16 septembre 2008

Paradis conjugal ; Alice Ferney

41WMr2FiYcLAlbin Michel ; 355 pages.

C'est le soir. Et comme presque tous les soirs depuis que son mari lui a offert le DVD de Chaînes conjugales, Elsa est devant ce film. Il raconte l'histoire de trois amies, qui reçoivent une lettre d'une quatrième femme leur annonçant qu'elle s'enfuit avec le mari de l'une d'entre elles, sans préciser lequel. La journée s'écoule et chacune tente de savoir pourquoi son mari pourrait être celui qui est parti. Elsa tente de faire la même chose de son côté, car son mari lui a annoncé la veille qu'il ne rentrerait pas. Elle n'a pas voulu le croire, tout comme les trois amies du film pensent à une mauvaise blague au premier abord, mais plus la soirée avance, et plus les questions fusent dans sa tête, sans qu'Alexandre ne passe le seuil de sa maison.

Je ne connais Alice Ferney qu'avec Les Autres, qui m'avait beaucoup plu. J'ai acheté Paradis conjugal parce que je voulais savoir si le mari rentrait, et aussi parce que sans être cinéphile le moins du monde, j'aime découvrir cet art dans les romans. Sur ce dernier, point, Alice Ferney m'a enchantée, et j'ai adoré regarder le film avec son héroïne, lire une vision du film que je n'aurais jamais pu faire toute seule, m'attacher à des personnages que d'ordinaire je trouve lointains (je n'apprécie que rarement les vieux films). Gambadou et une autre (mais qui ?), ont reproché à ce livre de trop décortiquer le film. J'ai moi aussi trouvé qu'il y avait des longueurs dans la première partie de l'histoire, qu'Elsa Platte n'était finalement pas si présente, et je pense que quelqu'un qui a déjà vu le film risquerait d'en dénoter encore davantage, voire même de trouver qu'Alice Ferney ne s'est pas beaucoup embêtée. De plus, n'étant ni épouse ni mère, j'ai un peu eu le sentiment au début que ce livre ne s'adressait pas à moi. Toutefois, j'ai fini par me laisser complètement happer par cette histoire, à m'inquiéter pour tous les personnages, à m'intéresser à leurs dialogues, leurs pensées, qui sont tous présentés ensemble, comme s'il s'agissait finalement d'une réflexion collective.

Je me suis également procuré le film pendant ma lecture, et j'en ai visionné une partie. Je pense que je préfère ce que j'en ai lu, même si je suis tombée amoureuse de Kirk Douglas.

EDIT : j'ai finalement vu le film en entier, et je retire ce que j'ai dit. C'est une merveille !

Voir les avis divergents de Praline, Essel et Clochette

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13 septembre 2008

Pourquoi pas le silence ; Blanche de Richemont

41uZF38t7MLRobert Laffont ; 132 pages.

D'ordinaire, la rentrée littéraire, je n'y prête pas la moindre attention. Pourtant, cette année, folie bloguesque oblige, plusieurs titres ont attiré mon attention. J'avais repéré Pourquoi pas le silence sur le site d'une librairie que j'aime beaucoup, et Clarabel a beaucoup aimé. Pour la première fois depuis sa naissance, ce blog va donc être à la mode (et ce n'est pas fini, puisque je me suis lâchée au rayon nouveautés cet après-midi).

Paul a quinze ans, et à la mort de son cousin Max, il décide de vivre. C'est un solitaire, éternel insatisfait de lui même, qui fréquente quelques personnes et fait des bêtises davantage pour paraître normal que par conformité avec ce qu'il est.

