11 septembre 2013

Lettre à mon ravisseur - Lucy Christopher

lettre_a_mon_ravisseur-18a6b"Avant toi, j'adorais le chocolat, maintenant, l'odeur seule me soulève le coeur."

Gemma, une jeune lycéenne, est kidnappée à l'aéroport de Bangkok. Son ravisseur s'appelle Ty. Il est australien, et c'est au coeur du bush qu'il l'emmène, à l'écart de toute trace humaine. Gemma nous raconte son histoire à travers une lettre adressée à celui qui l'a enlevée.

Je n'aime pas les histoires glauques, mais ce livre a été encensé par la plupart de ses lecteurs, ce qui a attiré mon attention. En fin de compte, j'ai presque eu un coup de coeur pour ce roman.
La kidnapping est un sujet difficile, surtout en littérature jeunesse. Pourtant, Lucy Christopher le traite admirablement bien. Ty est obsédé par Gemma, son caractère est instable, mais il ne lui fait subir aucune violence sexuelle. D'abord terrorisée, l'adolescente parvient à établir des règles avec son ravisseur, tente de prendre le dessus, de s'enfuir, et de savoir qui est ce jeune homme qui l'a enlevée après l'avoir suivie durant des années. Tout comme elle, le lecteur finit par développer le Syndrôme de Stockholm. Ce que fait Ty est condamnable, et comme dans tout roman jeunesse, le méchant est puni à la fin, mais il apparaît surtout comme un gamin pitoyable, seul et désabusé. Des rêves plein la tête au début du livre, j'ai vraiment eu de la peine pour lui lorsque la réalité le rattrape (bien que ce soit inévitable).
En face de lui, on découvre une jeune fille pas forcément bien dans sa peau au début de l'histoire. Ses meilleurs amis sortent ensemble, ses parents ne lui montrent pas assez leur affection, et son camarade Josh a eu une attittude très déplacée à son encontre. Sa captivité, puis les moments qui suivent sa libération, lui permettent de mettre sa vie à plat, de s'affirmer et de grandir, donnant un côté roman d'apprentissage à ce livre. Dans sa conclusion, Gemma s'est transformée en jeune fille mature et généreuse, avec beaucoup de clairvoyance. J'ai bien conscience que c'est une vision très idéalisée du kidnapping, mais je pense que cela s'explique par le fait que ce l'enlèvement et la captivité de Gemma sont surtout des prétextes pour évoquer le passage à l'âge adulte.
Enfin, ce qui m'a le plus plu dans ce livre, c'est la découverte du bush australien. Difficile de résister à ces évocations de terre rouge, de plantes en forme de porc-épic, ou encore de chamelle affectueuse, même si ça grouille de serpents et de scorpions. Certains passages comme le tableau vivant du Bush sont absolument magnifiques, et font presque oublier le caractère dramatique de la situation.

"Il est difficile de haïr quelqu'un une fois qu'on l'a compris."

Au final, un livre traitant un sujet grave avec originalité et délicatesse.

Les avis de Stephie et Hérisson.

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01 septembre 2013

La plume empoisonnée - Agatha Christie

LaPlumeEmpoisonnee"Comment veux-tu que, dans un coin comme celui-ci, il vous arrive quelque chose de fâcheux ?"

Après ma relecture du délicieux Dix petits nègres, je n'ai pas eu envie de quitter Agatha Christie. Cette fois, j'ai choisi un titre que je ne connaissais pas et qui est très différent.

Suite à un accident d'avion, Jerry Burton est contraint de partir se reposer à la campagne. Il s'installe donc à Lymstock, un charmant village à l'écart de Londres en compagnie de sa soeur. Seulement, il n'y trouve pas le calme escompté. A peine installés, Jerry et Joanna reçoivent une lettre les accusant de ne pas être frère et soeur. Ils découvrent alors qu'ils ne sont pas les seules victimes du mystérieux corbeau.

