01 mars 2009

Le mystère d'Edwin Drood ; Charles Dickens

resize_5_Laissez moi tout vous expliquer. Il y a quelques temps, j'ai décidé de lire Monsieur Dick ou le dixième livre de Jean-Pierre Ohl. La première page m'a convaincue que je ne pouvais qu'adorer ce livre, mais j'ai très vite renoncé à le lire avant de connaître Le mystère d'Edwin Drood, et le fameux Monsieur Dick du titre. Ce dernier roman est un inachevé de Dickens, et il a donné lieu à de nombreuses discussions depuis plus d'un siècle. Le problème avec ce roman, comme avec la plupart des livres de Dickens est que seule la Pléïade l'a édité en français. Je peux lire l'anglais, mais je suis très fainéante, et très impatiente, donc j'ai opté pour une méthode un peu étrange. Je me suis procuré L'affaire D. ou le crime du faux vagabond, qui contient le texte de Dickens, entrecoupé de chapitres écris par deux autres auteurs. Etant donné que je désirais me familiariser en toute innocence avec le texte original, je n'ai lu que les chapitres de Dickens.
Vous suivez ? Ça a été un peu laborieux : au début, je croyais que ce livre contenait d'abord le livre de Dickens, puis une version achevée. Vous imaginez ma surprise quand j'ai lu la première page en pensant qu'il s'agissait du texte de Charlie...

L'histoire se déroule dans le petit village de Cloisterham, à l'ombre de la cathédrale. Edwin Drood se rend chez son oncle John Jasper, qu'il aime tendrement et avec lequel il a un écart d'âge très peu important. Il vient pour rendre visite à celle qui lui a été fiancée par testament, la jeune Rosa, élève dans le collège de la ville. Edwin est désinvolte, et n'a pas conscience de ce que signifient réellement ses fiançailles, ce qui choque profondément Neville Landless, un jeune homme récemment arrivé à Cloisterham, qui a été ébloui par Rosa, et qui est sujet à des accès de violence. Les deux jeunes gens ont une altercation, puis un dîner est organisé afin de les réconcilier. Le lendemain, Edwin a disparu.

Il faut savoir que ce livre est terriblement frustrant. Il manque quand même la moitié du roman, et il s'agit de résoudre une disparition dans un milieu où chacun ou presque peut être le coupable. Alors oui, j'ai adoré découvrir de nouveaux personnages de l'auteur, lui qui sait si bien les croquer. On a droit à pas mal de scènes cocasses (j'aime particulièrement le face à face entre Edwin et Neville, et le sale gosse).
Mais on n'aura jamais le fin mot de l'histoire. Personnellement, je ne crois pas à la culpabilité de John Jasper (ce type m'a terrifiée autant que le le trouve à plaindre), sur qui les soupçons du lecteur sont très vite portés. Je suis loin d'avoir lu tout Dickens, mais pratiquement donner le nom du coupable avant le milieu de l'histoire me semble improbable. Personne ne savait que Rosa et Edwin avaient rompus leurs fiançailles. Nombreux étaient ceux qui les désapprouvaient. Le tuteur de Rosa me paraît tout aussi suspect que les autres (il est horrible avec ce pauvre Edwin, même s'il avait bien besoin de cela). En tout cas, je trouve étrange de publier un roman "policier" en feuilletons. Dickens n'avait peut-être pas d'autres options, mais cela devait exiger une attention de tous les instants, puisqu'il n'était ensuite possible de rien modifier...
Il est également frustrant de ne pas avoir plus qu'un bref aperçu de certains personnages (peut-être que Monsieur Dick ou le dixième livre me donnera de quoi calmer un peu ma frustration), et de ne pas savoir ce qu'est réellement devenu Edwin. Je l'aimais bien personnellement. J'ai vaguement trouvé une explication qui me satisfait dans L'Affaire D. (j'ai parcouru quelques pages) :  il a cru que son oncle avait voulu l'étrangler, et s'est donc enfuit en Egypte. A la fin, il doit revenir. Si Dickens ne nous donnera jamais la réponse, autant choisir celle qui nous correspond le mieux.

Les avis de Karine et d'Isil.


22 janvier 2009

A Tale of Two Cities ; Charles Dickens

doverpublications_2035_411048333_1_Dove Thrift Editions ; 304 pages.
1859.
V.F. : Un conte de deux villes ou Le marquis de Saint Evrémont
.

