01 février 2011

Le compagnon de voyage ; Curzio Malaparte

Le_compagnon_de_voyageFolio. 75 pages.
Traduit par Carole Cavallera
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Je n'ai découvert Curzio Malaparte que récemment, par le biais de Cécile, qui en parle tant qu'elle peut. Le compagnon de voyage n'est sans doute pas la meilleure façon de découvrir l'œuvre de cet auteur, puisqu'il s'agit d'un texte publié de manière posthume très bref. Pourtant, après quelques instants de cafouillage au début de ma lecture, je me suis laissée porter, et j'ai découvert un livre plein de qualités.

En septembre 1943, les Alliés débarquent au sud de l'Italie. Un petit groupe de soldats, sur l'ordre de son lieutenant, reste combattre jusqu'au bout. Durant le combat, le lieutenant tombe, et demande à Calusia, un chasseur alpin originaire de Bergame, de rapporter son corps auprès de sa famille, à Naples.
Calusia charge donc le corps dans une caisse qu'il met sur le dos de Roméo, un âne abandonné. En chemin, il croise d'abord Concetta, une jeune fille échappée de chez les bonnes sœurs, puis une femme qui lui rappelle les filles de Bergame, dont il tombe amoureux.

Je n'avais jamais lu de livre évoquant l'Italie à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Malaparte nous en dresse un portrait à la fois pathétique, poétique, et drôle. La route jusqu'à Naples est en effet jonchée de personnages perdus, à la merci des premiers voleurs, et à la limite de la folie. Même les soldats alliés participent à cette joyeuse pagaille, à l'image de ce soldat noir américain, qui se balance en haut d'une cloche d'une église, créant la panique dans la foule qui croit que le diable vient d'apparaître.
Le chaos est pourtant empreint d'un certain espoir pour Malaparte, qui livre un texte assez politique. Il voit dans la situation inconfortable de l'Italie une opportunité (illusoire?) pour ses habitants.

"Depuis toujours la défaite représente pour les populations misérables, malheureuses, une sorte de merveilleuse et terrible occasion de liberté, de vie nouvelle plus aisée et plus digne."  

Maintenant que je vous ai donné l'impression que Le compagnon de voyage est un livre lumineux, je vais me contredire en évoquant une certaine colère que j'ai perçue au cours de ma lecture. Une colère dirigée contre ceux qui, par cupidité, brisent la vision que Malaparte aimerait avoir de sa patrie. Le fascisme et la guerre, qui servent de toile de fond, n'empêchent pas l'auteur d'écrire un livre concentré sur son pays et l'affection qu'il lui porte, et l'on sent qu'il s'agit là de sa préoccupation principale.   1718394131

J'ai vraiment été agréablement surprise par cette lecture, et j'espère retrouver Curzio Malaparte dans ses écrits les plus connus.

Merci à Lise et aux éditions Folio pour l'envoi.

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03 mai 2007

Soie ; Alessandro Baricco

12720340_pFolio ; 142 pages.

" Plus que le mortel ennui d'une vie répétitive, c'est une indifférence, une absence de résistance à la vie que Baricco suggère en ouvrant son roman par quelques phrases laconiques, purement énonciatives. Au début, Hervé Joncour fait penser à un spectateur repu qui se refuserait à intervenir dans la pièce qui se joue, et qui pourtant parle de lui.

Voyageur en quête d'oeufs de vers à soie, il se voit contraint, pour sauver les industriels de son village, d'effectuer une expédition "jusqu'au bout du monde". Or, en 1861, la fin du monde, c'est un Japon qui sort à peine de son isolationnisme, et, qui plus est, de mauvaise grâce. Et c'est au Japon que la vie du héros prend un tour nouveau en croisant celle d'une femme mystérieuse.

À la fin du roman, plusieurs années se sont écoulées, qui ont paru un battement de cils raconté en douceur par une voix neutre qui a fait défiler sous nos yeux, tels des panneaux de papier de riz, les séquences successives de cette vie impalpable traversée par des personnages d'ombre subtile. "

C'est suite à la critique de Céline que je suis tombée sur ce petit livre, qui n'avait, a priori, pas grand chose pour me plaire. Très honnêtement, le commerce des vers à soie, je m'en fiche comme d'une guigne. En plus, ma dernière expérience avec un "chef d'œuvre" de la littérature italienne contemporaine n'avait pas été très concluante.

