25 mai 2007

Doggy Bag Saison 1 ; Philippe Djian

41_KFYYwLMLÉdition 10/18 ; 266 pages.
7,30 euros.

" Marc et David Sollens, la quarantaine sexy, ont tout pour être heureux. A la tête d'un florissant garage de voitures de luxe, leur vie s'écoule avec ses faiblesses, ses accélérations, ses rencontres d'un soir, ses passions et ses tracas. Vingt ans plus tôt, ils faillirent pourtant s'entretuer pour une jeune femme, Edith, qui disparut comme elle était venue. Les plaies furent pansées et nos deux frères enterrèrent la hache de guerre. Mais par un beau matin, la belle pointa de nouveau le bout de son nez. Le " plus américain des romanciers français " nous offre avec Doggy bag une série romanesque mixée sur les platines des séries télé auxquelles il a eu la bonne idée d'emprunter les codes, la vitesse, et la structure en 24 images seconde. "

Je vous délaisse un peu ces derniers temps, je dois réviser mes examens. J'essaie quand même de lire quelques pages par jour, ce qui m'a permis de faire une belle découverte avec ce livre. J'ai très bien vu pourquoi la quatrième de couverture parle de côté "américain" à propos de Philippe Djian. Pour les points communs avec les séries américaines, j'avoue ne pas trop connaître. Mais il s'agit d'une chronique comme on en retrouve beaucoup chez 10/18. Stephen McCauley, Louis Bayard ou Jonathan Tropper (si Patch passe par là...) ont un peu le même genre.

En fait, c'est exactement le genre de lecture dont j'avais besoin pour me détendre. C'est dynamique, drôle et attachant. J'aime beaucoup les différents points de vue sur une même situation. Ils nous montrent que les choses sont plus compliquées qu'on le pense, et qu'en fin de compte, chacun fait ce qu'il peut. N'allez pas croire non plus qu'il s'agit d'un livre hautement philosophique. Ce que j'essaie de dire, c'est qu'on apprécie tout de suite ces personnages, dont la vie peut être d'abord perçue comme un véritable désastre. Il nous font oublier nos propres soucis en nous intéressant aux leurs, forcément beaucoup plus passionnants (d'autant qu'on peut critiquer...). Tout cela grâce à de gros clichés, qui donnent une dose très appréciable de second degré à l'histoire.

Je vous ferais peut-être une critique un peu plus détaillée plus tard, mais là je suis vraiment fatiguée. En tout cas, je peux vous dire que j'ai hâte de lire la suite  de cette série! (6 livres sont prévus, dont 4 sont déjà sortis)

L'avis de Livrovore et celui de Val.

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01 mai 2007

Je voudrais tant que tu te souviennes

41LmmOfAkKLÉdition Gallimard ; 17,90 euros
247 pages.

" Ce roman se déroule dans une petite ville française, divisée entre une cité et un quartier pavillonnaire cossu et somnolent. Mado y habite seule un pavillon. Elle n'a jamais eu d'autre amie qu'Albanala, une étrangère, cartomancienne à ses heures. Un jour, celle-ci lui présente sa nièce, Julide, une fillette alors âgée d'une dizaine d'années, et au fil du temps une profonde tendresse naît entre Mado et l'enfant.
Le père de Julide est né dans un pays étranger, et sa mère est issue d'une campagne française. Dans un lieu comme dans l'autre, les mariages sont le fruit de la raison et non des sentiments : ainsi l'adolescente est-elle fiancée dès l'âge de seize ans à un cousin, sort auquel elle se plie. Mais Mado la voit se résigner avec tristesse et impuissance, avec le sentiment que s'éteint la flamme qui habitait la jeune fille.
Un jour, Albanala retourne dans son pays natal sans un mot d'explication, mais avant cela elle fait jurer à sa nièce de veiller sur Mado. Arrive en ville un homme que l'on surnomme l'Indien. Dès l'instant où Mado l'aperçoit, elle en tombe éperdument amoureuse. Mais pourquoi le fuit-elle lorsqu'il cherche à l'approcher ? Et pourquoi Julide s'efforce-t-elle d'empêcher à tout prix une rencontre ?

