17 janvier 2007

L'Auberge de la Jamaïque ; Daphné Du Maurier

2253006874Édition Le Livre de Poche ; 313 pages.
5,50 euros.

" Orpheline et pauvre, Mary Yellan n'a pas d'autre ressource que de quitter le pays de son enfance pour aller vivre chez sa tante, mariée à un aubergiste, sur une côte désolée de l'Atlantique. Dès son arrivée à l'Auberge de la Jamaïque, Mary soupçonne de terrifiants mystères. Cette tante qu'elle a connue jeune et gaie n'est plus qu'une malheureuse, terrorisée par Joss, son époux, un ivrogne menaçant, qui enjoint à Mary de ne pas poser de questions sur les visiteurs de l'auberge. Auberge dans laquelle, d'ailleurs, aucun vrai voyageur ne s'est arrêté depuis longtemps... De terribles épreuves attendent la jeune fille avant qu'elle ne trouve le salut en même temps que l'amour. Dans la grande tradition romantique des soeurs Brontë, la romancière anglaise, auteur de Rebecca, nous entraîne avec un sens prodigieux de l'ambiance et de l'intrigue au coeur d'un pays de landes et de marais battu par les tempêtes, où subsiste la sauvagerie ancestrale des pirates et des naufrageurs. "

Décidément, j'aime beaucoup cet auteur. Daphné du Maurier a une façon unique de nous dépeindre les noirceurs de l'âme humaine. Elle allie son décor avec ses personnages afin de créer une atmosphère délicieusement envoûtante. C'est vrai, Mary est beaucoup moins attachante que Mme de Winter, elle est même parfois agaçante à se comporter en jeune fille trop sûre d'elle quite à risquer sa vie. D'un autre côté, ce tempérament téméraire nous arrange bien, puisqu'il nous permet d'enquêter avec l'héroïne.
On songe d'abord à des fantômes et à des rêves de jeune fille qui veut mettre du piment dans sa vie en inventant des choses complètement aberrantes. Mais pourquoi, dans ce cas, les gens craignent-ils autant l'auberge de la Jamaïque ? Et puis, pourquoi Tante Patience fait vingt ans de plus que son âge, et n'est plus que l'ombre d'elle même ? Tous ces malfrats qui viennent boire à l'auberge ressemblent bien à des fantômes. Le jour venu, il n'existe plus aucune trace de leur passage, et le pendu de la veille ne se balance plus au bout de sa corde. Les pirates, les contrebandiers, et pire, les naufrageurs sont-ils un simple cauchemar ou bien la réalité de cette lande isolée ?
Encore une fois, Daphné Du Maurier joue avec nous. La vérité est tellement effroyable que l'on ne la voit pas. Finalement, on se met à douter de tous les personnages. Le vicaire d'Altarnun, qui vient au secours de Mary à plusieurs reprises, comme l'avait fait avant lui Saint-John Rivers dans Jane Eyre, semble ne pas être tout à fait celui que l'on pense.
Et Jem, le frère de Joss Merlyn, ne semble pas valoir beaucoup mieux que ce dernier. Mary hésite entre ses sentiments et l'évidence que le frère de son oncle ne peut être que foncièrement mauvais. Après tout, ce n'est qu'un voleur de chevaux. Qui semble tout aussi secret que son frère. Mais qui a du charme, et qui semble ne pas trop se soucier de la réputation des femmes qu'il déflore. Mary a d'ailleurs beaucoup de mal à lui résister et à conserver sa vertu... On se doute bien que s'il doit y avoir des amoureux, ce seront eux. Leur relation débute de façon tellement forte qu'ils ne peuvent pas rester indifférents l'un à l'autre. Cependant, ce n'est pas certain que Jem ne prenne pas part aux horribles choses qui se passent à la Jamaïque, malgré sa franche hostilité à l'égard de son frère aîné.
J'ai adoré les descriptions de la lande, de l'isolement de l'auberge de la Jamaïque, l'importance du bruit des chariots qui s'arrêtent à l'auberge pendant la nuit. Malgré l'immensité de l'espace qui s'ouvre devant elle, Mary est enfermée, et transpose sa peur sur ce paysage qu'elle se met à détester. Elle a beau se douter de ce qui se passe, personne ne semble vouloir croire ce qu'elle a à dire ou plutôt, tout le monde connaît la vérité, mais lui conseille de se taire. Le vicaire ne semble pas très réceptif, Jem préfère changer de sujet, et quand Mary a l'occasion de parler à un représentant de la justice, elle cède à cette loi du silence.
Tout le réçit n'est qu'une succession de questions pour le lecteur, qui redoute souvent les réponses qu'il pourra trouver en chemin. Mais cela rend la lecture captivante, et c'est là tout le génie de Daphné du Maurier.
Cette dernière est considérée comme une féministe (sans la connotation négative actuelle de ce mot). Ce  livre met en scène une héroïne pleine d'assurance, qui ne craint pas les hommes et leurs méfaits. Très souvent, les personnages masculins et même la narratrice insistent sur le fait que Mary est une femme. Elle tient tête aux hommes, est intelligente (même si elle laisse parfois sa confiance en elle prendre le pas sur sa raison), et c'est ce qui lui permet de ne pas devenir un être égaré, comme sa tante. Les hommes qu'elle rencontre sont surpris sinon impressionnés par ce caractère. Certes, elle aura elle aussi droit à son chevalier, et la fin n'est pas nécessairement très heureuse malgré son caractère enchanté. Cependant, cette héroïne ne se contente pas de subir les événements, elle a suffisamment d'audace pour faire ses propres choix.   

