14 avril 2007

Les mystères d'Udolphe ; Anne Radcliffe

2070403777Édition Folio ; 905 pages.
11,50 euros.

" Ann Radcliffe publie en 1794 The Mysteries of Udolpho. Les romantiques anglais, et les Victoriens, lui ont voué un culte. En France, Balzac, Hugo, Nodier, Féval, Sue, se souvinrent d'elle. On ignore ce qui a pu pousser cette petite bourgeoise à la vie ordinaire à raconter des histoires terrifiantes, qu'on appelle « gothiques » en Angleterre et « noires » en France parce qu'elles cherchent à provoquer la crainte chez les lecteurs.

Émilie explore le château mystérieux, chandelle à la main, à minuit. La menace (surnaturelle ?) est partout présente. Les séquestrations, les tortures ne sont pas loin. Quel est le dessein du maître des lieux? Quels sentiments éprouve la jeune fille pour son tuteur et geôlier? Qui épousera-t-elle, après cette quête de soi à travers les corridors du château, qui ressemblent à ceux de l'inconscient? Ce n'est pas pour rien qu'un chapitre porte en épigraphe ces mots de Shakespeare: « Je pourrais te dire une histoire dont le moindre mot te déchirerait le coeur. » "

Dans Northanger Abbey, Jane Austen parle beaucoup de ce roman, en le parodiant par le biais de sa naïve héroïne, Catherine Morland. C'est donc tout naturellement que je me suis intéressée à ce livre, qui a fait couler beaucoup d'encre lors de sa publication en 1794. Il paraît que les gens s'imaginaient qu'Ann Radcliffe mangeait des tranches de boeuf crues pour se donner des cauchemars...

Je m'attendais à un style difficile, à une histoire assez ennuyeuse, à une héroïne exaspérante qui s'évanouit toutes les dix secondes. J'ai bien mis cent pages à me plonger dans cette histoire. Emilie m'agaçait prodigieusement à pleurnicher en permanence, et le rythme est plutôt lent au début du livre.
De plus, pour nous, personnes du XXIème siècle, il est difficile de comprendre que les passages dans les bois à la tombée de la nuit sont angoissants, et les malaises d'Emilie à chaque occasion sont au premier abord plus exaspérants qu'autre chose.

Toutefois, on se laisse prendre par cette histoire qui se passe à la fin du XVIe siècle, sous le règne de Henri III. Je me suis rapidement mise à avaler les chapitres, surtout à partir de l'arrivée au château d'Udolphe.
Je pensais ne pas pouvoir lire ce livre avec sérieux, l'apprécier pour lui même, j'avais tort. L'écriture d'abord est magnifique. Ann Radcliffe possède un style poétique, délicat, et nous fait de longues descriptions de paysages qui laissent rêveur. Ce n'est absolument pas un roman d'épouvante pour nous, mais l'histoire est vraiment intrigante. C'est avec délice que j'ai suivi Emilie dans les couloirs sombres d'Udolphe, la nuit.
Les personnages sont assez caricaturaux, c'est vrai. Surtout les femmes, qui pleurent, gémissent et s'évanouissent très souvent. Mais on passe rapidement outre cela, parce que l'on veut vraiment savoir quels sont les secrets que renferment Udolphe et les autres lieux "hantés" que nous traversons. Et puis, je l'avoue, je voulais savoir si Emilie et Valancourt se retrouveraient...

J'ai été surprise par l'audace de ce livre. Emilie et Valancourt, nos deux amoureux, se serrent dans les bras l'un de l'autre, s'embrassent les mains, choses que Jane Austen n'a jamais fait faire à ses héros. Quant aux crimes passionels et aux adultères supposés, aux enlèvements d'Emilie projetés par ses prétendants, ils ont dû choquer les lecteurs du XVIIIe. Quand on sait que Jane Austen était fille de pasteur, on se demande comment elle est parvenue à se procurer ce livre.

Ann Radcliffe parvient à nous plonger dans une atmosphère gothique que l'on ressent même plus de deux cents ans après, et dont les soeurs Brontë se sont inspirées pour écrire leurs romans. C'est un livre qui possède des qualités indéniables et qui se lit avec délice. Je vais essayer de relire sous peu Northanger Abbey, afin de saisir tous les clins d'oeil faits au roman d'Ann Radcliffe qui s'y trouvent.

