23 avril 2007

Le pont Mirabeau ; Guillaume Apollinaire

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La Seine à Champrosay ; Pierre-Auguste Renoir.

Le pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
            Et nos amours
       Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
            Tandis que sous
       Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
            L'amour s'en va
       Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
            Ni temps passé
       Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

Guillaume Apollinaire

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21 avril 2007

La duchesse de Langeais ; Honoré de Balzac

9782253096290_G_1_Édition Le Livre de Poche ; 248 pages.
4 euros.

" A l'égal de la princesse de Clèves et de la Sanseverina, la duchesse de Langeais est l'une des grandes divinités féminines de notre littérature.
Elle réunit en sa personne le triple prestige de la beauté, de la naissance et du malheur. Issue d'un sang illustre, Antoinette de Navarreins voit le jour en 1794, sous la Terreur, une bien sombre étoile qui sera pour elle la marque du destin. Quelque vingt ans plus tard, séparée de son mari abhorré que lui avait imposé un père indifférent, c'est l'une des gloires mondaines du Faubourg Saint-Germain.
Mais que dissimule la coquetterie glacée de cette aristocratique Célimène ? Et par quel étrange sortilège l'incandescente passion d'Armand de Montriveau va-t-elle à son tour la consumer ? Comme tout vrai chef-d'œuvre, ce " roman noir " - primitivement intitulé " Ne touchez pas à la hache " - est pour partie une autobiographie sublimée, c'est-à-dire le contraire d'un roman à clefs. " Moi seul sais ce qu'il y a d'horrible dans La Duchesse de Langeais ", confiait Balzac à l'un de ses proches.
C'est pourquoi l'œuvre conserve, depuis plus d'un siècle et demi, son mystère et sa force de séduction. "


Cela faisait plusieurs années que je n'avais pas lu Balzac. Il y a quelques semaines, j'ai été accrochée à la librairie par La Duchesse de Langeais, dont la récente adaptation au cinéma a entraîné une nouvelle édition.

Ce livre m'a happée dès les premières pages. J'ai lu avec délice la description de cette île où "Soeur Thérèse" a trouvé refuge. J'ai tremblé d'émotion avec ce général, fou d'amour et désespéré, qui sent à nouveau la présence de celle qui l'a abandonné cinq ans plus tôt.
Outre l'histoire d'une "passion" inassouvie, on trouve dans ce roman un regard critique sur la société française du XIXe. Car c'est aussi un roman qui renferme beaucoup de rancoeur. Balzac règle ses comptes avec la noblesse française cramponnée à ses titres et renfermée sur elle même, avec une description impitoyable du faubourg Saint-Antoine. Dans ce lieu à la mode vit et séduit la Duchesse de Langeais, qui est à la fois victime et coupable dans cette société méprisable, et qui incarnerait pour beaucoup une femme aimée en vain par Balzac.
Antoinette commence, à force de coquetterie égoïste et d'hypocrisie, par séduire le Marquis Armand de Montriveau. Elle en joue, le repousse, au nom des convenances, de sa réputation. Surtout, elle refuse de voir ses sentiments pour cet homme s'éveiller afin de se protéger, mais c'est justement cet aveuglement qui cause sa perte. Elle blesse un homme orgueilleux et vengeur, qui lui fait comprendre, trop tard, combien les grands principes moraux sont dérisoires et dépassés. 
Balzac décrit les tourments amoureux avec une foule de précisions, des termes choisis avec minutie, ce qui nous permet de ressentir la peine des deux principaux personnages avec autant de violence que si on y était. C'est violent, c'est douloureux, mais c'est sublime. Balzac possède un style poétique dans lequel je me suis plongée avec délice.
Seule la fin, trop rapide, trop froide, qui contraste avec le style passionné et les longs commentaires du reste du livre m'a un peu frustrée. Je sais que Balzac aime finir ses livres avec une touche très ironique, et nous en avons là un bel exemple, mais le réveil a été un peu brutal...

