08 juillet 2008

Pauline ; Alexandre Dumas

41F4CMN2GGLFolio ; 241 pages.

A la fin de l'année dernière, j'avais promis de participer au club de lecture au moins une fois cette année. Quand j'ai vu que Pauline avait été choisi pour le 1er mai, j'ai failli succomber, d'autant plus que Lou en avait parlé très positivement. Mais bon, je suis quand même celle qui n'a pas fini son Challenge ABC de l'année dernière, celle qui n'a pas non plus terminé sa série de l'été 2007, et celle qui se fait poursuivre régulièrement par Fashion parce qu'elle attend des nouvelles d'une certaine duchesse italienne... Finalement, ce livre a sauté dans mon panier il y a une semaine.

Alexandre Dumas croise à plusieurs reprises son ami Alfred de Nerval en compagnie d'une jeune femme qui semble l'éviter. Quelques temps plus tard, les deux amis se retrouvent. Alfred raconte alors que cette personne n'était autre que Pauline, la femme du comte Horace de Beuzeval, son grand amour, et qu'elle fuyait tout contact avec son ancienne vie à cause d'un terrible secret.   

De Dumas, j'ai lu quelques romans il y a trèèèès longtemps. Depuis, j'avoue qu'il me tente moyennement. En fait, c'est l'étiquette "gothique" de ce livre qui m'a amenée à l'ouvrir. Car effectivement, il y a un peu de ça dans ce livre. Le récit se déroule dans des endroits sombres, avec un temps très mauvais, des mystères inexpliqués. Pauline elle-même ressemble davantage à un fantôme qu'à un être vivant à la fin de sa vie, lorsqu'elle fuit le regard d'Alexandre Dumas ou le frôle en passant au plus vite près de lui. Le reste du temps, elle a les mêmes caractéristiques qu'une Emily ou qu'une Antonia. Elle pleure beaucoup, s'évanouit régulièrement. On s'y attache difficilement, car elle n'a pas vraiment une personnalité affirmée. En fait, ce qui attire notre compassion est sa mort, dont nous sommes informés très tôt dans le récit.
Alfred de Nerval aussi a un côté "héros gothique", avec sa sensibilité à fleur de peau, sa chance incroyable, et son côté un peu dépassé par les événements.

D'un autre côté, de ce que j'y connaît, on retrouve quand même bien la patte de Dumas père, avec les thèmes de la fraternité, de l'honneur, ainsi qu'un récit rempli d'actions. Le comportement du Comte Horace ne s'explique pas autrement que par sa loyauté envers ses compagnons, et c'est une chose que l'on retrouve davantage dans les romans français du XIXe que dans les romans gothiques. De plus, l'histoire se déroule à l'époque de Dumas (qui est en plus l'un des narrateurs du livre), ce qui donne un côté réaliste qui n'existait pas dans les deux romans gothiques "purs" que j'ai lus. Il n'y a aucun doute, nous sommes bien dans l'Europe du XIXe, et l'histoire de Pauline ressemble davantage à un fait divers qu'à un roman d'aventure.

On lit ce livre en en connaissant la fin, et même souvent plus (merci les quatrièmes de couverture un peu trop bavardes), mais le suspens est bien présent. On sait que Pauline est morte, mais pour comprendre comment cette jeune fille naïve a pu terminer sa vie dans la terreur, il faut lire le roman. C'est prenant, léger (on voyage beaucoup, mais Dumas nous épargne les longues descriptions), parfois frais et exotique, une bonne lecture de vacances.

L'avis de Sylire, qui regroupe tous ceux du groupe de lecture.

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25 octobre 2007

La fille aux yeux d'or ; Honoré de Balzac

418F6HKHNNLFolio ; 400 pages.

Cet été, Fashion Victim a lancé le challenge Saga de l'été. Même si ma liste de Challenge ABC 2007 n'était pas du tout terminée (et ne le sera pas avant la fin de l'année, mais nous en reparlerons), je n'ai pas pu m'empêcher de relever le défi. J'ai donc choisi de lire l'Histoire des Treize de Balzac, dont j'avais déjà lu le deuxième volet, La duchesse de Langeais. Déjà, ces trois romans ne sont pas franchement longs, mais avec l'un d'entre eux déjà lu, ce défi paraissait être de la rigolade. Naturellement, je ne l'ai pas tenu, et c'est à cause d'une envie subite de lire du Balzac que j'ai ouvert La fille aux yeux d'or, le troisième et dernier volet de l'Histoire des Treize.

