23 mars 2007

Vingt-Quatre heures d'une femme sensibles ; Constance de Salm

2752902484Édition Phebus ; 189 pages.
10 euros.

" Véritable petit bijou, ce roman épistolaire publiée en 1824 se présente comme une variation sur la jalousie et ses affres. Confrontée à l'image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d'une autre beauté au sortir de l'opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les milles émotions qui l'assaillent. Au cours d'une nuit d'insomnie et d'une journée perdue à guetter un signe de celui qui -semble-t-il vient de la trahir, elle ne trouve d'autre consolation que de lui écrire. Quarante-quatre lettres pour dire vingt-quatre heures de fièvres, de doutes et de désespoir.
Cet unique roman de roman Constance de Salm bouleversera tous les amoureux de Stefan Zweig et de Marcelle Sauvageot. Poétesse et dramaturge, celle que l'on surnommait " la muse de la Raison " défendit ardemment la cause féminine et tint un brillant salon littéraire, ou se côtoyèrent Alexandre Dumas fils, Paul Louis Courier, Stendhal et Houdon. "

Comme le dit la quatrième de couverture, ce livre est absolument sublime. Le style est élégant, délicat, plein de sensibilité. Cela se retrouve dans l'histoire du livre. En fait, je n'ai pas grand chose à vous dire, sinon qu'il faut lire ce roman.
Cette femme qui écrit a les mêmes sentiments que n'importe quelle femme doutant de l'homme qu'elle aime. Son imagination déborde de pensées douloureuses tellement elle est tourmentée. Elle souffre, elle pleure, ne se contrôle plus. Dans une société où la dignité est fondamentale, c'est s'exposer à la réprobation générale. Mais lorsque l'on voit sa raison de vivre s'échapper, quelle que soit l'époque ou le lieu, il est difficile de se soucier d'autre chose que de sa douleur.
On suit cette héroïne dans ses pensées, on apprend à l'apprécier. Elle nous dépeint celui qu'elle aime et nous le fait aimer. C'est vraiment nous que l'on retrouve dans ces lignes. Sauf que cette femme a un talent épistolaire que nous n'avons pas (moi non en tout cas) ...

" n'as-tu donc jamais éprouvé que le dernier mot que l'on se dit en se quittant laisse dans l'âme une impression qui dure jusqu'à ce que l'on se revoie ? " (page 16)

" Que me parle t-on de déshonneur ! S'il fallait paraître devant le tribunal de l'honneur même, je dirais : Je l'aimais ; ce mot suffirait pour ma défense. Que dirais-tu pour la tienne ? " (page 131)

L'avis de Clarabel (je sais que j'ai vu ce livre sur un autre blog, mais impossible de me rappeler lequel).

Remarque : Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve qu'il y a une certaine ressemblance entre ces couvertures :
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22 mars 2007

Lorna Doone ; R.D. Blackmore

2859400958Le clan des Doone fait régner la terreur à Exmoore, dans le sud ouest de l'Angleterre, à la fin du XVIIème siècle. Cette famille, issue d'une très noble lignée a été réduite au brigandage. Le héros, John Ridd, perd son père, alors qu'il n'est encore qu'un enfant, assassiné par les Doone. Tout le monde les craint, aussi le meurtre reste impuni. Un jour, John s'aventure sur le terrain des Doone. Il y rencontre une magnifique petite fille, dont il tombe éperdument amoureux. Mais comment pourrait-il aimer, sans honte, la fille du clan meurtrier de son père ? Comment les Doone pourraient-ils accepter de voir l'une des leurs épouser un simple fermier ? Parce que Lorna est belle, et est promise au cruel Carver Doone, qui possède déjà un grand nombre de femmes, victimes de rapts pour la plupart.

Lorna est une héroïne d'une grande beauté, d'une intégrité sans faille et d'un courage indéniable. Mais que peut une femme à cette époque contre la volonté des hommes ?

