20 janvier 2008
Le Moine ; Matthew G. Lewis
Actes Sud ; 512 pages.
J'avais acheté ce livre après ma lecture de Les mystères d'Udolphe, afin de me replonger au plus vite dans un roman gothique. Bien sûr, comme d'habitude, ce roman a fréquenté ma PAL beaucoup plus longtemps que prévu.
L'histoire est assez compliquée à résumer, car il y a plusieurs récits qui s'entremêlent. D'un côté, nous avons le héros du roman, Ambrosio. Autrefois irréprochable, il cède aux avances d'une jeune femme, puis croise la belle et naïve Antonia. Poussé par le désir de posséder la jeune fille, il accepte de devenir le plus hypocrite des hommes.
En parallèle, Lorenzo, le jeune homme dont Antonia est amoureuse, découvre la situation misérable dans laquelle se trouve sa soeur Agnès, cruellement offerte à un couvent.
Ce roman est encore plus too much que Les mystères d'Udolphe. Personnellement, je le trouve presque kitsch, mais j'ai marché à fond dans (presque) tous les excès de Lewis.
L'émotion des personnages est à fleur de peau, les femmes s'évanouissent toutes les cinq minutes, les hommes pleurent. Le hasard est aussi grotesquement mis à contribution que dans un certain nombre de pièces de théâtre (cf. lorsque la nonne sanglante d'un château allemand se révèle être l'aïeule de l'amant espagnol de la jeune fille cloîtrée dans ce même château par sa tante jusqu'à ce qu'elle prenne le voile. Cette même jeune fille étant la soeur de Lorenzo, le meilleur ami de son marquis d'amant et l'amoureux d'Antonia, la nièce du marquis*). On a beaucoup d'histoires dans l'histoire, souvent "terrifiantes", pleines de fantômes et de bandits... Tout cela, je vous l'ai dit, fait vraiment excessif, pourtant cela rend le livre véritablement passionnant pendant les quatre cents premières pages du roman.
Les personnages religieux sont caricaturés et ridiculisés avec un culot peu commun. Entre le moine "parfait" qui devient un maniaque sexuel doublé d'un assassin qui pactise avec Lucifer, et la jeune nonne qui se fait déflorer par son amant marquis déguisé en aide-jardinier, on comprend vite que ce livre n'a pas du faire rire tout le monde lors de sa parution.
C'est assez drôle, très agréable à lire, très misogyne aussi (mais personnellement ça me fait rire). Je pense aussi que ce roman a le mérite de pointer le doigt sur les contradictions des membres de l'Eglise qui pensent que la fin justifie les moyens.
J'ai quand même trouvé ce livre un peu long, et je ne qualifierais vraiment pas ce roman de chef d'oeuvre incontournable. La fin met longtemps à arriver, et ne m'a pas franchement convaincue. En fait, ce livre m'a un peu fait penser à certains films que l'on aime beaucoup, tout en sachant pertinemment que ce sont des navets finis. Ce n'est pas très crédible, c'est souvent du grand n'importe quoi, mais au final, on a passé un bon moment, et on ne peut s'empêcher de les affectionner.
Allez, une petite phrase pleine de considération pour la gent féminine pour la route :
"Antonia avait observé de quel air Christoval avait baisé cette main, mais comme elle en avait tiré des conclusions quelque peu différentes de celles de sa tante, elle eut la prudence de tenir sa langue. Comme c'est le seul exemple connu d'une femme qui ait jamais agi de la sorte, on l'a jugé digne d'être cité ici." (page 45)
*Si vous ne me trouvez pas claire, il va de soi que c'est votre faute...
24 juin 2007
Le mystère de la ferme grise ; Mary-Elizabeth Braddon
L'histoire :
Le maître de la Ferme-Grise vient de succomber à une étrange maladie. Son frère Dudley reprend le domaine familial, suivi comme son ombre par un étrange personnage, qu'il semble haïr autant que craindre.