Lettre D du Challenge ABC :

Je crois que j'avais acheté ce livre plutôt qu'un autre Dickens parce que j'aime beaucoup l'édition (économique, format agréable, couvertures soignées...). Il s'agit d'une oeuvre de l'auteur peu connue en France par rapport à Oliver Twist ou David Coperfield je pense. C'est aussi l'un des seuls romans historiques de Dickens d'après ce que j'ai pu lire (Isil et Fashion, les gardiennes du temple de Dickens, le savent mieux que moi), et un très très grand livre.

L'histoire se déroule entre deux villes, Paris et Londres, pendant la Révolution française. Cela donne lieu à des personnages dont on ne sait plus trop de quelle nationalité ils sont et surtout à des situations très cocasses. J'ai particulièrement apprécié le face à face entre Miss Pross et la terrifiante Madame Defarge dans les toutes dernières pages :

"Each spoke in her own language; neither understood the other's words; both were very watchful, and intend to deduce from look and manner, what the unintelligible words meant."

Tout commence en 1775, lorsque le docteur Manette est sorti de prison après dix-huit ans à la Bastille. On ignore tout de ce qui lui est arrivé, et lui-même semble avoir perdu la raison : il se prend pour un cordonnier lorsque Mr Lorry, qui prétend n'être qu'un businessman, et la fille du docteur, le retrouvent chez un ancien serviteur, Monsieur Defarge. Après qu'il ait recouvré ses esprits, il se rend en Angleterre, et tente de reprendre une vie normale auprès de sa fille qu'il n'avait jamais vue et qui le croyait mort.
Cinq ans plus tard, le docteur Manette et sa fille sont amenés à témoigner dans un procès pour trahison. L'accusé, Charles Darnay, ne doit sa survie qu'à sa ressemblance troublante avec le clerc de son avocat, un jeune homme peu avenant, Sydney Carton.
Les années passent, Charles Darnay épouse Lucie Manette, qui a aussi fait (bien involontairement) la conquête de Sydney. Mais le bonheur du jeune couple est fragile.
Lorsque la Révolution éclate, avec les Defarge mari et femme en première ligne, Charles est contraint de retourner en France pour secourir un ancien serviteur.

Je suis vraiment désolée pour ce résumé absolument minable, mais je ne veux pas en dire trop, et le livre ne me facilite vraiment pas la tâche. Les intrigues sont beaucoup plus nombreuses et complexes qu'elles ne le paraissent. Je ne suis pas une grande amatrice de livres concernant la Révolution (à part Quatre-Vingt Treize lu et adoré il y a bien longtemps), et j'ignorais totalement les talents de Dickens pour le roman historique, mais là je suis bluffée. Il est évident que c'est du Dickens : ses personnages hauts en couleur (Mme Defarge et son tricot, Mr Lorry, Miss Pross...), ses périphrases exquises, sa façon de nous faire rire et pleurer à la fois... Je ne sais pas si c'est juste moi, mais il me semble qu'il y a vraiment un côté enfantin chez Dickens. Dans le ton employé par moments, qui fait que l'on sourit même dans les situations les plus tragiques, même lorsqu'on a le coeur brisé. La dernière phrase du roman est l'une des plus belles que j'ai jamais lues, une des plus émouvantes (je la remets pour ceux qui l'ont lue, les autres ne pourront de toute façon pas la comprendre hors contexte) :

"It is a far, far better thing that I do, than I have ever done; it is a far, far better rest that I go to than I have ever known."

Grâce à son génie, Dickens nous fait littéralement vivre dans le Paris de la fin du XVIIIe, plein de misères et de colère. La description des miséreux se jetant sur le vin renversé m'a particulièrement marquée. L'ironie que l'auteur met dans les descriptions d'exécutions sous la Terreur, ses répétitions, rendent la guillotine encore plus menaçante, et la misère encore plus visible.
Je ne peux pas clôre ce billet sans avoir un peu parlé de Sydney Carton. Il est présenté comme un être raté, peu intéressant, dont il faudrait presque se défier. Mais quand on comprend le rôle qu'il doit jouer... ! Je crois que c'est l'un des personnages de roman les plus sincères que j'ai rencontré. Ses discussions avec Mr Lorry, totalement insouciant, et sa promenade dans Paris, sa rencontre avec la jeune femme, toutes ces scènes sont superbes et terribles à la fois.   

Je voudrais bien avoir du mal à dire de ce livre afin de contrarier Isil et Cryssilda, une fois de plus... Mais je ne peux que vous engager à vous plonger dans ce chef d'oeuvre. J'ai découvert qu'il avait fait l'objet d'une récente réédition l'année dernière, sous le titre de Le marquis de Saint Evrémont.

