14 juillet 2013

Le chemin des âmes - Joseph Boyden

joseph-boyden-chemin-des-ames"La folie, c'est de nous apprendre à tuer ; c'est de récompenser ceux qui le font bien."

Une vieille indienne vient accueillir son neveu Xavier, qui rentre blessé d'Europe après avoir combattu avec les Alliés et son ami Elijah durant la Première Guerre mondiale. Ensemble, ils rentrent chez eux en canoë, elle inquiète et lui à demi-conscient, terrassé par ses blessures et la morphine qu'il s'injecte. Au cours de ce voyage, ils invoquent chacun les souvenirs de leur enfance et ceux relatifs à ce qu'il s'est passé dans le nord de la France.

J'ai très longtemps hésité à lire ce livre pourtant encensé lors de sa sortie. Si le Canada m'attire, je suis toujours réticente face aux récits de guerre qui font du mal à mon petit coeur. Cette fois cependant, alors que j'avais commencé ma lecture en espérant que les passages dans les tranchées seraient aussi brefs que possible, je me suis surprise à les dévorer et même à les attendre à chaque interruption nous ramenant dans les forêts de l'Ontario.
Cela vient du fait que la plupart des événements qui se produisent n'ont rien d'une aventure. C'est le cheminement intérieur de Xavier que nous suivons. Né d'une mère indienne alcoolique, il est élevé par les bonnes soeurs jusqu'à l'âge de cinq ans dans une de ces écoles où l'on vous interdit de parler votre langue, où l'on vous inculque les merveilleuses valeurs chrétiennes et où l'on tente d'effacer en vous tout ce qui ne serait pas conforme au mode de vie occidental avant de vous expédier dans une réserve. Un jour, sa tante, qui a échappé à ce traitement, vient le chercher. Elle lui apprend à chasser, à vivre isolé, et surtout elle l'initie à la spiritualité. Ils descendent d'une lignée de chasseurs de windigos, ces créatures meurtrières jamais rassasiées ayant un jour dévoré l'un des leurs. Elijah, l'ami que Xavier a connu à l'école, vient les rejoindre quelques temps plus tard, d'abord pour les vacances puis de manière permanente. Devenus inséparables, c'est ensemble qu'ils s'engagent pour aller combattre en Europe, impatients et persuadés comme tout le monde que le conflit sera bref. Rien ne leur sera épargné. Après un entraînement intensif et un mode de vie auquel Xavier a beaucoup de mal à s'adapter, ils arrivent en France et sont envoyés en première ligne. Commencent alors les combats où l'on s'entretue pour gagner dix mètres, où celui qui a le malheur de s'endormir pendant sa garde est fusillé pour l'exemple, et où tuer devient une chose mécanique. Xavier et Elijah sont vite repérés pour leurs qualités de tireurs. Ils sont donc systématiquement envoyés en reconnaissance, ont le droit de se mettre à l'écart pour guetter l'ennemi et surtout gagnent le respect de leurs camarades. Xavier reste un peu en retrait, mal à l'aise avec la langue anglaise et vite lassé par ce conflit interminable qui lui prend son ouïe, mais Elijah ne manque pas une occasion de se vanter et de faire le fanfaron avec son bel accent de lord anglais.
Si ce livre parle de deux jeunes Cree qui vont à la guerre, il parle surtout de ce que la guerre leur fait. Pour la plupart, les soldats sont des gamins. Souvent, quelques mois, voire jours, suffisent à les rayer de la surface. Pour les autres, elle les rend sourds, les mutile, les transforme en morphinomanes, et pire, elle les change. Les amitiés ne tiennent pas, laissent place à la jalousie, la rivalité et la méfiance. De gamins effrayés, ils se transforment en bêtes assoiffées de sang, qui tuent avec plaisir. Pour résumer, elle les rend fous. C'est ce qui arrive à Elijah, qui se transforme en windigo sous le regard impuissant de son ami. Aux yeux de ses camarades, Elijah est un héros, un tireur d'élite, mais Xavier sait qu'il scalpe désormais ses ennemis, et sans doute même qu'il les dévore.
En s'appuyant avec beaucoup d'intelligence sur la culture indienne, Joseph Boyden nous livre sa vision de la guerre à travers ses deux héros. Le résultat est inéluctable et surtout puissant.

