04 mars 2008

Le destin miraculeux d'Edgar Mint ; Brady Udall

51C1WYA431L10/18 ; 544 pages.

Ce livre faisait partie de mon challenge ABC 2007 que j’espère compléter avec un peu de retard. Ce livre m’avait été conseillé parce qu’il me fallait un auteur en « U ». Autrement, je ne pense pas qu’il me serait venu à l’esprit de le lire. D’ailleurs, j’ai mis un bon moment à me décider.

L’histoire : Edgar Mint a sept ans quand le facteur lui roule sur la tête. Ce petit métis, né d’une mère indienne alcoolique depuis sa grossesse et d’un apprenti cow -boy disparu dans la nature, passe trois mois dans le coma avant de passer de nombreux mois dans une nouvelle chambre d’hôpital. Là-bas, sa vie commence. Il réalise qu’il ne peut pas écrire, mais taper à la machine, il ne s’en prive pas. Sa mère ayant disparu après son accident, Edgar est envoyé chez son grand-oncle, qui le met dans une école d’enfants indiens où il ne rigole pas tous les jours, puis il partage quelques temps la vie d’une famille mormone.

Mon avis : Autant le dire tout de suite, ce roman m’a complètement emballée. Il m’a fallu une cinquantaine de pages avant de me retrouver un peu dans le récit, mais j’ai terminé ce livre en une journée.

En fait, Le destin miraculeux d’Edgar Mint est très typique des romans américains actuels au niveau de sa forme. Je n’en ai pas lu beaucoup, mais j’ai dès le début pensé aux romans de Stephen MacCauley, Jonathan Tropper ou Douglas Coupland. Le ton employé, le découpage des chapitres, le style direct et percutant est commun à tous ces auteurs. Sauf que je trouve que Brady Udall les utilise beaucoup mieux. L’histoire est originale (du moins je n’en avais jamais lu de pareille). On est loin des clichés assez présents chez les autres auteurs que je viens de citer (je précise que ça ne m’empêche pas d’avoir énormément aimé certains de leurs livres). Le personnage est un enfant né dans une réserve indienne, pas un célibataire branché et pommé vivant dans une grande ville américaine.

Et puis, c’est vraiment drôle, dynamique, voire même un peu flippant (ce Barry…). J’ai beaucoup aimé la façon de parler d’Edgar d’abord à la troisième, puis à la première personne dans la phrase suivante. On a deux récits en un, de façon assez subtile, qui nous permettent d’aborder l’histoire à deux niveaux différents. Comme spectateur d’abord, puis comme témoin pris à partie par Edgar.

Ne vous attendez pas à un livre débordant d’action, ou à une quête effrénée de la part d’Edgar pour mener à bien les missions qu’il se fixe. La mission d'Edgar, tant promise dans certains résumés du livre, se dessine vraiment progressivement, et est loin de constituer l’intérêt principal du roman. Ce livre est surtout une succession d’anecdotes. Chaque période, l’hôpital, l’école, la maison mormone, dure une bonne partie du livre. Ce n’est absolument pas ennuyeux, un garçon comme Edgar qui réfléchit en permanence est toujours captivant, amusant et touchant. Le ton est plutôt détaché sans être froid. Cela permet au lecteur d’éprouver de l’empathie pour les personnages (et ils en ont besoin) sans les traumatiser non plus.

La fin est drôle et bien ficelée, dans la continuité du roman. Vraiment un très bon moment de lecture que je vous recommande !

    

« Je m’aperçois aujourd’hui que, sous de nombreux aspects, j’ai vécu ma vie à l’envers. Pendant la première moitié, j’ai eu à faire des choix difficiles et à en subir les conséquences, tandis que pendant la deuxième, j’ai vécu l’existence simple et protégée d’un enfant. » (Page 537)

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22 février 2008

Sirène ; Marie Nimier

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Folio ; 204 pages.

J'avais acheté ce livre suite à un billet d'Emjy qui nous disait qu'elle l'avait sur sa PAL. Je suis encore une petite fille qui rêve quand elle entend le mot "sirène", encore plus quand elle en voit une peinte par Waterhouse, comme sur la couverture de ce roman. Je n’ai pas hésité, et j’ai acheté ce roman.

