26 mars 2007

Vous Parlez ? ; Sabine Sicaud

3en1_010_1_
Psyché ; Jean Baptiste Greuze

Vous parlez ?

Vous parler ? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l'oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C'est bien. Puisqu'ils ne sont pas las
D'attendre, j'attendrai, de cette même attente.

Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d'indifférents prêts à sourire
Ni d'amis gémissants. Que nul ne vienne.

La plante ne dit rien. L'oiseau se tait. Que dire ?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu'on veuille.
Elle n'est pas celle des autres, c'est la mienne.

Une feuille a son mal qu'ignore l'autre feuille.
Et le mal de l'oiseau, l'autre oiseau n'en sait rien.

On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble ?
Et se ressemblât-on, qu'importe. Il me convient
De n'entendre ce soir nulle parole vaine.

J'attends - comme le font derrière la fenêtre
Le vieil arbre sans geste et le pinson muet...
Une goutte d'eau pure, un peu de vent, qui sait ?
Qu'attendent-ils ? Nous l'attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu'il reviendrait, peut-être...

Sabine Sicaud

Posté par lillounette à 08:00 - - Commentaires [15] - Permalien [#]


25 mars 2007

Métaphysique des tubes ; Amélie Nothomb

2253152846

Édition Le Livre de Poche ; 156 pages.
4,50 euros.

Lettre "N" Challenge ABC 2007 : 

"Il existe des êtres qui ne subissent pas la loi de l'évolution. Ce sont les légumes cliniques", ou des tubes par où circule seule la nourriture. Ces tubes ne sont pas pour autant sans cervelle puisqu'il arrive que celle-ci, suite à un "accident fatal", se réveille soudain, et déclenche la vie. C'est exactement ce qu'a vécu la (très) jeune narratrice de Métaphysique des tubes durant les deux premières années de sa vie qui furent muettes, immobiles, végétatives, bref divines. Au sens propre, car ce singulier bébé n'ignore pas qu'il est Dieu lui-même, méditant sur ce monde qu'il hésite à rejoindre. Sous forme de monologues intérieurs, considérations philosophico-drolatiques, on déguste le récit de ces trois premières années d'une vie française au Japon, pays merveilleux où de la naissance à la maternelle, l'enfant est un dieu. "

N'ayant pas réussi à mettre la main sur Hygiène de l'assassin, je choisis de le remplacer par cet autre titre pour mon challenge 2007. Amélie Nothomb n'est pas une découverte pour moi, j'ai déjà lu plusieurs romans de cet auteur. En revanche, jusque là, je n'avais pas touché à ses romans "autobiographiques".
J'ai vraiment aimé ce livre. Je réalise que c'est bien supérieur à Acide Sulfurique que j'avais pourtant beaucoup apprécié. Le ton est moins cynique, mais cette humanité rend vraiment le livre touchant, on se sent vraiment concerné par l'histoire.
Amélie Nothomb se décrit comme une petite fille extrêmement intelligente, souvent calculatrice. Mais elle est aussi une enfant comme les autres quelque part, avec son imagination, ses découvertes, ses peurs, sa naïveté parfois.
L'auteur se met vraiment dans la peau d'un tout-petit qui voit le monde qui l'entoure, et l'apprivoise à son rythme, selon son envie, pour se préparer peu à peu à l'affronter. C'est beaucoup fantasmé, mais il y a un part de réalisme malgré tout.
Le début est un peu effrayant, je ne savais pas trop de quoi il s'agissait, mais une fois que l'on est entré dans l'histoire, il n'est plus possible de s'en détacher. Je fais partie de ceux qui apprécient les livres d'Amélie Nothomb, ce roman n'a pas fait exception.

Les avis de Caroline et de Majanissa.

Posté par lillounette à 19:01 - - Commentaires [26] - Permalien [#]

Le questionnaire des Quatre

Merci à Beloved et à Virginie/Chrestomanci de m'avoir désignée...

Les quatre livres de mon enfance :

- Les malheurs de Sophie/Les petites filles modèles/Les vacances de la Comtesse de Ségur.
- Les Sylvain et Sylvette.
- La petite sirène de Disney.
- Les aventures de Oui-Oui d'Enid Blyton.

