lilly et ses livres

Un petit blog pour y décrire les livres que j'ai aimés, et que je désire partager avec les mordus de lecture ... mais aussi ceux qui m'ont déçue, et sur lesquels je serais ravie d'échanger mon point de vue.

12 janvier 2007

Rebecca ; Daphné du Maurier

9782253006732_G_1_Édition Le livre de Poche ; 384 pages.
5,50 euros.

Lettre D Challenge 2007

" Dès les premières heures à Manderley, somptueuse demeure de l'ouest de l'Angleterre, le souvenir de celle qu'elle a remplacée s'impose à la jeune femme que vient d'épouser Maxim De Winter.
Rebecca, morte noyée, continue d'exercer sur tous une influence à la limite du morbide. La nouvelle Mme
De Winter, timide, effacée, inexpérimentée, se débat de son mieux contre l'angoisse qui l'envahit, mais la lutte contre le fantôme de Rebecca est par trop inégale.
Daphné Du Maurier, dans Rebecca, qui est sans doute le roman le plus caractéristique de son talent, fascine le lecteur et l'entraîne à la découverte d'inquiétantes réalités sans quitter le domaine familier de la vie quotidienne. "

En ce moment, je lis peu par manque de temps, mais pas seulement. J'ai commencé plein de livres que j'ai reposés au bout de quelques pages seulement. Rebecca me tente depuis le collège, mais je ne l'ai acheté que récemment. De plus, au lieu de me jeter dessus, je l'ai soigneusement rangé avec les livres de ma PAL. La couverture est la même que celle de Les Hauts de Hurle-Vent d'Emily Brontë, livre que j'aime autant qu'il me met mal à l'aise. Mais hier, je l'ai ouvert, et je suis entrée dès la première page dans l'histoire fabuleuse que nous raconte ce livre.
Je l'ai littéralement dévoré. Il n'y a pas un seul moment où l'on peut souffler dans ce livre, à chaque fois que l'on termine un chapitre, il faut lire le suivant. L'atmosphère intrigante et chargée de non-dits me rappelle un peu celle de Jane Eyre, les personnages aussi d'ailleurs. J'ai été très heureuse de constater qu'une fois de plus, le livre était bien plus riche que ce que nous racontent les résumés que l'on peut lire. Certes, Mrs Danvers, l'ancienne confidente de Rebecca est extrêmement antipathique. Cependant, elle n'est pas omniprésente comme je l'avais toujours cru. Et Maxim, s'il est souvent préoccupé, n'a pas un rôle effacé non plus.
Le fantôme qui hante les jours et les nuits de Maxim de Winter et de sa nouvelle épouse, c'est Rebecca. Son odeur, ses objets, ses robes, et même sa domestique sont là pour veiller à ce que Rebecca soit présente à chaque instant. Dès que la nouvelle Mme de Winter entre en contact avec Maxim de Winter, elle est totalement évincée par le souvenir de Rebecca. On ne connaît de la nouvelle Mme de Winter que son âge, vingt et un ans. Son passé est très flou, et semble être considéré comme inintéressant, puisque Rebecca n'en fait pas partie.
Dès lors, comment une jeune fille qui n'est que maladresse et timidité pourrait elle se sentir à l'aise ? Peu à peu, un doute s'insinue en elle. Elle se met à penser que Maxim aime encore Rebecca. Et pourtant, les regards fuyants, les silences gênés et l'atmosphère pesante de Manderley semblent renfermer bien d'autres secrets.
Nous sommes tenus en haleine du début à la fin du livre. Les descriptions de Manderley, la maison chérie et souillée de Max de Winter sont époustoufflantes. Et puis Rebecca, dont l'ombre plane du début à la fin du livre. A chaque fois que l'on pense l'avoir chassée, elle revient, et continue à déterminer l'existence de nos héros. Comme elle l'avait prévu.