Son seul espoir de bonheur réside dans John Ridd, qui est pourvu d'une grande stature, et qui possède un goût certain pour la bagarre. Certes, il a du courage, lorsqu'il  s'agit de servir celle qu'il aime. Mais ce bon géant a des manières assez maladroites, et seul son grand coeur parvient à effacer un peu son côté anti-héros.

Ce livre possède une immense qualité, il s'y passe toujours quelque chose. Ainsi, on ne s'ennuie jamais en le lisant. Les personnages sont bien décrits, attachants, parfois agaçants tout de même (John Ridd a un côté lourdaud qui est parfois lassant). L'auteur a parfaitement su intégrer son histoire avec un fond historique. C'est un roman dont l'écriture n'a rien d'extraordinaire, ni de déplaisante. J'ai été un peu gênée par le fait que ce soit John Ridd qui nous raconte l'histoire. Ce n'est pas le personnage le plus plaisant, il est parfois très misogyne, et on sent toute l'importance que prend son envie de se glorifier dans le réçit (lorsqu'il nous conte tous ses combats de "champion" par exemple). Ce n'est pas quelqu'un de prétentieux, il est un peu gauche, possède un esprit simple, mais tout cela ressort dans la lecture que nous faisons de façon un peu trop évidente à mon goût. Mais c'est aussi probablement ce qui fait, d'après moi, son intérêt, par rapport à mes précédentes lectures de livres anglais du XIXème siècle. Une grande place est accordée à l'action, il est très facile de se représenter la vallée où se situe le repère des Doone, les personnages sont décrits sans indulgence (tous possèdent leurs qualités et leurs défauts, ou presque), ce qui les rend plus réalistes. Avec toutefois un côté enchanteur, qui fait le charme de ce livre méconnu à tort du public français.

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21 mars 2007

Le mystère de Callander Square ; Anne Perry

2264035242Édition 10/18 ; 7,30 euros.
382 pages.

En creusant dans Callender Square, deux jardiniers découvrent un cadavre de bébé. Alerté, l'inspecteur Thomas Pitt se rend sur les lieux, où il découvre un second corps. Il entreprend dès lors une enquête dans ce lieu habité par la grande bourgeoisie, qui n'apprécie pas beaucoup de voir ses secrets mis à jour. Pour l'aider dans sa tâche, l'inspecteur Pitt peut compter (d'ailleurs, elles ne lui laissent pas le choix) sur son épouse, Charlotte, ainsi que sur la soeur de celle-ci, Emily.

Si ça continue, je vais me faire toute la série en un rien de temps... C'est avec un plaisir immense que j'ai retrouvé les personnages de L'étrangleur de Cater Street. Je quitte souvent des personnages que j'ai aimés avec un peu de tristesse, aussi me suis-je régalée de savoir ce que Charlotte, Thomas, Emily, et même George étaient devenus.
Cette enquête est différente de la première. Tout le roman est centré autour de Callender Square, les personnages principaux ayant déjà été présentés. De ce fait, l'histoire est plus dynamique, et j'ai eu un mal fou à m'empêcher de lire la dernière page.
J'aime beaucoup la description de cette société faite d'apparences, où tout le monde sait tout sur tout le monde, mais où chacun fait semblant d'ignorer les potins. Comme le résume bien Charlotte, une épouse trompée ne se considère blessée que si le scandale éclate. Aucun de ces bourgeois ne doute un seul instant que les corps des nouveaux nés sont le fruit des amours illégitimes d'une servante aux moeurs douteuses avec un homme, quel qu'il soit (même si c'est un gentleman, peu importe, rien de plus normal que de coucher avec sa femme de chambre).
Encore une fois, Anne Perry brouille bien les pistes. Elle nous familiarise avec les habitants de Callender Square, les rend très attachants même. Cet auteur sait très bien manier le suspens, avec une tension qui va crescendo (à la fin, je rageais de devoir tourner encore quelques pages pour connaître la vérité).
Quant à la solution, elle m'a une fois de plus surprise (il est vraiment trop fort cet inspecteur Pitt), mais il faut admettre qu'elle est remarquablement trouvée.
Je vais peut-être faire une petite pause avec Anne Perry, pour ne pas me lasser, mais je compte bien y revenir rapidement.

