31 juillet 2015

L'éveil - Kate Chopin

L_Eveil"Quelquefois, monsieur Pontellier se demandait si sa femme ne devenait pas un peu déséquilibrée. Il voyait clairement qu'elle n'était pas elle-même. C'est-à-dire qu'il ne voyait pas qu'elle devenait elle-même, et que chaque jour elle rejetait davantage cette personnalité factice dont nous nous affulblons comme d'un vêtement pour paraître aux yeux du monde."

Edna Pontellier appartient à la bonne société de Louisiane. Un été, elle se rend dans une pension de famille du Golfe du Mexique avec sa famille, et se lie d'amitié avec Robert Lebrun, le fils de la propriétaire des lieux.
Elle qui était jusque là une épouse modèle se met à avoir des comportements que ses proches ne s'expliquent pas. A la fin de la saison, Robert Lebrun part pour le Mexique et Edna rentre à la Nouvelle Orléans, mais sa soif d'indépendance ne se tarit pas.

Il y a quelques années, j'ai lu un étrange petit livre, La séquestrée de Charlotte Perkins Gilman. Comme L'éveil, il a été écrit à la fin du XIXe siècle, et il évoque de façon très frappante la maternité et surtout le baby-blues qui peut s'exprimer très sévèrement chez certaines femmes. Si je rapproche ces deux romans, c'est parce que ce qui me choque le plus, c'est la façon dont l'entourage d'Edna et de l'héroïne de La séquestrée réagissent. Dans les deux cas, un médecin est appelé à la rescousse par le mari. Une femme qui prend sa vie en main et qui ne travaille plus exclusivement au bonheur de son foyer et à la réussite de son époux est forcément malade. J'ignore s'il existe des oeuvres de ce type en nombre, mais il semble qu'une brise féministe traversait la littérature américaine à cette époque.

Malheureusement, le reste m'a beaucoup moins convaincue que ne l'avait fait La séquestrée. L'éveil est un joli livre, mais si je mets de côté le discours sur la condition féminine (qui lui est pertinent), je ne trouve pas ses qualités littéraires extraordinaires. Charlotte Perkins Gilman avait su créer une atmosphère oppréssante, son livre nous introduisait directement dans les pensées de son héroïne. Ici, Kate Chopin nous narre un peu trop platement l'histoire de son héroïne. Certains passages sont très beaux, la peinture de la Louisiane est intéressante, mais quelques semaines après avoir achevé ce livre, je n'en garde que peu de choses. La fin est évidemment frappante, mais le reste, les dîners, les belles maisons, les voitures, rappellent un peu tous les romans américains contemporains de celui de Kate Chopin.
On a aussi beaucoup comparé ce livre à Madame Bovary de Flaubert. J'ai beau avoir du mal avec ce dernier auteur, je trouve la comparaison très exagérée. Aucun personnage ici n'a la carrure d'une Emma ou d'un Rodolphe.

Un roman à lire, mais je conseille en priorité les autres oeuvres citées dans mon billet.

Liana Levi. 219 pages.
Traduit par Michelle Herpe-Volinsky.
1899 pour l'édition originale.

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13 avril 2015

L'âge difficile - Henry James

imageM. Longdon, un vieux gentleman, renoue avec la vie londonienne. C'est ainsi qu'il devient le protecteur de Nanda Brookenham, la petite-fille de la femme qu'il a passionément aimée autrefois. Celle-ci s'apprête à faire son entrée dans le monde, un monde odieux.

Dire que cette lecture a été laborieuse est un sacré euphémisme. Pour résumer la situation, lorsqu'on me demandait de quoi parlait ce roman, j'étais très embarassée. Il est très difficile à résumer, et on ne peut pas le lire distraitement sans devoir tout reprendre pour saisir les allusions ultérieures.