L’histoire : Marine Kerbay a vingt ans, et elle s’apprête a se suicider. Pour l’occasion, elle nettoie son appartement, revêt une tenue très élégante, et ingurgite soixante-quatre cachets avant de s’engouffrer dans le taxi qui doit la conduire au bord de la Seine. Car Marine est une sirène, une fille de la mer, et toute autre mort semblerait inappropriée pour cette jeune fille.
Mais elle échoue. Repêchée, elle subit les réactions blessantes des gens. Elle les laisse croire ce qu’ils veulent. Bruno est soulagé de croire qu’elle ne l’aime plus. Le psychiatre qui pense bien faire son métier en lui affirmant : “Vous ne savez pas pourquoi vous avez essayé de vous tuer, et surtout je pense que vous ne voulez pas le savoir”, elle ne le contredit pas.
Toutefois, ce n’est pas parce que Marine est la “Reine du silence” pour les autres qu’elle l’est vraiment. Après tout, ces gens qui croient la comprendre mieux qu’elle même ne méritent pas tellement qu’elle leur raconte tout.

Mon avis : Il semblerait que Marie Nimier parle un peu d’elle même dans ce livre, de sa propre tentative de suicide. Heureusement, elle n’a pas oublie qu’elle écrivait un roman. Ce livre n’est pas sa propre vie, et Marine est un personnage de fiction, dans lequel il n’est pas difficile de se retrouver. Je craignais que ce livre soit une autofiction totalement inintéressante après avoir découvert le propos réel de ce livre, mais là je suis complètement sous le charme.
Il y a bien quelques longueurs au début, quand Marine n'est encore qu'une jeune fille qui agit bizarrement, qu'une jeune sirène qui comme tant d'autres a succombé au charme d'un dragon. Mais c'est parce que Marine est une jeune fille qui réfléchit beaucoup plus qu'elle ne parle. Au fur et a mesure que l'histoire avance, son personnage se dévoile et s'étoffe. De la jeune fille froide, statique et pitoyable elle devient une rêveuse touchante, intelligente et curieuse.
L'ambiance du livre aussi change. On débute dans un Paris déprimant, puis on se rend en Bretagne, dans les années soixante également. On est un peu nostalgique, ce n’est pas vraiment une histoire joyeuse, mais je m’y suis sentie vraiment bien, un peu comme si les souvenirs de Marine m’étaient familiers.
L’écriture de Marie Nimier est très belle. J’ai même relu certains passages au cours de ma lecture pour les apprécier encore plus. La quête du père disparu, les interrogations de Marine sont celles d’une jeune fille qui semble trop réfléchir. Mais elle joue tellement bien avec les mots, elle suit une logique tellement parfaite qu’il est difficile de ne pas se prendre au jeu de Marine.

“Père, paire, perd, le mot se répétant prenait des proportions monstrueuses. Il s’insinuait dans le moindre repli de son être, tissant au fil de ses pensées une toile gluante, tout s’embrouillait…” (page 154)

“Marine se demanda si elle changerait son beau sourire contre un papa, un vrai. Elle pensa a la petite sirène qui n’avait pas hésite a sacrifier sa langue afin d’être acceptée sur la terre des hommes. Et pourtant, se dit-elle, le Prince ne s’était pas marié avec elle.” (page 157)

Comment en vient-on au suicide ? Faut-il vraiment détester la vie pour la quitter, ou peut-il y avoir d’autres raisons ? Marine cherche ses propres réponses, raconte ses propres mensonges, ceux des autres, tout ce qui peut lui permettre de découvrir pourquoi elle se sent déchirée entre Marine et Céline, ces deux prénoms qui lui appartiennent mais qui n'ont pas la même origine.
Je pense que présenté comme cela, ce livre a l'air plutôt barbant, prise de tête. Mais en fait, c'est un livre sans prétention qui nous raconte d'une très belle façon l'histoire d'une jeune fille blessée, le tout mêlé a des récits de sirène et de dragon. Les cent dernières pages de ce livres sont vraiment très très belles, encore plus que le début, vraiment une très jolie découverte.