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12 avril 2007

De la maladie ; Virginia Woolf

2743616377Édition Rivages ; 59 pages.
5 euros.

"Lorsque nous y réfléchissons, comme les circonstances nous y forcent bien souvent, il nous semble soudain pour le moins étonnant que la maladie ne figure pas à côté de l'amour, de la latte et de la jalousie, parmi les thèmes majeurs de la littérature. Virginia Woolf.

Dans ce court texte écrit en 1926 pour la revue de T. S. Eliot, Virginia Woolf s'interroge sur cette expérience particulière dont personne ne parle, dont le langage peine à rendre compte mais que tout le monde connaît : la maladie. Lorsqu'on tombe malade, constate-t-elle, la vie normale interrompt son cours réglé pour laisser place à un état de contemplation où le corps reprend ses droits et où l'univers apparaît soudain dans son indifférence totale à la vie humaine. "

Pour donner envie aux gens d'être malades, il faut vraiment avoir du talent. Bon, je ne ressors pas de cette lecture en me disant qu'il faut que je dorme dans mon jardin la nuit prochaine, mais c'est avec énormément de plaisir que j'ai lu les mots de Virginia Woolf sur la maladie.
C'est une très bonne surprise, parce que le titre promettait quand même quelque chose d'assez barbant. Quand j'ai commencé à lire la préface, mes craintes ne se sont pas du tout calmées, j'ai même reposé le livre. C'est Cathulu qui m'a donné envie de m'y remettre, et j'ai eu raison de le faire.

C'est très drôle. Certes, le sujet est sérieux, mais Virginia Woolf le croque tellement bien qu'on ne peut que s'amuser à la lecture de cet article. A travers lui et très habilement, Virginia Woolf critique la société, toujours pressée, qui n'a jamais le temps de s'arrêter pour vivre l'instant présent, pour contempler et connaître le monde qui l'entoure. Car "nous sommes condamnés à nous tortiller tout le temps que nous restons accrochés au bout de l'hameçon de la vie" .
Mais quand on tombe malade, on est obliger de s'immobiliser. Alors, on peut remarquer des choses banales, comme le ciel, mais que l'on ne prend jamais le temps de voir.
Et puis, quand on est malade, pour Virginia Woolf, on saisit mieux le sens profond des choses. Les vers des poètes ne sont jamais aussi clairs que lorsqu'on les lit à la lumière d'une bonne grippe...

Vraiment un très bon petit moment à passer avec ce petit livre ! Je vous laisse, je retourne à une lecture d'un tout autre genre.

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09 avril 2007

L'amour par Pic de la Mirandole

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Francis Danby ; Disappointed Love.

" Amour, feu sous la glace et froide face,
Amour, agréable souffrance et doux souci,
Amour, suave peine et nécessaire mal,
Amour, éternel conflit, inaccessible paix. "

Pic de la Mirandole

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07 avril 2007

La rose et la bague ; William Makepeace Thackeray

2842301188Édition Hoëbeke ; 179 pages.
14,94 euros.

" La Rose et la Bague, le meilleur des contes de Noël de William M. Thackeray, écrit en 1854, met en scène rois usurpateurs et mesquins, princesse stupide et imbue d'elle-même, affrontements entre royaumes voisins. Manipulés à distance par la fée Réglisse, personnage capital du récit, tous les interprètes de cette pantomime opèrent de brusques et grotesques palinodies sous l'emprise de deux objets magiques : une rose et une bague. Dans cette fable sur l'exercice du pouvoir, W. M. Thackeray use de tous les ressorts du conte de fées (apparitions, métamorphoses, destinées et amours contrariées) pour dépeindre avec humour et dérision un univers où tout est possible, où l'imagination et l'inventivité peuvent se débrider avec allégresse. "

Depuis que j'ai lu La foire aux vanités, je voulais lire un autre roman de William Makepeace Thackeray. Je suis tombée sur ce conte, qui possède une couverture toute mignonne et est édité dans la collection "Bibliothèque elfique". C'est futile, je sais, il n'empêche que j'ai été bien inspirée.