Nous entrons en tant que simples témoins dans les discussions de tout un cercle de connaissances (je n'ose écrire amis). Ils parlent essentiellement d'amour, de liaisons et de mariages, le tout sur fond d'argent, de pédanterie et de vieux souvenirs. Si ce résumé fait de prime abord penser à Edith Wharton ou à tout autre auteur ayant fait des discussions de salon son sujet principal, il n'en est rien tellement la forme est différente.
Ici, les personnages, qui semblent être des gens très respectables dans un premier temps, deviennent tous plus méprisables les uns que les autres au fur et à mesure que l'on saisit leurs sous-entendus. Là où d'autres utilisent un narrateur pour expliciter la situation, James laisse son lecteur saisir l'essence de ses personnages directement à la source, en leur servant des dialogues d'une très grande finesse (parfois un peu trop pour une lectrice pas toujours concentrée telle que moi) et en abondance.
Cet art des dialogues est vraiment ce qui a retenu mon attention même s'il rend les personnages trop mécaniques dans leur attitude à mon goût. On se croirait devant une pièce dont les acteurs récitent le texte d'un voix monocorde. Les choses dont il est question sont évoquées avec une grande froideur ou une passion qui sonne complètement faux. J'ai été destabilisée par l'absence totale de gestuelle, ou d'indications sur le ton employé pour prononcer les dialogues (j'ai l'air d'une folle en reprochant à un livre de ne pas avoir de son et d'image...).

En raison de ce manque de repères, j'ai attendu vainement des indices pour comprendre. Je pensais que la fin éclairerait tout, mais je dois me contenter de supposer quels sont les personnages que James veut sortir du lot et le message qu'il transmet. 

Je suis déçue mais pas vaincue. Henry James est un auteur qui me résiste alors que je voudrais l'apprécier. J'ai trouvé ce livre interminable. Pourtant, je suis paradoxalement convaincue d'avoir eu affaire à un très grand auteur, le genre que l'on savoure quand on a enfin compris comment pénétrer dans son univers.

Je remercie Célia et les éditions Denoël pour ce livre.

Denoël. 571 pages.
Traduit par Michel Sager.
2015 (1889 pour l'édition originale).

 

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02 octobre 2009

Les Papiers de Jeffrey Aspern ; Henry James

0f862c41d54686a48179ff38a7a3df27_500x500_1_Le Livre de Poche ; 188 pages.
Traduit par M. Le Corbeiller.
The Aspern Papers. 1888
.

J'ai découvert Les Papiers de Jeffrey Aspern dans le cadre des lectures un peu fantastiques que je fais depuis quelques temps. La préfacière des Contes et récits d'Hawthorne le cite, et il n'en fallait pas plus pour me convaincre.

En fait, il n'y a pas de surnaturel dans cette histoire. Juste des êtres à l'esprit particulièrement aiguisé (ce qui est déjà suffisant chez un auteur comme James).
Jeffrey Aspern, un poète très célèbre au XIXe siècle, déchaîne les passions même après sa mort. L'un de ses admirateurs consacre ainsi son temps à rechercher des indices lui permettant de retrouver, de saisir Aspern. Accompagné par un autre passionné, il parvient à mettre à jour nombre d'événements de la vie du poète, mais il reste insatisfait. En effet, il sait qu'une vieille femme, Mrs Bordereau, établie à Venise, a été le grand amour d'Aspern, et qu'elle possède nombre de documents inédits et remplis d'informations.
Mais Mrs Bordereau refuse de céder ces documents, niant jusqu'à leur existence. Pour parvenir aux papiers d'Aspern, le narrateur imagine donc de s'introduire chez la vieille dame et la nièce de cette dernière en prenant pension chez elles.

Les Papiers de Jeffrey Aspern n'a pas la force du Tour d'écrou ou de Daisy Miller, mais j'ai pris beaucoup de plaisir à ma lecture de ce texte.
Il parle d'art, d'héritage, d'amour d'un personnage, et de ce que cela implique. "Hypocrisie, duplicité, voilà mon unique chance. J'en suis bien fâché, mais il n'y a pas de bassesse que je ne commette pour l'amour de Jeffrey Aspern." On a tous égoïstement été horrifié d'apprendre que tel auteur (ou son entourage) avait détruit des documents dévoilant des aspects de sa personne qu'il désirait ne pas partager, parce que certains individus sont pour nous presque des proches. Notre narrateur (qui lui n'assume pas même son vrai nom) est en même temps assez contradictoire. Il veut tout obtenir parmi les documents de l'objet de son étude, mais il a du mal à accepter les éléments qui ne collent pas avec son idée personnelle d'Aspern. Ainsi, la personnalité de Mrs Bordereau le perturbe beaucoup. Elle cache ses yeux (vanité ou symbole peut-on se demander), ne cache pas son besoin d'argent, ce qui la rend différente de l'image que le narrateur avait de la femme aimée d'Aspern.
Notre narrateur n'est pas un personnage très sympathique, et il a en face de lui une vieille dame qui semble également pleine de ressources. "Elle était une si subtile vieille sorcière qu'on ne savait jamais quelle attitude prendre avec elle." Entre eux, la nièce de Mrs Bordereau, l'insignifiante Tina, qui mène une existence morne auprès d'une tante qui l'affectionne de façon étrange et qui tombe très vite sous le charme de son pensionnaire. La psychologie de ces trois individus est parfaitement exposée, et constitue le noyau central du roman. Tous révèlent, dans cette lutte acharnée pour leur propre bien-être, une personnalité bien plus consistante (et sans doute pathétique) qu'au premier abord. La fin est cruelle, assaisonnée d'une ironie encore plus rageante.
Le tout se déroule dans l'étouffant été vénitien, avec ses palais parfois en ruines et ses gondoles. L'endroit idéal pour assister au spectacle donné en l'honneur des papiers d'Aspern.