Comment appelez-vous cela, déjà... De l'écume ?
Bruno s'adressait a la sirène. Marine, de sa voix la plus suave, répondit a sa place que l'écume était l'âme des matelots qui étaient morts en mer. Elle dit aussi que de nombreux navigateurs que l'on croyait perdus avaient trouve au fond de l'eau une demeure éternelle.
        "Berces par les vagues, reprit-il.
        - Inondes de volupté...
        - Êtes vous sirène ?
(page 68)

L'avis d'Emjy.

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14 février 2008

Les autres ; Alice Ferney

41fKDgjj2kLBabel ; 438 pages.

Voilà un livre qui n'a pas fait l'unanimité, et que du coup je n'avais pas l'intention de lire jusqu'à ce que le hasard ne me le mette entre les mains. Et là, coup de foudre.

C'est l'anniversaire de Théo. Pour ses vingt ans, il a invité ceux auxquels il tient le plus. Estelle, sa fiancée, Marina, son amie d'enfance, son frère Niels, ainsi que Claude et Fleur. Pour l'occasion, Niels a choisi d'offrir un jeu très spécial à son cadet. Il s'agit de découvrir par le biais de questions souvent délicates ce que les joueurs pensent les uns des autres.

J'ai trouvé la construction de ce livre remarquable. Alice Ferney met la forme au service du fond de façon extrêmement ingénieuse. Ce livre cherche à définir la vérité, la réalité. Avec trois versions des faits Alice Ferney nous montre à quel point les choses sont subjectives. Elle est même perverse, puisqu'en fait, elle nous montre que toutes les réalités sont fausses puisque ce n'est que quand le lecteur a fini ce livre qu'il sait ce qui s'est réellement passé. D'un autre côté, toutes les réalités sont vraies, puisque personne ne peut jamais avoir les trois, et que le lecteur, qui ne peut tout retenir, crée une quatrième réalité qui lui est propre. 
L'intérêt de tout cela ? Montrer l'incompréhension qui règne inévitablement entre les gens. D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas dans la tête des autres que les personnages ne se comprennent pas. En fait, ils ne s'écoutent pas. Niels n'entend pas les plaintes de sa mère, Claude n'écoute pas les silences de sa fiancée.

" Mais qui écoutait qui dans cette soirée ? Et qui disait la vérité ? Il eût fallu pour cela être aidé par un interlocuteur bienveillant et attentif. La vérité de soi, ou d'un moment de la vie que l'on traverse, on ne la donne qu'à la demande. Il faut un geste d'écoute, si infime soit-il. Un regard attentionné de Niels aurait libéré le torrent des pensées de Moussia. Mais il ne l'eut pas. Il y avait dans ce salon beaucoup de bienveillance mais peu d'attention. " (page 407)

Ça peut sembler un peu prise de tête, mais en fait j'ai trouvé ce livre assez drôle, attachant. L'atmosphère rendue est intrigante, mais pas oppressante. Alice Fernet est parvenue à créer une histoire réaliste sans tomber dans le glauque, alors que le sujet s'y prêtait extrêmement bien. En effet, étrangement, même si c'est trois fois le récit de la même soirée, on ne se sent pas pris au piège. Ou du moins, pas dans celui que l'on pensait, puisque finalement, on reste parce que l'on se sent bien au milieu des personnages. Par ailleurs, je n'ai absolument pas trouvé ce roman répétitif, au contraire, chaque partie à ses propres révélations à nous offrir. En appuyant sur le poids des mots et leurs limites, ce roman nous offre belles réflexions sur la famille, la maternité, la féminité, l'amour et aussi l'amitié.

A la fin de cette soirée, on a l'impression que nos personnages viennent de vivre inconsciemment un moment capital de leur existence. Malgré tout, on peut aussi constater que seuls ceux qui voulaient vraiment tirer quelque chose de ce jeu ne repartent pas bredouille, même si ce n'est pas toujours avec ce qu'ils espéraient.

Les avis assez partagés de Clarabel, Clochette, Tamara, Laure, Anne, Papillon.