Pourtant, j'ai trouvé cette lecture très agréable. L'écriture est effectivement neutre, il n'y a rien qui nous pousse à nous intéresser aux personnages de ce roman, leurs sentiments restent assez flous. Pourtant, l'auteur parvient à donner du dynamisme à l'histoire, grâce à des phrases courtes et des passages répétitifs qui s'allient bien avec le fond de l'histoire.
Car il s'agit d'un homme qui, chaque année, se rend au Japon, dans le même endroit, chez la même personne, par les mêmes chemins, pendant la même durée de temps. Ce rituel, d'abord imposé par sa profession, devient nécessaire à Hervé Joncour.
Là-bas, il a rencontré une jeune fille dont les yeux ne sont pas orientaux, et qui va symboliser la fascination qu'il se met à éprouver pour le Japon, mais qui est également comme un écho d'Hélène, la femme que Joncour laisse en France à chaque fois qu'il part en voyage. Obnubilé par le lointain, Joncour ne voit pas distinctement celle qui se trouve à ses côtés, et qui aimerait être son Etrême-Orient, celle à qui il déclare son amour en ouvrant des volières remplies d'oiseaux, celle qui porte une soie si fine qu'on a l'impression de ne rien tenir entre les doigts quand on la touche.

C'est un roman délicat, sensuel, que nous livre Alessandro Baricco. Sa longueur est exactement celle qu'il faut pour ne pas nous ennuyer. Peut-être pas LE chef d'oeuvre de l'année pour moi, mais un joli coup de cœur qui risque d'en enchanter bien d'autres.

Outre Céline (qui en parle bien mieux que moi), Allie, Frisette, et BMR & MAM ont aimé ce roman.

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17 mars 2007

Mal de pierres ; Milena Agus

2867464331Édition Liana Levi ; 123 pages.

" Au centre, l'héroïne: jeune Sarde étrange "aux longs cheveux noirs et aux yeux immenses".
Toujours en décalage, toujours à contretemps, toujours à côté de sa propre vie... A l'arrière-plan, les personnages secondaires, peints avec une touche d'une extraordinaire finesse: le mari, épousé par raison pendant la Seconde Guerre, sensuel taciturne à jamais mal connu; le Rescapé, brève rencontre sur le Continent, à l'empreinte indélébile; le fils, inespéré, et futur pianiste; enfin, la petite-fille, narratrice de cette histoire, la seule qui permettra à l'héroïne de se révéler dans sa vérité.
Mais sait-on jamais tout de quelqu'un, aussi proche soit-il..."

Je m'en veux un peu d'avoir lu ce livre juste après avoir refermé La Foire aux vanités. Je suis passée brusquement d'un univers vivant, piquant, dynamique à un récit sobre et tranquille. Sans doute pour cela, j'ai eu énormément de mal à m'intéresser à ce livre. Je n'avais pas particulièrement envie de connaître la suite, j'ai tourné les premières pages un peu mécaniquement. Mais il y a quelque chose d'envoûtant dans l'écriture de Milena Agus. Elle a fini par me plonger dans l'histoire de cette femme, dont le mal-être transparaît à chaque page, sans que cela soit clairement établi. Les personnages deviennent peu à peu familiers, les choses se mettent progressivement en place, du moins le pense t-on. J'ai beaucoup aimé la fin, qui remet en cause tout le reste, qui met enfin des mots sur tous ces non-dits. Comme pour nous glisser que l'on connaît des autres uniquement ce qu'ils nous montrent et ce que l'on veut savoir pour les faire correspondre à l'image que l'on se fait d'eux, et que finalement, il n'y a qu'une mince barrière entre le rêve et la réalité.

Ceux qui ont aimé La note sensible de Valentine Goby seront certainement charmés par ce texte.

EDIT de 03/09 : je garde finalement un mauvais souvenir de ce livre. J'ai été indulgente en rédigeant mon billet, puisqu'il venait après un roman qui figure désormais dans mon panthéon littéraire, mais je n'ai gardé que les mauvais aspects du livre en mémoire...

Les critiques enthousiastes de Chimère, de Clarabel, de Cuné, de Laure et de Papillon.

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12 décembre 2006

Le mépris ; Alberto Moravia

2290335061Librio ; 154 pages.

" Capri ! Au pied des Faraglioni, l'île rayonne d'azur et de sérénité. Pourtant le drame couve entre Emilia et Riccardo. Perdu dans les méandres d'un scénario sur l'Odyssée, Riccardo sent sa femme se détacher de lui. Emilia ne l'aime plus. Pire, elle le méprise. Drôle de coïncidence ! Riccardo voit soudain sa propre vie se superposer à son scénario. Si Ulysse tarde à revenir à Ithaque, c'est par crainte de revoir Pénélope, sachant qu'il doit la reconquérir. Reconquérir Emilia ! Voilà bien l'unique obsession de Riccardo ! Emilia ! Sait-il seulement ce qui l'agite ? Désenchantement ? Ennui ? Lassitude ? Attirance secrète pour Battista, le fastueux producteur ? Dans " le ciel bleu du mépris ", l'orage gronde... "

