30 septembre 2010

La Faute de l'Abbé Mouret ; Emile Zola

9782070338290FSFolio ; 503 pages.
1875.

Mon histoire avec Zola, c'est un peu celle d'Elizabeth Bennet et Fitzwilliam Darcy (attention, je vais délirer). De tous les auteurs que j'ai étudiés dans le secondaire, je crois que c'est le seul dont je gardais un souvenir désastreux. Il m'a valu la pire note de ma vie en cours de français (après une lecture très laborieuse), et mon orgueil blessé a alors décrété que tout était de la faute de Zola.
Finalement, les années passant, j'ai eu l'occasion d'entendre des avis très contradictoires sur l'auteur, suffisamment argumentés pour que j'accepte de tendre de nouveau l'oreille lorsque j'entendais son nom, et finalement je l'ai fait. J'ai lu Au Bonheur des Dames, et j'ai réalisé que Zola gagnait peut-être à être connu. Il restait à confirmer que je pouvais apprécier cet auteur pour autre chose que ses très rares concessions à l'amour heureux (je force le trait, l'écriture dans Au Bonheur des Dames est incroyable, et l'on n'est pas tout à fait dans un conte de fées...), alors j'ai ploufé entre les Rougon-Macquart présents dans ma bibliothèque.

La Faute de l'Abbé Mouret est le cinquième volume de la série. Il met en scène Serge Mouret (le frère d'Octaaaave !), abbé des Artaud, où vivent des campagnards descendant d'une même famille. Alors que la paroisse est en proie au vice, que les messes sont dites sans personne pour les écouter, et que les jeunes filles se marient systématiquement parce qu'elles sont enceintes, l'abbé Mouret est le plus intègre des hommes. Ses tourments sont si grands qu'il refuse toute idée de matérialité. Sa seule passion est  pour la Vierge, une passion presque sensuelle. Le Frère Archangias, misogyne notoire, (et hypocrite fini) est d'ailleurs là pour prévenir tout écart du curé.
Pourtant, lorsque son oncle Pascal le mène au Paradou, cette demeure à l'écart, où vivent un philosophe athée et Albine, une enfant sauvage et naturelle, la vie de l'abbé Mouret bascule. Il oublie son passé, et renaît au sein de cet Eden aussi envoûtant que menaçant, amoureux fou d'Albine.

Ce livre est extraordinaire, tout simplement. J'avoue avoir connu des moments difficiles pendant la seconde partie qui contient des descriptions indigestes pour moi actuellement, le passage entre les deux premières parties m'a paru abrupte (malgré des explications par la suite), et pourtant je tiens là l'un de mes plus gros coups de coeur de l'année.
La Faute de l'Abbé Mouret est une réécriture de la chute, Serge et Albine étant de nouveaux Adam et Eve. Ils sont nus lorsqu'ils se rencontrent. La pureté de la jeune fille est celle des êtres que la société (et encore plus celle où le Père Archangias évolue) n'a pas atteints, il est amnésique et donc renaissant.

"Serge ne pouvait plus vivre sans le soleil. Il prenait des forces, il s'habituait aux bouffées du grand air qui faisaient s'envoler les rideaux de l'alcôve. Même le bleu, l'éternel bleu commençait à lui paraître fade."

Mais la santé nouvelle de jeune homme est fragile, le Paradou contient la même tentation que l'Eden original, et Serge redevient l'abbé Mouret.
Outre la fatalité (ou plutôt l'hérédité), Serge et Albine sont les victimes d'une France qui se transforme. Le Frère Archangias n'est prêt à faire aucune concession à la morale dont il se croit le garant, et son opposition avec le Philosophe, le gardien d'Albine (qui fait au passage preuve d'une irresponsabilité totale lorsqu'il laisse Albine s'occuper seule de Serge), est frontale. Moi qui savoure les discours anticléricaux, j'ai été servie. Si l'abbé Mouret est parvenu à m'émouvoir, c'est parce que ses tourments étaient ceux de Serge, l'homme. L'abbé est un acharné au début du livre.

"La mépris de la science lui venait ; il voulait rester ignorant, afin de garder l'humilité de sa foi."

Bien que la préface de mon édition insiste sur le fait que l'auteur ne prend pas clairement partie pour cette position, j'ai trouvé que l'Eglise était assez durement tournée en dérision, parfois avec humour, parfois de manière dramatique. L'assaut de l'église mené par les poules de Désirée au début du roman est délectable. Cette scène incongrue n'est d'ailleurs pas la seule du roman. La fin tragique est ainsi associée à une intervention aussi malvenue que pleine d'humour de la part de la sœur de l'Abbé.
J'ai également eu mes moments de rage. J'avais beau savoir que ça finirait mal, observer Serge et Albine se repousser a été éprouvant. Cela sans aucun doute grâce au style puissant de Zola, qui nous offre des passages d'une force incroyable. Ce livre contient ainsi l'une des morts les plus poétiques et les plus tristes que j'ai lues.

Vraiment un moment de lecture incroyable. Je peux encore moins que d'ordinaire prévoir mes lectures, mais je vais tenter de revenir au plus vite vers Zola.


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26 avril 2009

Madame Bovary ; Gustave Flaubert

resize_4_Pocket ; 478 pages.
1857.

Flaubert et moi avons une relation très compliquée. Je me suis jetée sur L'éducation sentimentale quand j'étais en terminale, convaincue qu'il allait s'agir du livre de ma vie. J'ai en vain tenté de le terminer durant trois étés, avant de me jurer que je ne relirai jamais Flaubert. Mais j'ai entendu tellement de bien de Madame Bovary, tant sur les blogs que de la part de mes quelques amis livrophiles, que j'ai été convaincue de renouer avec cet auteur. En plus, Une vie de Maupassant est bourré de clins d'oeil à cette oeuvre. J'étais donc à nouveau sûre de faire une merveilleuse rencontre, et je dois avouer que je ne suis pas tout à fait convaincue...