Tous les thèmes chers à Dominique Mainard sont présents dans ce roman, l'exil, le monde imaginaire, les secrets et les mensonges, et enfin, les rencontres improbables qui seules nous permettent d'échapper à nous-mêmes. "

C'est avec beaucoup d'enthousiasme que j'ai ouvert ce livre. Le titre m'a tout de suite fait penser à La chanson de Prévert. En revanche, je n'avais jamais entendu parler de l'auteur. En fait, je m'attendais vraiment à autre chose, quelque chose de plus dynamique en tout cas, et je dois avouer que je suis un peu déçue.

Certes, ce livre possède de grandes qualités. Dominique Mainard possède une belle écriture poétique, et je n'ai eu aucun mal à me représenter les lieux qu'elle décrivait, ni les souvenirs qu'elle évoquait. J'ai également adoré cette histoire d'amour entre une femme regardant la terre, les petites choses du "royaume minuscule", et un homme qui contemple le ciel et l'immensité du monde.
En revanche, j'ai trouvé ça beaucoup trop lent. L'histoire met un temps fou à démarrer. Pendant une centaine de pages environ, il ne se passe strictement rien. J'ai lu dans un état de demi-somnolence assez désagréable. Maintenant que j'ai achevé ma lecture, je comprends la raison de cette si longue mise en route, mais j'ai failli abandonner ce roman plusieurs fois. Je ne voyais pas du tout où l'auteur voulait en venir, et les différents points de vue brouillaient encore davantage la chose.
Quant aux personnages, ils m'ont paru beaucoup trop loin de moi pour vraiment me toucher pendant toute la première partie du livre. Je les ai trouvés intrigants, mais trop repliés sur eux mêmes pour que je m'y attache. Par la suite, je me suis mise à aimer Mado, ainsi que l'Indien. Le dernier paragraphe du livre m'a bouleversée, je l'ai trouvé superbe.
Mais même après la première partie, il y a vraiment des passages où ce livre m'a pesé. En fait, j'ai aimé l'histoire que Dominique Mainard raconte. Les thèmes abordés (je ne peux pas les citer pour ne pas trahir l'histoire) le sont de façon originale. Vraiment, il y a d'excellentes choses dans ce roman, et je pense qu'il plaira énormément à beaucoup de gens. Mais c'est vraiment très lourd par moments.

" A nouveau, elle lisse ses cheveux, parfois aussi sa robe, comme si elle s'éveillait, ou se retrouvait là sans savoir comment elle y est arrivée. Un jour, il l'entend rire toute seule, un curieux rire triste et fatigué, mais ce rire lui fait plus mal que tout le reste : c'est un rire plus inconsolable que des pleurs. " (page 109)

Les avis très enthousiastes de Gambadou et de Sylire, et l'avis de Solenn (qui a été déçue).

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25 avril 2007

Journal d'Hirondelle ; Amélie Nothomb

2226173358Édition Albin Michel ; 136 pages.
14,50 euros.

" C'est une histoire d'amour dont les épisodes ont été mélangés par un fou. "

Ce livre a fait couler beaucoup d'encre lors de la rentrée littéraire, comme toujours lorsqu'un nouveau Nothomb sort. Certes, c'est court 136 pages écrites en gros caractère et lues en une heure trente, difficile de le nier.