A noter que l'édition du Livre de Poche est vraiment très bien faite. La préface est vraiment très intéressante. Et les nombreuses annotations permettent de comprendre sans alourdir la lecture un roman rempli de références historiques et de termes dont le sens a évolué.

" Mais il n'y a point de petits événements pour le coeur ; il grandit tout ; il met dans les mêmes balances la chute d'un emprire de quatorze ans et la chute d'un gant de femme, et presque toujours le gant y pèse plus que l'empire. Après les faits viendront les émotions. " (page 59)

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20 avril 2007

Des petits nouveaux...

2070316262Pour que Patch et Mme Patch ne se sentent pas trop coupables d'acheter des livres, j'ai décidé de les accompagner (quelle gentillesse, n'est-ce pas ? )...

2211055915Donc, hier, j'ai fait un saut à la librairie. J'ai acheté : Possession de A.S. Byatt, j'ai lu que ça ressemblait à Le treizième conte de Diane Setterfield que je n'ai pas lu, mais qui me tente beaucoup (comme ça, si le livre de Diane Setterfield ne me plaît pas, je serais bien avancée...). Le moine de Lewis a également rejoint ma PAL, tout comme Pride and Prejudice de Jane Austen (je ne l'ai pas encore lu en anglais), Adam et Cassandra de Barbara Pym, Mademoiselle O de Vladimir Nabokov (la couverture était jolie...), Les grandes espérances de Charles Dickens, La dame en blanc de Wilkie Collins, La laide au bois dormant de Grégoire Solotareff et Le lys dans la vallée de Balzac.

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16 avril 2007

Soupir ; René-François Sully Prudhomme

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A sea spell ; Dante Gabriel Rossetti

Soupir

Ne jamais la voir ni l'entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais, fidèle, toujours l'attendre,
Toujours l'aimer.

Ouvrir les bras et, las d'attendre,
Sur le néant les refermer,
Mais encor, toujours les lui tendre,
Toujours l'aimer.

Ah ! Ne pouvoir que les lui tendre,
Et dans les pleurs se consumer,
Mais ces pleurs toujours les répandre,
Toujours l'aimer.

Ne jamais la voir ni l'entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais d'un amour toujours plus tendre
Toujours l'aimer.

René-François Sully Prudhomme

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14 avril 2007

Les mystères d'Udolphe ; Anne Radcliffe

2070403777Édition Folio ; 905 pages.
11,50 euros.

" Ann Radcliffe publie en 1794 The Mysteries of Udolpho. Les romantiques anglais, et les Victoriens, lui ont voué un culte. En France, Balzac, Hugo, Nodier, Féval, Sue, se souvinrent d'elle. On ignore ce qui a pu pousser cette petite bourgeoise à la vie ordinaire à raconter des histoires terrifiantes, qu'on appelle « gothiques » en Angleterre et « noires » en France parce qu'elles cherchent à provoquer la crainte chez les lecteurs.

Émilie explore le château mystérieux, chandelle à la main, à minuit. La menace (surnaturelle ?) est partout présente. Les séquestrations, les tortures ne sont pas loin. Quel est le dessein du maître des lieux? Quels sentiments éprouve la jeune fille pour son tuteur et geôlier? Qui épousera-t-elle, après cette quête de soi à travers les corridors du château, qui ressemblent à ceux de l'inconscient? Ce n'est pas pour rien qu'un chapitre porte en épigraphe ces mots de Shakespeare: « Je pourrais te dire une histoire dont le moindre mot te déchirerait le coeur. » "

Dans Northanger Abbey, Jane Austen parle beaucoup de ce roman, en le parodiant par le biais de sa naïve héroïne, Catherine Morland. C'est donc tout naturellement que je me suis intéressée à ce livre, qui a fait couler beaucoup d'encre lors de sa publication en 1794. Il paraît que les gens s'imaginaient qu'Ann Radcliffe mangeait des tranches de boeuf crues pour se donner des cauchemars...