" Lorsqu'on en aurait terminé avec elle, elle s'embarquerait sur quelque paquebot et travaillerait pour payer son passage ; ou bien elle prendrait la route, avec quelques sous en poche, le coeur et l'esprit libres. Mais elle était là, les larmes prêtes à couler, ayant la migraine ; on l'éloignait en hâte du lieu du crime avec des paroles et des gestes apaisants ; elle n'était qu'un élément d'encombrement et de retard, comme toutes les femmes et tous les enfants après une tragédie. "

Posté par lillounette à 08:53 - - Commentaires [17] - Permalien [#]

16 janvier 2007

La passe dangereuse ; William Somerset Maugham

2264037164Mes lectures sont très anglo-saxonnes et classiques ces derniers temps. Ce sont aussi de fabuleuses découvertes pour la plupart. La passe dangereuse est un livre assez dur, ce qui de prime abord n'a rien de plaisant, mais je l'ai beaucoup aimé.

Kitty est adorée par son mari, Walter, qu'elle méprise (ça ne vous rappelle rien ? (même si la ressemblance s'arrête ici)). Au début du roman, Kitty est un être frivole et se moque du mal qu'elle peut causer. Après leur mariage, Kitty et son mari se rendent à Hong Kong (alors possession britannique), où Walter exerce le métier de bactériologue. Kitty, qui ne s'est pas mariée par amour, s'ennuie. De plus, elle s'aperçoit que le métier de son mari ne lui permet pas d'être acceptée dans tous les cercles de relations. Au cours d'un repas, elle rencontre Charlie, haut fonctionnaire britannique et homme marié. Dès lors, elle trompe allègrement son mari avec cet homme possédant beaucoup plus d'aisance en public que Walter et dont elle est furieusement éprise.
Mais voilà que Walter découvre la liaison de son épouse. Bien que terrassé par la nouvelle, il lui ouvre les yeux sur l'egoïsme de son amant, et l'emmène loin de Hong-Kong, dans un lieu où sévit le choléra. Dans un premier temps, Kitty est effrayée et déteste encore davantage son mari, qui la traite avec une politesse glaciale. Elle-même est très malheureuse depuis qu'elle a découvert l'indifférence de son amant à son égard. Cependant, elle finit par regarder autour d'elle.

Elle voit la mort, l'abandon, mais aussi le dévouement autour d'elle. Commence alors pour Kitty un long chemin pour se reconstruire. Elle décide de contribuer à soulager les enfants abandonnés de l'orphelinat en découvrant des bonnes soeurs à la bonté inégalable (j'ai toujours des réserves concernant ces missionnaires, qui avaient une vision de leur mission très discutable à mon goût). 
Walter, qui noie son chagrin en se consacrant corps et âme à son travail, amène Kitty à se sentir honteuse. Tous, à Mei-tan-Fu, tiennent Walter en grande estime. Mais avec Kitty, il demeure un animal blessé. Somerset Maugham n'est pas un tendre avec ses personnages. Si Kitty n'est pas un personnage très attachant, Walter est impitoyable avec elle.

La souffrance, qu'elle vienne de la maladie ou de l'amour est présente tout au long de ce roman. Ce livre nous montre l'évolution de son héroïne, qui passe de l'être égoïste à la jeune femme attachante consciente de ses défauts. Ce livre est très court, d'où quelques manques à mon avis concernant certains aspects du livre. Les pensées de Walter entre autres nous sont inconnues. En fait, il s'agit d'une sorte de roman d'apprentissage.
J'ai aussi beaucoup aimé l'incursion dans les colonies britanniques puis dans la Chine intérieure. Sans être un roman historique, ce roman évoque les missions catholiques, la domination des populations européennes sur les autochtones (les chaises à porteurs me choquent toujours), ou encore le poids des conventions.