Un mot de la traduction tout de même. Il me semble qu'elle est assez ancienne, et quelques tournures qui reviennent fréquemment sont assez gênantes, même si le reste nous permet de ne pas trop y accorder d'attention.

"La maison était un sépulcre, notre peur et notre souffrance étaient enterrées dans ses ruines. Il n"y aurait pas de résurrection. Quand, éveillée, je penserais à Manderley, je n'éprouverais pas d'amertume. Je me rappellerais l'été dans la roseraie et les chants d'oiseaux à l'aube, le thé sous le marronnier et le murmure de la mer derrière la courbe des pelouses.
Je penserais au lilas en fleur et à la Vallée Heureuse. Ces choses là étaient éternelles et ne pouvaient pas disparaître. Il y a des souvenirs qui ne font pas mal."
(page 7)

"J'aurais pu lutter contre une vivante, non contre une morte. S'il y avait une femme à Londres que Maxime aimât, quelqu'un à qui il écrivit, rendît visite, avec qui il dîna, avec qui il couchât, j'aurais pu lutter. Le terrain serait égal entre elle et moi. Je n'aurais pas peur. La colère, la jalousie sont des choses qu'on peut surmonter. Un jour cette femme vieillirait, ou se lasserait, ou changerait et Maxim ne l'aimerait plus. Mais Rebecca ne vieillirait jamais." (page 226)

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02 janvier 2007

L'affaire Jane Eyre ; Jasper Fforde

2264042079Edition 10/18 ; 410 page.
9,30 euros.

" Dans le monde de Thursday Next, la littérature fait quasiment office de religion. A tel point qu'une brigade spéciale a dû être créée pour s'occuper d'affaires aussi essentielles que traquer les plagiats, découvrir la paternité des pièces de Shakespeare ou arrêter les revendeurs de faux manuscrits. Mais quand on a un père capable de traverser le temps et un oncle à l'origine des plus folles inventions, on a parfois envie d'un peu plus d'aventure. Alors, lorsque Jane Eyre, l'héroïne du livre fétiche de Thursday, est kidnappée par Achéron Hadès, incarnation du mal en personne, la jeune détective décide de prendre les choses en main et de tout tenter pour sauver le roman de Charlotte Brontë d'une fin certaine... "

Voilà une excellente façon de terminer 2006 et de commencer 2007. J'ai dévoré ce livre drôle, farfelu, touchant, et tout ce que vous voudrez. Jasper Fforde a créé un monde où la littérature est quelque chose de capital, où l'on peut écouter du Shakespeare en mettant une pièce dans un automate en pleine rue, où tout le monde connaît ses classiques et où l'on peut aller dans les livres.
Et puis, l'héroïne, Thursday Next, courageuse, râleuse, bornée, passionnée, est vraiment attachante. Elle appartient aux LittéraTecs, une brigade qui sert à contrer les voleurs et les faussaires de manuscrits et autres criminels littéraires. Je la déteste pour une chose : elle a des liens privilégiés avec Edward Fairfax Rochester. Il lui sauve la vie et l'invite à Thornfield (pour surveiller que rien n'arrive à sa bien-aimée).
Mais on lui pardonne, parce que sans elle, la fin de Jane Eyre ne serait pas ce qu'elle est... Et puis avec tout ce qui lui arrive, elle mérite des moments fabuleux aussi. Son frère est mort pendant la guerre de Crimée (toujours en cours en 1985), son seul et unique amour, Landen (qu'elle a quitté dix ans plus tôt et qui désespère de la voir revenir), s'apprête à épouser une greluche sortie tout droit du concours de Miss Pouf, elle est confrontée au mal en personne, Hadès, et sa tante est retenue en otage dans un poème.
A noter tout de même que Jane Eyre n'est enlevée que tard dans le livre, ce n'est donc pas uniquement pour retrouver cette fabuleuse héroïne qu'il faut ouvrir ce livre. Il est nécessaire d'être prêt à rencontrer une autre jeune femme, qui vit dans un monde complètement différent du nôtre, où le surnaturel n'est pas loin et où les personnages de roman débarquent toujours au bon moment pour la sortir d'une situation embarrassante.
Pour ma part, je suis conquise et compte bien lire très rapidement Délivrez-moi ! ainsi que le tome 3 des aventures de Thursday Next !

