11 juillet 2013

Fragiles serments - Molly Keane

imagesLa demeure des Bird, sur la côte irlandaise, est en ébulition. John, le fils aîné, doit rentrer chez lui après un séjour en hôpital psychiatrique. Sa mère, Olivia, a particulièrement hâte de le retrouver pour jouer les grandes soeurs. Eliza, une amie de la famille, est venue faciliter les retrouvailles.

Si vous cherchez à passer quelques jours de repos en compagnie d'une famille vivant dans une belle maison irlandaise du début du XXe siècle, alors découvrez Molly Keane. Elle dresse sa galerie de personnages avec beaucoup de finesse. Lady Bird est particulièrement réussie. Malgré la cinquantaine qui approche, Olivia soigne son apparence avec un soin jaloux.

"Lady Bird était sincèrement enchantée de voir son invitée, d'autant plus qu'elle jugeait son chapeau complètement raté, at aussi parce qu'elle trouvait à Eliza l'air vieux, fatigué et assez mal en point -comme se doit de paraître toute invitée ayant dix ans de moins que soi."

Pour retrouver sa jeunesse, elle s'imagine être une adolescente, plus amie que mère, pour ses enfants qui la méprisent. Ayant délaissé ses amants, elle ne vit désormais que pour son jardin, qui lui permet d'être la reine du voisinage (même si elle n'est pas à l'abri d'un coup d'Etat venant d'une horrible voisine). Seul son époux, Julian, pourtant conscient du caractère frivole et infidèle de sa femme, est incapable de la voir souffrir.
Parmi les enfants des Bird, le point de vue des femmes étant celui adopté, John et le petit Markie sont relégués au second plan au profit de leur soeur Sheena. Celle-ci a à peine vingt ans, et vient de se fiancer avec Rupert, un ami de son frère. Cependant, la folie de son frère, les secrets de ses parents et les manigances des soeurs de son compagnon l'amènent à douter de ce qu'elle veut.
Un autre personnage se détache, celui de la gouvernante. Cette jeune femme complexée par son abondante barbe se prend à rêver d'amour et de rébellion, mais elle est incapable de ne pas se faire écraser par les demandes excessives de sa maîtresse.
Témoin de ces événements, Eliza est une vieille amie de la famille. Bien qu'amoureuse de Julian depuis toujours et attachée à Olivia, elle est lucide face à leur comportement souvent égoïste qui porte préjudice à leurs enfants. En manipulant un peu tout le monde et en se sacrifiant beaucoup, elle tente de remettre les choses en ordre.
Les liens de parenté, la vie de l'aristocratie irlandaise, les relations humaines, sont abordés très clairement dans ce roman dont l'intrigue est plus complexe qu'à première vue. Si John semble être le point central lorsque débute le livre, les conséquences de son état de santé mettent surtout en lumière la personnalité de ses proches.

Pour être honnête, je n'ai pas été entièrement séduite par ce roman. S'il s'était agit de me première lecture d'un roman anglo-saxon de la première moitié du XXe siècle, j'aurais passé un très bon moment. Mais comme ce n'est pas le cas, je ne peux m'empêcher de le trouver assez semblable à beaucoup d'autres romans. Il est drôle, impertinent, doté d'une belle écriture, ce qui est suffisant pour vous recommander sa lecture, mais il ne sort pas assez du lot pour que je puisse parler de coup de coeur.

L'avis de Lou

Ce livre irlandais de 1935 me permet d'entamer mon challenge Littérature du Commonwealth chez Alexandra.

Quai Voltaire. 285 pages.
Traduit par Cécile Arnaud.
1935 pour l'édition originale.

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10 février 2012

Tu savais que deux mille cinq cents gauchers meurent chaque année parce qu'ils utilisent des objets conçus pour les droitiers ?

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Difficile d'échapper à ce livre, tant il a reçu de compliments sur la blogosphère littéraire ces derniers mois. Après moults hésitations, j'ai plongé dans ce livre, et je n'en suis ressortie qu'au point final.

Nous sommes en Ecosse, et Iris vient de recevoir un appel d'un hôpital psychiatrique lui demandant de venir récupérer sa grande-tante, une certaine Euphémia Lennox, car l'établissement doit fermer. Seulement, Iris n'a jamais entendu parler de cette femme. Sa grand-mère, qui serait la soeur de cette mystèrieuse personne, est touchée par Alzheimer, et ne peut donc lui être d'une grande aide. Iris va finalement rencontrer Euphémia, ou plutôt Esmé, cette femme qui a passé plus de soixante ans enfermée, cachée du monde, pour des raisons mal définies.