Le tout porté par une très belle écriture, légèrement surannée :

" Soudain, de ce nuage blanc, émergea, farouche et massif, un grand bastion. Il ne semblait pas révélé par le soleil vainqueur, mais créé par la puissance d'une baguette magique. Forteresse d'une race cruelle et barbare, il dominait la rivière. Mais le magicien bâtissait vite. Déjà un créneau coloré couronnait le bastion, et bientôt sortit du brouillard, esquisse immense relevée ça et là de la touche d'or du soleil, un enchevêtrement de toits jaunes et verts. En vain eût-on tenté de les dessiner : l'ordre, - si ordre il y avait - en échappait. Mirage d'une fantaisie extravagante, mais d'une incomparable somptuosité. Ce n'était plus une forteresse ni un temple, mais le palais enchanté de quelque empereur-dieu où l'homme ne pénètre pas. Palais trop aérien, trop chimérique pour être l'oeuvre des humains : véritable matérialisation d'un rêve.
Les larmes inondaient les joues de Kitty, et elle regardait, les mains jointes, haletante, les lèvres entrouvertes. Jamais elle ne s'était senti le coeur plus léger, il lui semblait que son âme s'évadait de la matière et que son enveloppe charnelle demeurait sur la terre.
Elle découvrait la beauté. "
(page 73)

 Une jolie lecture.

Posté par lillounette à 09:50 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags :
12 janvier 2007

Rebecca ; Daphné du Maurier

9782253006732_G_1_Édition Le livre de Poche ; 384 pages.
5,50 euros.

Lettre D Challenge 2007

" Dès les premières heures à Manderley, somptueuse demeure de l'ouest de l'Angleterre, le souvenir de celle qu'elle a remplacée s'impose à la jeune femme que vient d'épouser Maxim De Winter.
Rebecca, morte noyée, continue d'exercer sur tous une influence à la limite du morbide. La nouvelle Mme
De Winter, timide, effacée, inexpérimentée, se débat de son mieux contre l'angoisse qui l'envahit, mais la lutte contre le fantôme de Rebecca est par trop inégale.
Daphné Du Maurier, dans Rebecca, qui est sans doute le roman le plus caractéristique de son talent, fascine le lecteur et l'entraîne à la découverte d'inquiétantes réalités sans quitter le domaine familier de la vie quotidienne. "

En ce moment, je lis peu par manque de temps, mais pas seulement. J'ai commencé plein de livres que j'ai reposés au bout de quelques pages seulement. Rebecca me tente depuis le collège, mais je ne l'ai acheté que récemment. De plus, au lieu de me jeter dessus, je l'ai soigneusement rangé avec les livres de ma PAL. La couverture est la même que celle de Les Hauts de Hurle-Vent d'Emily Brontë, livre que j'aime autant qu'il me met mal à l'aise. Mais hier, je l'ai ouvert, et je suis entrée dès la première page dans l'histoire fabuleuse que nous raconte ce livre.
Je l'ai littéralement dévoré. Il n'y a pas un seul moment où l'on peut souffler dans ce livre, à chaque fois que l'on termine un chapitre, il faut lire le suivant. L'atmosphère intrigante et chargée de non-dits me rappelle un peu celle de Jane Eyre, les personnages aussi d'ailleurs. J'ai été très heureuse de constater qu'une fois de plus, le livre était bien plus riche que ce que nous racontent les résumés que l'on peut lire. Certes, Mrs Danvers, l'ancienne confidente de Rebecca est extrêmement antipathique. Cependant, elle n'est pas omniprésente comme je l'avais toujours cru. Et Maxim, s'il est souvent préoccupé, n'a pas un rôle effacé non plus.
Le fantôme qui hante les jours et les nuits de Maxim de Winter et de sa nouvelle épouse, c'est Rebecca. Son odeur, ses objets, ses robes, et même sa domestique sont là pour veiller à ce que Rebecca soit présente à chaque instant. Dès que la nouvelle Mme de Winter entre en contact avec Maxim de Winter, elle est totalement évincée par le souvenir de Rebecca. On ne connaît de la nouvelle Mme de Winter que son âge, vingt et un ans. Son passé est très flou, et semble être considéré comme inintéressant, puisque Rebecca n'en fait pas partie.
Dès lors, comment une jeune fille qui n'est que maladresse et timidité pourrait elle se sentir à l'aise ? Peu à peu, un doute s'insinue en elle. Elle se met à penser que Maxim aime encore Rebecca. Et pourtant, les regards fuyants, les silences gênés et l'atmosphère pesante de Manderley semblent renfermer bien d'autres secrets.
Nous sommes tenus en haleine du début à la fin du livre. Les descriptions de Manderley, la maison chérie et souillée de Max de Winter sont époustoufflantes. Et puis Rebecca, dont l'ombre plane du début à la fin du livre. A chaque fois que l'on pense l'avoir chassée, elle revient, et continue à déterminer l'existence de nos héros. Comme elle l'avait prévu.