Charles Bovary est un jeune médecin établi en Normandie. Au cours d'un premier mariage, plutôt raté et de courte durée, avec une femme plus âgée, il tombe amoureux de la fille de l'un de ses patients, Emma Rouault. Ils se marient à la mort de la première madame Bovary, mais le bonheur ne vient pas pour Emma. Elle rêve d'avoir la vie des héroïnes des romans qu'elle dévore, et donc de mener une existence luxueuse et d'aimer inconditionnellement un homme admirable.
Parce qu'il pense que sa femme en a besoin pour sa santé, l'ennuyeux et dévoué Charles décide de déménager. Ils vont vivre à Yonville-l'Abbaye, un petit village où les places sont chères. Là-bas, Emma pense parvenir à trouver ce qui lui manque dans des relations extra-conjugales et un train de vie ruineux.

Je suis dans un état un peu particulier après ma lecture de ce livre. Je l'ai trouvé inégal en fait. Des passages m'ont impressionnée quand d'autres ont manqué de me faire mourir d'ennui. J'ai adoré la première et la troisième partie, mais la deuxième m'a souvent pesé. En fait, l'absence totale ou presque de piment dans la vie d'Emma m'a fait beaucoup d'effet.
Pourtant, il s'agit indéniablement d'un livre audacieux. Le personnage d'Emma est universel. On la comprend et la méprise tour à tour. Elle est à la fois la pauvre idiote qui se jette dans les bras de tout ce qui ressemble à l'amour tel qu'elle le conçoit (même l'Eglise, d'une façon très bien tournée de la part de Flaubert), et celle qui agit en refusant de tenir un rôle de potiche. Elle le fait naïvement et de façon irresponsable, mais elle a plusieurs fois l'occasion au cours de sa courte existence de marcher la tête haute (contrairement à bien des hommes du roman). Cela la conduit à de grosses désillusions. Celle qui m'a particulièrement marquée est lorsqu'elle retire définitivement son estime à Charles :

"Emma, en face de lui, le ragardait ; elle ne partageait pas son humiliation, elle en éprouvait une autre : c'était de s'être imaginé qu'un pareil homme puisse valoir quelque chose, comme si vingt fois elle n'avait pas suffisamment aperçu sa médiocrité."

Elle détonne cette madame Bovary, au milieu de tous ces êtres soit ridicules, soit odieux (ce Lheureux !!), soit complètement lâches. Deux autres personnages ont particulièrement attiré mon attention. Homais, tout d'abord. Je croyais au début qu'il était le fameux Rodolphe (j'ai lu Madame Bovary en extrait BD quand j'étais petite)... Son ambition le rend peu sympathique, et il sait se rendre parfaitement ridicule (même si personne n'est à même de s'en apercevoir), mais il est aussi le porte-parole de certaines idées à fort potentiel (qui elles aussi sont vouées à demeurer inconnues).
Léon ensuite, est très intéressant. Il aime la musique allemande, "celle qui porte à rêver", et devient celui qui joue le rôle de la maîtresse dans sa liaison avec Emma. Le roman en lui même est rempli d'une ironie amère, et Léon n'est pas le plus épargné.
J'attendais beaucoup du style de Flaubert en général, et je suis satisfaite, mais pas pour les raisons que j'attendais. Je ne l'ai pas trouvé particulièrement beau (enfin, ça dépend avec qui on compare...), mais j'admets qu'il est très efficace. J'ai ri, j'ai été écoeurée et bouleversée. J'ai adoré la scène des pistolets et l'escapade de Léon et Emma en calèche, je me suis caché les yeux quand Hippolyte se fait opérer, la mort d'Emma est parfaite, et son ennui m'a aussi parfaitement atteinte (désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher).

En fait, j'ai vu un texte foisonnant et bourré de qualités se dérouler devant mes yeux, mais je n'ai pour ma part connu que des tentatives de décollage vers l'extase qui n'ont pas réussi à prendre (sauf pour la troisième partie, un peu tard malheureusement pour parler de coup de foudre). C'est horriblement frustrant.

Les avis hystériques de Caro[line], de Fée Bourbonnaise et Nibelheim.
Je suis désolée que tu ne me parles plus Erzébeth...

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22 avril 2009

Mémoires de deux jeunes mariées ; Honoré de Balzac

177267_0_1_Le Livre de Poche ; 380 pages.
1842.

J'ai récemment fait la découverte d'un texte de Balzac intitulé Physiologie du mariage, qui contient des idées étonnantes (pour l'époque) sur les femmes en tant qu'épouses. Je ne l'ai pas lu (à part un bout d'extrait contenu dans mon édition du Père Goriot), mais ce qu'on m'en a dit m'a donné envie de dépoussiérer Mémoires de deux jeunes mariées, où je pensais voir développés des principes du même ordre.

1824. Louise de Chaulieu et Renée de Maucombe viennent de quitter le couvent où elles ont vécu pendant un peu moins de dix ans.
La première appartient au meilleur monde, et retrouve à Paris une famille qui ne désirait pas vraiment la revoir. Elle découvre peu à peu la société des hommes, mais aucun ne provoque en elle un intérêt quelconque. Alors que son père est nommé à Madrid, pour l'accompagner, elle prend des leçons d'espagnol avec un jeune homme exilé. Il est laid, mais il l'intrigue de plus en plus. Elle finit par apprendre qu'il est un grand d'Espagne déchu, qui a renoncé à son titre et à sa fiancée au profit de son frère.
Louise est une amoureuse de l'amour, aussi va t-elle se lancer à coeur perdu dans son histoire avec Felipe, et jouir de la passion qu'il éprouve à son endroit, sans éprouver le bonheur de la maternité (je n'aurais jamais pensé écrire ces mots ici...).
Renée a quant à elle été sortie du couvent pour être mariée à un noble campagnard, Louis de l'Estorade. Il a été brisé par la retraite de Russie, de laquelle il n'est rentrée qu'après des années d'angoisse pour ses parents. Il a trente-sept ans, et s'éprend follement de Renée, qui ne l'aime pas, mais qui se laisse épouser. Pour la jeune fille, le bonheur viendra de la maternité.
Nous suivons les deux amies au gré des lettres qu'elles s'échangent durant plus de dix années, rythmées par les nombreux bouleversements politiques que connaît la France.