Les avis de Dominique et Papillon.

 

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13 septembre 2009

La Maison aux sept pignons ; Nathaniel Hawthorne

4681_1_

Gallimard ; 348 pages.
Traduit par Claude Imbert et Marie Elven.
The House of the Seven Gables. 1851
.

Voilà un livre qui occupait ma bibliothèque depuis ma découverte de Nathaniel Hawthorne l'année dernière. C'est suite à ma lecture de Malpertuis de Jean Ray (dont je vous parle bientôt) que j'ai eu envie de me replonger dans cet auteur qui me semble de plus en plus fascinant.

La Maison aux sept pignons débute en Nouvelle-Angleterre, au XVIIe siècle. Le colonel Pyncheon est alors l'un des personnages les plus influents de la région, et sa volonté d'établir une dynastie portant son nom ne supporte aucune contradiction. Ainsi, lorsqu'il jette son dévolu sur la terre de Matthew Maule, un homme modeste qui a dégagé un coin de forêt pour s'établir, il est persuadé d'obtenir ce qu'il veut. Le bras de fer s'achève sur l'échafaud, où Maule doit être exécuté après avoir été reconnu coupable de sorcellerie. Ses dernières paroles sont pour le colonel Pyncheon, qui a orchestré la fin de son rival. Maule lui promet de façon solennelle qu'il périra en buvant du sang.
L'orgueilleux homme n'en tient aucun compte, et demande au fils de sa victime de lui bâtir une demeure somptueuse à l'emplacement même où se trouvait la terre des Maule. C'est ainsi qu'est bâtie la maison aux sept pignons, qui ne tarde pas à révéler que la malédiction des Maule la hante. Le jour où le colonel décide de convier tous les habitants de la région pour parader devant eux dans sa nouvelle demeure, il est retrouvé mort dans son fauteuil, du sang lui coulant de la bouche.
Les générations qui suivent seront également poursuivies par le mauvais sort. La source de Maule, qui coule dans leur jardin, est empoisonnée, la maison tombe en désuétude, et les Pyncheon perdent peu à peu de leur grandeur, sous le regard du portrait sévère du colonel trônant dans la demeure qu'il n'a pas eu le temps d'occuper.
Au XIXe siècle, il n'y a plus qu'un fantôme qui hante la vieille bâtisse : la vieille Hepzibah, si myope que son visage est parcouru en permanence d'une horrible grimace qui la rend encore plus laide qu'elle n'est. Son seul ami est un jeune photographe, Holgrave, qui habite l'un des pignons de la maison. Dépourvue de tout argent, Hepzibah est contrainte, alors que débute le livre, à ouvrir une épicerie dans le sein de sa maison. Il y a bien son oncle, le juge Pyncheon, l'image vivante de son cruel ancêtre, qui voudrait lui offrir de l'argent pour tenir son rang, mais Hepzibah refuse toute aide de sa part. Dans les jours qui suivent, Phoebé, une jeune cousine d'Hepzibah, arrive chez la vieille dame. Elle est imitée très vite par Clifford, le frère d'Hepzibah, qui vient d'être libéré après trente années passées en prison pour le meurtre de son oncle.