J'ai noté La conversation amoureuse du même auteur, si vous en avez d'autres à me conseiller...

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08 février 2008

Rebel Angels ; Libba Bray

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Delacorte Press Books for Young Readers ; 592 pages.

Rebel Angels est le second opus de la trilogie Les sorcières de Spence, par Libba Bray. Cet été, j'avais adoré le tome 1, qui m'avait été conseillé par une fan des romans de Stephenie Meyer. Du coup, j'avais immédiatement commandé le tome 2, qui n'a pas encore été traduit en français.

Nous retrouvons Gemma, qui rentre chez elle pour les vacances de Noël. Gemma retrouve son père, dont l'état de santé est préoccupant, ainsi que son lourdingue de frère et sa grand-mère. Par un étrange concours de circonstances, elle fait également la connaissance de Simon, un jeune homme de très bonne famille et ami de son frère. Avec ses amies, elle le revoit au cours de soirées de la haute société londonienne.
Elle doit cependant consacrer une partie de son temps à accomplir une mission ordonnée par les Rakshanas. Kartik est là pour la guider, tout comme ses amies Ann et Felicity. 

J'ai plutôt bien aimé ce livre, mais cela est très fortement dû au fait que j'étais ravie de retrouver Gemma, Ann, et surtout Kartik. Autant j'avais vraiment été très agréablement surprise par les qualités du tome 1, autant j'ai trouvé que Libba Bray tombait un peu dans la facilité avec ce second opus. Même l'apparition de nouvelles créatures manque un peu d'intérêt et les ficelles utilisées sont à plusieurs reprises assez énormes. Les trois jeunes filles manquent vraiment de clairvoyance, leur comportement est exaspérant par moment, du coup j'avoue avoir été régulièrement inattentive au cours de ma lecture. 
Après, les thèmes de l'adolescence, le poids des conventions, s'ils manquent un peu d'originalité à mon goût, m'ont beaucoup plu. En fait, j'ai été beaucoup plus intéressée par les scènes de la vie "normale" que par l'enquête de Gemma et de ses amies.

Quand même une déception donc, on verra si je succombe au troisième tome...

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04 février 2008

Le corps de Liane ; Cypora Petitjean-Cerf

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Stock ; 337 pages.

L'année dernière, j'avais beaucoup aimé Le musée de la sirène de cet auteur. Clarabel, puis bien d'autres m'ont ensuite mis l'eau à la bouche en disant combien Le corps de Liane leur avait plu. Aujourd'hui, je me je m'ajoute au club des admiratrices de ce roman.

L'histoire : Christine vit seule à Paris avec sa fille Liane, qui a des manies très étranges. En effet, Liane est obsédée par la peur de vomir depuis un pari qu'elle s'est lancée à elle même, teste tous les aliments de l'épicerie située en face de son collège, et prend énormément de notes. Pendant les vacances, Liane et Christine vont en Bretagne chez Huguette, la grand-mère. Huguette a également élevé sa fille seule, puisque son mari, un Italien rencontré et épousé un peu trop rapidement, est reparti depuis longtemps dans son pays. Il y a aussi Roselyne, la grande amie de Liane, qui est rejettée par sa mère, Lamia qui est venue en France pour se remettre de la mort de son bébé, ainsi qu'Eva, la femme de ménage, et sa tête à claques de fille. Toutes ces femmes, qui se sont bien trouvées, passent ensemble des moments simples mais réconfortants, comme regarder Dallas ou se refiler une poupée. 

