22 février 2008

Sirène ; Marie Nimier

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Folio ; 204 pages.

J'avais acheté ce livre suite à un billet d'Emjy qui nous disait qu'elle l'avait sur sa PAL. Je suis encore une petite fille qui rêve quand elle entend le mot "sirène", encore plus quand elle en voit une peinte par Waterhouse, comme sur la couverture de ce roman. Je n’ai pas hésité, et j’ai acheté ce roman.

L’histoire : Marine Kerbay a vingt ans, et elle s’apprête a se suicider. Pour l’occasion, elle nettoie son appartement, revêt une tenue très élégante, et ingurgite soixante-quatre cachets avant de s’engouffrer dans le taxi qui doit la conduire au bord de la Seine. Car Marine est une sirène, une fille de la mer, et toute autre mort semblerait inappropriée pour cette jeune fille.
Mais elle échoue. Repêchée, elle subit les réactions blessantes des gens. Elle les laisse croire ce qu’ils veulent. Bruno est soulagé de croire qu’elle ne l’aime plus. Le psychiatre qui pense bien faire son métier en lui affirmant : “Vous ne savez pas pourquoi vous avez essayé de vous tuer, et surtout je pense que vous ne voulez pas le savoir”, elle ne le contredit pas.
Toutefois, ce n’est pas parce que Marine est la “Reine du silence” pour les autres qu’elle l’est vraiment. Après tout, ces gens qui croient la comprendre mieux qu’elle même ne méritent pas tellement qu’elle leur raconte tout.

Mon avis : Il semblerait que Marie Nimier parle un peu d’elle même dans ce livre, de sa propre tentative de suicide. Heureusement, elle n’a pas oublie qu’elle écrivait un roman. Ce livre n’est pas sa propre vie, et Marine est un personnage de fiction, dans lequel il n’est pas difficile de se retrouver. Je craignais que ce livre soit une autofiction totalement inintéressante après avoir découvert le propos réel de ce livre, mais là je suis complètement sous le charme.
Il y a bien quelques longueurs au début, quand Marine n'est encore qu'une jeune fille qui agit bizarrement, qu'une jeune sirène qui comme tant d'autres a succombé au charme d'un dragon. Mais c'est parce que Marine est une jeune fille qui réfléchit beaucoup plus qu'elle ne parle. Au fur et a mesure que l'histoire avance, son personnage se dévoile et s'étoffe. De la jeune fille froide, statique et pitoyable elle devient une rêveuse touchante, intelligente et curieuse.
L'ambiance du livre aussi change. On débute dans un Paris déprimant, puis on se rend en Bretagne, dans les années soixante également. On est un peu nostalgique, ce n’est pas vraiment une histoire joyeuse, mais je m’y suis sentie vraiment bien, un peu comme si les souvenirs de Marine m’étaient familiers.
L’écriture de Marie Nimier est très belle. J’ai même relu certains passages au cours de ma lecture pour les apprécier encore plus. La quête du père disparu, les interrogations de Marine sont celles d’une jeune fille qui semble trop réfléchir. Mais elle joue tellement bien avec les mots, elle suit une logique tellement parfaite qu’il est difficile de ne pas se prendre au jeu de Marine.

“Père, paire, perd, le mot se répétant prenait des proportions monstrueuses. Il s’insinuait dans le moindre repli de son être, tissant au fil de ses pensées une toile gluante, tout s’embrouillait…” (page 154)

“Marine se demanda si elle changerait son beau sourire contre un papa, un vrai. Elle pensa a la petite sirène qui n’avait pas hésite a sacrifier sa langue afin d’être acceptée sur la terre des hommes. Et pourtant, se dit-elle, le Prince ne s’était pas marié avec elle.” (page 157)

Comment en vient-on au suicide ? Faut-il vraiment détester la vie pour la quitter, ou peut-il y avoir d’autres raisons ? Marine cherche ses propres réponses, raconte ses propres mensonges, ceux des autres, tout ce qui peut lui permettre de découvrir pourquoi elle se sent déchirée entre Marine et Céline, ces deux prénoms qui lui appartiennent mais qui n'ont pas la même origine.
Je pense que présenté comme cela, ce livre a l'air plutôt barbant, prise de tête. Mais en fait, c'est un livre sans prétention qui nous raconte d'une très belle façon l'histoire d'une jeune fille blessée, le tout mêlé a des récits de sirène et de dragon. Les cent dernières pages de ce livres sont vraiment très très belles, encore plus que le début, vraiment une très jolie découverte.

