19 juin 2008

La poursuite de l'amour ; Nancy Mitford

51BYy3rbndL10/18 ; 253 pages.
7,40 euros.

Fanny a grandit avec sa tante, Emily, après la séparation de ses parents. Sa mère, surnommée la Trotteuse par sa famille, court l'Europe avec ses maris et amants successifs, tandis que son père, un lord, se désintéresse d'elle au profit d'épouses plus âgées.
Mais Fanny n'est pas malheureuse. Elle se rend régulièrement à AlconleighAlconleigh, chez sa Tante Sadie et son Oncle Matthew. Elle y retrouve ses cousins, et surtout Linda, sa préférée. Ensemble, ils complotent dans le placard des Honorables, ou se livrent à des opérations de libération d'animaux pris dans les pièges du garde-chasse.
En grandissant, Linda et Fanny commencent à rêver d'amour. Si Fanny se voit bien épouser un vieux fermier, Linda elle ne veut pas moins que le prince de Galles pour époux. C'est la vie amoureuse de cette rêveuse dans une société encore engoncée dans ses principes que sa cousine nous raconte dans ce livre, tout cela sur fond de montée du nazisme et de guerres.

Nancy Mitford est l'aînée des célèbres soeurs Mitford, qui ont presque toutes mené des vies sulfureuses. Ce livre a pas mal fait parler de lui sur les blogs l'an passé, car 10/18 venait de le rééditer. Je pense aussi que le nom de Jane Austen, qui figure sur la quatrième de couverture, a été un critère d'achat important pour nos blogueuses alors en pleine fièvre austenienne. Pour les anti-Austen (suivez mon regard vers Erzébeth), n'ayez aucune crainte : cette allusion me paraît encore une fois complètement réductrice et non pertinente. De toute façon, il suffit qu'une histoire écrite par une romancière anglaise mette en scène la moyenne ou la haute société anglaise pour que le nom de Jane Austen soit utilisé. La poursuite de l'amour a en plus le malheur de contenir beaucoup d'humour.
Très franchement, je pense que Jane Austen n'aurait jamais fait d'une femme qui ne pense qu'à courir de mari en amant son héroïne. Linda passe son temps à rêver sa vie plutôt qu'à la vivre, et ne se soucie pas de faire des traits d'esprit. Cela dit, c'est une jeune femme qui finit par devenir vraiment attachante, et que l'on prend plaisir à suivre depuis Londres jusqu'à Paris, en passant par le sud de la France. Les personnages sont nombreux, chacun représentant un tempérament caractéristique de l'époque à laquelle il vit.
L'ambiance est particulièrement agréable. Nancy Mitford nous parle de politique, de société, de mode, tout cela avec subtilité et humour.
On sent que parfois, l'auteur elle-même se prend à croire à ce qu'elle écrit. Elle donne à son héroïne des choses qu'elles n'auraient sûrement pas eu dans la vraie vie. Cependant, le rêve ne dure pas éternellement, et le réalisme revient très vite reprendre ses droits. Les personnes comme Linda ne seront jamais la majorité, et l'amour, si on le considère avec froideur, ne présage pas que du bon. Tout au long de ce livre, l'auteur semble chercher une définition de l'amour, et les réponses esquissées ne sont pas vraiment celles qu'on voudrait. J'ai beaucoup aimé la dernière phrase du livre (rassurez-vous, aucune révélation qui ruinerait votre lecture). Elle est sans doute très juste, même si je préfère y voir une marque de cynisme pour l'instant (je tiens à conserver mes illusions encore quelques temps) :

" - Oh ! mon chou, fit ma mère avec tristesse. On le croit toujours ! Chaque fois qu'on aime, on croit que c'est le grand amour ! "   

Un bon livre donc, même si j'avoue avoir trouvé quelques petites longueurs sur la fin. Une suite existe, L'amour dans un climat froid. Je pense que je retrouverai Nancy Mitford avec ce livre.

Pour finir, une remarque de Lord Merlin, personnage que j'aurais aimé voir un peu plus développé, car certaines de ses intentions restent un peu trop floues à mon goût :

" L'amour, dit-il, c'est pour les grandes personnes, comme vous le découvrirez un jour. Vous découvrirez aussi qu'il n'a rien à voir avec le mariage. Je suis tout à fait partisan de vous marier dans un an ou deux, mais, pour l'amour du ciel, n'épousez pas un raseur comme Tony Kroesig ! " (page 105) 

Anne, Papillon et [Caro]line ont également lu ce roman.