Quels drames ont eu lieu à la ferme des Carleon ? C'est Jenny, la jeune fille que Dudley épouse, qui découvrira la vérité.
" Dans l'ombre et dans un coin de la chambre était suspendu un portrait du dernier propriétaire de la ferme, une figure franche et ouverte avec des longs cheveux châtains et des yeux bleus....
L'idée du défunt la poursuivit dans sa solitude... Et si ce portrait allait prendre la forme d'un fantôme et s'approcher d'elle ?
Une sueur glacée perla en grosses gouttes sur son front pur. "
Parmi les auteurs anglais que je voulais découvrir cette année se trouvait Mary-Elizabeth Braddon. Ce premier contact est plutôt une mise en bouche, très encourageante toutefois.
Mon seul reproche à Le secret de la Ferme-Grise est en effet la brièveté du livre. On a à peine le temps d'y entrer qu'il faut en ressortir. Ceci d'autant plus que l'auteur nous force à lire ce livre d'une traite avec une intrigue qui tient en haleine.
En effet, bien que l'histoire soit extrêmement banale, Mary Elizabeth Braddon parvient à créer une atmosphère très particulière, un peu désuète et très prenante, dans laquelle on se coule très facilement. L'ambiance à la Ferme-Grise est délicieusement inquiétante, des images de brume et de fantômes s'imposent à nous, et nous font chercher au-delà des apparences les clés de l'énigme (à tort ou à raison).
Cette atmosphère ne s'estompe pas avec la fin du livre. Beaucoup de questions restent sans réponse, poussant le lecteur à continuer son questionnement.
Pour résumer, je suis un peu restée sur ma fin, j'aurais vraiment voulu en savoir plus, rester davantage en compagnie des personnages qui, bien qu'attachants, sont simplement esquissés.
J'ai noté Le secret de Lady Audley de ce même auteur, qui a l'air plus étoffé, et que j'espère lire prochainement.
19 juin 2007
Agnès Grey ; Anne Brontë
Éditions Gallimard ; 298 pages.
8 euros.
L'histoire :
Agnès Grey est la fille d'un pasteur de campagne ruiné. Afin de soulager un peu ses parents, elle décide de s'engager comme gouvernante auprès de deux familles successives, auprès desquelles elle apprendra la réalité de la vie, puis l'amour.
Mon avis :
Ces derniers temps, j'ai envie de me replonger dans l'univers des soeurs Brontë, dont je ne connais pas grand chose, même si l'une d'entre elles a écrit mon roman préféré. J'ai donc choisi ce titre, qui m'a fait découvrir le talent de la dernière des soeurs Brontë.
Il est évident qu'à côté des oeuvre de Charlotte et Emily, Agnès Grey est tout sauf flamboyant. Mais cela s'explique aussi par le fait que le genre n'est pas vraiment le même. Alors que les romans de ses soeurs sont des chefs d'oeuvre où l'ambiance gothique est présente à chaque page, et où les sentiments des personnages et du lecteur sont mis à dure épreuve, Anne Brontë nous livre un roman beaucoup plus sage à première vue. D'ailleurs, il semblerait que ce ne soit pas vraiment un roman, mais plutôt une autobiographie un peu remaniée. Anne Brontë a elle même été gouvernante, et a aimé un jeune vicaire (même si ça s'est mal fini...).
La narration de ce livre m'a un peu rappelé celle de Jane Eyre, peut-être parce qu'étant soeurs, Charlotte et Anne employaient un langage assez similaire. De plus, Agnès Grey est une gouvernante, qui comme Jane Eyre, raconte son histoire.
Ce roman n'est pas une histoire pleine de rebondissements, avec des fantômes qui tapent aux fenêtres, ou des épouses enfermées dans une aile secrète. Pourtant, je me suis passionnée pour le récit de cette jeune femme intelligente bien que inexpérimentée qu'est Agnès Grey.