Un très beau roman.

L'avis de La petite marchande de prose.

Albin Michel. 391 pages.
Traduit par Hughes Leroy.
2004 pour l'édition originale.

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20 mars 2009

Prodige ; Nancy Huston

resize_8_Babel ; 173 pages.
1999.

Je n'étais pas revenue à Nancy Huston depuis L'empreinte de l'ange, qui m'a laissé un drôle de goût dans la bouche. Toutefois, j'ai n'ai pas pu m'empêcher d'acheter la moitié de la bibliographie de l'auteur, certaine que de belles découvertes m'attendaient encore.

Maya vient de naître, avec trois mois et demi d'avance. Les médecins sont pessimistes, mais Lara refuse de baisser les bras, et décide qu'elle sauvera son enfant. Elle lui raconte ainsi la vie qu'elle aura, la merveilleuse pianiste qu'elle sera, la cuisine qui sent l'ail de sa grand-mère, et Robert, son mari qu'elle aime et qui est fou d'elle, mais qui ne peut rester auprès des deux femmes de sa vie. "Parfois, peut-être... on ne peut pas tout avoir. Parfois on repousse ce qu'on a, simplement pour ne pas tout avoir. Je ne sais pas l'expliquer autrement."   

Je suis vraiment gâtée côté lectures en ce moment. Ce livre est juste sublime. Les narrateurs sont nombreux, mais il n'y a que deux lignes de lecture. L'une suit Lara, celle qui joue la musique pour elle, qui y plonge toutes ses peines et tous ses espoirs. L'autre suit Maya, qui exprime ce que sont les choses. Tout au long du livre, on a le sentiment que ces deux courbes, la mère et la fille, s'affrontent et s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre, mais le fait de ne pas savoir laquelle a le dessus évite tout pathos. Tout le roman se déroule dans un état de tension pour le lecteur, qui pressent un drame, mais qui ignore ce qu'il doit vraiment redouter.
On voit un rêve, plein de libellules, de papillons et de vers à soie, ainsi que de musique, la petite Maya prodigieuse. Tout le livre est baigné de délicatesse et d'images métaphoriques très belles, mais on ne peut en profiter pleinement, tellement les pages qui nous sont encore inconnue semblent nous promettre de cruelles déceptions. J'ai sourit parfois, comme lorsque Sofia, la grand-mère russe, raconte un concert de Glenn Gould, où les gens s'étaient tous précipités : "à l'époque on savait qu'un grand pianiste qui joue, c'est une urgence."
Mais j'ai surtout eu mal de voir Lara s'enfoncer comme cela. Elle est la rêveuse, aussi elle ne devrait pas être celle qui plonge, celle qui est blessée, celle qui perd espoir. Ou peut-être que si, rêver rend plus fragile sans doute.
Je n'avais pas vu venir la fin, ce qui prouve que Nancy Huston tenait parfaitement les fils de son histoire, et qu'elle n'est pas un auteur qui surprend son lecteur d'une seule façon.

J'ai refermé Prodige complètement secouée, à la fois émerveillée et pleine de tristesse. Un livre peut-être un peu moins maîtrisé que Lignes de faille, mais un coup de maître quand même.

Les avis de Malice, Sylvie, et Karine.

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02 janvier 2008

L'empreinte de l'ange ; Nancy Huston

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J'ai Lu ; 219 pages.

J'ai découvert Nancy Huston en juin dernier avec Lignes de faille, qui est mon plus gros coup de coeur de l'année 2007. J'ai décidé de lire L'empreinte de l'ange pour approfondir ma connaissance de cet auteur, et tout ce que je peux dire, c'est que je n'étais pas au bout de mes surprises.

