05 septembre 2008

Tandis que j'agonise ; William Faulkner

jagonise Folio ; 254 pages.
Traduction de Maurice Edgar Coindreau.

Addie Bundren agonise pendant que son fils Cash lui confectionne un cercueil. Autour, s'agitent son mari, Anse, ainsi que leurs autres enfants. Tous s'apprêtent à partir pour Jefferson, où Addie veut être enterrée.

En ce moment, il paraît que je suis en pleine crise d'adolescence. En tout cas, c'est ce que Thom a trouvé comme explication lorsque je lui ai dit que ce deuxième roman de Faulkner que j'étais en train de lire ne suscitait pas un enthousiasme débordant chez moi.

Etant donné que dans Lumière d'août aussi, on patauge pendant un certain temps avant de comprendre de quoi il s'agit, je ne me suis pas vraiment inquiétée dans un premier temps, savourant la première moitié en attendant que le reste me tombe dessus. Car il y a de quoi savourer quand même. Certes, la situation n'a a priori rien de très réjouissant. C'est même franchement lugubre. Mais tellement en fait, que ça en devient comique. L'agonie d'Addie se déroule avec le chant de la scie qui construit son cercueil comme musique de fond. Le chapitre qui énumère les réflexions extrêmement rationnelles de Cash sur ce même cercueil m'a fait éclater de rire tellement j'étais abasourdie de lire ça. Quant aux réflexions sur l'odeur qui se dégage du cercueil, elles se passent de commentaires...

Concernant la construction du livre, elle m'a parue beaucoup moins complexe que ce à quoi je m'attendais. La chronologie est à première vue bien respectée, les éléments s'enchaînent de façon normale. On a juste tout un tas de personnages qui semblent raconter la même histoire.
C'est d'ailleurs pourquoi, arrivée aux trois quarts du livre, j'ai commencé à ne pas trop comprendre quel était l'intérêt de ce récit. Ils ne sont assurément pas très doués ces Bundren. Et c'est peu de dire qu'il y a quelque chose qui ne colle pas. Mais je ne comprenais pas ce qu'il y avait d'extraordinaire là dedans.

J'ai réalisé presque à la fin du roman que j'avais raté la moitié de l'histoire. Car tous ces personnages qui semblent raconter la même chose ne disent finalement que ce qu'ils ont chacun perçu. Le père, qui devrait être un élément clé de la famille Bundren, ne pense qu'à lui, à sa promesse, à ses dents aussi. Jamais à sa femme. Les fils aussi ont d'autres soucis en tête. Cash pense à ses outils, Dewey Dell à sa grossesse. Quant à Jewel et Vardaman, le premier croit que sa mère est un cheval, et le second qu'elle s'est transformée en poisson. On pourrait presque penser que cette vieille bique de Cora a raison.
Sauf que, lorsque Vardaman raconte qu'il a vu quelque chose qu'il ne peut pas répéter, j'ai commencé à me sentir terriblement triste. Vardaman et Darl sont sans doute les seuls à avoir un peu conscience de la situation. En fait, j'ai eu l'impression que les personnages n'arrivaient pas à s'aimer. Jewel va donner son cheval, mais le fait en cachette. Tout le monde s'y met pour rendre ses outils à Cash, mais cela semble être davantage pour ne pas perdre du matériel que par affection. Et lorsque Darl est emmené, on a l'impression que Cash répète qu'il sera mieux là où il va pour ne pas s'en vouloir de l'avoir lâché. En fait, c'est pour ça que ces personnages sont attachants alors même qu'ils ne semblaient être que les membres d'une famille de dingues.

Finalement, la construction de Tandis que j'agonise n'est pas si simple qu'elle n'y paraît. Certaines clés de l'histoire ne sont fournies que de tardivement. Certaines réponses ne viennent pas, je pense que c'est au lecteur d'essayer de comprendre certaines motivations.

Je ne peux pas dire que j'ai aimé ce livre, je crois qu'il faudrait une seconde lecture pour ça. Mais Faulkner est assurément un auteur fascinant que je n'ai pas envie de quitter.

"Des fois, je ne sais pas trop si l'on a le droit de dire qu'un homme est fou ou non. Des fois, je crois qu'il n'y a personne de complètement fou et personne de complètement sain tant que la majorité n'a pas décidé dans un sens ou dans l'autre." (page 221)

Les avis de Thom et de Sylvie

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09 juillet 2008

La traversée de l'été ; Truman Capote

41jSCaVuvtLLe Livre de Poche ; 151 pages.