Cette histoire pourrait être une de celles que l'on lit aux enfants avant qu'ils ne s'endorment. Une petite femme de chambre, enfant trouvée, qui tombe amoureuse d'un prince privé de son trône par son oncle, amour qui ne tarde pas à devenir réciproque. Ajoutez à cela une fée appelée Réglisse, une bague et une rose servant de filtres d'amour, ainsi que des méchants vraiment méchants, et vous aurez en effet tous les ingrédients pour faire un conte de fées.
Sauf qu'il y a derrière tous ces clichés, la patte de William Makepeace Thackeray. Avec un ton sarcastique, délicieusement méchant même, l'auteur ridiculise l'importance accordée à l'apparence, au pouvoir, à la beauté, au détriment de l'instruction et de la sincérité.
Ce que j'aime chez Thackeray, c'est cette habitude qu'il a de se moquer de ses propres héros, d'en faire des gens possédant des faiblesses qu'il se permet de ridiculiser. Il se moque par exemple de Giglio et de son ignorance. Mais lorsque celui-ci a comblé les lacunes de son instruction, il le fait prononcer un discours qui dure trois jours, durant lesquels il se rafraîchit en suçant des oranges...   

Pour faire court, ce livre est un petit bijou, drôle et charmant, dont la cruauté de ton peut, par moments, rappeler un certain Oscar Wilde...

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03 avril 2007

L'ancre des rêves ; Gaëlle Nohant

 

2221108205Édition Robert Laffont ; 381 pages.
20 euros.

" - Dis donc, gamin, on t'a pas appris qu' c'était pas poli de zieuter comme ça ? J'aime pas les malins. Fais bien attention à toi. Les morts marchent, ce soir. Fais bien attention à toi. Un long frisson le frigorifia comme une bourrasque giflant un corps trempé. Les morts marchent, ce soir. Une comptine dont il avait perdu le souvenir lui traversa la tête. " Faut boire à la santé des gars Qui sont coulés, au fond, en tas. " Dans un petit village de la côte bretonne, chaque nuit, les enfants Guérindel, Benoît, Lunaire, Guinoux et le petit Samson, sont en proie à des cauchemars terrifiants qu'ils taisent à leurs parents... Enogat, leur mère, a toujours interdit à ses quatre fils d'approcher le bord de l'eau. Est-ce seulement pour les protéger des dangers de la nature ? Ou d'une autre menace qui ne dit pas son nom ? Entre conte fantastique et roman d'initiation, L'Ancre des rêves sonde le mystère des peurs d'enfant. "

Je l'avoue d'emblée, s'il ne s'était pas agit du roman de Gaëlle, je n'aurais certainement pas daigné ouvrir ce livre. D'abord, jusqu'à ma rencontre avec Anne Perry il y a peu de temps, je lisais très peu de romans policiers (même si après lecture je réalise à quel point cette classification de libraire est discutable). Ensuite, les histoires un peu bizarres sur les légendes bretonnes, je trouve que ça fait vraiment saga estivale. Et pour finir, j'avoue que le premier chapitre que j'avais lu sur le site de Robert Laffont ne me tentait pas plus que ça. Le langage adopté me semblait être le langage courant (or, je suis de plus en plus snob quand je lis des romans, il me faut de l'élégance...), et puis je déteste lire sur un écran.
Sauf que, j'étais très curieuse de voir ce que ça donnait. Thom, Choupynette et Clarabel avaient fait une pub plus qu'alléchante en faveur de ce roman, et le titre m'intriguait tout autant que sa couverture.

 

Quand j'ai ouvert mon livre, j'ai presque instantanément oublié mes mauvais a prioris. Cela faisait longtemps qu'un roman contemporain français ne m'avait pas fait cet effet. Il y a une atmosphère palpable dans ce livre, et cela dès les premières pages. On est véritablement happé par cette histoire, sans même s'en rendre compte. On se met à vivre les cauchemars de Benoît, Lunaire, Guinoux et Samson. Ayant moi même quelques rêves récurrents (heureusement pas tous les soirs, et moins traumatisants...), je pense que ça m'a aidée à me mettre dans l'ambiance.