Voilà un livre tout à fait charmant qui prend son temps pour installer l'intrigue. Dans La plume empoisonnée, l'auteur décortique la vie d'un village anglais où l'on transforme le moindre geste en ragot afin de tromper l'ennui. Les destinataires des lettres sont choquées, mais tout le monde se régale d'une telle intrigue, même lorsqu'une première victime, la très respectable épouse du notaire, est à déplorer.
Il y a également énormément d'humour dans ce livre. Joanna, la soeur du narrateur, est très sarcastique, Megan est impertinente, le narrateur lui même ne se prive pas de faire quelques traits d'humour, ce qui rend l'ambiance presque plaisante et les rappels en fin de chapitre que nous sommes en présence d'une affaire de crime, n'en sont que plus délicieux. Agatha Christie s'amuse en effet avec son lecteur en parsemant son récit d'indices alambiqués qui ne servent qu'à le faire trépigner davantage et rager devant son incapacité à résoudre l'énigme. 
Finalement, Miss Marple fait son entrée de façon assez saugrenue. Pour qui ne connaîtrait pas du tout la vieille dame, il est très difficile de voir en elle un détective hors pair. Elle est présentée comme une simple amie de la femme du pasteur de passage dans la petite ville où les crimes sont commis.
L'auteur est tellement tranquille qu'elle nous offre même des intrigues amoureuses. Celles-ci sont moyennement intéressantes, mais une intrigue de village sans histoires de coeur, c'est toujours étrange.

Au final, un roman qui est loin d'égaler Dix petits nègres, mais plein de charme et intéressant dans la mesure où il permet de montrer qu'Agatha Christie est capable de jouer sur différents registres de romans policiers.

L'avis de Cécile.

1942 pour l'édition originale.

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27 août 2013

Où je réponds à un tag

Titine m'a taggée pour le fameux Tag des Onze révélations/Questions. Parce que c'est elle, j'ai décidé de faire un effort et de me plier un peu à l'exercice. Vous n'aurez pas les onze révélations passionnantes à mon sujet, mais je me suis amusée à répondre à ses questions.

1- As-tu toujours aimé lire ?

Oui. Avant même de savoir lire, je me souviens avoir passé des heures et des heures plongée dans mes Belles Histoires, mes livres de Walt Disney et... un dictionnaire d'anglais (illustré, rassurez vous). Si ça ce n'est pas du conditionnement !

2- Si tu étais Thursday Next, dans quel livre souhaiterais-tu entrer ?

Spontanément, je pense à Harry Potter. Avoir Alan Rickman et Lady Violet comme professeurs, épouser Gary Oldman...lecture

3- Quelle ville a pour toi le plus fort potentiel littéraire ?

Puisque c'est à moi qu'on pose la question, je vais dire Londres évidemment.

4- Avec quel détective souhaiterais-tu suivre une enquête ?

Sherlock Holmes version Benedict Cumberbatch !

5- Quel livre n’est pas assez connu à ton goût ?

Je crois qu'il y en a énormément qui ne sont pas appréciés à leur juste valeur. Parmi mes dernières lecture, je vais dire Entre ciel et terre, un bijou de la littérature islandaise très exigeant mais proche de la perfection.

6- Quel livre n’arrives-tu pas à finir ?

Le premier auquel je pense est L'Education sentimentale. Je pense avoir définitivement abandonné la partie, d'autant plus que ma deuxième lecture de Flaubert ne m'a pas vraiment passionnée non plus.

7- Quel auteur, lu il y a longtemps, t’étonnes-tu de ne pas avoir relu depuis ?

Des tonnes ! Ishiguro, Auster, Huston, Du Maurier, Peake, Thackeray, Schnitzler...

8- Quelle est votre héros(ïne) préféré(e) de Shakespeare ?

C'est le moment où j'avoue que je connais très mal Shakespeare. J'ai dû lire deux ou trois pièces de lui, et en voir à peu près autant. Je suis donc loin de le vénérer, et incapable de répondre à cette question. Je mérite le fouet.

9- Pour le moment, quel est ton coup de coeur de l’année ?

Ca se joue entre Testament à l'anglaise et Entre ciel et terre je pense.

10- Liseuse or not liseuse ?

J'ai craqué il y a quelques mois, et depuis je ne peux plus m'en passer. Je tiens le même discours que tout le monde : quand j'ai les deux versions, papier et numérique, je lis la version papier, mais je pars en vacances un peu plus légère, je lis des livres que je n'aurais sans doute pas découverts autrement, ou un peu plus tard, ça me sert beaucoup professionnellement parlant... Mon seul gros reproche est évidemment le prix. N'achetant que des poches ou presque, je refuse de payer un prix à peine inférieur à celui d'un grand format.
J'ai aussi noté une chose surprenante : même si le livre est numérique, si la couverture est vieillotte, ça me rebute autant que l'édition papier. J'ai l'impression que ça pue le vieux livre !

11- As-tu une autre passion en dehors de la lecture ?

Dormir... En fait, j'ai même du mal à considérer la lecture comme une passion. C'est l'une des choses que je fais autant que je peux sans même y penser. Mais il y en a beaucoup d'autres, je suis une vraie toxicomane.