Dans une langue somptueuse*, qui décrit aussi bien les merveilles de la nature que la misère des âmes,250px_Nathaniel_Hawthorne_1_ Nathaniel Hawthorne étudie l'héritage que l'on reçoit nécessairement de ses ancêtres, le fil qui relie "un passé lointain au présent qui déjà s'éloigne de nous", et qu'il aimerait bien pouvoir rompre. Il utilise ici une famille, mais l'on ne peut que songer à faire un parallèle avec la jeune Amérique qui possède déjà un lourd passé empreint de puritanisme et d'immuable à l'époque d'Hawthorne. En effet, La Maison aux sept pignons, bien que plus fantaisiste et ensoleillé que La Lettre écarlate, est un roman très engagé. La critique du puritanisme, de son hypocrisie, et de l'idée de classes supérieures, est grinçante. C'est l'auteur lui même qui se charge de narrer son histoire, ce qui donne un caractère à la fois désinvolte et assumé au livre. La Chasse aux sorcières dont a été victime Matthew Maule est l'occasion d'une vive critique des autorités religieuses et laïques. "Ce fut l'un des martyrs de cette terrible illusion qui devrait nous montrer, entre autres leçons, que les classes influentes et ceux qui prennent la tête du peuple sont capables des mêmes erreurs et des mêmes passions que les foules les plus frénétiques. Prêtres, juges, hommes d'Etat - les plus sages, les plus calmes, les plus saints personnages du temps - aux meilleures places devant les potences, furent les premiers à applaudir à cette oeuvre sanguinaire, et les derniers à reconnaître leur misérable erreur."
La conséquence de toute cette folie est un gâchis immense. La vieille Hepzibah, qui a un nom et une personnalité qui m'ont un peu fait penser à Dickens, est murée dans sa demeure délabrée, et ne parvient plus à en franchir le seuil, quand son aïeul imaginait un destin de seigneur pour les siens. La culpabilité est trop grande. "Ils ne pouvaient pas s'enfuir : le geôlier avait bien pu laisser la porte entrouverte, et se cacher pour les voir fuir, au seuil ils avaient senti sa poigne ! Car il n'est de pire cachot que son propre coeur, ni de plus inexorable geôlier que soi-même !" 
Il y a eu d'autres drames avant celui d'Hepzibah. Celui d'Alice tout d'abord, qui un jour a jeté des graines entre deux pignons, donnant ainsi naissance au "bouquet d'Alice", avant d'être victime de la haine entre les Maule et les Pyncheon. Quant à Clifford, le frère d'Hepzibah, c'est brisé qu'il rentre chez lui après sa libération. Amoureux du beau et de la lumière, c'est en Phoebé qu'il retrouve la force de vivre.
On oscille entre ombre et lumière dans ce roman. Les très nombreuses descriptions pleine de poésie et souvent d'humour m'ont donné le sentiment d'être dans une maison magique inoffensive. Les premiers pas d'Hepzibah en tant que marchande sont touchants, tout comme l'apétit pantagruélique du jeune Ned Higgins. Mais la cruauté et les sarcasmes ne sont jamais loin (le chapitre XVIII est à la fois abominable et jouissif) et donnent des accents gothiques à ce roman, rappelant ainsi au lecteur la malédiction qui pèse sur la maison aux sept pignons.

Alors bien sûr, La Maison aux sept pignons n'a pas la puissance de La Lettre écarlate. J'aurais aimé une fin plus tragique, et ne pas deviner tous les secrets de cette demeure avant qu'ils ne soient expliqués. Cela ne m'a pas cependant empêché d'en savourer chaque ligne.

* en VF en tout cas, je n'ai malheureusement pas osé tenter la version anglaise.

08 août 2009

Le Tour d'écrou ; Henry James

jpg_le_tour_d_ecrou_1_Librio ; 155 pages.
Traduit par Jean Pavans.
The Turn of the Screw. 1898.

Au moment de Noël, un groupe d'amis se réunit le soir autour du feu et se raconte des histoires terrifiantes. L'un d'eux propose soudain de livrer à ses amis un récit véridique, que lui a fait une femme qu'il a aimée bien des années auparavant. C'est elle qui prend le relais pour dire son histoire au lecteur. Après un entretien avec un jeune homme qui lui a fait une forte impression, notre narratrice, alors âgée d'une vingtaine d'années, est engagée comme gouvernante de deux enfants, à la condition de ne jamais solliciter son maître, leur oncle.
Arrivée à Bly, une magnifique demeure, elle rencontre d'abord l'adorable petite Flora, et se lie d'amitié avec l'intendante, Mrs Grose. La première contrariété que connaît la gouvernante est le renvoi du jeune Miles de sa pension. Cependant, lorsqu'il arrive à son tour à Bly, il est au moins aussi attachant que sa soeur, et il paraît impensable qu'il puisse avoir fait quoi que ce soit qui mérite qu'il se retrouve dans une telle situation.
Les choses deviennent définitivement inquiétantes lorsque les spectres de Miss Jessel, l'ancienne gouvernante, et de Peter Quint, un ancien domestique de Bly, apparaissent, et semblent menacer les enfants.