Que dire, si ce n'est que j'ai encore passé un excellent moment avec Balzac grâce à ce livre ? Pour être tout à fait honnête, il n'aurait pas fallu que ce soit plus long, mais j'ai lu ce livre pratiquement d'une traite. Je suis impressionnée par les capacités de l'auteur à se mettre dans la peau des deux héroïnes. Si je n'avais pas su qu'il s'agissait d'un roman de Balzac, j'aurais été convaincue que seule une femme pouvait avoir écrit un tel roman. 
Avec ces lettres, on entre directement dans le domaine de l'intime de ces deux héroïnes, entre lesquelles un280px_BalzacMemoirsYoungWives01_1_ parallèle se tisse tout au long du livre. Elles sont jeunes et piquantes au début, dans une certaine mesure, mais surtout pleines de considérations sur le monde, considérations issues de leur éducation au couvent et de quelques lectures (autrement dit, pas grand chose de concret). Elles parlent de bonheur, le vivent différemment. Renée est comblée par la maternité, et se contente d'une vie morne à travers ses enfants. Elle suit le schéma qui a été décidé pour elle.
Louise est différente. Elle méprise sa mère qu'elle a du mal à considérer comme telle, et son choix de vivre passionnément et pleinement ses amours semble la priver de la possibilité d'avoir des enfants. Elle est manipulatrice (j'ai trouvé la scène où Felipe descend de son arbre au plus vite extrêmement drôle, j'ai honte), et devient peu à peu pathétique, mais je préfère mille fois sa vie à celle de Renée. Son insouciance, qui va jusqu'à lui faire croire que l'on peut vivre indéfiniment d'amour et d'eau fraîche est naïve, et lui coûte très cher, mais il s'agit d'un trait de personnalité que je ne peux reprocher. Ce n'est d'ailleurs pas comme si elle ignorait la fragilité de sa position : "Je suis si haut que s'il y avait une chute je serais brisée en mille miettes."
Ces deux jeunes femmes sont en effet étranges, complexes, et mènent leur bonheur en fonction de leurs illusions, tout en ayant une conscience des réalités très poussée.
On voit assez peu la société dans ce roman de Balzac, ou plutôt on la voit avec un angle différent de celui qui était adopté dans Le Père Goriot par exemple. Mais son ombre est bien présente : "tu as sagement accompli les lois de la vie sociale, tandis que je suis en-dehors de tout. "
Et l'on a ce qui me touche le plus chez cet auteur, les décors vivants, dans lesquels se reflètent les hommes.

Je dois encore vous parler de Ferragus, et je devrais ensuite passer à un autre auteur. Peut-être qu'Emma Bovary va finalement me convaincre...

19 avril 2009

Gobseck ; Honoré de Balzac

280px_BalzacGobseck01_1_Omnibus ; 45 pages.

Après avoir achevé Le Père Goriot, j'ai voulu immédiatement savoir comment les choses s'étaient achevées entre Mme de Restaud et son époux. Gobseck m'a permis d'assouvir ma curiosité et plus encore.

Nous sommes vers 1830. Derville, un avoué, se trouve chez la duchesse de Granlieu. Celle-ci voit d'un mauvais oeil l'idée d'une union entre sa fille Camille, et Ernest, le fils aîné de Mme de Restaud (qui était l'une des demoiselles Goriot). Afin de venir en aide aux amoureux, Derville se propose de raconter comment sa vie a été liée à celle des de Restaud, par le biais d'une usurier hollandais, un certain Gobseck.

Ce très court texte est à nouveau un enchantement que nous offre Balzac. Il a été écrit avant Le Père Goriot, mais il met en scène des événements qui se déroulent en parallèle (l'affaire des diamants) et après cette histoire.
En moins de cinquante pages, Balzac nous donne un aperçu très piquant de la "belle société", où chacun tente de rouler l'autre, et s'incline comme la plus misérable créature devant l'argent.
Gobseck est un individu qui n'a que cette valeur, et qui est absolument impitoyable, ce qui le rend presque effrayant. On ne peut qu'apprécier sa clairvoyance à l'égard des stéréotypes que symbolisent Maxime de Trailles et Mme de Restaud :

"Ces sublimes acteurs jouaient pour moi seul, et sans pouvoir me tromper. Mon regard est comme celui de Dieu, je vois dans les coeurs."

L'usirier règne sur ces désespérés, qui semblent si sûrs d'eux par ailleurs. Je vous ai mis une illustration de l'une des scènes les plus marquantes du livre : Mme de Restaud qui met sa perfidie au service de ses enfants, mais qui ne fait finalement que les livrer un peu plus à Gobseck. Elle est complètement désemparée dans ce texte. La description de sa chambre lors de la première visite du vieil avare chez les de Restaud m'a également fait une forte impression. 
Et que dire de l'ironie avec laquelle l'usurier dépeint le pauvre M. de Restaud, qui est de "ces âmes tendres qui, ne connaissant pas de manière de tuer le chagrin, se laissent toujours tuer par lui".
D'autant plus qu'au final, Gobseck ne connaît pas un destin différent, et finit par pourir comme ces gages qu'il préfère laisser à la moisisure plutôt que de céder sur son avarice.

A lire absolument !

*Illustration d'Edouard Toudouze, prise sur Wikipedia.

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15 avril 2009

Le père Goriot ; Honoré de Balzac

resize_4_Pocket Classiques ; 378 pages.
1835.

Je suis loin d'avoir lu toute la Comédie Humaine, mais j'aime énormément Balzac. Pour une raison inexplicable, je pensais que Le Père Goriot était un roman raté de l'auteur. Il est beaucoup étudié dans le secondaire, j'imagine que certains de mes camarades ont dû souffrir dessus. Il a fallu qu'Erzébeth fasse un billet plus qu'élogieux dessus pour que je me décide à l'acquérir, et encore plusieurs mois avant que j'éprouve l'envie de le lire.

