28 juillet 2008

The End of the Affair ; Graham Greene

41WFWWVBNKLGraham Greene est un auteur britannique que je trouve peu présent sur la blogosphère, alors même que j'en ai l'image d'un auteur majeur. J'imagine que cela vient du fait que The End of the Affair a fait l'objet d'une adaptation pour le cinéma.

Maurice Bendrix rencontre un soir Henry Miles, un homme pour lequel il n'éprouve que peu d'estime, et qu'il n'a pas revu depuis deux ans. Cependant, Bendrix ne peut résister à l'envie d'aller boire un verre avec lui. Car Henry Miles est l'époux de Sarah, le grand amour et l'ancienne maîtresse de Bendrix. C'est elle qui a mis un terme à leur relation, et Bendrix n'a jamais su pourquoi avec exactitude. Henry lui fait part à contrecoeur des soupçons qu'il nourrit vis à vis de son épouse : " 'she's out for a walk now. A walk, Bendrix.' The rain had penetrated his guard also and he held the edge of his sleeve towards the gas fire." Ayant lui même été un amant de Sarah, Bendrix ne doute pas un seul instant que celle-ci est effectivement en compagnie d'un autre homme. Cette idée lui est insupportable, et sous couvert d'aider Henry à percer Sarah au grand jour, il propose de se présenter comme un amant jaloux (ce qu'il est bel et bien en secret), et de la faire suivre. Cela va le replonger dans ses souvenirs, et raviver les sentiments confus qu'il éprouve pour la femme d'Henry.

Ce livre n'est pas le simple récit d'une histoire d'amour qui finit mal, comme je le croyais en ouvrant ce livre. Les personnages ne sont pas vraiment glamour, mais ils sont très fouillés, très torturés. Ils ont des réactions et des questionnements dans lesquels n'importe qui se retrouve : la femme qui n'ose pas quitter sa vie confortable et qui manque d'assurance, le mari trompé qui est terrifié à l'idée de se retrouver seul, l'amant qui déteste et chérit tout ce qui lui rappelle l'autre, les associations complètement invraisemblables mais en même temps parfaitement logiques.
Étrangement, c'est le duo Maurice Bendrix/Henry Miles qui est le plus mis en avant. Ils ouvrent et clôturent l'histoire, tandis que Sarah se contente d'être suggérée. C'est Bendrix qui narre les événements. Lorsque Sarah prend la parole, c'est toujours d'après les souvenirs noués de Bendrix ou par le biais d'un journal, toujours du point de vue de son amant. Bendrix est écrivain, et veut faire de son ancienne liaison un livre.  "A record of hate", assure t-il au début. Sauf qu'il se fait rapidement dépasser par les événements. Car The End of the Affair est avant tout une longue réflexion sur ce que sont l'amour, la haine, la religion.
On en vient à ce que je n'ai pas vraiment apprécié dans ce livre, même s'il ne faut pas que cela vous décourage : le ton employé est à plusieurs reprises un peu moralisateur. Personnellement, dès qu'on commence à parler religion, ça m'énerve. J'ai lu que Graham Greene s'était converti au catholicisme, d'où peut-être les doutes des personnages.  D'ailleurs, je serais très curieuse de savoir comment ils ont géré cet aspect du livre dans l'adaptation.
Je n'ai rien contre les ambiances lourdes, et la façon dont Bendrix envisage Dieu est intéressante (on reste bizarrement dans le thème de l'amant jaloux). Cependant, cette évocation de la religion gâche un peu le livre, alors que l'histoire était très intéressante par ailleurs, et que le talent d'écrivain de Graham Greene est évident.

Bémol donc, même si je suis certaine de relire Graham Greene un jour.

Vintage ; 160 pages.
V.F. : La fin d'une liaison

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19 juin 2008

La poursuite de l'amour ; Nancy Mitford

51BYy3rbndL10/18 ; 253 pages.
7,40 euros.

Fanny a grandit avec sa tante, Emily, après la séparation de ses parents. Sa mère, surnommée la Trotteuse par sa famille, court l'Europe avec ses maris et amants successifs, tandis que son père, un lord, se désintéresse d'elle au profit d'épouses plus âgées.
Mais Fanny n'est pas malheureuse. Elle se rend régulièrement à AlconleighAlconleigh, chez sa Tante Sadie et son Oncle Matthew. Elle y retrouve ses cousins, et surtout Linda, sa préférée. Ensemble, ils complotent dans le placard des Honorables, ou se livrent à des opérations de libération d'animaux pris dans les pièges du garde-chasse.
En grandissant, Linda et Fanny commencent à rêver d'amour. Si Fanny se voit bien épouser un vieux fermier, Linda elle ne veut pas moins que le prince de Galles pour époux. C'est la vie amoureuse de cette rêveuse dans une société encore engoncée dans ses principes que sa cousine nous raconte dans ce livre, tout cela sur fond de montée du nazisme et de guerres.