Il n'empêche que j'ai passé un bon moment en lisant ce livre. On retrouve bien l'atmosphère déstabilisante qui caractérise les romans de Nothomb. Le narrateur, un tueur à gages, est d'une froideur extrême. Il nous raconte ses meurtres avec un détachement terrifiant.
D'un autre côté, une relation se crée entre lui et nous. J'ai eu du mal à le trouver inhumain, au contraire, il m'a touchée. Là où ça devient gênant, c'est lorsqu'Amélie Nothomb parvient à nous faire reconnaître que l'on veut qu'il réussisse ses missions, qu'il échappe à la police. Comme souvent chez cet auteur, il est difficile de condamner totalement une personne. Le narrateur de ce livre finit par dévoiler son humanité, parce qu'il n'est pas le robot dépourvu de sensations qu'il aurait voulu être.

C'est étrange, en refermant ce livre, je n'étais pas mal à l'aise, je ne suis pas restée non plus sur ma faim. Je ne saurais jamais ce qu'il y avait de capital dans ce journal intime. Le narrateur n'aura jamais de nom, mis à part ceux qu'il inventait. Bien que la plupart des questions que l'on se pose au cours de la lecture restent sans réponse, je suis ressortie de ce livre avec la sensation que la boucle était bouclée, et que la fin était complètement logique.

Certainement pas un livre indispensable d'Amélie Nothomb, mais je ne regrette pas non plus ma lecture.

Les avis de Laure (qui n'a pas aimé) et d'Anne (qui a bien aimé).

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03 avril 2007

L'ancre des rêves ; Gaëlle Nohant

 

2221108205Édition Robert Laffont ; 381 pages.
20 euros.

" - Dis donc, gamin, on t'a pas appris qu' c'était pas poli de zieuter comme ça ? J'aime pas les malins. Fais bien attention à toi. Les morts marchent, ce soir. Fais bien attention à toi. Un long frisson le frigorifia comme une bourrasque giflant un corps trempé. Les morts marchent, ce soir. Une comptine dont il avait perdu le souvenir lui traversa la tête. " Faut boire à la santé des gars Qui sont coulés, au fond, en tas. " Dans un petit village de la côte bretonne, chaque nuit, les enfants Guérindel, Benoît, Lunaire, Guinoux et le petit Samson, sont en proie à des cauchemars terrifiants qu'ils taisent à leurs parents... Enogat, leur mère, a toujours interdit à ses quatre fils d'approcher le bord de l'eau. Est-ce seulement pour les protéger des dangers de la nature ? Ou d'une autre menace qui ne dit pas son nom ? Entre conte fantastique et roman d'initiation, L'Ancre des rêves sonde le mystère des peurs d'enfant. "

Je l'avoue d'emblée, s'il ne s'était pas agit du roman de Gaëlle, je n'aurais certainement pas daigné ouvrir ce livre. D'abord, jusqu'à ma rencontre avec Anne Perry il y a peu de temps, je lisais très peu de romans policiers (même si après lecture je réalise à quel point cette classification de libraire est discutable). Ensuite, les histoires un peu bizarres sur les légendes bretonnes, je trouve que ça fait vraiment saga estivale. Et pour finir, j'avoue que le premier chapitre que j'avais lu sur le site de Robert Laffont ne me tentait pas plus que ça. Le langage adopté me semblait être le langage courant (or, je suis de plus en plus snob quand je lis des romans, il me faut de l'élégance...), et puis je déteste lire sur un écran.
Sauf que, j'étais très curieuse de voir ce que ça donnait. Thom, Choupynette et Clarabel avaient fait une pub plus qu'alléchante en faveur de ce roman, et le titre m'intriguait tout autant que sa couverture.

 

Quand j'ai ouvert mon livre, j'ai presque instantanément oublié mes mauvais a prioris. Cela faisait longtemps qu'un roman contemporain français ne m'avait pas fait cet effet. Il y a une atmosphère palpable dans ce livre, et cela dès les premières pages. On est véritablement happé par cette histoire, sans même s'en rendre compte. On se met à vivre les cauchemars de Benoît, Lunaire, Guinoux et Samson. Ayant moi même quelques rêves récurrents (heureusement pas tous les soirs, et moins traumatisants...), je pense que ça m'a aidée à me mettre dans l'ambiance.

