19 février 2013

Les confessions de Mr Harrison - Elizabeth Gaskell

elizabeth-gaskell-les-confessions-de-mr-harrisonAmis lecteurs, j'ai une bonne nouvelle ! Mes démêlés avec l'informatique étant (je l'espère) terminés, je vais enfin pouvoir vous prouver que j'ai pris de bonnes résolutions, et qu'on trouvera plus de billets sur ce blog que l'année dernière.

Et en ce mois de février lugubre, je vous propose un retour aux sources avec un petit bijou d'humour anglais. Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu Elizabeth Gaskell, et j'avais oublié à quel point c'était plaisant.

Mr Harrison, un jeune médecin, reçoit chez lui l'un de ses amis. Ce dernier charmé par l'épouse de son compagnon, lui demande de lui faire le récit de sa rencontre avec sa femme. C'est ainsi que nous nous retrouvons à Duncombe, où le jeune Dr Harrison doit s'établir comme médecin. Son arrivée provoque l'émulation de tout le village, rempli de vieilles filles, de veuves et de jeunes filles à marier.

Alors évidemment, nous sommes loin de Nord et Sud. Le lecteur n'est pas emporté, comme lorsqu'il suit les aventures de Margaret Hale et de John Thornton, par un souffle romanesque formidable.
Cette fois, nous sommes en pleine campagne, dans un cercle composé essentiellement de femmes dont le principal loisir est de cancaner. L'arrivée de cet homme parachuté dans une société qu'il ne connaît pas et tous les malentendus qui s'ensuivent m'ont fait rire du début à la fin. Le docteur Harrison est un homme naïf, bon, qui ne connaît pas grand chose aux femmes, et qui agit sans réaliser les conséquences que ses actes pourraient avoir. Les habitantes de Duncombe n'ont probablement pas beaucoup d'occupations. Elles vivencranford460t à la campagne, s'ennuient, et sont prêtes à voir du romanesque partout où il pourrait se cacher. L'arrivée d'un beau jeune homme célibataire (qui en plus aime Austen, Dickens et Thackeray) est donc un merveilleux prétexte pour lancer la chasse au mari.
Elizabeth Gaskell s'est clairement amusée à écrire ce petit livre. Son style est rythmé, ses phrases remplies d'humour, et elle use même d'onomatopées pour retranscrire le ridicule de certains dialogues entre femmes. Cependant, pas de panique, elle reste hors des frontières de la méchancetés.

Ce livre n'est sans doute pas la meilleure étude existante d'une petite communauté campagnarde de l'Angleterre du XIXe siècle. Emma, de Jane Austen, dont je vous parlerai bientôt, est un livre beaucoup plus fin. Cependant, en cas de coup de fatigue, voilà une lecture parfaite pour se requinquer.

A noter que ce livre a été mêlé à d'autres de l'auteur pour donner la délicieuse mini-série BBC Cranford (2008), avec un casting bien connu des adeptes d'adaptations de romans anglais.

Vous pouvez trouver de nombreux billets sur ce livre chez Titine, Lou et bien d'autres encore sur la blogsphère.

Points. 156 pages.
Traduit par Béatrice Vierne
.
1851.


14 février 2013

Le silence du bourreau - François Bizot

40744Alors que j'étais bien décidée à reprendre un bon rythme sur ce blog, les dieux de l'informatique se sont ligués contre moi. J'ai pourtant beaucoup lu en ce début d'année, et je prévois de vous faire partager mes découvertes aussitôt que les questions techniques seront réglées.
Afin de respecter mes engagements, je vais quand même vous parler d'un livre aujourd'hui.

 Il s'agit d'un documentaire témoignage écrit par François Bizot, un anthropologue spécialiste des religions en Asie du Sud-Est. En 1971, en pleine guerre civile, il est au Cambodge. Arrêté et accusé d'espionnage, il est détenu trois mois dans un camp khmer, dont le chef est un certain Douch, un jeune homme d'apparence plutôt frêle. Sa libération rapide est due à ce dernier. Les compagnons de voyage de François Bizot ne seront pas aussi chanceux puisqu'ils seront exécutés, comme la plupart des prisonniers du camp.
Des années plus tard, alors qu'il visite une ancienne prison khmer où l'on a torturé et exécuté des milliers de personnes, François Bizot reconnaît en la personne de son directeur son ancien libérateur, le fameux Douch. Finalement arrêté à la fin des années 1990, celui-ci est traduit devant la cour de justice chargée du procès des khmers rouges.
François Bizot est alors appelé à témoigner.