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17 novembre 2006

Monteriano ; E.M. Forster

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Edition 10/18 ; 253 pages.
Indisponible en neuf, quelques sites internet le proposent, prix indicatif neuf : 6,90 euros.

"Monteriano - Radieuse Toscane -STOP - Lilia fiancée dans noblesse Italienne - STOP - Lettre suit -STOP-" Ni duc, ni comte, le beau Gino épousera Lilia, la jeune veuve anglaise, précipitant l'étonnante rencontre du conservatisme glacé du nord et de l'insouciante beauté du Sud. Avec une tenue toute britannique, Forster nous livre là l'égal de Route des Indes en Italie: la sombre et somptueuse tresse de la passion, du puritanisme anglais et de la mort qui se dénouera violemment un soir d'orage sous le ciel mauve de Monteriano."

Il est possible de comprendre quelque chose, sans pourtant être capable de l'accepter. C'est ce qui arrive à Philippe, amoureux inconditionnel de l'Italie, qui refuse pourtant, au nom des bonnes manières, de laisser sa belle-soeur épouser un Italien. Car si ce pays est bon pour l'âme grâce à son art, ses collines, sa chaleur humaine, ses habitants n'en sont pas moins des personnes qui possèdent des manières incompatibles avec la bonne société anglaise.

Lilia, lassée d'être manipulée par sa belle-famille, fera ce mariage d'amour. Cependant, si E.M. Forster a eu parfois tendance à encourager ses héros qui bravent les conventions, Lilia elle, le paiera très cher.

Dans ce livre, on se laisse entraîner comme dans un rêve. Monteriano semble être l'endroit le plus beau du monde, bien loin de la froideur de Sawston, d'où viennent les Anglais de ce roman. Dès lors, on n'a de cesse d'être partagé entre la conviction que l'Italie est un pays de "barbares", et l'illusion que c'est le lieu où tout est possible, où l'on peut tout surmonter, même les plus grands malheurs. C'est une étude sur la différence de mentalités entre les deux pays que nous livre Forster. Nous pouvons sentir à la fois la fascination et l'incompréhension qu'il éprouve pour l'Italie. Forster n'a jamais cessé d'analyser, sans restrictions, la société à laquelle il appartient. Mais comme souvent lorsque l'on déteste le monde dans lequel on vit, on y est si bien intégré qu'il est impossible de ne pas y adhérer, en partie du moins.

C'est le livre le plus dur de Forster, car la société anglaise se charge de détruire tout ce que Lilia a voulu construire en dehors de ses valeurs ; l'amour, le bonheur, et même la vie. Toutes les traces de ses "méfaits" et de son existence sont donc effacées, pour ne pas tenter les éventuel(le)s candidats à ce que les conventions condamnent. Si bien que les autres personnages n'ont plus qu'à se blâmer de ne pas avoir que de "saines" pensées.

On peut noter que certains passages de Monteriano furent repris par James Ivory, pour la réalisation de A Room with a view (Avec vue sur l'Arno), de manière très subtile. J'en reparlerai dans un prochain post.

" - Vous ne connaîtrez le pays qu'en sortant des pistes battues, ne l'oubliez jamais. Visitez les petites villes - Gubbio, Pienza, Cortona, San Gimignano, Monteriano. Et surtout, je vous en supplie, laissez aux touristes cet affreux préjugé que l'Italie est un musée d'antiquités et d'oeuvres d'art. Aimez les Italiens, comprenez-les : car les gens là-bas sont plus merveilleux que leur terre. "

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22 octobre 2006

Fiancés sans amour ; Barbara Cartland

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Edition J'ai Lu ; 281 pages.
5 euros.