Alors que je craignais de ne pas apprécier l'écriture de Gaëlle Nohant, j'ai pris un réel plaisir à lire ses phrases pleines de poésie. J'ai noté quelques maladresses, mais c'est vraiment peu important, car le reste est remarquable. C'est poétique mais pas artificiel, grâce à une habile combinaison entre le registre soutenu et le registre familier. Cette alternance permet aussi la cohabitation entre une atmosphère pesante, inquiétante, douloureuse et un récit souvent drôle.

Il est difficile de se détacher de ce récit, les explications qui arrivent au compte goutte, nous plongent chacune un peu plus dans le roman. J'ai bien trouvé que certains (en fait deux) petits passages étaient cousus avec des fils assez gros, mais je pense que cela permet surtout d'éviter que le récit s'enlise, et de maintenir le rythme de la lecture. Je me suis beaucoup attachée à tous ces personnages, à ces frères qui s'aiment sans se l'avouer, à Ardélia et Ebenezer, à Abel, et à toutes ces femmes blessées par la mer. J'ai adoré me plonger dans ce monde rêvé mais qui a aussi existé, en apprendre sur les Terra-neuvas, l'angoisse et la fascination opérée par la mer sur la population bretonne.

Je crois que la grande réussite de Gaëlle Nohant est aussi d'avoir écrit un livre qui peut toucher le plus grand nombre. L'ancre des rêves peut être abordé de différentes manières. C'est une enquête dans le passé, sur soi, les non dits. La psychologie et ses zones d'ombre occupent une grande part du roman, qui est aussi un hommage à la culture bretonne.
Je pense d'ailleurs faire lire ce roman à des personnes très différentes, mais qui seront, j'en suis certaine, touchée par ce livre, chacune à leur façon.

J'ai été bercée par ce livre, dont je ressors la gorge nouée. Beaucoup de passage sont extrêmement émouvants, le style doux et plein de justesse leur donnant une grande force. Malgré les quelques petites critiques que j'ai formulées (et qui sont vraiment pardonnables), c'est un véritable coup de coeur.

" Des petites filles racontaient qu'Enogat avait un passé de sirène,et que si les garçons touchaient la mer ils retrouveraient leurs nageoires et leur peau translucide et disparaîtraient dans les flots, rejoignant le peuple sombre qui s'agitait en bas. " (page 20)

" - Je reviendrai, t'inquiète pas. Si tu m'attends, je reviendrai..., ajouta-t-il, sans se douter qu'un jour elle lui crierait debout devant la mer qu'il n'avait pas tenu sa promesse, qu'il l'avait abandonnée, et qu'elle n'aurait pas trop d'une vie pour le lui pardonner. " (page 204)

 

Les avis de Choupynette, de Thom et de Clarabel.

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06 mars 2007

Tous les matins du monde ; Pascal Quignard

2070387739Édition Folio ; 116 pages.
5,10 euros.

« Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l'ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse.

Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. L'ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu'il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura : - Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. »

Je n'ai pas vu le film, mais j'en possède la bande originale qui me plaît infiniment. Il y a peu, j'ai découvert chez Allie qu'il existait un livre, que je me suis empressée d'acquérir. Il s'agit en fait d'un tout petit roman qui se lit extrêmement rapidement. C'est l'histoire de Monsieur de Sainte Colombe, un musicien qui ne se remet pas de la mort de son épouse. Il a deux filles, Madeleine et Toinette, avec lesquelles il vit de solitude et de musique, en retrait de la Cour de Louis XIV. Un jour, Marin Marais vient frapper à sa porte