Ce livre est très curieux. Contrairement à ce que l'on imagine en lisant sa quatrième de couverture, il ne s'agit pas du récit de la captivité de François Bizot ni de ses découvertes ultérieures en rapport avec les crimes commis par les khmers rouges.
Ce dont il est surtout question dans ce document, c'est de son auteur. Et ce qui obsède François Bizot, c'est l'humanité et ses crimes. Son récit commence par un meurtre, commis par lui-même, sur sa chienne, des années avant sa rencontre avec Douch.
Tout le livre est construit de manière à nous exposer la conviction de François Bizot que les crimes que commet l'autre nous remettent tous en cause. Pour lui, le procès des khmers rouges aurait dû être celui de l'humanité, seule condition pour que les massacres du XXe siècle aient une utilité. Or, le procès des bourreaux sert surtout à expier les fautes de tout le monde, et à permettre aux gens moins impliqués de rejeter ce qui devrait pourtant les concerner. François Bizot dénonce particulièrement le fait que les khmers jugés, tout comme les nazis, se sont vus qualifier de "monstres", comme s'il fallait leur créer une espèce particulière pour les distinguer des autres. Or, selon l'auteur, on ne peut se dispenser de voir l'humain derrière leurs actes car c'est bien l'homme qui est pourri quelque part pour en arriver à commettre de tels crimes, et donc l'homme qu'il faut remettre en cause.

" Un geôlier khmer rouge, c'était le contraire de moi, mais c'était encore moi, jusque dans la décadence."

Tout le travail de recherche effectué par Bizot en tant qu'anthropologue découle de ce principe. Bien avant cette histoire, même à la grande époque du structuralisme, il a déjà adopté cette position. Les jugements des uns et des autres sont eronés pour lui dans la mesure où les accusateurs se contentent de voir le monstre quand les défenseurs n'invoquent que l'homme, et parce que tous ne voient que l'autre et non eux-mêmes. Cette réflexion était aussi présente dans Le liseur de Bernhard Schlink, qui évoque un autre système génocidaire, celui des nazis. Elle permet d'alerter sur la nécessité de ne pas se perdre dans des jugements rapides et tronqués tout en ne justifiant aucunement les atrocités commises.

Après cette partie, le livre nous propose la retranscription du témoignage de François Bizot lors du procès de Douch. On y retrouve les idées précedemment évoquées, et l'on perçoit le souci du témoin de les édicter de manière à ne pas trahir ses amis victimes et leurs familles qui attendent justice soit faite.

Dans l'ensemble, cette lecture ne m'a pas captivée. J'avoue que cela vient en partie du fait que j'ai choisi cette lecture en espérant y trouver une dimension historique. Mais j'ai aussi trouvé la construction de ce livre décousue, en raison des redites et des renvois d'une partie à l'autre.

Merci à Lise des éditions Folio pour l'envoi.

Folio. 273 pages.
2011 pour l'édition originale.


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11 janvier 2013

L'heritage d'Esther - Sándor Márai

heritage estherEsther, une femme d'âge mûr, prend la parole pour nous raconter le retour, après vingt ans de séparation, de l'homme qu'elle a aimé, Lajos. Celui-ci, après lui avoir tout promis, a épousé sa soeur, puis a rapidement quitté la scène en laissant de nombreuses dettes derrière lui. Le retour de Lajos soulève chez Esther et ses amis des interrogations, des espoirs, et aussi des craintes sur ses véritables intentions.

Il semble courant de comparer Sándor Márai à des auteurs comme Stefan Zweig ou Arthur Schnitzler, et c'est ce qui m'a attirée. Après la lecture de ce livre, je lui trouve effectivement des points communs avec le premier (sans doute parce que je le connais mieux) à la fois dans les sujets qu'il aborde et dans sa manière de le faire. L'écriture de Márai est froide comme l'est l'atmosphère de la modeste maison qu'Esther, la vieille fille fânée, partage avec Nounou. Le temps semble s'être arrêté, et les personnages traversent l'existence comme des fantômes.

"Dans mon esprit, Nounou doit vivre encore très longtemps. Pourquoi pas ? Elle n'a aucune raison de mourire - pas plus qu'elle n'a de raison de vivre !"