"Plutôt la mort!" murmure Aline Camberley face aux flots noirs de la Tamise, mais dans la nuit un bras vigoureux la retient, une voix chaude l'interroge. Pour une fois, lord Dorrington, ce frivole dandy, est ému. Oui, à dix-sept ans, l'exquise et pure Aline se voit contrainte par sa mère d'épouser le richissime prince Ahmadi, qui ne lui inspire que dégoût et crainte. Une crainte légitime car Ulric Dorrington connaît les mœurs dépravées de ce seigneur persan. Alors Ulric décide d'enlever l'adolescente, de la cacher dans un manoir lointain. Aventure folle, illégale... et périlleuse ! Le prince Ahmadi n'est pas homme à accepter sans réagir pareille humiliation..."

Vous devez vous demander quelle mouche m'a piquée, pour que j'aille ainsi chercher un livre au rayon "Littérature Passion"... En fait, c'est parce que j'ai lu un article où Barbara Cartland était présentée comme un héritière de Jane Austen. Le gros avantage de ce livre, c'est qu'il se lit très vite. Ainsi, je l'ai terminé, ce qui me permet d'avoir une vue d'ensemble. Barbara Cartland est l'auteure la plus lue au monde, mais cela s'explique certainement beaucoup plus par le nombre de livres qu'elle a écrit, et par le contenu de ceux-ci (une belle histoire d'amour qui se passe au temps des contes de fées et qui s'achève merveilleusement), que par ses talents d'écrivain. J'ai beaucoup ri au cours de ma lecture, mais ce n'était sans doute pas volontaire de la part de l'auteure. Il y a un passage que j'aime particulièrement, où le méchant se fait traiter de "vil pourceau" par le héros, avant de se faire fouetter. Ecrire "Vous aimez les battre : eh bien à votre tour maintenant ! ", il fallait oser. Certes, je sort la phrase de son contexte, et je me suis plue à imaginer une scène sadomasochiste un peu exagérément, il n'empêche que cette scène est d'un ridicule achevé. Barbara Cartland tente de donner un cadre historique à son livre. La description des costumes, l'introduction de personnages qui ont réellement existé y servent. Cependant, mélanger la passion de l'époque pour l'Italie avec des histoires de réincarnation, ainsi qu'avec la "légende" selon laquelle il n'y aurait qu'un seul homme invincible à l'épée par siècle (je vous laisse imaginer de quel personnage du livre il s'agit...), c'est un peu énorme. Ce qui m'a le plus gênée est le fait que Barbara Cartland reprenne les stéréotypes de l'époque de son livre pour expliquer la cruauté et les moeurs du prince (violent, à la limite de la polygamie, avec un caractère sauvage). A plusieurs reprises, les héros se basent sur ce qu'ils ont lu sur les Orientaux pour expliquer le caractère du prince. Si ce n'est pas forcément totalement faux, c'est du moins très simpliste et généralisateur au possible. Attention, je n'accuse pas l'auteure de racisme (je ne rentrerai pas dans ce genre de débat ici), seulement d'avoir choisi la voie de la facilité pour construire le personnage du méchant. Voilà donc ma première approche du roman "passion". Je pense que ça en vaut la peine, pour se rendre compte, d'en lire au moins un dans sa vie. 

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29 septembre 2006

Les vestiges du jour ; Kazuo Ishiguro

2264035854"Le vieux majordome Stevens a passé sa vie à servir les autres, métier dont il s'acquitte avec plaisir et fierté. C'est un homme qui se croit heureux, jusqu'à ce voyage qu'il entreprend vers Miss Kenton, l'ancienne gouvernante du château, la femme qu'il aurait pu aimer s'il avait su ouvrir ses yeux et son cœur... "

A travers le réçit de la vie d'un majordome, Kazuo Ishiguro nous emmène dans l'Angleterre de l'entre-deux guerres, lorsque le Traité de Versailles est remis en cause, que le nazisme fait son apparition, puis de l'après-guerre, lorsque la société anglaise désigne ses traîtres, pour surmonter la traumatisme de la période hitlérienne, et que le continent américain prend le pas sur la "Vieille Europe".