Alors que je craignais de ne pas apprécier l'écriture de Gaëlle Nohant, j'ai pris un réel plaisir à lire ses phrases pleines de poésie. J'ai noté quelques maladresses, mais c'est vraiment peu important, car le reste est remarquable. C'est poétique mais pas artificiel, grâce à une habile combinaison entre le registre soutenu et le registre familier. Cette alternance permet aussi la cohabitation entre une atmosphère pesante, inquiétante, douloureuse et un récit souvent drôle.

Il est difficile de se détacher de ce récit, les explications qui arrivent au compte goutte, nous plongent chacune un peu plus dans le roman. J'ai bien trouvé que certains (en fait deux) petits passages étaient cousus avec des fils assez gros, mais je pense que cela permet surtout d'éviter que le récit s'enlise, et de maintenir le rythme de la lecture. Je me suis beaucoup attachée à tous ces personnages, à ces frères qui s'aiment sans se l'avouer, à Ardélia et Ebenezer, à Abel, et à toutes ces femmes blessées par la mer. J'ai adoré me plonger dans ce monde rêvé mais qui a aussi existé, en apprendre sur les Terra-neuvas, l'angoisse et la fascination opérée par la mer sur la population bretonne.

Je crois que la grande réussite de Gaëlle Nohant est aussi d'avoir écrit un livre qui peut toucher le plus grand nombre. L'ancre des rêves peut être abordé de différentes manières. C'est une enquête dans le passé, sur soi, les non dits. La psychologie et ses zones d'ombre occupent une grande part du roman, qui est aussi un hommage à la culture bretonne.
Je pense d'ailleurs faire lire ce roman à des personnes très différentes, mais qui seront, j'en suis certaine, touchée par ce livre, chacune à leur façon.

J'ai été bercée par ce livre, dont je ressors la gorge nouée. Beaucoup de passage sont extrêmement émouvants, le style doux et plein de justesse leur donnant une grande force. Malgré les quelques petites critiques que j'ai formulées (et qui sont vraiment pardonnables), c'est un véritable coup de coeur.

" Des petites filles racontaient qu'Enogat avait un passé de sirène,et que si les garçons touchaient la mer ils retrouveraient leurs nageoires et leur peau translucide et disparaîtraient dans les flots, rejoignant le peuple sombre qui s'agitait en bas. " (page 20)

" - Je reviendrai, t'inquiète pas. Si tu m'attends, je reviendrai..., ajouta-t-il, sans se douter qu'un jour elle lui crierait debout devant la mer qu'il n'avait pas tenu sa promesse, qu'il l'avait abandonnée, et qu'elle n'aurait pas trop d'une vie pour le lui pardonner. " (page 204)

 

Les avis de Choupynette, de Thom et de Clarabel.

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02 avril 2007

Gazel au fond de la nuit ; Louis Aragon

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Atala au tombeau ; Girodet

Gazel au fond de la nuit

Je suis rentré dans la maison comme un voleur
Déjà tu partageais le lourd repos des fleurs au fond de la nuit

J’ai retiré mes vêtements tombés à terre
J’ai dit pour un moment à mon coeur de se taire au fond de la nuit

Je ne me voyais plus j’avais perdu mon âge
Nu dans ce monde noir sans regard sans image au fond de la nuit

Dépouillé de moi-même allégé de mes jours
N’ayant plus souvenir que de toi mon amour au fond de la nuit

Mon secret frémissant qu’aveuglément je touche
Mémoire de mes mains mémoire de ma bouche au fond de la nuit

Long parfum retrouvé de cette vie ensemble
Et comme aux premiers temps qu’à respirer je tremble au fond de la nuit

Te voilà ma jacinthe entre mes bras captive
Qui bouge doucement dans le lit quand j’arrive au fond de la nuit

Comme si tu faisais dans ton rêve ma place
Dans ce paysage où Dieu sait ce qui se passe au fond de la nuit

Ou c’est par passe-droit qu’à tes côtés je veille
Et j’ai peur de tomber de toi dans le sommeil au fond de la nuit

Comme la preuve d’être embrumant le miroir
Si fragile bonheur qu’à peine on peut y croire au fond de la nuit

J’ai peur de ton silence et pourtant tu respires
Contre moi je te tiens imaginaire empire au fond de la nuit

Je suis auprès de toi le guetteur qui se trouble
A chaque pas qu’il fait de l’écho qui le double au fond de la nuit

Je suis auprès de toi le guetteur sur les murs
Qui souffre d’une feuille et se meurt d’un murmure au fond de la nuit

Je vis pour cette plainte à l’heure ou tu reposes
Je vis pour cette crainte en moi de toute chose au fond de la nuit

Va dire ô mon gazel à ceux du jour futur
Qu’ici le nom d’Elsa seul est ma signature au fond de la nuit !