L'histoire : En ce qui concerne les Treize, il s'agit d'une association de treize hommes doués de pouvoirs surhumains. Mais que ce soit dans La duchesse de Langeais ou dans La fille aux yeux d'or, ne pas le savoir n'empêche pas de les apprécier. Cette société est très brièvement évoquée dans La duchesse de Langeais, et seul le nom de Ferragus ainsi qu'une allusion aux capacités de Henri de Marsay nous rappellent l'existence de cette confrérie dans La fille aux yeux d'or. En fait, il semblerait que Balzac n'en parle réellement que dans sa préface à l'Histoire des Treize, ce qui me permet de moins regretter de n'avoir pas commencé par le début de l'histoire.

Pour La fille aux yeux d'or, il met en scène un jeune dandy, Henri de Marsay (déjà croisé dans La duchesse de Langeais et Le lys dans la vallée), qui tombe en admiration devant une inconnue aux yeux jaunes. Celle-ci se nomme Paquita Valdès, et est une esclave géorgienne appartenant à une marquise espagnole qui la fait jalousement garder. Le jeune homme qu'est Henri de Marsay ne peut qu'être encore plus tenté de la posséder lorsqu'il constate combien la tâche sera difficile.

Mon avis : J'ai énormément aimé ce livre, même si j'avoue avoir eu assez peur en en lisant les dix ou vingt premières pages. En effet, Balzac s'y livre à une description lapidaire, bien que sans doute assez vraie sur certains points, de la société parisienne qu'il connaît. Dans La duchesse de Langeais, j'avais déjà noté une certaine amertume de Balzac, mais ses quinze pages sur la société de Saint-Germain cadraient bien avec le reste de l'histoire. Ici, Balzac ouvre son histoire en critiquant les Parisiens, l'organisation social, de façon (heureusement) dynamique, mais qui me paraît complètement décalée par rapport à la suite du livre.
Autre point qui m'a un peu gênée, la vision des femmes que donne Balzac par moments... Ce n'était pas la première fois que je notais une certaine misogynie de la part de cet auteur, mais ça peut en énerver certains.

Toutefois, j'ai quand même éprouvé un vif plaisir à la lecture de ce livre, car le formidable témoin de son temps qu'est Balzac met très bien cela à contribution dans La fille aux yeux d'or.
J'ai lu ce roman avec des images de tableaux et de Byron plein la tête. Le héros, Henri de Marsay (déjà rencontré dans La duchesse de Langeais ou Le lys dans la vallée, est un parfait dandy, qui passe plus de deux heures à se préparer chaque jour, et qui vit l'amour comme un amusement.
Surtout, la fascination des gens du XIXe siècle pour l'Orient et les mystères qui y sont associés ressort trèsingres bien dans ce livre. Paquita Valdès est une esclave géorgienne. Sa description, ses rencontres avec de Marsay m'ont immédiatement fait penser à ces odalisques peintes par Ingres à peu près à la même époque.
Ce livre possède véritablement un caractère sensuel, qui est marqué bien entendu par le personnage de Paquita Valdès, décrite comme une femme aux yeux envoûtants, mais aussi comme une Vénus dans sa coquille. Les jeux des deux amants font également ressortir la sensualité de ce roman, lorsque Paquita déguise Henri de Marsay en femme, et qu'il y prend un vif plaisir, au point de vouloir recommencer.
sardanapale_1_Enfin, la couleur dominante de ce roman est le rouge, couleur sensuelle par excellence. Cette couleur accompagne les deux amants jusqu'à la mort de Paquita, lorsque les cousins ainsi que tous les objets qui se trouvent dans la pièce où la jeune fille trouve la mort sont recouverts de sang. J'ai associé cette scène, qui marque le triomphe du rouge à La mort de Sardanapale de Eugène Delacroix, à qui est par ailleurs dédiée La fille aux yeux d'or.

Il n'est pas vraiment question d'amour dans ce roman, plutôt d'ivresse, de rêve. Tout ou presque n'est qu'illusion. Henri ignore où il se rend, et aime davantage l'idée de posséder une femme inaccessible qu'il associe à un rêve qu'il n'aime la femme en elle même.
Une fois Paquita morte, c'est comme si elle n'avait jamais existé. Henri l'oublie, sa soeur s'enferme au couvent avec son secret, et même la mère de la jeune esclave renie sa fille pour un sac de monnaie.