J'ai un peu de retard dans mes critiques, j'ai eu un début de semaine assez chargé. Pourtant, je n'ai pas pu lâcher ce livre avant de l'avoir fini. A priori, il n'avait rien pour me tenter. Un homme qui souffre parce que sa femme ne l'aime plus, et même, le méprise, ça ne m'attire pas forcément, et je ne connaissais pas du tout l'auteur. Puis j'ai débattu de façon totalement puérile avec un autre blogueur sur la mentalité féminine (oui, je sais, c'est très mal de généraliser), après le billet de Céline sur ce livre. Et comme j'avais parfaitement conscience que, n'ayant lu le livre ni l'un ni l'autre, nous étions certainement tous les deux hors du sujet traité, j'ai décidé de me procurer ce livre.
Et là, véritable coup de foudre. Certains ont déjà commencé leur bilan de l'année 2006, moi j'attendrai jusqu'au bout, de belles surprises peuvent encore m'attendre. Que ce livre est beau ! Qu'il est bien écrit ! Je n'avais pas ressenti un tel bonheur en lisant un livre depuis quelques temps. Il y a les livres que l'on adore pour leur histoire, pour le style de l'auteur, mais qui n'ont quand même pas cette étincelle supplémentaire qui fait que nous avons l'impression de complètement plonger dans le livre, que nous le lisons même en marchant dans la rue...
C'est vrai, ce n'est pas un thème très gai. D'autant plus que nous souffrons avec Riccardo, qui est méprisé, qui aime sans l'être en retour. Et le pire, c'est qu'il ne comprend pas pourquoi. Il aime toujours sa femme, a acheté une maison et une voiture qu'il est incapable de payer, pour elle. Pour lui permettre ce bonheur, il accepte de devenir scénariste, métier qu'il exècre. Et alors qu'il lui prouve son amour, elle se met à faire chambre à part. Au début, elle nie tout changement dans ses sentiments. Et puis, un jour qu'il la harcèle de questions, elle lui lâche ces mots assassins "Je ne t'aime plus", et pire encore, "Je te méprise". Nous, lecteurs, nous nous doutons assez rapidement de la raison de ce mépris, même s'il est difficile de concevoir qu'un pareil mépris puisse avoir pour origine un malentendu aussi évident. En fait, la fin tragique nous prive d'une véritable explication.
Alors, comme pour L'Odyssée, il faut faire des hypothèses. Car Ricardo se retrouve à travailler sur un scénario mettant en scène une partie de L'Odyssée, le retour périlleux d'Ulysse, chez lui, à Ithaque, après la Guerre de Troie. Il se rend alors à Capri, avec Emilia qu'il espère toujours reconquérir, dans la villa de Battista, son producteur. Riccardo veut faire un film "psychologique", tout comme Rheingold, avec qui il travaille sur le scénario. Et c'est là que le parallèle entre les deux histoires commence. Rheingold pense que Pénélope méprise Ulysse parce qu'il n'a pas su être "l'Homme" qu'elle s'imaginait. Riccardo Molteni mêle alors de façon très étroite et peut-être totalement fausse son histoire à celle d'Ulysse et de Pénélope. Parce qu'il ne comprend pas Emilia, il explique son mépris grâce à ce qu'il finit par croire de Pénélope.
Ce qui est le plus douloureux pour Riccardo, c'est qu'il aime Emilia comme avant, et peut-être plus encore. Et elle même semble ne pas toujours penser ce qu'elle dit. Il n'arrête pas de lui poser les mêmes questions, pour lui faire dire ce qu'elle n'a pas envie de lui dire, et pour entendre ce qu'il n'a pas envie d'entendre. Dans ces histoires, il est difficile de détacher ce qui est vrai de ce que l'on veut croire. Riccardo, parce qu'il ne saura jamais la vérité, finira par écrire sa propre version, afin qu'Emilia puisse "se pencher vers moi comme une belle image consolante", nous dit-il. Et le livre s'achève sur une note pleine d'espoir.
Je ne sais pas si ma critique vous donne envie de le lire, il m'est très difficile de vous décrire ce qui m'a plu, c'est surtout du ressenti. Je peux seulement vous dire que c'est un livre captivant qui m'a fait totalement oublier ce qui m'entourait pendant quelques heures. Et malgré son thème douloureux, j'en suis ressortie avec le sourire...

Allez voir l'avis de Céline, son analyse est beaucoup plus fine que la mienne, et elle connaît l'Ulysse de Dante.

Posté par lillounette à 23:26 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
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