J'ai ouvert ce livre dans de très mauvaises conditions, sûre qu'il n'allait pas me plaire. En fait, j'attendais de recevoir la suite de Bitten (dont je vous parle très bientôt), et il me fallait un roman pas trop long juste pour patienter. C'est une amie qui m'avait convaincue de lire ce roman en me disant qu'elle l'avait adoré. A cette époque (pas lointaine du tout en fait), je croyais que Truman Capote était un gangster. En fait, je le confondais avec Al Capone (je trouvais ça bizarre qu'il ait eu le temps de devenir un écrivain reconnu, mais quand on croit très fort à quelque chose, on trouve toujours une explication)... Bref, ça n'augurait rien de bon. Au final, je suis complètement conquise par ce livre.

Grady McNeil a dix-sept ans, et refuse d'accompagner ses parents en Europe pour y passer l'été. " Je n'ai jamais passé un été ici, " explique t-elle. Elle ne peut pas dire à ses riches et respectés parents qu'elle veut rester à New York pour être près de Clyde, un jeune homme qui travaille dans un parking. Finalement, elle obtient gain de cause, et ses parents quittent les Etats-Unis sans plus d'inquiétude qu'il n'en faut pour ne pas se sentir coupable de laisser "la petite" sans surveillance. 

Ma première surprise a été la qualité d'écriture de Truman Capote. Je ne peux pas être très précise à ce sujet, mais c'est dynamique, travaillé. Capote parvient à créer une atmosphère étouffante qui se referme progressivement sur les personnages avec une facilité déconcertante. Je sais que ma comparaison ne vaut pas grand chose, mais cette atmosphère est un peu celle que l'on retrouve dans Expiation de Ian McEwan (encore un livre dont il faudrait que je vous parle). Le livre est extrêmement court, mais l'on voit le drame se dessiner progressivement, sans que cela semble précipité.
Les deux personnages principaux ne peuvent pas survivre, cependant il faut du temps pour comprendre pourquoi. Ils sont tous les deux pommés à leur manière. Elle n'hésite pas à lui dévoiler ses sentiments, mais elle prend conscience au bout du compte que cela ne suffira sans doute pas. Lui sait que leur histoire est vouée à l'échec et tente de se protéger en feignant la désinvolture, mais un bref passage dans sa tête nous permet de comprendre qu'il est tout autant dépassé par les événements qu'elle. Ils semblent d'abord assez éloignés, plein de défauts, un peu clichés. Cependant, leur jeunesse parle pour eux, et l'approche du dénouement les rend de plus en plus attachants.
Tout cela dans une ambiance new-yorkaise très bien retranscrite, avec l'appartement de la cinquième avenue, les endroits branchés, le parking où travaille Clyde, Central Park...

Ce livre est le premier roman de Truman Capote, qui ne l'a jamais publié. La première édition date donc seulement de 2006. Dans la postface de l'édition du Livre de Poche, un ami de Truman Capote écrit que La traversée de l'été n'est " pas une oeuvre aboutie " . Je demande à voir le reste de la bibliographie de cet auteur dans ce cas, car pour moi ce petit livre est un très gros coup de coeur.

J'ai adoré le dernier paragraphe du livre, mais pour ménager un peu le suspens, j'ai choisi de vous mettre un autre passage qui m'a beaucoup plu :

" Grady qui n'avait jamais passé un été à New York ignorait qu'il existât des nuits pareilles. La chaleur ouvre le crâne de la ville, exposant au jour une cervelle blanche et des nœuds de nerfs vibrant comme les fils des ampoules électriques. L'air se charge d'une odeur surnaturelle dont la puissance âcre imbibe les pavés, les recouvrant d'une sorte de toile d'araignée sous laquelle on imagine les battements d'un cœur. Grady n'avait qu'une connaissance limitée de ce genre de naufrage citadin, elle en avait perçu des signes avant-coureurs à Brodway mais ils appartenaient au décor extérieur, elle n'en faisait pas partie. À présent, elle en était prisonnière et il n'y avait pas d'issue de secours. " (p 94)

Les avis de Clarabel, Papillon, Laure, Laurence.

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04 juillet 2008

Inconnu à cette adresse ; Kressmann Taylor

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Le Livre de Poche ; 89 pages.

Ce livre est un grand classique sur les blogs, mais aussi en dehors, c’est pourquoi j’avais prévu de le lire un jour. A part ça, j’avoue que je n’étais pas trop tentée. Le seul livre que j’ai lu de cet auteur ne m’a laissé aucun souvenir. De plus, quand on voit le prix du livre par rapport au nombre de pages (écrites en très gros), ça sent l’opération commerciale à plein nez.

Bref, je comptais jeter un œil à cette nouvelle, mais seulement si elle me tombait dans les mains. L’occasion s’est présentée il y a quelques jours, je l’ai lue dans la foulée, et verdict : c’est bien mais je ne hurle pas au chef d’oeuvre.