A nous, elle explique le métier de gouvernante, qui peut sembler respectable, mais qui est toutefois méprisé par les personnes qui ont les moyens de s'en offrir une. Anne Brontë appuie également sur le paradoxe qui existe entre une société fondée sur la religion et la morale, et le comportement frivole et cruel de ceux qui en ont tiré leur parti.
J'ai été révoltée par l'attitude stupide des Bloomfield puis des Murray à l'égard de Miss Grey. Étrangement, la patience angélique de Miss Grey ne m'a pas exaspérée. Ses malheurs, ses doutes à propos de Mr Weston, dont elle tombe amoureuse me l'ont rendue très sympathique, et je n'ai pas eu de mal à me mettre à sa place. La voir trouver le bonheur m'a donc fait très plaisir.
Ce livre très court m'a complètement charmée. Malgré ses allures austères, Anne Brontë y a mis un regard plein de bon sens sur la société dans laquelle elle a vécu.
A noter que je vous ai mis l'édition Gallimard parce qu'elle propose le roman seul, mais je ne saurais trop vous conseiller de vous offrir les oeuvres complètes des soeurs Brontë chez Bouquins.
30 mai 2007
L'hôtel Stancliffe ; Charlotte Brontë
Éditions du Rocher ; 164 pages.
16,90 euros.
" Daté du 28 juin 1838, ce manuscrit récemment redécouvert au Brontë Parsonage Museum et inédit en France offre un exemple fascinant des premiers textes de Charlotte Brontë, alors âgée de vingt-deux ans, une dizaine d'années avant la publication de son chef-d'œuvre, Jane Eyre.
Cette novella, composée de plusieurs scènes d'une grande fraîcheur, se déroule dans un pays imaginaire, inventé collectivement par Charlotte, son frère et ses soeurs, pour leur propre distraction. Charlotte y laisse libre cours à son imagination en décrivant avec ironie les exploits et les intrigues des personnages décadents du royaume d'Angria, au centre duquel se détache la figure très byronienne du duc de Zamorna.
Texte étonnant par ses licences - on y voit décrit avec beaucoup de réalisme les effets dévastateurs de l'opium - et sa modernité formelle, L'Hôtel Stancliffe permet de redécouvrir une dimension méconnue de l'œuvre d'une des plus grandes romancières anglaises. "
Ne vous attendez pas en ouvrant ce livre, à trouver un chef d'oeuvre typiquement Brontë. Cet extrait des aventures des habitants du royaume imaginaire d'Angria n'a rien à voir avec l'ambiance gothique et l'écriture affirmée que l'on trouve dans Jane Eyre.
Ce livre est une oeuvre de jeunesse, dont l'histoire m'a un peu rappelé La rose et la bague de W.M. Thackeray. Le ton employé est très léger, même enfantin parfois.
Charlotte et son frère Branwell (loin lui aussi du personnage tourmenté et limite démoniaque qu'a conservé la légende) nous racontent avec beaucoup d'humour, ou plutôt de frivolité, l'existence assez ennuyeuse des personnages du royaume d'Angria, qui aiment le bon vin, les belles tenues, et apprécient les belles femmes. Le personnage principal de l'histoire est un jeune dandy, qui malgré ses préoccupations vestimentaires et ses nombreux parfums est plutôt sympathique.
En fait, nous côtoyons des personnages vivant dans un pays imaginaire, mais qui rappellent quand même furieusement une certaine société anglaise...
Il n'y a pas vraiment d'actions frappantes dans ce livre, et le fait qu'il ne s'agisse que d'un extrait (même habilement découpé), m'a un peu donné le sentiment d'arriver comme un cheveu sur la soupe, et de repartir au moment où ça devient vraiment intéressant.
Quoi qu'il en soit, ce livre est un agréable moyen d'en savoir plus sur les enfants Brontë (c'est assez sympa, je vous assure, même si à en croire les premiers commentaires, mon avis paraît vraiment négatif).
14 avril 2007
Les mystères d'Udolphe ; Anne Radcliffe
Édition Folio ; 905 pages.
11,50 euros.