En 1957, à Paris, Raphaël, un jeune musicien, laisse une annonce pour trouver un bonne qui s'occupera de son appartement parisien. Lorsque Saffie, une jeune allemande apathique sonne à sa porte, il ne met que quelques instants à en tomber follement amoureux. Il la met dans son lit et l'épouse très rapidement, tout en espérant qu'elle finira par l'aimer. Leur fils, Emil(e), naît quelques mois plus tard, magré les tentatives d'avortement de Saffie. C'est lors d'une simple course pour Raphaël, en compagnie d'Emil(e), que Saffie trouve enfin le goût de la vie en la personne d'Andràs, un jeune Hongrois. 

C'est un livre d'une efficacité redoutable que Nancy Huston nous offre avec L'empreinte de l'ange. Ce roman m'a poussée jusqu'à la nausée, m'a donné envie de le jeter à l'autre bout de la pièce, mais c'était trop tard. Je me suis retrouvée emprisonnée dans le récit que fait cette voix intraitable, qui se moque presque des émotions qu'elle provoque en nous et que j'ai haïe autant qu'elle m'a envoûtée.
Les personnages de ce livre ne sont pas particulièrement attachants. Saffie m'a laissée de marbre au début. A un moment, j'ai pensé, comme Raphaël, que son passé expliquait son attitude. Mais contrairement à lui, qui est naïf comme nous, tout en ne disposant pas des informations de la narratrice, j'ai peu à peu réalisé que le contexte historique, dissimulé en simple décor avant de prendre beaucoup plus d'importance, n'excusait pas tout non plus. Car Nancy Huston nous raconte l'histoire de quatre personnes lors de la guerre d'Algérie autant que la guerre d'Algérie et les marques de la Seconde Guerre mondiale avec quatre personnages comme prétexte. Forcément, les deux sont liés. Saffie et Andràs sont unis par le passé. Toutefois, leur relation ainsi que le trio amoureux qu'ils forment avec Raphaël, sont aussi et surtout des histoires assez banales.

En fait, comme dans Lignes de faille, Nancy Huston démontre qu'elle maîtrise parfaitement ce qu'elle écrit. Mais cette fois, je suis incapable de vous dire si j'ai aimé ou non. Je mettrais autant un zéro pointé à cette histoire qui m'a vraiment remuée qu'un 10/10. Si j'avais commencé à lire Nancy Huston avec ce livre, je n'aurais probablement pas continué à la lire. Mais j'ai également envie d'applaudir. A vos risques et périls donc...

L'avis de Lily.

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02 octobre 2007

La tournée d'automne ; Jacques Poulin

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Babel ; 208 pages.

Voici un livre qui dormait dans ma bibliothèque depuis déjà un bon moment. Malgré tous les bons avis, je n'avais jamais envie de l'ouvrir. Un roman avec un titre comme celui-ci et une belle couverture comme celle-là, ça se lit dans un fauteuil au coin du feu avec un bon chocolat chaud, pas vraiment sur la plage.

L'histoire : En fait, elle se passe en été. La Chauffeur est un employé du ministère de la culture québécois. Chaque année, il fait des tournées avec son bibliobus, et prête des livres ou des manuscrits refusés par les éditeurs à ceux qui le désirent.
Cette fois-ci, le Chauffeur vient de rencontrer Marie, une Française, qui voyage avec sa troupe. Après avoir sympathisé, les nouveaux amis du Chauffeur décident de l'accompagner dans sa tournée d'été.

Mon avis : Ce livre est plutôt sympathique sous certains aspects. Déjà, il parle de livres, de la passion des livres, et ça ça me touche forcément. J'adorerais voir un bibliobus passer à côté de chez moi, dans lequel je peux prendre les livres que je désire lire, et éventuellement un manuscrit refusé. La confiance qu'a le ministère (et surtout le Chauffeur) que les livres seront bien rendus, sans même avoir pris le nom des emprunteurs, montre bien la valeur de l'objet livre aux yeux d'un lecteur. Il le renverra pour que le bibliobus puisse continuer à éclairer des petits bouts de vie. Ou alors, si le livre se perd, c'est parce qu'il aura été prêté à d'autres, pas parce qu'il a été rangé et oublié dans une bibliothèque.