Comment appelez-vous cela, déjà... De l'écume ?
Bruno s'adressait a la sirène. Marine, de sa voix la plus suave, répondit a sa place que l'écume était l'âme des matelots qui étaient morts en mer. Elle dit aussi que de nombreux navigateurs que l'on croyait perdus avaient trouve au fond de l'eau une demeure éternelle.
        "Berces par les vagues, reprit-il.
        - Inondes de volupté...
        - Êtes vous sirène ?
(page 68)

L'avis d'Emjy.

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14 février 2008

Les autres ; Alice Ferney

41fKDgjj2kLBabel ; 438 pages.

Voilà un livre qui n'a pas fait l'unanimité, et que du coup je n'avais pas l'intention de lire jusqu'à ce que le hasard ne me le mette entre les mains. Et là, coup de foudre.

C'est l'anniversaire de Théo. Pour ses vingt ans, il a invité ceux auxquels il tient le plus. Estelle, sa fiancée, Marina, son amie d'enfance, son frère Niels, ainsi que Claude et Fleur. Pour l'occasion, Niels a choisi d'offrir un jeu très spécial à son cadet. Il s'agit de découvrir par le biais de questions souvent délicates ce que les joueurs pensent les uns des autres.

J'ai trouvé la construction de ce livre remarquable. Alice Ferney met la forme au service du fond de façon extrêmement ingénieuse. Ce livre cherche à définir la vérité, la réalité. Avec trois versions des faits Alice Ferney nous montre à quel point les choses sont subjectives. Elle est même perverse, puisqu'en fait, elle nous montre que toutes les réalités sont fausses puisque ce n'est que quand le lecteur a fini ce livre qu'il sait ce qui s'est réellement passé. D'un autre côté, toutes les réalités sont vraies, puisque personne ne peut jamais avoir les trois, et que le lecteur, qui ne peut tout retenir, crée une quatrième réalité qui lui est propre. 
L'intérêt de tout cela ? Montrer l'incompréhension qui règne inévitablement entre les gens. D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas dans la tête des autres que les personnages ne se comprennent pas. En fait, ils ne s'écoutent pas. Niels n'entend pas les plaintes de sa mère, Claude n'écoute pas les silences de sa fiancée.

" Mais qui écoutait qui dans cette soirée ? Et qui disait la vérité ? Il eût fallu pour cela être aidé par un interlocuteur bienveillant et attentif. La vérité de soi, ou d'un moment de la vie que l'on traverse, on ne la donne qu'à la demande. Il faut un geste d'écoute, si infime soit-il. Un regard attentionné de Niels aurait libéré le torrent des pensées de Moussia. Mais il ne l'eut pas. Il y avait dans ce salon beaucoup de bienveillance mais peu d'attention. " (page 407)

Ça peut sembler un peu prise de tête, mais en fait j'ai trouvé ce livre assez drôle, attachant. L'atmosphère rendue est intrigante, mais pas oppressante. Alice Fernet est parvenue à créer une histoire réaliste sans tomber dans le glauque, alors que le sujet s'y prêtait extrêmement bien. En effet, étrangement, même si c'est trois fois le récit de la même soirée, on ne se sent pas pris au piège. Ou du moins, pas dans celui que l'on pensait, puisque finalement, on reste parce que l'on se sent bien au milieu des personnages. Par ailleurs, je n'ai absolument pas trouvé ce roman répétitif, au contraire, chaque partie à ses propres révélations à nous offrir. En appuyant sur le poids des mots et leurs limites, ce roman nous offre belles réflexions sur la famille, la maternité, la féminité, l'amour et aussi l'amitié.

A la fin de cette soirée, on a l'impression que nos personnages viennent de vivre inconsciemment un moment capital de leur existence. Malgré tout, on peut aussi constater que seuls ceux qui voulaient vraiment tirer quelque chose de ce jeu ne repartent pas bredouille, même si ce n'est pas toujours avec ce qu'ils espéraient.