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06 juillet 2007

Le lys dans la vallée ; Honoré de Balzac

41PNMV07M5LFolio ; 435 pages.
4,60 euros.

Je vous préviens, il risque d'y avoir pas mal de Balzac cet été, ma PAL lui consacre une large place et plus ça va, plus j'aime.

Pour en revenir à Le lys dans la vallée, j'avoue que j'ai quelques scrupules. Je vous le dis tout de suite, j'ai adoré ce roman, et je voudrais qu'il en soit de même pour vous. Mais je sais très bien que beaucoup risquent de s'y enliser et d'y rester parfaitement insensible.

Déjà, l'histoire n'est a priori pas très attirante. Pour être honnête, il ne se passe rien dans ce livre. Enfin si, il se passe un jeune homme qui découvre l'amour auprès d'une femme mariée à un homme sujet à des crises de démence, et qui refuse d'avoir un amour physique avec lui. De ce fait, pendant plus de quatre cents pages, Felix de Vandenesse nous livre ses pensées, l'histoire de son amour platonique avec son "lys" de la vallée de l'Indre. Tout ceci sur un fond historique très bien exploité, celui des deux restaurations sous Louis XVIII.
Dit comme cela, ça me fait penser à L'éducation sentimentale de Gustave Flaubert, que je ne suis jamais parvenue à finir. D'ailleurs, j'ai buté sur quelques passages très ennuyeux dans ce livre. Quand Balzac s'emballe trop, j'ai beaucoup de mal.

Sauf que, Balzac c'est quand même Balzac, et que Balzac est capable de me bouleverser avec une histoire a priori sans aucun intérêt. C'est ce qu'il a fait avec Le lys dans la vallée. Je me suis laissée transporter avec bonheur dans la vallée de l'Indre, qui est en parfaite harmonie avec la naïveté et la profondeur de l'amour qui unit Félix à son Henriette, ces deux êtres encore enfants qui se reconnaissent dans leur besoin d'amour.
Lorsque Balzac sort son style poétique le plus juste, il est imbattable. J'ai lu ce livre avec le sentiment d'être entourée de magnifiques couchers de soleil et de nuits étoilées. A plusieurs reprises, j'ai eu envie de pleurer. Et quand je lis des passages comme celui-ci, j'oublie tous mes reproches et je les savoure avec un plaisir rare :

page 92 : " Un soir, je la trouvai religieusement pensive devant un coucher de soleil qui rougissait si voluptueusement les cimes en laissant voir la vallée comme un lit, qu'il était impossible de ne pas écouter la voix de cet éternel Cantique des Cantiques par lequel la nature convie ses créatures à l'amour. La jeune fille reprenait-elle des illusions envolées ? La jeune femme souffrait-elle de quelque comparaison secrète ? "

A ce bonheur pur, simple et discret, qui ne peut s'épanouir que dans un paysage aussi naturel que la vallée qui entoure Clochegourde, viendront s'opposer les vices humains, les séductions égoïstes des vaniteuses citadines.
Henriette enveloppe ses sentiments véritables avec de la vertu, fait confiance à Félix après l'avoir mis en garde contre les défauts de l'homme. Elle en meure. Lady Audley étale sa passion qui n'est qu'une éphémère distraction, fait mine de renoncer à sa vertu. Elle n'en retire que des avantages.
Félix est touchant par sa soif d'amour, son attachement désintéressé, sa sincérité. Pourtant, tout ceci le rend également exaspérant, et la fin (abrupte et ironique, comme souvent chez Balzac, et qui m'a beaucoup amusée, parce qu'elle est surprenante et vraie) laisse penser que pour parvenir à construire sa vie, il devra renoncer à son côté enfant qu'aimait tant son premier amour, même avec celle qu'il aimera. Comme si la vie ne servait qu'à duper les gens, et donc à devenir vaniteux dès lors que l'on n'a plus son premier amour pour nous démasquer et nous faire aimer et éprouver de l'intérêt pour autre chose que nous même.

page 146 : "Oui, plus tard nous aimons la femme dans une femme ; tandis que de la première femme aimée, nous aimons tout : ses enfants sont les nôtres, ses intérêts sont nos intérêts, son malheur est notre plus grand malheur ; nous aimons sa robe et ses meubles ; nous sommes plus fâchés de voir ses blés versés que de savoir notre argent perdu ; nous sommes prêts à gronder le visiteur qui dérange nos curiosités sur la cheminée. Ce saint amour nous fait vivre dans un autre, tandis que plus tard, hélas ! nous attirons une autre vie en nous même, en demandant à la femme d'enrichir de ses jeunes sentiments nos facultés appauvries. "

L'avis d'Ermengarde.