Esther refuse de l'admettre, mais elle en est au même point.
Le retour de Lajos provoque un enthousiasme très étrange. Il a laissé de mauvais souvenirs parmi les habitants du village et parmi les connaissances d'Esther. Elle-même a vu sa vie se terminer après leur séparation. Pourtant, on dirait que le simple fait que quelque chose se passe provoque un regain de vie chez les personnages. Est-il venu en ami ou en ennemi ? Compte t-il régler ses dettes ? A t-il l'intention d'emporter le peu qu'il avait laissé la dernière fois ?
On attend la confrontation entre Lajos et Esther avec impatience et inquiétude tant le rapport de force semble inégal. Et pourtant, lorsque la grande explication a lieu, ça devient très intéressant. L'idée que l'on s'était forgée des personnages se révèle fausse.  En lieu et place d'un homme séduisant et maître en matière de manipulation et d'une vieille fille aussi naïve que vingt ans plus tôt, on trouve un homme minable dont les artifices ne font plus effet et une femme qui sait ce qu'elle est prête à accepter. Alors, bien sûr que le comportement de Lajos est à vomir, et que ses accusations contre Esther sont d'une lâcheté remarquable. Il est aussi évident que le choix final d'Esther a de quoi faire hurler. Pourtant, je pense que peu de gens auraient pu imaginer qu'elle agirait comme elle le fait avec autant de clairvoyance. C'est elle qui compte au final, pas Lajos, même s'il gagne sur le papier .

Dire que cette lecture a été un bonheur serait un mensonge. Je l'ai effectuée avec beaucoup d'intérêt cependant, et je serais curieuse de lire d'autres livres de cet auteur hongrois.

L'avis de Titine.

Le livre de poche. 155 pages.
Traduit par Georges Kassai et Zéno Bianu.
1939 pour l'édition originale.

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05 janvier 2013

Cent ans - Herbjørg Wassmo

1373693Ma première lecture de 2013 m'a entraînée dans le nord de la Norvège, sur les traces des aïeules d'Herbjørg Wassmo.
En 1842, naît Sara Susanne, l'arrière-grand-mère. Après elle, trois autres générations de femmes, Elida, Hjørdis et enfin elle-même, dont Herbjørg Wassmo nous conte l'histoire de façon romancée. Elles se marient, font des enfants, se déplacent en bateau à travers les îles Lofoten ou marchent à travers les tourbières, et tentent chacune à leur façon de vivre.

J'ai énormément apprécié ce livre qui nous permet de voyager à travers des paysages qui me sont complètement inconnus. Nous sommes dans le nord de la Norvège, et les coutumes y sont très singulières. La vie est rude, le dialecte est différent de la langue parlée à Kristiania (la future Oslo), les enseignants sont itinérants et le destin des uns et des autres est tracé dès leur naissance. Lors de leur passage dans le Sud, Elida et les siens sont méprisés et humiliés par les gens à cause de ces différences qui les font passer pour des arriérés.
Pourtant, le Nord ne semble pas si immobile. En cent ans, nous voyons les moyens de communication se développer, ainsi que les moyens de transport. La révolution industrielle, les mouvements ouvriers et les deux guerres mondiales passent par là, surtout la deuxième, durant laquelle la petite Herbjørg voit le jour.
Malgré ces bouleversements, certaines choses semblent immuables pour ces femmes. Elles se marient, par nécessité ou par amour, et doivent ensuite faire face au peu d'opportunités qui leur sont proposées. Tout n'est pas complètement noir. Sara Susanne découvre le plaisir sexuel et finit par éprouver de l'amour (ou quelque chose qui s'en rapproche fortement) pour son époux, Elida se marie avec l'homme qu'elle a choisi tout comme le fera sa fille Hjørdis, mais cela ne sera pas sans conséquences. En l'absence de contraception, le mariage signifie surtout pour ces très jeunes femmes des grossesses à répétition. La maternité n'est pas toujours une évidence pour elles, et c'est une chose qui les fait culpabiliser. Sara Susanne paie très cher le fait de s'être avoué ne pas vouloir de l'un de ses enfants. Elida provoque l'incompréhension de son mari, de ses enfants et de bien d'autres personnes certainement, en choisissant de mettre ses enfants en nourrice pour s'occuper de son mari mourrant. 

"Dès mon enfance, cette histoire me révolte. Mais à un moment donné je commence à m'identifier à elle. Je ne peux m'imaginer qu'elle ait fait cela par méchanceté. Ma mère fait rarement allusion à la période où elle était en nourrice.
Plus tard, je pense qu'Elida a aussi d'autres raisons. Ou pire, je commence à douter de son noble motif qui est la maladie cardiaque de mon grand-père Fredrik. J'imagine qu'on peut facilement se lasser d'accouchements répétés et de soins continuels. Qu'accompagner jusqu'à l'hôpital à Oslo son mari malade n'est pas une punition en soi. C'est plutôt l'occasion de rencontrer d'autres gens que ceux de la famille, les métayers, les voisins, sur le quai et à la ferme. Voir autre chose que les saisons se relayer sur les rochers du bord de mer et sur des maisons éventées."