Ce livre m'a bouleversée. Maggie O'Farrell nous offre un récit fragmenté, en faisant intervenir trois narratrices aux voix bien distinctes, en raison de leur état mental.* Iris, la petite-fille, est une jeune femme qui s'est construit une vie bancale. Esmé, la "folle", nous raconte sa jeunesse, son Inde natale, son petit frère, puis l'arrivée en Grande-Bretagne, et nous dévoile peu à peu les raisons qui ont conduit à son enfermement. Enfin, Kitty, la soeur qui a complètement rayé Esmé de son existence, a désormais les pensées confuses, peut-être pour cause de sentiment de culpabilité tardif.
Avec ces trois femmes, on reconstitue une histoire de secrets de famille, de non-dits et de violence. La place des femmes, la sexualité, sont au coeur du roman. D'une certaine manière, ce livre m'a rappelé The Magdalen Sisters, un film visionné il y a quelques années, qui évoque le destin de jeunes Irlandaises écartées de la société pour avoir été violées, avoir eu un enfant hors mariage, ou tout simplement pour avoir eu un semblant de personnalité. Ici, la vision est plus globale puisque, outre Esmé, on découvre que Kitty, bien que crevant d'envie d'être tout ce que l'on attend d'elle, ne sera pas beaucoup plus épargnée que sa soeur (et j'ai envie de dire tant mieux, je suis méchante). Elle aussi, finalement, vivra dans le mensonge et l'humiliation. La société britannique du début du XXe siècle étouffe les individus, et ne propose comme échappatoire que la fuite et le secret. Simplement, Kitty le fera volontairement, quand Esmé s'y verra contrainte. Maggie O'Farrell nous le montre avec une froideur et un détachement qui rend ce qu'elle raconte encore plus frappant.

Alors oui, certains événements sont un peu prévisibles, et il manque un petit quelque chose pour vraiment parler de coup de coeur. Pourtant, ça ne me semble pas être des choses de premier plan dans cette histoire qui nous fait passer de la pitié à l'indulgence, avant de nous rendre furieux.

Un livre exigeant, difficile à lâcher, et un auteur à découvrir absolument.

"... N'en avais aucune idée. Nous en étions toutes là, me semble t-il. Nous pensions que c'était à l'homme de savoir se débrouiller. Bien entendu, je n'avais jamais posé la moindre question à ma mère, et, de son côté, elle ne m'avait rien expliqué. Je me rappelle avoir eu quelques inquiétudes à ce sujet avant le mariage, mais pour d'autres raisons."

*Je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement avec Le Bruit et la Fureur de Faulkner. Dans les deux cas, on suit les pensées d'un fou. J'aimerais savoir s'il s'agit d'un hommage.

D'autres avis chez Lou, Céline et Titine.

L'étrange disparition d'Esmé Lennox. 2006.
Belfond. 231 pages.
Traduit par Michèle Valencia.

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10 janvier 2009

Le portrait de Dorian Gray ; Oscar Wilde

98375630_L_1_Presses Pocket ; 283 pages.
Traduction de Michel Etienne.
V.O. : The Picture of Dorian Gray. 1891.

Oscar Wilde est un auteur dont j'aime tout, et dont la vie me fascine. Pourtant, je n'avais jamais lu son unique roman, dont tout le monde connaît la trame sans même l'avoir lu tellement il a marqué les esprits. En voyant la couverture, j'ai du mal à croire que c'est moi qui ai acheté ce livre. Je suis plus exigeante d'ordinaire, j'essaie quand même d'acquérir des livres dont l'aspect fait envie.

Basil Hallward est peintre à Londres, à la fin du XIXe siècle. Sa vie bascule lorsqu'il rencontre le jeune Dorian Gray, au visage d'ange et à l'âme encore pure. Son portrait est un chef d'oeuvre complet, mais il sera aussi le début de la fin pour nombre de protagonistes de l'histoire. Car le tableau est magique, il vieillit et encaisse les erreurs de l'homme qu'il représente à la place de ce dernier. Dorian est en effet un esprit naïf, ce qui est très dangereux lorsque l'on possède la jeunesse éternelle et que rien ne semble pouvoir nous détruire.