Les quatre écrivains que je lirai et relirai encore :

- William Makepeace Thackeray.
- Kazuo Ishiguro.
- Nancy Huston.
- Jane Austen.

Les quatre auteurs que je n’achèterai (ou n'emprunterai) probablement plus :

- Paolo Coelho.
- Tania de Montaigne.
- Jean-Paul Dubois.
- Michel Houellebecq.

Les quatre livres que j’emmènerais sur une île déserte :

- La foire aux vanités ; William Makepeace Thackeray.
- Persuasion ; Jane Austen.
- Avec vue sur l'Arno ; Edward Morgan Forster.
- Les Hauts de Hurle-Vent ; Emily Brontë.

Les quatre premiers livres de ma liste à lire :

- la suite de la série "Charlotte et Thomas Pitt".
- L'ancre des rêves de Gaëlle Nohant.
- La duchesse de Langeais ; Honoré de Balzac.
- Si c'était si évident, je ne ressortirais jamais de la librairie avec des livres qui n'étaient même pas sur ma LAL...

Les quatre x quatre derniers mots d’un de mes livres préférés :

" Il attendit un moment dans l'allée, puis s'en retourna vers la maison corriger ses épreuves et songer au moyen de dissimuler la vérité à sa femme. "

Maurice ; Edward Morgan Forster

Les quatre lecteurs ou lectrices dont j’aimerais connaître les quatre :

- Choupynette (tu as le choix entre publier ta LAL et ça...).
- Allie
- Céline/La Renarde
- Anne (pour te souhaiter un bon retour...).

Posté par lillounette à 10:19 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

23 mars 2007

Vingt-Quatre heures d'une femme sensibles ; Constance de Salm

2752902484Édition Phebus ; 189 pages.
10 euros.

" Véritable petit bijou, ce roman épistolaire publiée en 1824 se présente comme une variation sur la jalousie et ses affres. Confrontée à l'image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d'une autre beauté au sortir de l'opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les milles émotions qui l'assaillent. Au cours d'une nuit d'insomnie et d'une journée perdue à guetter un signe de celui qui -semble-t-il vient de la trahir, elle ne trouve d'autre consolation que de lui écrire. Quarante-quatre lettres pour dire vingt-quatre heures de fièvres, de doutes et de désespoir.
Cet unique roman de roman Constance de Salm bouleversera tous les amoureux de Stefan Zweig et de Marcelle Sauvageot. Poétesse et dramaturge, celle que l'on surnommait " la muse de la Raison " défendit ardemment la cause féminine et tint un brillant salon littéraire, ou se côtoyèrent Alexandre Dumas fils, Paul Louis Courier, Stendhal et Houdon. "

Comme le dit la quatrième de couverture, ce livre est absolument sublime. Le style est élégant, délicat, plein de sensibilité. Cela se retrouve dans l'histoire du livre. En fait, je n'ai pas grand chose à vous dire, sinon qu'il faut lire ce roman.
Cette femme qui écrit a les mêmes sentiments que n'importe quelle femme doutant de l'homme qu'elle aime. Son imagination déborde de pensées douloureuses tellement elle est tourmentée. Elle souffre, elle pleure, ne se contrôle plus. Dans une société où la dignité est fondamentale, c'est s'exposer à la réprobation générale. Mais lorsque l'on voit sa raison de vivre s'échapper, quelle que soit l'époque ou le lieu, il est difficile de se soucier d'autre chose que de sa douleur.
On suit cette héroïne dans ses pensées, on apprend à l'apprécier. Elle nous dépeint celui qu'elle aime et nous le fait aimer. C'est vraiment nous que l'on retrouve dans ces lignes. Sauf que cette femme a un talent épistolaire que nous n'avons pas (moi non en tout cas) ...

" n'as-tu donc jamais éprouvé que le dernier mot que l'on se dit en se quittant laisse dans l'âme une impression qui dure jusqu'à ce que l'on se revoie ? " (page 16)

" Que me parle t-on de déshonneur ! S'il fallait paraître devant le tribunal de l'honneur même, je dirais : Je l'aimais ; ce mot suffirait pour ma défense. Que dirais-tu pour la tienne ? " (page 131)

L'avis de Clarabel (je sais que j'ai vu ce livre sur un autre blog, mais impossible de me rappeler lequel).