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25 août 2013

Dix petits nègres - Agatha Christie

QUIZ_Connaissez-vous-les-dix-petits-negres_5831L'Île du Nègre vient d'être achetée par un mystérieux milliardaire, ce qui passionne les journaux et le public. Aussi, lorsque dix personnes reçoivent une invitation pour s'y rendre, en tant qu'invité ou comme futur employé, elles ne prêtent pas attention au fait que leur lettre est vague, et ne sont pas gênées de ne pas bien se souvenir de leur expéditeur.
C'est ainsi qu'un juge, un médecin, un aventurier, un général, un policier, une vieille fille, une gouvernante et un jeune inconscient se retrouvent prêts à embarquer pour la demeure de Mr et Mrs O'Nyme. Arrivés sur l'île, ils sont accueillis par les deux domestiques, Mr et Mrs Rogers. Les hôtes ayant été retenus, leurs invités prennent un premier dîner sans eux. Au cours de celui-ci, un disque contenant une mise en accusation de chacune des personnes présentes est retransmis. Tous les invités s'empressent de rejeter les accusations de meurtre pesant contre eux, mais dès la première soirée, l'un des convives meurt empoisonné.

J'ai découvert Dix petits nègres en seconde, et bien qu'il n'ait pas été mon premier roman d'Agatha Christie, j'en gardais un souvenir très fort. Je me souvenais à peu près correctement de la fin, mais j'ai voulu le relire afin de le savourer sous un nouveau jour (et puis, il fallait bien que je vous parle un peu de Dame Agatha un de ces jours).
Nous avons donc ici un huis-clos de plus en plus oppressant au fur et à mesure que les personnages sont assassinés. Ce qui est intéressant est l'analyse psychologique à laquelle Agatha Christie se livre dans ce roman. Elle joue avec les nerfs de son lecteur (je n'avais pas grand chose à envier à Vera côté trouille), mais surtout avec ses personnages, de plus en plus terrorisés et suspicieux à mesure qu'ils réalisent qu'ils ne quitteront pas cette île vivants. Eux-mêmes jouent très bien leur rôle de pantins dans cette cour de justice spéciale. D'abord près à jurer leur innocence, ils finissent par avouer leurs crimes, et c'est bien la culpabilité qui porte le coup final de la comptine des Dix petits nègres. La seule chose sur laquelle ils demeurent imperturbables est le thé de cinq heures, rituel auquel il n'est pas question de renoncer ! C'est aussi ce qui fait de cette histoire un roman très anglais avec lequel on prend un grand plaisir à frissonner.
L'auteur adopte divers procédés afin de faire monter la sauce. L'histoire avance très vite d'une part, puis toutes les recherches ne donnent rien créant ainsi un climat de suspicion ne laissant aucun repos. Enfin, elle introduit les pensées de ses personnages, dont celles du meurtrier, à plusieurs reprises afin d'augmenter la tension. Aucun coupable ne se dessine clairement, chaque suspect étant éliminé dès que les autres commencent à le soupçonner.

Attention Spoilers !

Je ne me souvenais plus comment Agatha Christie s'y prenait pour que la morale soit sauve. Une personne s'auto-proclamant Juge Suprême autorisé à châtier les coupables que la justice n'a pu attraper n'a rien d'admirable. Elle a donc créé un personnage un brin sadique et psychopathe, condamné à mort par Dame Nature, pour justifier les dix meurtres. Le complice semble franchement niais, mais après tout chacun des personnages représente une couche bien précise de la société, donc pourquoi pas.

Fin des spoilers

Un roman mené d'une main de maître !

L'avis de Karine.

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18 août 2013

Percy Jackson : Le voleur de foudre - Rick Riordan

percyPercy Jackson est un jeune garçon à problèmes. Dyslexique, pas très bon à l'école, peu populaire, il met un point d'honneur à se faire renvoyer suite à un événement étrange de chaque école qu'il fréquente. La seule personne qui lui est vraiment attachée est sa mère, qui lui a cependant donné le pire des beaux-pères, Gaby Pue-Grave. Alors qu'il a onze ans, il trouve une école dans laquelle il se fait un ami, Grover, et où le professeur de latin semble avoir foi en lui et insiste pour que Percy connaisse la mythologie grecque sur le bout des doigts.
Tout bascule lors d'une visite au musée, quand Mrs Dodds, la prof de maths, se transforme en une horrible créature et agresse Percy.