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20 mars 2007

L'étrangleur de Cater Street ; Anne Perry

2264035129Édition 10/18 ; 381 pages.
7,30 euros.

" Suffragette avant l'heure, l'indomptable Charlotte Ellison contrarie les manières et codes victoriens et refuse de se laisser prendre aux badinages des jeunes filles de bonne famille et au rituel du tea o'clock.
Revendiquant son droit à la curiosité, elle parcourt avec intérêt les colonnes interdites des journaux dans lesquels s'étalent les faits divers les plus sordides. Aussi bien le Londres des années 1880 n'a-t-il rien à envier à notre fin de siècle : le danger est partout au coin de la rue et les femmes en sont souvent la proie. Dans cette nouvelle série " victorienne ", la téméraire Charlotte n'hésite pas à se lancer dans les enquêtes les plus périlleuses pour venir au secours du très séduisant inspecteur Thomas Pitt de Scotland Yard.
Charmante Sherlock Holmes en jupons, Charlotte a déjà séduit l'Angleterre et les Etats-Unis. La voici partie à l'assaut de l'Hexagone. "

Difficile d'échapper à l'engouement suscité par Anne Perry. Après quelques mois d'hésitations, j'ai enfin décidé de lire le premier volume de la série "Charlotte et Thomas Pitt".
J'ai eu un vrai coup de foudre pour ce livre. Les personnages sont attachants, c'est drôle (souvent proche du cynisme, j'adore). J'aime énormément la relation qui s'instaure entre Charlotte et Thomas, l'admiration du policier pour la jeune fille, sa façon de lui prouver son estime, de la provoquer tout en délicatesse afin de l'amener à s'intéresser à lui.
J'ai vraiment adoré l'ambiance du livre, les efforts d'Anne Perry pour brouiller les pistes. Beaucoup de suspects s'offrent à nous, et rien ne nous permet de les disculper avant le dénouement.
Et puis, j'ai apprécié le fait qu'Anne Perry nous montre que lorsque l'on doit chercher quelque chose, on déterre des secrets souvent embarrassants. Ce livre nous fait vivre la remise en question de toute une famille, que l'on ne peut s'empêcher d'aimer malgré ses défauts.
C'est vif, il est difficile de lâcher ce livre. D'ailleurs, j'ai très envie d'attaquer la suite des aventures de Charlotte et Thomas !

Je vous mets un extrait de l'un des dialogues entre Charlotte et Thomas. Ca peut paraître horrifiant comme ça, en fait je trouve que le ton cynique d'Anne Perry s'exprime ici avec délice. De plus, il montre bien la malice Thomas Pitt.

" - Je vous ai déjà dit le peu que je sais, fit-elle, exaspérée. Plusieurs fois. Si vous n'arrivez pas à résoudre cette affaire, peut-être devriez-vous abandonner ou laisser quelqu'un de capable s'en charger.
Il ignora sa grossièreté.
- C'était une jolie fille Lily Mitchell ?
- Vous ne l'avez pas vue ? dit Charlotte, surprise. L'omission semblait tellement énorme !
Pitt eut un sourire désolé, comme s'il plaignait Charlotte, tout en essayant de rester patient.
- Si Miss Ellison, je l'ai vue, mais elle n'était pas très jolie, à ce moment-là. Son visage était gonflé, bleu, ses traits déformés, sa langue...
- Arrêtez ! Arrêtez ! s'entendit crier Charlotte.
- Alors auriez-vous l'amabilité de mettre votre dignité en veilleuse, dit-il plutôt calmement, et de m'aider à trouver celui qui a fait ça, avant qu'il le fasse à une autre ? "
(pages 109-110)

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19 mars 2007

Extrait de Bérénice ; Jean Racine

DelacroixMer_1_
La mer à Dieppe ; Eugène Delacroix

Bérénice

" Je n'écoute plus rien, et pour jamais, adieu.
Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !
L'ingrat, de mon départ consolé par avance,
Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?
Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts. "

Bérénice (Acte IV, scène 5) ; Jean Racine

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18 mars 2007

Angel ; Elizabeth Taylor

2743616563Édition Rivages ; 365 pages.
9,50 euros.