Je suis plutôt partagée après cette lecture. J'ai beaucoup aimé le sujet traité par ce livre. Je pense que la musique possède une force incroyable. Elle permet de dire les choses que l'on ne peut exprimer avec des mots, surtout lorsque l'on est quelqu'un qui a du mal à dévoiler ses sentiments. Elle permet aussi de se soulager, de s'échapper dans un monde où l'on souffre moins, où l'on peut ramener le passé. Mais aussi, elle isole, elle captive, elle fascine même, et peut faire perdre pied à celui qui en abuse.
L'écriture de Pascal Quignard m'a touchée par sa délicatesse, même si certaines maladresses entâchent un peu ce livre.
Ce qui m'a un peu déçue, c'est que j'avais vraiment de grandes attentes lorsque j'ai ouvert ce livre. Or, il est très court, et j'ai eu l'impression que je devais aller chercher moi même au fond des choses pour comprendre ce livre parce que Pascal Quignard n'avait pas suffisamment creusé son histoire. C'est vrai que la musique est quelque chose que l'on ressent de manière très subjective, d'où la nécessité de laisser le lecteur interpréter l'histoire à sa manière. Mais j'aurais aimé que l'auteur propose davantage de pistes.
Autre chose qui m'a gênée, les relations entre Monsieur Marais et les filles de Monsieur de Sainte Colombe. Je n'ai pas vraiment saisi leur utilité par rapport au reste de l'histoire.

Je serais quand même très tentée de voir le film qui en a été tiré, et je pense que je relirai ce livre afin de mieux le comprendre.

"Tous les matins du monde sont sans retour. Les années étaient passées. Monsieur de Sainte Colombe, à son lever, caressait de la main la toile de Monsieur Baugin et passait sa chemise. Il allait épousseter sa cabane. C'était un viel homme."

Les avis de Flo et d'Allie.

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28 février 2007

le musée de la sirène ; Cypora Petitjean-Cerf

2757801201Édition Points ; 113 pages.
5 euros.

" Annabelle, timide trentenaire, est peintre. Un soir, elle vole la petite sirène qui nage dans l'aquarium d'un restaurant chinois et l'installe dans sa salle de bains. La créature grandit, embellit, s'affirme comme une artiste incroyablement douée, et devient quelque peu envahissante... Une fable envoûtante, triste et joyeuse à la fois - l'histoire d'une femme qui réapprend à vivre. "

Voilà un petit livre enchanteur et plein de délicatesse. On s'attache beaucoup à cette narratrice, agoraphobe, qui préfère créer son propre extérieur avec ses peintures. Elle s'occupe avec beaucoup d'amour de sa sirène. A mesure que celle-ci grandit, la narratrice prend un peu plus en main sa vie. Sa sirène, c'est un peu son rempart lors de ses premières sorties dans le monde extérieur. Elle lui permet de découvrir les choses du dehors sans trop qu'on la remarque. On ne sait pas bien laquelle doit quelque chose à l'autre. Sans doute aucune, puisqu'il y a une réelle complicité qui s'est établie entre elles. Mais les sirènes n'appartiennent pas au monde des humains, un jour il faut bien accepter d'affronter la vie et laisser le rêve devenir un joli souvenir. 

J'ai été littéralement envoûtée par ce livre/cette fable. Petite, j'aimais beaucoup les sirènes, et c'est avec un immense plaisir que j'en ai retrouvé une sous la plume de Cypora Petitjean-Cerf.

Les avis de Flo et de Clarabel.

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27 février 2007

L'infamille ; Christophe Honoré

2020557207Editions du Seuil ; 166 pages.
6 euros.

"Septembre 1996. Guillaume se rend à la morgue pour y reconnaître le corps de son frère. Thomas était écrivain : il transformait les récits familiaux en règlements de comptes, pillait allégrement au passage les souvenirs de Guillaume et révélait la barbarie ordinaire de la famille. Désormais Guillaume se retrouve seul à porter le fardeau de cette mémoire. Ce rôle, il n'en veut pas, et pourtant les souvenirs lui viennent, un à un : les parents, cet autre frère disparu avant la naissance de Guillaume et Thomas bien sûr, leur enfance commune, leurs personnalités si différentes. Mais ce frère dont le corps est à peine reconnaissable à la morgue, est-il bel et bien mort ? N'est-ce pas encore un de ces jeux entre frères dont Thomas usait à l'envi ? Un mensonge de plus dans la famille ? "

J'ai beaucoup aimé ce livre qui traînait depuis quelques mois dans les endroits les plus reculés de ma PAL (je crois vous avoir déjà parlé de ces livres achetés sur un coup de tête et qui ne me disent plus rien une fois qu'ils se trouvent dans ma bibliothèque). C'est une vraie bonne surprise.