J'ai ouvert ce livre surtout par obligation et en craignant le pire. En fin de compte, je l'ai suffisamment apprécié pour avoir envie de lire la suite.
Comme j'ai quelques réserves, on va commencer par là. Déjà, le livre ne brille pas par son originalité. J'ai passé la première partie avec la désagréable sensation de lire un remake de Harry Potter à la sauce grecque. Comme Harry, Percy passe les onze premières années de sa vie à être mal dans sa peau et rejeté par beaucoup de monde. Tous deux provoquent des incidents qu'ils ne s'expliquent pas lorsqu'ils ne parviennent plus à contrôler leurs émotions. Enfin, les deux garçons rencontrent finalement une personne qui va les mener dans un lieu d'apprentissage (école et colonie de vacances) où ils découvrent ce qu'ils sont vraiment (sorcier et demi-dieu), et à partir duquel ils vont se lancer dans une enquête flanqués chacun de deux compagnons.
Le style de l'auteur n'est pas non plus remarquable par son excellence. Les traits d'humour sont souvent forcés et semblent déjà destinés à être reproduits dans le scénario d'un film. Etant bon public et adepte des blagues pourries, j'ai quand même souri, mais je n'aime pas vraiment lire des livres que j'aurais presque pu écrire moi-même (si j'avais de l'imagination pour ça bien entendu).
Dernier reproche, j'ai sauté au plafond lorsque l'on apprend que l'Olympe est aux Etats-Unis, parce que c'est là que se trouve le coeur de l'Occident, que la civilisation occidentale a sorti le monde d'une époque sombre, et qu'il faut tout faire pour ne pas qu'elle s'effondre car cela provoquerait un chaos indescriptible. C'est très lourd et j'ai beau être fascinée par les Etats-Unis, cet aspect patriotique que l'on trouve dans beaucoup d'oeuvres (qui ne font souvent pas partie des meilleures) m'a toujours agacée.
Malgré cela, j'ai fini par me laisser porter par cette histoire et par beaucoup l'apprécier. D'une part, j'ai toujours aimé les histoires en rapport avec la mythologie grecque. Les dieux, les héros, leurs histoires de coeur et de pouvoir m'ont souvent régalée quand j'étais plus jeune. Rick Riordan ne s'en tire pas trop mal lorsqu'il réécrit certains des mythes ou nous présente des personnages comme Méduse ou Cerbère. Ensuite, une fois la colonie derrière nous, le livre s'affranchit beaucoup des histoires qui l'ont inspiré, ce qui permet au lecteur de partir pour des aventures qui n'ont pas trop un goût de déjà-vu et qui sont très distrayantes. J'ai eu du mal à lâcher le livre sur la fin, et je me suis retenue pour ne pas commencer immédiatement le tome suivant une fois la dernière page tournée.

Je n'ai donc pas que des éloges à adresser à ce livre, mais il est très sympathique malgré tout.

Yue Yin et Karine aiment aussi Percy Jackson.

Le Livre de Poche. 472 pages.
Traduit par Mona de Pracontal.
2005 pour l'édition originale.

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05 août 2013

L'autre moitié du soleil - Chimamanda Ngozi Adichie

imagesNigeria, années 1960. Les Anglais se sont retirés du pouvoir politique, laissant une situation très instable en raison des tensions existant entre les différentes populations nigérianes. Au nord, les Haoussas sont musulmans et ont été favorisés par la présence anglaise. Dans le sud-est, les Ibos, chrétiens, ne comptent pas abandonner leur part du gâteau.
Suite à de graves massacres en 1966, les Ibos proclament la République du Biafra en 1967. La guerre va durer trois ans.
Le livre débute alors qu'Ugwu, un jeune boy ibo, arrive chez Odenigbo, un professeur de l'université de Nsukka. Odenigbo est un homme très engagé, réunissant chez lui ses collègues afin d'envisager l'avenir. Lorsqu'Olanna, sa compagne issue d'une riche famille ibo, vient le rejoindre, leur combat s'intensifie. Olanna est très belle et passionnée. Elle a toujours éclipsé sa soeur jumelle, Kainene, dont le compagnon anglais Richard observe, captivé et envieux, la culture ibo. Quand la guerre éclate, ces cinq personnages espèrent trouver une nouvelle patrie.