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17 juin 2008

Xingu, Edith Wharton

9782842054915_G_1_Mille et Une nuits ; 63 pages.
1,55 euros.

Je sais, ce blog est vraiment désert depuis un bon moment. Je n'ai pas vraiment eu le temps de lire, et encore moins la motivation pour écrire un billet. Si je viens vous donner des nouvelles, c'est pour vous parler d'un petit livre qui m'a beaucoup plu. Il est arrivé il y a quelques semaines dans ma boîte aux lettres (merci à Lou), et je l'ai dévoré très rapidement.

Edith Wharton est sur ma PAL depuis des mois avec Le fruit de l'arbre. Elle fait partie de ces auteurs que je veux absolument lire un jour, mais que je ne sais pas trop par quel titre aborder. Xingu avait déjà piqué ma curiosité. Le titre a une consonance asiatique un peu surprenante, et j'avais lu plusieurs billets enthousiastes au sujet de cette courte nouvelle.

A Hillbridge, les dames "respectables" se réunissent régulièrement pour parler de choses très intellectuelles et déballer leur érudition. Le passage de la célèbre Osric Dane, écrivain de son état, dans leur petit cercle, met toutes ces vipères en émoi. Lorsque la célèbre dame arrive, ses hôtesses sont mortifiées devant le dédain dont elle fait preuve. Suite à un mouvement de panique dû à une défaillance de la mémoire de la quasi totalité des femmes présentes, le mot Xingu est lancé par Mrs Roby, la paria du groupe. Toutes se mettent alors à donner leur point de vue sur le nouveau sujet de conversation. 

Quelle nouvelle agréable ! J'ai trouvé cela frais, dynamique, et vraiment très drôle. J'ai tout de suite compris de quoi il retournait quand Xingu est évoqué pour la première fois, mais  je n'en ai que plus savouré le récit d'Edith Wharton. Je crois que je ne me lasserais jamais de ces auteurs qui savent si bien cerner les travers de la société dans laquelle ils évoluent.
De plus, le sujet est indémodable. Les fameux manuels sur les livres ou les films à connaître à tout prix dont certains blogs avaient parlé l'an passé lors de la sortie de je ne sais plus quel titre prouvent bien que faire bonne figure est encore important pour beaucoup de gens.
Ici, la situation est complètement hilarante, et la réaction des vipères de Hillbridge est révélatrice d'une immaturité proche du pathétique (même si encore une fois, elle n'est pas surprenante). Une belle revanche pour Mrs Ruby, qui avec un seul mot, parvient à déstabiliser celles qui la méprisaient jusque là. Certes, ces dames sont trop pédantes pour admettre qu'elles se sont fait avoir, et c'est là la chance des personnes de leur espèce. Toutefois, pour le lecteur, c'est une vraie satisfaction que de pouvoir contempler leur bêtise.
Ce livre me fait également penser aux relations entre les personnes de même sexe. J'ai pu constater à de nombreuses reprises à quel point les ambiances "filles" peuvent être mauvaises. Il y a toujours les pestes, incapables d'avoir un avis propre, qui se croient supérieures et qui désignent une ou plusieurs autres jeunes filles dont il faut se moquer. Aujourd'hui, ces dernières sont les "ringardes", à l'époque d'Edith Wharton c'étaient les femmes qui n'avaient pas les mêmes manières que les autres.   
Tout ça en très peu de pages, mais Edith Wharton maîtrise parfaitement son sujet, jusqu'à la chute, judicieuse, qui m'a tiré un dernier sourire.

Le colis de Lou comportait également un autre roman d'Edith Wharton, donc je pense vous en reparler un de ces jours.

Les avis de Lou (dont j'aime beaucoup l'introduction), Papillon, Allie, Caroline, Gachucha, Stéphanie, Cathulu et La Conteuse.

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16 avril 2008

Ashworth Hall ; Anne Perry

51GHG5R226L10/18 ; 315 pages.

Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas embêtés avec Anne Perry, ma dernière expérience avec cet auteur ayant été peu concluante. D'habitude, je lis la série dans l'ordre, mais j'avais ce titre qui traînait tout seul à cause de Choupynette.