A l'exception de quelques passages que j'ai trouvés un peu laborieux (quelques descriptions sont franchement longues et ennuyeuses), cette lecture a dépassé mes espérances (pourtant élevées). Le portrait de Dorian Gray est un roman incroyablement fort, dont on ne ressort pas indemne. Je crois que j'avais rarement utilisé autant de post-it pour noter les passages marquants d'un roman.
Celui-ci est composé de plusieurs couches. La première donne une apparence de légèreté à l'histoire. Dorian et Lord Henry sont de véritables dandys qui ne se préoccupent que de clubs, opéras, apparences, femmes, et autres plaisirs en tous genres. Ce sont des hommes très jeunes, qui semblent très éloignés des ennuis en général, et qui ne veulent que jouir de la jeunesse.
La deuxième couche est beaucoup plus sombre, et l'on réalise vite que la légèreté apparente de ce roman n'a pour but que de faire mieux ressortir le drame qui se noue. Mon personnage préféré est sans aucun doute Lord Henry Wotton. Il est délicieusement ironique et détaché, ses conversations sont toujours extrêmement drôles, mais c'est bien lui qui, par son insouciance, fait basculer Dorian. Basil avait prévenu :

" He has a very bad influence over all his friends, with the single exception of myself. "

Du début à la fin, Henry demeure le même, et malgré sa vivacité d'espritoscar_wilde, on réalise qu'il n'est pas plus clairvoyant qu'un autre. Ses propos sur la fin de son mariage m'ont beaucoup émue, et montrent à mon avis bien davantage le personnage et ses blessures dans ces quelques phrases échappées avec un ton ironique, que le reste du livre. Ce personnage m'a vraiment intéressée, pour moi il contient à lui seul tout le livre.
Plus discret, parce que plus timide, mais tout aussi émouvant, Basil Hallward est également un personnage indispensable au livre. Il est l'auteur du fameux portrait, et son amitié pour Dorian Gray est touchante, mais comme beaucoup de passionnés, il entraîne sa propre destruction.
Quant à Dorian, son insouciance est aussi grande que celle de ses amis. D'un caractère naïf et innocent, il se transforme peu à peu en individu instable. Il est impossible de le détester tout à fait, car il est une victime lui aussi, d'une certaine manière. J'ignorais la fin exacte du roman, aussi ai-je été surprise. Je pense qu'il peut y avoir une double interprétation de ce que Dorian désirait faire. Je préfère pour ma part penser qu'une part de lui même savait ce qu'il allait provoquer.

Oscar et moi sommes donc plus copains que jamais ! J'espère que vous ne tarderez pas à vous plonger dans cette merveille (pour ceux qui ne l'ont pas déjà fait).

Les avis de Livrovore, Papillon, et de Nanne.

13 décembre 2008

Dracula ; Bram Stoker

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J'ai Lu ; 574 pages.
Traduction de Lucienne Molitor. 1897.

Après ma lecture de Carmilla, je me suis jetée sur Dracula en pensant qu'il allait avoir l'étoffe qui manque au texte de Le Fanu. J'ai été amèrement déçue.

Jonathan Harker, clerc de notaire, se rend en Transylvanie pour affaires chez le comte Dracula, qui vient d'acquérir une propriété en Angleterre. D'abord rassuré par la présence du comte, Jonathan Harker réalise bientôt qu'il est prisonnier de son château, et que Dracula n'est pas celui qu'il prétend être.