Nancy Mitford est l'aînée des célèbres soeurs Mitford, qui ont presque toutes mené des vies sulfureuses. Ce livre a pas mal fait parler de lui sur les blogs l'an passé, car 10/18 venait de le rééditer. Je pense aussi que le nom de Jane Austen, qui figure sur la quatrième de couverture, a été un critère d'achat important pour nos blogueuses alors en pleine fièvre austenienne. Pour les anti-Austen (suivez mon regard vers Erzébeth), n'ayez aucune crainte : cette allusion me paraît encore une fois complètement réductrice et non pertinente. De toute façon, il suffit qu'une histoire écrite par une romancière anglaise mette en scène la moyenne ou la haute société anglaise pour que le nom de Jane Austen soit utilisé. La poursuite de l'amour a en plus le malheur de contenir beaucoup d'humour.
Très franchement, je pense que Jane Austen n'aurait jamais fait d'une femme qui ne pense qu'à courir de mari en amant son héroïne. Linda passe son temps à rêver sa vie plutôt qu'à la vivre, et ne se soucie pas de faire des traits d'esprit. Cela dit, c'est une jeune femme qui finit par devenir vraiment attachante, et que l'on prend plaisir à suivre depuis Londres jusqu'à Paris, en passant par le sud de la France. Les personnages sont nombreux, chacun représentant un tempérament caractéristique de l'époque à laquelle il vit.
L'ambiance est particulièrement agréable. Nancy Mitford nous parle de politique, de société, de mode, tout cela avec subtilité et humour.
On sent que parfois, l'auteur elle-même se prend à croire à ce qu'elle écrit. Elle donne à son héroïne des choses qu'elles n'auraient sûrement pas eu dans la vraie vie. Cependant, le rêve ne dure pas éternellement, et le réalisme revient très vite reprendre ses droits. Les personnes comme Linda ne seront jamais la majorité, et l'amour, si on le considère avec froideur, ne présage pas que du bon. Tout au long de ce livre, l'auteur semble chercher une définition de l'amour, et les réponses esquissées ne sont pas vraiment celles qu'on voudrait. J'ai beaucoup aimé la dernière phrase du livre (rassurez-vous, aucune révélation qui ruinerait votre lecture). Elle est sans doute très juste, même si je préfère y voir une marque de cynisme pour l'instant (je tiens à conserver mes illusions encore quelques temps) :

" - Oh ! mon chou, fit ma mère avec tristesse. On le croit toujours ! Chaque fois qu'on aime, on croit que c'est le grand amour ! "   

Un bon livre donc, même si j'avoue avoir trouvé quelques petites longueurs sur la fin. Une suite existe, L'amour dans un climat froid. Je pense que je retrouverai Nancy Mitford avec ce livre.

Pour finir, une remarque de Lord Merlin, personnage que j'aurais aimé voir un peu plus développé, car certaines de ses intentions restent un peu trop floues à mon goût :

" L'amour, dit-il, c'est pour les grandes personnes, comme vous le découvrirez un jour. Vous découvrirez aussi qu'il n'a rien à voir avec le mariage. Je suis tout à fait partisan de vous marier dans un an ou deux, mais, pour l'amour du ciel, n'épousez pas un raseur comme Tony Kroesig ! " (page 105) 

Anne, Papillon et [Caro]line ont également lu ce roman.

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23 juin 2007

L'invitation à la valse ; Rosamond Lehmann

51TQTECF44LÉdition Le Livre de Poche ; 255 pages.

L'histoire :

Olivia Curtis, accompagnée de sa soeur Kate, assiste à son premier bal. Jeune, naïve et mal assurée, elle fera finalement des rencontres inespérées et passionnantes.

Mon avis :

J'avais été très déçue récemment par Une note de musique de ce même auteur, mais là je suis complètement sous le charme. Ce roman de Rosamond Lehmann est plein de fraîcheur, de spontanéité, de poésie, d'humour, d'élégance, ce qui fait de sa lecture un véritable délice.

Olivia, l'héroïne, est une jeune fille très observatrice et extrêmement attachante. A sa naïveté et à son engouement pour la vie, s'ajoute une grande capacité à la réflexion, qui donne au récit des tons plus graves. Car sa clairvoyance de jeune fille intelligente lui fait connaître des moments de douce mélancolie :

" Entre le jardin et le parc courait un ruisseau étincelant. Les libres étendues de la pelouse et du ciel étaient larges et paisibles. Les arbres, l'eau, le clair de lune formaient entre eux un monde séparé, froid, inaltérable, infiniment étranger à l'humanité. C'était comme mourir un peu que d'être là. " (page 230)

Olivia n'est pas seulement une de ces écervelées excitées à l'idée de faire leur entrée dans le monde, de remplir avec soin et le plus possible leur carnet de danses. Ce n'est pas une coquette, même si elle attache de l'importance à son apparence. C'est une jeune fille qui s'intéresse aux autres, qui possède une grande soif de savoir, et qui laisse entrevoir une grande indépendance de caractère qu'elle aimerait bien exprimer et voir reconnue. Cela au risque de se sentir un peu à l'écart par moments, et de découvrir que l'âge adulte fait rapidement perdre certains trésors de l'enfance tel que l'insouciance :

" Le souvenir d'une réunion d'enfants chez les Spencer - il y avait de cela des années- lui revint à l'esprit : c'était là qu'elle avait eu le coup de foudre, pour un superbe garçon de dix ans, un cousin de la famille, nommé Archie. Pendant qu'elle dansait avec lui la polka des bébés, elle contemplait avec ravissement ses abondantes boucles d'or et ses yeux d'angélique azur. " (page 113)

Autour d'Olivia gravitent de nombreux personnages, qui lui révèlent différentes facettes de l'humanité ; des coquettes, un amour d'enfance saoul qui oublie de la faire danser, un jeune garçon qui se révèle être un vrai gentleman, ou encore un viel homme assez pervers. Elle dresse leur portrait à travers ses états d'âme de jeune fille qui découvre le monde, souvent avec humour, toujours avec beaucoup de perspicacité.

