19 août 2018

Americanah - Chimamanda Ngozi Adichie

Americanah" À mes camarades noirs non américains : En Amérique, tu es noir, chéri

Cher Noir non américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse de dire je suis jamaïcain ou je suis ghanéen. L’Amérique s’en fiche. "

Ifemelu décide, après treize ans en Amérique, de retourner vivre à Lagos. Alors qu'elle se fait coiffer dans un salon afro, elle se remémore son adolescence au Nigéria puis son arrivée aux Etats-Unis, où elle a découvert à quel point la couleur de sa peau comptait.
Devenue blogueuse à succès spécialisée dans les questions de race, elle interpelle les Américains à travers diverses anecdotes afin d'expliquer le quotidien d'une personne noire aux Etats-Unis, pays qui refuse de parler de race, tout en étant encore fondamentalement raciste.
A Lagos, Ifemelu espère retrouver son grand amour, Obinze, qu'elle n'a pas revu depuis son départ et qui a lui aussi été confronté à des difficultés lorsqu'il a voulu s'installer en Angleterre.

Dans un passage du livre, un personnage dit à Ifemelu qu'écrire un livre sur la race qui soit à la fois pertinent et accessible à tous, notamment les Blancs, est impossible. Americanah est la preuve que le défi a été brillamment relevé.
Je ne pense pas que Chimamanda Ngozi Adichie soit un écrivain hors du commun, son style étant très simple, mais elle a définitivement un don pour raconter des histoires d'une grande richesse, très documentées, et qui permettent à n'importe qui de comprendre son propos pourtant complexe. Ainsi, le choix du salon de coiffure spécialisée dans les cheveux crépus qui sert de fil conducteur aux trois-quart du roman n'a rien d'anecdotique. Les cheveux sont l'un des symboles de la différence faite entre les Noirs et les autres. Les cheveux crépus doivent être disciplinés, lissés ou tressés, c'est indispensable pour être pris au sérieux.

Quand elle parla à Ruth de sa prochaine entrevue à Baltimore, celle-ci lui dit : « Mon seul conseil ? Défaites vos tresses et défrisez vos cheveux. Personne n’en parle jamais, mais c’est important. Il faut que vous obteniez ce boulot. »

Un article paru dans le magazine Causette il y a quelques mois expliquait très bien ce phénomène. Les cheveux crépus ne font pas sérieux à tel point qu'ils sont un handicap pour s'insérer dans la société.
Ce point d'entrée capillaire est également accompagné de réflexions sur la ségrégation raciale encore présente aux Etats-Unis, réflexions souvent valables dans les autres sociétés occidentales. Americanah est un livre qui bouscule le lecteur, particulièrement lorsqu'il est blanc. J'ai eu un peu honte de me reconnaître dans certaines descriptions. Le racisme est tellement ancré dans nos sociétés que, même lorsqu'on est de bonne volonté et prêt à se remettre en question, on ne peut s'empêcher d'avoir des attitudes et de tenir des propos qui font légitimement bondir les personnes de couleur. Ifemelu, ainsi qu'Obinze à Londres, évoquent aussi bien les difficultés pour les Noirs de ne pas être vus comme des humains sous-éduqués ou trafiquant de la drogue, que les Blancs essayant de montrer leur tolérance en évoquant la "richesse" des cultures africaines ou leur volonté d'aider les pauvres petits Africains.

« Bonjour, je m’appelle Ifemelu.
— Quel beau nom, dit Kimberly. Est-ce qu’il signifie quelque chose de particulier ? J’adore les noms multiculturels parce qu’ils ont des significations merveilleuses, venant de cultures merveilleusement riches. » Kimberly avait le sourire bienveillant des gens qui voyaient dans la « culture » l’univers inhabituel et coloré des gens de couleur, un mot qui devait toujours être accompagné de « riche ». Elle ne pensait pas que la Norvège ait une « culture riche ».

" Ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien nourris, n’avaient pas manqué d’eau, mais étaient englués dans l’insatisfaction, conditionnés depuis leur naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient aujourd’hui prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir, bien qu’aucun d’entre eux ne meure de faim, n’ait été violé, ou ne fuie des villages incendiés, simplement avide d’avoir le choix, avide de certitude. "

L'auteur explique à quel point le racisme envers les Noirs est unique, et démontre à quel point dans une situation similaire, un Noir et un non Noir ne seront pas également désavantagés. Le seul point qui m'a gênée concerne les propos de l'auteur sur l'antisémitisme qui ne serait pas aussi humiliant que le racisme envers les Noirs car basé sur de la jalousie. Je pense qu'elle n'a pas, du fait de son expérience au Nigéria et aux Etats-Unis, une vision de ce qu'ont pu vivre les Juifs pendant des siècles en Europe, avec le bouquet final de l'horreur nazi. Les Juifs aussi ont été martyrisés, victimes de ségrégation et de préjugés terribles. Quant à la jalousie censée être une chose plutôt positive, elle a plutôt donné lieu à des faits divers sordides dans nos régions. C'est anecdotique (à peine quelques lignes), et je pense vraiment que Chimamanda Ngozi Adichie est de bonne foi, mais il me semble important de nuancer son propos. A aucun moment l'auteur ne se montre violente, agressive. Elle énonce des faits, adopte un ton railleur mais pas condescendant, et crée les conditions idéales pour que son lecteur l'écoute.