Deux amis et associés, Max et Martin, s’échangent des lettres sur fond de montée du nazisme en Allemagne. L’un est d’origine juive et vit aux Etats-Unis, l’autre est rentré en Allemagne avec femme et enfants.

Je reconnais que ce livre a beaucoup de qualités. L’auteur, même si elle a écrit Inconnu à cette adresse en 1938,  livre un récit qui rappelle à tout le monde ce qu’il a appris sur ce qui s’est passé non seulement dans les années 1930, mais également sur ce qui s’est passé après. De ce fait, pas besoin d’être archi calé sur le climat d’avant la Deuxième Guerre mondiale pour que cette histoire nous parle. De plus, c’est clair que pour un texte écrit en 1938, Kressmann Taylor semble  bien informée.

Sur le plan de la forme, la nouvelle est très bien construite, notamment la fin, avec ces lettres auxquelles on ne comprend rien dans un premier moment. Bémol quand même pour le début du texte. Les premières lettres ont un accent pompeux pénible qui enlève de la crédibilité aux personnages censés les écrire. Après ma lecture, j’ai lu le billet de Céline sur la représentation qu’elle a vu d’Inconnu à cette adresse, et elle parle également d’un côté un peu artificiel au début, qui se traduit par des acteurs qui surjouent.

Assurément, Kressmann Taylor a écrit un texte qui ne manque pas d’intérêt si on veut l’étudier. J’ignore si les collégiens doivent souvent lire cette nouvelle ou non, mais Inconnu à cette adresse me semble être un texte que l’on peut lire très tôt.

Je fais quand même un reproche à Inconnu à cette adresse, qui fait que je n’en garderai pas un souvenir impérissable. Cela reste trop général pour vraiment toucher. Il y a énormément de choses que l’on peut approfondir, mais si on fait simplement une lecture, c’est du vite lu et vite oublié. Pour faire un parallèle un peu tordu, cette nouvelle m’a fait penser au dernier Magazine Littéraire et à son dossier sur les romancières anglaises. Grâce à ce dernier, on trouve des pistes de lecture, on s’occupe plutôt agréablement sur la plage ou au bord de la piscine. Cependant, on n’apprend rien de vraiment nouveau.

Les avis d'InColdBlog et de Lisa.

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26 juin 2008

Lumière d'août ; William Faulkner

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Folio ; 627 pages.

Ça fait des mois que Thom me bassine avec Faulkner, du coup j'ai mis de côté la terreur que m'inspirait cet auteur pour m'attaquer à Lumière d'août (je vous assure que ce fut d'autant moins facile qu'Erzébeth a cru bon d'en rajouter trois couches dans le genre "tu vas voir c'est trooooop bien").  Bon, je ne vous garantie pas que j'ai compris quelque chose au cours de ma lecture, mais ce livre est assurément un monument.

Je sais que pour donner envie de lire un livre, il est logique d'en faire un résumé. Mais je crois que toute tentative serait forcément réductrice. Même s'il y a bel et bien un personnage principal ainsi qu'une intrigue dans ce roman, le reste est tout aussi important. Du coup, je vais simplement vous raconter le premier chapitre.
On y suit Lena, une jeune fille qui quitte son Alabama pour rejoindre le géniteur de l'enfant qu'elle attend. Elle ignore où il se trouve, mais grâce aux gens qu'elle croise, elle finit par arriver dans la ville de Jefferson, alors que la maison de Miss Burden brûle.   

