28 janvier 2007

Eureka Street ; Robert McLiam Wilson

2264027754Édition 10/18 ; 544 pages.
8,50 euros.

" L'auteur de Ripley Bogle nous entraîne à Belfast, sa ville natale, pour un roman foisonnant, à la fois tragique et hilarant. Qu'a donc trouvé Chuckie Lurgan, gros protestant picoleur et pauvre, qui à trente ans vit toujours avec sa mère dans une maisonnette d'Eureka Street ? Une célébrité cocasse et quelques astuces légales mais immorales pour devenir riche. Que cherche donc son ami catholique Jake Jackson, orphelin mélancolique, ancien dur et coeur d'artichaut ? Le moyen de survivre et d'aimer dans une ville livrée à la violence terroriste aveugle. Et qu'a donc trouvé Peggy, la mère quinquagénaire de Chuckie ? Le bonheur, tout simplement, grâce à une forme d'amour prohibée, donc scandaleuse dans son quartier protestant. Et, pendant ce temps-là, un inconnu couvre les murs de Belfast d'un mystérieux graffiti : OTG, écrit-il, OTG. "

Attention, chef d'oeuvre. Robert Mac Liam Wilson nous plonge dans le Belfast d'il y a quelques années (si j'ai bien compté, ça se passe en 1994), avec ses tensions entre protestants et catholiques, républicains et unionistes. Ses héros, surtout Jake et Chuckie, se débrouillent comme ils peuvent au milieu de ces rues taguées des sigles des différentes organisations terroristes, parmi lesquelles le mystérieux OTG, et rythmées par les attentats. Ils sont un peu pommés au début, à la recherche d'un emploi paisible et lucratif. Ils attendent également l'amour, jusqu'à l'arrivée de Max, accompagnée de l'insupportable Aoirghe. Leur quotidien est raconté avec beaucoup d'humour pendant environ la moitié du livre. Il est fait de politique, de violence et d'amitié. Chuckie, le protestant d'Eureka Street (qui vénère une photo de lui et du pape) tombe amoureux de Max. Jake, quant à lui, rate tous ses coups ou presque, et possède un talent incroyable pour se faire tabasser. Il en arrive à sympathiser avec son chat (avec lequel il entretient une relation hilarante, surtout pour les "chatophobes" comme moi) et un gamin des rues, Roche. Ce livre au ton léger est un roman engagé politiquement. La première chose que l'on se demande lorsqu'on rencontre quelqu'un, c'est s'il est protestant ou catholique, républicain ou unioniste. On le juge en fonction. Jake est méprisé par Aoirghe, parce qu'il veut simplement qu'on lui fiche la paix. Elle, avec ses idéaux républicains, elle représente les excès catholiques. Les protestants ne sont pas épargnés non plus. Parce que les torts sont des deux côtés.
Le grand coup de maître de Robert McLiam Wilson est de savoir mesurer avec précision les attentes de son lecteur. Au milieu du livre, alors que l'on commence à se demander où l'auteur veut nous amener, nous avons la réponse.
Les descriptions de l'attentat de Fountain Street font froid dans le dos, et nous rappellent que les victimes sont des êtres humains, qui avaient des projets, des proches, et surtout l'envie de continuer à vivre. Lorsque l'on lit le chapitre relatant l'attentat de Fountain Street, on y voit toute la barbarie du monde, ceci d'autant plus que l'auteur adopte un ton détaché qui ne nous épargne rien. Les corps déchiquetés, les vies brisées, ça n'est pas excusable. Chacun a beau se brosser les dents une fois le soir venu, le monde ne sera plus jamais le même. Pourtant, l'esprit humain parvient à se faire à cette routine. Aujourd'hui, c'est en bref que les journaux télévisés nous disent que des dizaines de personnes meurent chaque jour en Irak dans des attentats. Nous sommes troublés quelques instants, puis nous pensons à autre chose. Il s'agit pourtant d'êtres humains, sacrifiés de façon totalement aléatoire au nom de principes vagues. Les terroristes justifient leurs actes en affirmant agir pour le bien de ceux qu'ils tuent. Dans ce livre, c'est la réalité qui est exposée, et elle n'est pas justifiable.
Pourtant, on peut éprouver de la sympathie pour les revendications de l'IRA. Mais le "La fin justifie les moyens" lancé par Aoirghe à Jake sonne davantage comme un manque d'arguments que comme une position assumée. D'ailleurs, cette jeune femme m'a horripilée tout le long du livre. J'ai beaucoup aimé que Jake dise tout le mal qu'il pensait d'elle avec son élégance naturelle. Ceux qui ont lu le livre comprendront que la fin m'a quelque peu embêtée...
Ce n'est pas seulement la violence terroriste qui est décrite dans ce livre, c'est toute la vie de Belfast. Ses habitants, ses rues, ses moeurs, son atmosphère. La ville est à la fois semblable au reste du monde (la violence n'est pas une invention locale, les gens pommés sont partout...), et un endroit extraordinaire. Certes, le langage employé est cru, sarcastique, drôle, mais il est juste de la première à la dernière page. Et c'est sans doute la principale qualité de ce livre ; malgré ses histoires invraisemblables, il est vrai.