Je m'attendais à un style difficile, à une histoire assez ennuyeuse, à une héroïne exaspérante qui s'évanouit toutes les dix secondes. J'ai bien mis cent pages à me plonger dans cette histoire. Emilie m'agaçait prodigieusement à pleurnicher en permanence, et le rythme est plutôt lent au début du livre.
De plus, pour nous, personnes du XXIème siècle, il est difficile de comprendre que les passages dans les bois à la tombée de la nuit sont angoissants, et les malaises d'Emilie à chaque occasion sont au premier abord plus exaspérants qu'autre chose.

Toutefois, on se laisse prendre par cette histoire qui se passe à la fin du XVIe siècle, sous le règne de Henri III. Je me suis rapidement mise à avaler les chapitres, surtout à partir de l'arrivée au château d'Udolphe.
Je pensais ne pas pouvoir lire ce livre avec sérieux, l'apprécier pour lui même, j'avais tort. L'écriture d'abord est magnifique. Ann Radcliffe possède un style poétique, délicat, et nous fait de longues descriptions de paysages qui laissent rêveur. Ce n'est absolument pas un roman d'épouvante pour nous, mais l'histoire est vraiment intrigante. C'est avec délice que j'ai suivi Emilie dans les couloirs sombres d'Udolphe, la nuit.
Les personnages sont assez caricaturaux, c'est vrai. Surtout les femmes, qui pleurent, gémissent et s'évanouissent très souvent. Mais on passe rapidement outre cela, parce que l'on veut vraiment savoir quels sont les secrets que renferment Udolphe et les autres lieux "hantés" que nous traversons. Et puis, je l'avoue, je voulais savoir si Emilie et Valancourt se retrouveraient...

J'ai été surprise par l'audace de ce livre. Emilie et Valancourt, nos deux amoureux, se serrent dans les bras l'un de l'autre, s'embrassent les mains, choses que Jane Austen n'a jamais fait faire à ses héros. Quant aux crimes passionels et aux adultères supposés, aux enlèvements d'Emilie projetés par ses prétendants, ils ont dû choquer les lecteurs du XVIIIe. Quand on sait que Jane Austen était fille de pasteur, on se demande comment elle est parvenue à se procurer ce livre.

Ann Radcliffe parvient à nous plonger dans une atmosphère gothique que l'on ressent même plus de deux cents ans après, et dont les soeurs Brontë se sont inspirées pour écrire leurs romans. C'est un livre qui possède des qualités indéniables et qui se lit avec délice. Je vais essayer de relire sous peu Northanger Abbey, afin de saisir tous les clins d'oeil faits au roman d'Ann Radcliffe qui s'y trouvent.

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12 avril 2007

De la maladie ; Virginia Woolf

2743616377Édition Rivages ; 59 pages.
5 euros.

"Lorsque nous y réfléchissons, comme les circonstances nous y forcent bien souvent, il nous semble soudain pour le moins étonnant que la maladie ne figure pas à côté de l'amour, de la latte et de la jalousie, parmi les thèmes majeurs de la littérature. Virginia Woolf.

Dans ce court texte écrit en 1926 pour la revue de T. S. Eliot, Virginia Woolf s'interroge sur cette expérience particulière dont personne ne parle, dont le langage peine à rendre compte mais que tout le monde connaît : la maladie. Lorsqu'on tombe malade, constate-t-elle, la vie normale interrompt son cours réglé pour laisser place à un état de contemplation où le corps reprend ses droits et où l'univers apparaît soudain dans son indifférence totale à la vie humaine. "

Pour donner envie aux gens d'être malades, il faut vraiment avoir du talent. Bon, je ne ressors pas de cette lecture en me disant qu'il faut que je dorme dans mon jardin la nuit prochaine, mais c'est avec énormément de plaisir que j'ai lu les mots de Virginia Woolf sur la maladie.
C'est une très bonne surprise, parce que le titre promettait quand même quelque chose d'assez barbant. Quand j'ai commencé à lire la préface, mes craintes ne se sont pas du tout calmées, j'ai même reposé le livre. C'est Cathulu qui m'a donné envie de m'y remettre, et j'ai eu raison de le faire.