Vous l'aurez compris, ce roman m'a complètement séduite et réconciliée avec l'auteur. Avec cette envie d'être aux côtés d'Olivia à ce bal, j'ai retrouvé dans ce roman les sensations de ravissement que me procuraient les livres de la Comtesse de Ségur quand j'étais petite. Bref, si vous le dénichez, n'hésitez surtout pas.

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21 juin 2007

Deux laissés pour compte...

Possession ; A.S Byatt

9782253933366_G_1_Edition Le Livre de Poche ; 668 pages.
9,50 euros.

" Un poète maudit de l’ère victorienne, Randolph Henry Ash, déchaîne les rivalités entre universitaires. Tous les coups sont permis pour mettre la main sur un manuscrit inédit, s’attribuer le bénéfice d’une information. Aussi, lorsque Roland Michell, jeune chercheur, découvre deux lettres du Maître, adressées à une inconnue, il met tout en œuvre sans tarder pour percer ce mystère biographique.
Avec lui nous pénétrons dans les arcanes du romantisme anglais – manoirs anciens, spiritisme, légende d’Ys et de Mélusine – et dans des mystères amoureux qui conduiront Roland et la sévère Maud, de l’université de Lincoln (Etats-Unis), plus loin qu’ils l’auraient cru…
Enquête policière, roman d’amour, pastiche littéraire, satire d’un milieu avec ses jargons et ses petitesses : on a pu évoquer les chefs-d’œuvre d’Umberto Eco à propos de ce roman total, couronné par le Booker Prize 1990 et traduit dans de nombreux pays. "

C'est un avis un peu étrange que je m'apprête à vous donner. Je ne suis pas parvenue à apprécier ce livre, mais c'est parce qu'A.S. Byatt l'a trop travaillé, l'a trop créé pour elle même (je suis encore d'une clarté remarquable, je le sens...).

Je ne me souviens pas d'un livre dont j'ai atteint la page 100 avec autant de soulagement. J'ai trouvé le début de ce roman d'un plat indescriptible (d'ailleurs, le rythme n'augmente pas franchement par la suite). En fait, j'ai eu l'impression d'avoir été projetée dans un monde où l'ambiance correspond à celle qui, j'imagine, règne au cinquième sous-sol des archives départementales... Il y a des passages horriblement long, les personnages sont l'anti-thèse de ce qu'on voudrait être, et dès les premières pages, j'ai vraiment peiné à lire ce roman.

Pourtant, je ne peux pas dire que du mal de ce livre. Honnêtement, on sent que A.S Byatt a travaillé ce livre. Il a un fond très riche, une construction plutôt originale, avec une alternance entre les époques, les lieux, les types de narrations... A.S. Byatt a également créé de façon assez crédible les oeuvres des deux poètes sortis de son imagination, et on sent de ce fait qu'elle les connaît très bien. Elle les insère parmi les grands auteurs de leur époque, tisse des liens de connaissance entre ces dernier et Ash et LaMotte, crée leurs oeuvres et leur vie à l'aide d'inombrables références (dont la plupart ont dû m'échapper d'ailleurs), et leur donne véritablement vie. Rien que pour cela, je ne peut pas dire que ce livre est mauvais. D'ailleurs, j'aurais bien aimé le terminer ce livre...
Mais vraiment, c'est indigeste, beaucoup trop dense. Ca peut paraître étrange, je râle tout le temps que les romans actuels manquent cruellement de fond. C'est d'ailleurs pour cela que je ne peut pas dire de Possession qu'il est dépourvu d'intérêt, et que je ne comprends pas comment on peut entrer dans ce livre. C'est tout le contraire, on s'y perd (pendant des mois dans mon cas !! ).

Les chapitres en vers, les lettres échangées entre Christabel (prénom qui me plaît beaucoup par ailleurs) et Randolph Ash dont le contenu est hautement intellectuel (la drague au XIXe, au secours...), les délires de Roland et de Maud Bailey, me sont passés complètement au-dessus de la tête. Comme relire quatre fois chaque phrase a fini par me lasser, j'ai fini par lire en diagonales (du coup, j'ai lu trois cents cinquante pages en deux jours, alors qu'il m'avait fallu plus de deux mois pour arriver à la page cent...).
Ce livre aurait énormément gagné à être épuré. J'aimerais bien que ceux qui l'ont lu et aimé me disent s'ils ont réussi à en savourer chaque mot. J'ai beaucoup aimé certains passages, comme le conte des trois dames, mais de là à faire des chapitres entiers en vers...

D'autant plus que ces vers ne sont pas non plus des merveilles. Certes, j'ai trouvé que les oeuvres d'Ash et de Christabel étaient bien constituées. Les écrits en prose, quoique assez basiques (sans aucun mépris), sont agréables à lire et crédibles. Les poèmes également correspondent bien à l'idée que je me fais des personnages et de leur époque. Ils m'ont en fait rappelé un poème d'Anne Brontë que j'ai lu récemment, et que j'ai trouvé plutôt médiocre à première vue. Mais lire des pages et des pages de ce genre de choses, j'en suis incapable.