Les raisons de ce livre sont assez obscures. Dès le début, Herbjørg Wassmo annonce la part de fiction qu'il y a dans son oeuvre, et c'est ce qui rend sa lecture si fluide.
Là où elle reste peut-être trop pudique, et là où elle semble échouer, c'est lorsqu'elle indique vouloir laver sa honte à travers son écriture. Cette honte, nous le devinons, lui vient de son père. Elle l'appelle il ou lui, et ce n'est pas par hasard qu'elle se cherche du côté maternel et non du côté paternel en faisant des allers-retours dans le temps. Mais nous ne pouvons que deviner ce que cet homme lui a fait. Les passages la concernant directement sont des bribes de souvenirs, des dialogues de sourds entre elle et sa mère mourante, un dernier contact froid avec son père. Je n'espérais pas spécialement des révélations croustillantes en ouvrant ce livre, mais je trouve regrettable de terminer ce livre avec un léger goût d'inachevé de ce côté là. C'est comme si Herbjørg Wassmo avait écrit un tout autre livre que celui qu'elle pensait écrire.

Mais bon, malgré mes délires habituels, j'ai passé un très bon moment et découvert un auteur que je relirai.

10/18. 594 pages.
Traduit par Luce Hinsch.
2009 pour l'édition originale.



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02 janvier 2013

La garde blanche - Mikhaïl Boulgakov

la-garde-blanche-4363-250-400"Simplement, la neige fondra, la verte herbe ukrainienne sortira et flottera comme une chevelure sur la terre... les épis splendides mûriront... l'air brûlant vibrera sur les champs, et toute trace de sang aura disparu. Le sang ne coûte pas cher sur les terres rouges, et personne ne le rachètera.
Personne."

Nous sommes à Kiev, en décembre 1918. De nombreuses familles russes issues des classes favorisées ont fuit la Russie bolchevik en 1917 pour se réfugier dans la capitale ukrainienne. Cependant, c'est la débandade lorsque le roman commence, puisque les Allemands, qui viennent de perdre la Première Guerre mondiale, abandonnent le navire. Le champs est donc libre pour le général Petlioura, opposant au régime, qui s'aprête à prendre la ville.
Les enfants Tourbine, trois frères et une soeur, enterrent leur mère. Les frères sont des soldats chargés de défendre la ville ou de soigner les blessés. Avec leur soeur Elena et plusieurs de leurs amis soldats, ils vont être les témoins du tumulte dans lequel Kiev va être plongée.

Si ce livre n'est pas aussi flamboyant que Le Maître et Marguerite, il reste un beau roman. En fait, ce qui me plaît le plus chez Boulgakov, c'est son écriture merveilleuse, qui le rend tour à tour peintre, conteur et dénonciateur. Durant tout le livre, on voyage ainsi entre monde réel et fantastique.
Les descriptions de Boulgakov font penser à des tableaux vivants et emprunts de surnaturel. On est également à la lisière du fantastique grâce à la place donnée aux rêves des personnages qui font revivre les grands hommes de l'époque tsariste.
L'histoire en elle-même ne m'a pas beaucoup intéressée. Un peu plus d'un mois après ma lecture, je n'en garde déjà plus beaucoup de souvenirs. Les personnages restant distants, ce sont vraiment les événements et la façon dont ils sont décrits qui ont retenu mon attention et provoqué mon admiration.
La ville de Kiev, centrale, apparaît comme un personnage du roman. Sa population semble à la fois faite de milliers de voix et d'une seule clameur. On sent tour à tour son calme, sa peur, son agitation et son incertitude, à mesure que l'attente devient insupportable, que les coups de feu retentissent ou que les rumeurs se répandent. Boulgakov ne nous épargne pas les horreurs de la guerre, et si certaines de ses descriptions nous font oublier le monde réel, d'autres se chargent de nous ramener là où les humains pleurent et cherchent leurs morts et là où l'on empile les cadavres.

Une lecture à faire donc, notamment pour ceux qui, comme moi, connaissent très mal l'histoire de l'Europe Centrale. C'est un belle occasion de l'aborder.

"Oh, seul celui qui a déjà été vaincu sait ce que signifie ce mot ! Il ressemble à une soirée hiver-russe1à la maison, quand il y a une panne de lumière. Il ressemble à une chambre dont le papier est mangé par la moisissure verte, pleine d'une vie morbide. Il ressemble à du beurre rance, à un petit monstre rachitique, à des injures obscènes lancées par des voix de femmes dans l'obscurité. En un mot, il ressemble à la mort."

Pocket. 317 pages.
Traduit par Claude Ligny.
1926 pour la version originale.