J'ai beaucoup de mal à comprendre comment il est possible de prendre plaisir à la lecture de ce roman. Je me suis un peu documentée au cours de ma lecture, et je veux bien croire que Dracula puisse être intéressant à étudier. En revanche, ma lecture "plaisir" de ce livre s'est vite transformée en une grosse déception.
Je ne sais pas à quoi je m'attendais, mais pour un roman qui est censé être plus ou moins angoissant, je trouve que la forme épistolaire est inapropriée. Toutes les actions sont rapportées, les dialogues sont posés, peu nombreux. Cela gâche totalement le suspens, et rend le roman long, mais long....
De plus, les personnages qui racontent l'histoire ne sont pas les plus importants. C'est Dracula qui donne son titre au roman, mais on a rarement vu un héros aussi absent. A aucun moment, le lecteur n'a accès à ses pensées, à qui il est vraiment. Il est vu par tous comme un monstre, mais ce ne sont que des avis rapportés. On passe davantage de temps à attendre la mort de Lucy, à attendre que les choses se passent en fait, qu'à être réellement dans l'action. Et dès qu'il se passe quelque chose, on n'a droit qu'à de vagues explications (du fait de la construction du roman), qui font de Dracula une idée plus qu'un être bien réel. J'attendais des explications à la fin, mais rien n'est venu. Tout est bâclé en quelques lignes, alors que Stoker nous a raconté en long en large et en travers le voyage des poursuivants de Dracula depuis l'Angleterre jusqu'à sa demeure, et tout un tas d'autres choses tout aussi captivantes... A plusieurs reprises, l'auteur lance des phrases qui m'ont fait espérer voir le personnage de Dracula prendre de l'épaisseur, mais Stoker ne les exploite pas.
L'autre personnage qui pouvait être intéressant est Van Helsing, mais lui aussi reste plutôt inaccessible. Par ailleurs, afin de ménager le suspens, le professeur dissimule des informations, ce qui a des conséquences fâcheuses.
Le seul personnage qui m'a paru intéressant est Renfield. Il se dévoile bien plus que Dracula, et ce n'est qu'à travers lui que j'ai ressenti le pouvoir du comte.
Pour ne pas être trop méchante, je dirais quand même que la première partie du livre (en gros, lorsque Jonathan est chez le comte) est bien. Les descriptions du château, le pouvoir du comte sur les loups, les découvertes de Jonathan, créent une ambiance gothique conforme à ce que j'attendais de ce livre. Malheureusement, ça ne dure pas.

Un livre que je n'ai pas du tout apprécié, donc. J'espère que l'adaptation de Coppola (qui s'éloigne beaucoup de l'histoire originale) sera plus appréciable.

Les avis beaucoup plus enthousiastes de Karine :), Isil, Hydromielle, et Romanza.

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09 décembre 2008

Carmilla ; Joseph Sheridan Le Fanu

51CJS714GDLBouquins. 66 pages.
Titre original : Carmilla.1871.

Cela faisait quelques temps déjà que je voulais découvrir Le Fanu, le Victorian Swap m'en a donné l'occasion.

Un soir qu'elle se promène avec son père et ses deux gouvernantes, Laura est témoin d'un accident de carrosse très violent. Deux femmes se trouvent dans la voiture. Si la mère est indemne, ce n'est pas le cas de sa fille. Le père de Laura, alors que la dame lui confie qu'il lui faut immédiatement reprendre la route, implore cette étrangère de lui confier son enfant jusqu'à son retour.
Une amitié naît immédiatement entre Laura et Carmilla, mais cette dernière refuse toujours obstinément de donner des détails de son passé. De plus, Carmilla tient des discours très étranges, tandis qu'au dehors, plusieurs femmes périssent après avoir juré avoir été victimes d'un monstre.

J'ai beaucoup aimé ce court texte, même si je pense comme d'autres blogueuses qu'il n'a rien de transcendant non plus. Il s'inscrit clairement dans le courant gothique, mais comporte quand même des éléments nouveaux par rapport à ce que j'avais pu lire jusque là. Chose appréciable, Laura est un personnage beaucoup plus étoffé que les héroïnes gothiques du XVIIIe siècle. Elle reste encore fragile, mais elle narre l'histoire, et semble beaucoup plus perspicace que ses consoeurs.
Carmilla est un peu décevante en revanche. Il est évident que, du fait de la brièveté du texte, le suspens ne tienne pas bien longtemps. Cependant, pour un vampire qui survit depuis des décennies, son numéro de charme semble faiblard. Cela dit, ses sentiments pour Laura, presque amoureux, ont dû choquer les bonnes âmes de l'époque (un rien m'amuse). De plus, les préjugés que l'on a à l'égard des vampires aujourd'hui (ceux des romans, je n'y crois pas en vrai, rassurez-vous), correspondent peu ou prou aux caractéristiques vampiriques de Carmilla. D'ailleurs, j'ai commencé le Dracula de Bram Stoker, pour qui Le Fanu a été une source d'inspiration.
En ce qui concerne la narration, il a déjà été souligné que la même histoire est répétée de façon quasi identique à deux reprises. C'est maladroit, mais ça ne gâche pas non plus la lecture.

Une bonne découverte pour les novices en matière de vampires dont je suis, donc. Le Fanu et moi n'en avons pas fini !

Les avis d'Isil et de CryssildaCryssilda.

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28 janvier 2007

Eureka Street ; Robert McLiam Wilson

2264027754Édition 10/18 ; 544 pages.
8,50 euros.