Pourtant, je suis plutôt déçue par La tournée d'automne. La relation entre le Chauffeur et Marie ne m'a pas touchée. Elle est poétique sans doute, un peu mystérieuse, mais j'avoue avoir baillé plus d'une fois au cours des échanges entre ces deux personnages. Ce roman manque de rythme, de légèreté. L'ambiance de La tournée d'automne m'a rappelé celle de Je voudrais tant que tu te souviennes (livre dont je garde en tête les qualités, mais dont je suis très contente d'être sortie). J'ai bien vu que Jacques Poulin voulait évoquer la difficulté des relations humaines, mais ça ne m'a pas du tout plu.
Je m'attendais également à une déferlante de références de livres à noter, et j'ai été amèrement déçue. En fait, elles ne sont pas très nombreuses, et présentées dans le cadre de la relation entre Marie et le Chauffeur, ce qui ne m'a pas du tout incitée à les noter.
Autre chose, l'écriture de Jacques Poulin ne m'a pas séduite. Le langage employé est très courant, et j'ai trouvé les descriptions assez artificielles.

En regardant les autres billets sur ce livre, je constate que je suis la seule à avoir été déçue. Allie a adoré, Lily, et Malice aussi. Ah, Laure est un peu moins enthousiaste (je me sens moins seule^^) !

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26 juin 2007

Lignes de faille ; Nancy Huston

41FQYEPRTWLActes Sud ; 487 pages.
21,60 euros.

Je viens de terminer ce livre, et je peux vous dire que c'est pour moi un grand coup de coeur.

J'ai l'impression ces derniers temps que les romans qui évoquent la Seconde Guerre mondiale sont à la mode. Je ne dis pas que c'est gênant en soi. Cela nous permet au contraire de découvrir des horreurs méconnues.  Surtout, ça prouve ce que Nancy Huston révèle dans ce livre, et que l'on semble vouloir oublier ces temps-ci : le fait que, même si l'on fait ses propres choix, le passé imprègne également le présent. Ainsi, si l'on n'a pas réglé les blessures du passé, elles nous poursuivent inlassablement, de génération en génération.
Ce qui me gêne dans cette "mode", c'est que tout le monde peut y aller de son propre hommage très facilement. Or, quand on écrit un roman, il y a d'autres exigences, littéraires celles-ci, qui devraient servir le sujet, le cadrer, et ne pas s'effacer devant lui. C'est dans ce piège que n'est pas tombée Nancy Huston, que je ne connaissais pas et qui m'a véritablement époustouflée.

Ce sont quatre enfants de six ans d'une même famille et à des époques différentes qui enquêtent pour nous, à travers leurs jeunes yeux un peu naïfs, mais pas tant que cela en fait. Ils ont tous six ans et un grain de beauté un peu étrange, parce que l'histoire se répète à chaque génération depuis 1944. Comme ils ne comprennent pas l'importance des faits dont ils sont les témoins involontaires, leur récit est dépourvu de tout artifice, et donc sincère. Ils sentent seulement qu'un secret empoisonne l'histoire de leur famille, y crée une atmosphère tendue, mais ni ce qu'est ce secret, ni de quand il date.