Les avis assez partagés de Clarabel, Clochette, Tamara, Laure, Anne, Papillon.

J'ai noté La conversation amoureuse du même auteur, si vous en avez d'autres à me conseiller...

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04 février 2008

Le corps de Liane ; Cypora Petitjean-Cerf

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Stock ; 337 pages.

L'année dernière, j'avais beaucoup aimé Le musée de la sirène de cet auteur. Clarabel, puis bien d'autres m'ont ensuite mis l'eau à la bouche en disant combien Le corps de Liane leur avait plu. Aujourd'hui, je me je m'ajoute au club des admiratrices de ce roman.

L'histoire : Christine vit seule à Paris avec sa fille Liane, qui a des manies très étranges. En effet, Liane est obsédée par la peur de vomir depuis un pari qu'elle s'est lancée à elle même, teste tous les aliments de l'épicerie située en face de son collège, et prend énormément de notes. Pendant les vacances, Liane et Christine vont en Bretagne chez Huguette, la grand-mère. Huguette a également élevé sa fille seule, puisque son mari, un Italien rencontré et épousé un peu trop rapidement, est reparti depuis longtemps dans son pays. Il y a aussi Roselyne, la grande amie de Liane, qui est rejettée par sa mère, Lamia qui est venue en France pour se remettre de la mort de son bébé, ainsi qu'Eva, la femme de ménage, et sa tête à claques de fille. Toutes ces femmes, qui se sont bien trouvées, passent ensemble des moments simples mais réconfortants, comme regarder Dallas ou se refiler une poupée. 

Mon avis : Elles ont un grain les héroïnes de Cypora Petitjean-Cerf, avec toutes leurs bizarreries et leurs blessures. Pourtant, je n'ai pu m'empêcher de m'attacher à elles. Après tout, de l'intérieur, toutes les familles sont folles. Et la "famille" de Liane, comme toutes les autres, trouve une cohérence et une harmonie dans ces habitudes un peu étranges, ces obsessions soudaines, durables ou pas.
La multitude des points de vue, le fait que Liane, Christine et Huguette s'expriment à peu près autant renforce la présence de cette lignée de femmes, et donc la cohérence de l'histoire. Même le feuilleton Dallas est habilement utilisé pour montrer la parenté qui unit ces personnages.
Ce qui est étrange, c'est que même si je n'ai jamais regardé Dallas, j'avais l'impression que Cypora Petitjean-Cerf me parlait quand même de quelque chose de familier quand elle évoquait la série. D'ailleurs, il n'y a pas que les références à Dallas qui m'ont donné le sentiment d'appartenir à l'univers de cette histoire. Ce roman m'a rappelé plusieurs de mes lectures d'enfance. Par exemple, le personnage de Roselyne me fait penser à Les petits enfants du siècle, que je lisais au collège. 
C'est difficile de vous décrire le plaisir avec lequel j'ai lu ce livre. C'est drôle, vrai, touchant, et bien d'autres choses encore.
Mon seul regret a été de refermer ce livre que j'ai tout simplement adoré. J'aimerais tellement savoir ce qui arrive à Liane, Lamia, Eva, Huguette, Roselyne, Christine ! Pendant un peu plus de trois cents pages, j'ai appris à les aimer et j'ai essayé de les cerner, du coup j'ai été vraiment déçue de devoir les quitter à la fin du livre.

Inutile de vous dire que j'attends le prochain roman de Cypora Petitjean-Cerf avec impatience ! 

Les avis de Clarabel, Laure, Cathulu.

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30 janvier 2008

La petite fille de Monsieur Linh ; Philippe Claudel

41QoHaPlKFLLe Livre de Poche ; 183 pages.

Philippe Claudel est un auteur que l'on voit absolument partout sur les blogs. Depuis quelques mois, son dernier roman m'intrigue, du coup je suis devenue plus réceptive aux avis sur cet auteur. La sortie en poche de La petite fille de Monsieur Linh a achevé de me convaincre de découvrir Philippe Claudel.