Un mot de la traduction tout de même. Il me semble qu'elle est assez ancienne, et quelques tournures qui reviennent fréquemment sont assez gênantes, même si le reste nous permet de ne pas trop y accorder d'attention.

"La maison était un sépulcre, notre peur et notre souffrance étaient enterrées dans ses ruines. Il n"y aurait pas de résurrection. Quand, éveillée, je penserais à Manderley, je n'éprouverais pas d'amertume. Je me rappellerais l'été dans la roseraie et les chants d'oiseaux à l'aube, le thé sous le marronnier et le murmure de la mer derrière la courbe des pelouses.
Je penserais au lilas en fleur et à la Vallée Heureuse. Ces choses là étaient éternelles et ne pouvaient pas disparaître. Il y a des souvenirs qui ne font pas mal."
(page 7)

"J'aurais pu lutter contre une vivante, non contre une morte. S'il y avait une femme à Londres que Maxime aimât, quelqu'un à qui il écrivit, rendît visite, avec qui il dîna, avec qui il couchât, j'aurais pu lutter. Le terrain serait égal entre elle et moi. Je n'aurais pas peur. La colère, la jalousie sont des choses qu'on peut surmonter. Un jour cette femme vieillirait, ou se lasserait, ou changerait et Maxim ne l'aimerait plus. Mais Rebecca ne vieillirait jamais." (page 226)

Posté par lillounette à 08:50 - - Commentaires [64] - Permalien [#]
17 novembre 2006

Monteriano ; E.M. Forster

2264004630

Edition 10/18 ; 253 pages.

"Monteriano - Radieuse Toscane -STOP - Lilia fiancée dans noblesse Italienne - STOP - Lettre suit -STOP-" Ni duc, ni comte, le beau Gino épousera Lilia, la jeune veuve anglaise, précipitant l'étonnante rencontre du conservatisme glacé du nord et de l'insouciante beauté du Sud. Avec une tenue toute britannique, Forster nous livre là l'égal de Route des Indes en Italie: la sombre et somptueuse tresse de la passion, du puritanisme anglais et de la mort qui se dénouera violemment un soir d'orage sous le ciel mauve de Monteriano."

Il est possible de comprendre quelque chose, sans pourtant être capable de l'accepter. C'est ce qui arrive à Philippe, amoureux inconditionnel de l'Italie, qui refuse pourtant, au nom des bonnes manières, de laisser sa belle-soeur épouser un Italien. Car si ce pays est bon pour l'âme grâce à son art, ses collines, sa chaleur humaine, ses habitants n'en sont pas moins des personnes qui possèdent des manières incompatibles avec la bonne société anglaise.

Lilia, lassée d'être manipulée par sa belle-famille, fera ce mariage d'amour. Cependant, si E.M. Forster a eu parfois tendance à encourager (sous peine de sacrifices énormes cependant) ses héros qui bravent les conventions, Lilia elle, le paiera très cher.

Dans ce livre, on se laisse entraîner comme dans un rêve. Monteriano semble être l'endroit le plus beau du monde, bien loin de la froideur de Sawston, d'où viennent les Anglais de ce roman. Dès lors, on n'a de cesse d'être partagé entre la conviction que l'Italie est un pays de "barbares", et l'illusion que c'est le lieu où tout est possible, où l'on peut tout surmonter, même les plus grands malheurs. C'est une étude sur la différence de mentalités entre les deux pays que nous livre Forster. Nous pouvons sentir à la fois la fascination et l'incompréhension qu'il éprouve pour l'Italie. Forster n'a jamais cessé d'analyser, sans restrictions, la société à laquelle il appartient. Mais comme souvent lorsque l'on déteste le monde dans lequel on vit, on y est si bien intégré qu'il est impossible de ne pas y adhérer, en partie du moins.

C'est le livre le plus dur de Forster que j'ai lu pour l'instant, car la société anglaise se charge de détruire tout ce que Lilia a voulu construire en dehors de ses valeurs ; l'amour, le bonheur, et même la vie. Toutes les traces de ses "méfaits" et de son existence sont donc effacées, pour ne pas tenter les éventuel(le)s candidats à ce que les conventions condamnent. Si bien que les autres personnages n'ont plus qu'à se blâmer de ne pas avoir que de "saines" pensées.

On peut noter que certains passages de Monteriano   furent repris par James Ivory, pour la réalisation de A Room with a view  (Avec vue sur l'Arno), de manière très subtile. J'en reparlerai dans un prochain post.

" - Vous ne connaîtrez le pays qu'en sortant des pistes battues, ne l'oubliez jamais. Visitez les petites villes - Gubbio, Pienza, Cortona, San Gimignano, Monteriano. Et surtout, je vous en supplie, laissez aux touristes cet affreux préjugé que l'Italie est un musée d'antiquités et d'oeuvres d'art. Aimez les Italiens, comprenez-les : car les gens là-bas sont plus merveilleux que leur terre. "

22 octobre 2006

Fiancés sans amour ; Barbara Cartland

2290354368

Edition J'ai Lu ; 281 pages.
5 euros.