 


31 décembre 2012

Bilan littéraire 2012

L'année dernière, je n'ai même pas pris la peine de faire un bilan de mes lectures de l'année. J'essaie d'effacer cette mauvaise idée en renouant avec la tradition.

Du côté des romans, le résultat n'est pas très brillant, j'en ai lu une cinquantaine. J'ai en revanche explosé les compteurs en matière de bandes-dessinées (environ 80), mais comme je n'évoque presque jamais le sujet par ici, je vais me contenter de dire que c'est un genre que j'apprécie de plus en plus et dont j'aimerais être capable de parler.
Je suis également assez satisfaite de mon année littéraire, car j'ai lu quelques briques, et surtout j'ai essayé de m'éloigner (un peu) de mes habitudes en me plongeant dans la fantasy et la littérature policière cet été, et en explorant quelques contrées autres que les pays anglo-saxons et la France. J'espère poursuivre en 2013, même si rien ne m'empêchera évidemment de retrouver toujours avec bonheur mes auteurs de prédilection. J'espère aussi lire davantage, et surtout avoir de gros gros coups de coeur, car c'est un peu ce qui m'a manqué cette année : j'ai eu de très bons moments de lecture, mais trop peu de découvertes bouleversantes comme les années précédentes.

En 2013, je retiens donc :

- Brideshead Revisited d'Evelyn Waugh. Sans doute le meilleur roman que j'ai lu cette année. Il ne plaira pas à tout le monde, mais je pense qu'on peut difficilement nier sa qualité. C'est étonnant qu'il soit si méconnu en France.
- Arlington Park de Rachel Cusk. Un livre dont l'écriture m'a frappée par sa qualité.
- L'étrange disparition d'Esmé Lennox de Maggie O'Farrell. Un livre très bien écrit, sur un sujet passionnant.

J'ai aussi passé d'excellents moments en compagnie d'Emile Zola, et j'ai hâte de me plonger dans la fournée 2013.


J'ai eu quelques déceptions, des livres oubliables et oubliés. Je suis surtout contrariée de ne pas avoir apprécié Des souris et des hommes autant que je l'espérais, même si cette lecture m'a touchée.

Comme je ne m'étais inscrite à aucun challenge, je n'ai pas à vous faire la liste de mes échecs cette fois. Ce sera peut-être un peu différent en 2013, puisque je commence par passer un peu de temps en Russie avec Titine et Cryssilda.

Voilà donc un bilan assez court pour une fois.

Je m'arrête pour vous souhaiter de très belles fêtes de fin d'année et une merveilleuse année 2013.

Little_Women_010

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18 novembre 2012

Un hiver en Russie avec Tolstoï

les_cosaques_109437_250_400Je l'ai déjà dit ici, la littérature russe me fait peur. Tolstoï, Dostoïevski, Gogol et compagnie sont des noms qui m'attirent autant qu'ils me font peur. Mais l'hiver arrive, et Titine et Cryssilda ont décidé de nous le faire passer en Russie, donc je me suis dit qu'il était temps de grandir un peu. Et comme je ne fais jamais les choses à moitié, j'ai même pris de l'avance sur la lecture de groupe prévue dans des mois. J'ai donc lu Les Cosaques de Léon Tolstoï, un texte largement autobiographique.

Olénine, un jeune noble endetté et las de mener une vie sans saveur, s'engage comme officier dans l'armée russe et part pour le Caucase. Là-bas, il est hébergé dans une famille cosaque. Il découvre la vie des populations vivant aux confins de la Russie, et aussi l'amour, en la personne de la belle Marion.

Bon, pour être honnête, je me suis beaucoup ennuyée en lisant ce livre. Ca n'avance pas, on a des tonnes de petits riens, des personnages difficiles d'accès et franchement gonflants (les états d'âme d'Olénine m'ont surtout fait bailler)...
Bref, cette rencontre avec le monstre de la littérature russe qu'est Tolstoï n'a pas été une franche réussite, au point de me faire repousser la lecture de Guerre et Paix (parce qu'on y croit tous quand je dis que j'allais m'y mettre, c'était prévu, etc).