Le retour au pays d'Ifemelu permet à la jeune femme de laisser en grande partie la question de sa couleur de peau derrière elle, mais il n'est pas simple pour autant. Chimamanda Ngozi Adichie n'a pas mâché ses mots à propos de l'Amérique et de l'Angleterre, elle est tout aussi virulente envers le Nigéria et ses habitants. Elle évoque la politique et la corruption dans son pays, est sensible à la place des femmes (elle n'hésite pas à monter au créneau lorsqu'on lui parle des soi-disant sages et soumises Nigériannes), aux questions d'éducation et se moque du comportement des expatriés rentrés comme elles au Nigéria. Notre héroïne s'est parfois sentie très seule aux Etats-Unis, le Nigéria après treize ans d'absence est comme un étranger. Partie à peine sortie de l'adolescence, elle revient adulte.

On lit ce roman avec beaucoup de facilité parce que ses personnages sont très bien croqués. Ifemelu ne peut que plaire si l'on s'intéresse un peu aux questions de société. C'est aussi une personne attachante parce que faillible. Son parcours du combattant aux Etats-Unis nous fait rager et souffrir avec elle. Sa grande histoire d'amour avec Obinze est un peu trop belle, mais ça ne fait pas de mal. Comme dans son précédent roman, L'Autre moitié du soleil, l'auteur évoque surtout des personnages issus des classes moyennes ou aisées, éduqués, parfaitement anglophones, et ses héros sont igbos. Ces éléments ainsi que d'autres indices laissent penser que Chimamanda Ngozi Adichie a mis beaucoup de choses personnelles dans ce livre, et c'est peut-être ce qui lui permet de sonner si vrai.

Un livre passionnant et très facile à lire que je recommande à tout le monde. Difficile de faire un billet qui énumère toutes les pistes qu'il explore tant il y en a.

Les avis d'Ellettres, d'Ys et d'Hélène.

Folio. 684 pages.
Traduit par Anne Damour.
2013 pour l'édition originale.

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27 septembre 2017

Les vies de papier - Rabih Alameddine

ob_4781e2_les-vies-de-papier"Pourquoi aurais-je voulu être stupide comme tout le monde ? Puis-je admettre qu’être différente des gens normaux était ce que je recherchais désespérément ? Je voulais être spéciale."

Alors que la nouvelle année approche, Aaliya se demande quelle sera sa prochaine traduction. Cette septuagénaire répudiée depuis plus d'un demi-siècle vit au mileu de ses livres, dans un immeuble abritant également "les trois sorcières", ses voisines, Fadia, Joumana et Marie-Thérèse, surnommées ainsi en raison de leur goût pour les pauses café et les commérages sous les fenêtres d'Aaliya.

Dès les premières lignes, en lisant l'effarement d'Aaliya, découvrant qu'elle s'est involontairement teint les cheveux en bleu, j'ai su que ce roman allait me plaire.
Cette femme est une héroïne inhabituelle, vivant dans un cadre inconfortable pour une personne de son sexe et de son âge. Pourtant, elle a toujours réussi à garder les maigres avantages que la vie lui a donné. De son mariage aussi bref que malheureux, elle a obtenu un appartement qu'elle a férocement conservé, n'hésitant pas à se fâcher avec sa mère et ses frères qui voulaient le lui prendre. Devenue libraire un peu par hasard, son maigre salaire lui a permis de conserver son indépendance et les livres ont été pour elle des amis après la disparition des deux êtres qui ont été là pour elle. Si ce livre est loin d'être complètement optimiste, j'ai apprécié de lire le récit de cette existence simple mais finalement pas plus malheureuse qu'une autre qui correspondrait pourtant davantage aux standards du bonheur (selon la société).  
J'ai aussi aimé cette évocation d'une ville que l'on ne connaît souvent que par les reportages sur les conflits au Proche-Orient. Aaliya habite Beyrouth depuis toujours, et on sent son amour pour cette ville à l'histoire récente mouvementée et partagée entre vétusté et modernité. Elle nous raconte son quotidien dans cette ville souvent en guerre, avec des détails parfois très drôles. Elle aime la taquiner :

"Vivrai-je assez longtemps pour voir un feu tricolore fonctionnant parfaitement à Beyrouth ? "

Mais ce qui m'a le plus attirée dans ce livre, c'est évidemment la place qu'y tiennent les livres. Ils ont toujours eu une grande importance dans la vie d'Aaliya. Elle a ses auteurs préférés, ceux qui l'ont enchantée, ceux qui lui ont permis d'avancer et de réfléchir au monde qui l'entourait. Les passages sur la traduction sont ceux que j'ai préférés. Depuis que j'ai eu des cours à l'université, c'est un sujet que je trouve passionnant (même si j'étais franchement mauvaise, passer des heures à essayer de ressentir un texte pour le retranscrire est une expérience fabuleuse). Qu'est-ce qu'une bonne traduction ? Quelles évolutions dans ce domaine depuis le XIXe siècle ?