C'est très drôle. Certes, le sujet est sérieux, mais Virginia Woolf le croque tellement bien qu'on ne peut que s'amuser à la lecture de cet article. A travers lui et très habilement, Virginia Woolf critique la société, toujours pressée, qui n'a jamais le temps de s'arrêter pour vivre l'instant présent, pour contempler et connaître le monde qui l'entoure. Car "nous sommes condamnés à nous tortiller tout le temps que nous restons accrochés au bout de l'hameçon de la vie" .
Mais quand on tombe malade, on est obliger de s'immobiliser. Alors, on peut remarquer des choses banales, comme le ciel, mais que l'on ne prend jamais le temps de voir.
Et puis, quand on est malade, pour Virginia Woolf, on saisit mieux le sens profond des choses. Les vers des poètes ne sont jamais aussi clairs que lorsqu'on les lit à la lumière d'une bonne grippe...

Vraiment un très bon petit moment à passer avec ce petit livre ! Je vous laisse, je retourne à une lecture d'un tout autre genre.

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09 avril 2007

L'amour par Pic de la Mirandole

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Francis Danby ; Disappointed Love.

" Amour, feu sous la glace et froide face,
Amour, agréable souffrance et doux souci,
Amour, suave peine et nécessaire mal,
Amour, éternel conflit, inaccessible paix. "

Pic de la Mirandole

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07 avril 2007

La rose et la bague ; William Makepeace Thackeray

2842301188Édition Hoëbeke ; 179 pages.
14,94 euros.

" La Rose et la Bague, le meilleur des contes de Noël de William M. Thackeray, écrit en 1854, met en scène rois usurpateurs et mesquins, princesse stupide et imbue d'elle-même, affrontements entre royaumes voisins. Manipulés à distance par la fée Réglisse, personnage capital du récit, tous les interprètes de cette pantomime opèrent de brusques et grotesques palinodies sous l'emprise de deux objets magiques : une rose et une bague. Dans cette fable sur l'exercice du pouvoir, W. M. Thackeray use de tous les ressorts du conte de fées (apparitions, métamorphoses, destinées et amours contrariées) pour dépeindre avec humour et dérision un univers où tout est possible, où l'imagination et l'inventivité peuvent se débrider avec allégresse. "

Depuis que j'ai lu La foire aux vanités, je voulais lire un autre roman de William Makepeace Thackeray. Je suis tombée sur ce conte, qui possède une couverture toute mignonne et est édité dans la collection "Bibliothèque elfique". C'est futile, je sais, il n'empêche que j'ai été bien inspirée.

Cette histoire pourrait être une de celles que l'on lit aux enfants avant qu'ils ne s'endorment. Une petite femme de chambre, enfant trouvée, qui tombe amoureuse d'un prince privé de son trône par son oncle, amour qui ne tarde pas à devenir réciproque. Ajoutez à cela une fée appelée Réglisse, une bague et une rose servant de filtres d'amour, ainsi que des méchants vraiment méchants, et vous aurez en effet tous les ingrédients pour faire un conte de fées.
Sauf qu'il y a derrière tous ces clichés, la patte de William Makepeace Thackeray. Avec un ton sarcastique, délicieusement méchant même, l'auteur ridiculise l'importance accordée à l'apparence, au pouvoir, à la beauté, au détriment de l'instruction et de la sincérité.
Ce que j'aime chez Thackeray, c'est cette habitude qu'il a de se moquer de ses propres héros, d'en faire des gens possédant des faiblesses qu'il se permet de ridiculiser. Il se moque par exemple de Giglio et de son ignorance. Mais lorsque celui-ci a comblé les lacunes de son instruction, il le fait prononcer un discours qui dure trois jours, durant lesquels il se rafraîchit en suçant des oranges...   