On peut penser que la réçit d'un majordome anglais, qui ne cesse de nous démontrer à quel point il a toujours rempli sa tâche avec "dignité", est à coup sûr rébarbatif à en mourir. Or, ce n'est pas du tout le cas. On le suit dans les anecdotes qu'il nous conte, sans réelle pudeur, celles qui parlent de Miss Kenton, cette femme qui l'a aimé avant de se lasser de son indifférence, tout comme celles qui évoquent Lord Darlington, son maître trente ans durant, qu'il a servit aveuglément, dans le seul souci de bien faire son métier. Une vie entièrement tournée vers sa profession, voilà le bilan qu'il peut tirer. Il aurait pu aimer Miss Kenton, tenter de sauver Lord Darlington de la tentation nazie.

Mais à la politique comme à l'amour, Mr Stevens a toujours donné la même réponse : "Je le regrette beaucoup [...], mais je ne suis pas en mesure de vous aider sur cette question."

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28 septembre 2006

Howards End ; E.M. Forster

2264014865"Observateur subtil de la société britannique, E. M. Forster n'a peut-être jamais mieux décrit les antagonismes et les entrelacs d'intérêts entre aristocratie et bourgeoisie que dans Howards End. Dans cette histoire d'héritage et de remariage s'affrontent deux familles, les Schlegel et les Wilcox, et à travers eux deux visions du monde. A la veille de la Première Guerre mondiale, la société victorienne se fissure et les idées féministes et progressistes gagnent du terrain, malgré la résistance aveugle et hautaine des tenants de la tradition. Comme le montre habilement et cruellement ce roman indémodable, cette opposition brutale destinée à façonner la société du XXe siècle ne se déroulera pas sans faire de victimes."

Dans ce livre, Forster nous raconte la vie des soeurs Schlegel, femmes au caractère affirmé, dans leur relation avec les Wilcox, une famille très attachée à sa position sociale. Malgré une première rencontre des plus cordiales, ces deux familles vont arriver à se détester. Un événement notable va en effet conduire les Wilcox à craindre les Schlegel. Seul Mr Wilcox ne cessera pas pour autant de les apprécier. Outre la relation entre les deux familles, c'est un portrait de la société du début du XXème siècle que l'on trouve dans ce livre. Par l'intermédiaire de l'un des personnages secondaires, on apprend la nécessité de faire bonne figure parmi la haute société. Les soeurs Schlegel, surtout Helen, choquent par leur enthousiasme, leurs idées bien arrêtées. Dans ce roman, elles symbolisent une société en mouvement, qui s'ouvre aux nouveautés. Tout ceci de façon beaucoup plus noire que dans les deux autres ouvrages de Forster que j'ai lus, Avec vue sur l'Arno et Maurice, mais toujours aussi plaisante.

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25 septembre 2006

La Traversée des Apparences ; Virginia Woolf

2080704354Edition Flammarion ; 474 pages.
8,30 euros.

"Véhément, ironique, prémonitoire, le premier roman de Virginia Woolf. Le début de sa traversée. L'éclosion de sa voix. L'obsession, déjà, de l'eau, de la mort, du désir inapaisé. " Être précipitée dans la mer, baignée, ballottée par les eaux, promenée parmi les racines du monde... ". Est-ce de Rachel, l'héroïne de ce " voyage " qu'il s'agit, ou bien de Virginia ?"

