice pour s'occuper de son mari mourrant. 

"Dès mon enfance, cette histoire me révolte. Mais à un moment donné je commence à m'identifier à elle. Je ne peux m'imaginer qu'elle ait fait cela par méchanceté. Ma mère fait rarement allusion à la période où elle était en nourrice.
Plus tard, je pense qu'Elida a aussi d'autres raisons. Ou pire, je commence à douter de son noble motif qui est la maladie cardiaque de mon grand-père Fredrik. J'imagine qu'on peut facilement se lasser d'accouchements répétés et de soins continuels. Qu'accompagner jusqu'à l'hôpital à Oslo son mari malade n'est pas une punition en soi. C'est plutôt l'occasion de rencontrer d'autres gens que ceux de la famille, les métayers, les voisins, sur le quai et à la ferme. Voir autre chose que les saisons se relayer sur les rochers du bord de mer et sur des maisons éventées."

Les raisons de ce livre sont assez obscures. Dès le début, Herbjørg Wassmo annonce la part de fiction qu'il y a dans son oeuvre, et c'est ce qui rend sa lecture si fluide.
Là où elle reste peut-être trop pudique, et là où elle semble échouer, c'est lorsqu'elle indique vouloir laver sa honte à travers son écriture. Cette honte, nous le devinons, lui vient de son père. Elle l'appelle il ou lui, et ce n'est pas par hasard qu'elle se cherche du côté maternel et non du côté paternel en faisant des allers-retours dans le temps. Mais nous ne pouvons que deviner ce que cet homme lui a fait. Les passages la concernant directement sont des bribes de souvenirs, des dialogues de sourds entre elle et sa mère mourante, un dernier contact froid avec son père. Je n'espérais pas spécialement des révélations croustillantes en ouvrant ce livre, mais je trouve regrettable de terminer ce livre avec un léger goût d'inachevé de ce côté là. C'est comme si Herbjørg Wassmo avait écrit un tout autre livre que celui qu'elle pensait écrire.

Mais bon, malgré mes délires habituels, j'ai passé un très bon moment et découvert un auteur que je relirai.

10/18. 594 pages.
Traduit par Luce Hinsch.
2009 pour l'édition originale.



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18 mai 2009

La Triste Histoire d'Elvira Madigan et du lieutenant Sixten Sparre ; Paardekooper

resize_2_D'Elvira Madigan, je connaissais peu de choses, mais Alice m'a donné une irrésistible envie de me plonger dans ce livre.

En juillet 1889, deux corps sont retrouvés sur une île danoise. Il s'agit de deux amoureux ayant fuit la Suède. Elvira Madigan avait vingt et un ans, et elle était une somptueuse funambule. Sixten Sparre, son amant, était un déserteur de trente-cinq ans, marié et père de deux enfants.

Je ne sais vraiment pas comment vous parler de ce livre, qui est parmi les plus beaux et les plus bouleversants que j'ai jamais lus.
Elvira a tout de l'héroïne à laquelle on ne peut que succomber. Pure, jeune, belle et10058170_110249372062 vraie, amoureuse en fait. "Vingt et un ans elle avait attendu, avant d'embrasser un homme sur le corps. Vingt et un ans, avant de renverser la tête en arrière et de voir l'autre ciel." Elle qui vit en altitude, et qui est jusque là restée insensible à la foule de ses admirateurs, est touchée en plein cœur par ce lieutenant suédois brisé, qui reconnaît en elle son complément. "Lors de moments privilégiés, il s'imaginait qu'ils constituaient les pensées de l'autre, qu'il était en elle quand elle s'avançait sur la corde, et qu'elle était en lui, à l'aube, quand il chevauchait à travers les prés boueux. Qu'ils ne pensaient pas simplement l'un à l'autre, mais dans l'autre. L'obscurité ne se concevait que grâce à la lumière, et la lumière ne prenait son sens que dans l'obscurité. Elle était la lumière, lui, l'obscurité, dans un continuel échange d'énergie, une contraction alternée de l'union, la recherche corporelle d'une nouvelle identité, ou plutôt : d'une identité tout court." Nous les rencontrons alors qu'ils sont arrivés à Svendborg, dans le Danemark natal de la belle Elvira. Ils trouvent encore la force de se blottir l'un contre l'autre, de faire l'amour dans les arbres, de se mentir sur le temps qui reste, et de faire semblant de croire en d'autres possibilités que celle à laquelle ils sont pourtant inexorablement destinés.
Mais lorsque la note d’hôtel est trop grande, qu’il devient évident que personne ne les aidera, et surtout que leur amour n’a rien de terrestre, ils font mine de partir pour quelques jours, laissant des bagages dans leur chambre, puis se rendent sur l’île de Tasinge. Là, Sixten tire une balle dans la tempe d’Elvira, qui s’effondre, avant de se donner la mort.
ElviraEn remontant dans le temps après la mort d’Elvira et de Sixten, on découvre chez le lieutenant, qui est aussi poète, une âme pleine de tourments. Un homme enfermé dans un mariage sans amour, qui se sent mort. "Il pensait qu'il devrait abandonner pour de bon si cela continuait. Non plus seulement jouer à mourir, mais mourir vraiment. Cela arriverait tout seul, il n'aurait qu'à continuer à vivre." "L'argent de la lune se répandait au-dedans comme au-dehors par les fenêtres, se fixant aux murs comme le froid. Le matin, on n'en voyait aucune trace, mais on sentait que tout avait été gelé et recouvert d'une couche triomphale, semblable à la surface d'un miroir. Un suicidaire aurait aisément pu se couper les veines sur les candélabres aiguisés de la tablette de la cheminée." La rencontre d'Elvira semble à la fois la promesse d'un bonheur possible et une immense douleur, du fait de l'absence. Quand ils se rejoignent, c'est déjà trop tard. Ils fuient, mais peinent à respirer malgré leur liberté nouvelle. On assiste à la déception d’Elvira, qui est descendue de son fil pour être finalement rejetée par la terre. "Elle n'était pas descendue sur terre mais planait encore dans l'air. Une funambule sans fil. Une étoile sans firmament." Même eux, semblent s'effacer. Ils ne parviennent plus à se toucher, alors le temps presse.
Il s’agit d’un amour sans mots ou presque, qui est comme un rejet de la société qui n’a pas voulu d’eux. « Plus que tout, ils auraient aimé trouver une brèche dans le temps, une couveuse sexuelle, où ils auraient pu se lover en attendant que le monde leur fasse une place. » Tout n’est que poésie et émotions. Dans une langue magnifique et en s’aidant des saisons et des étoiles, Paardekooper nous décrit le bonheur intense et douloureux d’Elvira et de Sixten, ces êtres, si différents à première vue, qui recherchent dans l'autre une vitalité qui n'existe nulle part ailleurs. Tout n'est qu'hypothèse, puisque les personnages ont réellement existé. Mais la réalité de Paardekooper est sans aucun doute celle qui me convient le mieux.