Mis à part quelques chanceux, nous avons tous plus ou moins déjà eu l'impression d'appartenir à une famille de fous. Quant aux relations entre frères et soeurs, elles sont généralement faites de hauts et de bas. Et puis surtout, il n'est pas toujours facile de dire à ses frères et soeurs qu'on les aime, ni pourquoi (essentiellement pourquoi d'ailleurs). Thomas et Guillaume n'ont pas le même âge, ni la même personnalité. Guillaume ne se confie pas à Thomas lorsqu'il découvre son homosexualité, et Thomas ne se gêne pas pour mettre la vie de sa famille sur la place publique en l'écrivant dans ses romans. Pourtant, ces deux là s'aiment. Ils se jettent dans de l'eau glacée en riant, s'en prennent à leur lapin au lieu de se battre tous les deux. Même si Thomas brise leur famille, même si Guillaume rêve de tuer son frère (qui est déjà à la morgue), ils ont du mal à vivre l'un sans l'autre.
Christophe Honoré nous parle des secrets de famille terribles, d'actes d'amour qui sont pourtant interprétés comme des actes de haine.
Afin de souligner l'incompréhension qui règne entre les deux frères, il alterne habilement le passé et le présent, le témoignage de Guillaume et celui de Thomas.

C'est prenant, les personnages sont complexes et attachants. Une jolie découverte.

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23 février 2007

La touche étoile ; Benoîte Groult

2246670314Éditions Grasset ; 283 pages.
17,90 euros.

(édition poche qui sort chez Le Livre de Poche le 1er mars 2007)

" Ni Dieu ni Diable, Moïra, dans la mythologie grecque, représente la destinée. Amoureuse de l'existence terrestre qu'elle ne connaîtra jamais, elle s'attache à faire advenir l'improbable chez ses protégés en brouillant les cartes quand elle les juge mal distribuées. Ainsi Marion, qui s'est mariée en espérant former un couple moderne, respectueux de la liberté de l'autre, découvrira qu'on souffre comme au temps de Racine même si on a signé le contrat de Sartre et Beauvoir. Mais Moïra lui fera vivre, en marge, une liaison passionnée avec un Irlandais un peu fou, un peu poète, comme les Celtes le sont si souvent. Sa mère Alice, 80 ans, journaliste féministe de choc, grand-mère indigne et pourtant tendre, s'est juré de ne pas se laisser déborder par la vieillesse. Un défi osé que Moïra, invisible et présente, l'aidera à relever avec panache. Alice affrontera son âge avec une lucidité impitoyable et un humour décapant, dans un monde où " vieillir est un délit ". La touche étoile est une leçon des Ténèbres dite sur le ton de l'allégresse. Le roman émouvant et drôle de plusieurs générations de femmes. "