L'avis de Karine (dans le même état que moi après sa lecture, en plus je vois qu'elle aussi a adoré le chapitre "Echoing Footsteps")

29 décembre 2008

Une étude en rouge ; Sir Arthur Conan Doyle

resize_2_Librio ; 126 pages.
Traduction de Lucien Maricourt.
Titre original : A Study in Scarlet. 1887.

Je rentre de vacances, et j'ai 186 billets non lus dans mon Google Reader, 186 ! (je voulais juste me plaindre...)

Sir Arthur Conan Doyle est encore un auteur que je voulais découvrir depuis très longtemps. Je ne suis pas du tout une connaisseuse en matière de romans policiers, et je crois qu'à part une obscure BD inspirée du Chien des Baskerville, je n'avais jamais eu aucun contact avec cet auteur. Comme tout le monde, je connaissais le nom de Sherlock Holmes, et son fameux "Elémentaire, mon cher Watson ! " (qui n'est d'ailleurs pas une invention de Doyle d'ailleurs) J'espère bien profiter de 2009 (année des classiques) pour faire plus ample connaissance avec les deux associés.

Une fois n'est pas coutume, j'ai décidé de faire preuve de logique en choisissant le titre de ce livre. Il s'agit tout simplement de la première apparition de Sherlock Holmes, et de sa rencontre avec le Docteur Watson, fraîchement rentré en Angleterre. Les deux hommes sont à la recherche d'un logement confortable, et la colocation leur apparaît comme une nécessité financière. Un ami les met en relation, et voilà Watson qui se retrouve devant un individu peu avenant (je commence d'ailleurs à croire qu'être très prétentieux est la condition sine qua none pour être un grand détective de la littérature), qui joue merveilleusement du violon, et qui exerce une profession un peu étrange, puisqu'il est amené à aider la police dans ses enquêtes.
Très vite, Sherlock Holmes démontre qu'il est difficile de lui dissimuler quoi que ce soit, et le meurtre pour lequel il est amené à s'associer à la police nécessite bien un tel talent. En effet, un homme a été retrouvé mort dans une maison vide. Rien sur le corps ne laisse soupçonner que le décès n'était pas dû à une cause naturelle, excepté le mot Rache (violence en allemand) écrit avec des lettres de sang sur le mur.

Cette rencontre avec Sherlock Holmes a été une vraie réussite ! Ce qui m'a le plus bluffée est le changement total (désolée d'être si vague, mais c'est pour ne pas vous gâcher la découverte de cette enquête) qui intervient au moment où Sherlock Holmes annonce le nom du tueur. C'est à ce moment que j'ai compris que j'avais affaire à un grand auteur, qui était capable de rompre le rythme de son histoire, et de nous embarquer dans un endroit totalement différent que l'on n'aurait jamais soupçonné, et qui s'est révélé être captivant. J'entends beaucoup parler des mormons ces derniers temps, et je n'aurais jamais pensé qu'un auteur de la fin du XIXe pouvait envisager ce mouvement avec autant de recul.
A part cela, l'ambiance est délicieuse, mais je crois que je ne me lasserais jamais de Londres et du XIXe siècle. J'ai déjà dit deux mots sur les personnages, mais je vais quand même en rajouter un peu. En fait, on comprend très vite que ces deux personnages ne sont pas parfaits, qu'ils n'ont pas grand chose en commun, mais il me semble que l'auteur n'a pas totalement levé le voile sur leur identité, ce qui me donne encore plus envie de lire le reste des aventures de Sherlock Holmes et du Docteur Watson. Je ne suis pas une connaisseuse en matière de romans policiers (c'est peu de le dire), mais il me semble que certains des éléments que je viens d'évoquer pour vous parler des deux personnages principaux se retrouvent dans beaucoup d'enquêtes publiées par la suite.

Je ne sais pas quoi vous dire de plus. Ce livre m'a vraiment enchantée, et j'ai déjà commencé à acquérir d'autres ouvrages de Sir Arthur Conan Doyle. Comme nous sommes bientôt en période de voeux, et qu'il faut garder espoir, on va dire que je vous en reparle très vite !   

12 novembre 2008

L'homme démasqué ; Thomas Hardy

51QIH7ptHQLLe Serpent à Plumes ; 84 pages.
Traduction de Diane de Margerie.
Titre Original : Barbara of the house of Grebe.

Elizabeth Gaskell me plaisant seulement à petites doses depuis que j'ai commencé Cranford, j'ai décidé de m'offrir une parenthèse avec Thomas Hardy qui m'a très récemment enchantée avec Far from the madding crowd. C'est chez Cryssilda, l'une des organisatrices du Victorian Swap auquel je me suis inscrite, que j'ai pioché cette lecture.