"Recourir à la prose edwardienne pour Dostoïevski, c'est comme ajouter du lait à un bon thé. Tfeh ! Les Anglais aiment ce genre de chose."

Etrangement, j'ai trouvé ce livre parfois plombant. Aaliya est une femme intelligente et indépendante, mais c'est aussi une personne très seule. Du fait de son âge et de son histoire, elle n'a pas vraiment foi en l'avenir et ne fait pas toujours confiance au passé, les souvenirs étant des constructions a posteriori. Heureusement qu'elle croise certaines personnes sur sa route, comme cette petite-nièce un peu curieuse. Heureusement aussi que les canalisations de son immeuble ne sont pas neuves.

Ce livre n'est pas un coup de coeur, je me suis ennuyée par moments, mais c'est assurément un beau roman.

Les billets de Violette et de Titine.

Les escales. 329 pages.
Traduit par Nicolas Richard.
2013 pour l'édition originale.

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05 août 2013

L'autre moitié du soleil - Chimamanda Ngozi Adichie

imagesNigeria, années 1960. Les Anglais se sont retirés du pouvoir politique, laissant une situation très instable en raison des tensions existant entre les différentes populations nigérianes. Au nord, les Haoussas sont musulmans et ont été favorisés par la présence anglaise. Dans le sud-est, les Ibos, chrétiens, ne comptent pas abandonner leur part du gâteau.
Suite à de graves massacres en 1966, les Ibos proclament la République du Biafra en 1967. La guerre va durer trois ans.
Le livre débute alors qu'Ugwu, un jeune boy ibo, arrive chez Odenigbo, un professeur de l'université de Nsukka. Odenigbo est un homme très engagé, réunissant chez lui ses collègues afin d'envisager l'avenir. Lorsqu'Olanna, sa compagne issue d'une riche famille ibo, vient le rejoindre, leur combat s'intensifie. Olanna est très belle et passionnée. Elle a toujours éclipsé sa soeur jumelle, Kainene, dont le compagnon anglais Richard observe, captivé et envieux, la culture ibo. Quand la guerre éclate, ces cinq personnages espèrent trouver une nouvelle patrie.

Moi qui désespère souvent lorsque je vois à quel point je suis incapable de diversifier mes lectures, j'ai été servie niveau dépaysement et émotion avec ce roman. Chimamanda Ngozi Adichie nous livre une histoire complexe, qui développe aussi bien le contexte du Nigeria dans les années soixante que des histoires personnelles, à l'aide d'une construction habile qui fait alterner les époques et les points de vue. Trois narrateurs, représentant chacun un monde différent, s'expriment. Ugwu est un serviteur. Odenigbo et Olanna le traitent un peu comme leur enfant, en lui faisant faire des études qui lui auraient été inaccessibles autrement et en sacrifiant beaucoup pour lui. En échange, Ugwu sert et protège ses maîtres avec dévotion. Olanna est quant à elle une jeune femme ayant reçu une excellente éducation entre le Nigeria et l'Angleterre. C'est un personnage intéressant car très imparfait. Bien qu'elle admire Odenigbo sans retenue, les valeurs inculquées par ses parents refont parfois surface. Ainsi, elle ne peut s'empêcher d'éprouver du dégoût face à la saleté dans laquelle vivent d'autres membres de sa famille. Les enfants des autres lui semblent indignes de s'approcher de sa propre fille, et il lui arrive de déraper face à Ugwu, dévoilant ainsi le fait qu'elle ne le considère pas entièrement comme son égal. Enfin, Richard est un Anglais venu au Nigeria un peu par hasard. Après avoir fréquenté le monde raciste des expatriés et la haute société nigériane, il tombe amoureux de Kainene, et veut trouver une nouvelle place auprès d'elle.
Bien sûr, le contexte historique est essentiel dans ce livre. Les Anglais s'étant retirés, la population doit en subir les conséquences. Comme le dit Odenigbo, la Colonisation a créé des Etats qui avaient un sensFlag_of_Biafra essentiellement pour les Européens, forçant ainsi des peuples différents à vivre ensemble. L'alliance de ces derniers est d'autant plus difficile que les colons ont appuyé leur domination en appliquant la politique du "diviser pour mieux régner." Lorsque le Nigeria obtient finalement son indépendance, la partie est loin d'être gagnée. Aux côtés d'Olanna et de Richard, nous sommes ainsi les témoins des massacres perpétrés sur les ibos. Quand la République du Biafra, est proclamée, les ibos pensent obtenir leur tranquilité. Cependant, c'est dans cette région du Nigeria que se situent d'importants gisements de pétrole, et ni les nigerians ni la communauté internationale ne sont prêts à renoncer à leurs intérêts. Nous suivons donc nos personnages devant faire face aux pénuries de nourriture, aux enrôlements de force, à la corruption, à la suspiçion et à la propagande qui les laisse espérer jusqu'au bout la victoire du Biafra. La fin est particulèrement cruelle parce que tous ces sacrifices semblent avoir été vains.
Le livre pourrait s'arrêter là, mais il nous montre aussi le combat entre tradition et modernité. Olanna, Odenigbo et Kainene appartiennent à une élite citadine qui contraste avec le monde rural où les croyances populaires ont toujours cours dont Ugwu est issu.