J'ai été un peu déboussolée au début par le discours de Sol, qui m'a paru beaucoup trop mature (et à moitié cinglé). Mais les autres enfants sont beaucoup plus crédibles. De plus, pour Sol, c'est le moyen qu'a trouvé Nancy Huston pour nous montrer, sans trop faire de psychologie, que l'éducation que l'on reçoit, les choses dont nous sommes témoins enfant, même lorsqu'on ne les comprend pas, sont assimilées et servent à se façonner. Randall a choisit le protestantisme pour brouiller les cartes, sa femme cherche même à effacer la tache sur la figure de son fils, qui témoigne du passé, mais le fait est que ce n'est pas aussi simple.
Il faut alors faire ce que Sadie a tenté de faire adulte, en tant qu'historienne, déterrer le passé. Au fur et à mesure que l'on remonte dans le temps, on comprend le présent. Car dans ce livre, la chronologie est inversée. Ca peut sembler dépourvu de logique si l'on considère l'histoire de façon linéaire, comme quelque chose de progressif. Mais pas ici. Car l'enfance de Sol de nos jours s'explique par l'enfance de Randall en 1982, qui fait écho à celle de Sadie en 1962, elle même étant le résultat de ce qui s'est produit en 1944 pour Erra. On a d'abord du mal à aimer Randall, Sadie et Erra adultes, puis on écoute l'enfant qu'ils ont été et on finit par comprendre ce qu'ils sont devenus.

Si le spectre du nazisme est présent au cours du livre, et est le point d'aboutissement de l'histoire, Nancy Huston est parvenue à ne pas le laisser entacher son récit. Elle le tient véritablement à distance en utilisant surtout des suggestions, ainsi qu'un ton plutôt léger. A aucun moment, l'histoire ne tombe dans le larmoyant, nous suggère de façon artificielle que c'est le moment de pleurer. Nancy Huston ne se pose pas en juge, elle se contente de nous laisser découvrir l'histoire de cette famille et de tirer nos propres conclusions.
Finalement, Nancy Huston se sert autant de l'histoire de cette famille pour évoquer les horreurs méconnues de la Seconde Guerre mondiale, que des blessures infligées par le nazisme pour évoquer l'influence du passé sur le présent.

Cela donne un livre maîtrisé de bout en bout, modéré, et donc efficace. En effet, ce roman bouleverse le lecteur parce qu'il lui fait prendre le recul qui permet de réfléchir par soi même. L'émotion n'est donc pas frontale et superficielle, elle s'insinue progressivement, subtilement et profondément en nous.
En refermant ce livre, j'ai eu le sentiment que Nancy Huston m'avait mis délicatement les cartes en main pendant cinq cents pages, et qu'elle me regardait les sourcils relevés, comme pour dire "Et oui..." .

" Le lendemain pendant la récré un garçon me court après en criant "Juive ! juive ! " - mais comme j'ai promis à Peter de ne plus jouer à ce jeu, je prends mes jambes à mon cou et trébuche et tombe et m'érafle le genou et dois aller à l'infirmerie, et quand l'infirmière ôte mon bas je vois que mon genou saigne et j'entends l'Ennemi Ricaner sur un ton jubilatoire en disant : Du sang nazi, Sadie ! Du sang nazi ! " (page 367)

Je vais essayer de vous trouver les nombreux avis déjà en ligne (c'est marrant, on n'a pas forcément apprécié les mêmes choses, certains avis se concentrent sur des choses que j'ai à peine notées) : Papillon, Lisa, Lily, Anne-Sophie, Camille, Gachucha, Lorraine, Essel, Jules, Thom, Agapanthe (j'ai dû en oublier la moitié).

Et Clochette, un tout petit peu moins enthousiaste.

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27 décembre 2006

Bonbons assortis ; Michel Tremblay

2742740295Edition Actes Sud ; 179 pages.
15 euros.

" La petite enfance de Michel Tremblay contient en germe la sensibilité et l'émotivité si vives de l'œuvre à venir. Quand il ouvre le tiroir de ce paradis perdu, les trésors qu'il y découvre sont plus vivants que jamais, plus savoureux parce que plus de cinquante ans ont passé, qui les ont affinés en vibrants récits. C'était l'époque où la magie du père Noël opérait encore et où les gentils mensonges des adultes tenaient lieu de vérités : ceux de son frère Jacques et de sa marraine Robertine, ceux de son oncle Josaphat et de sa grand-mère Tremblay, mais surtout ceux de sa mère Nana, qui mêle bonne et mauvaise foi avec un égal bonheur et dont le rire sonore fuse à travers tout l'univers de l'écrivain. "