Alors qu'elle est courtisée par Lord Uplandtowers, Barbara Grebe s'enfuit avec celui qu'elle aime (un jeune homme sans rang), au cours d'un bal organisé par ses parents. Le mariage est heureux durant quelques semaines, puis Mr Willowes, afin d'achever son éducation et de devenir digne de son épouse, part pour le continent. Il y reste près d'un an et demi, et lorsqu'il revient, son visage a été ravagé par les brûlures d'un incendie. Or, il était autrefois un homme d'une remarquable beauté, et sa femme est paralysée d'horreur lorsqu'elle le revoit.

A nouveau, j'ai été séduite par Thomas Hardy. Ce livre s'attache à dénoncer la superficialité qui conduit certains au mariage, en mettant à nouveau en scène des situations qui ont dû faire grincer bien des dents lorsque Hardy a publié ses écrits, d'autant plus que l'auteur manie très bien le cynisme lorsqu'il s'agit de parler de bonheur conjugal.
Hardy fait d'ailleurs preuve d'une très grande maîtrise tout au long de ce texte finalement très court. L'ambiance est malsaine. On a l'impression d'être en permanence dans des lieux où la lumière a du mal à pénétrer. La personnalité des personnages, qui est très bien croquée par l'auteur, ajoute à cette ambiance gênante. Lord Uplandtowers m'a beaucoup plu par exemple.
Quant à la chute, elle est très bien trouvée, et expose une nouvelle fois et avec beaucoup d'ironie la position de Thomas Hardy face aux mariages.

En résumé, une nouvelle qui n'a certes pas le charme de Far from the madding crowd, mais qui n'en est pas moins un vrai bonheur de lecture.

Même si je ne peux pas m'empêcher d'arranger la chose à ma sauce, comme d'habitude, j'ai entrepris d'accompagner Lou, Isil et Cryssilda dans leur découverte de romans victoriens en attendant les paquets du swap. En voilà une autre de faite !

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07 novembre 2008

La dame en blanc ; Wilkie Collins

resize_5_Le Masque ; 476 pages.
Traduction de L. Lenoir. 1860.
Titre Original : The Woman in White.

J'ai conscience de m'exposer à des représailles sévères avec la rédaction de ce billet, mais tant pis. La Dame en blanc était un livre qui avait tout pour me plaire, Wilkie Collins un auteur dont j'avais pu apprécier la plume, et Céline, qui partage souvent mes goûts, avait été soufflée par ce roman. Après cette lecture, je suis perplexe. J'ai même attendu quelques jours pour voir si mon avis bougeait, mais non...

Walter Hartright, un jeune professeur de dessin, rencontre à la veille de son départ chez deux nouvelles élèves, une étrange femme vêtue de blanc. Celle-ci est effrayée, et le quitte après avoir obtenu son aide. Il apprend un peu plus tard dans la soirée que la dame en blanc s'est échappée d'un asile.
Arrivé chez Mr Fairlie, l'oncle de l'une de ses deux élèves, il rencontre Marian Halcombe, soeur aînée bienveillante de Miss Fairlie, qui devient vite une amie et une alliée. Quand il voit Laura Fairlie, il en tombe amoureux. Mais celle-ci ressemble étrangement à la dame en blanc qu'il a croisée à Londres.

Côté défauts, j'ai trouvé que ce livre avait un côté profondément gnangnan. Ca peut sembler étrange pour quelqu'un qui a trouvé l'héroïne de Les mystères d'Udolphe attachante, mais cette Laura, je l'aurais étranglée avec sa bonté stupide et ses états d'âme exaspérants. Elle plonge la tête la première dans son malheur, et le seul moment où j'ai eu une (fausse) joie la concernant, c'est lorsqu'elle se rend à Londres chez son oncle. L'antipathie profonde que j'ai éprouvé pour ce personnage joue certainement beaucoup dans mon appréciation finale d'ailleurs.
Autre chose qui m'a gênée, le côté brouillon du livre. Certaines parties sont excellentes, d'autres arrivent beaucoup trop vite, et bonjour les situations invraisemblables (ce n'est pas un procédé nouveau, certes) ! Franchement, le coup du type qui enferme une jeune fille, puis décide d'épouser le sosie de cette dernière (comme si c'était la seule cruche du pays qu'il puisse trouver), ça m'a beaucoup fait rigoler. J'ai globalement lu ce livre avec avidité, Wilkie Collins n'est pas considéré comme un maître du suspens pour rien, mais les révélations et la résolution des problèmes m'ont déçue.
Là où Wilkie Collins est excellent, c'est pour dresser les portraits des méchants. L'ambiance est malsaine, et j'ai beaucoup pensé à Mary Elizabeth Braddon sur ce point. On enrage devant le comportement du comte, qui se joue non seulement de Marian mais aussi de nous. Ce personnage est fouillé, sa personnalité n'est jamais dévoilée, et Wilkie Collins laisse planer le doute sur la présence d'une quelconque bonté chez cet homme. Sir Percival est profondément antipathique, mais il se révèle davantage manipulé qu'autre chose. J'avais presque pitié pour lui à la fin. Leurs actions, très habiles, accentuent encore plus la complexité de leur caratère. 