Remarque : Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve qu'il y a une certaine ressemblance entre ces couvertures :
    221363059328674643312752902484

Posté par lillounette à 16:41 - - Commentaires [28] - Permalien [#]

22 mars 2007

Lorna Doone ; R.D. Blackmore

2859400958Le clan des Doone fait régner la terreur à Exmoore, dans le sud ouest de l'Angleterre, à la fin du XVIIème siècle. Cette famille, issue d'une très noble lignée a été réduite au brigandage. Le héros, John Ridd, perd son père, alors qu'il n'est encore qu'un enfant, assassiné par les Doone. Tout le monde les craint, aussi le meurtre reste impuni. Un jour, John s'aventure sur le terrain des Doone. Il y rencontre une magnifique petite fille, dont il tombe éperdument amoureux. Mais comment pourrait-il aimer, sans honte, la fille du clan meurtrier de son père ? Comment les Doone pourraient-ils accepter de voir l'une des leurs épouser un simple fermier ? Parce que Lorna est belle, et est promise au cruel Carver Doone, qui possède déjà un grand nombre de femmes, victimes de rapts pour la plupart.

Lorna est une héroïne d'une grande beauté, d'une intégrité sans faille et d'un courage indéniable. Mais que peut une femme à cette époque contre la volonté des hommes ?

Son seul espoir de bonheur réside dans John Ridd, qui est pourvu d'une grande stature, et qui possède un goût certain pour la bagarre. Certes, il a du courage, lorsqu'il  s'agit de servir celle qu'il aime. Mais ce bon géant a des manières assez maladroites, et seul son grand coeur parvient à effacer un peu son côté anti-héros.

Ce livre possède une immense qualité, il s'y passe toujours quelque chose. Ainsi, on ne s'ennuie jamais en le lisant. Les personnages sont bien décrits, attachants, parfois agaçants tout de même (John Ridd a un côté lourdaud qui est parfois lassant). L'auteur a parfaitement su intégrer son histoire avec un fond historique. C'est un roman dont l'écriture n'a rien d'extraordinaire, ni de déplaisante. J'ai été un peu gênée par le fait que ce soit John Ridd qui nous raconte l'histoire. Ce n'est pas le personnage le plus plaisant, il est parfois très misogyne, et on sent toute l'importance que prend son envie de se glorifier dans le réçit (lorsqu'il nous conte tous ses combats de "champion" par exemple). Ce n'est pas quelqu'un de prétentieux, il est un peu gauche, possède un esprit simple, mais tout cela ressort dans la lecture que nous faisons de façon un peu trop évidente à mon goût. Mais c'est aussi probablement ce qui fait, d'après moi, son intérêt, par rapport à mes précédentes lectures de livres anglais du XIXème siècle. Une grande place est accordée à l'action, il est très facile de se représenter la vallée où se situe le repère des Doone, les personnages sont décrits sans indulgence (tous possèdent leurs qualités et leurs défauts, ou presque), ce qui les rend plus réalistes. Avec toutefois un côté enchanteur, qui fait le charme de ce livre méconnu à tort du public français.

Posté par lillounette à 12:59 - - Commentaires [9] - Permalien [#]


21 mars 2007

Le mystère de Callander Square ; Anne Perry

2264035242Édition 10/18 ; 7,30 euros.
382 pages.

En creusant dans Callender Square, deux jardiniers découvrent un cadavre de bébé. Alerté, l'inspecteur Thomas Pitt se rend sur les lieux, où il découvre un second corps. Il entreprend dès lors une enquête dans ce lieu habité par la grande bourgeoisie, qui n'apprécie pas beaucoup de voir ses secrets mis à jour. Pour l'aider dans sa tâche, l'inspecteur Pitt peut compter (d'ailleurs, elles ne lui laissent pas le choix) sur son épouse, Charlotte, ainsi que sur la soeur de celle-ci, Emily.