1819. Nous sommes dans la pension Vauquer, une misérable institution où se côtoient des individus au train de vie modeste, mais qui ne manquent pas d'ambition. Parmi eux, le père Goriot est l'objet de taquineries perpétuelles. Après avoir eu pendant quelques temps des allures de riche homme, il semble de plus en plus en proie à des difficultés financières. Son malheur vient de deux femmes que les autres occupants de la pension imaginent être des courtisanes, mais qui s'avèrent être les filles du père Goriot. Ce dernier les a très richement mariées, et depuis, elles le dédaignent et ne viennent le voir que lorsqu'elles ont besoin d'un argent qu'elles ne peuvent demander à leurs maris. Goriot, aveugle car très aimant, cède à tous leurs caprices.
Nous faisons la connaissance des deux femmes par le biais d'un autre pensionnaire de Madame Vauquer, Eugène de Rastignac. Ce jeune provincial, issu d'une famille noble désargentée, parvient à entrer dans les meilleurs cercles de la société de Saint-Germain grâce à la vicomtesse de Beauséant, sa cousine éloignée. Il devient l'amant de Madame de Nucingen, la cadette des filles Goriot, ce qui lui attire les affections du vieillard. 

Voilà l'un des meilleurs livres de Balzac que j'ai lus. Le Père Goriot est un texte incroyablement vivant, ironique, foisonnant. Il ne se contente pas de suivre le malheureux vieillard qui se laisse ruiner par ses filles et de nous offrir une réflexion sur la paternité. C'est toute la société de Saint-Germain qui est passée à la loupe, avec d'innombrables clins d'oeil aux autres romans de l'auteur. J'ai une folle envie de me replonger dans La duchesse de Langeais, je vous parle bientôt de Gobseck, et il me faut La femme abandonnée. Sans parler de Rastignac et de Vautrin, qui sont parmi les personnages balzaciens les plus célèbres, et que je meurs d'envie de retrouver.
On ne s'ennuie pas une seconde tellement les destins abordés sont nombreux. Le paraître, les intrigues amoureuses ou autres, le mariage, l'amitié, sont développés dans un portrait très cynique de la société de Saint-Germain (la pension Vauquer n'est pas non plus épargnée). Cette pauvre vicomtesse de Beauséant, qui tient un salon où tout le monde veut paraître, et qui est finalement jetée à tous ces vautours venus contempler son coeur brisé, j'en ai encore mal pour elle... Si j'aime tant les personnages de Balzac, c'est parce qu'il a beau les décrire comme étant la représentation physique de ce qu'ils sont intérieurement, ils n'en sont pas caricaturaux pour autant. On les voit odieux puis misérables, parce qu'ils vivent finalement tous dans un milieu où les gens se mangent entre eux. J'imaginais que les filles de Goriot étaient de véritables mégères. Après lecture de ce roman, je n'approuve évidemment pas leur comportement. Mais elles ont leur part de malheur, et Goriot pense lui même qu'il est en partie responsable de sa situation.
Je me demande vraiment comment Rastignac va tourner dans cette société pourrie, et les suggestions de Bianchon concernant la décoration d'une certaine tombe m'ont fait beaucoup rire. La fin est vraiment plombante, même si Balzac nous offre comme d'habitude une petite pique pour achever son texte.

Si vous voulez lire cet auteur, ce livre me semble être une parfaite introduction à son oeuvre. Il ne comporte aucune longueur, la présentation de la pension Vauquer est juste jouissive, et il est de plus en plus difficile de poser ce roman au fur et à mesure qu'on avance dans l'intrigue. En plus, si j'en crois tous les commentaires lus ici et là sur la blogosphère, Vautrin est un vrai tombeur (même si j'avoue préférer Rastignac pour l'instant).

Les avis d'Erzébeth , d'Isil et de Yue Yin.


13 avril 2009

L'ensorcelée ; Jules Barbey d'Aurevilly

51WD01N0VJLFolio ; 309 pages.
1854.

Madame Bovary ne me séduisant pas vraiment (mais promis, je le lirai), j'ai décidé de me plonger dans ce livre acheté il y a deux ans et dont j'avais déjà lu le début (je lis parfois le début d'un livre avant de le reposer, même s'il me plaît, j'ignore pourquoi). 
Si vous ouvrez ce livre, ne lisez surtout pas la quatrième de couverture. Il raconte toute la fin...

Nous sommes dans l'ouest normand, au milieu du XIXe siècle. Le narrateur revient de Coutances, où il a passé quelques jours pour affaires, et s'apprête à traverser la lande de Lessay, sur laquelle circule toutes sortes de rumeurs de sorcellerie et de brigandage. Alors que la nuit va tomber, notre narrateur fait une halte au cabaret du Taureau rouge, où la patronne lui donne pour compagnon de voyage maître Tainnebouy, un fermier qui se rend dans la même direction que lui. A mi-chemin, alors que la pénombre est de plus en plus forte, la jument de maître Tainnebouy se blesse, contraignant les deux hommes à s'arrêter. Le fermier confie alors au narrateur sa crainte d'être victime d'un sortilège lancé par l'un des pâtres errants qui hantent la lande.
A minuit, le son d'une cloche se fait entendre, annonçant une messe injustifiée dans l'abbaye de Blanchelande. Maître Tainnebouy explique à notre narrateur que l'église est hantée. En effet, celui qui tente de dire la messe est mort depuis bien longtemps.
Commence alors le récit d'une histoire qui a marqué la presqu'île du Contentin pendant la Révolution. Après avoir chouanné, Jéhoël de la Croix-Jugan, un prêtre autrefois aussi beau que Saint-Michel, a tenté de se suicider par balles, anéanti par la défaite. Il ne sera que défiguré et, bien que suspendu provisoirement de l'Église, il doit assister aux offices dominicaux qui se tiennent à Blanchelande. Ainsi, il rencontre Jeanne Le Hardouey, fille d'une ancienne famille noble décimée, et épouse pour sa honte d'un fermier certes riche, mais qui a acquis son bien honteusement. Dès sa première rencontre avec l'abbé de la Croix-Jugan, Jeanne est ensorcelée par cet homme. L'amour qui naît en elle, dans un contexte aussi tendu que la Révolution, la plongera, ainsi que toute la contrée, dans des tourments dramatiques.