"Plutôt la mort!" murmure Aline Camberley face aux flots noirs de la Tamise, mais dans la nuit un bras vigoureux la retient, une voix chaude l'interroge. Pour une fois, lord Dorrington, ce frivole dandy, est ému. Oui, à dix-sept ans, l'exquise et pure Aline se voit contrainte par sa mère d'épouser le richissime prince Ahmadi, qui ne lui inspire que dégoût et crainte. Une crainte légitime car Ulric Dorrington connaît les mœurs dépravées de ce seigneur persan. Alors Ulric décide d'enlever l'adolescente, de la cacher dans un manoir lointain. Aventure folle, illégale... et périlleuse ! Le prince Ahmadi n'est pas homme à accepter sans réagir pareille humiliation..."

Vous devez vous demander quelle mouche m'a piquée, pour que j'aille ainsi chercher un livre au rayon "Littérature Passion"... En fait, c'est parce que j'ai lu un article où Barbara Cartland était présentée comme un héritière de Jane Austen. Le gros avantage de ce livre, c'est qu'il se lit très vite. Ainsi, je l'ai terminé, ce qui me permet d'avoir une vue d'ensemble. Barbara Cartland est l'auteure la plus lue au monde, mais cela s'explique certainement beaucoup plus par le nombre de livres qu'elle a écrit, et par le contenu de ceux-ci (une belle histoire d'amour qui se passe au temps des contes de fées et qui s'achève merveilleusement), que par ses talents d'écrivain. J'ai beaucoup ri au cours de ma lecture, mais ce n'était sans doute pas volontaire de la part de l'auteure. Il y a un passage que j'aime particulièrement, où le méchant se fait traiter de "vil pourceau" par le héros, avant de se faire fouetter. Ecrire "Vous aimez les battre : eh bien à votre tour maintenant ! ", il fallait oser. Certes, je sort la phrase de son contexte, et je me suis plue à imaginer une scène sadomasochiste un peu exagérément, il n'empêche que cette scène est d'un ridicule achevé. Barbara Cartland tente de donner un cadre historique à son livre. La description des costumes, l'introduction de personnages qui ont réellement existé y servent. Cependant, mélanger la passion de l'époque pour l'Italie avec des histoires de réincarnation, ainsi qu'avec la "légende" selon laquelle il n'y aurait qu'un seul homme invincible à l'épée par siècle (je vous laisse imaginer de quel personnage du livre il s'agit...), c'est un peu énorme. Ce qui m'a le plus gênée est le fait que Barbara Cartland reprenne les stéréotypes de l'époque de son livre pour expliquer la cruauté et les moeurs du prince (violent, à la limite de la polygamie, avec un caractère sauvage). A plusieurs reprises, les héros se basent sur ce qu'ils ont lu sur les Orientaux pour expliquer le caractère du prince. Si ce n'est pas forcément totalement faux, c'est du moins très simpliste et généralisateur au possible. Attention, je n'accuse pas l'auteure de racisme (je ne rentrerai pas dans ce genre de débat ici), seulement d'avoir choisi la voie de la facilité pour construire le personnage du méchant. Voilà donc ma première approche du roman "passion". Je pense que ça en vaut la peine, pour se rendre compte, d'en lire au moins un dans sa vie. 

Posté par lillounette à 09:42 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
29 septembre 2006

Les vestiges du jour ; Kazuo Ishiguro

2264035854"Le vieux majordome Stevens a passé sa vie à servir les autres, métier dont il s'acquitte avec plaisir et fierté. C'est un homme qui se croit heureux, jusqu'à ce voyage qu'il entreprend vers Miss Kenton, l'ancienne gouvernante du château, la femme qu'il aurait pu aimer s'il avait su ouvrir ses yeux et son cœur... "

A travers le réçit de la vie d'un majordome, Kazuo Ishiguro nous emmène dans l'Angleterre de l'entre-deux guerres, lorsque le Traité de Versailles est remis en cause, que le nazisme fait son apparition, puis de l'après-guerre, lorsque la société anglaise désigne ses traîtres, pour surmonter la traumatisme de la période hitlérienne, et que le continent américain prend le pas sur la "Vieille Europe".

On peut penser que la réçit d'un majordome anglais, qui ne cesse de nous démontrer à quel point il a toujours rempli sa tâche avec "dignité", est à coup sûr rébarbatif à en mourir. Or, ce n'est pas du tout le cas. On le suit dans les anecdotes qu'il nous conte, sans réelle pudeur, celles qui parlent de Miss Kenton, cette femme qui l'a aimé avant de se lasser de son indifférence, tout comme celles qui évoquent Lord Darlington, son maître trente ans durant, qu'il a servit aveuglément, dans le seul souci de bien faire son métier. Une vie entièrement tournée vers sa profession, voilà le bilan qu'il peut tirer. Il aurait pu aimer Miss Kenton, tenter de sauver Lord Darlington de la tentation nazie.