Mon avis : Elles ont un grain les héroïnes de Cypora Petitjean-Cerf, avec toutes leurs bizarreries et leurs blessures. Pourtant, je n'ai pu m'empêcher de m'attacher à elles. Après tout, de l'intérieur, toutes les familles sont folles. Et la "famille" de Liane, comme toutes les autres, trouve une cohérence et une harmonie dans ces habitudes un peu étranges, ces obsessions soudaines, durables ou pas.
La multitude des points de vue, le fait que Liane, Christine et Huguette s'expriment à peu près autant renforce la présence de cette lignée de femmes, et donc la cohérence de l'histoire. Même le feuilleton Dallas est habilement utilisé pour montrer la parenté qui unit ces personnages.
Ce qui est étrange, c'est que même si je n'ai jamais regardé Dallas, j'avais l'impression que Cypora Petitjean-Cerf me parlait quand même de quelque chose de familier quand elle évoquait la série. D'ailleurs, il n'y a pas que les références à Dallas qui m'ont donné le sentiment d'appartenir à l'univers de cette histoire. Ce roman m'a rappelé plusieurs de mes lectures d'enfance. Par exemple, le personnage de Roselyne me fait penser à Les petits enfants du siècle, que je lisais au collège. 
C'est difficile de vous décrire le plaisir avec lequel j'ai lu ce livre. C'est drôle, vrai, touchant, et bien d'autres choses encore.
Mon seul regret a été de refermer ce livre que j'ai tout simplement adoré. J'aimerais tellement savoir ce qui arrive à Liane, Lamia, Eva, Huguette, Roselyne, Christine ! Pendant un peu plus de trois cents pages, j'ai appris à les aimer et j'ai essayé de les cerner, du coup j'ai été vraiment déçue de devoir les quitter à la fin du livre.

Inutile de vous dire que j'attends le prochain roman de Cypora Petitjean-Cerf avec impatience ! 

Les avis de Clarabel, Laure, Cathulu.

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30 janvier 2008

La petite fille de Monsieur Linh ; Philippe Claudel

41QoHaPlKFLLe Livre de Poche ; 183 pages.

Philippe Claudel est un auteur que l'on voit absolument partout sur les blogs. Depuis quelques mois, son dernier roman m'intrigue, du coup je suis devenue plus réceptive aux avis sur cet auteur. La sortie en poche de La petite fille de Monsieur Linh a achevé de me convaincre de découvrir Philippe Claudel.

L'histoire : Monsieur Linh vient de quitter son pays, tenant dans ses bras la seule chose qu'il lui reste, un nourisson. Quelques semaines plus tard, il débarque dans un nouveau pays, où il est hébergé avec d'autres réfugiés. D'abord muré dans sa solitude et préoccupé uniquement par sa petite-fille, il finit par sortir un peu. Il rencontre finalement un homme, veuf et seul, avec lequel il se lie d'une étrange amitié.

J'ai trouvé ce livre agréable à lire, mais sans non plus accrocher complètement. Philippe Claudel parvient à ne pas rendre son récit monotone, tout en lui donnant un rythme très lent, à l'image de l'existence de Monsieur Linh. Il ne se passe pas grand chose, pourtant on finit par s'attacher au viel homme, à vouloir en savoir plus sur lui. Il ne se plaint pas, prend les choses comme elles se présentent, et nous, nous l'observons avec intérêt, peut-être dans l'attente d'une situation inattendue.
Ce roman fait réfléchir sur la solitude, et sur les liens qui peuvent naître entre des personnes qui ne parlent pas la même langue, qui ont des histoires très différentes, mais qui ont les mêmes besoins. C'est étrange mais pas loufoque d'imaginer que deux personnes qui n'ont même pas compris le nom de l'autre, parviennent à devenir familières et ont le sentiment de devoir se rendre des comptes.
Dans le même temps, Philippe Claudel nous dit que parler la même langue ne permet pas toujours de communiquer. Avoir connu les mêmes choses ne sert pas vraiment quand on n'a pas envie de les évoquer.

En fait, j'ai beaucoup aimé, mais je sais que je ne garderais pas un souvenir impérissable de ce livre. En mettant les liens vers les autres blogs, je vois que la fin vous a tous marqués. Moi, pas du tout, j'ai dû rater quelque chose. Je l'ai trouvée un peu bancale en fait, même si elle permet de terminer le livre sans nous laisser en plan.
Après discussion avec Sylire, je maintiens ce que j'ai dit, j'ai cru que j'avais raté quelque chose au moment du délire de Monsieur Linh. En fait, cette fin ne m'a pas surprise outre mesure je crois.

Les avis de Sylvie, Jules, Biblioblog, Papillon (entre autres).

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25 janvier 2008

Les bois dormants ; Fabienne Juhel

15782050_1_Editions du Rouergue ; 157 pages.