Ce roman raconte le voyage de la jeune Rachel Vinrace, depuis Londres, ville embrumée, jusqu'à l'Amérique Latine, continent ensoleillé. Lors de sa traversée, Rachel va peu à peu devenir une femme, et cette métamorphose s'achèvera en Amérique du Sud. Mais Rachel est une jeune femme remplie de curiosité, qui est prête à tout pour découvrir la réalité du monde. Lorsque l'on grandit trop vite et que l'on en sait trop, il y a toujours un prix à payer. Miss Vinrace n'y échappera pas.

"L'étrange, c'était de ne pas savoir où l'on va, ni ce qu'on cherche, d'avancer aveuglément, souffrant si fort en secret, dans la consternation, l'inexpérience, l'ignorance."

Ce livre a été ma première rencontre avec Virginia Woolf, et un énorme coup de coeur. Ce roman amène le lecteur à réfléchir à toutes les questions récurrentes de Virginia Woolf, la vie, la mort, l'amour ... Tout ceci avec une écriture incroyablement riche, mais (heureusement) beaucoup moins complexe que celle de Mrs Dalloway. Je me suis délectée de ces phrases qui bercent le lecteur tout au long du livre.
Les personnages, vieux ou jeunes, sont intrigants et représentent bien l'image que j'ai des Anglais du début du vingtième siècle.
C'est un peu un avis implacable qui nous est donné dans ce roman, mais j'en suis ressortie totalement émerveillée.

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20 septembre 2006

Maurice ; E.M. Forster

2264038470Edition 10/18 ; 279 pages.
7,30 euros.

Ce livre débute lorsque Maurice Hall, encore enfant, quitte l'école où il est pour aller étudier dans la classe supérieure. Lors d'une conversation avec son professeur, il affirme ne jamais vouloir se marier, ce que le maître prend pour une idée d'enfant insensée et sans conséquence.

Puis, nous le retrouvons à Cambridge, où il fait ses études. Il rencontre Clive, un étudiant, qui ne tarde pas à le fasciner et à l'influencer par sa conduite pleine d'assurance. Une histoire d'amour ne tarde pas à naître entre les deux jeunes gens, qui doivent se cacher pour la vivre.

La lourdeur de ce secret, ajoutée au poids des conventions sociales de l'époque ne tarde pas à soulever une question : Est-ce qu'un amour homosexuel doit pouvoir s'épanouir, est-ce une bonne chose ou, comme l'affirment les idées de l'époque, est-ce condamnable comme l'un des pires crimes possibles ? Ne vaut-il pas mieux s'intégrer dans la société en s'abaissant devant ses préjugés ?

Mais, dans toute histoire d'amour, il y a deux personnes, dont les points de vue ne sont pas toujours semblables.

E.M Forster a refusé que cette histoire soit publiée de son vivant, par peur du scandale. Il nous livre une histoire bouleversante, pleine de sincérité. Lorsque j'ai lu ce livre, j'ai été frappée par son caractère authentique. Il est courant de lire des livres où l'on a créé un personnage homosexuel qui a pour rôle d'amuser la galerie. Ici, Forster nous raconte les amours d'un homme pour un autre homme, comme il racontait l'amour de George pour Lucy, dans Avec vue sur l'Arno. Aucun cliché, aucune fausse idée, c'est un amour pur, vrai, touchant, magnifique... Toujours avec ce style d'écriture qui coule, si bien qu'on ne s'arrête qu'à la dernière page.

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19 septembre 2006

Avec vue sur l'Arno ; E.M. Forster

2264043644Edition 10/18 ; 287 pages.
7,41 euros.

Lucy Honeychurch, jeune anglaise du début du XXème siècle, se rend à Florence, chaperonnée par sa cousine, Charlotte Bartlett. Quand elles arrivent dans leur pension, les chambres qu'on leur attribue ne possèdent pas de fenêtres avec vue sur l'Arno, comme on le leur avait pourtant promis.