Je sais que vous n'êtes pas du tout avancés avec ces trois lignes de résumé du premier chapitre, car encore une fois, ce livre est un tout. Avec Lumière d'août, Faulkner relègue définitivement tous les auteurs qui m'avaient jusqu'alors interpellée par l'audace dont ils avaient fait preuve dans la construction de leurs romans au rang d'amateurs (et encore, je suis vraiment très gentille). Lumière d'août m'a donné l'impression que j'ouvrais à chaque chapitre un tiroir d'une commode, et cela pas toujours dans l'ordre. Le récit n'est pas linéaire, pourtant il est parfaitement maîtrisé, et en fin de compte, on avance sans même s'en rendre compte. C'est d'ailleurs justement ça qui est incroyable.  Le livre commence quand tout est finit ou presque. Il y a seulement deux mois écoulés entre le premier et le dernier chapitre, mais le roman couvre en fait une histoire sur plusieurs générations. Il y a beaucoup de retours en arrière, pour comprendre les points de vue de chacun, et surtout le pourquoi du comment. Certains chapitres avancent plus vite que d'autres, et ceux qui traînent un peu en longueur ne laissent entrevoir leur importance que par la suite. Lena, la première personne que l'on suit, n'est pas le personnage principal du roman. Elle n'est présente qu'au début et à la fin, pour justifier le reste du livre et pour donner une stabilité au roman. Comme tous les personnages de ce roman, elle est à la fois secondaire et indispensable. En fait, je ne sais pas si on peut dire qu'il y a un personnage principal dans ce livre. C'est certes principalement l'histoire de Joe Christmas qui est racontée, mais sans Lena, Byron Bunch ou un autre, Lumière d'août ne serait pas le roman qu'il est.
Car c'est aussi de Jefferson, du sud des Etats-Unis et de sa mentalité raciste, puritaine et misogyne dont il est question. Pour ceux qui entrevoient un livre engagé, je ne pense pas que ce soit le cas. J'ignore tout de Faulkner, mais j'ai l'impression qu'il décrit davantage qu'il ne dénonce une situation avec ce livre.
Les personnages de ce roman sont souvent excessifs. Il y a les puritains, comme McEarchen, qui sont affreusement misogynes, car les femmes représentent leurs désirs "diaboliques". L'obsession à propos du "sang noir" de Christmas est aussi assez hallucinante (même si je sais que venant d'habitants du Mississippi dans les années 1920, c'est normal).
En face des puritains, on a les débauchés, les personnes qui ne sont pas vraiment des êtres humains. Avec en tête les femmes, qui critiquent, qui mentent, qui couchent, qui tombent enceinte à tous les coups (sauf quand ça les rend encore plus méprisables de ne pas se faire engrosser), et qui parlent pour ne rien dire. Christmas rentre dans les deux catégories. Il a des comportements qui font penser que McEarchen a bien réussi à lui inculquer quelques "principes", mais les femmes (encore elles) et le whisky le perdent. Pire, lors de sa fuite il se transforme complètement en animal, ne mangeant plus que par instinct. Finalement, il est encore une fois le point de rencontre de tous les personnages (même si le regard du lecteur n'est attiré sur son personnage qu'au bout d'un bon moment).
J'oubliais les braves types. Ils se laissent évidemment manipuler par les femmes, mais ils sont là parce qu'il y a toujours des braves types.

Honnêtement, je n'aurais pas cru que Lumière d'août allait autant me marquer. Les premiers chapitres m'ont vraiment déconcertée d'ailleurs. Il faut vraiment être attentif en lisant ce livre. Je me suis même demandée si certains passages (pourtant écris une seule fois) n'étaient pas quand même destinés à être lus à plusieurs reprises : au tout début, lorsque Faulkner nous dit que Lena a ouvert sa fenêtre, j'ai dû relire ce paragraphe plusieurs fois avant de comprendre comment elle avait réussi à se retrouver enceinte au paragraphe suivant. De même, quand un même événement est raconté à plusieurs reprises, je me suis parfois demandé si je n'avais pas repris ma lecture au mauvais endroit.
Il m'a fallut plusieurs chapitres avant d'arrêter de me demander où l'auteur voulait en venir. Lumière d'août étant le premier roman de Faulkner que je lisais, je ne pouvais pas deviner que je n'avais pas encore tout vu de ce qu'il avait construit. Malgré cela, j'ai lu ce livre sans ennui, car on se pose très vite des questions, et qu'on est trop occupé à admirer la maîtrise dont l'auteur fait preuve de la première à la dernière page de son livre. Je craignais d'ouvrir un roman plombant dans lequel rien ne se passe, mais je me suis finalement laissé embarquer sans problème. Lumière d'août n'est peut-être pas un livre des plus réjouissants, mais on y trouve des personnages auxquels on finit par vivement s'intéresser et surtout une histoire dans laquelle on voudrait bien continuer à naviguer tellement elle est bien construite. En fait, c'est tout simplement un chef d'oeuvre.

J'ai fini par trouver l'avis de Thom (qui m'inquiète en disant que la chronologie n'est pas beaucoup triturée dans Lumière d'août).

" La mémoire croit avant que la connaissance ne se rappelle. Croit plus longtemps qu'elle ne se souvient, plus longtemps que la connaissance ne s'interroge. Connaît, se rappelle, croit un corridor dans un long bâtiment froid, délabré, rempli d'échos, un long bâtiment de briques d'un rouge sombre, tachées par la pluie de plus de cheminées que les siennes, construit sur une sorte d'aggloméré d'escarbilles, sans un brin d'herbe, entouré d'usines fumantes, et ceint d'une clôture en fil de fer haute de dix pieds, comme un pénitencier ou un jardin zoologique. "

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17 juin 2008

Xingu, Edith Wharton

9782842054915_G_1_Mille et Une nuits ; 63 pages.
1,55 euros.