" L'auteur de Ripley Bogle nous entraîne à Belfast, sa ville natale, pour un roman foisonnant, à la fois tragique et hilarant. Qu'a donc trouvé Chuckie Lurgan, gros protestant picoleur et pauvre, qui à trente ans vit toujours avec sa mère dans une maisonnette d'Eureka Street ? Une célébrité cocasse et quelques astuces légales mais immorales pour devenir riche. Que cherche donc son ami catholique Jake Jackson, orphelin mélancolique, ancien dur et coeur d'artichaut ? Le moyen de survivre et d'aimer dans une ville livrée à la violence terroriste aveugle. Et qu'a donc trouvé Peggy, la mère quinquagénaire de Chuckie ? Le bonheur, tout simplement, grâce à une forme d'amour prohibée, donc scandaleuse dans son quartier protestant. Et, pendant ce temps-là, un inconnu couvre les murs de Belfast d'un mystérieux graffiti : OTG, écrit-il, OTG. "

Attention, chef d'oeuvre. Robert Mac Liam Wilson nous plonge dans le Belfast d'il y a quelques années (si j'ai bien compté, ça se passe en 1994), avec ses tensions entre protestants et catholiques, républicains et unionistes. Ses héros, surtout Jake et Chuckie, se débrouillent comme ils peuvent au milieu de ces rues taguées des sigles des différentes organisations terroristes, parmi lesquelles le mystérieux OTG, et rythmées par les attentats. Ils sont un peu pommés au début, à la recherche d'un emploi paisible et lucratif. Ils attendent également l'amour, jusqu'à l'arrivée de Max, accompagnée de l'insupportable Aoirghe. Leur quotidien est raconté avec beaucoup d'humour pendant environ la moitié du livre. Il est fait de politique, de violence et d'amitié. Chuckie, le protestant d'Eureka Street (qui vénère une photo de lui et du pape) tombe amoureux de Max. Jake, quant à lui, rate tous ses coups ou presque, et possède un talent incroyable pour se faire tabasser. Il en arrive à sympathiser avec son chat (avec lequel il entretient une relation hilarante, surtout pour les "chatophobes" comme moi) et un gamin des rues, Roche. Ce livre au ton léger est un roman engagé politiquement. La première chose que l'on se demande lorsqu'on rencontre quelqu'un, c'est s'il est protestant ou catholique, républicain ou unioniste. On le juge en fonction. Jake est méprisé par Aoirghe, parce qu'il veut simplement qu'on lui fiche la paix. Elle, avec ses idéaux républicains, elle représente les excès catholiques. Les protestants ne sont pas épargnés non plus. Parce que les torts sont des deux côtés.
Le grand coup de maître de Robert McLiam Wilson est de savoir mesurer avec précision les attentes de son lecteur. Au milieu du livre, alors que l'on commence à se demander où l'auteur veut nous amener, nous avons la réponse.
Les descriptions de l'attentat de Fountain Street font froid dans le dos, et nous rappellent que les victimes sont des êtres humains, qui avaient des projets, des proches, et surtout l'envie de continuer à vivre. Lorsque l'on lit le chapitre relatant l'attentat de Fountain Street, on y voit toute la barbarie du monde, ceci d'autant plus que l'auteur adopte un ton détaché qui ne nous épargne rien. Les corps déchiquetés, les vies brisées, ça n'est pas excusable. Chacun a beau se brosser les dents une fois le soir venu, le monde ne sera plus jamais le même. Pourtant, l'esprit humain parvient à se faire à cette routine. Aujourd'hui, c'est en bref que les journaux télévisés nous disent que des dizaines de personnes meurent chaque jour en Irak dans des attentats. Nous sommes troublés quelques instants, puis nous pensons à autre chose. Il s'agit pourtant d'êtres humains, sacrifiés de façon totalement aléatoire au nom de principes vagues. Les terroristes justifient leurs actes en affirmant agir pour le bien de ceux qu'ils tuent. Dans ce livre, c'est la réalité qui est exposée, et elle n'est pas justifiable.
Pourtant, on peut éprouver de la sympathie pour les revendications de l'IRA. Mais le "La fin justifie les moyens" lancé par Aoirghe à Jake sonne davantage comme un manque d'arguments que comme une position assumée. D'ailleurs, cette jeune femme m'a horripilée tout le long du livre. J'ai beaucoup aimé que Jake dise tout le mal qu'il pensait d'elle avec son élégance naturelle. Ceux qui ont lu le livre comprendront que la fin m'a quelque peu embêtée...
Ce n'est pas seulement la violence terroriste qui est décrite dans ce livre, c'est toute la vie de Belfast. Ses habitants, ses rues, ses moeurs, son atmosphère. La ville est à la fois semblable au reste du monde (la violence n'est pas une invention locale, les gens pommés sont partout...), et un endroit extraordinaire. Certes, le langage employé est cru, sarcastique, drôle, mais il est juste de la première à la dernière page. Et c'est sans doute la principale qualité de ce livre ; malgré ses histoires invraisemblables, il est vrai.