 

Sp___Mad

 

Alice et Michel ont eux aussi succombé à ce bijou.
Plusieurs films ont été tirés de cette histoire. Holly évoque celui de Bo Widerberg, qui utilise un concerto de Mozart rebaptisé ensuite le concerto Elvira Madigan.

Actes Sud ; 173 pages.
Traduit par Anne-Charlotte Struve.
2003.

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13 février 2009

La maison des célibataires ; Jorn Riel

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Lou, qui n'a pas vraiment apprécié ce livre, m'avait cependant donné envie de le lire. Elle me l'a très gentiment offert pour Noël, et je me suis empressée de me plonger dans ce livre très court. Ce n'est pas peu dire que je n'y connais rien à la littérature scandinave, alors je me suis dit que c'était l'occasion de l'explorer un peu.

Cinq célibataires vivent dans une maison abandonnée, dans un petit port. Kernatoq, le seul qui travaille et subvient aux besoins de la maisonnée, décide un jour d'assurer son avenir et celui de ses compagnons en convolant. Mais voilà, il a jeté son dévolu sur Bandita, une femme terrifiante vivant dans un lieu reculé et qui, dit-on, a battu à mort son premier mari. Bandita semble ravie de voir débarquer un nouveau prétendant, mais les autres ne parviennent pas à accepter cette décision de leur ami, et décident de tout mettre en oeuvre afin que le mariage n'ait pas lieu.

Voilà un texte que j'ai lu il y a déjà plusieurs semaines, et dont il ne me reste plus grand chose. J'ai certainement été davantage que Lou sensible à l'humour contenue dans cette nouvelle, et j'ai trouvé qu'elle se lisait plutôt bien, mais il est certain que je n'en garderai pas un souvenir impérissable.
Je ne suis pas une grande lectrice de nouvelles, et plus le temps passe, plus j'ai du mal à les apprécier. Il est rare que je parvienne à me plonger dans une histoire de quelques dizaines de pages seulement. Certains auteurs parviennent à le faire, mais ici, les personnages demeurent des étrangers. On apprécie le spectacle de Bandita et de Kernatoq, le côté loufoque de tous les personnages, mais on le fait avec recul, et ce n'est pas cela qui me transporte dans un livre.
Cela dit, je laisse la porte ouverte à d'autres textes de l'auteur, si je croise un jour quelque chose de plus long...   

10/18 ; 76 pages.
Traduction de Susanne Jull et Bernard St Bonnet.
V.O. : Ungkarlehuset. 1979.

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06 janvier 2008

Entre Dieu et moi, c'est fini ; Katarina Mazetti

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Le mec de la tombe d'à côté m'avait beaucoup plu, Entre Dieu et moi, c'est fini est un petit bijou.