C'est donc un Nigeria vivant une douloureuse métamorphose que nous décrit Adichie. Le ton employé pourrait donc être pesant, et pourtant, sans que les détails nous soient épargnés, jamais ce livre ne plonge ses lecteurs dans l'horreur trop longtemps. Il y a toujours Ugwu pour faire une bêtise, ou les autres pour nous redonner du courage. Peut-être pas un livre extraordinaire, mais je m'en souviendrai longtemps en raison de l'éclairage qu'il apporte sur l'histoire du Nigéria.

Folio. 663 pages.
Traduit par Mona de Pracontal.
2006 pour l'édition originale.

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26 juillet 2013

Disgrâce - J.M. Coetzee

imagesSuite à un scandale sexuel, David Lurie doit démissionner de son poste à l'université. Il décide alors de rejoindre sa fille Lucy à Salem, qui vit seule dans une ferme où elle tient une pension pour chiens. David commence alors à se reconstruire, mais lorsqu'il est agressé violemment avec sa fille par trois individus, toutes ses certitudes s'effondrent.
Pourquoi Lucy refuse t-elle de parler de ce qui lui est arrivé ? Pourquoi s'acharne t-elle à rester dans cette ferme ? Quel rôle Petrus, le voisin de Lucy, a t-il joué dans l'agression ? Au milieu de tous ces individus qui s'obstinent à répéter qu'il faut se concentrer exclusivement sur le futur, David semble être le seul à être révolté, incapable de comprendre le point de vue de ces gens, dont sa propre fille, qui évoluent dans un monde complètement différent du sien.

Il s'agissait de ma première rencontre avec J.M. Coetzee, et j'avoue que je suis moins enthousiaste que je l'aurais voulu. Pourtant, ce livre est plein de finesse aussi bien sur le fond que dans sa construction. Il a pour ambition de décrire le malaise en Afrique du Sud après la fin de l'Apartheid. David Lurie est un homme qui ne semble pas avoir vécu de remise en question au début du roman. C'est un séducteur qui se voit vieillir avec appréhension, visiblement peu intéressé par les changements politiques dans son pays. Il est aussi légèrement misogyne sur les bords.

"La beauté d'une femme ne lui appartient pas en propre. Cela fait partie de ce qu'elle apporte au monde, comme un don. Elle a le devoir de la partager."

L'agression de Lucy (bien qu'il soit aussi victime, son principal tort était surtout de s'être trouvé là au mauvais moment) lui ouvre les yeux. Il ne devient pas d'un seul coup un type formidable, je vous rassure, mais il réalise que contrairement à ce qu'il croyait, il ne maîtrise absolument pas la situation. Cette sensation de ne rien comprendre est transmise au lecteur, qui comme lui, est parcouru d'effroi au fil des pages. Après ces événements, Lucy reste presque impassible. Bien que visiblement blessée, elle adopte une position presque coupable. David, lui, hurle, est en colère, mais reste impuissant aussi bien face à sa fille que vis à vis des agresseurs de cette dernière. On sent une situation chargée de non-dits, d'une histoire très lourde.
La contstruction du livre contribue au malaise du lecteur. En effet, il ne s'agit pas de raconter une histoire qui sera réglée à la fin. Disgrâce expose la complexité de la situation dans l'Afrique du Sud post-Apartheid, mais de façon à ce qu'on ne puisse que la deviner. Tout au long du livre, des chiens apparaissent. Chez Lucy, dans des cages, chez Bev Shaw (où travaille David). Qui représentent-ils ? Sans doute un peu tout le monde, et ça se finit toujours dans le sang.
Si je suis un peu restée en dehors de l'histoire, c'est à cause du déséquilibre entre les différentes parties du livre. Le début du roman, qui décrit la chute professionnelle de David représente un tiers du total. Or, cette partie n'apporte finalement pas grand chose. Le reste, beaucoup plus glaçant et réussi, aurait gagné à être davantage étoffé.