L'histoire : Monsieur Linh vient de quitter son pays, tenant dans ses bras la seule chose qu'il lui reste, un nourisson. Quelques semaines plus tard, il débarque dans un nouveau pays, où il est hébergé avec d'autres réfugiés. D'abord muré dans sa solitude et préoccupé uniquement par sa petite-fille, il finit par sortir un peu. Il rencontre finalement un homme, veuf et seul, avec lequel il se lie d'une étrange amitié.

J'ai trouvé ce livre agréable à lire, mais sans non plus accrocher complètement. Philippe Claudel parvient à ne pas rendre son récit monotone, tout en lui donnant un rythme très lent, à l'image de l'existence de Monsieur Linh. Il ne se passe pas grand chose, pourtant on finit par s'attacher au viel homme, à vouloir en savoir plus sur lui. Il ne se plaint pas, prend les choses comme elles se présentent, et nous, nous l'observons avec intérêt, peut-être dans l'attente d'une situation inattendue.
Ce roman fait réfléchir sur la solitude, et sur les liens qui peuvent naître entre des personnes qui ne parlent pas la même langue, qui ont des histoires très différentes, mais qui ont les mêmes besoins. C'est étrange mais pas loufoque d'imaginer que deux personnes qui n'ont même pas compris le nom de l'autre, parviennent à devenir familières et ont le sentiment de devoir se rendre des comptes.
Dans le même temps, Philippe Claudel nous dit que parler la même langue ne permet pas toujours de communiquer. Avoir connu les mêmes choses ne sert pas vraiment quand on n'a pas envie de les évoquer.

En fait, j'ai beaucoup aimé, mais je sais que je ne garderais pas un souvenir impérissable de ce livre. En mettant les liens vers les autres blogs, je vois que la fin vous a tous marqués. Moi, pas du tout, j'ai dû rater quelque chose. Je l'ai trouvée un peu bancale en fait, même si elle permet de terminer le livre sans nous laisser en plan.
Après discussion avec Sylire, je maintiens ce que j'ai dit, j'ai cru que j'avais raté quelque chose au moment du délire de Monsieur Linh. En fait, cette fin ne m'a pas surprise outre mesure je crois.

Les avis de Sylvie, Jules, Biblioblog, Papillon (entre autres).

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25 janvier 2008

Les bois dormants ; Fabienne Juhel

15782050_1_Editions du Rouergue ; 157 pages.

J'ai repéré ce livre il y a quelques mois chez Clarabel. Il y a quelques temps, je l'ai trouvé à 7 euros chez Gibert, du coup je me suis dit qu'il ne fallait plus hésiter.

" Depuis toujours, elle s'est perdue.
Bébé, ses parents l'oublient dans une fête foraine. Fillette, elle s'égare avec plaisir dans les bois. Trente ans plus tard, à l'hôpital, on la dit perdue. La tumeur, une étoile accrochée à son cerveau, l'a fait basculer dans un univers d'anges et d'ogres. Quelque chose de son enfance lui est revenu. Qu'on lui laisse oublier la rentrée des classes. Elle est partie cueillir des mûres. C'est son dernier été.
"

Autant vous le dire tout de suite, nous sommes à mille lieues de La Belle au Bois dormant, histoire à laquelle le titre de ce roman m'a immédiatement fait penser. Il y a bien un prince, mais qui ne peut ni empêcher sa belle de se perdre, ni la réveiller d'un baiser d'amour. En fait, même le lecteur ne sait pas trop où il se trouve, car il suit les pensées d'une femme dans le coma. Difficile donc de séparer les souvenirs de l'imagination.
Il y a de très bons passages dans ce livre, poétiques, rythmés, parfois même familiers. C'est décousu, car nous suivons les rêves, les pensées et les souvenirs de quelqu'un. L'auteur a quand même eut la très bonne idée de donner un cadre à son histoire, en évoquant le monde qui continue de tourner dans la chambre d'hopital de la narratrice. Nous faisons donc connaissance avec des infirmières ainsi qu'avec le mari de la narratrice. Cela me fait penser qu'à la fin du livre, je me suis demandé si j'avais raté le nom de la femme qui nous raconte son histoire, ou si Fabienne Juhel avait délibérément choisi de ne pas le donner, afin d'appuyer sur le fait que son héroïne est perdue.
C'est peut-être un peu trop lent parfois, certainement pas le genre de livres qui plaira à tout le monde (il ne s'y passe pas grand chose, sauf sans doute si l'on est callé en psychanalyse), et je n'ai pas tout compris je pense. Pourtant, ce livre m'a émue, et plusieurs semaines après ma lecture, j'en garde un souvenir de douceur. 