Lors de la fameuse soirée au coin du feu, Douglas s'interroge : "Si l'implication d'un enfant [dans une histoire d'épouvante] donne un tour d'écrou supplémentaire, que diriez-vous de celle de deux enfants... ? " Pour ma part, ce fait a sans aucun doute contribué à me faire un énorme effet.
Ce livre est un véritable bijou, qui joue sur toutes les ambiguïtés permises par sa construction. Le début du livre m'a fait penser à Jane Eyre, mais ici la menace semble venir de partout, et l'on sombre toujours plus loin dans le macabre. C'est la gouvernante qui nous raconte l'histoire, et alors qu'elle tente tout ce qu'elle peut pour protéger ses élèves, le lecteur voit plus loin derrière les sourires angéliques. Miles et Flora sont les êtres qui mènent la danse quand les adultes font des cauchemars. La situation est malsaine, et il faut attendre les dernières lignes pour comprendre à quel point.
En effet, la fin est magistrale, et l'on se moque bien que le récit de la gouvernante ait balayé tout le reste. J'ai lu ce livre fébrilement, incapable de le reposer avant de l'avoir achevé. Naturellement, j'ai été frustrée et encore plus déconcertée, comme le savent tous ceux qui ont déjà lu ce texte. Généralement, les textes "effrayants" du XIXe siècle ne m'impressionnent pas par leur capacité à avoir conservé cette dernière caractéristique. Mais Henry James jongle tellement bien avec l'esprit humain que cette fois-ci, je n'avais pas l'impression d'avoir davantage de recul qu'un lecteur de la fin du XIXe siècle. Si vous ne connaissez pas ce chef d'oeuvre, jetez-vous dessus !

Les avis de Nibelheim, de Sylvie, de La liseuse, de Tamara, de Dominique, et d'autres sur BOB...
Cécile a lu la BD qui a été tirée de ce texte.

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21 octobre 2008

Bartleby le scribe ; Herman Melville

31zk1fU3iPLAmsterdam ; 155 pages.

J'ai lu cette nouvelle après avoir lu le billet de Sylvie, qui m'a fait découvrir que Melville a écrit d'autres textes que le terrifiant Moby Dick. Céline avait écrit un billet formidable (pour changer) à propos de ce dernier, mais je ne suis pas encore totalement convaincue que la chasse à la baleine soit faite pour moi. D'ailleurs, Le vieil homme et la mer n'est pas près de quitter l'étagère sur laquelle il prend la poussière pour des raisons assez semblables.

Mais revenons-en à Bartleby. L'intrigue est en fait assez simple. Le narrateur, un homme plutôt calme, a un don certain pour choisir les scribes qui travaillent pour lui. Dindon est un Anglais qui change de couleur après midi. Lapince ne sait pas ce qu'il veut, et n'est pas franchement du matin. Et Gingembre, le gamin de douze ans, sert davantage à rapporter à ses collègues les biscuits qui lui donnent son surnom, qu'il ne fait son apprentissage du droit.
Un jour, l'activité augmentant, un nouveau scribe se présente, un certain Bartleby. Son patron croit alors avoir déniché une perle rare. Bartleby, malgré son air déprimé, semble en effet assoiffé de travail. Mais très vite, aux requêtes de son patron, il répète inlassablement et sur le même ton dégagé :

"Je préférerais m'abstenir."