Lors d'une conversation avec les autres pensionnaires, Mr Emerson, vieil homme aux manières étranges, leur offre d'échanger sa chambre et celle de son fils, George, contre les leurs. Ceci, et les événements qui s'ensuivent vont lier le destin de Lucy à celui des Emerson. Il y aura le baiser volé de George, dans un champ de coquelicots sur les hauteurs de Florence, le départ précipité de Charlotte et Lucy pour Rome, et le retour en Angleterre avec l'intention de ne jamais revoir les Emerson. 

Mais une nouvelle rencontre aura lieu, dans des circonstances bien différentes, ce qui permet à E.M. Forster de montrer une fois de plus toute sa sensibilité dans la description des sentiments.

J’avais adoré ce livre lors de mes deux premières lectures, mais cette fois-ci j’ai carrément l’impression d’avoir réussi à en savourer chaque mot et chaque phrase.

D’abord, ce livre est beaucoup plus virulent dans sa critique de la société et beaucoup plus drôle que dans mon souvenir. Les conceptions de Forster sur la vie, les femmes, ou encore la religion, sont très modernes. Il voit l’Eglise comme quelque chose qui fait souffrir les gens au lieu de les amener au bonheur comme elle le prétend.
Comme dans Maurice, les hommes ne vont pas à l’église, même si cela embarrasse les femmes. C’est mis en scène avec énormément d’humour de la part de Forster. J’aime beaucoup le passage où Cecil, Floyd et Freddy refusent d’aller à la messe, et ne sont pas loin de débaucher la jeune Minnie :

Page 203 : « Le paganisme cependant, plus dangereux que la diphtérie ou la piété, avait gagné la nièce du pasteur, qui menaça de se faire traîner à l’église. »

Mais Forster sait également mettre de la violence dans ses propos. Il le fait d’ailleurs tôt dans le livre par le biais de Mr Emerson :

Page 32 : « - Regardez-le, dit Mr Emerson à Lucy, joli résultat ! Un enfant qui a mal, qui a froid, qui a peur. Mais peut-on attendre autre chose d’une église ? »

L’immobilisme de la société anglaise coincée dans ses préjugés est habilement mis en valeur par la présence de personnages vaniteux et agaçants. Il est également souligné par une fin en demi-teinte, qui met les personnages ayant choisi d’assumer leurs choix loin devant et heureux, certes, mais aussi isolés.
Toutefois, j’apprécie infiniment le fait qu’E.M. Forster ne tombe pas dans la caricature. Même ses personnages les plus insupportables ne sont pas tout à fait sombres.

Dans cette société, deux personnages sont particulièrement analysés. Lucy Honeychurch surtout, mais également George Emerson. Dans une moindre mesure, Charlotte Bartlett ou encore Cecil évoluent, ou du moins apprennent à se connaître au cours du roman. C’est d’ailleurs l’une des grandes richesses de ce livre, la complexité de ses personnages.
Lucy, d’abord, est tiraillée entre sa sensibilité et son éducation, qui lui dictent les « bonnes » manières, et son tempérament impatient, curieux et passionné, qu’elle ne parvient pas toujours à réprimer, notamment quand elle joue du piano.
Ce tiraillement est bien représenté lorsqu’elle se reproche sa conduite à chaque fois qu’elle se libère. Elle se fiance à un homme qu’elle désire parvenir à aimer, elle tente de se rapprocher de Charlotte alors qu’elle l’irrite. Surtout, elle se ment à elle-même.

Page 220 : « Subtilement tissée d’obscures mailles, l’armure de la fausseté ne cache pas seulement un homme aux autres, elle le cache à son âme propre. En peu d’instants, Lucy se trouva équipée pour la bataille. »

D’un autre côté, sans savoir la portée qu’auront ses propos, qui se révèleront être davantage les fantasmes d’un homme sur la gent féminine qu’une réelle ouverture d’esprit, le pasteur Beebe, garant des « bonnes » manières par sa profession, déclare à Lucy que « - Si Miss Honeychurch s’avisait de vivre comme elle joue, ce serait fort intéressant à la fois pour elle et pour nous. »

Quant à George, il est d’abord un jeune homme taciturne, qui n’apprécie pas la vie, et qui se pose moult questions.