25 janvier 2007

Le prince heureux Le géant égoïste et autres contes ; Oscar Wilde

2070516296Édition Folio Junior ; 120 pages.
4,60 euros.

" Une petite hirondelle en route vers l'Egypte décide de passer la nuit à l'abri d'une statue dominant la ville.
Couverte de minces feuilles d'or, ses yeux faits de saphirs, un gros rubis ornant le pommeau de son épée, c'était la statue du Prince Heureux. Le ciel était plein d'étoiles brillantes. L'hirondelle allait s'endormir quand, soudain, une goutte d'eau glissa sur son aile : la statue pleurait ! Le Prince Heureux pleurait sur les misères de la ville... Le Prince Heureux, Le Rossignol et la Rose, Le Géant égoïste, L'Ami dévoué, La Fusée remarquable, cinq contes d'Oscar Wilde. "

Après Le fantôme de Canterville et L'anniversaire de l'infante, j'ai voulu continuer ma découverte d'Oscar Wilde avec ce livre, conseillé par Virginie. Je suis tombée sous le charme de ces cinq contes, qui traitent de l'amitié, de l'amour, de l'égoïsme, et du sacrifice. Chez Oscar Wilde, les histoires sont souvent fantaisistes, elles décrivent pourtant une réalité. Elles sont souvent cruelles, parce qu'il n'y a pas de prince ou de princesse, ou même une bonne fée qui arrive à temps pour sauver la bonne poire le gentil de l'histoire. C'est souvent rageant, ce n'est jamais très agréable de voir la bêtise humaine en face de soi.
Il y a quand même des contes touchants dans ce recueil, qui prouvent que certains savent reconnaître leurs erreurs et se repentir. Même si cela leur coûtera la vie.
Et puis, il y a l'humour, le cynisme de Oscar Wilde qui fait de certains contes des délices (je pense en particulier à La fusée remarquable).

A noter que malgré sa classification en "jeunesse", ce livre peut facilement heurter la sensibilité des touts petits.

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19 janvier 2007

Dublinois ; James Joyce

2070385817Édition Folio ; 350 pages.
6,60 euros.

Lettre J Challenge ABC 2007 :

" Après la publication en 1907 de poésies de jeunesse, James Joyce publie en 1914 un recueil de nouvelles commencé dès 1902. Il s'agit de Dublinois. Quelle surprise pour les lecteurs de découvrir ces quinze nouvelles, si sages, si classiques, si claires. Dans ce livre, Joyce décrit, avec un sens profond de l'observation, les moeurs de la bourgeoisie irlandaise, l'atmosphère trouble et le destin tragique de la société de l'époque. Les thèmes favoris de Joyce, l'enfance, l'adolescence, la maturité, la vie publique sont ici incarnés par divers types d'habitants de Dublin, « ce cher et malpropre Dublin » que Joyce aimait tant. "

James Joyce est un auteur qui fait peur, comme l'a très bien dit Allie. Son nom est associé au monstre de 1171 pages qu'est Ulysse, ce qui a en effet de quoi en rebuter plus d'un. Dans ma tête, j'ai toujours associé Virginia Woolf et James Joyce, parce qu'il sont nés et morts la même année. C'est pourtant une simple coïncidence si j'ai débuté Dublinois et la biographie de Virginia Woolf le même jour. En lisant le livre de Nigel Nicolson, je me suis en fait aperçue qu'ils n'avaient eu presque aucune relation, à part lorsque Virginia Woolf a refusé d'éditer Ulysse, qui ne lui plaisait pas. Ca, c'était pour la petite histoire.