Moi qui désespère souvent lorsque je vois à quel point je suis incapable de diversifier mes lectures, j'ai été servie niveau dépaysement et émotion avec ce roman. Chimamanda Ngozi Adichie nous livre une histoire complexe, qui développe aussi bien le contexte du Nigeria dans les années soixante que des histoires personnelles, à l'aide d'une construction habile qui fait alterner les époques et les points de vue. Trois narrateurs, représentant chacun un monde différent, s'expriment. Ugwu est un serviteur. Odenigbo et Olanna le traitent un peu comme leur enfant, en lui faisant faire des études qui lui auraient été inaccessibles autrement et en sacrifiant beaucoup pour lui. En échange, Ugwu sert et protège ses maîtres avec dévotion. Olanna est quant à elle une jeune femme ayant reçu une excellente éducation entre le Nigeria et l'Angleterre. C'est un personnage intéressant car très imparfait. Bien qu'elle admire Odenigbo sans retenue, les valeurs inculquées par ses parents refont parfois surface. Ainsi, elle ne peut s'empêcher d'éprouver du dégoût face à la saleté dans laquelle vivent d'autres membres de sa famille. Les enfants des autres lui semblent indignes de s'approcher de sa propre fille, et il lui arrive de déraper face à Ugwu, dévoilant ainsi le fait qu'elle ne le considère pas entièrement comme son égal. Enfin, Richard est un Anglais venu au Nigeria un peu par hasard. Après avoir fréquenté le monde raciste des expatriés et la haute société nigériane, il tombe amoureux de Kainene, et veut trouver une nouvelle place auprès d'elle.
Bien sûr, le contexte historique est essentiel dans ce livre. Les Anglais s'étant retirés, la population doit en subir les conséquences. Comme le dit Odenigbo, la Colonisation a créé des Etats qui avaient un sensFlag_of_Biafra essentiellement pour les Européens, forçant ainsi des peuples différents à vivre ensemble. L'alliance de ces derniers est d'autant plus difficile que les colons ont appuyé leur domination en appliquant la politique du "diviser pour mieux régner." Lorsque le Nigeria obtient finalement son indépendance, la partie est loin d'être gagnée. Aux côtés d'Olanna et de Richard, nous sommes ainsi les témoins des massacres perpétrés sur les ibos. Quand la République du Biafra, est proclamée, les ibos pensent obtenir leur tranquilité. Cependant, c'est dans cette région du Nigeria que se situent d'importants gisements de pétrole, et ni les nigerians ni la communauté internationale ne sont prêts à renoncer à leurs intérêts. Nous suivons donc nos personnages devant faire face aux pénuries de nourriture, aux enrôlements de force, à la corruption, à la suspiçion et à la propagande qui les laisse espérer jusqu'au bout la victoire du Biafra. La fin est particulèrement cruelle parce que tous ces sacrifices semblent avoir été vains.
Le livre pourrait s'arrêter là, mais il nous montre aussi le combat entre tradition et modernité. Olanna, Odenigbo et Kainene appartiennent à une élite citadine qui contraste avec le monde rural où les croyances populaires ont toujours cours dont Ugwu est issu.

C'est donc un Nigeria vivant une douloureuse métamorphose que nous décrit Adichie. Le ton employé pourrait donc être pesant, et pourtant, sans que les détails nous soient épargnés, jamais ce livre ne plonge ses lecteurs dans l'horreur trop longtemps. Il y a toujours Ugwu pour faire une bêtise, ou les autres pour nous redonner du courage. Peut-être pas un livre extraordinaire, mais je m'en souviendrai longtemps en raison de l'éclairage qu'il apporte sur l'histoire du Nigéria.

Folio. 663 pages.
Traduit par Mona de Pracontal.
2006 pour l'édition originale.

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26 juillet 2013

Disgrâce - J.M. Coetzee

imagesSuite à un scandale sexuel, David Lurie doit démissionner de son poste à l'université. Il décide alors de rejoindre sa fille Lucy à Salem, qui vit seule dans une ferme où elle tient une pension pour chiens. David commence alors à se reconstruire, mais lorsqu'il est agressé violemment avec sa fille par trois individus, toutes ses certitudes s'effondrent.
Pourquoi Lucy refuse t-elle de parler de ce qui lui est arrivé ? Pourquoi s'acharne t-elle à rester dans cette ferme ? Quel rôle Petrus, le voisin de Lucy, a t-il joué dans l'agression ? Au milieu de tous ces individus qui s'obstinent à répéter qu'il faut se concentrer exclusivement sur le futur, David semble être le seul à être révolté, incapable de comprendre le point de vue de ces gens, dont sa propre fille, qui évoluent dans un monde complètement différent du sien.