" Ann Radcliffe publie en 1794 The Mysteries of Udolpho. Les romantiques anglais, et les Victoriens, lui ont voué un culte. En France, Balzac, Hugo, Nodier, Féval, Sue, se souvinrent d'elle. On ignore ce qui a pu pousser cette petite bourgeoise à la vie ordinaire à raconter des histoires terrifiantes, qu'on appelle « gothiques » en Angleterre et « noires » en France parce qu'elles cherchent à provoquer la crainte chez les lecteurs.
Émilie explore le château mystérieux, chandelle à la main, à minuit. La menace (surnaturelle ?) est partout présente. Les séquestrations, les tortures ne sont pas loin. Quel est le dessein du maître des lieux? Quels sentiments éprouve la jeune fille pour son tuteur et geôlier? Qui épousera-t-elle, après cette quête de soi à travers les corridors du château, qui ressemblent à ceux de l'inconscient? Ce n'est pas pour rien qu'un chapitre porte en épigraphe ces mots de Shakespeare: « Je pourrais te dire une histoire dont le moindre mot te déchirerait le coeur. » "
Dans Northanger Abbey, Jane Austen parle beaucoup de ce roman, en le parodiant par le biais de sa naïve héroïne, Catherine Morland. C'est donc tout naturellement que je me suis intéressée à ce livre, qui a fait couler beaucoup d'encre lors de sa publication en 1794. Il paraît que les gens s'imaginaient qu'Ann Radcliffe mangeait des tranches de boeuf crues pour se donner des cauchemars...
Je m'attendais à un style difficile, à une histoire assez ennuyeuse, à une héroïne exaspérante qui s'évanouit toutes les dix secondes. J'ai bien mis cent pages à me plonger dans cette histoire. Emilie m'agaçait prodigieusement à pleurnicher en permanence, et le rythme est plutôt lent au début du livre.
De plus, pour nous, personnes du XXIème siècle, il est difficile de comprendre que les passages dans les bois à la tombée de la nuit sont angoissants, et les malaises d'Emilie à chaque occasion sont au premier abord plus exaspérants qu'autre chose.
Toutefois, on se laisse prendre par cette histoire qui se passe à la fin du XVIe siècle, sous le règne de Henri III. Je me suis rapidement mise à avaler les chapitres, surtout à partir de l'arrivée au château d'Udolphe.
Je pensais ne pas pouvoir lire ce livre avec sérieux, l'apprécier pour lui même, j'avais tort. L'écriture d'abord est magnifique. Ann Radcliffe possède un style poétique, délicat, et nous fait de longues descriptions de paysages qui laissent rêveur. Ce n'est absolument pas un roman d'épouvante pour nous, mais l'histoire est vraiment intrigante. C'est avec délice que j'ai suivi Emilie dans les couloirs sombres d'Udolphe, la nuit.
Les personnages sont assez caricaturaux, c'est vrai. Surtout les femmes, qui pleurent, gémissent et s'évanouissent très souvent. Mais on passe rapidement outre cela, parce que l'on veut vraiment savoir quels sont les secrets que renferment Udolphe et les autres lieux "hantés" que nous traversons. Et puis, je l'avoue, je voulais savoir si Emilie et Valancourt se retrouveraient...
J'ai été surprise par l'audace de ce livre. Emilie et Valancourt, nos deux amoureux, se serrent dans les bras l'un de l'autre, s'embrassent les mains, choses que Jane Austen n'a jamais fait faire à ses héros. Quant aux crimes passionels et aux adultères supposés, aux enlèvements d'Emilie projetés par ses prétendants, ils ont dû choquer les lecteurs du XVIIIe. Quand on sait que Jane Austen était fille de pasteur, on se demande comment elle est parvenue à se procurer ce livre.