Mais comme je suis d'une bizzarerie sans nom, j'ai quand même trouvé ce livre objectivement correct. En fait, je trouve qu'il permet une incursion détaillée dans la vie des Cosaques. Leurs coutumes, leurs habitudes, leurs manières sont très bien décrites. Olénine arrive sans trop savoir à quoi s'attendre, et il est transfiguré au contact de ces gens aux habitudes si simples et directes. Les rapports entre hommes et femmes, entre jeunes et vieux ne sont pas guindés comme à la cour du tsar, ils sont naturels, ce qui fascine le jeune homme.
Avec ce roman, on a aussi un bon aperçu de la situation dans le Caucase au milieu du XIXe siècle. Les Tchétchènes sont remuants, et les Russes et les Cosaques sont présents pour les repousser, parfois entre deux parties de chasse ou beuveries. On est loin du tableau des guerriers en permanence sur le pied de guerre qu'on se représente lorsqu'on pense au front.
Tolstoï était également fasciné par les paysages du Caucase, et certaines de ses descriptions sont très belles et émouvantes. Juste un peu trop présentes.

En lisant mon commentaire, je me dis que c'est étrange de repprocher à ce livre de manquer d'action, alors que je viens d'adorer Retour à Brideshead, et que je vénère de nombreux livres dans lesquels il ne se passe rien. En fait, je crois que je n'ai pas assez senti le souffle de Tolstoï durant ma lecture. Je l'ai perçu quelques fois, notamment au tout début du livre, mais c'était trop bref.

Comme je ne veux pas finir sur une touche négative, je vais terminer mon billet en écrivant un extrait que j'ai trouvé magique, bien que très secondaire :hiver-russe1

"Jeannot ne répondit rien, seulement, en clignant des yeux, il accompagna son maître d'un regard dédaigneux et hocha la tête. Jeannot ne voyait en Olénine qu'un maître. Olénine ne voyait en Jeannot qu'un serviteur. Et tous deux eussent été fort étonnés si on leur avait dit qu'il étaient amis."

YueYin a heureusement un avis plus argumenté que le mien sur ce livre. En lisant son billet, je me dis que c'est sans doute le côté communion avec la nature et tout et tout qui m'a gonflée. Ca me rappelle La symphonie pastorale, qui avait le même défaut (je n'aurais jamais pu être hippie).

Les Cosaques. Léon Tolstoï
Folio. 304 pages.
Traduit par Pierre Pascal.
1863 pour l'édition originale.

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09 novembre 2012

Retour à Brideshead - Evelyn Waugh

9782221103838_1_75Parmi les auteurs anglais qu'il me reste à découvrir, Evelyn Waugh occupait une place de choix. J'ai acquis plusieurs de ses livres ces dernières années, dont ce titre, en pensant découvrir des romans plutôt classiques avec beaucoup d'humour. J'avais tout faux, et ce n'est pas plus mal.

C'est la Deuxième Guerre mondiale, et Charles Ryder se retrouve stationné avec ses hommes dans une grande demeure, Brideshead. Il ne l'a pas revue depuis des années, et se remémore alors tout ce qu'il a vécu dans cette maison, et surtout avec ses propriétaires.
Tout commence vingt ans plus tôt, lorsque Charles Ryder rencontre Sebastian Flyte lors de sa première année à Oxford. Les deux jeunes gens se lient d'une amitié qui durera toute leur vie d'une certaine manière. Charles a perdu sa mère, et dépend d'un père riche, plutôt généreux, mais surtout incapable de feindre l'affection qu'il ne ressent pas pour son fils. Sebastian est l'enfant d'un couple séparé dans le scandale. Sa mère est catholique, son père a fuit sur le continent. Il ne se sépare jamais d'un ours en peluche lors de ses années à Oxford. Ensemble, Charles et Sebastian font les quatre cents coups. Les choses ne tardent pas à mal finir pour Sebastian, mais la vie continue. 

Comme à chaque fois que je lis un roman qui m'a retournée, je ne sais pas par où commencer pour en parler. Retour à Brideshead est très dense. Il y a du Graham Greene, du E.M. Forster, et même du Downton Abbey chez Evelyn Waugh.
Le premier pour la religion et les tourments qu'elle provoque, question centrale de ce livre. C'est parce qu'ils sont catholiques que les Flyte chavirent autant. Evelyn Waugh était lui même catholique, et l'on sent dans ce livre ce qu'il pouvait ressentir dans un pays et à une époque où cette confession est si minoritaire et dépréciée. Les mariages dans cette famille sont de terribles échecs ou de véritables blagues. Sebastian peut encore moins que les autres s'en sortir, en raison de son orientation sexuelle, au point de sombrer et de mener une vie minable jusqu'à la fin. Quant à Julia, sa perspective de bonheur est ruinée en une seule phrase de la part de son austère frère Brideshead. L'étrange Anthony Blanche a donc raison de conseiller à Charles de se méfier de cette famille qui brise tout ce qu'elle touche. Il n'en fera rien et s'y brûlera les ailes.
On ne peut pas ne pas penser à E.M. Forster à cause de la première partie du livre, lorsque Charles et Sebastian hantent Oxford comme Maurice et Clive l'avaient fait à Cambridge (bien qu'il soit impossible que les deux livres se soient inspirés l'un de l'autre, Maurice ayant été écrit puis caché avant la création de Retour à Brideshead), et pour le thème de l'homosexualité. Même si la nature exacte de la relation entre Sebastian et Charles demeure floue et les pensées de Sebastian inatteignables, Charles admet des années plus tard à quel point son ami a compté et compte encore pour lui.