Si ça continue, je vais me faire toute la série en un rien de temps... C'est avec un plaisir immense que j'ai retrouvé les personnages de L'étrangleur de Cater Street. Je quitte souvent des personnages que j'ai aimés avec un peu de tristesse, aussi me suis-je régalée de savoir ce que Charlotte, Thomas, Emily, et même George étaient devenus.
Cette enquête est différente de la première. Tout le roman est centré autour de Callender Square, les personnages principaux ayant déjà été présentés. De ce fait, l'histoire est plus dynamique, et j'ai eu un mal fou à m'empêcher de lire la dernière page.
J'aime beaucoup la description de cette société faite d'apparences, où tout le monde sait tout sur tout le monde, mais où chacun fait semblant d'ignorer les potins. Comme le résume bien Charlotte, une épouse trompée ne se considère blessée que si le scandale éclate. Aucun de ces bourgeois ne doute un seul instant que les corps des nouveaux nés sont le fruit des amours illégitimes d'une servante aux moeurs douteuses avec un homme, quel qu'il soit (même si c'est un gentleman, peu importe, rien de plus normal que de coucher avec sa femme de chambre).
Encore une fois, Anne Perry brouille bien les pistes. Elle nous familiarise avec les habitants de Callender Square, les rend très attachants même. Cet auteur sait très bien manier le suspens, avec une tension qui va crescendo (à la fin, je rageais de devoir tourner encore quelques pages pour connaître la vérité).
Quant à la solution, elle m'a une fois de plus surprise (il est vraiment trop fort cet inspecteur Pitt), mais il faut admettre qu'elle est remarquablement trouvée.
Je vais peut-être faire une petite pause avec Anne Perry, pour ne pas me lasser, mais je compte bien y revenir rapidement.

Posté par lillounette à 22:02 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

20 mars 2007

L'étrangleur de Cater Street ; Anne Perry

2264035129Édition 10/18 ; 381 pages.
7,30 euros.

" Suffragette avant l'heure, l'indomptable Charlotte Ellison contrarie les manières et codes victoriens et refuse de se laisser prendre aux badinages des jeunes filles de bonne famille et au rituel du tea o'clock.
Revendiquant son droit à la curiosité, elle parcourt avec intérêt les colonnes interdites des journaux dans lesquels s'étalent les faits divers les plus sordides. Aussi bien le Londres des années 1880 n'a-t-il rien à envier à notre fin de siècle : le danger est partout au coin de la rue et les femmes en sont souvent la proie. Dans cette nouvelle série " victorienne ", la téméraire Charlotte n'hésite pas à se lancer dans les enquêtes les plus périlleuses pour venir au secours du très séduisant inspecteur Thomas Pitt de Scotland Yard.
Charmante Sherlock Holmes en jupons, Charlotte a déjà séduit l'Angleterre et les Etats-Unis. La voici partie à l'assaut de l'Hexagone. "

Difficile d'échapper à l'engouement suscité par Anne Perry. Après quelques mois d'hésitations, j'ai enfin décidé de lire le premier volume de la série "Charlotte et Thomas Pitt".
J'ai eu un vrai coup de foudre pour ce livre. Les personnages sont attachants, c'est drôle (souvent proche du cynisme, j'adore). J'aime énormément la relation qui s'instaure entre Charlotte et Thomas, l'admiration du policier pour la jeune fille, sa façon de lui prouver son estime, de la provoquer tout en délicatesse afin de l'amener à s'intéresser à lui.
J'ai vraiment adoré l'ambiance du livre, les efforts d'Anne Perry pour brouiller les pistes. Beaucoup de suspects s'offrent à nous, et rien ne nous permet de les disculper avant le dénouement.
Et puis, j'ai apprécié le fait qu'Anne Perry nous montre que lorsque l'on doit chercher quelque chose, on déterre des secrets souvent embarrassants. Ce livre nous fait vivre la remise en question de toute une famille, que l'on ne peut s'empêcher d'aimer malgré ses défauts.
C'est vif, il est difficile de lâcher ce livre. D'ailleurs, j'ai très envie d'attaquer la suite des aventures de Charlotte et Thomas !

Je vous mets un extrait de l'un des dialogues entre Charlotte et Thomas. Ca peut paraître horrifiant comme ça, en fait je trouve que le ton cynique d'Anne Perry s'exprime ici avec délice. De plus, il montre bien la malice Thomas Pitt.