Voilà un roman pour le moins troublant ! Il ravira à coup sûr les amateurs de romans à l'ambiance gothique, car la lande est isolée, désolée, hantée, témoin de faits terribles et inexplicables. Je disais dernièrement que Maupassant écrivait merveilleusement bien, Barbey d'Aurevilly n'a pas non plus à rougir de ce côté là. Son style donne davantage une impression de vieilli, mais il est tout aussi poétique, et s'adapte parfaitement à l'histoire racontée ici.   
L'atmosphère tourmentée qui ressort s'explique par la situation de la région de Blanchelande. La défiance hante toujours les esprits, puisque les Chouans et les Bleus s'y sont affrontés durement, et que les vestiges de ces combats, symbolisés par des individus, sont toujours emplis de violence et de haine. L'envoûtement dont est victime Jeanne Le Hardouey constitue un prétexte pour régler les comptes qui ne l'ont pas été durant la Révolution, et permet des scènes absolument abominables. Les superstitions et l'amour des rumeurs des gens de Blanchelande exacerbent aussi les craintes et permettent aux individus de dérouler une cruauté et un côté bestial effrayants. Les romans empruntant au genre gothique que j'ai lus jusque là m'avaient fait sourire. Cette fois, j'ai vraiment frissonné. Tout est vraiment sens dessus dessous dans cette histoire. Les anciens chouans ne sont étrangement pas de grands catholiques. Il faut attendre le drame pour que la Clotte, ancienne courtisane, éprouve le besoin "brûlant et affamé d'une prière".
Je ne pense pas que j'aurais apprécié l'homme chez Jules Barbey d'Aurevilly. Du peu que j'en sais, il ne partageait pas vraiment les mêmes idéaux que moi. L'évolution de la société française est critiquée dans ce livre et je suis une athée convaincue. Mais ici, cela permet de créer une distance extrême entre les groupes d'individus, et donc d'expliquer la tension décrite. Et si le progrès avait atteint les landes, ce livre ne serait pas aussi puissant.
Le pire est qu'au final, L'ensorcelée se révêle être un roman frustrant, qui n'offre aucune réponse au lecteur. Au lieu d'une explication, nous avons droit à des révélations supplémentaires, qui achèvent de nous briser le coeur. 

Un livre que j'ai donc trouvé fascinant et assez difficile. J'ai du mal à le rattacher à des lectures précédentes, ce qui me pertube encore plus, tout en me donnant très envie de persévérer avec cet auteur.   

10 avril 2009

Une vie ; Guy de Maupassant

untitledLe Livre de Poche ; 256 pages.
1883.

Je crois que je n'avais rien lu de Maupassant depuis le lycée. J'avais seulement lu quelques nouvelles, que j'avais beaucoup aimées, mais qui ne m'avaient pas donné l'envie de replonger dans cet auteur. Mais j'ai tous les ans des envies de classiques français au printemps, alors je me suis dit que c'était l'occasion de renouer.

1819. Jeanne vient de sortir du couvent, et elle est une jeune femme pleine d'espérances. Avec ses parents, elle retourne dans la demeure familiale des Peuples, en Normandie. Là-bas, les fauteuils du salon représentent les Fables de La Fontaine, et les tentures de sa chambre évoquent des amours mythiques. La pluie fait place au beau temps, et la campagne semble pleine de promesses.
Lorsqu'elle rencontre le jeune et séduisant Julien de Lamare, Jeanne ne tarde pas à développer pour lui des sentiments comme elle en avait imaginé dans ses rêves. Ils se marient, et partent en Corse pour leur voyage de noces.
La complicité qu'ils développent est alors totale, mais éphémère. Dès leur retour aux Peuples, l'existence de Jeanne commence à sombrer.
Sa vie sera dès lors rythmée seulement par des évènements très ponctuels, douloureux, remplaçant ses rêveries par l'image d'un "avenir clos".

Etrangement, pour ne pas dire, de façon inquiétante, la première référence qui m'est venue à l'esprit en lisant ce livre, a été Flaubert. Autrement dit, l'auteur qui a failli me faire mourir d'ennui et me dégoûter de la lecture avec L'éducation sentimentale. Bon, il est vrai que j'ai pensé à ce roman seulement plus loin dans le livre, et en me disant qu'Une vie était quand même vachement mieux (pas bien compliqué). Mais pour moi, penser à Flaubert, même quand il ne s'agit pas de L'éducation sentimentale, c'est mauvais signe (je n'y peux rien, d'ailleurs je lis en ce moment même Madame Bovary pour prouver ma bonne volonté). Je vous sens complètement perdus là, donc je m'explique : si j'ai pensé à Flaubert très vite, c'est parce que Jeanne et sa mère m'ont fait penser à Emma (sur laquelle je n'avais que des a priori avant aujourd'hui). Ecoutez les tendres délires de cette chère Jeanne à propos de son futur amoureux :

"Elle savait seulement qu'elle l'adorerait de toute son âme et qu'il la chérirait de toute sa force. Ils se promèneraient par les soirs pareils à celui-ci, sous la cendre lumineuse qui tombait des étoiles. Ils iraient, les mains dans les mains, serrés l'un contre l'autre, entendant battre leurs coeurs, sentant la chaleur de leurs épaules, mêlant leur amour à la simplicité suave des nuits d'été, tellement unis qu'ils pénètreraient aisément par la seule puissance de leur tendresse, jusqu'à leurs plus secrètes pensées."