Ann Radcliffe parvient à nous plonger dans une atmosphère gothique que l'on ressent même plus de deux cents ans après, et dont les soeurs Brontë se sont inspirées pour écrire leurs romans. C'est un livre qui possède des qualités indéniables et qui se lit avec délice. Je vais essayer de relire sous peu Northanger Abbey, afin de saisir tous les clins d'oeil faits au roman d'Ann Radcliffe qui s'y trouvent.
07 avril 2007
La rose et la bague ; William Makepeace Thackeray
Édition Hoëbeke ; 179 pages.
14,94 euros.
" La Rose et la Bague, le meilleur des contes de Noël de William M. Thackeray, écrit en 1854, met en scène rois usurpateurs et mesquins, princesse stupide et imbue d'elle-même, affrontements entre royaumes voisins. Manipulés à distance par la fée Réglisse, personnage capital du récit, tous les interprètes de cette pantomime opèrent de brusques et grotesques palinodies sous l'emprise de deux objets magiques : une rose et une bague. Dans cette fable sur l'exercice du pouvoir, W. M. Thackeray use de tous les ressorts du conte de fées (apparitions, métamorphoses, destinées et amours contrariées) pour dépeindre avec humour et dérision un univers où tout est possible, où l'imagination et l'inventivité peuvent se débrider avec allégresse. "
Depuis que j'ai lu La foire aux vanités, je voulais lire un autre roman de William Makepeace Thackeray. Je suis tombée sur ce conte, qui possède une couverture toute mignonne et est édité dans la collection "Bibliothèque elfique". C'est futile, je sais, il n'empêche que j'ai été bien inspirée.
Cette histoire pourrait être une de celles que l'on lit aux enfants avant qu'ils ne s'endorment. Une petite femme de chambre, enfant trouvée, qui tombe amoureuse d'un prince privé de son trône par son oncle, amour qui ne tarde pas à devenir réciproque. Ajoutez à cela une fée appelée Réglisse, une bague et une rose servant de filtres d'amour, ainsi que des méchants vraiment méchants, et vous aurez en effet tous les ingrédients pour faire un conte de fées.
Sauf qu'il y a derrière tous ces clichés, la patte de William Makepeace Thackeray. Avec un ton sarcastique, délicieusement méchant même, l'auteur ridiculise l'importance accordée à l'apparence, au pouvoir, à la beauté, au détriment de l'instruction et de la sincérité.
Ce que j'aime chez Thackeray, c'est cette habitude qu'il a de se moquer de ses propres héros, d'en faire des gens possédant des faiblesses qu'il se permet de ridiculiser. Il se moque par exemple de Giglio et de son ignorance. Mais lorsque celui-ci a comblé les lacunes de son instruction, il le fait prononcer un discours qui dure trois jours, durant lesquels il se rafraîchit en suçant des oranges...
Pour faire court, ce livre est un petit bijou, drôle et charmant, dont la cruauté de ton peut, par moments, rappeler un certain Oscar Wilde...
16 mars 2007
La foire aux vanités ; William Makepeace Thackeray
Édition Folio ; 1071 pages.
10,30 euros.
Lettre "T" Challenge ABC 2007 :
"Il s'agit de l'un des plus grands classiques du roman anglais. Le XIXe siècle britannique est divisé entre Dickens et Thackeray comme le nôtre entre Balzac et Stendhal. Thackeray (1811-1863) est l'égal de Stendhal et La Foire aux Vanités (1848), son chefs-d'œuvre. Il y utilise un style humoristique ou ironiquement épique pour donner l'un des plus grands romans de satire sociale en langue anglaise. La thèse fondamentale du livre est que, dans la société occidentale, le seul moyen d'arriver, si l'on est sans naissance ni fortune, est de violer tous les principes moraux que la société fait semblant de respecter. La question qu'il pose donc est : qui faut-il blâmer, ces aventuriers, ou le système qui les rend nécessaires ? Le personnage principal est une femme hypocrite, ambitieuse et sans scrupules : on assiste à son ascension au sommet de la société et à sa chute. Autour d'elle s'agite, dans une immense fresque, la " Foire aux Vanités ". "
Je viens d'achever la lecture de l'un des meilleurs livres que j'ai jamais lus, La foire aux vanités. Impossible de me détacher des trois cents dernières pages, qui m'ont encore plus comblée que les fantastiques sept cents premières. William Makepeace Thackeray nous raconte l'histoire de Rebecca, fille d'un maître de dessin et d'une danseuse, qui va se faire une place dans le monde en usant de ses charmes et de ses vices. En parallèle, nous suivons sa jeune et douce compagne de pension, Amélia, qui est aussi fragile et sincère que Rebecca est manipulatrice et forte. Autour d'elles gravitent de nombreux personnages, liés entre eux par une vanité excessive (c'est normal, nous sommes au coeur de la Foire aux vanités).