Nous retrouvons un Pitt qui est désormais commissaire, et qui enquête sur la mort de l'un de ses collègues, qui avait infiltré l'un des réseaux nationalistes catholiques irlandais. Il est très vite chargé d'une autre mission, assurer la sécurité lors d'une réunion capitale entre les différents partis irlandais. Ces négociations ont lieu à Ashworth Hall, chez la soeur de Charlotte Pitt, Emily, qui a épousé un politicien en deuxièmes noces. Bien entendu, les invités se détestent, et l'affaire O'Shea qui est jugée au même moment ne fait que tendre davantage l'atmosphère. Les négociations ont à peine commencé que l'épouse de l'un des catholiques est découverte dans le lit d'un protestant, et que Gréville, l'homme qui menait la réunion, est retrouvé assassiné dans sa baignoire. 

Il est certain que Anne Perry nous présente une situation un peu énorme dans ce tome. Pour connaître un peu la période sur laquelle l'auteur écrit, j'avoue que j'ai trouvé cette tentative d'évoquer le problème irlandais assez bancale. Heureusement, l'auteur n'a pas écrit ce livre dans le but de nous rendre incollables sur l'Irlande de la fin du dix-neuvième. Elle veut nous distraire, simplement nous donner un aperçu de la situation pour mettre en place son histoire, et cela, elle y parvient très bien. J'ignorais également un certain nombre de choses sur les personnages, étant donné que je n'ai pas lu la série dans l'ordre cette fois-ci. Anne Perry semble s'être un peu lâchée en mariant Caroline à un jeune acteur, et les clichés habituels ne sont pas loin au cours de l'enquête. Mais c'est aussi pour ça que j'aime Anne Perry. Elle ne se complique pas la vie tout en étant crédible (aux yeux du lecteur qui ne cherche pas autre chose qu'un bon agréable au XIXe) et intéressante.
J'ai vraiment été prise dans cette enquête. J'avais des plans en plus, donc j'avais d'autant plus hâte de vérifier si mes intuitions étaient juste. Verdict ? Je m'améliore, même si je n'avais pas tout deviné non plus.
Ce tome est étoffé par des intrigues secondaires, comme les amours de la femme de ménage de Charlotte et Thomas, Gracie. J'espère d'ailleurs avoir des nouvelles du second de Pitt, j'ai formé de bons espoirs en lui...
Cette lecture était parfaite pour moi en ce moment. J'avais besoin de retrouver des intérieurs coquets, des personnages chaleureux, et de me vider un peu la tête. 

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29 mars 2008

La voleuse de livres ; Markus Zusak

9782266175968R1_1_Pocket ; 640 pages.
7,70 euros.

Un bon conseil : n'écoutez pas les mauvaises langues^^. Je viens de terminer ce livre, et je suis encore sonnée.

Liesel est encore une petite fille quand sa mère les conduit, elle et son petit frère dans la banlieue de Munich, à Molching. C'est dans le train que Liesel rencontre pour la première fois la Mort, qui vient emporter son cadet. Après les funérailles, Liesel trouve un livre dans la neige et l'emporte. A Molching, elle est accueillie par Rosa et Hans Huberman. C'est avec eux ainsi qu'avec Rudy, son meilleur ami, qu'elle va vivre la Deuxième Guerre mondiale, surveillée en coin par la Mort. Hans Huberman se lève toutes les nuits pour la consoler après son cauchemar récurrent. Avec lui, elle apprend à lire, se passionne pour les livres, qu'elle vole, et finit même par fasciner les autres habitants de la rue Himmel en leur faisant la lecture lors des bombardements.

La voleuse de livres est un livre auquel il est difficile de rester insensible quand on le croise sur un présentoir. La couverture est vraiment bien trouvée et le titre accrocheur. J'avais été un peu refroidie par les avis mitigés voire carrément écoeurés lus sur les autres blogs, du coup j'ai attendu la sortie poche (au grand bonheur de mon porte-monnaie).
En fait, même s'il m'a fallu une cinquantaine de pages pour vraiment rentrer dans l'histoire, le style m'a beaucoup amusée. J'imagine qu'en VO, cela doit encore mieux rendre, parce que Markus Zusak joue avec les mots, intègre différentes formes, et démontre le pouvoir des mots. Max se sauve de Stuttgart parce que le titre Mein Kampf écrit sur le livre qu'il porte dissimule qu'il est juif. Markus Zusak fait simple, puis nous dévoile certaines choses, avant de revenir en arrière. Tout cela sans créer de confusion, au contraire. Cela permet au lecteur de mieux enregistrer, de mieux comprendre. 
Contrairement à Clarabel, j'ai trouvé la Mort plutôt attachante. Son "Doux Jésus, Rudy..." est terrible. C'est bien simple, je n'ai pas pu retenir mes larmes sur la fin. Pourtant, je pleure rarement en lisant un livre.
Il faut dire qu'ils sont vraiment attachants ces personnages. Liesel, Rudy, Hans, Rosa, Tommy, et même la vieille guigne qui crache chaque jour sur la porte des Huberman. Le sujet est grave, mais l'histoire est ensoleillée. J'ai éclaté de rire à plusieurs reprises, Liesel n'est qu'une enfant, et ses actes sont ceux de quelqu'un qui ne s'attache qu'à ce qui compte vraiment. Rudy et elle ne comprennent pas tout, mais ils ont les bonnes intuitions. Il y a l'accordéon d'Hans, les hurlements de Rosa, les "saurkel" et les "saumensch" à tout va. Parce qu'il y aura toujours plus tard pour se dire que l'on s'aime. Enfin, c'est ce que l'on croit.
Ce livre est vivant, distrayant, grave et puissant.
Courez l'acheter !