27 janvier 2007

Mes liens

Billet pas du tout à jour, j'ai quand même enfin supprimé les liens morts et rajouté quelques liens (13/04/2011).

J'ai vu que Allie avait créé un annuaire des blogs qu'elle visitait. Depuis quelques temps, ça m'ennuie beaucoup de ne pouvoir, par souci de clarté, mettre dans mes liens tous les blogs sympathiques que je découvre. J'ai donc décidé de copier Allie en créant la liste des blogs qui peuplent mon Google Reader. Si j'en ai oublié (et il y en a sûrement), je m'en excuse. Je corrigerais cela tout de suite si vous me le signalez.

Evénements :

Blog-O-Book

Le Blog du Read-A-Thon

Sites de lecture :

Critiques libres

Lecture/Ecriture

Les chats de bibliothèque

Librairies :

Neverland (chez Lamousmé)

Blogs essentiellement centrés sur les livres :

1001 livres (Maggie)

Actu-Livres (Alicia)

Aimez-vous lire ? (Hélène)

Amanda Meyre

Au fil des livres (LN)

Cathulu

Chaplum (Manu)

Chez Clarabel (suite Chez Clarabel 2)

Chez Clarabel (2)

Cunéipage

Dame Yseult (Beloved). On la retrouve sur Au fil de mes lectures

Eireann (chez Yvon)

Happy Few (fashion victim)

Insatiable lectrice (Anne)

In Cold Blog

Je (ne) lis (pas) (Cécile) : des chroniques fantastiques débordant d'humour. (blog en sommeil)

Journal d'une lectrice (Papillon)

Karine et ses livres

La bibliothèque d'Allie

La bibliothèque de Cléanthe

La Lettrine (Anne-Sophie)

Le blog bleu (Céline)

Le dévore tant (Eiluned)

Le Golb de Thom et le Golb 2

Le livroblog d'Hilde

Le monde dans les livres

Le terrier (Chiffonette)

Les chroniques de Chrestomanci (Virginie)

Les fanas de livres

Les jardins d'Hélène (Laure)

Les lectures de Caro[line] et Cinquième de couverture.

Les lectures de Kalistina

Lily et ses livres

Lire et écrire (Emeraude). On la retrouve Là où les livres sont chez eux.

Lire oui, mais quoi (Yue yin)

Ma bibliothèque (La conteuse)

Mon coin lecture (Karine)

My Lou Book (Lou)

N.u.l.l.e (Erzébeth) et Camélia sur mousse.

Plaisirs à cultiver (Titine)

Pralineries (Praline)

Près de la plume... au coin du feu (Romanza)

Qu'importe le livre, pouvu qu'on ait livr'esse (Morwenna)

Sylire : La vie est un roman

Tamaculture (Tamara)

Un renard dans une bibliothèque (Céline). On la retrouve sur Casa Nova.

Voyager... Lire... (Cryssilda)

Charme, poésie et convivialité :

A l'heure du thé (Allie)

Des livres et des champs (Bellesahi)

L'air de repos de Mélanie

La maison de vie de Lamousmé

Magique Irlande (Maeve)

Vivre à la campagne (Allie)

Y'a d'la joie (Choupynette)

 

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26 janvier 2007

La maison de Carlyle et autres esquisses

rCarlyleÉdition Mercure de France ; 102 pages.
13,60 euros.