"Il vivait en moi tous les jours avec Julia ; ou mieux, c'était Julia que j'avais appris à connaître en lui, en ces lointaines journées d'Arcadie."
 
La vision de l'amour dans ce livre est désabusée. On aime mal, on aime pour de mauvaises raisons, on aime pour soi, et au final on est toujours seul.
Autour de ces personnages qui prennent coup sur coup se trouve un monde qui a été bouleversé par le premier conflit mondial. Les Flyte tentent de s'accrocher à ce qu'ils peuvent pour conserver leurs illusions. Ils dénigrent avec leurs amis la menace que représente l'Allemagne, ils nient la diminution de leur fortune, mais c'est bien une demeure vide que Charles Ryder trouvera pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Ce qui frappe dans ce livre, c'est qu'il ne s'y passe rien, et qu'en même temps il parle aussi bien de la vie des hommes. Charles dit une phrase terrible à propos de la plus jeune soeur de Sebastian, une phrase qui pourrait s'appliquer à tous les personnages.

"Cela faisait mal de penser à Cordélia devenant 'tout à fait ordinaire'."

Nous commençons ce livre comme un roman d'apprentissage, mais c'est tout autre chose lorsqu'il s'achève, et c'est ce qui en fait un très grand roman.

Les avis de Céline et de Lou.

Brideshead Revisited.
Robert Laffont. 606 pages.
Traduit par Georges Belmont.
1945 pour l'édition originale.

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10 octobre 2012

Les New-Yorkaises - Edith Wharton

9782290311462_1_75Ca faisait bien longtemps que je n'avais pas plongé dans l'univers d'Edith Wharton. Mais, comme j'ai du mal à me plonger dans des romans depuis quelques semaines, il a fallu retourner vers les valeurs sûres. Bon, pour être honnête, j'ai ressenti une petite déception à la lecture de ce livre, mais je n'ai pas perdu mon temps non plus.

Nous sommes à New York durant la première moitié du XXe siècle. Le mariage n'est plus l'institution irrévocable qu'il était, et Pauline Manford en a profité il y a vingt ans pour divorcer de son premier mari et en trouver un autre. Depuis, elle est injoignable même pour sa fille Nona, son ancien époux, Spécimen A, et son mari, Dexter, qui doivent presque prendre rendez-vous pour qu'elle les reçoive. 
Cependant, les difficultés conjugales de Jim Wyant, le fils que Pauline a eu de son premier mari, forcent les Manford à se poser des questions et à partir se mettre au vert pendant quelques semaines.

Ce qui m'a gênée dans ce roman est le goût d'inachevé qu'il m'a laissé. Sa fin est grostesque et obscure, ce qui est d'autant plus regrettable que Wharton tire beaucoup de ficelles et croque la société qu'elle décrit avec la même habileté que d'habitude.
Cette fois, on a trois personnages féminins qui occupent le devant de la scène. Pauline Manford est une femme très occupée à accomplir de grandes choses qui se contredisent les unes les autres. Elle est fascinée par les médecines alternatives et court après tous les charlatans qu'elle peut croiser. A la fois moderne et vieux jeu, bigote et rentre dedans, son portrait est merveilleusement croqué par l'auteur.
Sa fille Nona semble partagée entre admiration et incompréhension à son égard. La jeune fille perçoit avant sa mère les menaces qui pèsent sur la tranquillité de la famille. Au milieu de ces individus qui font n'importe quoi, elle finira désabusée avant même d'avoir eu le temps de vivre quoi que ce soit.
Enfin, Lita, la belle-fille, est une écervelée qui s'ennuie très vite, qui se moque du mal qu'elle peut faire, mais qui a le mérite de ne pas se laisser enfermer dans la case où les membres de sa belle-famille souhaiteraient qu'elle reste.
La société américaine est en pleine évolution au moment où se déroule l'intrigue de ce roman, ce qui rend les classes dominantes nerveuses à l'idée de perdre leur pouvoir de décider qui gouverne. En effet, la modernité, c'est aussi l'arrivée du cinéma hollywoodien et de ces stars qui font fortune, quand peu de temps auparavant, elles exerçaient un métier jugé choquant et vulgaire. Que Lita, la superficielle épouse de Jim puisse rêver de devenir actrice fait s'évanouir d'horreur sa belle-famille. Cette dernière voit en elle une ingrate à qui l'on a offert un statut et une bonne famille mais qui n'en tient aucun compte.
Comme toujours chez Wharton, les thématiques abordées servent à évoquer le mariage et ses travers. L'union de Pauline et Dexter n'a rien d'un mariage heureux. Pauline a délaissé depuis longtemps son époux, même si elle continue à rêver sa vie, ce qui lui causera quelques sévères désillusions. Lita a épousé Jim par caprice, et lui a donné un enfant, mais elle ne voit pas ce qui pourrait la retenir dans un mariage qui la lasse. Enfin, Nona aime un homme lié à une épouse qui lui refuse le divorce. Dans tous les cas, fuir à toutes jambes semble être l'unique solution. Ou alors, pour ceux pour qui ce n'est pas trop tard, foncer dans un couvent apparaît comme une perspective heureuse...