Grâce à cette profusion de personnages, dont la description est faite avec légèreté et humour, et qui évolue dans une société parfaitement comprise par l'auteur, nous sommes plongés avec délice dans cette histoire.
Dès leur sortie de la pension où elles ont passé plusieurs années, Rebecca et Amélia sont confrontées à une société où la réputation et l'argent sont considérés comme les seules preuves de vertu.
Rebecca en tirera son parti, Amélia se fera briser, du moins dans un premier temps. A force de cajoleries à l'égard des bonnes personnes, Becky parvient à se hisser dans les plus hautes sphères de la société anglaise. Quant à la jeune et honnête Emmy, après son mariage avec un personnage égoïste et faible, dont elle est cependant éperdument amoureuse, elle se retrouve rapidement veuve. Nous sommes en effet plongés au coeur des batailles napoléoniennes, où Georges Osbourne, le mari d'Emmy, trouve la mort. De retour en Angleterre, elle est rejetée par son beau-père qui s'était opposé au mariage de son fils avec la fille de celui à qui il devait toute sa fortune, mais dont la ruine l'a mis au ban de la société (les amitiés sont fragiles dans la Foire aux vanités...). De sombres années de tristesse et de misère attendent encore Amélia, tandis que Rebecca vit dans le luxe et la profusion. Mariée à un homme vaniteux, qui finit par devenir extrêmement touchant et qu'elle manipule à sa guise, elle dédaigne son fils, et passe ses soirées à flirter en compagnie de nombreux hommes.
Mais la roue de la Fortune tourne. Car la douce Emmy possède un ange gardien encore plus bienveillant et dévoué qu'elle qui veille sur son bien être. Quant à Rebecca, elle apprendra que l'illusion est éphémère, et que même (surtout) les anges sont capables de haïr et de détruire.
Ceux qui aiment Jane Austen ne peuvent que savourer ce roman. Le ton employé par l'auteur rappelle les sarcasmes de celle-ci, avec encore plus de cynisme. Par ailleurs, j'ai apprécié le fait que Thackeray s'adresse au lecteur, un peu comme dans Northanger Abbey, créant une complicité encore plus grande entre lui et son lecteur. Il use à la perfection de l'ironie pour nous décrire cette "pauvre Becky" ou l'hypocrite Dobbin (même si celui-ci est une perle d'homme). Il existe beaucoup d'autres points communs entre les deux auteurs. J'ai beaucoup ri de ces personnages gonflés de vanité, qui se moquent les uns des autres sans voir à quel point eux mêmes sont ridicules. De plus, j'ai apprécié le fait qu'un même personnage, selon l'angle par lequel on l'étudie, soit tour à tour attachant, ridicule, méprisable ou même détestable.
Surtout, pour mon côté fleur bleue, j'ai adoré la présence d'un capitaine Wentworth en encore mieux (si si, c'est possible), le capitaine/major/colonel Dobbin (le seul personnage que j'ai aimé passionnément du début à la fin, avec la timide Lady Jane).
Vraiment aucune longueur, chaque phrase se savoure avec le même plaisir. J'aurais dévoré sans problème mille pages de plus. En fait, je ressors de ma lecture complètement désespérée. Je ne sais pas si vous avez déjà eu cette sensation que jamais vous ne retrouverez un livre de cette qualité... Vous qui n'avez pas encore lu cette merveille, précipitez-vous !