Ajoutez à cela une intrigue vraiment très mince, des personnages ennuyeux, un rythme qui s'accélère à peine vers la page deux cents, avant de retomber cent pages plus loin, et vous avez la recette pour m'achever.

J'ai voulu terminer ce livre parce que l'adaptation me tente beaucoup, mais j'ai craqué aux deux tiers du livre. J'ai failli le faire bien avant, mais imaginer Jeremy Northam en Randolph Ash et Jenifer Ehle en Christabel LaMotte, ça motive. Pas suffisamment, malheureusement...
Je vais quand même chercher le film, car même si je n'ai pas réussi à achever ce livre, je pense qu'une version cinématographique peut donner ce qui a manqué au roman selon moi, un peu de légèreté et d'espace.

Les avis élogieux de Gachucha et de Lamousmé, et celui de Thom, qui vous dira mieux que moi ce que j'ai pensé du livre.

Adam et Cassandra ; Barbara Pym

51DJANG5S2LEdition Rivages ; 235 pages.
7,95 euros.

Lettre "P" Challenge ABC 2007 :

" A Up Callow, petit village du Shropshire, l'arrivée d'un mystérieux Hongrois bouleverse la vie quotidienne des jeunes filles, des vieilles filles et même des femmes mariées. Cassandra, l'épouse dévouée du romancier Adam Marsh-Gibbon, cédera-t-elle à l'entreprenant Mr Tilos qui s'assied toujours derrière elle à l'église et qui lui décoche des coups de chapeau tziganes ? Partira-t-elle pour Budapest, la cité de l'amour ? Ou préférera-t-elle " d'un Hymen fortuné les gages précieux " ? "

Barbara Pym m'a attirée parce qu'elle est considérée comme une héritière de Jane Austen (même si j'ai de plus en plus l'impression que ce label est donné à tort et à travers...).
Effectivement, il y a certaines similitudes entre les deux auteurs. Le milieu étudié est un peu le même (avec plus d'un siècle d'écart quand même), et j'ai trouvé qu'il y avait une façon de décrire les choses un peu semblable.
Mais j'ai trouvé ça d'un barbant ! Ce livre fait à peine plus de deux cents pages. J'en suis à la moitié, mais je rends mon tablier. Il paraît que c'est drôle, charmant, élégant. En fait, j'ai le sentiment d'assister à une réunion de mamies qui prennent le thé en se racontant les derniers potins. Je n'ai rien contre les mamies (j'adore les miennes), mais tous ces papotages sur le voisinage m'ennuient profondément. Ce livre a trop vieilli à mon goût, sans que je puisse dire exactement pourquoi.
Les personnages sont antipathiques, à un point tel que même leur côté ridicule ne m'arrache pas un sourire. Je vois parfaitement qu'il y a une critique de ce petit monde, mais je m'en moque éperdument. Les tentatives de tous ces braves gens pour échapper à l'ennui d'une vie oisive m'exaspère, je suis incapable d'apprécier cette lecture. 

Désolée pour les admiratrices (oui, je fais du sexisme aujourd'hui)...

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01 juin 2007

L'appel du passé ; Elizabeth Goudge

166511_0Édition Le Livre de Poche ; 379 pages.

Lettre "G" Challenge ABC 2007 :

" Judy Cameron s'apprête à passer comme de coutume l'été au bord de la mer avec ses parents et son fiancé Charles quand une peinture représentant un paysage d'Ecosse la captive au point qu'elle décide aussitôt de s'y rendre pour peu qu'elle découvre une maison dans un site semblable à celui du tableau.
Contrairement aux prédictions - et à l'espoir - des siens, l'annonce qu'elle met dans les journaux lui attire une réponse. Voilà pourquoi, malgré un temps abominable, Judy arrive dans la vallée solitaire des Highlands où est située Glen Suilag, la demeure de Ian Macdonald louée par les Cameron.
Dès l'abord, Judy se sent en proie à l'étrange impression d'être en pays familier, auprès de gens connus. Où aurait-elle rencontré Ian et son maître d'hôtel, le vieil Angus ? La raison lui dit : nulle part, mais elle n'en continue pas moins à éprouver une sensation curieuse qui va s'accentuant. La maison est-elle hantée et ses hôtes invisibles font-ils pression sur elle ? Non, il s'agit d'autre chose et Judy qui le devine s'attache avec patience, avec passion, à découvrir le secret de Glen Suilag. Aventure du coeur et de l'esprit qui nous mène des temps modernes à l'époque des Stuart dans le climat poétique particulier à Elizabeth Goudge. "

Même si je connais très peu Elizabeth Goudge, je saute depuis quelques temps sur tous les romans d'elle que je trouve. Maintenant que j'ai terminé L'appel du passé, je m'en félicite.

Alors, oui, on peut trouver certains passages un peu nunuches dans ce livre. Il n'empêche que cette histoire se tient très bien, et même davantage. Elle nous prend aux tripes et nous embarque complètement. Car ce roman nous raconte bien plus qu'une magnifique histoire d'amour.

L'ambiance créée par Elizabeth Goudge est vraiment particulière. D'un côté, elle est lourde, inquiétante, douloureuse même parfois. Les descriptions de la vallée isolée des MacDonald, du vent que l'on entend souffler dans la maison, du grand lit, ou encore de la "fenêtre du milieu", nous font ressentir la peur et la détresse mêlées d'exaltation de Judy Cameron.
Mais cette atmosphère pesante, presque gothique, est rendue plus légère, plus romantique, grâce à l'écriture douce et poétique d'Elizabeth Goudge. L'auteur utilise également certains des éléments qui lui servent à susciter l'anxiété de son lecteur pour créer une impression de lieu idéal et de bonheur possible.  De ce fait, on croirait presque, par moments, que l'on se trouve dans un lieu enchanté, et l'on comprend l'attirance de Judy pour cet endroit.