" Les sept textes de Virginia Woolf qui composent ce petit livre datent de 1909 et étaient restés inédits. Quand elle rédige ses " esquisses ", Virginia Woolf n'a encore rien publié - à part des articles -, elle n'est pas mariée, et ce qu'elle appelle " les démons noirs et velus " de la dépression l'assaillent déjà. Mais elle est déterminée, comme elle le dit dans son journal, " à écrire non seulement avec l'œil, mais avec l'esprit, à découvrir la vérité sous le voile des apparences ". Et on retrouvera dans ces croquis de la vie londonienne d'alors, comme le dit si bien Geneviève Brisac dans son éclairante préface, " tout son art magistral et subtil. Ce sont des pages magnifiques, où se lisent, cachés comme dans le dessin du tapis, ses angoisses, ses deuils, son amour de l'humanité, son sens de la dérision et du mystère. Ses phrases intenses et musicales. Son génie ". "

J'ai découvert ce titre par Allie, et je suis immédiatement tombée sous le charme de ce livre. C'est très superficiel, mais j'aime énormément l'aspect de ce livre. Sa couverture élégante, son format et sa mise en page donnent envie de se plonger dedans.
Ce recueil contient sept esquisses d'à peine quelques pages, qui constituent des impressions, des souvenirs de Virginia Woolf.  A travers ces esquisses, c'est tout son talent d'observatrice et son jugement impitoyable d'autrui qui ressortent. Ceci d'autant plus qu'il s'agit de textes intimes, et donc non destinés à la publication. La lecture est extrêmement agréable, l'auteure s'exprimant à la première personne et fournissant à son lecteur les détails qu'elle a noté lors de ses excursions, ses impressions, ses réflexions.
Ces anecdotes sont un témoignage très intéressant de la vie à Londres au début du XXème siècle, que ce soit au niveau de la mode, des moeurs ou encore des idées. Virginia Woolf nous entraîne à la Maison de Carlyle, une célèbre demeure, puis à Hampstead (lieu que j'aime infiniment), pour y prendre le thé. L'intérêt que Virginia Woolf porte à tous les domaines de la vie anglaise, ainsi que son (futur) côté féministe transparaissent également, dans Hampstead ainsi que dans Le tribunal des divorces notamment.
C'est extrêmement court, pourtant ces récits ont un contenu très important. Pour preuve, nous avons le dossier qui accompagne les textes. Celui-ci nous permet de percevoir plus facilement la richesse des esquisses, en nous fournissant des interprétations de ces dernières. En effet, bien qu'il s'agisse d'un "journal intime", Virginia Woolf semble avoir passé sous silence ou arrangé certains événements. David Bradshaw a donc essayé, pour nous, de lire entre les lignes. 

Comme Allie, je ne vous conseillerais pas ce livre pour découvrir l'univers de Virginia Woolf. Il appartient à une période de sa vie où elle n'avait encore publié aucun roman, et il n'était pas destiné à la publication. En revanche, pour ceux qui apprécient Virginia Woolf, c'est vraiment très plaisant et très instructif.

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25 janvier 2007

Le prince heureux Le géant égoïste et autres contes ; Oscar Wilde

2070516296Édition Folio Junior ; 120 pages.
4,60 euros.

" Une petite hirondelle en route vers l'Egypte décide de passer la nuit à l'abri d'une statue dominant la ville.
Couverte de minces feuilles d'or, ses yeux faits de saphirs, un gros rubis ornant le pommeau de son épée, c'était la statue du Prince Heureux. Le ciel était plein d'étoiles brillantes. L'hirondelle allait s'endormir quand, soudain, une goutte d'eau glissa sur son aile : la statue pleurait ! Le Prince Heureux pleurait sur les misères de la ville... Le Prince Heureux, Le Rossignol et la Rose, Le Géant égoïste, L'Ami dévoué, La Fusée remarquable, cinq contes d'Oscar Wilde. "

Après Le fantôme de Canterville et L'anniversaire de l'infante, j'ai voulu continuer ma découverte d'Oscar Wilde avec ce livre, conseillé par Virginie. Je suis tombée sous le charme de ces cinq contes, qui traitent de l'amitié, de l'amour, de l'égoïsme, et du sacrifice. Chez Oscar Wilde, les histoires sont souvent fantaisistes, elles décrivent pourtant une réalité. Elles sont souvent cruelles, parce qu'il n'y a pas de prince ou de princesse, ou même une bonne fée qui arrive à temps pour sauver la bonne poire le gentil de l'histoire. C'est souvent rageant, ce n'est jamais très agréable de voir la bêtise humaine en face de soi.
Il y a quand même des contes touchants dans ce recueil, qui prouvent que certains savent reconnaître leurs erreurs et se repentir. Même si cela leur coûtera la vie.
Et puis, il y a l'humour, le cynisme de Oscar Wilde qui fait de certains contes des délices (je pense en particulier à La fusée remarquable).