" Voici un roman dont le sujet est le don d'une vie à l'écriture, et cela conté d'une façon si romanesque que nous sommes pris dans une sorte de tourbillon circulaire et dramatique. L'extravagante enfant qui en est l'héroïne, Angel, qui est tout sauf angélique, nous apparaît tout de suite rétive, méprisant l'épicerie où travaille sa mère, absente de la vie quotidienne, volontairement aveugle au réel. "
(Extrait de la préface de Diane de Margelle)

Heureusement qu'il existe des cinéastes qui n'hésitent pas à redonner de l'éclat à de grands romans oubliés. La couverture du livre peut en rebuter plus d'un, laissant croire qu'il s'agit d'un conte de fées. Or, il ne s'agit pas du tout de cela. En fait, c'est l'histoire d'une héroïne difficile à aimer qui s'est plue à croire en ses rêves

Angel, une adolescente de quinze ans, vit tellement dans ses rêves qu'elle se met à mépriser la réalité de son existence, et à raconter aux autres la vie qu'elle s'est forgée. Sûre d'elle et très prétentieuse, malgré les humiliations subies (parfois bien méritées, il faut le reconnaître), elle parvient à devenir un écrivain que l'on s'arrache. Mais sa personnalité, qui se répercute dans son travail, lui vaut la haine des critiques et les sarcasmes du "grand monde".
Elle ne commence à se soucier du monde réel que lorsqu'elle rencontre Esmé, un peintre volage et surtout très séduisant. La jeune Angel, qui rêvait d'une vie de princesse, tombe éperdument amoureuse du jeune homme.

Cette héroïne a été décrite comme étant fabulatrice, détestable et même démoniaque dans les critiques que j'ai lues. Certes, ce n'est pas une sainte, et elle sait (souvent) être extrêmement désagréable. Toutefois, quelle petite fille n'a jamais rêvé d'être une princesse ? Qui ne s'est jamais inventé une autre vie ?
Angel est aussi une femme qui a le mérite d'avoir de la volonté, de l'ambition. Elle a l'audace de vouloir assumer ce qu'elle écrit, et de se forger une place dans le monde. Elle n'a pas conscience du décalage entre son imagination et la réalité. Quant à sa vanité, bien qu'immense et insupportable, elle ne contient pas de réelle méchanceté. Aussi haïssable que puisse être sa conduite, Angel n'est pas quelqu'un de fondamentalement mauvais. Ses rêves de gloire lui ont fait oublier la réalité, elle n'a pas vraiment conscience de son caractère tyrannique.

En tombant amoureuse, Angel devient vulnérable. Car celui qu'elle aime n'a rien d'un prince charmant. A partir de là, on sent que le drame commence à se nouer. Il y aura le manque d'inspiration, la passion aveugle pour Esmé, la guerre, les deuils, qui lui feront payer son indifférence à l'égard de la vie réelle. Mais là encore, pour Angel, il est impossible d'admettre sa propre chute, de la regarder en face.

Cette femme m'a souvent déplue, mais les rares moments où elle est sincère la montrent tellement humaine et enfantine, que son histoire m'a prise au ventre, si bien que je n'ai pas pu lâcher ce livre avant de l'avoir terminé. Là où l'on voit, de l'extérieur, de la vanité, il y a surtout une petite fille qui refuse de perdre ses illusions.
Elizabeth Taylor décrit extrêmement bien les scènes qu'elle nous raconte. Il est aisé de se représenter les tenues extravagantes d'Angel, l'atelier d'Esmé, Paradise House en ruines. Surtout, j'ai été bouleversée par la course désespérée d'Angel vers l'étang, hurlant de douleur lorsqu'elle voit son bonheur s'écrouler. 

Ce livre est un petit bijou, même si l'histoire qu'il nous raconte est douloureuse. J'espère que j'aurai du plaisir à retrouver les personnages en visionnant le film, dont la bande-annonce est très prometteuse.