Page 77 : " Comme cette vallée était aimable avec ses petites fermes, ses cottages blancs. On eût dit un paysage enchanté, si loin de tout et si caché que seuls ceux qui l'aimaient pouvaient le découvrir. Elle comprit ce que Ian avait voulu dire quand il avait parlé de créer de la beauté dans la solitude. La beauté, à coup sûr, serait en sécurité dans un lieu aussi secret ; le rempart des montagnes protègerait l'Utopie contre la Foire aux Vanités. "

Le romantisme passe également par l'amour, qui (re)naît entre Ian McDonald et Judy Cameron. Cette dernière est une jeune fille qui voit toutes ses certitudes d'enfant du grand monde s'ébranler à la vue d'un tableau. Ses initiatives nécessitent un égoïsme de sa part qui m'a un peu agacée au tout début, mais que l'on comprend rapidement. Son amour pour Ian, ses réflexions, la rendent peu à peu très attachante, et c'est tout naturellement que l'on se glisse dans sa peau.
Quant à Ian, jeune écossais à la fois rude et rêveur, il devient vite évident qu'il est lié à Judy par une histoire douloureuse. C'est ici qu'apparaît le thème central du livre, dont je ne peux pas vous dévoiler le nom, mais qui est une réflexion sur la vie, la mort et leur signification.

Page 377 : " Un homme qui vit est comme un homme qui écrit un livre. Il peut s'arrêter  après quelques chapitres, mais il revient à son travail, encore et encore, jusqu'à ce que le livre soit achevé. "

L'amour entre Ian et Judy ne peut alors se construire qu'en surmontant le passé, en l'intégrant même, et là est un autre intérêt de ce livre. Il nous fait en effet remonter dans le temps, en 1745. Avec Judy, nous découvrons un petit bout de l'histoire de l'Ecosse. Nous voyageons également avec Ian, dans les îles, lieux si chers à Elizabeth Goudge, dont la proximité semble être nécessaire à la compréhension de la vie.

J'ai lu les deux cents dernières pages à toute allure, complètement passionnée par cette histoire, qui aurait pu être simplement banale. Mais Elizabeth Goudge sait jouer avec les mots et avec son lecteur, ce qui fait de cette lecture un véritable délice.


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08 mai 2007

Amsterdam ; Ian McEwan

410DH3VGA9LÉdition Folio ; 252 pages.
4,40 euros.

" Loin des années hippies de leur jeunesse, deux amis liés depuis trente ans battent la semelle au cimetière tandis qu'achève de se consumer leur ex-maîtresse Molly Lane, critique gastronomique et photographe bien connue : Clive Linley, compositeur célèbre, et Vernon Halliday, directeur de la rédaction d'un prestigieux journal londonien. Ils partagent la même hostilité envers un autre ancien amant de Molly, Julian Garmony, ministre des Affaires étrangères. Tout occupés à défendre leurs situations, ils n'hésitent pas à piétiner les valeurs morales, Clive au nom de son art, Vernon afin d'augmenter les chiffres de diffusion de son journal. A quel drame le plan monté par Vernon contre Garmony va-t-il aboutir ? L'intrigue diabolique de ce roman brillamment inscrit dans notre société contemporaine est traitée par Ian McEwan avec l'humour corrosif dont il a le secret. "

Vous l'avez peut-être remarqué, mais je m'englue depuis quelques temps dans Possession de A.S. Byatt. Je trouve ce livre extrêmement poussiéreux, mais comme il semble faire l'unanimité (ou presque), je vais encore persister un peu. Pour me donner de l'air, j'ai choisi un autre roman lauréat du Booker Prize, Amsterdam. Ian McEwan est l'un de ces auteurs qu'on voit partout sur les blogs. J'étais quand même un peu sceptique, lire un roman de celui qui est présenté comme "le maître du glauque" (dans des termes plus élogieux, mais qui veulent dire ça), mouais...

Je l'ai donc ouvert avec réticence. Comme je vous ai déjà fait le coup plein de fois, le suspens ne marche plus, donc vous savez que j'ai été très agréablement surprise.
C'est plutôt court comme roman, mais ça se dévore quand même à une vitesse incroyable. Je me suis véritablement enfoncée dans cette histoire, avide d'en connaître la suite. Les personnages sont plus étranges qu'attachants, on ne comprend pas trop ce qui se passe, mais il y a une tension qui m'a maintenue en haleine tout au long du livre. Même lorsque Clive fait une randonnée décrite pendant plusieurs pages, j'ai savouré chaque mot avec une anxiété qui n'a fait qu'augmenter.
L'auteur traite de la morale, de l'ambition, de l'hypocrisie, des jeux malsains, de la complexité des relations humaines. L'atmosphère met mal à l'aise, mais je n'ai pu m'empêcher de trouver cela justifié. En effet, l'auteur met le doigt sur des choses pertinentes, il nous oblige à voir dans ce livre plus qu'une fiction.
Ce roman est maîtrisé de bout en bout, le dénouement se construit de façon progressive, absolument pas comme quelque chose de prévisible. Le personnage de Molly n'est qu'un prétexte pour lier les personnages entre eux. Ian McEwan est le seul maître à bord, et ne se laisse absolument pas dicter la direction à donner à son histoire. Contrairement à Flo, je n'ai vraiment compris que lors de la réception à Amsterdam ce qui se produisait (mais j'avoue que je suis longue à la détente...). Clive m'a complètement induite en erreur en se faisant passer pour la bonne poire de service prête à tout pardonner.
C'est un livre dont je suis ressortie assez troublée. A cause du cynisme, du ton froid avec lequel cette histoire est racontée. C'est un portrait sans concession de la société contemporaine que dresse Ian McEwan. Et ce n'est pas agréable à regarder...