Pour faire court, ce livre est un petit bijou, drôle et charmant, dont la cruauté de ton peut, par moments, rappeler un certain Oscar Wilde...

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03 avril 2007

L'ancre des rêves ; Gaëlle Nohant

 

2221108205Édition Robert Laffont ; 381 pages.
20 euros.

" - Dis donc, gamin, on t'a pas appris qu' c'était pas poli de zieuter comme ça ? J'aime pas les malins. Fais bien attention à toi. Les morts marchent, ce soir. Fais bien attention à toi. Un long frisson le frigorifia comme une bourrasque giflant un corps trempé. Les morts marchent, ce soir. Une comptine dont il avait perdu le souvenir lui traversa la tête. " Faut boire à la santé des gars Qui sont coulés, au fond, en tas. " Dans un petit village de la côte bretonne, chaque nuit, les enfants Guérindel, Benoît, Lunaire, Guinoux et le petit Samson, sont en proie à des cauchemars terrifiants qu'ils taisent à leurs parents... Enogat, leur mère, a toujours interdit à ses quatre fils d'approcher le bord de l'eau. Est-ce seulement pour les protéger des dangers de la nature ? Ou d'une autre menace qui ne dit pas son nom ? Entre conte fantastique et roman d'initiation, L'Ancre des rêves sonde le mystère des peurs d'enfant. "

Je l'avoue d'emblée, s'il ne s'était pas agit du roman de Gaëlle, je n'aurais certainement pas daigné ouvrir ce livre. D'abord, jusqu'à ma rencontre avec Anne Perry il y a peu de temps, je lisais très peu de romans policiers (même si après lecture je réalise à quel point cette classification de libraire est discutable). Ensuite, les histoires un peu bizarres sur les légendes bretonnes, je trouve que ça fait vraiment saga estivale. Et pour finir, j'avoue que le premier chapitre que j'avais lu sur le site de Robert Laffont ne me tentait pas plus que ça. Le langage adopté me semblait être le langage courant (or, je suis de plus en plus snob quand je lis des romans, il me faut de l'élégance...), et puis je déteste lire sur un écran.
Sauf que, j'étais très curieuse de voir ce que ça donnait. Thom, Choupynette et Clarabel avaient fait une pub plus qu'alléchante en faveur de ce roman, et le titre m'intriguait tout autant que sa couverture.

 

Quand j'ai ouvert mon livre, j'ai presque instantanément oublié mes mauvais a prioris. Cela faisait longtemps qu'un roman contemporain français ne m'avait pas fait cet effet. Il y a une atmosphère palpable dans ce livre, et cela dès les premières pages. On est véritablement happé par cette histoire, sans même s'en rendre compte. On se met à vivre les cauchemars de Benoît, Lunaire, Guinoux et Samson. Ayant moi même quelques rêves récurrents (heureusement pas tous les soirs, et moins traumatisants...), je pense que ça m'a aidée à me mettre dans l'ambiance.

Alors que je craignais de ne pas apprécier l'écriture de Gaëlle Nohant, j'ai pris un réel plaisir à lire ses phrases pleines de poésie. J'ai noté quelques maladresses, mais c'est vraiment peu important, car le reste est remarquable. C'est poétique mais pas artificiel, grâce à une habile combinaison entre le registre soutenu et le registre familier. Cette alternance permet aussi la cohabitation entre une atmosphère pesante, inquiétante, douloureuse et un récit souvent drôle.

Il est difficile de se détacher de ce récit, les explications qui arrivent au compte goutte, nous plongent chacune un peu plus dans le roman. J'ai bien trouvé que certains (en fait deux) petits passages étaient cousus avec des fils assez gros, mais je pense que cela permet surtout d'éviter que le récit s'enlise, et de maintenir le rythme de la lecture. Je me suis beaucoup attachée à tous ces personnages, à ces frères qui s'aiment sans se l'avouer, à Ardélia et Ebenezer, à Abel, et à toutes ces femmes blessées par la mer. J'ai adoré me plonger dans ce monde rêvé mais qui a aussi existé, en apprendre sur les Terra-neuvas, l'angoisse et la fascination opérée par la mer sur la population bretonne.