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15 janvier 2008

Baisers de cinéma ; Eric Fottorino

414roAxtL1LGallimard, 188 pages.

Je ne lis jamais les livres ayant obtenu un prix littéraire parce qu'ils ont eu un prix littéraire. J'avais adoré Lignes de faille l'année dernière, mais j'ai du mal à croire que les jurés du prix Femina sont moins soumis à des pressions que ceux du Goncourt. Du coup, je ne me suis absolument pas émue en voyant qui avait reçu le prix Femina cette année. En plus, Baisers de cinéma n'est pas du tout un titre qui me parle. Sauf que la magie de Noël est passée par là, et je me suis donc retrouvée avec ce livre dans les mains...

L'histoire : Gilles Hector n'a jamais connu sa mère, et a été élevé par son père Jean, directeur de la photographie pour les plus grands cinéastes. Peu avant sa mort, Jean Hector confie à son fils qu'il doit sa naissance "à un baiser de cinéma". Sans plus d'indice, Gilles Hector décide de la retrouver en visionnant le plus de films possibles. C'est au cours d'une séance de cinéma qu'il rencontre Mayliss, une jeune femme mariée, dont il tombe amoureux.

Ce livre commence avec une citation d'Olivier Adam : "Le sens caché de ma vie aura été de fuir un père présent et de chercher sans fin une mère disparue. " Cette phrase reflète extrêmement bien l'atmosphère de ce roman. Gilles Hector nous raconte en effet sa quête pour découvrir l'identité de sa mère, même si c'est le souvenir de son père qui imprègne presque chacune de ses phrases et la plupart de ses regards. A travers son récit, le narrateur évoque effectivement son père à travers sa profession de directeur de la photographie. La très belle plume d'Eric Fottorino m'a fait découvrir avec émerveillement le métier de Jean Hector, alors que je n'y connais absolument rien en matière de cinéma. Toutes ces évocations de lumière, de noir et blanc, de couleur de la nuit, des rêves bleus de Mayliss, donnent de l'émotion, de la cohérence au récit, et une consistance particulière aux personnages.
En fait, c'est un peu comme si on regardait un film, avec des personnages que l'on suit seulement pendant un petit moment de leur vie, une intrigue, et un fond très précis, le XXème siècle.

Le seul reproche que je ferais à ce livre est sa fin. Je l'ai trouvée un peu trop rapidement expédiée, ce qui m'a donné le sentiment d'être laissée un peu en plan sans avoir eu de réponse à mes questions.

J'ai du mal à en dire plus car ce livre m'a vraiment envoûtée. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été autant séduite par un auteur français.

"La nuit avait occupé une bonne partie de sa vie, l'éclairage de la nuit. Il prétendait qu'au cinéma la nuit n'existait pas. Le spectateur devait voir les images avec l'acuité d'un chat. Mais mon père détestait les nuits toujours bleues des films français. Il disait que les réalisateurs manquaient d'imagination. Lui avait inventé une lumière au sodium qui plongeait l'obscurité dans un bain orange. C'est ainsi qu'il voyait la nuit. Lumineuse et sanguine. " (page 21)

De très beaux billets chez Clarabel et Lily.

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09 janvier 2008

Un secret ; Philippe Grimbert

41e1N5vi4dLLivre de Poche ; 184 pages

Il y a environ un an, j'avais adoré La petite robe de Paul du même auteur. Je m'étais promis de lire Un secret assez rapidement, mais comme d'habitude, j'avais tout un tas de livres à lire avant. Il y a quelques mois, j'ai appris par Choupynette qu'une adaptation de Un secret venait de sortir, mais en fait ça m'a plutôt refroidie. Finalement, on me l'a offert, et je l'ai lu tout de suite après.