"Lorsque j'étais enfant, je me racontais des histoires du temps où j'habiterais cette maison. Les gens appelaient ça des mensonges, parce que j'oubliais parfois la réalité et disais tout haut ce que j'aurais mieux fait de garder en rêves ; mais je ne faisais que me vouloir vraie, tendre ma volonté vers cette vérité." (page 216)

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17 mars 2007

Mal de pierres ; Milena Agus

2867464331Édition Liana Levi ; 123 pages.

" Au centre, l'héroïne: jeune Sarde étrange "aux longs cheveux noirs et aux yeux immenses".
Toujours en décalage, toujours à contretemps, toujours à côté de sa propre vie... A l'arrière-plan, les personnages secondaires, peints avec une touche d'une extraordinaire finesse: le mari, épousé par raison pendant la Seconde Guerre, sensuel taciturne à jamais mal connu; le Rescapé, brève rencontre sur le Continent, à l'empreinte indélébile; le fils, inespéré, et futur pianiste; enfin, la petite-fille, narratrice de cette histoire, la seule qui permettra à l'héroïne de se révéler dans sa vérité.
Mais sait-on jamais tout de quelqu'un, aussi proche soit-il..."

Je m'en veux un peu d'avoir lu ce livre juste après avoir refermé La Foire aux vanités. Je suis passée brusquement d'un univers vivant, piquant, dynamique à un récit sobre et tranquille. Sans doute pour cela, j'ai eu énormément de mal à m'intéresser à ce livre. Je n'avais pas particulièrement envie de connaître la suite, j'ai tourné les premières pages un peu mécaniquement. Mais il y a quelque chose d'envoûtant dans l'écriture de Milena Agus. Elle a fini par me plonger dans l'histoire de cette femme, dont le mal-être transparaît à chaque page, sans que cela soit clairement établi. Les personnages deviennent peu à peu familiers, les choses se mettent progressivement en place, du moins le pense t-on. J'ai beaucoup aimé la fin, qui remet en cause tout le reste, qui met enfin des mots sur tous ces non-dits. Comme pour nous glisser que l'on connaît des autres uniquement ce qu'ils nous montrent et ce que l'on veut savoir pour les faire correspondre à l'image que l'on se fait d'eux, et que finalement, il n'y a qu'une mince barrière entre le rêve et la réalité.

Ceux qui ont aimé La note sensible de Valentine Goby seront certainement charmés par ce texte.

EDIT de 03/09 : je garde finalement un mauvais souvenir de ce livre. J'ai été indulgente en rédigeant mon billet, puisqu'il venait après un roman qui figure désormais dans mon panthéon littéraire, mais je n'ai gardé que les mauvais aspects du livre en mémoire...

Les critiques enthousiastes de Chimère, de Clarabel, de Cuné, de Laure et de Papillon.

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16 mars 2007

La foire aux vanités ; William Makepeace Thackeray

2070386635Édition Folio ; 1071 pages.
10,30 euros.

Lettre "T" Challenge ABC 2007 :

"Il s'agit de l'un des plus grands classiques du roman anglais. Le XIXe siècle britannique est divisé entre Dickens et Thackeray comme le nôtre entre Balzac et Stendhal. Thackeray (1811-1863) est l'égal de Stendhal et La Foire aux Vanités (1848), son chefs-d'œuvre. Il y utilise un style humoristique ou ironiquement épique pour donner l'un des plus grands romans de satire sociale en langue anglaise. La thèse fondamentale du livre est que, dans la société occidentale, le seul moyen d'arriver, si l'on est sans naissance ni fortune, est de violer tous les principes moraux que la société fait semblant de respecter. La question qu'il pose donc est : qui faut-il blâmer, ces aventuriers, ou le système qui les rend nécessaires ? Le personnage principal est une femme hypocrite, ambitieuse et sans scrupules : on assiste à son ascension au sommet de la société et à sa chute. Autour d'elle s'agite, dans une immense fresque, la " Foire aux Vanités ". "