Sacrée déception donc. J'ai encore un livre de cet auteur en stock, donc je relirai sûrement Wilkie Collins, mais ça ne sera pas pour tout de suite.


28 octobre 2008

Far from the madding crowd ; Thomas Hardy

1853260673_1_Wordsworth Classics ; 362 pages.
V.F. : Loin de la foule déchaînée. 1874.

Je disais il y a quelques jours que j'avais de Dickens l'image d'un auteur déprimant. C'est encore pire en ce qui concerne Thomas Hardy. Sauf qu'ici, j'ai quelques raisons de nourrir des préjugés contre cette auteur. Je connais vaguement les trames de Tess d'Uberville et de Jude l'Obscur, donc je sais que ça va très très mal pour les personnages.
Cela dit, ce n'est pas du tout la raison pour laquelle j'ai mis un peu de temps à achever ma lecture de Far from the madding crowd.

Ce n'est pas un livre très rigolo certes, mais en fait j'ai seulement eu un blocage avec les premières dizaines de pages. Bethsheba Everdene est une jeune femme née pour tourmenter bien des hommes, comme l'annonce son seul prénom. Le premier d'entre eux est le fermier Gabriel Oak, qui voit sa demande en mariage repoussée peu avant de perdre la totalité de ses brebis. Ruiné, il se retrouve par une ironie du sort au service de Miss Everdene, qui vient d'hériter des propriétés de son oncle. Le second est William Bolwood, un autre fermier qui, suite à un concours de circonstances, devient dangereusement passionné à l'égard de Bethsheba. Le dernier sera le sergent Troy, déjà fiancé à une jeune fille de basse extraction.

Dans ce roman, Thomas Hardy nous présente les différents types d'amour, en créant des personnages qui vivent tous différemment leur découverte de ce sentiment. Comme aucun n'est sur la même longueur d'ondes que les autres, ils s'entrechoquent et se brisent dès lors qu'ils entrent en contact. Pour certains, ce sera fatal. La mort de celle qui était trop naïve, trop dévouée, est bouleversante. Aucun personnage, à part Gabriel Oak, ne parvient à maîtriser ses émotions, et c'est ce qui rend un personnage comme le sergent Troy touchant. J'ai trouvé le passage où les fleurs plantées sur la tombe de celle qu'il a aimée sont éparpillées par le mauvais temps très beau et très triste. Oui, parce que si je savais que Far from the madding crowd n'était pas aussi plombant que d'autres livres de Thomas Hardy, la tragédie est tout de même là.
Au-delà des intrigues amoureuses, il est aussi question de la place de la femme dans la petite société rurale d'un Wessex imaginaire. Bethsheba sait ce qu'elle veut quand il ne s'agit pas d'amour. Elle n'est pas mariée durant la plus grande partie du roman, et est parfaitement déterminée à jouer son rôle de petite propriétaire terrienne, et à s'impliquer dans ses affaires. Les hommes qui travaillent pour elle sont davantage paternalistes que tentés d'exprimer un quelconque mécontentement, mais on sent très vite qu'elle a conscience de devoir démontrer que c'est elle qui commande. A plusieurs reprises d'ailleurs, elle réfléchit au genre de femme qu'elle est et à celui qu'elle ne veut pas être.
Il m'a fallu une quarantaine de pages avant de m'installer dans cette histoire. Je crois que je n'avais jamais lu un roman de cette époque qui adopte le point de vue de personnages ruraux qui n'ont pas une grande place sur l'échelle sociale anglaise de la fin du XIXe siècle, et cela m'a un peu surprise. Mais on s'habitue vite à leurs manières et à leur façon de parler. Il n'est pas toujours facile de s'identifier aux personnages, mais je crois que ce roman est de ceux qui marquent. Si vous avez des titres de cet auteur qui ne risquent pas trop de me faire sombrer dans la dépression à me conseiller, je suis preneuse !