L'histoire est celle d'un homme (Philippe Grimbert lui même semble t-il) qui nous raconte son enfance auprès de ses parents, Maxime et Tania, deux êtres amoureux du sport. Contrairement à eux, le narrateur n'a pas une forme éclatante, et a le sentiment d'être une déception pour sa famille. Pour compenser, il s'invente un frère, et sa raconte les années de bonheur de ses parents avant sa naissance. Un jour, à l'école, il se jette sur un garçon qui a fait une remarque qui l'a blessé. Il ignore pourquoi, mais il s'est senti insulté. C'est Louise, qui prend soin des muscles de Tania et Maxime, qui va finalement lui dévoiler ce qu'il a toujours pressenti.

Ce que j'aime le plus chez Philippe Grimbert, c'est son style, très technique et très efficace. Cela donne du rythme et de la clarté à ses romans. Grâce à lui, il rend ses histoires parfaitement crédibles, met le doigt exactement là où il le faut, et nous embarque complètement dans son livre. Je pensais qu'en ayant déjà lu Philippe Grimbert, je savais à quoi m'attendre, mais cela ne m'a pas empêché de tomber de haut et de ressortir bouleversée par ce livre. Il démontre que le poids des non-dits, de la culpabilité jamais soulagée peut prendre le visage d'un bonheur parfait grâce à la complicité de tous, de ceux qui essaient d'être heureux comme de ceux qui veulent simplement oublier que le présent a chassé un passé douloureux. C'est évident que tout cela est assez cliché, mais je n'ai absolument pas eu le sentiment d'avoir lu un roman téléphoné de A à Z. Les personnages sont complexes, leurs actions sont parfois cause, parfois conséquence, même si souvent il est difficile de savoir s'il y a vraiment des coupables. De toute façon, la seule chose qui compte, c'est comment les personnages ressentent ce qui s'est passé. Maxime se sent coupable, mais pas parce que Hannah s'est volontairement jetée dans la gueule du loup, parce qu'il croit à une punition du Destin. Il ignore la vérité, alors il se construit des preuves de sa culpabilité. La scène où le narrateur tente d'apaiser son père, après toutes ces années de silence, quand leur chien s'est fait écrasé, m'a énormément touchée.

En résumé, j'ai trouvé ce roman très maîtrisé et bouleversant. Finalement, je verrais bien le film...

" Un 'm' pour un 'n', un 't' pour un 'g', deux infimes modifications. Mais 'aime' avait recouvert 'haine', dépossédé du 'j’ai' j’obéissais désormais à l’impératif du 'tais'. "

Les avis de Biblioblog, Jules, Lily, Anne-Sophie, Anne, et Patch.
Flo a moins aimé.

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04 janvier 2008

La passion selon Juette ; Clara Dupont-Monod

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Grasset ; 238 pages.
17,90 euros.

C'est Clarabel qui m'a mis l'eau à la bouche en commentant ce roman d'une très belle façon. Les autres avis qui sont apparus sur les blogs étaient tous très bons, du coup j'attendais beaucoup de La passion selon Juette. Finalement, je suis assez déçue.

L'histoire est celle de Juette, fille d'un receveur des impôts. Son physique désespère sa mère qui pense qu'elle ne trouvera jamais de mari. Pourtant, à l'âge de treize ans, Juette accepte de prononcer la phrase qui la marie à un homme qui l'aime, mais qui, à ses yeux, sera seulement un bourreau. Ses deux enfantements, très douloureux, contribueront à affirmer son caractère, à lui faire refuser la vie que les hommes veulent lui imposer. Lorsqu'elle se retrouve veuve quelques années seulement après son mariage, elle décide de faire ses propres choix.