Je sais, ce blog est vraiment désert depuis un bon moment. Je n'ai pas vraiment eu le temps de lire, et encore moins la motivation pour écrire un billet. Si je viens vous donner des nouvelles, c'est pour vous parler d'un petit livre qui m'a beaucoup plu. Il est arrivé il y a quelques semaines dans ma boîte aux lettres (merci à Lou), et je l'ai dévoré très rapidement.

Edith Wharton est sur ma PAL depuis des mois avec Le fruit de l'arbre. Elle fait partie de ces auteurs que je veux absolument lire un jour, mais que je ne sais pas trop par quel titre aborder. Xingu avait déjà piqué ma curiosité. Le titre a une consonance asiatique un peu surprenante, et j'avais lu plusieurs billets enthousiastes au sujet de cette courte nouvelle.

A Hillbridge, les dames "respectables" se réunissent régulièrement pour parler de choses très intellectuelles et déballer leur érudition. Le passage de la célèbre Osric Dane, écrivain de son état, dans leur petit cercle, met toutes ces vipères en émoi. Lorsque la célèbre dame arrive, ses hôtesses sont mortifiées devant le dédain dont elle fait preuve. Suite à un mouvement de panique dû à une défaillance de la mémoire de la quasi totalité des femmes présentes, le mot Xingu est lancé par Mrs Roby, la paria du groupe. Toutes se mettent alors à donner leur point de vue sur le nouveau sujet de conversation. 

Quelle nouvelle agréable ! J'ai trouvé cela frais, dynamique, et vraiment très drôle. J'ai tout de suite compris de quoi il retournait quand Xingu est évoqué pour la première fois, mais  je n'en ai que plus savouré le récit d'Edith Wharton. Je crois que je ne me lasserais jamais de ces auteurs qui savent si bien cerner les travers de la société dans laquelle ils évoluent.
De plus, le sujet est indémodable. Les fameux manuels sur les livres ou les films à connaître à tout prix dont certains blogs avaient parlé l'an passé lors de la sortie de je ne sais plus quel titre prouvent bien que faire bonne figure est encore important pour beaucoup de gens.
Ici, la situation est complètement hilarante, et la réaction des vipères de Hillbridge est révélatrice d'une immaturité proche du pathétique (même si encore une fois, elle n'est pas surprenante). Une belle revanche pour Mrs Ruby, qui avec un seul mot, parvient à déstabiliser celles qui la méprisaient jusque là. Certes, ces dames sont trop pédantes pour admettre qu'elles se sont fait avoir, et c'est là la chance des personnes de leur espèce. Toutefois, pour le lecteur, c'est une vraie satisfaction que de pouvoir contempler leur bêtise.
Ce livre me fait également penser aux relations entre les personnes de même sexe. J'ai pu constater à de nombreuses reprises à quel point les ambiances "filles" peuvent être mauvaises. Il y a toujours les pestes, incapables d'avoir un avis propre, qui se croient supérieures et qui désignent une ou plusieurs autres jeunes filles dont il faut se moquer. Aujourd'hui, ces dernières sont les "ringardes", à l'époque d'Edith Wharton c'étaient les femmes qui n'avaient pas les mêmes manières que les autres.   
Tout ça en très peu de pages, mais Edith Wharton maîtrise parfaitement son sujet, jusqu'à la chute, judicieuse, qui m'a tiré un dernier sourire.

Le colis de Lou comportait également un autre roman d'Edith Wharton, donc je pense vous en reparler un de ces jours.

Les avis de Lou (dont j'aime beaucoup l'introduction), Papillon, Allie, Caroline, Gachucha, Stéphanie, Cathulu et La Conteuse.

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04 mars 2008

Le destin miraculeux d'Edgar Mint ; Brady Udall

51C1WYA431L10/18 ; 544 pages.

Ce livre faisait partie de mon challenge ABC 2007 que j’espère compléter avec un peu de retard. Ce livre m’avait été conseillé parce qu’il me fallait un auteur en « U ». Autrement, je ne pense pas qu’il me serait venu à l’esprit de le lire. D’ailleurs, j’ai mis un bon moment à me décider.

L’histoire : Edgar Mint a sept ans quand le facteur lui roule sur la tête. Ce petit métis, né d’une mère indienne alcoolique depuis sa grossesse et d’un apprenti cow -boy disparu dans la nature, passe trois mois dans le coma avant de passer de nombreux mois dans une nouvelle chambre d’hôpital. Là-bas, sa vie commence. Il réalise qu’il ne peut pas écrire, mais taper à la machine, il ne s’en prive pas. Sa mère ayant disparu après son accident, Edgar est envoyé chez son grand-oncle, qui le met dans une école d’enfants indiens où il ne rigole pas tous les jours, puis il partage quelques temps la vie d’une famille mormone.