" Désormais, je ne veux plus espérer. Je ne veux plus prier pour que Max soit sain et sauf. Ni Alex Steiner.
     Parce que le monde ne les mérite pas. "
(page 599)

Les avis d'Emjy et de BlueGrey.

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22 mars 2008

Genitrix ; François Mauriac

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Le Livre de Poche ; 160 pages.

Je vous préviens tout de suite, je ne connais absolument rien à la littérature française de la première moitié du XXe. Ça fait d'ailleurs plus de deux semaines que j'ai terminé ce livre, et j'ai vraiment du mal à écrire dessus.

Génitrix est l'histoire d'une relation mère-fils qui déraille. A cinquante ans, Fernand a en effet décidé d'épouser Mathilde, une jeune femme. Deux mois après ses noces, Fernand réintègre sa chambre d'enfant près de celle de Félicité, sa mère, qui jubile. Félicité pense que son triomphe va être total lorsque sa belle-fille décède, seule, quelques jours après avoir fait une fausse-couche. Cependant, en la contemplant sur son lit de mort, Fernand est pris d'une culpabilité soudaine, et commence à en vouloir à sa mère.

François Mauriac est un auteur qui m'a surprise par son habileté à développer son sujet. Genitrix est l'histoire d'une relation mère-fils, et Mauriac n'en dérive pas, sans tomber dans la facilité.
Ses personnages secondaires auraient tout simplement pu être inconsistants afin que l'intérêt du lecteur ne soit pas détourné, mais l'auteur a fait un choix beaucoup plus intéressant. Il a fait de Mathilde et même de Marie de Lados des personnes auxquelles le lecteur s'intéresse, parce qu'elles ont un rôle important dans le récit, tout en s'assurant qu’elles ne soient envisagées qu'en tant que partie intégrante de la relation entre Fernand et sa mère. Dans ce roman, il ne s'agit pas de pleurer la morte, donc Mathilde est un personnage peu attachant, sur lequel il est difficile de réellement s'apitoyer. Elle disparaît d'ailleurs très vite, dès que le lecteur en sait suffisamment pour comprendre la suite des événements entre Fernand et Félicité. Quant à Marie de Lados, c'est également un personnage auquel le lecteur a du mal à s'identifier mais qui est juste assez présente pour que l'on comprenne la place qu'elle occupe pour Fernand.

Une autre chose que j'ai aimée, le fait que Mauriac me mène en bateau. J'aime beaucoup cela quand je lis un livre, parce que ça prouve que le roman est maîtrisé, que l'auteur a amené son lecteur là où il le souhaitait. A la page 134, on comprend que l'on s'est fait avoir, comme tout le monde d'ailleurs, et que Fernand n'est qu'un sale gosse.

"Voici que l'incendie est éteint, _ce brasier, qui le rendait furieux, soudain le laisse grelottant au milieu de cendres. Il existe des hommes qui ne sont capables d'aimer que contre quelqu'un. Ce qui les fouette en avant vers une autre, c'est le gémissement de celle qu'ils délaissent."

Génitrix est donc un roman basé sur une idée relativement simple, mais Mauriac la développe avec brio en trois parties qui permettent de comprendre le lien inconscient qui unit Fernand à sa mère. Je mentirais en disant que j'ai été subjuguée par ce roman. Je le trouve quand même un peu daté, même si cela tient peut-être également au fait que je n'ai pu m'empêcher de penser à deux personnes que j'ai connues qui se trouvaient dans cette situation. Par ailleurs, j'ai lu un livre qui parle également d'une relation mère-fils immédiatement après ma lecture de Génitrix. Cela m'a permis de voir certaines qualités dans le livre de Mauriac que je n'avais pas vraiment relevées (par exemple, la fin, qui montre que Mauriac avait quelque chose à démontrer dès le début). Cela dit, j'ai vraiment apprécié ce roman, et je pense qu'il est de ceux qui méritent plusieurs lectures. 