Pour mon challenge, j'ai décidé de m'attaquer à James Joyce, et comme il faut y aller en douceur avec moi, j'ai choisi Dublinois, ou Gens de Dublin. Il s'agit d'un recueil de quinze nouvelles qui mettent en scène des hommes, des femmes, des enfants dans leur vie de tous les jours. Les thèmes récurrents de la littérature irlandaise sont présents, l'alcoolisme, la misère, la mort, le sexe avant le mariage, l'envie de s'exiler malgré l'attachement sincère à la patrie. James Joyce parle d'une façon très simple des Dublinois, et c'est ce qui fait le charme de ce recueil.
D'un autre côté, j'ai été très surprise par l'écriture de Joyce, dont la simplicité est volontairement trompeuse. Elle frôle par moments la monotonie tellement le rythme de la lecture est monocorde. A de nombreuses reprises, j'ai dû relire des passages que j'avais lu sans concentration. C'est une volonté de l'auteur, pour servir le contenu du livre. Les choses suivent leur cours, les heures passent dans cet univers, et comme dans la vraie vie, nous avons parfois besoin de nous déconnecter de cette réalité.
L'impression que nous laisse James Joyce sur Dublin est celle d'une ville où la vie n'est pas plus facile sinon plus dure qu'ailleurs. Chacun tente de faire sa vie comme il peut, avec des scrupules ou non. Et comme partout, il y a des gagnants et des perdants, des envieux et des déçus.
Je ne sais pas trop quoi penser de ce livre, j'ai eu du mal à le lire . Les premières nouvelles s'avalent très rapidement. Mais j'ai eu l'impression d'être dans un état comateux vers le milieu. Cette atmosphère de Dublin est lourde et encore une fois, monotone. En fait, je pense qu'il faut lire ce livre tranquillement pour l'apprécier vraiment, ce que je n'ai pas fait.

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05 janvier 2007

L'anniversaire de l'infante suivi de L'Enfant de l'Etoile ; Oscar Wilde

2070522873Edition Folio Junior ; 76 pages.
2 euros.

" Pour les 12 ans de l'Infante d'Espagne, un somptueux divertissement a été organisé avant le goûter d'anniversaire. Corrida, marionnettes, prestidigitateur, tous les numéros sont réussis...mais celui qui remporte le plus grand succès est celui du nain monstrueusement disgracieux, qui fait beaucoup rire les enfants. La pauvre créature ne connaît pas sa laideur, et croit à la sincérité de la princesse qui lui offre une rose blanche. "

Le premier conte de ce livre est vraiment triste, et nous rappelle combien les enfants mais aussi les adultes peuvent être cruels. Le nain de cette histoire débute sa journée dans l'insouciance, ignorant pourquoi son père l'a vendu la veille, et inconscient de sa laideur. Ce petit garçon croit le temps d'un rêve que l'Infante lui lance une sublime rose blanche comme gage de son coeur. Mais ceci n'est que pure coquetterie. Et quand l'Infante apprend pourquoi le nain a le coeur brisé, elle n'éprouve aucune pitié, et son insouciance est d'une immense cruauté.
Oscar Wilde nous fait éprouver de la tendresse pour ce petit garçon, insulté par les fleurs pour qui seule l'apparence compte, notamment les roses qui n'hésiteront pas à user leurs épines contre lui s'il ose les approcher. Mais ces roses malveillantes, ces fleurs qui parlent dans le dos du nain, c'est parfois nous, lorsque nous nous laissons aller à nos préjugés et à notre méchanceté. Lui, le nain, il les aime ces fleurs, d'ailleurs il n'arrête pas d'embrasser la rose blanche que l'Infante lui a offerte. Même si elle refuse de lui parler. Il voudrait simplement qu'elles l'aiment aussi. Parce qu'il n'est qu'un petit garçon après tout.

L'Enfant de l'Etoile est beaucoup plus amusante. Un jour que deux bûcherons rentrent d'une journée de travail particulièrement rude, ils voient une étoile s'écraser un peu plus loin. Pensant trouver un trésor, ils accourent. A leur grande surprise, ils découvrent un bébé enveloppé dans un drap d'étoiles. L'un des deux refuse de le laisser dans la neige, et le ramène chez lui où il parvient à convaincre sa femme de l'élever malgré leur pauvreté. En grandissant, l'Enfant de l'Etoile devient particulièrement beau, mais aussi terriblement orgueilleux et cruel.
Un jour, une mendiante aux pieds meurtris et au ventre affamé s'arrête dans le village pour se reposer un peu. L'Enfant de l'Etoile s'apprête à lui jeter des pierres quand le bûcheron qui l'a recueilli intervient. La mendiante confie alors à ce dernier être la mère de cet être détestable. Lorsqu'il l'apprend, l'Enfant de l'Etoile se sent humilié, et la chasse. C'est alors qu'il se transforme en un être hideux que tout le monde méprise. Meurtri par les remords, il part à la recherche de sa mère, et subit trois ans durant les humiliations de ceux qui croisent son chemin, qui refusent de le renseigner et de l'aider.