Maupassant a vraiment dû s'éclater en écrivant ce passage (et encore, je ne vous ai pas tout mis)...
Quant à la baronne Le Perthuis des Vauds, elle lit Corinne de Mme de Staël (que je compte également lire depuis peu), et apprécie beaucoup de se replonger dans ses souvenirs heureux.
Si j'ai quand même tenu à continuer, malgré ma peur de me retrouver chez un nouveau Flaubert, c'est d'abord pour le style de Maupassant. J'ai rarement lu un livre aussi bien écrit, aussi poétique, qui me fait  à ce point ressentir ce qu'il décrit. Etant donné l'entourage littéraire de Maupassant, cet aspect n'est pas forcément surprenant, mais il n'en est pas moins jouissif. L'environnement ne fait qu'un avec l'humeur de Jeanne. Plus on avance dans sa vie, et plus les hivers semblent longs et nombreux. Au début, quand l'amour est encore là, on peut apprécier la sensualité présente dans ce livre :01921_eugene_delacroix_1_

"Cambrant sous le ciel son ventre luisant et liquide, la mer, fiancée monstrueuse, attendait l'amant de feu qui descendait vers elle. Il précipitait sa chute, empourpré comme par le désir de leur embrasement. Il la joignit ; et, peu à peu, elle le dévora."

Cela peu paraître étrange pour quelqu'un qui vient de finir un livre de Bukowski, mais j'ai été surprise par l'audace de Maupassant vis à vis de la sexualité. Certes, ma connaissance de la littérature française du XIXe siècle est très limitée, mais je n'ai pas le souvenir d'avoir lu des ouvrages évoquant aussi explicitement l'acte sexuel (je parle des auteurs dans la lignée de Maupassant, pas de Sade et compagnie). Avec Une vie, on pénètre dans la chambre conjugale. On a une description claire de la nuit de noces. La jouissance féminine est aussi évoquée, et Maupassant nous indique les surnoms que donne Julien aux parties intimes de son épouse.
A travers cela, l'auteur nous parle de la condition des femmes : Jeanne est complètement ignorante de ce qui se rapporte au sexe quand elle épouse Julien. Sa mère refuse de lui en parler, par gêne, et son père ne bafouille que quelques mots inutiles en guise d'explications le jour du mariage de sa fille. Par conséquent, la jeune fille, qui en plus est plutôt du genre longue à la détente, n'a aucun moyen de comprendre pourquoi, alors qu'ils sont déjà mariés, Julien lui promet qu'elle sera sa femme le soir de leurs noces. Et je ne vous parle même pas de ses connaissances sur comment on fait les enfants... ma_destinee_1_
Le récit se déroule à partir de 1819, mais Maupassant écrit un roman qui soulève bel et bien les questions de son temps. Outre la sexualité, la religion est évoquée, de façon quelque peu ambigüe d'ailleurs. La description des moeurs normandes que l'on trouve dans ce roman, les découvertes de nombreux adultères par Jeanne, laissent penser que le catholicisme a perdu du terrain. Mais le nouveau curé, la réaction hypocrite des gens lorsque l'on renonce à faire faire sa communion à Paul, et même Jeanne elle-même, tendent à faire penser le contraire.
Elle est vraiment très sage cette Jeanne, qui supporte toutes les actions de son mari sans broncher ou presque, qui se laisse embobiner par un curé fanatique jusqu'à ce qu'il commette l'irréparable, et qui laisse finalement la vie la piétiner. J'ai parfois eu envie de la secouer, de l'obliger à se révolter, de l'empêcher de plonger un peu plus profond dans le néant de sa vie.
La fin m'a arraché un dernier sourire, parce que tout n'est pas noir non plus. Et rien n'est ennuyeux. J'ai absolument adoré ce livre, même si mon billet est inintéressant. J'en ai savouré chaque mot, et je veux lire tout Maupassant désormais.

Le premier tableau, La mer à Dieppe , est d'Eugène Delacroix. La seconde illustration, Ma destinée (1867), est de Victor Hugo.

 

19 juillet 2008

La Chartreuse de Parme ; Stendhal

51SD59A6VHLFolio ; 750 pages.

J'ai envie que Fashion m'aime ces derniers temps*. Du coup, j'écris des billets sur ses livres préférés. Bon, j'avoue aussi que ça fait plus d'un an que la couverture de ce livre est sur mon blog et que ça commence à me culpabiliser.
Si je n'ai pas fait de billet plus tôt, c'est parce que je me suis retrouvée dans une situation un peu étrange avec ce roman. Je l'ai adoré (vraiment), pourtant j'ai eu un mal fou à le terminer. Des livres que je trouve objectivement bien mais personnellement gonflants, j'en ai déjà lus. Par contre, un livre à la fois captivant et lassant, c'était une première.

La Chartreuse de Parme débute en 1796, lorsque Napoléon, encore général, entre dans Milan. C'est durant les deux années de présence française que naît Fabrice, le fils cadet du marquis Del Dongo, un ferme partisan de l'Autriche et de sa jeune épouse, qui épouse pour sa part la cause française. En grandissant, grâce à l'amour de sa mère et surtout de sa tante, Fabrice commence à développer un besoin de suivre ses instincts. Il part d'abord à Waterloo, rejoignant ainsi Napoléon pour son ultime défaite. De retour en Italie, méprisé par son père et son frère, il reste sous la protection de sa tante, devenue la duchesse Sanseverina, et de l'amant de celle-ci, le comte Mosca. A partir de là, il va connaître les intrigues, les maîtresses, la prison, et finalement l'amour.