Il s'agissait de ma première rencontre avec J.M. Coetzee, et j'avoue que je suis moins enthousiaste que je l'aurais voulu. Pourtant, ce livre est plein de finesse aussi bien sur le fond que dans sa construction. Il a pour ambition de décrire le malaise en Afrique du Sud après la fin de l'Apartheid. David Lurie est un homme qui ne semble pas avoir vécu de remise en question au début du roman. C'est un séducteur qui se voit vieillir avec appréhension, visiblement peu intéressé par les changements politiques dans son pays. Il est aussi légèrement misogyne sur les bords.

"La beauté d'une femme ne lui appartient pas en propre. Cela fait partie de ce qu'elle apporte au monde, comme un don. Elle a le devoir de la partager."

L'agression de Lucy (bien qu'il soit aussi victime, son principal tort était surtout de s'être trouvé là au mauvais moment) lui ouvre les yeux. Il ne devient pas d'un seul coup un type formidable, je vous rassure, mais il réalise que contrairement à ce qu'il croyait, il ne maîtrise absolument pas la situation. Cette sensation de ne rien comprendre est transmise au lecteur, qui comme lui, est parcouru d'effroi au fil des pages. Après ces événements, Lucy reste presque impassible. Bien que visiblement blessée, elle adopte une position presque coupable. David, lui, hurle, est en colère, mais reste impuissant aussi bien face à sa fille que vis à vis des agresseurs de cette dernière. On sent une situation chargée de non-dits, d'une histoire très lourde.
La contstruction du livre contribue au malaise du lecteur. En effet, il ne s'agit pas de raconter une histoire qui sera réglée à la fin. Disgrâce expose la complexité de la situation dans l'Afrique du Sud post-Apartheid, mais de façon à ce qu'on ne puisse que la deviner. Tout au long du livre, des chiens apparaissent. Chez Lucy, dans des cages, chez Bev Shaw (où travaille David). Qui représentent-ils ? Sans doute un peu tout le monde, et ça se finit toujours dans le sang.
Si je suis un peu restée en dehors de l'histoire, c'est à cause du déséquilibre entre les différentes parties du livre. Le début du roman, qui décrit la chute professionnelle de David représente un tiers du total. Or, cette partie n'apporte finalement pas grand chose. Le reste, beaucoup plus glaçant et réussi, aurait gagné à être davantage étoffé.

Malgré tout, Disgrâce reste un roman intéressant qui donne envie de découvrir le reste de l'oeuvre de l'auteur.

Points. 272 pages.
Traduit par Catherine Lauga du Plessis.
1999 pour l'édition originale.

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14 juillet 2013

Le chemin des âmes - Joseph Boyden

joseph-boyden-chemin-des-ames"La folie, c'est de nous apprendre à tuer ; c'est de récompenser ceux qui le font bien."

Une vieille indienne vient accueillir son neveu Xavier, qui rentre blessé d'Europe après avoir combattu avec les Alliés et son ami Elijah durant la Première Guerre mondiale. Ensemble, ils rentrent chez eux en canoë, elle inquiète et lui à demi-conscient, terrassé par ses blessures et la morphine qu'il s'injecte. Au cours de ce voyage, ils invoquent chacun les souvenirs de leur enfance et ceux relatifs à ce qu'il s'est passé dans le nord de la France.