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30 juin 2007

La Princesse de Montpensier suivi de La Comtesse de Tende ; Mme de Lafayette et Adieu ; Honoré de Balzac

9782253193142_G_1_Le Livre de Poche ; 96 pages.
1,50 euros.

" A la fin de la Renaissance, le duc de Guise s'éprend de Mlle de Mézières. Mais bien qu'elle l'aime aussi, la jeune fille est contrainte d'épouser le prince de Montpensier. Trois ans plus tard, un jour qu'il a perdu son chemin près du château de la princesse, le duc la rencontre au bord d'une rivière où elle est venue se reposer : elle rougit à sa vue, et lui-même comprend aussitôt que sa propre passion n'est pas morte.
Publié en 1662, le court récit de La Princesse de Montpensier fonde l'art classique de la nouvelle. Plus concise encore, et sans doute écrite la première, La Comtesse de Tende, qui resta inédite jusqu'au xviiie siècle, raconte elle aussi l'histoire d'un amour adultère, mais d'une noirceur plus grande. Car la noblesse et la magnificence des personnages ne doivent pas nous tromper. Mme de Lafayette jette sur la condition humaine un regard sombre et les deux héroïnes sont précipitées à l'abîme : La Princesse de Clèves leur fera bien plus tard écho. "

C'est en cherchant La princesse de Clèves que je suis tombée sur ce livre qui contient deux nouvelles de Mme de Lafayette dont je ne connaissais même pas l'existence.

La première nouvelle, La Princesse de Montpensier, est une tentative de l'auteur d'expliquer certains grands événements de l'Histoire de France comme l'assassinat du Duc de Guise sur ordre d'Henri III, par des intrigues amoureuses. Si la préface met en garde le lecteur contre les théories de Mme de Lafayette, elle met aussi en lumière la malice de cette femme, qui semble avoir élégamment déterré des scandales soigneusement étouffés.
La seconde, beaucoup plus courte, se concentre presque exclusivement sur les personnages et est davantage morale.

Dans une langue très belle, très agréable, Mme de Lafayette nous raconte donc la fragilité de la vertu chez les femmes en proie aux tourments de l'amour que sont la Princesse de Montpensier et la Comtesse de Tende, et les ravages que ce sentiment peut entraîner lorsqu'il se place entre deux ami(e)s ou alliés.

Surtout, c'est presque une négation de l'amour qui transparaît dans ce livre. Mme de Lafayette n'a pas l'air d'admettre l'amour dans le mariage, et lui substitue l'amour-propre, notamment dans La Comtesse de Tende. Quand l'époux est aimé de sa femme, il est indifférent,  et quand il aime, sa femme le rejette. Comme si avoir une attirance réciproque était répréhensible. Cela m'a d'autant plus frappée au cours de ma lecture qu'il me semble que c'est justement le sujet de La princesse de Clèves.
A en croire la préface, mes remarques ne sont d'ailleurs pas complètement fausses. Selon Laurence Plazenet, cela vient de la piété proche du jansénisme de Mme de Lafayette, qui lui fait penser que le seul amour possible est celui que l'on éprouve pour Dieu.
Malgré son statut de femme de lettres qui nous la font voir comme une femme moderne, la Comtesse de Lafayette est une femme bien dans son époque. Or, l'amour n'entre pas dans le schéma du bonheur conjugal au XVIIe. Mme de Lafayette tente de ce fait de démontrer qu'il n'est pas nécessaire, et qu'en plus il n'est qu'illusion. Ce sont les femmes qui doivent le plus s'en méfier. On le voit bien par les destins de la Princesse de Montensier et de la Comtesse de Tende qui sont beaucoup plus durs que ceux du Duc de Guise et du Comte de Tende (qui trompe sa femme au début de la nouvelle comme si c'était la chose la plus naturelle du monde). La phrase qui conclue La Princesse de Montpensier démontre de façon très claire l'opinion de l'auteur :

" Elle mourut en peu de jours, dans la fleur de son âge, une des plus belles princesses du monde et qui aurait été la plus heureuse si la vertu et la prudence aussent conduit toutes ses actions. "

Je ne partage pas l'avis de Mme de Lafayette, vous vous en doutez certainement, mais il contribue à donner un aspect historique au livre qui m'intéresse beaucoup.