J'ai trouvé que ce livre souffrait de lourdeurs assez nombreuses. Beaucoup de clichés, le personnage de Juette n'est pas vraiment crédible. Certaines choses ne sont pas assez claires à mon goût tandis que d'autres le sont trop. En fait, j'ai eu le sentiment que l'auteur essayait de caser toutes ses connaissances sur la période où se déroule son roman, et qu'en même temps elle en oubliait un peu ses personnages, qui ne sont pas vraiment développés en tant qu'humains. Certes, seulement deux personnages sont vraiment mis en avant. Mais même le personnage de Juette, qui raconte une grande partie de l'histoire dont elle est l'héroïne, et qui est censée avoir un caractère extrêmement déterminé, n'a pas réellement de consistance. J'ai eu tout au long de ma lecture le sentiment qu'une autre personne parlait à travers Juette. En plus, il y a un réel décalage entre les phrases simplissimes ainsi que le ton que Juette utilise pour s'adresser à nous (particulièrement au début du livre), et la maturité que ses actes laissent transparaître. 
J'ai été touchée par le regard de Juette sur les hommes, par ses interrogations, par sa clairvoyance, ou encore par sa prise de conscience du poids de certaines phrases (à l'image de celle prononcée à l'église pour accepter un époux). 
Ce roman reste cependant une grosse déception. L'idée de départ semblait plutôt bonne, mais ce livre manque de consistance et de maîtrise pour être convaincant. 

Les avis de Clarabel, Lily, Flo, Florinette, MAlice, Chiffonette, Gambadou.
 

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07 octobre 2007

Porte de la Paix Céleste ; Shan Sa

41CP1HW85ZLFolio ; 147 pages.
4,60 euros

J'étais partie pour vous parler de Michel Tremblay, et puis je suis tombée sur ce petit livre que j'ai beaucoup aimé. Shan Sa est un auteur que l'on a pu voir sur de nombreux blogs ces derniers temps, pourtant j'avoue que ses romans ne m'intéressaient pas tellement. Vous l'avez sans doute constaté, je lis surtout des romans anglophones et francophones. Alors, quand je vois un billet sur un auteur ne correspondant pas à cette zone géographique, je m'y intéresse moins (à tort, sans doute).
J'avais quand même acheté Impératrice il y a quelques mois, mais essentiellement parce qu'il coûtait un euro et qu'une LCA ne peut pas résister à un livre à 1 euro. Je sens que ma vie vous passionne, alors je continue. En fait, je suis tombée sur ce livre vraiment par hasard, alors que je cherchais un livre beaucoup moins alléchant. Et le résumé, qui ne me tentait pas du tout il y a peu m'a semblé d'un seul coup irrésistible (en même temps, étant donné les autres perspectives que j'avais, je pense que même Flaubert aurait pu me tenter à ce moment là).

Pour ceux qui ne se sont pas encore endormis, voici le résumé de l'histoire. Elle commence dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, lorsque les chars chinois entrent sur la place Tian An Men, occupée depuis plusieurs semaines par des étudiants.  Ayamei a été l'une des meneuses du mouvement nprotestataire. Tirée loin de la place par un ancien camarade, elle échappe à la tuerie. Dès lors, elle doit fuir l'armée, et surtout un jeune soldat, Zhao, qui la poursuit sans relâche.

Si le contexte de 1989 est très bien présenté, ce n'est pas vraiment l'intérêt principal de ce livre. Ayamei est déjà hors de la place Tian An Men quand débute le livre. Elle n'apprend ce qui s'est passé que par des témoins. Et lorsque l'armée remet les choses en ordre au sein de la capitale, Ayamei s'est déjà réfugiée à la campagne. Ce que Shan Sa essaie de nous faire comprendre, c'est comment on a pu en arriver là, comment une telle incompréhension a pu se construire entre le pouvoir communiste et une partie de la population chinoise. Elle le fait à l'aide de deux personnages du même âge, mais aux parcours bien différents.

Ayamei d'abord, est une jeune fille qui n'a cessé de se poser des questions depuis son plus jeune âge. Elle a huit ans lorsque Mao décède, et ne comprend pas pourquoi elle doit pleurer ce personnage qu'elle ne connait même pas. La seule chose qu'elle sait, c'est qu'elle doit avoir peur que quelqu'un découvre qu'elle n'est pas triste. Plus tard, c'est encore par l'intimidation qu'on la prive de Min, son meilleur ami. Elle essaie de résister, mais c'est là qu'elle comprend que la seule façon qu'elle a de refuser la vie et les principes qu'on lui impose, c'est en se suicidant. C'est d'ailleurs bien pour mourir qu'elle veut retourner sur la place Tian An Men alors que l'armée a commencé à tirer.
Zhao, quant à lui, est un véritable soldat-robot, qui est convaincu de la bonté du gouvernement communiste. Fils de paysans miséreux et illétrés, il s'est engagé dans l'armée pour les soulager financièrement. A vingt et un an, il est désigné pour retrouver la criminelle Ayamei, qui a osé défier le pouvoir communiste.
Entre ces deux personnages va naître une relation très particulière, que l'une ignore d'ailleurs, et qui va les pousser à faire le choix de la vie. C'est là que l'on retrouve tout le charme de la littérature chinoise. Ayamei est poussée dans un temple au milieu de la nature. Là, elle apprend à se découvrir, à admirer le monde et à trouver la sérénité. Zhao pénètre dans l'univers d'Ayamei par le biais de son journal d'abord, puis par son enquête. Et lui aussi se met à regarder le monde avec des yeux neufs, et à considérer que la liberté a un sens.