Avec une couverture et un titre pareils, difficile pour la fleur bleue que je suis de ne pas succomber. J'étais quand même un peu sceptique, ayant appris que l'auteur était une féministe et que le thème du livre était la vieillesse (ben oui, je suis une de ces jeunes écervelées décrites dans le livre, pour qui la vieillesse c'est barbant. Et puis surtout, ça fait peur). J'ai adoré ce livre en fait. Impossible d'imaginer que derrière la photo de la "mamie-gâteau" sur la couverture, se cache une plume pleine d'humour, d'auto-dérision. Benoîte Groult, avec ce livre, c'est un peu une bonne leçon pour les jeunes (affectueuse la leçon). Elle nous dit tout ce qu'on pense des "vieux", tout ce que l'on n'osera jamais admettre. C'est un peu : "Arrêtez de nous prendre pour des gâteux, on sait bien que pour vous on est des "vieux", on a toujours été des "vieux" et on sera toujours des "vieux"." Elle nous parle aussi des "pas encore vieux" mais "plus tout à fait jeunes", qui refusent de plus en plus de vieillir. Et puis, elle nous parle de la vieillesse, et elle nous montre que ce n'est pas si nul que ça. Certes, ce n'est pas toujours drôle, mais chaque âge a son charme.
L'une des héroïnes, Alice, féministe et femme qui se veut moderne m'a beaucoup plu. Aucune gêne pour prononcer certains mots que moi même j'hésite à dire (en particulier devant ma grand-mère). On a l'image des "vieux" choqués par les "jeunes d'aujourd'hui", qui n'ont "aucune éducation". Et bien avec ce livre, c'est la septuagénaire qui scandalise les "jeunes" par son ouverture d'esprit...
Ils essaient bien de l'humilier, les "jeunes", quand elle décide de faire "entrer Belzébuth chez elle", c'est à dire un ordinateur. On rigole bien en la voyant déchiffrer la notice, acheter son exemplaire de L'informatique pour les Nuls, on a pitié d'elle lorsqu'elle nous avoue que décider de descendre des escaliers est important (nous, on s'en rend à peine compte).

Sauf qu'Alice, elle, elle sait que nous aussi on va mourir. Elle sait que Marion, sa fille, va souffrir de sa décision de former un "couple moderne" avec Maurice. D'accord, elle vit un amour passionné avec Brian. Mais quand c'est Maurice qui va voir ailleurs, ce n'est plus vraiment le même refrain. Mais elle la laisse choisir sa vie. Alice a déjà fait la sienne. Elle n'est pas parvenue à obtenir tout ce qu'elle voulait, mais sa fille et ses petites-filles ont des hommes qui font le repassage. Même si en fin de compte, je trouve qu'elles ont toujours autant besoin des hommes (et tant mieux).

Surtout, ce que veut Alice, quand vient la fin, c'est ne pas voir sa déchéance dans les yeux de ceux qu'elle aime. Pour cela, il y a Moïra, la Destinée. Elle a permis à Brian et à Marion de se rencontrer, elle veut également offrir à Alice la possibilité d'appuyer sur la touche étoile, quand celle-ci aura décidé de mourir.

Benoîte Groult n'hésite pas à appeler les choses par leur nom. Et grâce à cela ce livre nous réconcilie avec la vieillesse, et puis surtout, avec la vie.

Les avis de Gambadou et de Bill (qui n'ont pas aimé), de Véro et de Tamara (qui sont d'accord avec moi).

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21 janvier 2007

La petite robe de Paul ; Philippe Grimbert

2253068195Édition Le Livre de Poche ; 155 pages.
4,50 euros.

" Alors qu'il se promène dans un quartier de Paris qui n'est pas le sien, Paul, la cinquantaine, marié, est irrésistiblement attiré par une petite robe blanche de fillette, exposé dans la vitrine d'un magasin. Cet innocent vêtement dont il a fait l'acquisition va se trouver à l'origine d'un véritable drame, précipitant ses acteurs aux limites de la déraison et de la mort. Dans la vie tranquille de Paul, cet achat impulsif, apparemment anodin, produit des effets dévastateurs au point d'amener Paul et sa femme Irène au bord du gouffre. De fil en aiguille, d'un petit mensonge par omission au réveil des vieux démons, la trame d'un couple superficiellement uni va s'user jusqu'à la corde. "