Par ailleurs, bien que ces histoires ne soient pas forcément agréables pour leurs personnages et se finissent mal, elles se lisent avec un réel plaisir.  A aucun moment je n'ai eu le sentiment de lire un traité moralisateur, c'est beaucoup plus distrayant. En fait, pour une personne de notre époque, ne serait-ce que parce que le vocabulaire employé est différent, cet aspect est plutôt voilé. Ainsi, il est aisé de s'amuser des astuces des amants pour se retrouver, de leurs déclarations, et de leurs doutes. Et puis, je le répète, Mme de Lafayette a une plume dynamique et élégante.


51Q7G1FWNHLLe Livre de Poche ; 92 pages.
1,50 euros.

Comme j'étais dans les amours tragiques, je me suis dit qu'il était temps de relire un petit livre qui m'avait beaucoup marquée il y a quelques années, Adieu de Balzac.

" 1819. Par une brûlante journée de l'été finissant, deux  chasseurs - deux amis, le marquis d'Albon et le baron Philippe de Sucy - égarés dans une forêt de l'île-de-France entrevoient, sous les frondaisons d'un parc à l'abandon, une silhouette féminine d'une grâce aérienne. En cette jeune femme, folle, qui ne sait plus que répéter machinalement un seul mot, « Adieu », Philippe, bouleversé, reconnaît la comtesse Stéphanie de Vandières, la maîtresse passionnément aimée dont il fut tragiquement séparé en 1812, lors du passage de la Bérésina. Soulevé par un espoir insensé, il va tenter de rendre la vie à cette âme morte.
Ce récit insolite et saisissant, tout à la fois « étude philosophique » et « scène de la vie militaire » est l'un des plus achevés de La Comédie humaine. "

Je pense que je ne connais pas suffisamment cet auteur pour être capable de tout saisir dans cette nouvelle. Même si elle est très courte, et se lit très rapidement en raison d'un rythme assez rapide et de l'absence des fameuses descriptions interminables chères à Balzac, elle est très riche et nécessite de nombreuses explications de texte (c'est quand même Balzac...). Malgré mon ignorance, j'ai été comme lors de ma première lecture charmée par ce récit.
A l'image de tous les romans que j'ai lus de Balzac, le contexte historique est bien planté dans Adieu, avec de multiples références et la reconstitution de l'épopée napoléonienne en Russie. La débâcle française nous est dépeinte avec une intensité qui fait écho à celle du désespoir de Philippe de Sucy lorsqu'il revoit celle qu'il aime. Celui qui a survécu avec bravoure à la folie des hommes de Napoléon mourant de faim, de froid et de fatigue, est anéanti par celle de Stéphanie de Vendières, qui ne le reconnait plus et qui répond à ses caresses par une totale indifférence.

Il semblerait bien que ce soit l'intérêt de Balzac pour la médecine qui transparaisse dans ce livre. Comme à son habitude, il se sert de ses connaissances pour créer ses personnages. Stéphanie rappelle ainsi Victor, l'Enfant Sauvage (ainsi qu'un homme ayant vécu comme elle la retraite de Russie, mais je ne le connaissais pas et ne pouvais donc pas établir de parallèle entre eux). Comme l'Enfant sauvage, on a retrouvé Stéphanie nue, dans la forêt, et incapable de parler, sauf pour murmurer des "Adieu !" . Son Docteur Itard est son propre oncle, malheureusement impuissant face aux tourments de sa nièce.

Dans ce récit très bref, Balzac amène à s'interroger sur le bonheur et la vie. Ces êtres humains transis de froid qui acceptent de périr dans la neige, qui abandonnent, ont-ils tort de se résigner ? Ou devraient-ils tenter, se lever, et marcher au risque de périr noyé en voulant atteindre l'autre rive de la Bérésina ou de devenir fou comme Stéphanie ? Et Stéphanie elle même, qui semble heureuse malgré sa folie, doit-elle réellement mourir comme le pense son amant parce que sa folie lui donne moins l'esprit d'une femme que celui d'un animal ?