Louis Aragon

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31 mars 2007

Un étranger dans le miroir ; Anne Perry

2264033045Édition 10/18 ; 414 pages.
7,80 euros.

" William Monk, inspecteur de police chevronné, se réveille à l'hôpital. Violemment agressé il y a quelques semaines, il a perdu la mémoire. Ce qu'il s'empresse bien de taire à ses supérieurs, qui auraient tôt fait de l'exclure manu militari de la police londonienne. Revenu à la vie professionnelle, il mène parallèlement une enquête sur le meurtre d'un jeune aristocrate, survivant de la bataille de Crimée, et sur lui-même. Il découvre d'abord qu'il n'était ni très sympathique ni très aimé, et qu'il avait laissé tomber sa famille, d'origine trop modeste, pour mieux réaliser ses ambitions. Il se rend compte aussi qu'il avait été mêlé de très près au meurtre sur lequel son supérieur, qui veut sa peau, le laisse investiguer... "

J'ai continué ma découverte d'Anne Perry en me lançant dans les aventures de William Monk. Dès les premières lignes, j'ai été happée par cette histoire. L'amnésie de l'inspecteur, sa détresse face à ce vide, le rendent immédiatement très intrigant. Il est effaré de découvrir qu'il n'a rien d'un Thomas Pitt (qu'il ne peut pas connaître et auquel il n'envierait sans doute pas tout). Monk est autant sûr de lui, très élégant et ambitieux que Pitt est poli, plein de tact et complètement débraillé. Mais cela ne rend pas du tout Monk moins sympathique. Car ce n'est pas parce qu'on voudrait être un gentleman et que l'on ne se laisse pas marcher sur les pieds par la haute société qu'on est dépourvu d'humanité et d'intelligence. De plus, pour tenir tête à une Miss Latterly, il vaut mieux être un William Monk qu'un Thomas Pitt...

L'enquête que doit mener l'inspecteur est captivante, le suspens est immense du début à la fin. Les personnages mis en scène sont incroyablement humains, leurs passions extrêmement fortes. William Monk doit travailler dans un milieu où les gens semblent le craindre et même le détester, sans qu'il se souvienne pourquoi. Son enquête est d'autant plus difficile qu'il devient vite clair qu'il s'agit d'un crime passionnel, et qu'elle touche des gens hauts placés qui n'hésiteraient pas à l'écraser pour étouffer un scandale.
Beaucoup de personnages sont attachants, et leurs défauts et faiblesses ne font que les rendre plus proches de nous. Cela explique que j'ai eu un pincement au coeur au moment du dénouement. Les méchants ne sont pas forcément les monstres que l'on s'imagine.

J'ai beau ne pas avoir encore d'autre "William Monk" sur ma PAL, je compte bien le retrouver sous peu. Je crois que j'aime encore plus ce personnage que les époux Pitt...
Je trouve sympathique le fait que 10/18 fasse une symétrie entre les deux séries avec les couvertures. Celles de la série "Charlotte et Thomas Pitt" représentent des tableaux de femmes tandis que celles de la série "William Monk" nous montrent des hommes.

L'avis de Frisette.

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28 mars 2007

Premier Amour ; Ivan Tourgeniev

2290345717Édition J'ai Lu (Collection Librio) ; 96 pages.
2 euros.

