01 novembre 2006

Une fenêtre sur l'Hudson ; Brian Morton

2714441254 Belfond ; 312 pages.

"Les amours contrariées de deux artistes new-yorkais... Une tendre ballade à Manhattan, une réflexion sur la fragile harmonie entre l'art et la vie, un roman brillant, plein d'humour et d'émotion. Nora, une jeune nouvelliste de trente-cinq ans, a cessé d'écrire. Ses textes, inspirés des expériences de ses proches, lui ont valu de se brouiller avec eux. Pourtant, elle ne peut se résoudre à renoncer à sa vocation. Un soir d'insomnie, elle appelle le seul être qui puisse la comprendre : Isaac, l'homme qu'elle a quitté cinq ans auparavant. Ce dernier, photographe, traverse lui aussi une crise : il a perdu l'inspiration. Aussitôt renaît leur ancienne complicité, et avec elle son lot de doutes et de peurs. Quelle relation possible entre un artiste dont le talent s'est érodé et un autre en plein devenir ? Peut-on conjuguer amour et dévotion à son art ? Une interrogation d'autant plus brûlante pour Nora que l'être aimé pourrait bien devenir la cible de sa plume acérée..."

Un livre tout en sensibilité, avec deux personnages un peu en manque de repères. On aimerait que Nora hésite moins, que Isaac essaie plus de la bousculer, mais ils ont déjà tant de problèmes qu'on ne peut pas leur en vouloir. Nora aime profondément Isaac, mais qui a peur de s'engager trop, parce qu'elle ne veut pas se perdre davantage. Parce que l'amour, c'est souvent plein de contradictions, d'actes absurdes. Ces deux là s'aiment, se détestent parfois, se font souffrir, mais surtout ils espèrent un peu follement qu'ils finiront par réussir à s'accorder. Puis il y a la maladie de Billie, la tante de Nora, ainsi que la nouvelle écrite par cette dernière, qui blesse profondément Isaac. Celui-ci s'en veut, d'aimer Nora, de croire en des lendemains plus ensoleillés, un peu naïvement.

Je trouve que Brian Morton est un très bon observateur du genre humain. Il met le doigt avec justesse sur la difficulté de comprendre l'autre, surtout lorsque l'on ne parvient même pas à se comprendre soi même. La fin est énigmatique, c'est vrai, mais je trouve qu'elle est parfaitement en harmonie avec le reste du livre. Que peuvent accepter les personnages, et surtout que veulent-ils accepter ? Parce que dans cette histoire, nous avons deux personnes, qui peuvent chacune décider de fuir ou de rester. Même si on préfèrerait qu'elles optent pour la seconde solution... Un livre dont on sort un peu mélancolique et chahuté, mais c'est probablement l'effet recherché.

Lire l'avis (beaucoup) plus enthousiaste de Clarabel.

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28 septembre 2006

La passagère ; Barbara Ewing

2253111252"Londres, 1849. L'épidémie de choléra fait rage. Sir Charles Cooper, éminent parlementaire et homme d'affaires, décide d'envoyer sa plus jeune fille, l'étrange et très belle Harriet, à la campagne, loin de Mary, sa sœur bien-aimée. A Rusholme, Harriet découvrira un monde bien différent. Elle y rencontrera Edward, son cousin, qui rêve de partir pour la Nouvelle-Zélande, sa tante Lucretia, si dépendante de son laudanum, ainsi que la formidable lady Kingdom et ses fils, deux des plus beaux partis du royaume. Pourtant, la jeune fille n'aspire qu'à retrouver sa sœur. Quand Harriet regagne enfin son foyer, Londres est devenu pour elle plus dangereux que jamais. Sa santé tant physique que mentale et sa liberté sont en jeu. Fuir semble être son unique salut. Seule et sans ressources, Harriet arrivera-t-elle à survivre ? Parviendra-t-elle à se construire une nouvelle vie ? La Passagère nous entraîne dans les recoins les plus sombres du Londres de l'Angleterre victorienne, puis sur les mers jusqu'en Nouvelle-Zélande, aux premières heures pleines d'espoir de la colonisation. "