Page 39 : « Mon bébé à moi vaut tout le paradis ; pourtant c’est en enfer qu’il vit, à ce que je peux voir. »

Mais le meurtre de l’Italien sous ses yeux et ceux de Lucy lui font prendre conscience de la beauté de la vie. Il se met à la désirer.

Page 65 : « Le fait n’était pas exactement qu’un homme fut mort, quelque chose était arrivé aux vivants : ils avaient atteint le point où le caractère a son mot à dire et où l’Enfance s’engage sur le chemin bifurquant de la Jeunesse. »

Page 212 : « Je voudrais vivre, je vous l’affirme. » Maintenant, il voulait vivre, gagner au tennis et tenir sa place au soleil – au soleil qui, précisément, avait baissé et que Lucy avait désormais dans les yeux ; il gagna donc.

Dès lors, George devient un « amoureux passionné ». Il parvient, grâce aux coups de pouce du cocher, puis du « Destin », puis de Cecil, à agir pour son bonheur, même si cela doit en choquer certains.
Enfin, Charlotte est d’abord un chaperon irritant, maladroit et droit dans ses bottes. Au contact de George Emerson, elle comprend ce à côté de quoi elle est passée. Au final, c’est elle qui, même inconsciemment, œuvre pour une fin heureuse.

Afin de donner de la légèreté à son roman, outre l’humour, Forster crée des personnages dont la franche camaraderie est très plaisante. Freddy et Lucy par exemple, sont très complices. Un peu loufoque, ce jeune garçon est passionné par les os, partage avec sa sœur une passion pour la musique et les chansons comiques. Il n’hésite pas non plus à se rouler dans l’herbe, à vouloir étrangler (pour rire) Minnie Beebe, et est démocrate. Son amitié avec George Emerson commence d’une façon extrêmement étrange, par un bain dans le « Lac Sacré ».

En plus d'un fond très riche, ce livre bénéficie d’un style absolument magnifique. Forster nous dépeint avec beaucoup d’humour et de fraîcheur, une histoire avec des dieux cachés, parfois parmi les plus humbles, et qui viennent souffler leurs actions aux jeunes gens. Ce style poétique, ces allusions répétées à la mythologie sont un délice :

Page 97 : « Le regard de l’Italien fuyait : peut-être se sentait-il particulièrement mortifié de sa défaite. Lui seul avait joué la partie avec ruse, y engageant tout son instinct, et non, comme les autres, quelques miettes d’intelligence. Lui seul avait eu de l’affaire et du dénouement qu’il lui souhaitait une divination exacte. Lui seul avait fidèlement interprété le message transmis voici cinq jours par le mourant à la jeune fille. Perséphone eût compris aussi, elle qui passa dans la tombe la moitié de son existence. Mais ces Anglais comprenaient lentement, trop tard peut-être. »

L’auteur joue également à associer son lecteur à l’histoire, il lui explique notamment ce que Lucy refuse d’admettre. Avec ce procédé, il se moque gentiment d’elle, appuyant sur les défauts de la jeunesse auxquels elle n’échappe pas.

Page 195 : « Lucy aimait Cecil ; George la rendait nerveuse ; le lecteur sera-t-il assez bon pour intervertir les termes ? »

Avec vue sur l’Arno est le livre le plus léger d’Edward Morgan Forster, et permet une très bonne insertion dans le monde de cet auteur trop peu connu. Ceux qui aiment Jane Austen et l’humour anglais, ainsi que les belles histoires d’amour seront probablement comblés par cette petite merveille.

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