J'ai repéré ce livre il y a quelques mois chez Clarabel. Il y a quelques temps, je l'ai trouvé à 7 euros chez Gibert, du coup je me suis dit qu'il ne fallait plus hésiter.

" Depuis toujours, elle s'est perdue.
Bébé, ses parents l'oublient dans une fête foraine. Fillette, elle s'égare avec plaisir dans les bois. Trente ans plus tard, à l'hôpital, on la dit perdue. La tumeur, une étoile accrochée à son cerveau, l'a fait basculer dans un univers d'anges et d'ogres. Quelque chose de son enfance lui est revenu. Qu'on lui laisse oublier la rentrée des classes. Elle est partie cueillir des mûres. C'est son dernier été.
"

Autant vous le dire tout de suite, nous sommes à mille lieues de La Belle au Bois dormant, histoire à laquelle le titre de ce roman m'a immédiatement fait penser. Il y a bien un prince, mais qui ne peut ni empêcher sa belle de se perdre, ni la réveiller d'un baiser d'amour. En fait, même le lecteur ne sait pas trop où il se trouve, car il suit les pensées d'une femme dans le coma. Difficile donc de séparer les souvenirs de l'imagination.
Il y a de très bons passages dans ce livre, poétiques, rythmés, parfois même familiers. C'est décousu, car nous suivons les rêves, les pensées et les souvenirs de quelqu'un. L'auteur a quand même eut la très bonne idée de donner un cadre à son histoire, en évoquant le monde qui continue de tourner dans la chambre d'hopital de la narratrice. Nous faisons donc connaissance avec des infirmières ainsi qu'avec le mari de la narratrice. Cela me fait penser qu'à la fin du livre, je me suis demandé si j'avais raté le nom de la femme qui nous raconte son histoire, ou si Fabienne Juhel avait délibérément choisi de ne pas le donner, afin d'appuyer sur le fait que son héroïne est perdue.
C'est peut-être un peu trop lent parfois, certainement pas le genre de livres qui plaira à tout le monde (il ne s'y passe pas grand chose, sauf sans doute si l'on est callé en psychanalyse), et je n'ai pas tout compris je pense. Pourtant, ce livre m'a émue, et plusieurs semaines après ma lecture, j'en garde un souvenir de douceur. 

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20 janvier 2008

Le Moine ; Matthew G. Lewis

41DCN1WJVKLActes Sud ; 512 pages.

J'avais acheté ce livre après ma lecture de Les mystères d'Udolphe, afin de me replonger au plus vite dans un roman gothique. Bien sûr, comme d'habitude, ce roman a fréquenté ma PAL beaucoup plus longtemps que prévu.

L'histoire est assez compliquée à résumer, car il y a plusieurs récits qui s'entremêlent.  D'un côté, nous avons le héros du roman, Ambrosio. Autrefois irréprochable, il cède aux avances d'une jeune femme, puis croise la belle et naïve Antonia. Poussé par le désir de posséder la jeune fille, il accepte de devenir le plus hypocrite des hommes.
En parallèle, Lorenzo, le jeune homme dont Antonia est amoureuse, découvre la situation misérable dans laquelle se trouve sa soeur Agnès, cruellement offerte à un couvent.