 

26 octobre 2008

Les Grandes Espérances ; Charles Dickens

32388_1_Folio ; 741 pages.
Traduction de Sylvère Monod. 1861.
VO : Great Expectations.

Petite, j'ai découvert l'univers de Dickens avec la version Disney de Un chant de Noël, puis avec une version animée d'Oliver Twist, que j'ai visionnée un nombre incalculable de fois. Je crois même que j'ai lu une version abrégée de David Coperfield. Je garde un très bon souvenir de ces expériences, mais pourtant je me suis toujours enfermée dans l'idée que Dickens était un auteur déprimant. Seulement, il se trouve qu'une de mes profs nous a vivement conseillé de lire des classiques du XIXe. Tâche absolument terrifiante quand on me connaît...
Bref, du coup j'ai dressé un inventaire des romans concernés que j'avais en stock, ce qui m'a amenée à déterrer ce livre que j'avais acheté après avoir dévoré La Foire aux Vanités de W.M. Thackeray (que je me permets de vous conseiller une nouvelle fois).

L'histoire est celle de l'apprentissage de la vie de Pip, un petit garçon élevé "à la cuillère" par une soeur très rude et le généreux mari de celle-ci, Joe. Alors qu'il n'a que sept ans, il rencontre un forçat qui lui demande de l'aide en le menaçant. Très vite, le mystérieux homme est rattrapé et remis en prison.
Un peu après, Pip est invité chez Melle Havisham, une vieille dame brisée, qui n'a pas quitté les reliques de son mariage avortée des années auparavant. Il y rencontre Estella, la fille adoptive de Melle Havisham, dont il tombe amoureux, mais qui n'a été formée qu'à dédaigner les hommes.
La vie de Pip bascule finalement lorsqu'il apprend qu'un bienfaiteur a mis de l'argent à sa disposition pour qu'il devienne un gentleman. Il quitte donc Joe et sa soeur pour mener une vie à la fois à Londres et chez son tuteur, qui se trouve être un parent de Miss Havisham.   

Je crois que j'avais oublié à quel point certains classiques sont légers. J'ai eu un certain nombre de coups de coeur ces dernières semaines, et au moins deux romans font désormais partie de mes incontournables, mais la plupart n'étaient pas franchement réjouissants. Ici non plus les choses ne sont pas faciles, ne vous méprenez pas. Mais cela n'empêche pas le roman d'être rempli d'humour. J'ai tout simplement adoré la façon dont Dickens nous présente les choses de façon à rendre des situations embarrassantes cocasses. Dès le premier chapitre par exemple, Pip est brutalisé par son forçat qui lui met la tête en bas, et lui fait ainsi voir son village à l'envers. Au lieu de dire que Pip est finalement reposé, Dickens écrit : "Quand l'église revint à elle..." J'imagine que dit comme cela, c'est difficile de voir ce qu'il y a d'amusant là-dedans, mais je vous assure que je me suis délectée de toutes les scènes de ce genre. Je pourrais dire de même des scènes où les personnages répètent plusieurs fois la même chose, et (encore des méchancetés à l'égard de ce pauvre homme) des scènes où Joe tente de faire des manières.
J'aime les romans où les personnages sont complexes, et difficile à détester même s'ils sont parfois odieux. Miss Havisham en est un très bon exemple. Ses projets sont diaboliques, c'est une femme amère voire cruelle, mais sa perspicacité à l'égard des vautours qui rodent autour d'elle et ses blessures la rendent attachante. A l'inverse, un Joe pourtant incroyablement généreux et sympathique toute la première partie du livre, devient lassant.
Ceci d'autant plus que c'est Pip qui nous raconte l'histoire, et que Dickens tend à nous démontrer à travers ce personnage à quel point on peut creuser un gouffre entre soi et les personnes que l'on aime vraiment sans rien faire pour l'empêcher.
Il y a quelque chose d'enfantin dans ce roman. Je ne sais pas si c'est parce que le héros est encore un petit garçon lorsque débute l'histoire, mais malgré certaines scènes, je trouve que l'univers dans lequel nous sommes plongés a un côté merveilleux. La maison de Miss Havisham et le Château de Wemmick (sans parler de son mariage) sont de bons exemples de ce que je veux dire.

J'ai bien conscience que mon billet n'est pas du tout à la hauteur du livre, que je pense conserver pour les moments où j'aurai envie de revoir le petit Pip.