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20 mars 2008

Sans te dire adieu ; Maryam Sachs

413di3JDnuLLe Passage ; 166 pages.

Je suis terriblement en retard dans mes notes de lecture, désolée pour ces longs silences...

L'histoire : Roxane, Iranienne en exil de trente cinq ans vit à Paris avec celui qui est son mari depuis quinze ans, Kamran. Il est éditeur, elle libraire. Tous deux mènent une vie paisible, malgré l'absence d'enfant et la douleur de l'exil. Un jour que Kamran est en voyage d'affaires, Roxane sort manger dans une brasserie avec un couple d'amis. Là-bas, elle croise le regard bleu d'un jeune homme. A la fin de la soirée, Roxane décide de suivre cet inconnu. S'en suit un petit jeu entre elle et l'inconnu, qui s'achève lorsque le jeune homme se fait renverser par une voiture qui ne s'arrête pas.
Après l'avoir accompagné à l'hôpital, Roxane confie son inconnu au chauffeur de taxi qui les y a conduits. Mais elle ne peut s'empêcher d'aller le voir chaque jour, mentant à tous ceux qu'elle aime avec une facilité qui la déconcerte.

Mon avis : Je suis un peu mitigée suite à la lecture de ce livre. Je l'ai trouvé agréable à lire, plutôt bien écrit, malgré quelques lourdeurs et quelques phrases assez clichées. Les idées de départ sont intéressantes. On en apprend un peu sur l'Iran, sur le poids de l'exil sur la relation de couple, et j'aurais vraiment aimé que le livre en parle davantage.
Car au final, je n'ai pas vraiment compris l'intérêt de parler de cette relation entre Roxane et Sergueï, qui fait prendre au livre un chemin complètement différent de celui que j'imaginais au début de ma lecture. On croit d'abord que ces deux personnages sont liés par une blessure commune, mais Sergueï n'est pas vraiment un exilé. Roxane et lui ne sont pas dans la même situation, et leur relation tient davantage à l'imagination débordante de Roxane qu'à une complicité réelle. L'incapacité de Roxane à avoir une relation physique, et donc concrète, avec Sergueï, ainsi que son refus de dire la vérité à Sergueï montrent bien que Roxane fantasme davantage qu'elle ne vit cette relation. Il est certain que cela n'est pas surprenant venant de Roxane. Dès le début, elle nous dit qu'elle est dans la lune, que les gens doivent l'appeler plusieurs fois par son prénom avant qu'elle ne réagisse. Mais du coup, le bouleversement qu'est censée incarner la rencontre avec Sergueï n'en est pas un. Avec lui, Roxane continue d'être celle qu'elle a toujours été, de façon un peu plus dangereuse peut-être, mais rien de transcendant non plus. Ceci d'autant plus que les personnages sont assez peu développés (en 166 pages, c'est compréhensible, mais ça empêche le lecteur de s'intéresser de près à l'histoire).   
La fin également m'a déçue. Je l'ai vue arriver à des kilomètres. En fait, ce livre au début prometteur se transforme peu à peu en roman racontant une histoire banale. Dommage...

L'avis de Clarabel.   

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04 mars 2008

Le destin miraculeux d'Edgar Mint ; Brady Udall

51C1WYA431L10/18 ; 544 pages.

Ce livre faisait partie de mon challenge ABC 2007 que j’espère compléter avec un peu de retard. Ce livre m’avait été conseillé parce qu’il me fallait un auteur en « U ». Autrement, je ne pense pas qu’il me serait venu à l’esprit de le lire. D’ailleurs, j’ai mis un bon moment à me décider.

L’histoire : Edgar Mint a sept ans quand le facteur lui roule sur la tête. Ce petit métis, né d’une mère indienne alcoolique depuis sa grossesse et d’un apprenti cow -boy disparu dans la nature, passe trois mois dans le coma avant de passer de nombreux mois dans une nouvelle chambre d’hôpital. Là-bas, sa vie commence. Il réalise qu’il ne peut pas écrire, mais taper à la machine, il ne s’en prive pas. Sa mère ayant disparu après son accident, Edgar est envoyé chez son grand-oncle, qui le met dans une école d’enfants indiens où il ne rigole pas tous les jours, puis il partage quelques temps la vie d’une famille mormone.