Thom aussi a lu ce livre.

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12 avril 2007

De la maladie ; Virginia Woolf

2743616377Édition Rivages ; 59 pages.
5 euros.

"Lorsque nous y réfléchissons, comme les circonstances nous y forcent bien souvent, il nous semble soudain pour le moins étonnant que la maladie ne figure pas à côté de l'amour, de la latte et de la jalousie, parmi les thèmes majeurs de la littérature. Virginia Woolf.

Dans ce court texte écrit en 1926 pour la revue de T. S. Eliot, Virginia Woolf s'interroge sur cette expérience particulière dont personne ne parle, dont le langage peine à rendre compte mais que tout le monde connaît : la maladie. Lorsqu'on tombe malade, constate-t-elle, la vie normale interrompt son cours réglé pour laisser place à un état de contemplation où le corps reprend ses droits et où l'univers apparaît soudain dans son indifférence totale à la vie humaine. "

Pour donner envie aux gens d'être malades, il faut vraiment avoir du talent. Bon, je ne ressors pas de cette lecture en me disant qu'il faut que je dorme dans mon jardin la nuit prochaine, mais c'est avec énormément de plaisir que j'ai lu les mots de Virginia Woolf sur la maladie.
C'est une très bonne surprise, parce que le titre promettait quand même quelque chose d'assez barbant. Quand j'ai commencé à lire la préface, mes craintes ne se sont pas du tout calmées, j'ai même reposé le livre. C'est Cathulu qui m'a donné envie de m'y remettre, et j'ai eu raison de le faire.

C'est très drôle. Certes, le sujet est sérieux, mais Virginia Woolf le croque tellement bien qu'on ne peut que s'amuser à la lecture de cet article. A travers lui et très habilement, Virginia Woolf critique la société, toujours pressée, qui n'a jamais le temps de s'arrêter pour vivre l'instant présent, pour contempler et connaître le monde qui l'entoure. Car "nous sommes condamnés à nous tortiller tout le temps que nous restons accrochés au bout de l'hameçon de la vie" .
Mais quand on tombe malade, on est obliger de s'immobiliser. Alors, on peut remarquer des choses banales, comme le ciel, mais que l'on ne prend jamais le temps de voir.
Et puis, quand on est malade, pour Virginia Woolf, on saisit mieux le sens profond des choses. Les vers des poètes ne sont jamais aussi clairs que lorsqu'on les lit à la lumière d'une bonne grippe...

Vraiment un très bon petit moment à passer avec ce petit livre ! Je vous laisse, je retourne à une lecture d'un tout autre genre.

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18 mars 2007

Angel ; Elizabeth Taylor

2743616563Édition Rivages ; 365 pages.
9,50 euros.

" Voici un roman dont le sujet est le don d'une vie à l'écriture, et cela conté d'une façon si romanesque que nous sommes pris dans une sorte de tourbillon circulaire et dramatique. L'extravagante enfant qui en est l'héroïne, Angel, qui est tout sauf angélique, nous apparaît tout de suite rétive, méprisant l'épicerie où travaille sa mère, absente de la vie quotidienne, volontairement aveugle au réel. "
(Extrait de la préface de Diane de Margelle)

Heureusement qu'il existe des cinéastes qui n'hésitent pas à redonner de l'éclat à de grands romans oubliés. La couverture du livre peut en rebuter plus d'un, laissant croire qu'il s'agit d'un conte de fées. Or, il ne s'agit pas du tout de cela. En fait, c'est l'histoire d'une héroïne difficile à aimer qui s'est plue à croire en ses rêves

Angel, une adolescente de quinze ans, vit tellement dans ses rêves qu'elle se met à mépriser la réalité de son existence, et à raconter aux autres la vie qu'elle s'est forgée. Sûre d'elle et très prétentieuse, malgré les humiliations subies (parfois bien méritées, il faut le reconnaître), elle parvient à devenir un écrivain que l'on s'arrache. Mais sa personnalité, qui se répercute dans son travail, lui vaut la haine des critiques et les sarcasmes du "grand monde".
Elle ne commence à se soucier du monde réel que lorsqu'elle rencontre Esmé, un peintre volage et surtout très séduisant. La jeune Angel, qui rêvait d'une vie de princesse, tombe éperdument amoureuse du jeune homme.