" Quelle fille excitante que Zinaïda ! " écrit Flaubert à Tourgueniev à propos de son roman.
" C'est une de vos qualités de savoir inventer les femmes. Elles sont idéales et réelles. Elles ont l'attraction et l'auréole. " Irrésistible du haut de ses vingt et un printemps, la capricieuse et attirante Zinaïda fait chavirer le cœur du jeune Vladimir Petrovitch, seize ans à peine. Premier amour et premiers tourments d'un enfant épris de la jolie princesse pour l'avoir vue par-dessus la palissade de son domaine...
Mais lorsque Zinaïda devient froide et mystérieuse, d'étranges soupçons envahissent l'esprit de Vladimir. Quel est donc ce rival secret qui l'éloigne de lui ? "

Si j'ai peur de lire des romans russes c'est parce que ça finit toujours très mal... Mais quand j'ai vu le titre de ce livre chez Tamara, j'ai décidé de tenter le coup. Bon, ça ne se finit pas de façon très joyeuse. Mais lorsque l'on regarde bien l'histoire, ça se finit le moins mal possible.

Vladimir Petrovich est un garçon attachant, naïf, innocent. Et comme toute personne qui découvre l'amour, il est à la merci de toutes les désillusions amoureuses. En tombant amoureux d'une jeune fille comme Zinaïda, il ne peut que souffrir. Elle a besoin qu'on l'admire, mais elle ne donne rien en retour, méprisant d'ailleurs ceux qui se jettent à ses pieds au lieu de la dompter comme elle le voudrait. Elle manipule Vladimir, lui tord le coeur. Lui, éperdument amoureux, ne peut que l'aimer davantage. Quand un coeur à vif rencontre une jeune fille cruelle, il ne s'en remet pas. Mais pour Vladimir, il y a plus. Il y a le fait qu'elle lui a préféré un autre homme, et pas n'importe lequel.

Lorsqu'il raconte cette histoire plus de vingt ans après, il est facile de voir que ses blessures ne sont pas refermées. Mais lui s'en est sorti à moindres frais. Tourgeniev nous plonge au milieu de la petite société qui entoure Zinaïda. En peu de pages, il parvient à nous décrire l'éveil des sentiments et les tourments de l'amour chez ses personnages. Une lecture très agréable.

Les avis de Cécile et de Tamara.

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27 mars 2007

Le crime de Paragon Walk et Resurrection Row ; Anne Perry

2264035293Édition 10/18 ; 316 pages.
7,30 euros.

" Un crime sordide vient troubler la quiétude huppée de Paragon Walk. Tandis que l'inspecteur Pitt, chargé de l'affaire, se heurte à l'hostilité et au mutisme des résidents du quartier, son épouse Charlotte, assistée de sa sœur Emily, la charmante Lady Ashworth, ne se laisse pas intimider par cette omerta de classe. De garden-parties en soirées, elles font tomber un à un les masques de l'élite. Les façades respectables de Paragon Walk se lézarderont peu à peu pour exposer à cet infaillible trio de détectives leurs inavouables secrets et mensonges. "

Choupynette avait raison. Anne Perry, ça se boit vraiment comme du petit lait. Alors que je m'étais dit qu'il fallait passer à autre chose quelques temps, j'ai été attirée de force vers ma PAL, où trônait encore des enquêtes de l'Inspecteur Pitt, toujours aussi mal fagotté.

Dans ce troisième opus, Thomas Pitt est appelé à Paragon Walk, après le viol et l'assassinat d'une jeune fille de très bonne famille. Il est d'autant plus bouleversé par cette affaire que cette adolescente a été tuée alors qu'elle revenait de chez Lady Ashworth, sa voisine, qui n'est autre que la soeur de la femme de Pitt, Charlotte. De plus, le mari d'Emily Ashworth, George, est incapable de dire où il était le soir du meurtre. Il n'en faut pas plus pour faire ressurgir les vieux démons de l'époque de Cater Street. Emily s'interroge sur son mari, les grandes dames jasent, les hommes tentent de garder une contenance.
Dans la haute société victorienne, se faire violer est la preuve que l'on n'était pas aussi chaste qu'on le prétendait. Encore une fois, chacun tente de se disculper en pointant le doigt sur son voisin.
Et encore une fois, j'ai dévoré ce livre en quelques heures à peine, incapable de le poser avant de l'avoir achevé. La fin est surprenante (surtout pour les naïves dans mon genre...). J'aime beaucoup la façon qu'a Anne Perry d'achever ses romans, en laissant une ouverture pour nous obliger à fondre sur le tome suivant. Surtout, j'ai trouvé ce livre très drôle, beaucoup plus que les précédents tomes dans lesquels il y avait surtout des pointes d'humour par moments.