Mon avis : Autant le dire tout de suite, ce roman m’a complètement emballée. Il m’a fallu une cinquantaine de pages avant de me retrouver un peu dans le récit, mais j’ai terminé ce livre en une journée.

En fait, Le destin miraculeux d’Edgar Mint est très typique des romans américains actuels au niveau de sa forme. Je n’en ai pas lu beaucoup, mais j’ai dès le début pensé aux romans de Stephen MacCauley, Jonathan Tropper ou Douglas Coupland. Le ton employé, le découpage des chapitres, le style direct et percutant est commun à tous ces auteurs. Sauf que je trouve que Brady Udall les utilise beaucoup mieux. L’histoire est originale (du moins je n’en avais jamais lu de pareille). On est loin des clichés assez présents chez les autres auteurs que je viens de citer (je précise que ça ne m’empêche pas d’avoir énormément aimé certains de leurs livres). Le personnage est un enfant né dans une réserve indienne, pas un célibataire branché et pommé vivant dans une grande ville américaine.

Et puis, c’est vraiment drôle, dynamique, voire même un peu flippant (ce Barry…). J’ai beaucoup aimé la façon de parler d’Edgar d’abord à la troisième, puis à la première personne dans la phrase suivante. On a deux récits en un, de façon assez subtile, qui nous permettent d’aborder l’histoire à deux niveaux différents. Comme spectateur d’abord, puis comme témoin pris à partie par Edgar.

Ne vous attendez pas à un livre débordant d’action, ou à une quête effrénée de la part d’Edgar pour mener à bien les missions qu’il se fixe. La mission d'Edgar, tant promise dans certains résumés du livre, se dessine vraiment progressivement, et est loin de constituer l’intérêt principal du roman. Ce livre est surtout une succession d’anecdotes. Chaque période, l’hôpital, l’école, la maison mormone, dure une bonne partie du livre. Ce n’est absolument pas ennuyeux, un garçon comme Edgar qui réfléchit en permanence est toujours captivant, amusant et touchant. Le ton est plutôt détaché sans être froid. Cela permet au lecteur d’éprouver de l’empathie pour les personnages (et ils en ont besoin) sans les traumatiser non plus.

La fin est drôle et bien ficelée, dans la continuité du roman. Vraiment un très bon moment de lecture que je vous recommande !

    

« Je m’aperçois aujourd’hui que, sous de nombreux aspects, j’ai vécu ma vie à l’envers. Pendant la première moitié, j’ai eu à faire des choix difficiles et à en subir les conséquences, tandis que pendant la deuxième, j’ai vécu l’existence simple et protégée d’un enfant. » (Page 537)

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22 février 2008

Sirène ; Marie Nimier

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Folio ; 204 pages.

J'avais acheté ce livre suite à un billet d'Emjy qui nous disait qu'elle l'avait sur sa PAL. Je suis encore une petite fille qui rêve quand elle entend le mot "sirène", encore plus quand elle en voit une peinte par Waterhouse, comme sur la couverture de ce roman. Je n’ai pas hésité, et j’ai acheté ce roman.

L’histoire : Marine Kerbay a vingt ans, et elle s’apprête a se suicider. Pour l’occasion, elle nettoie son appartement, revêt une tenue très élégante, et ingurgite soixante-quatre cachets avant de s’engouffrer dans le taxi qui doit la conduire au bord de la Seine. Car Marine est une sirène, une fille de la mer, et toute autre mort semblerait inappropriée pour cette jeune fille.
Mais elle échoue. Repêchée, elle subit les réactions blessantes des gens. Elle les laisse croire ce qu’ils veulent. Bruno est soulagé de croire qu’elle ne l’aime plus. Le psychiatre qui pense bien faire son métier en lui affirmant : “Vous ne savez pas pourquoi vous avez essayé de vous tuer, et surtout je pense que vous ne voulez pas le savoir”, elle ne le contredit pas.
Toutefois, ce n’est pas parce que Marine est la “Reine du silence” pour les autres qu’elle l’est vraiment. Après tout, ces gens qui croient la comprendre mieux qu’elle même ne méritent pas tellement qu’elle leur raconte tout.