La première chose que j'ai noté avec ce livre est l'humour dont Stendhal fait preuve. Céline disait qu'il fallait atteindre la page cent-cinquante pour trouver La Chartreuse de Parme drôle, mais pour ma part j'ai commencé à rire lorsque Stendhal décrit avec quel courage le marquis Del Dongo a fait face à l'arrivée des Français dans Milan : " Huit jours après, continuait Robert, quand il fut bien avéré que les Français ne guillotinaient personne, le marquis del Dongo revint de son château de Grianta, sur le lac de Côme, où bravement il s'était réfugié à l'approche de l'armée, abandonnant aux hasards de la guerre sa jeune femme si belle et sa soeur. " (page 53)  Dans ce livre, tout le monde en prend pour son grade, les héros, les princes, et même l'Eglise. Il est difficile de se souvenir que Fabrice est un ecclésiastique quand on voit son comportement...
Ce jeune garçon est d'une naïveté incroyable. C'est un véritable désastre à lui tout seul en fait. Complètement déconnecté de la réalité, il ne commence à agir avec perspicacité que très tardivement dans le livre, après avoir été l'appât idéal pour ses ennemis. Il m'a un peu rappelé le héros que j'ai le plus détesté en cours de français, Candide. Heureusement, Voltaire et moi ne nous sommes pas recroisés depuis, et puis Fabrice est quand même très attachant grâce à sa tante, toujours là pour réparer les dégâts. Cette dernière est l'autre personnage principal de La Chartreuse de Parme. D'abord comtesse Pietranera, puis duchesse Sanseverina, elle possède tout le bon sens et l'instinct de survie dont son neveu est dépourvu. Elle aussi a des rêves. Elle n'a pas hésité un seul instant à épouser un homme sans argent et à se déshonorer aux yeux de son frère, tout ça par amour. Et puis, elle aime son neveu avec une passion déconcertante, parfois gênante même. Mais cela prouve aussi que c'est une femme qui sait ce qu'elle veut, et qui n'en déroge jamais. Car elle a de la prestance cette Gina, et à chaque fois que Stendhal écrit son nom on s'imagine qu'une personne majestueuse vient de faire son apparition. Ces deux personnages sont très égoïstes en fait, et n'hésitent pas à faire du mal à ceux qui les aiment. Toutefois, ils agissent avec tellement d'amour qu'à défaut de pouvoir véritablement s'identifier à eux, ils nous inspirent de l'indulgence. 
C'est comme Clélia. Elle est comme certaines personnes du club des théières par certains côtés. Au hasard, prenons sa mauvaise fois. Son serment de ne jamais revoir Fabrice, et son inaction sont exaspérants (je ne parle plus des théières là), mais ses négociations avec sa conscience sont à hurler de rire.
Je dois aussi vous parler de ce cher comte Mosca, l'amant de la duchesse et ministre du prince de Parme. Il a beau être jaloux de Fabrice, que la duchesse lui préfère pendant très longtemps, il est prêt à tout pour celle qu'il aime. Sa bonté lui permet aussi d'apprécier ce "rival".
On a un peu tout dans ce livre. Le héros, le duel, la jolie jeune fille, la prison, les vilains intrigants, la marraine la fée, le poison. Sauf que le tout est mélangé avec bonheur par un auteur qui, en y ajoutant ses remarques personnelles, nous offre une histoire vivante et pleine de bonne humeur.
Alors pourquoi un billet si long à venir ? C'est vraiment le bordel, trop parfois. J'ai trouvé ce livre long à lire en fait. Même si j'ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir, j'avais à chaque fois le sentiment d'avoir beaucoup lu plus de pages que dans la réalité, et c'était un peu frustrant (et inexplicable). Beaucoup de scènes se ressemblent énormément, et certaines auraient peut-être gagné à être raccourcies ou même supprimées.

Cela dit, ce fut une très jolie pause italienne, et je suis ravie d'avoir pu constater moi même que Stendhal ne mérite pas son étiquette d'auteur ennuyeux.

Pour finir, argument de choc : si vous voulez tout savoir sur le blog de Fashion, vous devez lire ce livre.

Les avis de Fashion, Céline, et Chiffonette.

* Et qu'elle me dispense de tag. C'est d'accord, n'est-ce pas ?

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08 juillet 2008

Pauline ; Alexandre Dumas

41F4CMN2GGLFolio ; 241 pages.

A la fin de l'année dernière, j'avais promis de participer au club de lecture au moins une fois cette année. Quand j'ai vu que Pauline avait été choisi pour le 1er mai, j'ai failli succomber, d'autant plus que Lou en avait parlé très positivement. Mais bon, je suis quand même celle qui n'a pas fini son Challenge ABC de l'année dernière, celle qui n'a pas non plus terminé sa série de l'été 2007, et celle qui se fait poursuivre régulièrement par Fashion parce qu'elle attend des nouvelles d'une certaine duchesse italienne... Finalement, ce livre a sauté dans mon panier il y a une semaine.

Alexandre Dumas croise à plusieurs reprises son ami Alfred de Nerval en compagnie d'une jeune femme qui semble l'éviter. Quelques temps plus tard, les deux amis se retrouvent. Alfred raconte alors que cette personne n'était autre que Pauline, la femme du comte Horace de Beuzeval, son grand amour, et qu'elle fuyait tout contact avec son ancienne vie à cause d'un terrible secret.   

De Dumas, j'ai lu quelques romans il y a trèèèès longtemps. Depuis, j'avoue qu'il me tente moyennement. En fait, c'est l'étiquette "gothique" de ce livre qui m'a amenée à l'ouvrir. Car effectivement, il y a un peu de ça dans ce livre. Le récit se déroule dans des endroits sombres, avec un temps très mauvais, des mystères inexpliqués. Pauline elle-même ressemble davantage à un fantôme qu'à un être vivant à la fin de sa vie, lorsqu'elle fuit le regard d'Alexandre Dumas ou le frôle en passant au plus vite près de lui. Le reste du temps, elle a les mêmes caractéristiques qu'une Emily ou qu'une Antonia. Elle pleure beaucoup, s'évanouit régulièrement. On s'y attache difficilement, car elle n'a pas vraiment une personnalité affirmée. En fait, ce qui attire notre compassion est sa mort, dont nous sommes informés très tôt dans le récit.
Alfred de Nerval aussi a un côté "héros gothique", avec sa sensibilité à fleur de peau, sa chance incroyable, et son côté un peu dépassé par les événements.

D'un autre côté, de ce que j'y connaît, on retrouve quand même bien la patte de Dumas père, avec les thèmes de la fraternité, de l'honneur, ainsi qu'un récit rempli d'actions. Le comportement du Comte Horace ne s'explique pas autrement que par sa loyauté envers ses compagnons, et c'est une chose que l'on retrouve davantage dans les romans français du XIXe que dans les romans gothiques. De plus, l'histoire se déroule à l'époque de Dumas (qui est en plus l'un des narrateurs du livre), ce qui donne un côté réaliste qui n'existait pas dans les deux romans gothiques "purs" que j'ai lus. Il n'y a aucun doute, nous sommes bien dans l'Europe du XIXe, et l'histoire de Pauline ressemble davantage à un fait divers qu'à un roman d'aventure.