On va de surprise en surprise avec ce texte. La situation est plutôt hilarante au premier abord. Les personnages sont tellement caricaturaux qu'on a du mal à prendre le narrateur au sérieux.
Mais il devient difficile de ne pas se crisper lorsque la situation dégénère, et qu'elle révèle de quoi est faite l'existence de Bartleby. Il ne connait personne, ne sort jamais, et se braque de plus en plus, empêchant ainsi son employeur, pourtant bienveillant, de parvenir à le cerner.
On est d'autant plus mal à l'aise qu'il est difficile de savoir si Bartleby est aussi misérable qu'il en a l'air, ou s'il s'agit au contraire d'un dangereux manipulateur. Rien ne semble le déranger quand n'importe qui d'autre aurait été embarrassé à l'extrême. Les rôles s'inversent, l'employeur n'ose pas agir contre les agissements de Bartleby, un peu comme si c'était lui qui devait prendre des pincettes. A l'inverse, Bartleby agit un peu comme un patron, accomplissant uniquement les tâches qu'il juge dignes de lui, décidant de ses moments d'oisiveté, mais tout ça de façon tout de même misérable, de façon à ce qu'on ne puisse que le plaindre. Les quelques phrases qui semblent indiquer des réponses ne sont pas assez étoffées pour qu'on puisse en saisir le sens, et on n'apprendra pas la moindre information sur qui il est vraiment.

J'ai beaucoup aimé ce petit livre, beaucoup réfléchi, beaucoup été secouée. Je pense d'ailleurs le relire (de toute façon, il est vraiment très court), histoire de vérifier que rien ne m'a échappé, et j'espère que ça ne s'arrêtera pas là entre Melville et moi.   
   

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08 octobre 2008

La lettre écarlate ; Nathaniel Hawthorne

resize_9_Flammarion ; 310 pages.
Traduction de Marie Canavaggia.1850.
Titre original : The Scarlet Letter.

J'ai commencé à lire Nathaniel Hawthorne il y a seulement quelques jours. Sylvie a écrit un très beau billet sur l'un de ses contes, Le voile noir, et j'ai donc saisit cette opportunité de découvrir cet auteur dont j'ai tant entendu parler. J'ai beaucoup aimé, du coup j'ai couru acheté La lettre écarlate, l'ouvrage de référence d'Hawthorne, qui est aussi considéré comme le premier roman américain, dans la mesure où il se détache des traditions littéraires du Vieux Continent.

Je pense que tout le monde sait plus ou moins de quoi il s'agit, mais comme un résumé ne fait jamais de mal, allons-y : Nous sommes au milieu du XVIIe siècle, dans une colonie de puritains établie sur le site de ce qui deviendra Boston. Hester Prynne a mis au monde une petite fille, alors même que son époux est disparu depuis deux ans. Après trois mois passés en prison, elle est condamnée à être exposée sur la place publique et à porter à jamais un A écarlate sur son sein, afin de marquer son péché. Ce même jour, son mari reparaît, et voyant le sort réservé à son épouse, jure de se venger sur le "complice" de cette dernière, bien qu'Hester refuse de dévoiler le nom du père de son enfant : "Je chercherai cet homme comme j'ai cherché la vérité dans les livres, comme j'ai cherché l'or dans l'alchimie."

Je sens que je ne vais pas faire dans l'originalité, mais j'ai adoré ce roman. L'ambiance est plombante au possible, les personnages, tous autant qu'ils sont, donnent parfois envie de leur coller des baffes, mais ce livre ne s'en lit pas moins d'une seule traite.
J'avais énormément d'a priori concernant les personnages, car l'intrigue n'était absolument plus un mystère pour moi tellement on m'avait parlé de ce livre. A part la fin, mais j'y reviendrai. Finalement, je n'ai pas ressenti d'avis totalement tranché sur tel ou tel personnage. Le vieux mari est décrit comme le Diable, et je l'ai haï plus d'une fois. Mais en même temps, il est à plaindre ce viellard plein de haine. De même, Hester et son amant font preuve d'une telle résignation, d'un tel désir d'expiation, que je n'ai pu m'empêcher de les trouver aussi méprisables que les autres dans certains de leurs actes.
Car La lettre écarlate est un livre dans lequel la question du Bien et du Mal se pose sans cesse. Il n'y a pas de retour en arrière, on ignore tout de ce qui s'est produit avant le jour où Hester s'est retrouvée sur la potence. Nous ne voyons que l'après, la confrontation entre principes "moraux" et amour interdit. D'où la jolie petite Pearl qui se tranforme aussi en "lutin du mal", ou encore des passages presque féériques, qui contiennent également de sombres présages. Du coup, j'ai navigué entre espoir et déception tout au long de ma lecture, tout en sachant très bien qu'une telle histoire ne pouvait avoir la fin que je désirai lire. Mais tout de même, quelle fin ! Je n'en dit pas plus, il faudra que vous alliez voir ça vous-mêmes.

Un très beau livre donc, court mais puissant, que je vous conseille absolument !*

Les avis de Sylvie et Praline (qui n'a pas aimé).