Cette héroïne a été décrite comme étant fabulatrice, détestable et même démoniaque dans les critiques que j'ai lues. Certes, ce n'est pas une sainte, et elle sait (souvent) être extrêmement désagréable. Toutefois, quelle petite fille n'a jamais rêvé d'être une princesse ? Qui ne s'est jamais inventé une autre vie ?
Angel est aussi une femme qui a le mérite d'avoir de la volonté, de l'ambition. Elle a l'audace de vouloir assumer ce qu'elle écrit, et de se forger une place dans le monde. Elle n'a pas conscience du décalage entre son imagination et la réalité. Quant à sa vanité, bien qu'immense et insupportable, elle ne contient pas de réelle méchanceté. Aussi haïssable que puisse être sa conduite, Angel n'est pas quelqu'un de fondamentalement mauvais. Ses rêves de gloire lui ont fait oublier la réalité, elle n'a pas vraiment conscience de son caractère tyrannique.

En tombant amoureuse, Angel devient vulnérable. Car celui qu'elle aime n'a rien d'un prince charmant. A partir de là, on sent que le drame commence à se nouer. Il y aura le manque d'inspiration, la passion aveugle pour Esmé, la guerre, les deuils, qui lui feront payer son indifférence à l'égard de la vie réelle. Mais là encore, pour Angel, il est impossible d'admettre sa propre chute, de la regarder en face.

Cette femme m'a souvent déplue, mais les rares moments où elle est sincère la montrent tellement humaine et enfantine, que son histoire m'a prise au ventre, si bien que je n'ai pas pu lâcher ce livre avant de l'avoir terminé. Là où l'on voit, de l'extérieur, de la vanité, il y a surtout une petite fille qui refuse de perdre ses illusions.
Elizabeth Taylor décrit extrêmement bien les scènes qu'elle nous raconte. Il est aisé de se représenter les tenues extravagantes d'Angel, l'atelier d'Esmé, Paradise House en ruines. Surtout, j'ai été bouleversée par la course désespérée d'Angel vers l'étang, hurlant de douleur lorsqu'elle voit son bonheur s'écrouler. 

Ce livre est un petit bijou, même si l'histoire qu'il nous raconte est douloureuse. J'espère que j'aurai du plaisir à retrouver les personnages en visionnant le film, dont la bande-annonce est très prometteuse.

"Lorsque j'étais enfant, je me racontais des histoires du temps où j'habiterais cette maison. Les gens appelaient ça des mensonges, parce que j'oubliais parfois la réalité et disais tout haut ce que j'aurais mieux fait de garder en rêves ; mais je ne faisais que me vouloir vraie, tendre ma volonté vers cette vérité." (page 216)

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16 février 2007

Les quatre vérités ; David Lodge

2743608846Édition Rivages ; 177 pages.
5,95 euros.

Lettre "L" Challenge ABC 2007 :

" À qui David Lodge veut-il dire ses quatre vérités? À Adrian, l'écrivain qui ne se remet pas d'un premier succès des années auparavant ? À Eleanor, sa femme, avec qui il vit retiré à la campagne ? À Sam, leur ami d'université qui a réussi à Hollywood dans les feuilletons télévisés ? À Fanny Tarrant, la jeune journaliste effrontée qui publie un article féroce sur Sam dans un journal du dimanche? Sur qui se refermera le piège imaginé par Sam avec la complicité d'Adrian.

Brillant, toujours drôle, David Lodge s'intéresse au conflit entre littérature et exigences médiatique. "

David Lodge est considéré par beaucoup comme un maître de l'humour britannique. Pensant avoir de l'humour et aimant beaucoup les auteurs britanniques, j'avais mis cet auteur parmi mes indispensables découvertes de 2007 (je le place même sur ma liste de challenge). Ce livre est le seul que j'ai trouvé hier à la bibliothèque. Même si les critiques que j'avais lues étaient très mitigées, j'ai cédé à la curiosité. Ce qui me rassure, c'est que beaucoup d'inconditionnels de Lodge n'ont pas apprécié ce roman. Ça veut dire que si je n'ai pas ri (ou vraiment très peu), ce n'est pas parce que je manque d'humour (ouf !). Là où mon côté novice de Lodge a parlé, c'est que j'ai beaucoup aimé.

Certes, ce n'est pas un livre qui vous fera rire aux éclats, mais David Lodge a un ton sarcastique plein de justesse (pour une critique en français, changez de blog...). Il croque à pleines dents la presse à scandale et les romanciers incapables de ne pas céder à leur vanité. Il nous présente deux mondes qui se détestent autant qu'ils ont besoin l'un de l'autre, des personnages pleins de contradictions, trop sûrs d'eux, tous faibles en fin de compte. C'est cruel, on a un aperçu assez précis de la méchanceté et des vices humains. C'est dérangeant, ce livre met le doigt sur des choses vraies. Personne n'est tout blanc ou tout noir, personne n'est à l'abri d'une tromperie (surtout quand la vanité entre en jeu). Bref, ce livre de David Lodge est un vrai régal !

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17 janvier 2007

L'Auberge de la Jamaïque ; Daphné Du Maurier

2253006874Édition Le Livre de Poche ; 313 pages.
5,50 euros.