Mais à la politique comme à l'amour, Mr Stevens a toujours donné la même réponse : "Je le regrette beaucoup [...], mais je ne suis pas en mesure de vous aider sur cette question."

Posté par lillounette à 18:29 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
28 septembre 2006

Howards End ; E.M. Forster

2264014865"Observateur subtil de la société britannique, E. M. Forster n'a peut-être jamais mieux décrit les antagonismes et les entrelacs d'intérêts entre aristocratie et bourgeoisie que dans Howards End. Dans cette histoire d'héritage et de remariage s'affrontent deux familles, les Schlegel et les Wilcox, et à travers eux deux visions du monde. A la veille de la Première Guerre mondiale, la société victorienne se fissure et les idées féministes et progressistes gagnent du terrain, malgré la résistance aveugle et hautaine des tenants de la tradition. Comme le montre habilement et cruellement ce roman indémodable, cette opposition brutale destinée à façonner la société du XXe siècle ne se déroulera pas sans faire de victimes."

Dans ce livre, Forster nous raconte la vie des soeurs Schlegel, femmes au caractère affirmé, dans leur relation avec les Wilcox, une famille très attachée à sa position sociale. Malgré une première rencontre des plus cordiales, ces deux familles vont arriver à se détester. Un événement notable va en effet conduire les Wilcox à craindre les Schlegel. Seul Mr Wilcox ne cessera pas pour autant de les apprécier. Outre la relation entre les deux familles, c'est un portrait de la société du début du XXème siècle que l'on trouve dans ce livre. Par l'intermédiaire de l'un des personnages secondaires, on apprend la nécessité de faire bonne figure parmi la haute société. Les soeurs Schlegel, surtout Helen, choquent par leur enthousiasme, leurs idées bien arrêtées. Dans ce roman, elles symbolisent une société en mouvement, qui s'ouvre aux nouveautés. Tout ceci de façon beaucoup plus noire que dans les deux autres ouvrages de Forster que j'ai lus, Avec vue sur l'Arno et Maurice, mais toujours aussi plaisante.

Posté par lillounette à 13:08 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :
20 septembre 2006

Maurice ; E.M. Forster

2264038470Edition 10/18 ; 279 pages.
7,30 euros.

Ce livre débute lorsque Maurice Hall, encore enfant, quitte l'école dans laquelle il est scolarisé pour aller étudier dans la classe supérieure. Lors d'une conversation avec son professeur, il affirme ne jamais vouloir se marier, ce que le maître prend pour une idée d'enfant insensée et sans conséquence. Puis, nous le retrouvons à Cambridge, où il fait ses études. Il rencontre Clive, un étudiant, qui ne tarde pas à le fasciner et à l'influencer par sa conduite pleine d'assurance. Une histoire d'amour ne tarde pas à naître entre les deux jeunes gens, qui doivent se cacher pour la vivre.
La lourdeur de ce secret, ajoutée au poids des conventions sociales de l'époque ne tarde pas à soulever une question : Est-ce qu'un amour homosexuel doit pouvoir s'épanouir, est-ce une bonne chose ou, comme l'affirment les idées de l'époque, est-ce condamnable comme l'un des pires crimes possibles ? Ne vaut-il pas mieux s'intégrer dans la société en s'abaissant devant ses préjugés ?
Mais, dans toute histoire d'amour, il y a deux personnes, dont les points de vue ne sont pas toujours semblables.

Parmi mes auteurs préférés, Edward Morgan Forster occupe indéniablement une place de choix. Nous nous sommes rencontrés tardivement, un peu timidement, mais j'ai très vite compris qu'il était l'un des rares écrivains dont je collectionnerai tout.
Maurice est un roman un peu à part dans la bibliographie de Forster, puisque ce dernier a refusé que cette histoire soit publiée de son vivant, par peur du scandale. Certes, dans ses nouvelles, que je n'ai pas toutes lues, l'on peut croiser régulièrement des personnages homosexuels.  Toutefois, dans ce roman, ce qui frappe au premier abord, c'est son caractère authentique. La sexualité est évoquée sans tabou, le droit d'aimer est proclamé, et pour cela je suis heureuse que Forster ait gardé son livre secret. Cela lui a permis de ne pas le remanier de façon à le rendre moins sincère.
Dans Maurice, on retrouve des éléments qui sont dans d'autres romans de Forster, davantage développés. J'ai ainsi été très touchée par le personnage de Clive. Il me fait penser à Cecil Vyse, de A Room with a View, et alors que j'ai toujours méprisé ce dernier personnage, je pense mieux le comprendre aujourd'hui. Clive, comme Cecil, a une haute idée de l'amour, et c'est pour cela qu'il rate sa vie. Incapable de voir en Maurice l'amour réel, il le laisse partir sans réaliser qu'il ne le reverra plus jamais. Route des Indes ne semble pas très loin non plus. La dernière scène des deux romans est à mon sens un peu semblable, bien que leurs origines soient différentes.   
Encore une fois, avec ce roman, Forster s'en prend aux règles de la société anglaise de la première moitié du XXe siècle. Non seulement le grand amour de Maurice sera un autre homme, mais en plus il s'agira d'un ancien domestique.