En tant qu'admiratrice de l'Angleterre du XIXème siècle, j'ai une certaine exigence en ce qui concerne les romans écrits sur la période (mes critères sont bien entendu purement personnels, et ne sont donc valables que pour moi). J'étais attirée par le résumé de ce livre, mais j'avais vu que l'auteur était contemporaine, et qu'il s'agissait d'une actrice américaine. Je n'ai rien contre les actrices américaines, cependant j'avais du mal à concevoir que l'on puisse écrire un bon livre sur l'époque victorienne sans être Anglais et contemporain de la période. Mais quelle agréable surprise ! Barbara Ewing s'est de toute évidence beaucoup documentée sur la période. C'est à la fois l'histoire d'Harriet qu'elle nous propose, mais aussi celle de la vie londonienne avec ses différentes classes sociales qui ne se comprennent pas, de ces migrations un peu à l'aveugle vers la Nouvelle-Zélande, pays plein de promesses pas toujours tenues... C'est bien écrit, il y a beaucoup de détails, les personnages sont attachants. On sent que l'auteur a aimé écrire ce livre, et ce plaisir est contagieux.

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25 septembre 2006

Un Amour de jeunesse ; Anne Packer

51YETN8SVRLEdition Seuil ; 508 pages.

"Carrie Bell a toujours vécu à Madison. D'aussi loin qu'on se souvienne, elle a toujours eu la même meilleure amie, les mêmes bonnes relations avec sa mère, le même petit-ami, Mike, aujourd'hui son fiancé. Elle a 23 ans. Lorsque Mike est victime d'un terrible accident, Carrie remet en question les fondements mêmes de sa vie : la personne qu'elle est, son foyer, sa région natale. Elle décide de tout quitter et part pour New York. Carrie tombe amoureuse du mystérieux Kilroy, découvre le milieu artistique de Chelsea, se lance avec succès dans la couture. Cette nouvelle vie reste cependant empreinte de remords... Peut-on abandonner dans la détresse les personnes qu'on a aimées ? C'est la question que pose avec beaucoup de finesse Ann Packer dans ce premier roman, qui a reçu de nombreux prix et rencontré un immense succès aux Etats-Unis."

Malgré quelques longueurs au milieu du livre, j'ai passé un bon moment avec cette lecture. Le personnage principal m'a plu. Carrie est confrontée à cette situation d'autant plus dramatique qu'elle est convaincue d'être en partie responsable de l'accident de Mike. Leur couple allait mal, et après l'accident elle ne peut que jouer la petite amie parfaite, afin de ne pas passer pour un monstre. Pourtant, elle a besoin de grandir, d'échapper à ce cocon dans lequel elle a toujours vécu, et où les gens attendent une réaction précise de sa part.
On comprend sa fuite en pleine nuit, pour retrouver ce Kilroy, et vivre égoïstement J'ai eu du mal avec cette partie, trop longue, et avec le personnage de Kilroy, qui tombe vraiment à point. Lui aussi est blessé, et comme par hasard, sa douleur se confond avec celle de Carrie.
Le regard des autres est bien étudié également. Le meilleur ami de Mike est furieux des choix que fait Carrie, les parents du jeune homme ont aussi du mal à retenir leur colère à son égard. Chacun se contente beaucoup de son point de vue, sans prendre en compte le drame que les autres ont vécu.

Pas un grand livre, mais un roman agréable sur le passage à l'âge adulte.

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19 septembre 2006

L'objet de mon affection ; Stephen McCauley

product_706995_1_10/18 ; 382 pages.

Nina et George vivent ensemble. Nina est une féministe convaincue, qui a très peur de s'engager avec un homme, et George est venue s'installer chez elle après sa rupture avec Joley. Lorsque Nina tombe enceinte de Howard, un jeune homme fou d'elle qui rêve de partager sa vie avec elle d'une manière plus conventionnelle, les choses se compliquent. D'autant plus que George rencontre Paul, lors d'un week-end avec son ex amant, Joley.