Linnea est une jeune Suédoise de seize ans. Elle nous fait partager ses pensées un peu comme elle parle à un mur chez sa grand-mère. Elle nous raconte le lycée, le beau Markus, le pauvre Henrik, et surtout Pia. Pia était sa seule amie, pendant "cent-vingt jours". Mais maintenant, Pia est morte (ne lisez surtout pas la quatrième de couverture du livre, elle en dit beaucoup trop à ce sujet), et Linnea a du mal à s'en remettre.

La vraie réussite de Katarina Mazetti dans ce petit roman est de nous parler de choses pénibles avec énormément de recul et d'humour. Bon, c'est certain qu'à seize ans, on a rarement le sens de l'autodérision de Linnea, mais je me suis beaucoup retrouvée en elle (même si j'ai quelques années de plus). Comme toutes les adolescentes, Linnea est pleine de contradictions. Elle veut parler, mais trouve cela trop douloureux. Elle veut aimer, mais cela semble assez dangereux. Donc mieux vaut qu'elle se focalise sur un type inaccessible qu'elle aime tant qu'il ne la regarde pas, et snober celui qui l'aime parce qu'il lui permet de se détester  elle-même à travers lui...
J'ai adoré les réflexions pleines de n'importe quoi mais très vraies des personnages de ce livre. Même les piques que se balancent les filles, les rapports de force qui basculent parfois en quelques secondes, sont jubilatoires et plus vrais que nature.

Après plusieurs lectures assez éprouvantes (et je n'ai toujours pas ouvert Faulkner...), ce livre était tout à fait ce dont j'avais besoin.

" - [...] Est-ce qu'on peut être indifférent à ses enfants ? Ne pas les aimer ?
  - Dieu a sacrifié son propre fils, si ce qu'on raconte est vrai ", a dit Pia. "
(page 77)

Les avis de Cuné, Clarabel, et Gachucha.

Gaïa ; 160 pages.

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29 octobre 2006

Le mec de la tombe d'à côté ; Katharina Mazetti

2847200797"Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire de métier, et citadine pragmatique, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance. Au cimetière, elle rencontre le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que la tombe avec sa stèle tape-à-l'œil. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, de façon assez rustique, et grâce à une bonne dose d'humour et d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il s'énerve contre la "Crevette" qui occupe le banc au cimetière avec lui, avec son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Rien, a priori, ne rapproche ces deux-là, et pourtant, il suffira d'un sourire qui éclate simultanément sur leurs lèvres, pour qu'ils soient tous deux éblouis. C'est le début d'une histoire d'amour assez cocasse. Ils sont tout le contraire l'un de l'autre. Elle ne sait pas cuisiner, il lit tout au plus un livre par an. Elle veut aller à l'opéra, lui doit traire les vaches. Il traîne avec lui une odeur d'étable, elle vit dans un appartement aseptisé. Mais leur passion amoureuse est sans bornes. Roman d'amour drôle, tendre, à l'humour décapant, Le mec de la tombe d'à côté touche pourtant là où ça fait mal : ce fossé qui sépare les catégories sociales. On ne peut plus contemporain..."

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un livre léger qui se passe à notre époque. Certes, ce n'est pas tout les jours que l'on mange de l'élan quand on vit en France... Ce livre m'a amusée, car il m'a rappelée une rencontre que j'ai faite il y a quelques temps. Un type perdu dans sa campagne, qui n'ouvre jamais un livre, et avec lequel je me suis sentie totalement étrangère. Sauf que je ne suis pas Désirée, je ne l'ai pas rencontré dans un cimetière, et je ne supportais pas ce jeune homme avec lequel je n'ai eu que des rapports cordiaux... C'est une lecture plaisante, on rit beaucoup, souvent jaune, parfois franchement aussi. Les personnages sont gauches, mais attachants, plein d'autodérision. Un bon petit moment de lecture. Je compte renouveler avec la littérature scandinave sous peu, Petits suicides entre amis est sur ma liste de livres à acheter.

Je vous mets quelques passages que j'ai particulièrement aimés :

" Le Blaireau national a canalisé toute son énergie en un bond déterminant.
-Ca vous dirait... de venir faire un tour au cimetière ?
Elle m'a longuement regardé.
-Alors là, je suis sûre que vous dites ça à toutes les filles ! a t-elle dit, et ensuite elle a souri comme une gamine en vacances. "

Désirée a amené Benny à rencontrer ses amis : "Ils étaient super sympas avec le pauvre blaireau de la campagne, ils parlaient très distinctement et traduisaient tout de suite en mots à deux syllabes ceux de quatre. Un gars qui travaillait à l'institut de formation et conduisait une BMW, il m'a tapé dans le dos en disant qu'il avait toujours voulu travailler avec son corps, et il ne fallait pas négliger toutes les subventions et les possibilités de déduire les frais, et je n'aurais pas par hasard de la bonne viande à vendre ? Et une petite bibliothécaire exaspérante m'a demandé ce que les paysans faisaient en hiver. "Tu veux dire pendant l'hibernation des vaches ?" ai-je sifflé et ça a tout de suite refroidi l'ambiance à notre table."

Clarabel et Cuné ont également apprécié ce livre.

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