Malgré tout, Disgrâce reste un roman intéressant qui donne envie de découvrir le reste de l'oeuvre de l'auteur.

Points. 272 pages.
Traduit par Catherine Lauga du Plessis.
1999 pour l'édition originale.

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16 septembre 2009

Malpertuis, histoire d'une maison fantastique ; Jean Ray

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Espace Nord ; 285 pages.
1943
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Malpertuis est un nom qui a longtemps été pour moi un simple titre sans attache. C'est chez Sentinelle que j'ai appris qu'il s'agissait d'une histoire fantastique, et le fait qu'elle l'ait fortement préféré à Les Envoûtés de Witold Gombrowicz (que j'ai adoré) m'a naturellement mis l'eau à la bouche.

L'histoire de Malpertuis, cette demeure inquiétante située dans une rue tranquille nous est contée par quatre narrateurs. Le premier est un voleur, qui a dérobé dans un établissement religieux les récits manuscrits de trois témoins des événements qui ont provoqué le drame de toute une famille.
Avant sa mort, le richissime oncle Cassave réunit les siens autour de lui, et leur annonce les conditions de sa succession. Tous devront s'installer à Malpertuis sans autorisation de quitter la demeure, et jouiront d'une somme d'argent importante pour leurs dépenses courantes. Les deux derniers à y demeurer, car l'Oncle Cassave compte bien sur quelques désertions et meurtres, devront s'unir, et recevront la totalité de l'héritage du viel homme.
L'homme meurt : " - Mon coeur dans Malpertuis... pierre dans les pierres...", laissant ses descendants se plier à ses dernières volontés.

J'avais de grandes attentes concernant ce roman lorsque je l'ai ouvert, et je n'ai pas du tout été déçue. Ce récit est tout bonnement incroyable, passionnant, et bien plus profond que ce à quoi je m'attendais.
L'ambiance créée par Ray est cauchemardesque. Malpertuis est une bâtisse effrayante de l'extérieur : "Sa façade est un masque grave, où l'on cherche en vain quelque sérénité, c'est un visage tordu de fièvre, d'angoisse et de colère, qui ne parvient pas à cacher ce qu'il y a d'abominable derrière lui. Les hommes qui s'endorment dans ses immenses chambres s'offrent au cauchemar, ceux qui y passent les jours doivent s'habituer à la compagnie d'ombres atroces de suppliciés, d'écorchés vivants, d'emmurés, que sais-je encore ?" A l'intérieur, c'est pire. Les bougies sont soufflées par des forces inconnues, des voix s'élèvent sans qu'aucune créature vivante ne soit présente dans la pièce, des meurtres effroyables sont commis sans que personne ne les mentionne à posteriori, comme si les victimes n'avaient jamais existé, et les habitants de Malpertuis ont tous des comportements inexplicables. C'est Jean-Jacques, l'un des neveux de l'oncle Cassave qui nous raconte la majeure partie des événements, mais l'incompréhension du lecteur est encore renforcée par le fait que d'autres voix, évoquant des faits parfois bien antérieurs au drame final de Malpertuis, s'élèvent.
Il est difficile de parler de ce roman, de vous faire comprendre à quel point il est bien mené, parce que dévoiler ses mystères serait criminel. Mais Malpertuis est bien plus qu'un roman d'épouvante. Jean Ray utilise les légendes et la mythologie pour sonder l'âme humaine et incarner ses idées dans ses personnages. Il embarque le lecteur bien plus loin que d'autres romans fantastiques, parce qu'il est mené par un auteur qui sait parfaitement où il veut en venir. Il faut juste accepter de cesser de se cramponner à une rampe rassurante, et se laisser guider.

C'est un coup de coeur.

"A plusieurs reprises, j'ai vu une jeune fille de grande beauté, assise immobile auprès de ce tombeau.
J'ai voulu lui adresser la parole, mais chaque fois que je me dirigeai vers elle, je la vis disparaître comme une fumée. J'ai pourtant pu voir qu'elle portait un bandeau noir sur les yeux et que sa chevelure, rouge comme du cuivre brûlant, était bien étrange."

Les avis de Laurence, A girl from Earth, La liseuse et Sophie (qui n'a pas du tout aimé)

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08 mai 2009

La fille des Louganis ; Metin Arditi

resize_3_Actes Sud ; 237 pages.
2007.

Voilà un livre que je voulais lire depuis sa sortie, soit près de deux ans. J'avais déjà pris connaissance du début du texte, qui était disponible dans le but d'en faire sa promotion, et j'avais bien accroché.