20 janvier 2008

Le Moine ; Matthew G. Lewis

41DCN1WJVKLActes Sud ; 512 pages.

J'avais acheté ce livre après ma lecture de Les mystères d'Udolphe, afin de me replonger au plus vite dans un roman gothique. Bien sûr, comme d'habitude, ce roman a fréquenté ma PAL beaucoup plus longtemps que prévu.

L'histoire est assez compliquée à résumer, car il y a plusieurs récits qui s'entremêlent.  D'un côté, nous avons le héros du roman, Ambrosio. Autrefois irréprochable, il cède aux avances d'une jeune femme, puis croise la belle et naïve Antonia. Poussé par le désir de posséder la jeune fille, il accepte de devenir le plus hypocrite des hommes.
En parallèle, Lorenzo, le jeune homme dont Antonia est amoureuse, découvre la situation misérable dans laquelle se trouve sa soeur Agnès, cruellement offerte à un couvent.

Ce roman est encore plus too much que Les mystères d'Udolphe.  Personnellement, je le trouve presque kitsch, mais j'ai marché à fond dans (presque) tous les excès de Lewis.
L'émotion des personnages est à fleur de peau, les femmes s'évanouissent toutes les cinq minutes, les hommes pleurent.  Le hasard est aussi grotesquement mis à contribution que dans un certain nombre de pièces de théâtre (lorsque la nonne sanglante d'un château allemand se révèle être l'aïeule de l'amant espagnol de la jeune fille cloîtrée dans ce même château par sa tante jusqu'à ce qu'elle prenne le voile. Cette même jeune fille étant la soeur de Lorenzo, le meilleur ami de son marquis d'amant et l'amoureux d'Antonia, la nièce du marquis*). On a beaucoup d'histoires dans l'histoire, souvent "terrifiantes", pleines de fantômes et de bandits... Tout cela, je vous l'ai dit, fait vraiment excessif, pourtant ces caractéristiques de la littérature gothique rendent le livre véritablement passionnant pendant les quatre cents premières pages du roman.
Les personnages religieux sont caricaturés et ridiculisés avec un culot peu commun. Entre le moine "parfait" qui devient un maniaque sexuel doublé d'un assassin qui pactise avec Lucifer, et la jeune nonne qui se fait déflorer par son amant marquis déguisé en aide-jardinier, on comprend vite que ce livre n'a pas du faire rire tout le monde lors de sa parution.
C'est assez drôle, très agréable à lire, très misogyne aussi (mais c'est à mon avis volontaire, et personnellement ça me fait rire). Je pense aussi que ce roman a le mérite de pointer le doigt sur les contradictions des membres de l'Eglise qui pensent que la fin justifie les moyens.

J'ai quand même trouvé ce livre un peu long.  La fin met longtemps à arriver, et ne m'a pas franchement convaincue. J'aurais aimé un peu de sérieux en conclusion. Au final, ce roman, c'est souvent du grand n'importe quoi, mais j'ai quand même passé un bon moment.

Allez, une petite phrase pleine de considération pour la gent féminine pour la route :

"Antonia avait observé de quel air Christoval avait baisé cette main, mais comme elle en avait tiré des conclusions quelque peu différentes de celles de sa tante, elle eut la prudence de tenir sa langue. Comme c'est le seul exemple connu d'une femme qui ait jamais agi de la sorte, on l'a jugé digne d'être cité ici." (page 45)

Je me ferais peut-être la version d'Artaud un jour, elle est incontournable paraît-il...

*Si vous ne me trouvez pas claire, il va de soi que c'est votre faute...

 

24 juin 2007

Le mystère de la ferme grise ; Mary-Elizabeth Braddon

malab_235392_1_Labyrinthes ; 95 pages.

L'histoire :

Le maître de la Ferme-Grise vient de succomber à une étrange maladie. Son frère Dudley reprend le domaine familial, suivi comme son ombre par un étrange personnage, qu'il semble haïr autant que craindre.
Quels drames ont eu lieu à la ferme des Carleon ? C'est Jenny, la jeune fille que Dudley épouse, qui découvrira la vérité.

" Dans l'ombre et dans un coin de la chambre était suspendu un portrait du dernier propriétaire de la ferme, une figure franche et ouverte avec des longs cheveux châtains et des yeux bleus....
L'idée du défunt la poursuivit dans sa solitude... Et si ce portrait allait prendre la forme d'un fantôme et s'approcher d'elle ?
Une sueur glacée perla en grosses gouttes sur son front pur. "

Parmi les auteurs anglais que je voulais découvrir cette année se trouvait Mary-Elizabeth Braddon. Ce premier contact est plutôt une mise en bouche, très encourageante toutefois.