Pour résumer, deux petits livres qui m'ont beaucoup plu, et qui me donnent envie de découvrir davantage leurs auteurs.

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21 avril 2007

La duchesse de Langeais ; Honoré de Balzac

9782253096290_G_1_Édition Le Livre de Poche ; 248 pages.
4 euros.

" A l'égal de la princesse de Clèves et de la Sanseverina, la duchesse de Langeais est l'une des grandes divinités féminines de notre littérature.
Elle réunit en sa personne le triple prestige de la beauté, de la naissance et du malheur. Issue d'un sang illustre, Antoinette de Navarreins voit le jour en 1794, sous la Terreur, une bien sombre étoile qui sera pour elle la marque du destin. Quelque vingt ans plus tard, séparée de son mari abhorré que lui avait imposé un père indifférent, c'est l'une des gloires mondaines du Faubourg Saint-Germain.
Mais que dissimule la coquetterie glacée de cette aristocratique Célimène ? Et par quel étrange sortilège l'incandescente passion d'Armand de Montriveau va-t-elle à son tour la consumer ? Comme tout vrai chef-d'œuvre, ce " roman noir " - primitivement intitulé " Ne touchez pas à la hache " - est pour partie une autobiographie sublimée, c'est-à-dire le contraire d'un roman à clefs. " Moi seul sais ce qu'il y a d'horrible dans La Duchesse de Langeais ", confiait Balzac à l'un de ses proches.
C'est pourquoi l'œuvre conserve, depuis plus d'un siècle et demi, son mystère et sa force de séduction. "


Cela faisait plusieurs années que je n'avais pas lu Balzac. Il y a quelques semaines, j'ai été accrochée à la librairie par La Duchesse de Langeais, dont la récente adaptation au cinéma a entraîné une nouvelle édition.

Ce livre m'a happée dès les premières pages. J'ai lu avec délice la description de cette île où "Soeur Thérèse" a trouvé refuge. J'ai tremblé d'émotion avec ce général, fou d'amour et désespéré, qui sent à nouveau la présence de celle qui l'a abandonné cinq ans plus tôt.
Outre l'histoire d'une "passion" inassouvie, on trouve dans ce roman un regard critique sur la société française du XIXe. Car c'est aussi un roman qui renferme beaucoup de rancoeur. Balzac règle ses comptes avec la noblesse française cramponnée à ses titres et renfermée sur elle même, avec une description impitoyable du faubourg Saint-Antoine. Dans ce lieu à la mode vit et séduit la Duchesse de Langeais, qui est à la fois victime et coupable dans cette société méprisable, et qui incarnerait pour beaucoup une femme aimée en vain par Balzac.
Antoinette commence, à force de coquetterie égoïste et d'hypocrisie, par séduire le Marquis Armand de Montriveau. Elle en joue, le repousse, au nom des convenances, de sa réputation. Surtout, elle refuse de voir ses sentiments pour cet homme s'éveiller afin de se protéger, mais c'est justement cet aveuglement qui cause sa perte. Elle blesse un homme orgueilleux et vengeur, qui lui fait comprendre, trop tard, combien les grands principes moraux sont dérisoires et dépassés. 
Balzac décrit les tourments amoureux avec une foule de précisions, des termes choisis avec minutie, ce qui nous permet de ressentir la peine des deux principaux personnages avec autant de violence que si on y était. C'est violent, c'est douloureux, mais c'est sublime. Balzac possède un style poétique dans lequel je me suis plongée avec délice.
Seule la fin, trop rapide, trop froide, qui contraste avec le style passionné et les longs commentaires du reste du livre m'a un peu frustrée. Je sais que Balzac aime finir ses livres avec une touche très ironique, et nous en avons là un bel exemple, mais le réveil a été un peu brutal...

A noter que l'édition du Livre de Poche est vraiment très bien faite. La préface est vraiment très intéressante. Et les nombreuses annotations permettent de comprendre sans alourdir la lecture un roman rempli de références historiques et de termes dont le sens a évolué.

" Mais il n'y a point de petits événements pour le coeur ; il grandit tout ; il met dans les mêmes balances la chute d'un emprire de quatorze ans et la chute d'un gant de femme, et presque toujours le gant y pèse plus que l'empire. Après les faits viendront les émotions. " (page 59)

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23 mars 2007

Vingt-Quatre heures d'une femme sensibles ; Constance de Salm

2752902484Édition Phebus ; 189 pages.
10 euros.