" - Je vous ai déjà dit le peu que je sais, fit-elle, exaspérée. Plusieurs fois. Si vous n'arrivez pas à résoudre cette affaire, peut-être devriez-vous abandonner ou laisser quelqu'un de capable s'en charger.
Il ignora sa grossièreté.
- C'était une jolie fille Lily Mitchell ?
- Vous ne l'avez pas vue ? dit Charlotte, surprise. L'omission semblait tellement énorme !
Pitt eut un sourire désolé, comme s'il plaignait Charlotte, tout en essayant de rester patient.
- Si Miss Ellison, je l'ai vue, mais elle n'était pas très jolie, à ce moment-là. Son visage était gonflé, bleu, ses traits déformés, sa langue...
- Arrêtez ! Arrêtez ! s'entendit crier Charlotte.
- Alors auriez-vous l'amabilité de mettre votre dignité en veilleuse, dit-il plutôt calmement, et de m'aider à trouver celui qui a fait ça, avant qu'il le fasse à une autre ? "
(pages 109-110)

Posté par lillounette à 07:30 - - Commentaires [22] - Permalien [#]

19 mars 2007

Extrait de Bérénice ; Jean Racine

DelacroixMer_1_
La mer à Dieppe ; Eugène Delacroix

Bérénice

" Je n'écoute plus rien, et pour jamais, adieu.
Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !
L'ingrat, de mon départ consolé par avance,
Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?
Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts. "

Bérénice (Acte IV, scène 5) ; Jean Racine

Posté par lillounette à 07:29 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

18 mars 2007

Angel ; Elizabeth Taylor

2743616563Édition Rivages ; 365 pages.
9,50 euros.

" Voici un roman dont le sujet est le don d'une vie à l'écriture, et cela conté d'une façon si romanesque que nous sommes pris dans une sorte de tourbillon circulaire et dramatique. L'extravagante enfant qui en est l'héroïne, Angel, qui est tout sauf angélique, nous apparaît tout de suite rétive, méprisant l'épicerie où travaille sa mère, absente de la vie quotidienne, volontairement aveugle au réel. "
(Extrait de la préface de Diane de Margelle)

Heureusement qu'il existe des cinéastes qui n'hésitent pas à redonner de l'éclat à de grands romans oubliés. La couverture du livre peut en rebuter plus d'un, laissant croire qu'il s'agit d'un conte de fées. Or, il ne s'agit pas du tout de cela. En fait, c'est l'histoire d'une héroïne difficile à aimer qui s'est plue à croire en ses rêves

Angel, une adolescente de quinze ans, vit tellement dans ses rêves qu'elle se met à mépriser la réalité de son existence, et à raconter aux autres la vie qu'elle s'est forgée. Sûre d'elle et très prétentieuse, malgré les humiliations subies (parfois bien méritées, il faut le reconnaître), elle parvient à devenir un écrivain que l'on s'arrache. Mais sa personnalité, qui se répercute dans son travail, lui vaut la haine des critiques et les sarcasmes du "grand monde".
Elle ne commence à se soucier du monde réel que lorsqu'elle rencontre Esmé, un peintre volage et surtout très séduisant. La jeune Angel, qui rêvait d'une vie de princesse, tombe éperdument amoureuse du jeune homme.

Cette héroïne a été décrite comme étant fabulatrice, détestable et même démoniaque dans les critiques que j'ai lues. Certes, ce n'est pas une sainte, et elle sait (souvent) être extrêmement désagréable. Toutefois, quelle petite fille n'a jamais rêvé d'être une princesse ? Qui ne s'est jamais inventé une autre vie ?
Angel est aussi une femme qui a le mérite d'avoir de la volonté, de l'ambition. Elle a l'audace de vouloir assumer ce qu'elle écrit, et de se forger une place dans le monde. Elle n'a pas conscience du décalage entre son imagination et la réalité. Quant à sa vanité, bien qu'immense et insupportable, elle ne contient pas de réelle méchanceté. Aussi haïssable que puisse être sa conduite, Angel n'est pas quelqu'un de fondamentalement mauvais. Ses rêves de gloire lui ont fait oublier la réalité, elle n'a pas vraiment conscience de son caractère tyrannique.