Mon avis : Il semblerait que Marie Nimier parle un peu d’elle même dans ce livre, de sa propre tentative de suicide. Heureusement, elle n’a pas oublie qu’elle écrivait un roman. Ce livre n’est pas sa propre vie, et Marine est un personnage de fiction, dans lequel il n’est pas difficile de se retrouver. Je craignais que ce livre soit une autofiction totalement inintéressante après avoir découvert le propos réel de ce livre, mais là je suis complètement sous le charme.
Il y a bien quelques longueurs au début, quand Marine n'est encore qu'une jeune fille qui agit bizarrement, qu'une jeune sirène qui comme tant d'autres a succombé au charme d'un dragon. Mais c'est parce que Marine est une jeune fille qui réfléchit beaucoup plus qu'elle ne parle. Au fur et a mesure que l'histoire avance, son personnage se dévoile et s'étoffe. De la jeune fille froide, statique et pitoyable elle devient une rêveuse touchante, intelligente et curieuse.
L'ambiance du livre aussi change. On débute dans un Paris déprimant, puis on se rend en Bretagne, dans les années soixante également. On est un peu nostalgique, ce n’est pas vraiment une histoire joyeuse, mais je m’y suis sentie vraiment bien, un peu comme si les souvenirs de Marine m’étaient familiers.
L’écriture de Marie Nimier est très belle. J’ai même relu certains passages au cours de ma lecture pour les apprécier encore plus. La quête du père disparu, les interrogations de Marine sont celles d’une jeune fille qui semble trop réfléchir. Mais elle joue tellement bien avec les mots, elle suit une logique tellement parfaite qu’il est difficile de ne pas se prendre au jeu de Marine.

“Père, paire, perd, le mot se répétant prenait des proportions monstrueuses. Il s’insinuait dans le moindre repli de son être, tissant au fil de ses pensées une toile gluante, tout s’embrouillait…” (page 154)

“Marine se demanda si elle changerait son beau sourire contre un papa, un vrai. Elle pensa a la petite sirène qui n’avait pas hésite a sacrifier sa langue afin d’être acceptée sur la terre des hommes. Et pourtant, se dit-elle, le Prince ne s’était pas marié avec elle.” (page 157)

Comment en vient-on au suicide ? Faut-il vraiment détester la vie pour la quitter, ou peut-il y avoir d’autres raisons ? Marine cherche ses propres réponses, raconte ses propres mensonges, ceux des autres, tout ce qui peut lui permettre de découvrir pourquoi elle se sent déchirée entre Marine et Céline, ces deux prénoms qui lui appartiennent mais qui n'ont pas la même origine.
Je pense que présenté comme cela, ce livre a l'air plutôt barbant, prise de tête. Mais en fait, c'est un livre sans prétention qui nous raconte d'une très belle façon l'histoire d'une jeune fille blessée, le tout mêlé a des récits de sirène et de dragon. Les cent dernières pages de ce livres sont vraiment très très belles, encore plus que le début, vraiment une très jolie découverte.

Comment appelez-vous cela, déjà... De l'écume ?
Bruno s'adressait a la sirène. Marine, de sa voix la plus suave, répondit a sa place que l'écume était l'âme des matelots qui étaient morts en mer. Elle dit aussi que de nombreux navigateurs que l'on croyait perdus avaient trouve au fond de l'eau une demeure éternelle.
        "Berces par les vagues, reprit-il.
        - Inondes de volupté...
        - Êtes vous sirène ?
(page 68)

L'avis d'Emjy.

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14 février 2008

Les autres ; Alice Ferney

41fKDgjj2kLBabel ; 438 pages.

Voilà un livre qui n'a pas fait l'unanimité, et que du coup je n'avais pas l'intention de lire jusqu'à ce que le hasard ne me le mette entre les mains. Et là, coup de foudre.

C'est l'anniversaire de Théo. Pour ses vingt ans, il a invité ceux auxquels il tient le plus. Estelle, sa fiancée, Marina, son amie d'enfance, son frère Niels, ainsi que Claude et Fleur. Pour l'occasion, Niels a choisi d'offrir un jeu très spécial à son cadet. Il s'agit de découvrir par le biais de questions souvent délicates ce que les joueurs pensent les uns des autres.