E.M. Forster prouve ici peut-être davantage qu'ailleurs qu'il sait saisir l'âme humaine comme peu d'autres.

Difficile de vous parler d'E.M. Forster et de Maurice sans évoquer James Ivory, qui l'a magnifiquement adapté. Je suis très mauvaise pour parler de films, alors je vous mets seulement une capture d'écran, celle de la scène finale, qui montre que tout ne s'achève pas si bien dans cette histoire :

M_1009_1_ 

Posté par lillounette à 11:40 - - Commentaires [33] - Permalien [#]
Tags : ,
19 septembre 2006

Avec vue sur l'Arno ; E.M. Forster

 9782264043641Lucy Honeychurch, jeune anglaise du début du XXème siècle, se rend à Florence, chaperonnée par sa cousine, Charlotte Bartlett. Quand elles arrivent dans leur pension, les chambres qu'on leur attribue ne possèdent pas de fenêtres avec vue sur l'Arno, comme on le leur avait pourtant promis.

Lors d'une conversation avec les autres pensionnaires, Mr Emerson, vieil homme aux manières étranges, leur offre d'échanger sa chambre et celle de son fils, George, contre les leurs. Ceci, et les événements qui s'ensuivent vont lier le destin de Lucy à celui des Emerson. Il y aura le baiser volé de George, dans un champ de coquelicots sur les hauteurs de Florence, le départ précipité de Charlotte et Lucy pour Rome, et le retour en Angleterre avec l'intention de ne jamais revoir les Emerson. 

Mais une nouvelle rencontre aura lieu, dans des circonstances bien différentes, ce qui permet à E.M. Forster de montrer une fois de plus toute sa sensibilité dans la description des sentiments.

J’avais adoré ce livre lors de mes deux premières lectures, mais cette fois-ci j’ai carrément l’impression d’avoir réussi à en savourer chaque mot et chaque phrase.

D’abord, ce livre est beaucoup plus virulent dans sa critique de la société et beaucoup plus drôle que dans mon souvenir. Les conceptions de Forster sur la vie, les femmes, ou encore la religion, sont très modernes. Il voit l’Eglise comme quelque chose qui fait souffrir les gens au lieu de les amener au bonheur comme elle le prétend.
Comme dans Maurice, les hommes ne vont pas à l’église, même si cela embarrasse les femmes. C’est mis en scène avec énormément d’humour de la part de Forster. J’aime beaucoup le passage où Cecil, Floyd et Freddy refusent d’aller à la messe, et ne sont pas loin de débaucher la jeune Minnie :

Page 203 : « Le paganisme cependant, plus dangereux que la diphtérie ou la piété, avait gagné la nièce du pasteur, qui menaça de se faire traîner à l’église. »


Mais Forster sait également mettre de la violence dans ses propos. Il le fait d’ailleurs tôt dans le livre par le biais de Mr Emerson :

Page 32 : « - Regardez-le, dit Mr Emerson à Lucy, joli résultat ! Un enfant qui a mal, qui a froid, qui a peur. Mais peut-on attendre autre chose d’une église ? »


L’immobilisme de la société anglaise coincée dans ses préjugés est habilement mis en valeur par la présence de personnages vaniteux et agaçants. Il est également souligné par une fin en demi-teinte, qui met les personnages ayant choisi d’assumer leurs choix loin devant et heureux, certes, mais aussi isolés.
Toutefois, j’apprécie infiniment le fait qu’E.M. Forster ne tombe pas dans la caricature. Même ses personnages les plus insupportables ne sont pas tout à fait sombres.

Dans cette société, deux personnages sont particulièrement analysés. Lucy Honeychurch surtout, mais également George Emerson. Dans une moindre mesure, Charlotte Bartlett ou encore Cecil évoluent, ou du moins apprennent à se connaître au cours du roman. C’est d’ailleurs l’une des grandes richesses de ce livre, la complexité de ses personnages.
Lucy, d’abord, est tiraillée entre sa sensibilité et son éducation, qui lui dictent les « bonnes » manières, et son tempérament impatient, curieux et passionné, qu’elle ne parvient pas toujours à réprimer, notamment quand elle joue du piano.
Ce tiraillement est bien représenté lorsqu’elle se reproche sa conduite à chaque fois qu’elle se libère. Elle se fiance à un homme qu’elle désire parvenir à aimer, elle tente de se rapprocher de Charlotte alors qu’elle l’irrite. Surtout, elle se ment à elle-même.