C'est très poétique, très doux, sans pour autant donner une impression de lenteur qui rend parfois l'atmosphère de certains romans chinois pesante. Il se passe beaucoup de choses en très peu de pages. Je n'ai absolument pas eu un sentiment de remplissage, les phrases de Shan Sa tombent toutes très justes.

" Une fois sortie de la ville, une fois rendue à la nature, elle déploiera ses ailes et prendra son essor. Hélas, jamais elle ne reviendra. "

Vraiment un petit bijou qui, je trouve, mérite bien son Prix Goncourt du Premier Roman 1998.

Les avis de Clarabel (trouvé sur Amazon, d'ailleurs je m'aperçois qu'on a écrit quasiment la même chose) et de BMR et MAM. Marie a moins aimé.

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22 juin 2007

Doggy bag : saison 2 ; Philippe Djian

41ZIKV910ULEdition 10/18 ; 297 pages.
7,30 euros.

" Avec Doggy bag saison 2, Philippe Djian remporte son audacieux pari : nous tenir en haleine avec le récit du destin pour le moins extravagant de la famille Sollens. L'on y retrouve le même casting de choc. Irène, la mère des frères Sollens, alcoolique et bigote ; Josianne, infirmière torride, divorcée d'un mari impotent et rancunier ; Béa, spécialiste en marketing direct sur canapé et enfin la sulfureuse Edith, accompagnée de sa fille de vingt ans, à la recherche d'un père qui se cache peut-être dans le tableau... Vraies scènes d'amour, drames en direct et vents de folie sur fond de catastrophes naturelles et de violences urbaines ! Comme si tout ce petit monde totalement halluciné avait besoin de ça ! "

J'avais beaucoup aimé la saison 1 de Doggy Bag. C'est donc tout naturellement que j'ai été contente de retrouver ses personnages. Pourtant, j'avoue que je suis assez déçue par cette saison 2.

Les personnages sont assez irritants. David et Marc s'écoutent beaucoup trop, et Victor est plus ridicule que touchant. La seule personne que j'ai continué à vraiment apprécier, c'est Josianne.
Mais il n'y a pas que les personnages qui m'ont lassée. J'ai trouvé que ce livre était moins maîtrisé que le premier tome. A plusieurs reprises c'est vraiment du n'importe quoi : les innondations + les pillages + l'enlèvement + Joël qui tombe dans le coma... Il semblerait que Philippe Djian tente de se moquer des séries télévisées avec cette série. Mais dans ce tome, je ne perçois pas le second degré, j'ai davantage l'impression que l'auteur est tombé dans son propre piège.
Par ailleurs, même si la saison 1 parlait beaucoup de sexe, j'avais eu le sentiment que c'était justifié, que ça servait l'histoire. Là, il m'a semblé que Philippe Djian nous parlait de personnages dont le seul but est de s'envoyer en l'air. C'est d'ailleurs ce qui rend les frères Sollens plutôt antipathiques, alors qu'on se rend bien compte que pour eux, il n'y a pas que ça. Pour résumer, ce livre tombe un peu trop dans la facilité et la caricature, sans que le second degré soir réellement perceptible.
Après, j'avoue l'avoir lu presque d'une traite, même si j'ai parcouru quelques passages un peu en diagonales. Pour la saison 3, je ne suis pas encore certaine de la lire...

Posté par lillounette à 08:00 - - Commentaires [14] - Permalien [#]