Ce roman est encore plus too much que Les mystères d'Udolphe.  Personnellement, je le trouve presque kitsch, mais j'ai marché à fond dans (presque) tous les excès de Lewis.
L'émotion des personnages est à fleur de peau, les femmes s'évanouissent toutes les cinq minutes, les hommes pleurent.  Le hasard est aussi grotesquement mis à contribution que dans un certain nombre de pièces de théâtre (lorsque la nonne sanglante d'un château allemand se révèle être l'aïeule de l'amant espagnol de la jeune fille cloîtrée dans ce même château par sa tante jusqu'à ce qu'elle prenne le voile. Cette même jeune fille étant la soeur de Lorenzo, le meilleur ami de son marquis d'amant et l'amoureux d'Antonia, la nièce du marquis*). On a beaucoup d'histoires dans l'histoire, souvent "terrifiantes", pleines de fantômes et de bandits... Tout cela, je vous l'ai dit, fait vraiment excessif, pourtant ces caractéristiques de la littérature gothique rendent le livre véritablement passionnant pendant les quatre cents premières pages du roman.
Les personnages religieux sont caricaturés et ridiculisés avec un culot peu commun. Entre le moine "parfait" qui devient un maniaque sexuel doublé d'un assassin qui pactise avec Lucifer, et la jeune nonne qui se fait déflorer par son amant marquis déguisé en aide-jardinier, on comprend vite que ce livre n'a pas du faire rire tout le monde lors de sa parution.
C'est assez drôle, très agréable à lire, très misogyne aussi (mais c'est à mon avis volontaire, et personnellement ça me fait rire). Je pense aussi que ce roman a le mérite de pointer le doigt sur les contradictions des membres de l'Eglise qui pensent que la fin justifie les moyens.

J'ai quand même trouvé ce livre un peu long.  La fin met longtemps à arriver, et ne m'a pas franchement convaincue. J'aurais aimé un peu de sérieux en conclusion. Au final, ce roman, c'est souvent du grand n'importe quoi, mais j'ai quand même passé un bon moment.

Allez, une petite phrase pleine de considération pour la gent féminine pour la route :

"Antonia avait observé de quel air Christoval avait baisé cette main, mais comme elle en avait tiré des conclusions quelque peu différentes de celles de sa tante, elle eut la prudence de tenir sa langue. Comme c'est le seul exemple connu d'une femme qui ait jamais agi de la sorte, on l'a jugé digne d'être cité ici." (page 45)

Je me ferais peut-être la version d'Artaud un jour, elle est incontournable paraît-il...

*Si vous ne me trouvez pas claire, il va de soi que c'est votre faute...

 

15 janvier 2008

Baisers de cinéma ; Eric Fottorino

414roAxtL1LGallimard, 188 pages.

Je ne lis jamais les livres ayant obtenu un prix littéraire parce qu'ils ont eu un prix littéraire. J'avais adoré Lignes de faille l'année dernière, mais j'ai du mal à croire que les jurés du prix Femina sont moins soumis à des pressions que ceux du Goncourt. Du coup, je ne me suis absolument pas émue en voyant qui avait reçu le prix Femina cette année. En plus, Baisers de cinéma n'est pas du tout un titre qui me parle. Sauf que la magie de Noël est passée par là, et je me suis donc retrouvée avec ce livre dans les mains...

L'histoire : Gilles Hector n'a jamais connu sa mère, et a été élevé par son père Jean, directeur de la photographie pour les plus grands cinéastes. Peu avant sa mort, Jean Hector confie à son fils qu'il doit sa naissance "à un baiser de cinéma". Sans plus d'indice, Gilles Hector décide de la retrouver en visionnant le plus de films possibles. C'est au cours d'une séance de cinéma qu'il rencontre Mayliss, une jeune femme mariée, dont il tombe amoureux.

Ce livre commence avec une citation d'Olivier Adam : "Le sens caché de ma vie aura été de fuir un père présent et de chercher sans fin une mère disparue. " Cette phrase reflète extrêmement bien l'atmosphère de ce roman. Gilles Hector nous raconte en effet sa quête pour découvrir l'identité de sa mère, même si c'est le souvenir de son père qui imprègne presque chacune de ses phrases et la plupart de ses regards. A travers son récit, le narrateur évoque effectivement son père à travers sa profession de directeur de la photographie. La très belle plume d'Eric Fottorino m'a fait découvrir avec émerveillement le métier de Jean Hector, alors que je n'y connais absolument rien en matière de cinéma. Toutes ces évocations de lumière, de noir et blanc, de couleur de la nuit, des rêves bleus de Mayliss, donnent de l'émotion, de la cohérence au récit, et une consistance particulière aux personnages.
En fait, c'est un peu comme si on regardait un film, avec des personnages que l'on suit seulement pendant un petit moment de leur vie, une intrigue, et un fond très précis, le XXème siècle.