Page 220 : « Subtilement tissée d’obscures mailles, l’armure de la fausseté ne cache pas seulement un homme aux autres, elle le cache à son âme propre. En peu d’instants, Lucy se trouva équipée pour la bataille. »

D’un autre côté, sans savoir la portée qu’auront ses propos, qui se révèleront être davantage les fantasmes d’un homme sur la gent féminine qu’une réelle ouverture d’esprit, le pasteur Beebe, garant des « bonnes » manières par sa profession, déclare à Lucy que « - Si Miss Honeychurch s’avisait de vivre comme elle joue, ce serait fort intéressant à la fois pour elle et pour nous. »

Quant à George, il est d’abord un jeune homme taciturne, qui n’apprécie pas la vie, et qui se pose moult questions.

Page 39 : « Mon bébé à moi vaut tout le paradis ; pourtant c’est en enfer qu’il vit, à ce que je peux voir. »


Mais le meurtre de l’Italien sous ses yeux et ceux de Lucy lui font prendre conscience de la beauté de la vie. Il se met à la désirer.

Page 65 : « Le fait n’était pas exactement qu’un homme fut mort, quelque chose était arrivé aux vivants : ils avaient atteint le point où le caractère a son mot à dire et où l’Enfance s’engage sur le chemin bifurquant de la Jeunesse. »

Page 212 : « Je voudrais vivre, je vous l’affirme. » Maintenant, il voulait vivre, gagner au tennis et tenir sa place au soleil – au soleil qui, précisément, avait baissé et que Lucy avait désormais dans les yeux ; il gagna donc. »

Dès lors, George devient un « amoureux passionné ». Il parvient, grâce aux coups de pouce du cocher, puis du « Destin », puis de Cecil, à agir pour son bonheur, même si cela doit en choquer certains.
Enfin, Charlotte est d’abord un chaperon irritant, maladroit et droit dans ses bottes. Au contact de George Emerson, elle comprend ce à côté de quoi elle est passée. Au final, c’est elle qui, même inconsciemment, œuvre pour une fin heureuse.

Afin de donner de la légèreté à son roman, outre l’humour, Forster crée des personnages dont la franche camaraderie est très plaisante. Freddy et Lucy par exemple, sont très complices. Un peu loufoque, ce jeune garçon est passionné par les os, partage avec sa sœur une passion pour la musique et les chansons comiques. Il n’hésite pas non plus à se rouler dans l’herbe, à vouloir étrangler (pour rire) Minnie Beebe, et est démocrate. Son amitié avec George Emerson commence d’une façon extrêmement étrange, par un bain dans le « Lac Sacré ».

En plus d'un fond très riche, ce livre bénéficie d’un style absolument magnifique. Forster nous dépeint avec beaucoup d’humour et de fraîcheur, une histoire avec des dieux cachés, parfois parmi les plus humbles, et qui viennent souffler leurs actions aux jeunes gens. Ce style poétique, ces allusions répétées à la mythologie sont un délice :

Page 97 : « Le regard de l’Italien fuyait : peut-être se sentait-il particulièrement mortifié de sa défaite. Lui seul avait joué la partie avec ruse, y engageant tout son instinct, et non, comme les autres, quelques miettes d’intelligence. Lui seul avait eu de l’affaire et du dénouement qu’il lui souhaitait une divination exacte. Lui seul avait fidèlement interprété le message transmis voici cinq jours par le mourant à la jeune fille. Perséphone eût compris aussi, elle qui passa dans la tombe la moitié de son existence. Mais ces Anglais comprenaient lentement, trop tard peut-être. »

L’auteur joue également à associer son lecteur à l’histoire, il lui explique notamment ce que Lucy refuse d’admettre. Avec ce procédé, il se moque gentiment d’elle, appuyant sur les défauts de la jeunesse auxquels elle n’échappe pas.

Page 195 : « Lucy aimait Cecil ; George la rendait nerveuse ; le lecteur sera-t-il assez bon pour intervertir les termes ? »

Avec vue sur l’Arno est le livre le plus léger d’Edward Morgan Forster (même si c'est à nuancer), et permet une très bonne insertion dans le monde de cet auteur trop peu connu. Ceux qui aiment Jane Austen et l’humour anglais, ainsi que les belles histoires d’amour seront probablement comblés par cette petite merveille.

A Room with a view.
10/18. 287 pages.

Traduit par Charles Mauron.
1908 pour l'édition originale.