Je sais, j'ai dit que c'était amusant. En fait, ça l'est. Parce qu'un jour, l'Enfant de l'Etoile rencontre un petit lièvre qui va changer sa vie. Et tout est bien qui finit bien ? Presque... Parce que ce cher Oscar Wilde n'a pu s'empêcher de faire une petite farce pour conclure son conte. Mais ce cynisme est tellement fin que je n'ai pas pu m'empêcher de trouver cela très drôle.

Ces deux contes reprennent des éléments du merveilleux, ce qui est extrêmement plaisant. Ceci ajouté à l'humour noir d'Oscar Wilde, qui n'a pas son pareil dans ce domaine. Pas aussi drôle et plaisant que Le fantôme de Canterville, mais vraiment sympa si vous voulez approfondir votre connaissance de cet auteur.

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20 décembre 2006

Le fantôme de Canterville ; Oscar Wilde

2290334022Librio ; 93 pages.
1887
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" Un ministre américain et sa famille achètent à Lord Canterville son château et tout ce qu'il contient... fantôme compris. Mais la famille Otis n'a vraiment pas peur des fantômes. Alors, lorsqu'un spectre qui a l'habitude de terroriser tout le monde se trouve confronté à deux jumeaux qui ne pensent qu'à lui jouer de mauvais tours, il est plus que déconcerté. "

Voilà un livre qui vous mettra du baume au coeur en cette période de fêtes. Certes, l'histoire n'a rien à voir avec Noël, mais elle est très agréable à lire, et si j'avais eu une cheminée, je me serais calée dans un fauteuil à côté pour lire.
Vous vous souvenez de Un chant de Noël de Charles Dickens ? Je suis sortie de ce livre tout aussi émerveillée. D'un côté, nous avons un fantôme qui hante son château, puni pour avoir assassiné son épouse trois siècles auparavant. Il a pris beaucoup de plaisir à faire mourir de frayeur ceux qu'il a rencontrés au cours de son errance.
Mais voilà que le dernier Lord Canterville décide de vendre sa demeure à un ministre américain, Mr Otis. Celui-ci vient avec son épouse, Mrs Otis, son fils aîné, Washington ( "prénommé ainsi par ses parents dans un instant de patriotisme qu'il n'avait jamais cessé de regretter" ), sa fille Virginia, et ses terribles jumeaux. Par avance, le fantôme de Canterville se réjouit à l'idée de jouer bien des tours à cette famille venue du Nouveau Monde.
C'était sans compter sur la personnalité américaine que nous dépeint avec beaucoup d'humour Oscar Wilde. Au lieu de s'émouvoir devant une tache de sang impossible à laver, Washington Otis s'attache à la nettoyer chaque jour avec le Super-Kinettoy et Extra-Détersif Pinkerton. Et quand il entend le bruit des chaînes que traîne le fantôme derrière lui, Mr Otis n'a pas les cheveux qui se dressent sur la tête. Non, il vient poliment lui demander de mettre du lubrifiant Soleil Levant Tammany dessus, pour que le bruit cesse...
En plus, notre pauvre fantôme n'est pas un fantôme comme les autres. Les jumeaux ne cessent de le maltraiter, il s'enrhume, doit garder le lit des jours durant. Et quand il croise un autre fantôme, il s'enfuit terrifié... pour s'apercevoir ensuite que ce n'est qu'un mauvais tour de plus de la part des enfants Otis. Parce que la Noblesse anglaise et ses fantômes, c'est dépassé...
Heureusement, la petite Virginia prendra la peine d'écouter le fantôme de Canterville, et essayera de lui faire retrouver la paix.

A noter que je vous ai indiqué l'édition Librio pour son prix très bas. Cependant, l'édition Hachette BiblioCollège est illustrée, pour seulement 1 euro de plus. C'est celle que je possède.2011682096

Posté par lillounette à 15:53 - - Commentaires [25] - Permalien [#]
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