Édition 10/18 ; 313 pages.2264035137
7,30 euros.

"Bas les masques", tel paraît être le mot d'ordre d'Anne Perry dans la série de romans où elle met en scène son couple de héros "victoriens", l'inspecteur Thomas Pitt et son épouse Charlotte, les personnages de roman policier les plus pittoresques et attachants qui nous aient été donnés à découvrir ces dernières années. Dans le Londres de la fin du XIXè siècle qui sert de cadre à leurs exploits, c'est en effet le code hypocrite de bonne conduite de la société anglaise de l'époque qui se trouve singulièrement mis à mal, sa corruption et sa fausse respectabilité. Anne Perry ou le polar au vitriol : décapant ! "

Qui donc s'amuse à déterrer les morts ? L'inspecteur Pitt ne peut pas emmener sa femme Charlotte au théâtre sans qu'un cadavre tombe d'un cab à la sortie. La stupeur est d'autant plus grande qu'il s'agit d'un Lord vivant dans un quartier très chic de la capitale anglaise. Le scandale ne fait qu'enfler lorsque le mort est déterré pour la deuxième fois. Cet homme sexagénaire n'est-il pas mort de façon naturelle ? Son épouse, très jeune, était-elle lassée de cet ennuyeux personnage ? L'inspecteur Pitt découvre avec stupeur qu'elle a un admirateur, qui n'est autre que Dominic Corde, ancien beau-frère et (surtout) ancien amour de Charlotte. Jaloux et soucieux de ne pas tourmenter son épouse, il aimerait régler cette affaire au plus vite. Mais les choses se compliquent avec la découverte d'un second cadavre, lui aussi déterré.

Je vais vous lasser, mais j'ai encore une fois succombé au charme des aventures de Charlotte et Thomas Pitt. J'ai particulièrement apprécié le fait de retrouver la Tante Vespasia, qui continue à bouleverser les conventions sans rien perdre de son allure de grande et belle dame. En l'absence d'Emily Ashworth, qui vient d'accoucher d'un garçon, son aide est plus que précieuse pour infiltrer la haute société de Gadstone Park. De plus, Anne Perry ancre son histoire dans les réalités sociales de l'époque. On découvre (même si ce n'est qu'en surface) la misère de Londres, qui côtoie le luxe de la bourgeoisie et de la noblesse.
Et encore une fois, Anne Perry brouille complètement les pistes, si bien que l'on ne découvre le fin mot de l'histoire qu'à la toute dernière page. Avec une touche d'humanité, qui rend l'inspecteur Pitt encore plus sympathique.

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26 mars 2007

Vous Parlez ? ; Sabine Sicaud

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Psyché ; Jean Baptiste Greuze

Vous parlez ?

Vous parler ? Non. Je ne peux pas.
Je préfère souffrir comme une plante,
Comme l'oiseau qui ne dit rien sur le tilleul.
Ils attendent. C'est bien. Puisqu'ils ne sont pas las
D'attendre, j'attendrai, de cette même attente.

Ils souffrent seuls. On doit apprendre à souffrir seul.
Je ne veux pas d'indifférents prêts à sourire
Ni d'amis gémissants. Que nul ne vienne.

La plante ne dit rien. L'oiseau se tait. Que dire ?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu'on veuille.
Elle n'est pas celle des autres, c'est la mienne.

Une feuille a son mal qu'ignore l'autre feuille.
Et le mal de l'oiseau, l'autre oiseau n'en sait rien.

On ne sait pas. On ne sait pas. Qui se ressemble ?
Et se ressemblât-on, qu'importe. Il me convient
De n'entendre ce soir nulle parole vaine.

J'attends - comme le font derrière la fenêtre
Le vieil arbre sans geste et le pinson muet...
Une goutte d'eau pure, un peu de vent, qui sait ?
Qu'attendent-ils ? Nous l'attendrons ensemble.
Le soleil leur a dit qu'il reviendrait, peut-être...

Sabine Sicaud

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