*Par contre, je suis heureuse de ne pas avoir lu ce roman en anglais. Après ma lecture de Le voile noir, j'avais déjà noté que Nathaniel Hawthorne était certainement difficile d'accès en VO, je pense sincèrement que j'ai bien fait.

14 janvier 2007

Les quatre filles du Docteur March ; Louisa May Alcott

2261400594Édition Rouge et Or ; 187 pages.
3,50 euros.

" Le docteur March s'est engagé dans l'armée, laissant seules sa femme et leurs quatre filles. Pour la coquette Meg, la bouillante Jo, la timide Beth et l'insupportable Amy, la vie est dure. Dure, mais entre les farces de leur jeune voisin Laurie et les colères de la tante March, elle n'est pas monotone ! Un jour le Docteur March tombe gravement malade... "

La première fois que j'ai entendu parler de ce livre, c'était à l'école primaire. Ça m'avait marquée, pourtant je n'ai jamais ouvert ce livre. Il y a quelques temps, je me suis décidée à l'acheter. Juste après, j'ai découvert que je possédais déjà ce livre, dans une édition assez ancienne et illustrée. C'est donc tout naturellement que je l'ai ouvert.
Malheureusement, je dois avouer que je suis un peu déçue par ce livre pour lequel j'avais de si grandes attentes. Même si j'ai adoré la fin, ce qui me permet de garder une très bonne impression à propos de cette lecture, la première moitié du livre ne m'a pas particulièrement amusée.
Pourtant, elles sont vraiment très attachantes ces filles March. Meg, l'aînée, qui essaie de jouer son rôle de grande-soeur. Jo, la seconde, un peu garçon manqué, qui s'entend à merveille avec Laurie, le petit voisin. Beth, dont la douceur et la gentillesse font une jeune fille adorable. Et puis Amy, la petite dernière, assez (parfois très) agaçante, qui devient moins égoïste à la fin.
Ce livre que je voyais comme un roman, est en fait construit un peu à la manière de Les petites filles modèles de la Comtesse de Ségur. Ce sont plein de petites anecdotes, qui nous dévoilent l'évolution de la fratrie March. J'ai beau adorer les lectures d'enfants, celle-ci a été assez pénible par moments. Il y a des chapitres absolument passionnants, et puis d'autres qui le sont beaucoup moins. Les leçons données à ces petites filles par leur mère m'ont beaucoup agacée. J'adorais pourtant Mme de Fleurville dans Les petites filles modèles. Alors, est-ce parce que j'ai grandi ? Probablement en grande partie. Je n'ai pas beaucoup de patience, et je dois avouer que les petites pestes comme Amy qui savent être particulièrement insupportables ne font pas partie des personnages qui me rendent la lecture agréable. Heureusement, elle finit par montrer qu'elle essaie de se corriger, ce qui nous amène à lui pardonner ses erreurs d'enfant. Le côté enchanté, la bonne mère, n'ont pas vraiment pris avec moi. J'ai trouvé certains passages un peu neuneu.
Mais j'ai adoré Jo et Laurie, l'adorable Beth, le vieux Mr Laurentz. Les deux premiers pour leur tempérament aventurier, leur amour de la lecture, leur humour (j'adore lorsque Laurie se roule dans la neige pour embêter Meg) et leur simple soif de bonheur. Les deux suivants pour leur gentillesse, à laquelle il est difficile d'être insensible. Et puis, Meg et son chevalier servant sont vraiment mignons.
Les choses s'améliorent au fil de la lecture, les filles du Docteur March grandissent, elles découvrent l'amour, le chagrin, la force de l'amitié. Ça les rend plus humaines, plus proches de nous, elle ne sont plus exaspérantes à force d'être parfaites, chacune bien dans son rôle. C'est donc sur une note positive que s'est achevée ma lecture. J'ai lu que ce livre avait une suite, je pense me la procurer parce que je suis un peu restée sur ma faim.

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13 décembre 2006

Le menteur ; Henry James

2070319873Edition Folio 2 euros ; 116 pages.
2 euros.