L'histoire se déroule sur l'île de Spetses, en Grèce, à partir des années 1950. Les frères Louganis viennent de mourir de façon atroce alors qu'ils étaient partis pêcher. La veille, Spiros, l'aîné, a découvert que Pavlina n'était pas sa fille, mais celle de son frère, Nikos. Il a donc entraîné son frère avec lui dans la mort. Honteuse de ce drame qu'elle a involontairement provoqué, Magda, l'épouse de Spiros, ne dira jamais la vérité à son enfant. Mais la malédiction des Louganis ne s'arrête pas là. L'amour incestueux naîtra, les Louganis continueront à disparaître de différentes manières, et Pavlina passera sa vie à rechercher l'apaisement. 

Je n'ai pas vraiment trouvé ce que je cherchais dans ce roman. J'ai trouvé le début très bon. Les drames s'enchaînent vite, mais il s'agit d'échos aux tragédies et aux mythes grecs. La mer, l'île de Spetses, le soleil sont merveilleusement décrits, Pavlina est une jeune fille pleine de promesses, tout comme les autres personnages. Mais après la disparition en mer d'Aris, toute cette vivacité s'éteint.
La suite n'est pas désagréable, mais il devient de plus en plus évident que l'histoire ne mène nulle part. Pavlina est bouleversée par ce qui s'est passé, les nouveaux personnages qu'elle rencontre sont sympathiques, ont mené des vies plus ou moins chahutées eux aussi, mais le tout est plat.
Certes, Pavlina finit par trouver plus ou moins ce qu'elle cherchait, tout comme les autres personnages. Toutefois, je n'ai pas trouvé d'émotion réelle dans ces moments. On croise en effet beaucoup d'individus dans ce livre, et Metin Arditi donne à chacun un vécu qui devrait apparaître comme un écho de la vie de Pavlina, mais cela ne sert finalement pas à grand chose. De plus, beaucoup de situations de facilité sont choisies pour faire coller l'histoire des autres à celle de Pavlina (je pense notamment aux personnages de Yannis et Thanassis), et les discours moralisateurs du pope, qui lient justement en partie ces personnages, alourdissent énormément le récit. Il est difficile de leur accorder du crédit quand on est une athée de mon espèce, et je me suis vraiment sentie exclue dans ces passages... En fait, l'effort de construction de l'auteur est intéressant, mais il ne m'a pas convaincue.
D'autant plus que la fin ne le justifie pas. Je me suis demandé à quoi avait servi le reste si c'était pour en arriver là. Elle est à la fois clichée et artificielle, et elle finit d'enterrer le texte.

Mon billet est dur je pense, un peu trop peut-être. Je n'ai pas détesté ce livre, pas du tout, mais mon intérêt s'est dégradé au fil du texte jusqu'à me laisser totalement indifférente.

Papillon a eu un parcours exactement opposé au mien. Keisha a beaucoup aimé, tout comme Caro[line] et Chiffonette. Amanda a été déçue. D'autres avis en lien sur BOB.

   

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19 janvier 2009

L'Eglise des pas perdus ; Rosamund Haden

resize_4_Le Livre de Poche ; 283 pages.
Traduction de Judith Roze. 2003.
V.O. : The tin church.

C'est Lou, son billet superbe et très enthousiaste, et sa gentillesse, qui m'ont amenée à me jeter sur ce livre. J'ai eu un peu de mal avec le début, assez flou, mais l'histoire est tellement prenante que j'ai finalement avalé la totalité de ce roman d'une traite.

Catherine King vit en Afrique du Sud, dans la ferme familiale, au début du XXe siècle. Alors que les Noirs sont considérés comme des êtres inférieurs, Catherine est inséparable de la fille de la cuisinière, Maria. Elles ont fait le voeu d'être toujours amies, mais elles sont bientôt séparées.
En effet, Mme King, ayant découvert les infidélités de son époux, décide de rentrer en Angleterre en emportant ses filles. Catherine reviendra vingt ans plus tard, après avoir appris la mort de son père. Elle est restée très attachée à son enfance, et veut renouer avec Maria.
Quand Catherine arrive, la propriété a été rachetée par un couple, Tom et Isobel Fyncham. Lui aime par dessus tout voler, et apprécie sa nouvelle vie, mais son épouse s'ennuie, et a quitté la maison depuis déjà un moment lorsque Catherine revient à Hébron. Cette dernière et Tom tombent presque immédiatement amoureux, et Catherine ne sait pas comment gérer à la fois ses nouveaux sentiments, ses retrouvailles avec une Maria un peu jalouse de son affection, et les incertitudes qui planent autour d'Isobel. Le tout sous le regard malfaisant des mégères des alentours...