A noter que malgré sa classification en "jeunesse", ce livre peut facilement heurter la sensibilité des touts petits.

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23 janvier 2007

La jeune fille suppliciée sur une étagère suivi de Le sourire des pierres ; Akira Yoshimura

2742763015Édition Actes Sud ; 141 pages.
6,50 euros.

Lettre Y Challenge ABC 2007 :

" Elle a seize ans, elle vient de mourir. Allongée sur un tatami, elle voit deux hommes arriver et offrir de l'argent à ses parents. Par-delà la mort, elle observe alors ce qu'il advient de son corps vendu à la science. Eichi et Sone se retrouvent par hasard. Voisins dans l'enfance, ils vivaient près d'un cimetière ouvert à tout vent, un fantastique terrain de jeux où ils faisaient parfois de terrifiantes découvertes. Mais Sone a déménagé à la mort de son père et personne n'a su ce qu'il était devenu... Deux magnifiques récits à travers lesquels Yoshimura fait preuve d'une remarquable modernité d'écriture. Pour aborder le thème de la mort sans jamais se laisser gagner par le sinistre ou le morbide, il atteint une pureté de style dont la sonorité cristalline fait écho à l'étrangeté de son univers. "

Je lis peu de littérature asiatique, cependant le Challenge avec sa lettre "Y" m'a amenée à considérer ce titre, qui me tentait bien, avec beaucoup d'attention. Le titre est assez étrange, mais cela s'accorde très bien avec les deux nouvelles qu'il contient.

Ce livre évoque la mort du point de vue d'une jeune fille décédée, et de celui d'un jeune homme qui la redoute. Il y a quelque chose d'un peu morbide (le mot est peut-être un peu fort) dans ce livre.
J'avoue que certains passages de La jeune fille suppliciée sur une étagère m'ont mise mal à l'aise. La première nouvelle est très crue au niveau du vocabulaire employé. La jeune fille nous parle de façon totalement détachée de ce qu'il advient de son corps sans vie. Elle nous montre comment la vie continue pour les autres après la mort d'une personne, et comment un corps jeune et vivant devient un objet d'étude que l'on découpe sans aucun scrupule. Pour certains, ce corps est même un objet presque de fantasme. Et pourtant, on sent bien que, dans ces morceaux de corps humain, il y avait autrefois une personne pensante. Malgré son ton détaché, on perçoit de la solitude, de la peur, de la peine chez cette adolescente. Parce qu'elle a beau comprendre le besoin d'argent de ses parents, c'est difficile pour elle d'avoir le sentiment d'être un fardeau pour eux, et pas un être cher perdu tragiquement. A seize ans, alors qu'elle devrait être une jeune fille pleine de vie et d'illusions, elle laisse l'image d'une enfant non désirée par sa mère, d'une strip-teaseuse ayant du gagner sa vie avant de mourir, ou encore d'un corps ni féminin ni même humain dans un bac, puis dans une urne promise à la poubelle.
La deuxième nouvelle évoque la mort également, par suicide cette fois. Les personnages qui composent ce court récit vivent à côté d'un cimetière qui semble les menacer en permanence. Sone et la soeur de Eichi n'ont plus vraiment de raison d'exister. Sone est comme un ange de la mort depuis qu'il a découvert une femme pendue alors qu'il était encore très jeune. Son père et sa maîtresse se sont donnés la mort. Puis la propre amante de Sone. Eichi est terriblement inquiet lorsqu'il commence à déceler quelques gestes inhabituels chez sa soeur. Mais comment peut-on être sûr qu'une personne va se tuer ? La fin, qui nous laisse interrogateur, est rageante.

Cette lecture est plaisante, pourtant il y a une sorte de malaise qui en ressort. J'ai eu du mal à savoir où l'auteur avait voulu m'amener. Si vous avez des éclaircissements à me fournir, je suis preneuse.

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22 janvier 2007

Il pleure dans mon coeur... ; Paul Verlaine

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Le boulevard sous la pluie
; Gustave Caillebotte (1877)

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville.
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine,
Mon coeur a tant de peine !

PAUL VERLAINE

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21 janvier 2007

La petite robe de Paul ; Philippe Grimbert

2253068195Édition Le Livre de Poche ; 155 pages.
4,50 euros.