Mon avis : Autant le dire tout de suite, ce roman m’a complètement emballée. Il m’a fallu une cinquantaine de pages avant de me retrouver un peu dans le récit, mais j’ai terminé ce livre en une journée.

En fait, Le destin miraculeux d’Edgar Mint est très typique des romans américains actuels au niveau de sa forme. Je n’en ai pas lu beaucoup, mais j’ai dès le début pensé aux romans de Stephen MacCauley, Jonathan Tropper ou Douglas Coupland. Le ton employé, le découpage des chapitres, le style direct et percutant est commun à tous ces auteurs. Sauf que je trouve que Brady Udall les utilise beaucoup mieux. L’histoire est originale (du moins je n’en avais jamais lu de pareille). On est loin des clichés assez présents chez les autres auteurs que je viens de citer (je précise que ça ne m’empêche pas d’avoir énormément aimé certains de leurs livres). Le personnage est un enfant né dans une réserve indienne, pas un célibataire branché et pommé vivant dans une grande ville américaine.

Et puis, c’est vraiment drôle, dynamique, voire même un peu flippant (ce Barry…). J’ai beaucoup aimé la façon de parler d’Edgar d’abord à la troisième, puis à la première personne dans la phrase suivante. On a deux récits en un, de façon assez subtile, qui nous permettent d’aborder l’histoire à deux niveaux différents. Comme spectateur d’abord, puis comme témoin pris à partie par Edgar.

Ne vous attendez pas à un livre débordant d’action, ou à une quête effrénée de la part d’Edgar pour mener à bien les missions qu’il se fixe. La mission d'Edgar, tant promise dans certains résumés du livre, se dessine vraiment progressivement, et est loin de constituer l’intérêt principal du roman. Ce livre est surtout une succession d’anecdotes. Chaque période, l’hôpital, l’école, la maison mormone, dure une bonne partie du livre. Ce n’est absolument pas ennuyeux, un garçon comme Edgar qui réfléchit en permanence est toujours captivant, amusant et touchant. Le ton est plutôt détaché sans être froid. Cela permet au lecteur d’éprouver de l’empathie pour les personnages (et ils en ont besoin) sans les traumatiser non plus.

La fin est drôle et bien ficelée, dans la continuité du roman. Vraiment un très bon moment de lecture que je vous recommande !

    

« Je m’aperçois aujourd’hui que, sous de nombreux aspects, j’ai vécu ma vie à l’envers. Pendant la première moitié, j’ai eu à faire des choix difficiles et à en subir les conséquences, tandis que pendant la deuxième, j’ai vécu l’existence simple et protégée d’un enfant. » (Page 537)

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15 août 2007

Le temps n'est rien ; Audrey Niffenegger

41HBWRS3F0LJ'ai Lu ; 521 pages.
8,90 euros.

J'aurais aimé vous donner envie de lire pour mon premier billet de retour de vacances, mais bon...

"Je l'aime. II représente tout pour moi. Je l'ai attendu toute ma vie et à présent il est là. (J'ai du mal à m'expliquer.) Avec lui je peux contempler mon existence dans sa totalité, comme une carte, passé et futur réunis, comme un ange... [..] Tout est déjà arrivé. Tout en même temps. " Nous avons tous déjà eu cette impression d'avoir rencontré une personne quelque part avant, ou de l'avoir connue dans une autre vie... Et si c'était dans un autre temps ? Quand Henry, bibliothécaire, voit arriver Claire, une artiste séduisante, il ne peut croire à l'incroyable : ils se connaissent depuis des décennies, même s'il ne s'en souvient pas. Car Henry est atteint d'une maladie qui le propulse dans le temps. II a rencontré Claire alors qu'elle était enfant et va sans cesse partir et revenir à des époques de leurs vies respectives...
L'histoire folle et romanesque d'un amour absolu et éternel. Audrey Niffenegger

J'ai lu ce livre suite à la critique enthousiaste de Chimère et quelques autres. Je m'attendais vraiment à un petit bijou, mais j'ai été plutôt déçue par cette histoire que je qualifierais seulement de "gentille".

Ce livre se lit assez rapidement, est plutôt distrayant, les personnages sont attachants. Et c'est tout.

Même l'idée de voyager dans le temps, qui semblait plutôt originale, apparaît comme étant banale, parce que l'auteur n'a pas su l'exploiter correctement à mes yeux. J'ai lu très vite et avec beaucoup de plaisir les trois cents premières pages, et puis je me suis lassée. J'attendais des révélations qui ne sont jamais arrivées. En fait, il n'y a pas vraiment de fond, ni de but, surtout des clichés. Les deux cents dernières pages ne sont pas vraiment captivantes, et donnent l'impression de faire du sur place. C'est comme si l'auteur sentait elle aussi que ça suffisait, mais sans savoir comment terminer son livre. D'ailleurs, la fin ne m'a pas du tout plu, je l'ai trouvée complètement téléphonée.