C'est étrange. J'ai noté pas mal de choses plutôt dérangeantes au cours de ma lecture de L'Eglise des pas perdus. J'ai souvent eu des impressions de déjà-vu notamment. Quelques personnages semblent très prévisibles au premier abord (je pense à Isobel et Tom, dont le couple ressemble vraiment à du pré-mâché). La construction me semblait compliquée de façon injustifiée, avec ces aller-retours dans le temps, ces voix d'enfants sorties de nulle part.
Pourtant, il faut absolument continuer (de toute façon, cette histoire est tellement envoûtante qu'il est impossible de reposer le livre et de l'oublier), parce que tous ces défauts ne sont que des impressions au final. Car les personnages se révèlent beaucoup plus complexes qu'il n'y paraissait, tout comme les thèmes abordés. En fait, j'ai trouvé ce livre vrai, parce qu'il ne se contente pas d'évoquer seulement une amitié au temps de l'apartheid, mais des êtres humains avec leurs drames, leurs peurs, leurs faiblesses. Le tout dans une atmosphère très particulière, à la fois angoissante, magique et enfantine, qui est tout de même ancrée dans la réalité coloniale (j'ai trouvé les scènes entre les commères très réussies, et j'irais bien faire un tour dans les paysages de l'Afrique du Sud de cette époque). J'ai trouvé le changement de rythme opéré au milieu du livre très astucieux. Après nous avoir plongé dans la vie à Hébron, avoir mis en place les différents points à éclaircir, la tension atteint son maximum, et nous sommes tenus en haleine jusqu'à la fin, qui n'est absolument pas décevante !   
J'ai trouvé les dernières lignes très belles et très émouvantes. Elles ne révèlent pas l'intrigue, donc je les mets ici :

"Devant la porte, une troisième petite fille agite les bras.
     "Attendez-moi", crie-t-elle, et elle se met à courir, dévalant la pente pour les rattraper. Derrière elle, ses cheveux noirs flottent au vent."

En cherchant les avis, je vois que je suis comme Lou : j'ai désormais des envies de lire des ouvrages sur l'époque de la colonisation et sur l'Afrique en général.

Les avis de Praline, Malice, Amanda... (et bien d'autres)
Et encore merci à Lou pour cette très jolie découverte !

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17 septembre 2008

Le vampire de Ropraz ; Jacques Chessex

9782253122814_G_1_Le Livre de Poche ; 96 pages.

Au début de l'année 1903, Rosa, la fille du juge de paix, est sortie de sa tombe, violée, et affreusement mutilée. Elle était connue pour son attitude irréprochable, et personne ne parvient à imaginer qu'un être humain ait pu lui faire une telle chose. Deux autres cadavres de jeunes femmes subiront le même sort, plongeant toute la région dans l'effroi. Les suspects se succèdent, sans résultat, jusqu'à ce qu'un jeune homme présentant le profil idéal pour servir de bouc émissaire soit arrêté.

Ce livre me tentait depuis pas mal de temps, mais les avis assez mitigés trouvés sur les blog m'avaient refroidie. Après ma lecture, je suis moi aussi assez perplexe.
Le début est prometteur. L'ambiance est lourde, un peu effrayante, et Jacques Chessex écrit vraiment très bien.
Mais l'ensemble ne m'a pas convaincue. Aucun personnage ne ressort vraiment du lot, du coup on a plus l'impression d'avoir affaire à une bande de cinglés qu'à une véritable énigme. Alors oui, c'est certain que mettre tous les crimes commis depuis des années sur le dos d'un seul homme permet aux "honnêtes" gens d'oublier leurs propres crimes, mais il n'y a rien de bien original là-dedans. Le premier chapitre laisse espérer une histoire passionnante, effrayante, pleine de faits inexpliqués. En fait, l'auteur se contente de décrire des faits, sans susciter un quelconque questionnement. Même la question de la culpabilité de Favez ne semble pas être si importante. Il y a beaucoup d'ébauches d'idées, mais rien n'est creusé.
J'imagine que la dernière page avait pour but de provoquer l'intérêt sinon l'indignation du lecteur, mais dans mon cas, c'est raté. C'est beaucoup trop court, beaucoup trop froid, et finalement sans importance.

Une déception donc, même si je pense que je relirai Jacques Chessex.

Les avis de Lou, Tamara, Patch, Sylvie, Sentinelle

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20 mars 2008

Sans te dire adieu ; Maryam Sachs

413di3JDnuLLe Passage ; 166 pages.

Je suis terriblement en retard dans mes notes de lecture, désolée pour ces longs silences...

L'histoire : Roxane, Iranienne en exil de trente cinq ans vit à Paris avec celui qui est son mari depuis quinze ans, Kamran. Il est éditeur, elle libraire. Tous deux mènent une vie paisible, malgré l'absence d'enfant et la douleur de l'exil. Un jour que Kamran est en voyage d'affaires, Roxane sort manger dans une brasserie avec un couple d'amis. Là-bas, elle croise le regard bleu d'un jeune homme. A la fin de la soirée, Roxane décide de suivre cet inconnu. S'en suit un petit jeu entre elle et l'inconnu, qui s'achève lorsque le jeune homme se fait renverser par une voiture qui ne s'arrête pas.
Après l'avoir accompagné à l'hôpital, Roxane confie son inconnu au chauffeur de taxi qui les y a conduits. Mais elle ne peut s'empêcher d'aller le voir chaque jour, mentant à tous ceux qu'elle aime avec une facilité qui la déconcerte.