" Alors qu'il se promène dans un quartier de Paris qui n'est pas le sien, Paul, la cinquantaine, marié, est irrésistiblement attiré par une petite robe blanche de fillette, exposé dans la vitrine d'un magasin. Cet innocent vêtement dont il a fait l'acquisition va se trouver à l'origine d'un véritable drame, précipitant ses acteurs aux limites de la déraison et de la mort. Dans la vie tranquille de Paul, cet achat impulsif, apparemment anodin, produit des effets dévastateurs au point d'amener Paul et sa femme Irène au bord du gouffre. De fil en aiguille, d'un petit mensonge par omission au réveil des vieux démons, la trame d'un couple superficiellement uni va s'user jusqu'à la corde. "

Si ce n'était pas l'oeuvre d'un psychanalyste, je m'interrogerais sur la santé mentale de l'auteur de ce livre. Philippe Grimbert est présent sur un nombre incalculable de blogs depuis la rentrée, alors quand j'ai vu ce livre chez un bouquiniste, je l'ai pris sans hésiter.
Difficile de ne pas être pris dans cette histoire dès la première page. Un grand nombre de questions s'imposent à nous. Je vous avoue que j'ai pensé dans un premier temps que Paul avait peut-être des instincts pédophiles refoulés. Ce qui n'est pas franchement engageant. C'est fou comme un simple coup de tête (un peu étrange, je vous l'accorde) peut créer des malentendus et réveiller des blessures mal refermées. Et le fin mot de l'histoire, à moins d'être psychanalyste, je ne pense pas que l'on puisse s'y attendre. D'autant plus que Philippe Grimbert se plaît à brouiller les pistes. On s'imagine que c'est Paul qui a un problème, alors qu'il ne fait que tendre une main à son épouse (pour la décharge du lecteur, c'est très subtil).
C'est un livre très poignant. Irène, qui ne comprend pas ce qui a pu pousser son mari à acheter cette robe imagine le pire. Sa douleur est à la limite du supportable (heureusement que le livre est court), d'autant plus qu'à ses doutes sur son mari se mêlent d'affreux souvenirs refoulés depuis bien longtemps dans son inconscient, et qui continuent à la torturer. Quant à Paul, il est difficile de comprendre son geste dans un premier temps. Et puis, une fois le premier mensonge passé en vient un second, puis un troisième. Et les deux époux, pourtant très amoureux, installent une barrière de non-dits et de rancune entre eux.

J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre (j'ai beaucoup de chance cette année pour l'instant). Je pense lire Un secret prochainement.

Les avis de Lily et de Camille.

" Cette femme qu'il pensait si bien connaître vivait au bord d'un gouffre, un trou dans son existence qu'aucun mot ne pouvait cerner. Irène, l'amour de sa vie avec qui il aurait voulu tout partager, restait jalousement murée sur son secret, ce coin de jardin dans lequel elle ne le laisserait jamais entrer, où elle allait solitaire fleurir la tombe d'une petite fille. " (page 88)

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19 janvier 2007

Dublinois ; James Joyce

2070385817Édition Folio ; 350 pages.
6,60 euros.

Lettre J Challenge ABC 2007 :

" Après la publication en 1907 de poésies de jeunesse, James Joyce publie en 1914 un recueil de nouvelles commencé dès 1902. Il s'agit de Dublinois. Quelle surprise pour les lecteurs de découvrir ces quinze nouvelles, si sages, si classiques, si claires. Dans ce livre, Joyce décrit, avec un sens profond de l'observation, les moeurs de la bourgeoisie irlandaise, l'atmosphère trouble et le destin tragique de la société de l'époque. Les thèmes favoris de Joyce, l'enfance, l'adolescence, la maturité, la vie publique sont ici incarnés par divers types d'habitants de Dublin, « ce cher et malpropre Dublin » que Joyce aimait tant. "

James Joyce est un auteur qui fait peur, comme l'a très bien dit Allie. Son nom est associé au monstre de 1171 pages qu'est Ulysse, ce qui a en effet de quoi en rebuter plus d'un. Dans ma tête, j'ai toujours associé Virginia Woolf et James Joyce, parce qu'il sont nés et morts la même année. C'est pourtant une simple coïncidence si j'ai débuté Dublinois et la biographie de Virginia Woolf le même jour. En lisant le livre de Nigel Nicolson, je me suis en fait aperçue qu'ils n'avaient eu presque aucune relation, à part lorsque Virginia Woolf a refusé d'éditer Ulysse, qui ne lui plaisait pas. Ca, c'était pour la petite histoire.