C'est vite lu et vite oublié, et c'est très dommage.

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03 mars 2007

Une vie merveilleuse ; Laurie Colwin

2253066966Édition Le Livre de Poche ; 281 pages.
6 euros.

" Guido et Vincent sont cousins et amis d'enfance. À ces trentenaires de la bonne société new-yorkaise, nantis d'un métier qui leur plaît et d'amis souriants, il ne manque que la femme de leurs rêves pour que la vie soit merveilleuse. Ils la rencontrent au même moment, l'un en la personne de l'élégante Holly, raffinée et secrète ; l'autre, de Mitsy, descendante d'immigrés russes, la rebelle jamais rassurée. Et les ennuis commencent... Disons plutôt les inquiétudes de l'amour, maladresses et malentendus, effusions et alarmes, comme s'il fallait se faire un petit peu mal pour apprécier son bonheur, dans un monde favorisé que l'auteur de Frank et Billy, figure emblématique du Manhattan des années 1980, nous dépeint avec un humour tendre et complice. "

C'est un petit livre enchanteur dont je vais vous parler. Déjà, j'aime énormément la couverture, ces portraits qui pourraient être l'un de ceux que je faisais en maternelle et en primaire. Je me souviens de ces gens auxquels je donnais toujours un sourire, avec les deux traits en bout de lèvres...

C'est vrai, il ne se passe rien de palpitant à première vue. C'est le récit calme de deux amours. Laurie Colwin nous entraîne dans un petit monde sécurisé, où chaque personnage finit par être heureux. Mais je me suis énormément attachée à ces personnages.  Je me suis identifiée à Mitsy, cette jeune femme terrorisée à l'idée d'être blessée et qui refuse de mettre des mots sur ses sentiments. Comme Mitsy et Holly, j'ai la conviction que rien n'est jamais totalement acquis, et surtout pas le bonheur. Et puis, je l'avoue, j'ai pris du plaisir à voir ces hommes malmenés, déboussolés par les femmes qu'ils aiment, car ça les oblige à se battre pour les rassurer et les garder. Laurie Colwin nous livre une histoire légère et qui fait chaud au coeur. On rit de ces garçons, mais avec énormément d'affection.

Certes, c'est un peu idéal comme monde. Deux hommes prêts à tout pour leurs amoureuses, et deux femmes qui prennent en main leur couple en lui donnant du piment. Jusqu'à ce qu'il faille craquer et avouer à l'autre son amour, prendre le risque de vivre heureux à deux.

Mais j'aime les conte de fées, et j'avoue avoir complètement craqué. Une jolie découverte, qui me permet de noter les autres titres de Laurie Colwin sur ma LAL.

Les avis de Florinette et de Clarabel.

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01 mars 2007

Léviathan ; Paul Auster

9782253139072_G_1_Édition Le Livre de Poche ; 320 pages.
5,50 euros.

Lettre "A" Challenge ABC 2007 :

"Comment et pourquoi Benjamin Sachs, jeune écrivain talentueux des années Reagan, est-il devenu le poseur de bombes qui plastique l'une après l'autre les multiples statues de la Liberté ornant les villes américaines ?
C'est à cette question que cherche à répondre son ami Peter Aaron dans ce récit traité à la manière d'une biographie, réponse anticipée aux enquêteurs du FBI, à la légende médiatique qui s'est déjà emparée de Sachs. Et le romancier du Voyage d'Anna Blume de nous donner, dans le sillage des écrivains prophètes que furent Whitman ou Thoreau, le portrait d'une Amérique déboussolée, qui a renié sans même s'en apercevoir ses valeurs fondatrices. Un récit d'une limpidité rigoureuse, aux personnages - notamment féminins - d'une remarquable vérité. "

Paul Auster est un auteur que j'ai connu en même temps que Jane Austen, pour la simple et bonne raison que leurs livres sont côte à côte dans les librairies. Mais c'est lorsque j'ai découvert les blogs littéraires que j'ai commencé à en découvrir un peu plus sur lui. J'ai donc décidé d'ouvrir l'un de ses livres pour voir un peu si cet enthousiasme qu'il suscitait était mérité.