Toujours sur le conseil d'Allie, j'ai ouvert ce nouveau livre de Michel Tremblay. Le début m'a fait craindre une grave désillusion alors que La nuit des princes charmants m'avait vraiment enthousiasmée. Et puis, dès la seconde nouvelle, je suis entrée dans les souvenirs de ce petit garçon qui se débat lorsque son père, qui le tient dans ses bras pour la première fois depuis des années, décide de l'emmener dehors en plein orage. Pour admirer le ciel, blotti contre lui. Ce recueil de souvenirs est drôle, touchant. On peut facilement se moquer de la famille Tremblay, un peu ridicule, mais qui ressemble finalement un peu à la nôtre. Même si, pour la plupart, nous ne vivons pas avec notre grand-mère, notre tante, nos oncles et nos cousins, ce qui réduit considérablement le nombre d'occasions de se chipoter...
Certes, Michel Tremblay se moque un peu dans ce livre, de sa famille, de lui même. Mais  chaque histoire dévoile un amour profond pour ceux qui en sont les acteurs. Car c'est beaucoup par amour pour sa "moman" que le petit Michel accepte de porter des souliers affreux et trop petits le jour de sa première communion. Et c'est également par amour que la "moman" donne à son fils de quoi acheter "dix petits chinois", ou plutôt leurs "âmes". Même si cela lui coûte le prix d'un "festin pour douze personnes", elle refuse que son petit garçon soit la cible de moqueries.
Nos parents sont souvent maladroits, comme nous, mais ils ne nous blessent pas volontairement. J'ai été triste pour Michel le soir de Noël, quand il reçoit un ours en peluche à la place de la poupée dont il rêvait depuis des mois. Parce qu'un petit garçon, ça ne joue pas à la poupée pensent les adultes. Heureusement que Papa est là et réconcilie son garçon avec le teddy bear, pour ne pas l'empêcher d'être un enfant.

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06 décembre 2006

La nuit des princes charmants ; Michel Tremblay

2742726195Édition Actes Sud ; 248 pages.
7,50 euros.

"Une soirée d'opéra qui se transforme en odyssée nocturne au coeur de Montréal, et voilà le narrateur de cette histoire, cynique Candide, courant à la perte... de sa virginité. Du café El Cortijo au cabaret des Quatre Coins du Monde, Michel Tremblay nous invite à refaire le parcours initiatique d'un jeune " beatnik ", et à découvrir avec lui un monde burlesque de folie et de transgression, où les passions se déchaînent, où partout éclatent le mensonge et la vérité dans l'urgence du désir. L'amour et le plaisir seront-ils au bout du voyage, dans la Nuit des princes charmants ? "

Conseillé par Allie, cet auteur m'a totalement conquise. Déjà, le titre, La nuit des princes charmants, est très accrocheur pour moi qui aime les histoires enchantées. Et puis, l'histoire, moins enchantée quand même, de ce jeune homme de dix-huit ans, fou d'opéra, de livres, parce que ça lui permet de s'évader dans une ville de Montréal? où à dix-huit ans, il est gay, francophone, et issu des classes populaires. Lors d'une représentation catastrophique de Roméo et Juliette, il rencontre Perette ou Alan, ainsi que François. Lequel des deux sera son prince charmant ? Notre héros veut-il perdre sa virginité, "tomber en amour", ou bien les deux ? Lui qui n'a jamais osé s'immiscer dans le monde de la nuit et encore moins dans les bars gays, va passer une nuit inoubliable.
Tout ceci dans Montréal sous la neige, dans le froid, avec l'accent bien connu des Québécois et leurs expressions dont je ne comprenais pas toujours la signification. La barrière entre les anglophones et les francophones est bien présente dans ce livre, même si le temps d'une nuit, elle est mise de côté, comme tout ce qui pourrait faire obstacle à l'amour. Une jolie découverte.

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