On lit ce livre en en connaissant la fin, et même souvent plus (merci les quatrièmes de couverture un peu trop bavardes), mais le suspens est bien présent. On sait que Pauline est morte, mais pour comprendre comment cette jeune fille naïve a pu terminer sa vie dans la terreur, il faut lire le roman. C'est prenant, léger (on voyage beaucoup, mais Dumas nous épargne les longues descriptions), parfois frais et exotique, une bonne lecture de vacances.

L'avis de Sylire, qui regroupe tous ceux du groupe de lecture.

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25 octobre 2007

La fille aux yeux d'or ; Honoré de Balzac

418F6HKHNNLFolio ; 400 pages.

Cet été, Fashion Victim a lancé le challenge Saga de l'été. Même si ma liste de Challenge ABC 2007 n'était pas du tout terminée (et ne le sera pas avant la fin de l'année, mais nous en reparlerons), je n'ai pas pu m'empêcher de relever le défi. J'ai donc choisi de lire l'Histoire des Treize de Balzac, dont j'avais déjà lu le deuxième volet, La duchesse de Langeais. Déjà, ces trois romans ne sont pas franchement longs, mais avec l'un d'entre eux déjà lu, ce défi paraissait être de la rigolade. Naturellement, je ne l'ai pas tenu, et c'est à cause d'une envie subite de lire du Balzac que j'ai ouvert La fille aux yeux d'or, le troisième et dernier volet de l'Histoire des Treize.

L'histoire : En ce qui concerne les Treize, il s'agit d'une association de treize hommes doués de pouvoirs surhumains. Mais que ce soit dans La duchesse de Langeais ou dans La fille aux yeux d'or, ne pas le savoir n'empêche pas de les apprécier. Cette société est très brièvement évoquée dans La duchesse de Langeais, et seul le nom de Ferragus ainsi qu'une allusion aux capacités de Henri de Marsay nous rappellent l'existence de cette confrérie dans La fille aux yeux d'or. En fait, il semblerait que Balzac n'en parle réellement que dans sa préface à l'Histoire des Treize, ce qui me permet de moins regretter de n'avoir pas commencé par le début de l'histoire.

Pour La fille aux yeux d'or, il met en scène un jeune dandy, Henri de Marsay (déjà croisé dans La duchesse de Langeais et Le lys dans la vallée), qui tombe en admiration devant une inconnue aux yeux jaunes. Celle-ci se nomme Paquita Valdès, et est une esclave géorgienne appartenant à une marquise espagnole qui la fait jalousement garder. Le jeune homme qu'est Henri de Marsay ne peut qu'être encore plus tenté de la posséder lorsqu'il constate combien la tâche sera difficile.

Mon avis : J'ai énormément aimé ce livre, même si j'avoue avoir eu assez peur en en lisant les dix ou vingt premières pages. En effet, Balzac s'y livre à une description lapidaire, bien que sans doute assez vraie sur certains points, de la société parisienne qu'il connaît. Dans La duchesse de Langeais, j'avais déjà noté une certaine amertume de Balzac, mais ses quinze pages sur la société de Saint-Germain cadraient bien avec le reste de l'histoire. Ici, Balzac ouvre son histoire en critiquant les Parisiens, l'organisation social, de façon (heureusement) dynamique, mais qui me paraît complètement décalée par rapport à la suite du livre.
Autre point qui m'a un peu gênée, la vision des femmes que donne Balzac par moments... Ce n'était pas la première fois que je notais une certaine misogynie de la part de cet auteur, mais ça peut en énerver certains.

Toutefois, j'ai quand même éprouvé un vif plaisir à la lecture de ce livre, car le formidable témoin de son temps qu'est Balzac met très bien cela à contribution dans La fille aux yeux d'or.
J'ai lu ce roman avec des images de tableaux et de Byron plein la tête. Le héros, Henri de Marsay (déjà rencontré dans La duchesse de Langeais ou Le lys dans la vallée, est un parfait dandy, qui passe plus de deux heures à se préparer chaque jour, et qui vit l'amour comme un amusement.
Surtout, la fascination des gens du XIXe siècle pour l'Orient et les mystères qui y sont associés ressort trèsingres bien dans ce livre. Paquita Valdès est une esclave géorgienne. Sa description, ses rencontres avec de Marsay m'ont immédiatement fait penser à ces odalisques peintes par Ingres à peu près à la même époque.
Ce livre possède véritablement un caractère sensuel, qui est marqué bien entendu par le personnage de Paquita Valdès, décrite comme une femme aux yeux envoûtants, mais aussi comme une Vénus dans sa coquille. Les jeux des deux amants font également ressortir la sensualité de ce roman, lorsque Paquita déguise Henri de Marsay en femme, et qu'il y prend un vif plaisir, au point de vouloir recommencer.
sardanapale_1_Enfin, la couleur dominante de ce roman est le rouge, couleur sensuelle par excellence. Cette couleur accompagne les deux amants jusqu'à la mort de Paquita, lorsque les cousins ainsi que tous les objets qui se trouvent dans la pièce où la jeune fille trouve la mort sont recouverts de sang. J'ai associé cette scène, qui marque le triomphe du rouge à La mort de Sardanapale de Eugène Delacroix, à qui est par ailleurs dédiée La fille aux yeux d'or.

Il n'est pas vraiment question d'amour dans ce roman, plutôt d'ivresse, de rêve. Tout ou presque n'est qu'illusion. Henri ignore où il se rend, et aime davantage l'idée de posséder une femme inaccessible qu'il associe à un rêve qu'il n'aime la femme en elle même.
Une fois Paquita morte, c'est comme si elle n'avait jamais existé. Henri l'oublie, sa soeur s'enferme au couvent avec son secret, et même la mère de la jeune esclave renie sa fille pour un sac de monnaie.

Posté par lillounette à 12:38 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
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