J'ai très longtemps hésité à lire ce livre pourtant encensé lors de sa sortie. Si le Canada m'attire, je suis toujours réticente face aux récits de guerre qui font du mal à mon petit coeur. Cette fois cependant, alors que j'avais commencé ma lecture en espérant que les passages dans les tranchées seraient aussi brefs que possible, je me suis surprise à les dévorer et même à les attendre à chaque interruption nous ramenant dans les forêts de l'Ontario.
Cela vient du fait que la plupart des événements qui se produisent n'ont rien d'une aventure. C'est le cheminement intérieur de Xavier que nous suivons. Né d'une mère indienne alcoolique, il est élevé par les bonnes soeurs jusqu'à l'âge de cinq ans dans une de ces écoles où l'on vous interdit de parler votre langue, où l'on vous inculque les merveilleuses valeurs chrétiennes et où l'on tente d'effacer en vous tout ce qui ne serait pas conforme au mode de vie occidental avant de vous expédier dans une réserve. Un jour, sa tante, qui a échappé à ce traitement, vient le chercher. Elle lui apprend à chasser, à vivre isolé, et surtout elle l'initie à la spiritualité. Ils descendent d'une lignée de chasseurs de windigos, ces créatures meurtrières jamais rassasiées ayant un jour dévoré l'un des leurs. Elijah, l'ami que Xavier a connu à l'école, vient les rejoindre quelques temps plus tard, d'abord pour les vacances puis de manière permanente. Devenus inséparables, c'est ensemble qu'ils s'engagent pour aller combattre en Europe, impatients et persuadés comme tout le monde que le conflit sera bref. Rien ne leur sera épargné. Après un entraînement intensif et un mode de vie auquel Xavier a beaucoup de mal à s'adapter, ils arrivent en France et sont envoyés en première ligne. Commencent alors les combats où l'on s'entretue pour gagner dix mètres, où celui qui a le malheur de s'endormir pendant sa garde est fusillé pour l'exemple, et où tuer devient une chose mécanique. Xavier et Elijah sont vite repérés pour leurs qualités de tireurs. Ils sont donc systématiquement envoyés en reconnaissance, ont le droit de se mettre à l'écart pour guetter l'ennemi et surtout gagnent le respect de leurs camarades. Xavier reste un peu en retrait, mal à l'aise avec la langue anglaise et vite lassé par ce conflit interminable qui lui prend son ouïe, mais Elijah ne manque pas une occasion de se vanter et de faire le fanfaron avec son bel accent de lord anglais.
Si ce livre parle de deux jeunes Cree qui vont à la guerre, il parle surtout de ce que la guerre leur fait. Pour la plupart, les soldats sont des gamins. Souvent, quelques mois, voire jours, suffisent à les rayer de la surface. Pour les autres, elle les rend sourds, les mutile, les transforme en morphinomanes, et pire, elle les change. Les amitiés ne tiennent pas, laissent place à la jalousie, la rivalité et la méfiance. De gamins effrayés, ils se transforment en bêtes assoiffées de sang, qui tuent avec plaisir. Pour résumer, elle les rend fous. C'est ce qui arrive à Elijah, qui se transforme en windigo sous le regard impuissant de son ami. Aux yeux de ses camarades, Elijah est un héros, un tireur d'élite, mais Xavier sait qu'il scalpe désormais ses ennemis, et sans doute même qu'il les dévore.
En s'appuyant avec beaucoup d'intelligence sur la culture indienne, Joseph Boyden nous livre sa vision de la guerre à travers ses deux héros. Le résultat est inéluctable et surtout puissant.

Un très beau roman.

L'avis de La petite marchande de prose.

Albin Michel. 391 pages.
Traduit par Hughes Leroy.
2004 pour l'édition originale.

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11 juillet 2013

Fragiles serments - Molly Keane

imagesLa demeure des Bird, sur la côte irlandaise, est en ébulition. John, le fils aîné, doit rentrer chez lui après un séjour en hôpital psychiatrique. Sa mère, Olivia, a particulièrement hâte de le retrouver pour jouer les grandes soeurs. Eliza, une amie de la famille, est venue faciliter les retrouvailles.

Si vous cherchez à passer quelques jours de repos en compagnie d'une famille vivant dans une belle maison irlandaise du début du XXe siècle, alors découvrez Molly Keane. Elle dresse sa galerie de personnages avec beaucoup de finesse. Lady Bird est particulièrement réussie. Malgré la cinquantaine qui approche, Olivia soigne son apparence avec un soin jaloux.

"Lady Bird était sincèrement enchantée de voir son invitée, d'autant plus qu'elle jugeait son chapeau complètement raté, at aussi parce qu'elle trouvait à Eliza l'air vieux, fatigué et assez mal en point -comme se doit de paraître toute invitée ayant dix ans de moins que soi."

Pour retrouver sa jeunesse, elle s'imagine être une adolescente, plus amie que mère, pour ses enfants qui la méprisent. Ayant délaissé ses amants, elle ne vit désormais que pour son jardin, qui lui permet d'être la reine du voisinage (même si elle n'est pas à l'abri d'un coup d'Etat venant d'une horrible voisine). Seul son époux, Julian, pourtant conscient du caractère frivole et infidèle de sa femme, est incapable de la voir souffrir.
Parmi les enfants des Bird, le point de vue des femmes étant celui adopté, John et le petit Markie sont relégués au second plan au profit de leur soeur Sheena. Celle-ci a à peine vingt ans, et vient de se fiancer avec Rupert, un ami de son frère. Cependant, la folie de son frère, les secrets de ses parents et les manigances des soeurs de son compagnon l'amènent à douter de ce qu'elle veut.
Un autre personnage se détache, celui de la gouvernante. Cette jeune femme complexée par son abondante barbe se prend à rêver d'amour et de rébellion, mais elle est incapable de ne pas se faire écraser par les demandes excessives de sa maîtresse.
Témoin de ces événements, Eliza est une vieille amie de la famille. Bien qu'amoureuse de Julian depuis toujours et attachée à Olivia, elle est lucide face à leur comportement souvent égoïste qui porte préjudice à leurs enfants. En manipulant un peu tout le monde et en se sacrifiant beaucoup, elle tente de remettre les choses en ordre.
Les liens de parenté, la vie de l'aristocratie irlandaise, les relations humaines, sont abordés très clairement dans ce roman dont l'intrigue est plus complexe qu'à première vue. Si John semble être le point central lorsque débute le livre, les conséquences de son état de santé mettent surtout en lumière la personnalité de ses proches.