Pour mon challenge, j'ai décidé de m'attaquer à James Joyce, et comme il faut y aller en douceur avec moi, j'ai choisi Dublinois, ou Gens de Dublin. Il s'agit d'un recueil de quinze nouvelles qui mettent en scène des hommes, des femmes, des enfants dans leur vie de tous les jours. Les thèmes récurrents de la littérature irlandaise sont présents, l'alcoolisme, la misère, la mort, le sexe avant le mariage, l'envie de s'exiler malgré l'attachement sincère à la patrie. James Joyce parle d'une façon très simple des Dublinois, et c'est ce qui fait le charme de ce recueil.
D'un autre côté, j'ai été très surprise par l'écriture de Joyce, dont la simplicité est volontairement trompeuse. Elle frôle par moments la monotonie tellement le rythme de la lecture est monocorde. A de nombreuses reprises, j'ai dû relire des passages que j'avais lu sans concentration. C'est une volonté de l'auteur, pour servir le contenu du livre. Les choses suivent leur cours, les heures passent dans cet univers, et comme dans la vraie vie, nous avons parfois besoin de nous déconnecter de cette réalité.
L'impression que nous laisse James Joyce sur Dublin est celle d'une ville où la vie n'est pas plus facile sinon plus dure qu'ailleurs. Chacun tente de faire sa vie comme il peut, avec des scrupules ou non. Et comme partout, il y a des gagnants et des perdants, des envieux et des déçus.
Je ne sais pas trop quoi penser de ce livre, j'ai eu du mal à le lire . Les premières nouvelles s'avalent très rapidement. Mais j'ai eu l'impression d'être dans un état comateux vers le milieu. Cette atmosphère de Dublin est lourde et encore une fois, monotone. En fait, je pense qu'il faut lire ce livre tranquillement pour l'apprécier vraiment, ce que je n'ai pas fait.

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17 janvier 2007

L'Auberge de la Jamaïque ; Daphné Du Maurier

2253006874Édition Le Livre de Poche ; 313 pages.
5,50 euros.

" Orpheline et pauvre, Mary Yellan n'a pas d'autre ressource que de quitter le pays de son enfance pour aller vivre chez sa tante, mariée à un aubergiste, sur une côte désolée de l'Atlantique. Dès son arrivée à l'Auberge de la Jamaïque, Mary soupçonne de terrifiants mystères. Cette tante qu'elle a connue jeune et gaie n'est plus qu'une malheureuse, terrorisée par Joss, son époux, un ivrogne menaçant, qui enjoint à Mary de ne pas poser de questions sur les visiteurs de l'auberge. Auberge dans laquelle, d'ailleurs, aucun vrai voyageur ne s'est arrêté depuis longtemps... De terribles épreuves attendent la jeune fille avant qu'elle ne trouve le salut en même temps que l'amour. Dans la grande tradition romantique des soeurs Brontë, la romancière anglaise, auteur de Rebecca, nous entraîne avec un sens prodigieux de l'ambiance et de l'intrigue au coeur d'un pays de landes et de marais battu par les tempêtes, où subsiste la sauvagerie ancestrale des pirates et des naufrageurs. "