Le seul reproche que je ferais à ce livre est sa fin. Je l'ai trouvée un peu trop rapidement expédiée, ce qui m'a donné le sentiment d'être laissée un peu en plan sans avoir eu de réponse à mes questions.

J'ai du mal à en dire plus car ce livre m'a vraiment envoûtée. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été autant séduite par un auteur français.

"La nuit avait occupé une bonne partie de sa vie, l'éclairage de la nuit. Il prétendait qu'au cinéma la nuit n'existait pas. Le spectateur devait voir les images avec l'acuité d'un chat. Mais mon père détestait les nuits toujours bleues des films français. Il disait que les réalisateurs manquaient d'imagination. Lui avait inventé une lumière au sodium qui plongeait l'obscurité dans un bain orange. C'est ainsi qu'il voyait la nuit. Lumineuse et sanguine. " (page 21)

De très beaux billets chez Clarabel et Lily.

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09 janvier 2008

Un secret ; Philippe Grimbert

41e1N5vi4dLLivre de Poche ; 184 pages

Il y a environ un an, j'avais adoré La petite robe de Paul du même auteur. Je m'étais promis de lire Un secret assez rapidement, mais comme d'habitude, j'avais tout un tas de livres à lire avant. Il y a quelques mois, j'ai appris par Choupynette qu'une adaptation de Un secret venait de sortir, mais en fait ça m'a plutôt refroidie. Finalement, on me l'a offert, et je l'ai lu tout de suite après.

L'histoire est celle d'un homme (Philippe Grimbert lui même semble t-il) qui nous raconte son enfance auprès de ses parents, Maxime et Tania, deux êtres amoureux du sport. Contrairement à eux, le narrateur n'a pas une forme éclatante, et a le sentiment d'être une déception pour sa famille. Pour compenser, il s'invente un frère, et sa raconte les années de bonheur de ses parents avant sa naissance. Un jour, à l'école, il se jette sur un garçon qui a fait une remarque qui l'a blessé. Il ignore pourquoi, mais il s'est senti insulté. C'est Louise, qui prend soin des muscles de Tania et Maxime, qui va finalement lui dévoiler ce qu'il a toujours pressenti.

Ce que j'aime le plus chez Philippe Grimbert, c'est son style, très technique et très efficace. Cela donne du rythme et de la clarté à ses romans. Grâce à lui, il rend ses histoires parfaitement crédibles, met le doigt exactement là où il le faut, et nous embarque complètement dans son livre. Je pensais qu'en ayant déjà lu Philippe Grimbert, je savais à quoi m'attendre, mais cela ne m'a pas empêché de tomber de haut et de ressortir bouleversée par ce livre. Il démontre que le poids des non-dits, de la culpabilité jamais soulagée peut prendre le visage d'un bonheur parfait grâce à la complicité de tous, de ceux qui essaient d'être heureux comme de ceux qui veulent simplement oublier que le présent a chassé un passé douloureux. C'est évident que tout cela est assez cliché, mais je n'ai absolument pas eu le sentiment d'avoir lu un roman téléphoné de A à Z. Les personnages sont complexes, leurs actions sont parfois cause, parfois conséquence, même si souvent il est difficile de savoir s'il y a vraiment des coupables. De toute façon, la seule chose qui compte, c'est comment les personnages ressentent ce qui s'est passé. Maxime se sent coupable, mais pas parce que Hannah s'est volontairement jetée dans la gueule du loup, parce qu'il croit à une punition du Destin. Il ignore la vérité, alors il se construit des preuves de sa culpabilité. La scène où le narrateur tente d'apaiser son père, après toutes ces années de silence, quand leur chien s'est fait écrasé, m'a énormément touchée.

En résumé, j'ai trouvé ce roman très maîtrisé et bouleversant. Finalement, je verrais bien le film...

" Un 'm' pour un 'n', un 't' pour un 'g', deux infimes modifications. Mais 'aime' avait recouvert 'haine', dépossédé du 'j’ai' j’obéissais désormais à l’impératif du 'tais'. "

Les avis de Biblioblog, Jules, Lily, Anne-Sophie, Anne, et Patch.
Flo a moins aimé.

Posté par lillounette à 11:30 - - Commentaires [21] - Permalien [#]