En tombant amoureuse, Angel devient vulnérable. Car celui qu'elle aime n'a rien d'un prince charmant. A partir de là, on sent que le drame commence à se nouer. Il y aura le manque d'inspiration, la passion aveugle pour Esmé, la guerre, les deuils, qui lui feront payer son indifférence à l'égard de la vie réelle. Mais là encore, pour Angel, il est impossible d'admettre sa propre chute, de la regarder en face.

Cette femme m'a souvent déplue, mais les rares moments où elle est sincère la montrent tellement humaine et enfantine, que son histoire m'a prise au ventre, si bien que je n'ai pas pu lâcher ce livre avant de l'avoir terminé. Là où l'on voit, de l'extérieur, de la vanité, il y a surtout une petite fille qui refuse de perdre ses illusions.
Elizabeth Taylor décrit extrêmement bien les scènes qu'elle nous raconte. Il est aisé de se représenter les tenues extravagantes d'Angel, l'atelier d'Esmé, Paradise House en ruines. Surtout, j'ai été bouleversée par la course désespérée d'Angel vers l'étang, hurlant de douleur lorsqu'elle voit son bonheur s'écrouler. 

Ce livre est un petit bijou, même si l'histoire qu'il nous raconte est douloureuse. J'espère que j'aurai du plaisir à retrouver les personnages en visionnant le film, dont la bande-annonce est très prometteuse.

"Lorsque j'étais enfant, je me racontais des histoires du temps où j'habiterais cette maison. Les gens appelaient ça des mensonges, parce que j'oubliais parfois la réalité et disais tout haut ce que j'aurais mieux fait de garder en rêves ; mais je ne faisais que me vouloir vraie, tendre ma volonté vers cette vérité." (page 216)

Posté par lillounette à 12:17 - - Commentaires [26] - Permalien [#]

17 mars 2007

Mal de pierres ; Milena Agus

2867464331Édition Liana Levi ; 123 pages.

" Au centre, l'héroïne: jeune Sarde étrange "aux longs cheveux noirs et aux yeux immenses".
Toujours en décalage, toujours à contretemps, toujours à côté de sa propre vie... A l'arrière-plan, les personnages secondaires, peints avec une touche d'une extraordinaire finesse: le mari, épousé par raison pendant la Seconde Guerre, sensuel taciturne à jamais mal connu; le Rescapé, brève rencontre sur le Continent, à l'empreinte indélébile; le fils, inespéré, et futur pianiste; enfin, la petite-fille, narratrice de cette histoire, la seule qui permettra à l'héroïne de se révéler dans sa vérité.
Mais sait-on jamais tout de quelqu'un, aussi proche soit-il..."

Je m'en veux un peu d'avoir lu ce livre juste après avoir refermé La Foire aux vanités. Je suis passée brusquement d'un univers vivant, piquant, dynamique à un récit sobre et tranquille. Sans doute pour cela, j'ai eu énormément de mal à m'intéresser à ce livre. Je n'avais pas particulièrement envie de connaître la suite, j'ai tourné les premières pages un peu mécaniquement. Mais il y a quelque chose d'envoûtant dans l'écriture de Milena Agus. Elle a fini par me plonger dans l'histoire de cette femme, dont le mal-être transparaît à chaque page, sans que cela soit clairement établi. Les personnages deviennent peu à peu familiers, les choses se mettent progressivement en place, du moins le pense t-on. J'ai beaucoup aimé la fin, qui remet en cause tout le reste, qui met enfin des mots sur tous ces non-dits. Comme pour nous glisser que l'on connaît des autres uniquement ce qu'ils nous montrent et ce que l'on veut savoir pour les faire correspondre à l'image que l'on se fait d'eux, et que finalement, il n'y a qu'une mince barrière entre le rêve et la réalité.

Ceux qui ont aimé La note sensible de Valentine Goby seront certainement charmés par ce texte.

EDIT de 03/09 : je garde finalement un mauvais souvenir de ce livre. J'ai été indulgente en rédigeant mon billet, puisqu'il venait après un roman qui figure désormais dans mon panthéon littéraire, mais je n'ai gardé que les mauvais aspects du livre en mémoire...

Les critiques enthousiastes de Chimère, de Clarabel, de Cuné, de Laure et de Papillon.

Posté par lillounette à 10:05 - - Commentaires [19] - Permalien [#]