Pour être honnête, je n'ai pas été entièrement séduite par ce roman. S'il s'était agit de me première lecture d'un roman anglo-saxon de la première moitié du XXe siècle, j'aurais passé un très bon moment. Mais comme ce n'est pas le cas, je ne peux m'empêcher de le trouver assez semblable à beaucoup d'autres romans. Il est drôle, impertinent, doté d'une belle écriture, ce qui est suffisant pour vous recommander sa lecture, mais il ne sort pas assez du lot pour que je puisse parler de coup de coeur.

L'avis de Lou

Ce livre irlandais de 1935 me permet d'entamer mon challenge Littérature du Commonwealth chez Alexandra.

Quai Voltaire. 285 pages.
Traduit par Cécile Arnaud.
1935 pour l'édition originale.

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05 juillet 2013

Testament à l'anglaise - Jonathan Coe

9782070403264"Il n'y a pas de jasmin par ici, n'est-ce pas ?"

Angleterre, 1942. Lors d'un raid aérien contre l'Allemagne, Godfrey Winshaw, fils de l'une des plus importantes familles de l'aristocratie anglaise, est abattu par les nazis. Sa soeur, Tabitha, accuse alors leur aîné, Lawrence, d'avoir comploté avec les Allemands et fait tuer Godfrey. Pour la récompenser, sa famille la fait enfermer dans un asile. C'est de là que quarante ans plus tard, elle contacte Michael Owen, un modeste écrivain, et lui demande d'écrire l'histoire des Winshaw. 

J'ai conscience de ne pouvoir vous donner qu'une vision tronquée de ce livre, mais vous devez savoir à quel point je l'ai aimé.
Testament à l'anglaise mélange aussi bien les genres (roman policier, satire politique et sociale) que les formes d'écriture (roman, journal, chronique, extrait de film...), et alterne autant les époques que les narrateurs (tour à tour chacun des membres de la famille Winshaw et Michael Owen).
Nous sommes dans l'Angleterre des année 1970 et 1980 et les Winshaw sont partout. Ils dominent le monde politique, celui de la finance, l'industrie agro-alimentaire, le marché de l'art, le trafic d'armes, et y inoculent leur venin. A travers eux, ce sont les années Thatcher et la première guerre en Irak que Jonathan Coe décortique. Animés par l'appât du gain ou des penchants pervers, les Winshaw démantèlent les services publics, piétinent tous les scrupules qui les empêcheraient de s'en prendre à un être humain ou un animal si cela peut leur apporter quelque profit. C'est évidemment tiré à l'extrême, caricatural, mais c'est amené avec un cynisme délicieux. J'ai particulièrement apprécié la tristesse de Mark après la mort de son épouse dans un accident de la route.

"Mark fut désespéré par cette perte. La voiture était un coupé Morgan Plus 8 1962 bleu nuit, l'une des trois ou quatre existant au monde, et elle était irremplaçable."

Tentant d'écrire sur cette famille, Michael Owen est un homme seul, qui vit dans son passé. Il reste fasciné par une scène du film What a carve up ! (qui est aussi le titre du roman en anglais) vu au cinéma alors qu'il était encore un enfant, ainsi que par le souvenir de Youri Gagarine, le premier homme à avoir voyagé parmi les étoiles. Ces éléments semblent assez anodins, mais prendront tout leur sens lors d'une dernière soirée au manoir des Winshaw, dont le récit clôture le livre, et qui revendique son lien de parenté avec les romans d'Agatha Christie.

"J'ai envie d'une bonne partie de Cluedo. Il n'y a rien de mieux."

Terriblement anglais et magistral.

Folio. 678 pages.
Traduit par Jean Pavans.
1994 pour l'édition originale.

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