Décidément, j'aime beaucoup cet auteur. Daphné du Maurier a une façon unique de nous dépeindre les noirceurs de l'âme humaine. Elle allie son décor avec ses personnages afin de créer une atmosphère délicieusement envoûtante. C'est vrai, Mary est beaucoup moins attachante que Mme de Winter, elle est même parfois agaçante à se comporter en jeune fille trop sûre d'elle quite à risquer sa vie. D'un autre côté, ce tempérament téméraire nous arrange bien, puisqu'il nous permet d'enquêter avec l'héroïne.
On songe d'abord à des fantômes et à des rêves de jeune fille qui veut mettre du piment dans sa vie en inventant des choses complètement aberrantes. Mais pourquoi, dans ce cas, les gens craignent-ils autant l'auberge de la Jamaïque ? Et puis, pourquoi Tante Patience fait vingt ans de plus que son âge, et n'est plus que l'ombre d'elle même ? Tous ces malfrats qui viennent boire à l'auberge ressemblent bien à des fantômes. Le jour venu, il n'existe plus aucune trace de leur passage, et le pendu de la veille ne se balance plus au bout de sa corde. Les pirates, les contrebandiers, et pire, les naufrageurs sont-ils un simple cauchemar ou bien la réalité de cette lande isolée ?
Encore une fois, Daphné Du Maurier joue avec nous. La vérité est tellement effroyable que l'on ne la voit pas. Finalement, on se met à douter de tous les personnages. Le vicaire d'Altarnun, qui vient au secours de Mary à plusieurs reprises, comme l'avait fait avant lui Saint-John Rivers dans Jane Eyre, semble ne pas être tout à fait celui que l'on pense.
Et Jem, le frère de Joss Merlyn, ne semble pas valoir beaucoup mieux que ce dernier. Mary hésite entre ses sentiments et l'évidence que le frère de son oncle ne peut être que foncièrement mauvais. Après tout, ce n'est qu'un voleur de chevaux. Qui semble tout aussi secret que son frère. Mais qui a du charme, et qui semble ne pas trop se soucier de la réputation des femmes qu'il déflore. Mary a d'ailleurs beaucoup de mal à lui résister et à conserver sa vertu... On se doute bien que s'il doit y avoir des amoureux, ce seront eux. Leur relation débute de façon tellement forte qu'ils ne peuvent pas rester indifférents l'un à l'autre. Cependant, ce n'est pas certain que Jem ne prenne pas part aux horribles choses qui se passent à la Jamaïque, malgré sa franche hostilité à l'égard de son frère aîné.
J'ai adoré les descriptions de la lande, de l'isolement de l'auberge de la Jamaïque, l'importance du bruit des chariots qui s'arrêtent à l'auberge pendant la nuit. Malgré l'immensité de l'espace qui s'ouvre devant elle, Mary est enfermée, et transpose sa peur sur ce paysage qu'elle se met à détester. Elle a beau se douter de ce qui se passe, personne ne semble vouloir croire ce qu'elle a à dire ou plutôt, tout le monde connaît la vérité, mais lui conseille de se taire. Le vicaire ne semble pas très réceptif, Jem préfère changer de sujet, et quand Mary a l'occasion de parler à un représentant de la justice, elle cède à cette loi du silence.
Tout le réçit n'est qu'une succession de questions pour le lecteur, qui redoute souvent les réponses qu'il pourra trouver en chemin. Mais cela rend la lecture captivante, et c'est là tout le génie de Daphné du Maurier.
Cette dernière est considérée comme une féministe (sans la connotation négative actuelle de ce mot). Ce  livre met en scène une héroïne pleine d'assurance, qui ne craint pas les hommes et leurs méfaits. Très souvent, les personnages masculins et même la narratrice insistent sur le fait que Mary est une femme. Elle tient tête aux hommes, est intelligente (même si elle laisse parfois sa confiance en elle prendre le pas sur sa raison), et c'est ce qui lui permet de ne pas devenir un être égaré, comme sa tante. Les hommes qu'elle rencontre sont surpris sinon impressionnés par ce caractère. Certes, elle aura elle aussi droit à son chevalier, et la fin n'est pas nécessairement très heureuse malgré son caractère enchanté. Cependant, cette héroïne ne se contente pas de subir les événements, elle a suffisamment d'audace pour faire ses propres choix.   

" Lorsqu'on en aurait terminé avec elle, elle s'embarquerait sur quelque paquebot et travaillerait pour payer son passage ; ou bien elle prendrait la route, avec quelques sous en poche, le coeur et l'esprit libres. Mais elle était là, les larmes prêtes à couler, ayant la migraine ; on l'éloignait en hâte du lieu du crime avec des paroles et des gestes apaisants ; elle n'était qu'un élément d'encombrement et de retard, comme toutes les femmes et tous les enfants après une tragédie. "

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16 janvier 2007

La passe dangereuse ; William Somerset Maugham

2264037164Edition 10/18 ; 182 pages.
7,30 euros.

"Peu de mondes semblent aussi éloignés l'un de l'autre que ceux de Somerset Maugham et de George Orwell.
On découvre pourtant avec surprise dans un essai de l'auteur de 1984 qu'il admirait " immensément " Maugham pour son " talent à raconter une histoire sans la moindre fioriture ". Au lecteur de se laisser séduire par une invraisemblable histoire d'amour dans le Hong-Kong de la grande époque coloniale anglaise avec adultère, épidémie, général chinois, bonnes sœurs... Ingrédients que Maugham mélange avec un art consommé du récit et une maîtrise raffinée du " bel ouvrage ".