J'ai trouvé la construction de ce livre remarquable. Alice Ferney met la forme au service du fond de façon extrêmement ingénieuse. Ce livre cherche à définir la vérité, la réalité. Avec trois versions des faits Alice Ferney nous montre à quel point les choses sont subjectives. Elle est même perverse, puisqu'en fait, elle nous montre que toutes les réalités sont fausses puisque ce n'est que quand le lecteur a fini ce livre qu'il sait ce qui s'est réellement passé. D'un autre côté, toutes les réalités sont vraies, puisque personne ne peut jamais avoir les trois, et que le lecteur, qui ne peut tout retenir, crée une quatrième réalité qui lui est propre. 
L'intérêt de tout cela ? Montrer l'incompréhension qui règne inévitablement entre les gens. D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas dans la tête des autres que les personnages ne se comprennent pas. En fait, ils ne s'écoutent pas. Niels n'entend pas les plaintes de sa mère, Claude n'écoute pas les silences de sa fiancée.

" Mais qui écoutait qui dans cette soirée ? Et qui disait la vérité ? Il eût fallu pour cela être aidé par un interlocuteur bienveillant et attentif. La vérité de soi, ou d'un moment de la vie que l'on traverse, on ne la donne qu'à la demande. Il faut un geste d'écoute, si infime soit-il. Un regard attentionné de Niels aurait libéré le torrent des pensées de Moussia. Mais il ne l'eut pas. Il y avait dans ce salon beaucoup de bienveillance mais peu d'attention. " (page 407)

Ça peut sembler un peu prise de tête, mais en fait j'ai trouvé ce livre assez drôle, attachant. L'atmosphère rendue est intrigante, mais pas oppressante. Alice Fernet est parvenue à créer une histoire réaliste sans tomber dans le glauque, alors que le sujet s'y prêtait extrêmement bien. En effet, étrangement, même si c'est trois fois le récit de la même soirée, on ne se sent pas pris au piège. Ou du moins, pas dans celui que l'on pensait, puisque finalement, on reste parce que l'on se sent bien au milieu des personnages. Par ailleurs, je n'ai absolument pas trouvé ce roman répétitif, au contraire, chaque partie à ses propres révélations à nous offrir. En appuyant sur le poids des mots et leurs limites, ce roman nous offre belles réflexions sur la famille, la maternité, la féminité, l'amour et aussi l'amitié.

A la fin de cette soirée, on a l'impression que nos personnages viennent de vivre inconsciemment un moment capital de leur existence. Malgré tout, on peut aussi constater que seuls ceux qui voulaient vraiment tirer quelque chose de ce jeu ne repartent pas bredouille, même si ce n'est pas toujours avec ce qu'ils espéraient.

Les avis assez partagés de Clarabel, Clochette, Tamara, Laure, Anne, Papillon.

J'ai noté La conversation amoureuse du même auteur, si vous en avez d'autres à me conseiller...

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08 février 2008

Rebel Angels ; Libba Bray

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Delacorte Press Books for Young Readers ; 592 pages.

Rebel Angels est le second opus de la trilogie Les sorcières de Spence, par Libba Bray. Cet été, j'avais adoré le tome 1, qui m'avait été conseillé par une fan des romans de Stephenie Meyer. Du coup, j'avais immédiatement commandé le tome 2, qui n'a pas encore été traduit en français.

Nous retrouvons Gemma, qui rentre chez elle pour les vacances de Noël. Gemma retrouve son père, dont l'état de santé est préoccupant, ainsi que son lourdingue de frère et sa grand-mère. Par un étrange concours de circonstances, elle fait également la connaissance de Simon, un jeune homme de très bonne famille et ami de son frère. Avec ses amies, elle le revoit au cours de soirées de la haute société londonienne.
Elle doit cependant consacrer une partie de son temps à accomplir une mission ordonnée par les Rakshanas. Kartik est là pour la guider, tout comme ses amies Ann et Felicity. 

J'ai plutôt bien aimé ce livre, mais cela est très fortement dû au fait que j'étais ravie de retrouver Gemma, Ann, et surtout Kartik. Autant j'avais vraiment été très agréablement surprise par les qualités du tome 1, autant j'ai trouvé que Libba Bray tombait un peu dans la facilité avec ce second opus. Même l'apparition de nouvelles créatures manque un peu d'intérêt et les ficelles utilisées sont à plusieurs reprises assez énormes. Les trois jeunes filles manquent vraiment de clairvoyance, leur comportement est exaspérant par moment, du coup j'avoue avoir été régulièrement inattentive au cours de ma lecture. 
Après, les thèmes de l'adolescence, le poids des conventions, s'ils manquent un peu d'originalité à mon goût, m'ont beaucoup plu. En fait, j'ai été beaucoup plus intéressée par les scènes de la vie "normale" que par l'enquête de Gemma et de ses amies.

Quand même une déception donc, on verra si je succombe au troisième tome...

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