Je viens d'achever la lecture de l'un des meilleurs livres que j'ai jamais lus, La foire aux vanités. Impossible de me détacher des trois cents dernières pages, qui m'ont encore plus comblée que les fantastiques sept cents premières. William Makepeace Thackeray nous raconte l'histoire de Rebecca, fille d'un maître de dessin et d'une danseuse, qui va se faire une place dans le monde en usant de ses charmes et de ses vices. En parallèle, nous suivons sa jeune et douce compagne de pension, Amélia, qui est aussi fragile et sincère que Rebecca est manipulatrice et forte. Autour d'elles gravitent de nombreux personnages, liés entre eux par une vanité excessive (c'est normal, nous sommes au coeur de la Foire aux vanités).
Grâce à cette profusion de personnages, dont la description est faite avec légèreté et humour, et qui évolue dans une société parfaitement comprise par l'auteur, nous sommes plongés avec délice dans cette histoire.
Dès leur sortie de la pension où elles ont passé plusieurs années, Rebecca et Amélia sont confrontées à une société où la réputation et l'argent sont considérés comme les seules preuves de vertu.
Rebecca en tirera son parti, Amélia se fera briser, du moins dans un premier temps. A force de cajoleries à l'égard des bonnes personnes, Becky parvient à se hisser dans les plus hautes sphères de la société anglaise. Quant à la jeune et honnête Emmy, après son mariage avec un personnage égoïste et faible, dont elle est cependant éperdument amoureuse, elle se retrouve rapidement veuve. Nous sommes en effet plongés au coeur des batailles napoléoniennes, où Georges Osbourne, le mari d'Emmy, trouve la mort. De retour en Angleterre, elle est rejetée par son beau-père qui s'était opposé au mariage de son fils avec la fille de celui à qui il devait toute sa fortune, mais dont la ruine l'a mis au ban de la société (les amitiés sont fragiles dans la Foire aux vanités...). De sombres années de tristesse et de misère attendent encore Amélia, tandis que Rebecca vit dans le luxe et la profusion. Mariée à un homme vaniteux, qui finit par devenir extrêmement touchant et qu'elle manipule à sa guise, elle dédaigne son fils, et passe ses soirées à flirter en compagnie de nombreux hommes.
Mais la roue de la Fortune tourne. Car la douce Emmy possède un ange gardien encore plus bienveillant et dévoué qu'elle qui veille sur son bien être. Quant à Rebecca, elle apprendra que l'illusion est éphémère, et que même (surtout) les anges sont capables de haïr et de détruire.

Ceux qui aiment Jane Austen ne peuvent que savourer ce roman. Le ton employé par l'auteur rappelle les sarcasmes de celle-ci, avec encore plus de cynisme. Par ailleurs, j'ai apprécié le fait que Thackeray s'adresse au lecteur, un peu comme dans Northanger Abbey, créant une complicité encore plus grande entre lui et son lecteur. Il use à la perfection de l'ironie pour nous décrire cette "pauvre Becky" ou l'hypocrite Dobbin (même si celui-ci est une perle d'homme). Il existe beaucoup d'autres points communs entre les deux auteurs. J'ai beaucoup ri de ces personnages gonflés de vanité, qui se moquent les uns des autres sans voir à quel point eux mêmes sont ridicules. De plus, j'ai apprécié le fait qu'un même personnage, selon l'angle par lequel on l'étudie, soit tour à tour attachant, ridicule, méprisable ou même détestable.
Surtout, pour mon côté fleur bleue, j'ai adoré la présence d'un capitaine Wentworth en encore mieux (si si, c'est possible), le capitaine/major/colonel Dobbin (le seul personnage que j'ai aimé passionnément du début à la fin, avec la timide Lady Jane).

Vraiment aucune longueur, chaque phrase se savoure avec le même plaisir. J'aurais dévoré sans problème mille pages de plus. En fait, je ressors de ma lecture complètement désespérée. Je ne sais pas si vous avez déjà eu cette sensation que jamais vous ne retrouverez un livre de cette qualité... Vous qui n'avez pas encore lu cette merveille, précipitez-vous !

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15 mars 2007

En passant...