Mes lectures sont très anglo-saxonnes et très classiques ces derniers temps. Et ce sont de fabuleuses découvertes pour la plupart.
Ce livre est assez dur, ce qui de prime abord n'a rien de plaisant pour quelqu'un comme moi... Pourtant j'ai adoré. C'est l'histoire d'une femme, Kitty qui est adorée par son mari, Walter, qu'elle méprise (ça ne vous rappelle rien ? ). Au début du roman, Kitty est un être frivole qui se moque du mal qu'il peut causer. Après leur mariage, Kitty et son mari se rendent à Hong Kong (alors possession britannique), où il exerce le métier de bactériologue. Kitty, qui ne s'est pas mariée par amour, s'ennuie. D'autant plus qu'elle s'aperçoit que le métier de son mari ne lui permet pas d'être acceptée dans tous les cercles de relations. Au cours d'un repas, elle rencontre Charlie, haut fonctionnaire britannique et homme marié. Dès lors, elle trompe allègrement son mari avec cet homme possédant beaucoup plus d'aisance en public que Walter et dont elle est furieusement éprise.
Mais voilà que Walter découvre la liaison de son épouse. Bien que terrassé par la nouvelle, il lui ouvre les yeux sur l'egoïsme de son amant, et l'emmène loin de Hong-Kong, dans un lieu où sévit le choléra. Dans un premier temps, Kitty est effrayée et déteste encore davantage son mari, qui la traite avec une politesse glaciale. Elle-même est très malheureuse depuis qu'elle a découvert l'indifférence de son amant à son égard. Cependant, elle finit par regarder autour d'elle. Elle voit la mort, l'abandon, mais aussi le dévouement autour d'elle. Commence alors pour Kitty un long chemin vers le repentir et la paix intérieure. Elle décide de contribuer à soulager les enfants abandonnés de l'orphelinat en découvrant des bonnes soeurs à la bonté inégalable.
Son époux, qui noie son chagrin en se consacrant corps et âme à son travail, la fait se sentir honteuse d'elle même. Tous à Mei-tan-Fu tiennent Walter en grande estime. Mais avec Kitty, il demeure au mieux un animal blessé, au pire un être impénétrable. Leur relation la fait souffrir. Mais le mal est fait, et il est trop grand. Kitty pourra se racheter, mais ce sera Walter qui en paiera le prix.

La souffrance, qu'elle vienne de la maladie ou de l'amour est présente tout au long de ce roman. Ce livre nous montre l'évolution de son héroïne, qui passe de l'être égoïste à une jeune femme attachante consciente de ses défauts. Ce livre est très court, d'où quelques manques à mon avis sur la description de certains aspects du livre. Cependant, William Somerset Maugham nous montre de façon très convaincante que nos actes ont des conséquences qu'il faut évaluer avant de les commettre. Il nous assure également que l'on peut changer, même s'il y a toujours un prix à payer. Celui de Kitty est extrêmement élevé à mon sens. Certes, la jeune femme sait désormais quels sont les démons qu'elle doit combattre en elle même. Mais son mari n'est vraiment pas épargné, alors qu'il s'agissait de la personne la plus blessée du roman. C'est toujours ça, c'est vrai. Il n'empêche que c'est cruel.
J'ai beaucoup aimé l'incursion dans les colonies britanniques puis dans la Chine intérieure. Sans être un roman historique, ce roman évoque les missions catholiques, la domination des populations européennes sur les autochtones (les chaises à porteurs me choquent toujours), ou encore le poids des conventions. C'est en vivant auprès de personnes dépourvues de tout égoïsme que Kitty apprend la valeur des choses, des gens, et surtout d'elle même.

" Soudain, de ce nuage blanc, émergea, farouche et massif, un grand bastion. Il ne semblait pas révélé par le soleil vainqueur, mais créé par la puissance d'une baguette magique. Forteresse d'une race cruelle et barbare, il dominait la rivière. Mais le magicien bâtissait vite. Déjà un créneau coloré couronnait le bastion, et bientôt sortit du brouillard, esquisse immense relevée ça et là de la touche d'or du soleil, un enchevêtrement de toits jaunes et verts. En vain eût-on tenté de les dessiner : l'ordre, - si ordre il y avait - en échappait. Mirage d'une fantaisie extravagante, mais d'une incomparable somptuosité. Ce n'était plus une forteresse ni un temple, mais le palais enchanté de quelque empereur-dieu où l'homme ne pénètre pas. Palais trop aérien, trop chimérique pour être l'oeuvre des humains : véritable matérialisation d'un rêve.
Les larmes inondaient les joues de Kitty, et elle regardait, les mains jointes, haletante, les lèvres entrouvertes. Jamais elle ne s'était senti le coeur plus léger, il lui semblait que son âme s'évadait de la matière et que son enveloppe charnelle demeurait sur la terre.
Elle découvrait la beauté. "
(page 73)

 

Posté par lillounette à 09:50 - - Commentaires [19] - Permalien [#]