L'histoire est celle d'Oliver Lyon, peintre, qui se rend chez Sir David, afin d'y effectuer son portrait. Là bas, il retrouve Everina, celle qu'il a aimé douze ans auparavant, en Allemagne. Elle avait alors refusé de l'épouser, par orgueil nous dit-il. Everina est accompagnée de son mari, le Colonel Capadose, dont elle est clairement amoureuse. Pourtant, il devient vite évident que le Colonel est un menteur incorrigible. Tout le monde le sait, mais personne ne semble vouloir mettre le Colonel dans l'embarras. Et pour cause, ses mensonges ne blessent personne. Oliver Lyon décide, une fois rentré à Londres, de demander au Colonel de poser pour lui. Celui-ci accepte, sans se douter que Lyon a décidé de peindre un portrait révélant sa nature de menteur.
Pourquoi vouloir nuire au Colonel ? Parce que Lyon est toujours sensible au charme de son épouse, parce qu'il est jaloux, parce qu'il veut la reconquérir ou peut être simplement la blesser, si elle ne réagit pas comme il s'y attend. Il veut la voir admettre que son mari est un menteur, et il rêve de la voir admettre qu'elle aurait été plus heureuse avec lui.
Ce livre est assez pénible à lire. Nous sommes entourés de personnages peu attachants. Le Colonel Capadose est agaçant avec ses mensonges, Mrs Capadose est irritante par sa passivité. Et même Oliver Lyon semble plus amer et vengeur qu'amoureux. J'avais beaucoup aimé Daisy Miller  du même auteur, mais j'avais réussi à entrer dans l'histoire. Daisy Miller m'avait émue. Ici, je n'avais qu'une envie, celle de quitter au plus vite ces personnages égoïstes et gonflés de leur bêtise et de leur malhonnêteté.
Parce que finalement, même si Olivier Lyon rougit à chaque fois qu'il dissimule la vérité, et même s'il ne ment pas de façon directe, il entre dans le jeu du Colonel. Et de ce fait, il devient aussi méprisable que celui qu'il méprise. Et même pire. Alors que le Colonel mentait sans nuire à personne, et sans amener sa femme à faire de même, Lyon va le pousser à se défaire d'une situation embarrassante en impliquant une personne extérieure. Everina, quant à elle, ne pourra que prouver son affection pour son mari en le couvrant. Dégoûté, Lyon n'aura dès lors plus qu'à partir et à s'en prendre à lui même. Et en tournant la dernière page, j'ai eu envie de lui dire qu'il ne l'avait pas volé !

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07 novembre 2006

Daisy Miller ; Henry James

2070422054

Edition Folio 2 euros ; 106 pages.
2 euros.

"Daisy Miller est jeune, belle et riche, mais son indépendance et ses manières excentriques d'Américaine choquent la vieille société européenne qui lui ferme ses portes. Toujours accompagnée de Giovanelli, un jeune mondain chasseur de dots, elle compromet sa réputation avec désinvolture. Même Winterbourne, son meilleur ami, ne croit plus à son innocence. Un soir, alors qu'elle contemple le clair de lune au pied du Colisée, elle contracte une maladie mortelle..."

Je sais, j'avais mis cet auteur et ce livre sur ma liste de Challenge 2007... Mais il se trouve que je n'ai pas pu résister, et à vrai dire, je n'ai aucun remords. Parce que je suis ravie d'avoir (enfin) fait connaissance avec Henry James. Cette nouvelle est bien écrite, elle se lit extrêmement rapidement, et elle donne envie de découvrir les autres oeuvres de l'auteur. Bref, une nouvelle mission parfaitement réussie pour cette collection Folio 2 euros.
J'avoue avoir été assez déconcertée par les manières très indépendantes de Daisy Miller, dont on ne sait pas trop durant toute la nouvelle, si elle agit comme elle le fait par insouciance, par provocation ou par vulgarité. Dans cette nouvelle, Henry James nous dévoile le poids du regard des autres, et ses conséquences sur une très jeune femme. Car ce n'est pas parce qu'elle semble se moquer et même ignorer les cancans que Daisy Miller n'est pas en réalité profondément blessée par toutes les rumeurs qui circulent sur elle. Elle tente de vivre, tout simplement, mais l'incompréhension des autres lui fait payer très cher son audace. Même Winterbourne, qui est pourtant le premier à vouloir croire en elle, hésite à le faire. Et pourtant, cette jeune fille qui est avant tout humaine avant d'être originale aurait bien eu besoin de son soutien .
J'ai été assez déçue par la fin, trop brève cependant. Je sais que les nouvelles ont par définition une chute déconcertante, mais j'ai toujours du mal à m'y faire...

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