C'est très étrange, j'ai énormément aimé ce livre, mais sa lecture a été douloureuse (sans doute dans le bon sens du terme, s'il y en a un...). D'un côté, je l'ai dévoré en une journée. Étant donné qu'il s'agit d'un monologue (ou presque) sur plus de 300 pages, cela démontre des qualités d'écriture chez Paul Auster. Je trouve également que ses personnages sont fouillés, absolument pas caricaturaux, ce qui les rend extrêmement intéressants. Paul Auster nous emmène vraiment à la découverte de la complexité de l'âme humaine, et c'est là que j'ai souffert.

Car la vie de Benjamin Sachs est difficile à regarder. C'est un homme qui a ses défauts, mais qui parvient à nous attacher à lui. A partir de là, il est difficile de ne pas être bouleversé par les drames auxquels il a été confrontés. C'est un homme tellement dur avec lui même, qui se déteste tellement qu'il ne peut que blesser ceux qu'il aime. En particulier sa femme, Fanny. Celle-ci également est attachante, mais même si je comprends qu'elle ait fini par partir, c'est difficile de voir que Ben a réussi à détruire un peu plus sa vie en la manipulant. Lillian non plus ne peut pas sauver Sachs (bien au contraire), pas plus que son meilleur ami, qui ne peut que tenter de le réhabiliter une fois qu'il est trop tard. Tous ces personnages sont des gens abîmés par la vie, mais contrairement à eux, Sachs ne parvient pas à cesser de s'auto-détruire. La psychologie a une place importante dans ce roman, et ce qu'elle nous permet de découvrir m'a mise très mal à l'aise. Benjamin Sachs réfléchit beaucoup, il a conscience du décalage qui existe entre nos belles paroles et la réalité. Il veut pouvoir se regarder en face en se battant pour ses idéaux, mais il ne parvient qu'à se démollir un peu plus à chaque fois qu'il agit.
Paul Auster nous parle de la perception des choses qui diffère selon les gens. La réalité n'est pas la même selon les personnes. La vérité non plus. Cela explique l'impossibilité pour chacun d'entre nous de prévoir la réaction des autres. Une simple gifle peut déclencher des événements d'une ampleur inconcevable.
J'ai vu que Flo avait eu du mal à lire la première partie du livre. Pour ma part, je trouve qu'elle permet de mettre en place les éléments d'une histoire complexe. Tout s'accélère vers la page 200, et tout se finit très vite. Quand j'ai refermé ce livre, des questions se bousculaient dans ma tête. Je crois que c'est ce que Paul Auster voulait provoquer.

J'aimerais bien en lire un autre de cet auteur, pour confirmer mon impression. J'ai trouvé qu'il faisait partie de ces rares auteurs contemporains capables d'allier le fond et la forme. Si vous avez en tête des titres un peu plus gais, je suis preneuse.   

Les avis de Flo et d'Allie. Pour en savoir plus sur Paul Auster et son oeuvre, allez faire un tour sur L'Austerblog de Flo et de Florinette.

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19 novembre 2006

Comme une vallée de larmes ; Robert Morgan

2253113654

Edition Le Livre de Poche ; 406 pages.
6,95 euros.

"Lorsque Julie Harmon quitte sa ferme des Appalaches, elle n'a que 17 ans. Elle a déjà vu son petit frère mourir dans ses bras, soigné son père et assisté, impuissante, à sa fin. Il lui reste sa mère et ses trois soeurs pour s'occuper de la ferme mais, depuis l'enfance, c'est elle qui fait marcher la maison. Quand elle rencontre Hank, elle tombe aussitôt amoureuse de lui : il est beau, il a de larges épaules, il est fort et saura l'aimer. Car, pour subsister dans un monde qui ne leur épargnera aucune souffrance, seul l'amour pourra les préserver du chaos et de la folie... Avec Julie Harmon, Robert Morgan a créé un superbe personnage de femme."

Ce livre est un nouveau coup de coeur. Je ne lis pratiquement jamais d'histoires comme celle-ci, mais là j'ai énormément aimé le dépaysement procuré par ce livre. On a l'impression d'être dans les Appalaches avec Julie et Hank, on entend le vent souffler dans les arbres, on voit la grange à côté de la rivière. Julie et Hank ont une vie très dure, Hank est parfois vraiment horrible avec sa femme, mais ces deux-là on une volonté de fer, et malgré tout, on sent qu'ils s'aiment. C'est l'histoire de deux enfants qui tombent amoureux et qui pensent que tout va aller pour le mieux. C'est aussi celle de deux être aux mentalités très éloignées de la nôtre, et dont les préoccupations sont beaucoup moins superficielles que les nôtres. Les pages défilent sans qu'on s'en aperçoivent, et à la fin du livre, j'ai ressenti la même résignation que Hank et Julie, le même espoir ou plutôt la même certitude que quoi qu'il arrive, tout irait bien ou pas trop mal.

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