" Orpheline et pauvre, Mary Yellan n'a pas d'autre ressource que de quitter le pays de son enfance pour aller vivre chez sa tante, mariée à un aubergiste, sur une côte désolée de l'Atlantique. Dès son arrivée à l'Auberge de la Jamaïque, Mary soupçonne de terrifiants mystères. Cette tante qu'elle a connue jeune et gaie n'est plus qu'une malheureuse, terrorisée par Joss, son époux, un ivrogne menaçant, qui enjoint à Mary de ne pas poser de questions sur les visiteurs de l'auberge. Auberge dans laquelle, d'ailleurs, aucun vrai voyageur ne s'est arrêté depuis longtemps... De terribles épreuves attendent la jeune fille avant qu'elle ne trouve le salut en même temps que l'amour. Dans la grande tradition romantique des soeurs Brontë, la romancière anglaise, auteur de Rebecca, nous entraîne avec un sens prodigieux de l'ambiance et de l'intrigue au coeur d'un pays de landes et de marais battu par les tempêtes, où subsiste la sauvagerie ancestrale des pirates et des naufrageurs. "

Décidément, j'aime beaucoup cet auteur. Daphné du Maurier a une façon unique de nous dépeindre les noirceurs de l'âme humaine. Elle allie son décor avec ses personnages afin de créer une atmosphère délicieusement envoûtante. C'est vrai, Mary est beaucoup moins attachante que Mme de Winter, elle est même parfois agaçante à se comporter en jeune fille trop sûre d'elle quite à risquer sa vie. D'un autre côté, ce tempérament téméraire nous arrange bien, puisqu'il nous permet d'enquêter avec l'héroïne.
On songe d'abord à des fantômes et à des rêves de jeune fille qui veut mettre du piment dans sa vie en inventant des choses complètement aberrantes. Mais pourquoi, dans ce cas, les gens craignent-ils autant l'auberge de la Jamaïque ? Et puis, pourquoi Tante Patience fait vingt ans de plus que son âge, et n'est plus que l'ombre d'elle même ? Tous ces malfrats qui viennent boire à l'auberge ressemblent bien à des fantômes. Le jour venu, il n'existe plus aucune trace de leur passage, et le pendu de la veille ne se balance plus au bout de sa corde. Les pirates, les contrebandiers, et pire, les naufrageurs sont-ils un simple cauchemar ou bien la réalité de cette lande isolée ?
Encore une fois, Daphné Du Maurier joue avec nous. La vérité est tellement effroyable que l'on ne la voit pas. Finalement, on se met à douter de tous les personnages. Le vicaire d'Altarnun, qui vient au secours de Mary à plusieurs reprises, comme l'avait fait avant lui Saint-John Rivers dans Jane Eyre, semble ne pas être tout à fait celui que l'on pense.
Et Jem, le frère de Joss Merlyn, ne semble pas valoir beaucoup mieux que ce dernier. Mary hésite entre ses sentiments et l'évidence que le frère de son oncle ne peut être que foncièrement mauvais. Après tout, ce n'est qu'un voleur de chevaux. Qui semble tout aussi secret que son frère. Mais qui a du charme, et qui semble ne pas trop se soucier de la réputation des femmes qu'il déflore. Mary a d'ailleurs beaucoup de mal à lui résister et à conserver sa vertu... On se doute bien que s'il doit y avoir des amoureux, ce seront eux. Leur relation débute de façon tellement forte qu'ils ne peuvent pas rester indifférents l'un à l'autre. Cependant, ce n'est pas certain que Jem ne prenne pas part aux horribles choses qui se passent à la Jamaïque, malgré sa franche hostilité à l'égard de son frère aîné.
J'ai adoré les descriptions de la lande, de l'isolement de l'auberge de la Jamaïque, l'importance du bruit des chariots qui s'arrêtent à l'auberge pendant la nuit. Malgré l'immensité de l'espace qui s'ouvre devant elle, Mary est enfermée, et transpose sa peur sur ce paysage qu'elle se met à détester. Elle a beau se douter de ce qui se passe, personne ne semble vouloir croire ce qu'elle a à dire ou plutôt, tout le monde connaît la vérité, mais lui conseille de se taire. Le vicaire ne semble pas très réceptif, Jem préfère changer de sujet, et quand Mary a l'occasion de parler à un représentant de la justice, elle cède à cette loi du silence.
Tout le réçit n'est qu'une succession de questions pour le lecteur, qui redoute souvent les réponses qu'il pourra trouver en chemin. Mais cela rend la lecture captivante, et c'est là tout le génie de Daphné du Maurier.
Cette dernière est considérée comme une féministe (sans la connotation négative actuelle de ce mot). Ce  livre met en scène une héroïne pleine d'assurance, qui ne craint pas les hommes et leurs méfaits. Très souvent, les personnages masculins et même la narratrice insistent sur le fait que Mary est une femme. Elle tient tête aux hommes, est intelligente (même si elle laisse parfois sa confiance en elle prendre le pas sur sa raison), et c'est ce qui lui permet de ne pas devenir un être égaré, comme sa tante. Les hommes qu'elle rencontre sont surpris sinon impressionnés par ce caractère. Certes, elle aura elle aussi droit à son chevalier, et la fin n'est pas nécessairement très heureuse malgré son caractère enchanté. Cependant, cette héroïne ne se contente pas de subir les événements, elle a suffisamment d'audace pour faire ses propres choix.   

" Lorsqu'on en aurait terminé avec elle, elle s'embarquerait sur quelque paquebot et travaillerait pour payer son passage ; ou bien elle prendrait la route, avec quelques sous en poche, le coeur et l'esprit libres. Mais elle était là, les larmes prêtes à couler, ayant la migraine ; on l'éloignait en hâte du lieu du crime avec des paroles et des gestes apaisants ; elle n'était qu'un élément d'encombrement et de retard, comme toutes les femmes et tous les enfants après une tragédie. "

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