Si ce n'était pas l'oeuvre d'un psychanalyste, je m'interrogerais sur la santé mentale de l'auteur de ce livre. Philippe Grimbert est présent sur un nombre incalculable de blogs depuis la rentrée, alors quand j'ai vu ce livre chez un bouquiniste, je l'ai pris sans hésiter.
Difficile de ne pas être pris dans cette histoire dès la première page. Un grand nombre de questions s'imposent à nous. Je vous avoue que j'ai pensé dans un premier temps que Paul avait peut-être des instincts pédophiles refoulés. Ce qui n'est pas franchement engageant. C'est fou comme un simple coup de tête (un peu étrange, je vous l'accorde) peut créer des malentendus et réveiller des blessures mal refermées. Et le fin mot de l'histoire, à moins d'être psychanalyste, je ne pense pas que l'on puisse s'y attendre. D'autant plus que Philippe Grimbert se plaît à brouiller les pistes. On s'imagine que c'est Paul qui a un problème, alors qu'il ne fait que tendre une main à son épouse (pour la décharge du lecteur, c'est très subtil).
C'est un livre très poignant. Irène, qui ne comprend pas ce qui a pu pousser son mari à acheter cette robe imagine le pire. Sa douleur est à la limite du supportable (heureusement que le livre est court), d'autant plus qu'à ses doutes sur son mari se mêlent d'affreux souvenirs refoulés depuis bien longtemps dans son inconscient, et qui continuent à la torturer. Quant à Paul, il est difficile de comprendre son geste dans un premier temps. Et puis, une fois le premier mensonge passé en vient un second, puis un troisième. Et les deux époux, pourtant très amoureux, installent une barrière de non-dits et de rancune entre eux.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre (j'ai beaucoup de chance cette année pour l'instant). Je pense lire Un secret prochainement.

Les avis de Lily et de Camille.

" Cette femme qu'il pensait si bien connaître vivait au bord d'un gouffre, un trou dans son existence qu'aucun mot ne pouvait cerner. Irène, l'amour de sa vie avec qui il aurait voulu tout partager, restait jalousement murée sur son secret, ce coin de jardin dans lequel elle ne le laisserait jamais entrer, où elle allait solitaire fleurir la tombe d'une petite fille. " (page 88)

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19 décembre 2006

L'amour ; Marguerite Duras

2070385531Edition Folio ; 130 pages.
5,10 euros.

" Texte d'une extrême concision et d'une gravité intense. La figure indécise d'une femme enceinte et de deux hommes (l'un est venu pour se tuer), sur une plage éclairée par S. Thala, une ville en flammes. Plus hiératique qu'énigmatique. "

C'est là que les choses se compliquent, parce que je n'ai rien, mais alors rien compris. C'est une lecture assez sympathique, rapide. Mais alors que les personnages principaux sont toujours les trois mêmes, on a l'impression d'en rencontrer des nouveaux à chaque page ou presque. Où cela se passe t-il ? A S. Thala. Ne me demandez pas ce que "S." signifie, je n'en ai pas la moindre idée.
Parfois on pense que c'est une ville au bord d'une rivière, puis une prison, puis le terrain de jeu d'un pyromane. Ou simplement un souvenir... Mais un souvenir de quoi alors ? Euh... là non plus je ne peux pas vous répondre. J'ai cru que c'était le lieu de souvenirs agréables, mais l'abandon semble le marquer.
Et puis, ces personnages, qui sont-ils ? Se connaissent-ils ? Ont-ils vécu une histoire d'amour ? Quel lien les unit ? Pourquoi "le voyageur" voulait-il se tuer ? En quoi la présence de "la femme" a pu le dissuader de se tuer ? Mais ne sont-ils pas déjà morts ?
A chaque fois que l'on pense tenir une réponse, la page suivante vient la contredire.
Bref, une lecture qui tient en haleine en raison de sa brièveté et de son rythme soutenu, mais aussi un roman qui me laisse perplexe, et que j'aurais tôt fait d'oublier.

Posté par lillounette à 19:11 - - Commentaires [16] - Permalien [#]