Mon seul reproche à Le secret de la Ferme-Grise est en effet la brièveté du livre. On a à peine le temps d'y entrer qu'il faut en ressortir. Ceci d'autant plus que l'auteur nous force à lire ce livre d'une traite avec une intrigue qui tient en haleine.
En effet, bien que l'histoire soit extrêmement banale, Mary Elizabeth Braddon parvient à créer une atmosphère très particulière, un peu désuète et très prenante, dans laquelle on se coule très facilement. L'ambiance à la Ferme-Grise est délicieusement inquiétante, des images de brume et de fantômes s'imposent à nous, et nous font chercher au-delà des apparences les clés de l'énigme (à tort ou à raison).
Cette atmosphère ne s'estompe pas avec la fin du livre. Beaucoup de questions restent sans réponse, poussant le lecteur à continuer son questionnement.

Pour résumer, je suis un peu restée sur ma fin, j'aurais vraiment voulu en savoir plus, rester davantage en compagnie des personnages qui, bien qu'attachants, sont simplement esquissés.
J'ai noté Le secret de Lady Audley de ce même auteur, qui a l'air plus étoffé, et que j'espère lire prochainement.

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19 juin 2007

Agnès Grey ; Anne Brontë

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Éditions Gallimard ; 298 pages.
8 euros.

L'histoire :

Agnès Grey est la fille d'un pasteur de campagne ruiné. Afin de soulager un peu ses parents, elle décide de s'engager comme gouvernante auprès de deux familles successives, auprès desquelles elle apprendra la réalité de la vie, puis l'amour.

Mon avis :

Ces derniers temps, j'ai envie de me replonger dans l'univers des soeurs Brontë, dont je ne connais pas grand chose, même si l'une d'entre elles a écrit mon roman préféré. J'ai donc choisi ce titre, qui m'a fait découvrir le talent de la dernière des soeurs Brontë.

Il est évident qu'à côté des oeuvre de Charlotte et Emily, Agnès Grey est tout sauf flamboyant. Mais cela s'explique aussi par le fait que le genre n'est pas vraiment le même. Alors que les romans de ses soeurs sont des chefs d'oeuvre où l'ambiance gothique est présente à chaque page, et où les sentiments des personnages et du lecteur sont mis à dure épreuve, Anne Brontë nous livre un roman beaucoup plus sage à première vue. D'ailleurs, il semblerait que ce ne soit pas vraiment un roman, mais plutôt une autobiographie un peu remaniée. Anne Brontë a elle même été gouvernante, et a aimé un jeune vicaire (même si ça s'est mal fini...).
La narration de ce livre m'a un peu rappelé celle de Jane Eyre, peut-être parce qu'étant soeurs, Charlotte et Anne employaient un langage assez similaire. De plus, Agnès Grey est une gouvernante, qui comme Jane Eyre, raconte son histoire.
Ce roman n'est pas une histoire pleine de rebondissements, avec des fantômes qui tapent aux fenêtres, ou des épouses enfermées dans une aile secrète. Pourtant, je me suis passionnée pour le récit de cette jeune femme intelligente bien que inexpérimentée qu'est Agnès Grey.
A nous, elle explique le métier de gouvernante, qui peut sembler respectable, mais qui est toutefois méprisé par les personnes qui ont les moyens de s'en offrir une. Anne Brontë appuie également sur le paradoxe qui existe entre une société fondée sur la religion et la morale, et le comportement frivole et cruel de ceux qui en ont tiré leur parti. 
J'ai été révoltée par l'attitude stupide des Bloomfield puis des Murray à l'égard de Miss Grey. Étrangement, la patience angélique de Miss Grey ne m'a pas exaspérée. Ses malheurs, ses doutes à propos de Mr Weston, dont elle tombe amoureuse me l'ont rendue très sympathique, et je n'ai pas eu de mal à me mettre à sa place. La voir trouver le bonheur m'a donc fait très plaisir.

Ce livre très court m'a complètement charmée. Malgré ses allures austères, Anne Brontë y a mis un regard plein de bon sens sur la société dans laquelle elle a vécu.

516BF3HDZPLA noter que je vous ai mis l'édition Gallimard parce qu'elle propose le roman seul, mais je ne saurais trop vous conseiller de vous offrir les oeuvres complètes des soeurs Brontë chez Bouquins.

Posté par lillounette à 08:00 - - Commentaires [27] - Permalien [#]