Je suis actuellement plongée dans La foire aux vanités de W.M. Thackeray. La taille du livre ajoutée à celle de mon travail fait que je pense ne pas pouvoir le terminer avant samedi. Mais attendez vous à une critique enthousiaste et à ce que je vous intime l'ordre d'acheter ce livre (oui, tout à fait)...

2743616377Ceci étant dit, je voulais vous faire part de mes dernières emplettes : sur les conseils2259205445 d'Allie, de Cuné, de Clarabel et Cie, j'ai succombé aux charmes de Le treizième conte, de Diane Setterfield.
Mais ce n'est pas tout, vous vous en doutez... Angel, de Elizabeth Taylor a rejoint ma PAL. Une adaptation de ce roman vient de sortir, j'ai vu l'alléchante bande-annonce sur France 2. Parce que j'aime ces auteurs, De la maladie de Virginia Woolf, et Lumière pâle sur les collines de Kazuo Ishiguro ont intégré ma bibliothèque, tout comme Portrait fantôme de Gregory Norminton, Mal de Pierres de Milena Agus (encore par la faute de ces tentatrices de Clarabel, Cuné, Laure, Papillon...).
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12 mars 2007

Souvenir ; Alphonse de Lamartine

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Jean Broc ; La mort de Hyacinthe.

Souvenir

En vain le jour succède au jour,
Ils glissent sans laisser de trace ;
Dans mon âme rien ne t'efface,
Ô dernier songe de l'amour !

Je vois mes rapides années
S'accumuler derrière moi,
Comme le chêne autour de soi
Voit tomber ses feuilles fanées.

Mon front est blanchi par le temps ;
Mon sang refroidi coule à peine,
Semblable à cette onde qu'enchaîne
Le souffle glacé des autans.

Mais ta jeune et brillante image,
Que le regret vient embellir,
Dans mon sein ne saurait vieillir
Comme l'âme, elle n'a point d'âge.

Non, tu n'as pas quitté mes yeux ;
Et quand mon regard solitaire
Cessa de te voir sur la terre,
Soudain je te vis dans les cieux.

Là, tu m'apparais telle encore
Que tu fus à ce dernier jour,
Quand vers ton céleste séjour
Tu t'envolas avec l'aurore.

Ta pure et touchante beauté
Dans les cieux même t'a suivie ;
Tes yeux, où s'éteignait la vie,
Rayonnent d'immortalité !

Du zéphyr l'amoureuse haleine
Soulève encor tes longs cheveux ;
Sur ton sein leurs flots onduleux
Retombent en tresses d'ébène,

L'ombre de ce voile incertain
Adoucit encor ton image,
Comme l'aube qui se dégage
Des derniers voiles du matin.

Du soleil la céleste flamme
Avec les jours revient et fuit ;
Mais mon amour n'a pas de nuit,
Et tu luis toujours sur mon âme.

C'est toi que j'entends, que je vois,
Dans le désert, dans le nuage ;
L'onde réfléchit ton image ;
Le zéphyr m'apporte ta voix.

Tandis que la terre sommeille,
Si j'entends le vent soupirer,
Je crois t'entendre murmurer
Des mots sacrés à mon oreille.

Si j'admire ces feux épars
Qui des nuits parsèment le voile,
Je crois te voir dans chaque étoile
Qui plaît le plus à mes regards.

Et si le souffle du zéphyr
M'enivre du parfum des fleurs.
Dans ses plus suaves odeurs
C'est ton souffle que je respire.

C'est ta main qui sèche mes pleurs,
Quand je vais, triste et solitaire,
Répandre en secret ma prière
Près des autels consolateurs.

Quand je dors, tu veilles dans l'ombre ;
Tes ailes reposent sur moi ;
Tous mes songes viennent de toi,
Doux comme le regard d'une ombre.

Pendant mon sommeil, si ta main
De mes jours déliait la trame,
Céleste moitié de mon âme,
J'irais m'éveiller dans ton sein !

Comme deux rayons de l'aurore,
Comme deux soupirs confondus,
Nos deux âmes ne forment plus
Qu'une âme, et je soupire encore !

Alphonse de Lamartine

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