Je crois que la grande réussite de Gaëlle Nohant est aussi d'avoir écrit un livre qui peut toucher le plus grand nombre. L'ancre des rêves peut être abordé de différentes manières. C'est une enquête dans le passé, sur soi, les non dits. La psychologie et ses zones d'ombre occupent une grande part du roman, qui est aussi un hommage à la culture bretonne.
Je pense d'ailleurs faire lire ce roman à des personnes très différentes, mais qui seront, j'en suis certaine, touchée par ce livre, chacune à leur façon.

J'ai été bercée par ce livre, dont je ressors la gorge nouée. Beaucoup de passage sont extrêmement émouvants, le style doux et plein de justesse leur donnant une grande force. Malgré les quelques petites critiques que j'ai formulées (et qui sont vraiment pardonnables), c'est un véritable coup de coeur.

" Des petites filles racontaient qu'Enogat avait un passé de sirène,et que si les garçons touchaient la mer ils retrouveraient leurs nageoires et leur peau translucide et disparaîtraient dans les flots, rejoignant le peuple sombre qui s'agitait en bas. " (page 20)

" - Je reviendrai, t'inquiète pas. Si tu m'attends, je reviendrai..., ajouta-t-il, sans se douter qu'un jour elle lui crierait debout devant la mer qu'il n'avait pas tenu sa promesse, qu'il l'avait abandonnée, et qu'elle n'aurait pas trop d'une vie pour le lui pardonner. " (page 204)

 

Les avis de Choupynette, de Thom et de Clarabel.

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02 avril 2007

Gazel au fond de la nuit ; Louis Aragon

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Atala au tombeau ; Girodet

Gazel au fond de la nuit

Je suis rentré dans la maison comme un voleur
Déjà tu partageais le lourd repos des fleurs au fond de la nuit

J’ai retiré mes vêtements tombés à terre
J’ai dit pour un moment à mon coeur de se taire au fond de la nuit

Je ne me voyais plus j’avais perdu mon âge
Nu dans ce monde noir sans regard sans image au fond de la nuit

Dépouillé de moi-même allégé de mes jours
N’ayant plus souvenir que de toi mon amour au fond de la nuit

Mon secret frémissant qu’aveuglément je touche
Mémoire de mes mains mémoire de ma bouche au fond de la nuit

Long parfum retrouvé de cette vie ensemble
Et comme aux premiers temps qu’à respirer je tremble au fond de la nuit

Te voilà ma jacinthe entre mes bras captive
Qui bouge doucement dans le lit quand j’arrive au fond de la nuit

Comme si tu faisais dans ton rêve ma place
Dans ce paysage où Dieu sait ce qui se passe au fond de la nuit

Ou c’est par passe-droit qu’à tes côtés je veille
Et j’ai peur de tomber de toi dans le sommeil au fond de la nuit

Comme la preuve d’être embrumant le miroir
Si fragile bonheur qu’à peine on peut y croire au fond de la nuit

J’ai peur de ton silence et pourtant tu respires
Contre moi je te tiens imaginaire empire au fond de la nuit

Je suis auprès de toi le guetteur qui se trouble
A chaque pas qu’il fait de l’écho qui le double au fond de la nuit

Je suis auprès de toi le guetteur sur les murs
Qui souffre d’une feuille et se meurt d’un murmure au fond de la nuit

Je vis pour cette plainte à l’heure ou tu reposes
Je vis pour cette crainte en moi de toute chose au fond de la nuit

Va dire ô mon gazel à ceux du jour futur
Qu’ici le nom d’Elsa seul est ma signature au fond de la nuit !

Louis Aragon

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