05 novembre 2006
Sanditon ; Jane Austen
Edition Le Livre de poche ; 381 pages.
Edition épuisée mais disponible en bibliothèque (parfois...).
"Ce manuscrit inachevé de 1817 de Jane Austen qui en a écrit les onze premiers chapitres (p. 8-83) a été finalement complété par une modeste romancière. Les amateurs apprécieront."
Ce livre est le dernier roman de Jane Austen, laissé inachevé près la mort prématurée de celle-ci. Il a été complété par une romancière anonyme, qui s'est servi des autres oeuvres de Jane Austen, et des notes laissées par cette dernière. Je dois reconnaître que c'est une vraie réussite. On ne note pas de véritable changement dans le style après le chapitre onze, si ce n'est peut-être un plus grand attachement aux descriptions des paysages. Jane Austen n'a de toute façon pas eu le temps de corriger son ébaûche, si bien que la romancière que a terminé Sanditon a pu se permettre quelques libertés.
Mais je rassure les inconditionnels de Jane Austen, nous avons bien là une héroïne austenienne, une jeune fille fine observatrice du monde qui l'entoure, Charlotte, qui est quelque peu bouleversée dans ses habitudes lorsque surgit dans sa vie le jeune et élégant Sidney Parker. Celui-ci est d'une grande franchise quand il s'agit de juger ses semblables, et également manipulateur à souhait lorsqu'il veut obtenir quelque chose. Mais on lui pardonne sans hésiter ce défaut, car il est plein de gaité, et fait partie de ces gens qui savent toujours ce qu'il convient de faire, dans n'importe quelle situation. Notre Charlotte ne tarde pas à tomber sous le charme de Sidney, mais n'ose dévoiler ses sentiments, car elle est convaincue de n'être à ses yeux qu'une personne qu'il aime certes taquiner et qu'il respecte sincèrement, mais sans arrière pensée. D'autant plus que la belle Miss Brereton semble avoir la faveur de Mr Parker.
La justification de la conduite de tous les personnages à la fin du livre est digne selon moi des autres romans austeniens. Nous retrouvons les personnages ridicules que Jane Austen affectionnait tant, ainsi que son humour cinglant que j'apprécie tant.
Un excellent roman !
20 octobre 2006
Northanger Abbey ; Jane Austen
Edition 10/18 ; 286 pages.
6,90 euros.
"Jane Austen jugeait désuet l'engouement de son héroïne Catherine Morland pour les terrifiants châteaux moyenâgeux de Mrs Radcliff et les abbayes en ruine du préromantisme anglais. Parodie du roman gothique, satire pleine de saveur de la société anglaise qui prenait ses eaux à Bath, Northanger Abbey est aussi le roman très austénien du mariage et très moderne du "double jeu ". "
Vous allez dire que je commence à vous agacer avec ma Jane Austen... Mais je vous assure que vous auriez tort de ne pas essayer de lire ses livres. Ça vaut tous les Marc Lévy, Anna Gavalda et autres du monde. Ses livres sont plein d'humour, ses personnages sont extrêmement attachants, son style est unique et très agréable, c'est émouvant, mais sans aucune mièvrerie. En fait, quand on lit un roman de cette auteure, on ne peut qu'être réconcilié avec la littérature classique, et cela nous ouvre de belles perspectives.
Dans Northanger Abbey, l'héroïne est Catherine Morland, qui se rend à Bath avec des amis de ses parents pour la chaperonner. Lors d'un bal, elle rencontre le charmant Mr Tilney, dont elle tombe amoureuse, comme n'importe quelle jeune fille naïve. Mais elle désespère de le revoir au bout de quelques jours, puisqu'il semble avoir quitté la ville.