" Véritable petit bijou, ce roman épistolaire publiée en 1824 se présente comme une variation sur la jalousie et ses affres. Confrontée à l'image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d'une autre beauté au sortir de l'opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les milles émotions qui l'assaillent. Au cours d'une nuit d'insomnie et d'une journée perdue à guetter un signe de celui qui -semble-t-il vient de la trahir, elle ne trouve d'autre consolation que de lui écrire. Quarante-quatre lettres pour dire vingt-quatre heures de fièvres, de doutes et de désespoir.
Cet unique roman de roman Constance de Salm bouleversera tous les amoureux de Stefan Zweig et de Marcelle Sauvageot. Poétesse et dramaturge, celle que l'on surnommait " la muse de la Raison " défendit ardemment la cause féminine et tint un brillant salon littéraire, ou se côtoyèrent Alexandre Dumas fils, Paul Louis Courier, Stendhal et Houdon. "

Comme le dit la quatrième de couverture, ce livre est absolument sublime. Le style est élégant, délicat, plein de sensibilité. Cela se retrouve dans l'histoire du livre. En fait, je n'ai pas grand chose à vous dire, sinon qu'il faut lire ce roman.
Cette femme qui écrit a les mêmes sentiments que n'importe quelle femme doutant de l'homme qu'elle aime. Son imagination déborde de pensées douloureuses tellement elle est tourmentée. Elle souffre, elle pleure, ne se contrôle plus. Dans une société où la dignité est fondamentale, c'est s'exposer à la réprobation générale. Mais lorsque l'on voit sa raison de vivre s'échapper, quelle que soit l'époque ou le lieu, il est difficile de se soucier d'autre chose que de sa douleur.
On suit cette héroïne dans ses pensées, on apprend à l'apprécier. Elle nous dépeint celui qu'elle aime et nous le fait aimer. C'est vraiment nous que l'on retrouve dans ces lignes. Sauf que cette femme a un talent épistolaire que nous n'avons pas (moi non en tout cas) ...

" n'as-tu donc jamais éprouvé que le dernier mot que l'on se dit en se quittant laisse dans l'âme une impression qui dure jusqu'à ce que l'on se revoie ? " (page 16)

" Que me parle t-on de déshonneur ! S'il fallait paraître devant le tribunal de l'honneur même, je dirais : Je l'aimais ; ce mot suffirait pour ma défense. Que dirais-tu pour la tienne ? " (page 131)

L'avis de Clarabel (je sais que j'ai vu ce livre sur un autre blog, mais impossible de me rappeler lequel).

Remarque : Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve qu'il y a une certaine ressemblance entre ces couvertures :
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20 septembre 2006

Aziyadé suivi de Fantôme d'Orient ; Pierre Loti

41NH3E3Y6VLEdition Folio ; 406 pages.
7,50 euros.

Ce roman autobiographique raconte le voyage de Pierre Loti en Turquie, où il a rencontré l'un des amours de sa vie, Aziyadé. Cette jeune femme turque vit dans un harem, et c'est en croisant son regard depuis la rue que Loti en tombe amoureux. Aidé de son fidèle Samuel, il la reverra, et vivra un bref amour avec elle, avant de repartir, avec la ferme intention de revenir.

C'est Fantôme d'Orient qui nous raconte en détails le retour de Loti en Turquie. Celui-ci intervient des années plus tard, et "Stamboul" à changé. C'est sans le jeune Samuel, que Loti part à la recherche d'Aziyadé.

A travers ce livre, Loti nous dévoile combien il a aimé la Turquie, et surtout sa capitale, "Stamboul". Il nous parle de ses amis, Achmet, Samuel (qui l'aime éperdument), et surtout de cet amour perdu, mystérieux, Aziyadé. Tout le livre sans le mystère, on imagine sans peine les rues de "Stamboul", son atmosphère, les habitants de cette ville tant aimée de Pierre Loti. L'histoire, par son caractère autobiographique, est à l'image de ce dernier, pleine de non-dits (il semblerait que ce soit aussi en raison du caractère "choquant" de certaines choses pour l'époque où a été écrit le livre), de dissimulations (les noms ont parfois été changés, et sont difficiles à vérifier), un peu comme si Loti avait voulu se confier, sans trahir les personnages qu'il a aimés et à qui il pense avoir fait suffisamment de tort.

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