Ce n'est certes pas un livre réjouissant, mais j'ai trouvé Wharton très piquante dans ce livre. La manière qu'elle a de présenter ses personnages est souvent comique, et la morale de l'histoire aussi impertinente que pleine d'humour.

Voilà donc un bon Wharton, mais qui n'atteint pas le niveau des meilleurs livres de l'auteur à cause d'un final un peu bâclé à mon goût.

Céline et Mango l'ont beaucoup apprécié.

Traduit par Jean Pavans.
J'ai lu. 318 pages.
1927 pour l'édition originale.

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26 septembre 2012

Little Bird - Craig Johnson

5096_cover_dish_1Encore un polar (je me suis fait une cure en août), mais cette fois je suis en terrain un peu plus connu puisqu'il s'agit d'un roman américain. 

Le shérif Walt Longmire, veuf proche de la retraite très ancré dans ses petites habitudes, travaille dans une petite ville où il ne se passe jamais rien. Ou presque. En effet, en lieu et place du "grand moutonocide" sur lequel le comté comptait pour sortir de l'ennui, le corps de Cody Pritchard vient d'être découvert, et l'accident de chasse semble de moins en moins probable. Quelques années auparavant, le jeune homme avait été impliqué dans le viol collectif d'une jeune Indienne, et il s'en était sorti à bon compte. Le shérif se met donc à mener l'enquête sur ce qu'il soupçonne être une vengeance, aidé par sa secrétaire, son adjointe et son vieil ami Henry Standing Bear.
En parallèle, ses amis essaient de le forcer à retaper sa maison et à se trouver une nouvelle compagne.

J'ai beau avoir passé de bons moments dans les contrées nordiques cet été, j'ai trouvé ce roman plus abouti.
Les personnages tout d'abord sont très charismatiques. Longmire est un shérif plein de contradictions, à la fois bougon et farceur, fainéant et très professionnel, grande gueule et timide (avec les femmes). Son amitié avec Henry Standing Bear, un Indien cheyenne, est très bien construite, et les filles ne sont pas en reste quand il s'agit de lui en faire baver. Entre eux, les répliques fusent, franches (voire brutales) quand il le faut, pleines d'humour et d'affection le reste du temps.
En soi, l'enquête n'est pas palpitante. Elle démarre à son rythme, lorsqu'on fait encore semblant de croire que ce n'est pas un meutre (enfin, Longmire ne fait pas semblant, mais le lecteur se doute bien que le fin mot de l'histoire est plus croustillant), ce qui donne un côté réaliste à l'histoire. Il cherche les indices, les témoins, examine les hypothèses qui s'offrent à lui, le tout avec les moyens du bord (en gros les copains serviables), et sans qu'on ait l'impression de perdre notre temps. On prend aussi la peine de découvrir le Wyoming et de se promener dans la réserve indienne pour découvrir un peu de son histoire. Le seul problème que j'ai eu avec cette lecture est que je l'ai faite en pleine canicule, donc les espaces enneigés et les températures glaciales n'étaient pas des plus simples à imaginer...
En fait, je crois que j'ai trouvé dans ce livre tout ce qui pour moi fait un roman policier qui sort du lot. J'ai beau ne pas m'y connaître, on a ici une enquête intéressante mais aussi un style soigné, ce que je n'ai pas forcément ressenti dans les autres romans policiers lus cet été.

Une belle découverte, qui sera suivie d'autres, puisque Little Bird est le premier tome d'une série.

D'autres avis chez Theoma et Amanda.

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Gallmeister. 421 pages.
Traduit par Sophie Aslanides.
2005 pour l'édition originale.

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