Dans ce livre, Stephen McCauley nous décrit une belle histoire d'amitié entre deux personnages marginaux, chacun à leur manière. Leur "couple" est le ciment de leur vie, car il leur permet de se protéger d'un monde extérieur qui leur fait peur (surtout pour Nina). De ce fait, il est difficile d'intégrer leur petit monde, au grand dam du fameux Howard, qui a tout de l'homme idéal, mais qui ne sait pas où donner de la tête.
Le tout est bourré d'humour, on se glisse avec délectation dans ce petit univers qui nous semble rapidement familier, et qui rappelle certains sitcoms, avec des situation abracadabrantes et des personnages loufoques auxquels il est impossible de résister.
C'est vrai qu'il n'y a pas grand chose d'original. Rien qu'à la lecture du résumé, on a déjà l'impression d'avoir vu ça cent fois. Pourtant, la magie opère, et ce livre se transforme en véritable doudou.

J'ai vraiment passé un très agréable moment avec ce livre. En revanche, j'ai vu le film récemment, et je le déconseille vivement. L'histoire est modifiée et perd tout ce qui fait son intérêt dans le livre pour devenir une banale comédie romantique assez niaise. 

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Les Heures ; Michael Cunningham

Sans_titreEdition Pocket ; 226 pages.
5,70 euros.

Même si je n’ai pas lu grand chose d’elle (d’ailleurs, je n’ai jamais réussi a lire Mrs Dalloway), Virginia Woolf est un personnage exerce sur moi une très grande fascination. J’avais entendu parler du film au moment de sa sortie, mais c’est surtout la couverture du roman qui m’a attirée.

Michael Cunningham nous raconte une journée dans la vie de trois femmes, Virginia Woolf en 1923, à Richmond, Clarissa, éditrice à New York à notre époque, et Laura, femme au foyer à Los Angeles en 1949. Le lien qui unit ces trois femmes ? Un livre. Mrs Dalloway. La première l'écrit, la seconde porte le prénom de l'héroïne, et la troisième le lit. Il bouleverse leur vie à toutes les trois, en leur montrant une vision assez déprimante de la vie.

Une fois n'est pas coutume, j’ai regarde le film avant de lire le roman. J’avais pris ce dernier dans mes bagages, mais ma cousine a insisté pour que l’on voit ce film lorsque je me suis arrêtée chez elle. Je n’aime pas vraiment lire un livre quand j’en connais déjà l’histoire par le biais d’un film. L’adaptation de Les heures est en plus l’un des films que je préfère désormais, et elle est très fidèle au roman. En lisant ce livre quelques jours seulement après avoir visionne le film, j’avoue que j’ai d’abord eu un peu de mal. Heureusement, il se trouve que j’étais justement en Angleterre, a Londres, vraiment dans l'ambiance idéale pour faire cette lecture.

Le rythme de ce livre est assez lent, l’ambiance est plutôt lourde, mais c’est parfaitement lisible. Tout d’abord, nous avons trois récits. Même si c’est parfois frustrant de quitter notre personnage préféré a la fin de chaque section, cela permet au lecteur de reste accroche au récit bien plus aisément qu’avec Mrs Dalloway. Pour ma part, j'attendais avec impatience les paragraphes sur Virginia Woolf, tandis que l'histoire de la mère au foyer m'a moins plu. Mais, peu à peu, on est pris dans l'ambiance, et les liens entre les trois femmes, leur fatigue et leur mélancolie s'éclairent peu à peu.
De plus, ce livre est vraiment très bien écrit. Quant à la lettre d’adieu de Virginia Woolf à son mari qui ouvre le roman, elle m’a harponnée à ce dernier.

Un bel hommage selon moi, je le relirai très certainement.

"Tu m'as rendue parfaitement heureuse. Tu as été pour moi ce que personne d'autre n'aurait pu être. Je ne crois pas que deux êtres eusses pu connaître si grand bonheur, jusqu'à ce que commence cette affreuse maladie. Je ne peux plus lutter davantage, je sais que je gâche ta vie, que sans moi tu pourrais travailler. Et je sais que tu le feras." (Virginia Woolf)

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