Mon avis : Je suis un peu mitigée suite à la lecture de ce livre. Je l'ai trouvé agréable à lire, plutôt bien écrit, malgré quelques lourdeurs et quelques phrases assez clichées. Les idées de départ sont intéressantes. On en apprend un peu sur l'Iran, sur le poids de l'exil sur la relation de couple, et j'aurais vraiment aimé que le livre en parle davantage.
Car au final, je n'ai pas vraiment compris l'intérêt de parler de cette relation entre Roxane et Sergueï, qui fait prendre au livre un chemin complètement différent de celui que j'imaginais au début de ma lecture. On croit d'abord que ces deux personnages sont liés par une blessure commune, mais Sergueï n'est pas vraiment un exilé. Roxane et lui ne sont pas dans la même situation, et leur relation tient davantage à l'imagination débordante de Roxane qu'à une complicité réelle. L'incapacité de Roxane à avoir une relation physique, et donc concrète, avec Sergueï, ainsi que son refus de dire la vérité à Sergueï montrent bien que Roxane fantasme davantage qu'elle ne vit cette relation. Il est certain que cela n'est pas surprenant venant de Roxane. Dès le début, elle nous dit qu'elle est dans la lune, que les gens doivent l'appeler plusieurs fois par son prénom avant qu'elle ne réagisse. Mais du coup, le bouleversement qu'est censée incarner la rencontre avec Sergueï n'en est pas un. Avec lui, Roxane continue d'être celle qu'elle a toujours été, de façon un peu plus dangereuse peut-être, mais rien de transcendant non plus. Ceci d'autant plus que les personnages sont assez peu développés (en 166 pages, c'est compréhensible, mais ça empêche le lecteur de s'intéresser de près à l'histoire).   
La fin également m'a déçue. Je l'ai vue arriver à des kilomètres. En fait, ce livre au début prometteur se transforme peu à peu en roman racontant une histoire banale. Dommage...

L'avis de Clarabel.   

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25 mars 2007

Métaphysique des tubes ; Amélie Nothomb

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Édition Le Livre de Poche ; 156 pages.
4,50 euros.

Lettre "N" Challenge ABC 2007 : 

"Il existe des êtres qui ne subissent pas la loi de l'évolution. Ce sont les légumes cliniques", ou des tubes par où circule seule la nourriture. Ces tubes ne sont pas pour autant sans cervelle puisqu'il arrive que celle-ci, suite à un "accident fatal", se réveille soudain, et déclenche la vie. C'est exactement ce qu'a vécu la (très) jeune narratrice de Métaphysique des tubes durant les deux premières années de sa vie qui furent muettes, immobiles, végétatives, bref divines. Au sens propre, car ce singulier bébé n'ignore pas qu'il est Dieu lui-même, méditant sur ce monde qu'il hésite à rejoindre. Sous forme de monologues intérieurs, considérations philosophico-drolatiques, on déguste le récit de ces trois premières années d'une vie française au Japon, pays merveilleux où de la naissance à la maternelle, l'enfant est un dieu. "

N'ayant pas réussi à mettre la main sur Hygiène de l'assassin, je choisis de le remplacer par cet autre titre pour mon challenge 2007. Amélie Nothomb n'est pas une découverte pour moi, j'ai déjà lu plusieurs romans de cet auteur. En revanche, jusque là, je n'avais pas touché à ses romans "autobiographiques".
J'ai vraiment aimé ce livre. Je réalise que c'est bien supérieur à Acide Sulfurique que j'avais pourtant beaucoup apprécié. Le ton est moins cynique, mais cette humanité rend vraiment le livre touchant, on se sent vraiment concerné par l'histoire.
Amélie Nothomb se décrit comme une petite fille extrêmement intelligente, souvent calculatrice. Mais elle est aussi une enfant comme les autres quelque part, avec son imagination, ses découvertes, ses peurs, sa naïveté parfois.
L'auteur se met vraiment dans la peau d'un tout-petit qui voit le monde qui l'entoure, et l'apprivoise à son rythme, selon son envie, pour se préparer peu à peu à l'affronter. C'est beaucoup fantasmé, mais il y a un part de réalisme malgré tout.
Le début est un peu effrayant, je ne savais pas trop de quoi il s'agissait, mais une fois que l'on est entré dans l'histoire, il n'est plus possible de s'en détacher. Je fais partie de ceux qui apprécient les livres d'Amélie Nothomb, ce roman n'a pas fait exception.

Les avis de Caroline et de Majanissa.

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