A Bath, elle retrouve également son frère, accompagné de l'un de ses amis, le fier et frivole Mr Thorpe. Ce dernier a une soeur, qui est toujours pleine d'enthousiasme, et qui jure aussi souvent que possible qu'elle est une femme parfaitement indépendante, ainsi qu'une grande connaisseuse de la gent masculine qu'elle se plaît à dédaigner. Cependant, elle ne semble pas indifférente au charme du frère de Catherine, inclination qui est partagée du reste.
Ce livre est écrit de façon assez différente des autres romans de Jane Austen. Celle-ci se moque souvent de la naïveté de son héroïne, même si elle éprouve pour elle un grand attachement. Le lecteur est souvent interpellé par Jane Austen, qui le fait donc participer à cette histoire. C'est extrêmement plaisant, et pourtant, il fallait une certaine habileté pour y parvenir.
Dans ce livre, il y a de multiples références moqueuses à certaines lectures très prisées à l'époque de Jane Austen, qui ne se contente pas de critiquer uniquement la société de Bath. C'est aussi dans ce livre que j'ai trouvé les personnages les plus détestables d'Austen (avec Lady Susan bien entendu). L'un des personnages se comporte de façon scandaleuse en amour, et ne songe qu'à lui, sans se soucier de la peine qu'il pourrait causer. Un autre est des plus intéressé, et ne vaut guère mieux. Heureusement, tous les vaniteux sont punis chez Jane Austen, et leur destin n'est pas des plus agréables.
16 octobre 2006
Mansfield Park ; Jane Austen
Mansfield Park est le roman préféré de beaucoup de janéites. Pour ma part, c'est celui qui m'a le moins plu, même si j'aime tous les romans de Jane Austen.
Il raconte l'histoire de Fanny Price, recueillie et élevée dans une belle demeure anglaise, par son oncle et ses tantes. Mais ce n'est pas par amour filiale que l'on reçoit cette petite fille sale et inculte, dont la mère a osé déshonorer la famille en faisant un mariage d'amour avec un homme de basse condition. Mrs Norris voit là un moyen de faire un acte de charité, d'une drôle façon d'ailleurs, puisqu'elle confie l'enfant à la charge de son beau-frère, Sir Thomas Bertram.
La petite fille grandit donc à Mansfield Park, entourée de ses quatre cousins, dont seul Edmond lui porte de la sympathie et de l'intérêt. Cette attitude lui vaudra d'abord de la reconnaissance et de l'affection, sentiments innocents et enfantins, puis de l'amour. Pourtant, lui continue à voir Fanny comme sa cousine, qu'il aime certes profondément, mais pas d'amour. D'ailleurs, lorsqu'un riche et élégant jeune homme viendra faire la cour à Fanny, il en sera ravi pour elle, et ne tardera pas lui même à tomber amoureux d'une belle jeune fille. Mais Jane Austen est un maître en l'art d'étudier les comportements humains, aussi pouvons nous nous douter que ce ne sera pas si simple.
Dans ce livre, Jane Austen nous présente une héroïne qui possède très peu de caractère, et dont le seul repère est son amour pour Edmund. Mais un amour n'est pas toujours inébranlable, surtout lorsque le devoir et l'honneur se rappellent à la personne qui l'éprouve.
Mansfield Park est un vrai roman austenien, avec le sujet traditionnel du mariage d'une jeune fille de condition modeste. Les personnages ridicules sont également présents pour nous distraire, telle Lady Bertram, qui se drogue, ou encore Mrs Norris, qui martyrise la Cendrillon de Jane Austen.
Ce roman nous met une nouvelle fois en garde contre les mariages contractés par intérêt, ainsi que contre la simulation des sentiments. Il a de particulier le fait d'avoir une fin dont nous ne sommes pas totalement sûrs jusqu'à la fin. Car nous sommes amenés à douter du fait que Jane Austen achève son roman de manière habituelle. Fanny Price, la plus indéterminée des héroïnes de cette auteure doit faire un choix qui l'engagera pour toute sa vie, et avouons-le, nous sommes bien incapables de l'aider jusqu'à la scène finale...