Dès la première page, je me suis dit que ce livre était pour moi. Le narrateur raconte qu'il est arrivé à son école en camion poubelle, et j'ai trouvé cela absolument formidable. Je vous rassure, ça ne m'est jamais arrivé, et je n'ai jamais vu quelqu'un le faire. Mais ça m'a quand même rappelé des souvenirs. Car même si personne n'a jamais accepté, les éboueurs qui passaient dans la rue de mon ancien lycée nous proposait parfois de nous déposer... (ma glamouritudeglamouritude vient de prendre un sacré coup, je le sens) Du coup, j'ai naturellement beaucoup ri en lisant que Paul avait non seulement fait ce que jamais je n'aurais accepté, mais en plus qu'il en tirait une satisfaction personnelle, et que ça impressionnait les filles !
Rassurez-vous encore une fois, vous n'avez pas besoin d'avoir eu une vie lycéenne aussi palpitante que la mienne pour apprécier l'humour de ce livre. Certaines situations sont terriblement grotesques, mais drôles et attendrissantes.
En ce qui concerne le style, ce livre a été une très bonne surprise. Blanche de Richemont écrit vraiment très bien. C'est dynamique, elle joue sur plusieurs registres pour donner de la crédibilité au roman, qui devient ainsi poétique tout en restant adolescent et moderne.
Car il s'agit dans ce livre de parler du mal-être adolescent. Paul veut être comme les autres, mais ne peut s'empêcher d'être lui et de se détester. J'ai même pensé pendant la première moitié du roman que c'était un livre parfais pour les ados. Il a des humeurs, des avis contradictoires, des moments où il veut croire que tout va bien, et puis de longues période de larmes.
La situation des parents et de la soeur est également très bien décrite. Le père qui veut façonner son fils sur son modèle, lui rajoutant des objectifs trop lourds à porter, et la mère qui pense que l'amour permet tout. Les personnages qui gravitent autour de Paul se contentent de l'effleurer, lui qui n'aime pas être touché, mais ils deviennent très vite attachants.
Tout était en place pour un roman bien ficelé, malgré quelques situations un peu invraisemblables que mon coeur de midinette a bien voulu pardonner avec bonheur.
J'ai quand même été déçue par la fin, que j'ai trouvée un peu facile. Dans les dernières pages, le roman s'emballe, l'ambiance se radicalise, mais pas comme si l'auteur savait ce qu'elle voulait faire. Non, plutôt comme si son histoire lui avait échappé, et que pour l'achever, seule une solution irréversible était possible.

Cela dit, Pourquoi pas le silence reste une bonne surprise et un beau roman, et je vous conseille de lui donner sa chance. 

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10 septembre 2008

L'amant inachevé ; Gaëlle Guernalec-Levy

9782234061347_G_1_Stock ; 144 pages.

C'est en cherchant des titres de la rentrée littéraire susceptibles de me plaire que je suis tombée sur ce premier roman publié en avril. J'aime bien les couvertures roses de Stock, la photo est ravissante, et puis le résumé de l'éditeur promettait une très jolie histoire.

Claire a trente-trois ans. Elle vit depuis dix ans une vie paisible auprès d'un homme aimant qui lui a donné deux enfants. Un soir, alors que les deux époux se rendent dans une boîte échangiste, elle revoit D., le garçon de son adolescence avec lequel elle l'a "presque fait", qu'elle n'a jamais oublié, et dont elle nous parle avec nostalgie.

Ce premier roman un peu bancal nous livre une histoire de désir et d'amour. Claire nous parle de son histoire avec D. en prenant garde de ne pas le désigner comme son premier amour. Pour elle, il doit être celui qui l'a éveillée à la sexualité, même si son obsession laisse vite deviner que ce n'est pas seulement de cela qu'il s'agit.
J'avoue que je n'ai pas aimé une bonne partie de ce roman. L'auteur parvient à nous surprendre à plusieurs moments du livre, mais cela se fait au prix de longueurs assez importantes dans les deux premiers tiers du roman. On ne comprend qu'au bout de quatre-vingt-dix pages l'utilité d'évoquer l'échangisme irrégulier du couple formé par Claire et son mari.
C'est dommage, parce que Claire devient un personnage touchant à partir du moment où l'on comprend ce qu'elle fait. Sa culpabilité qui se traduit dans ses fantasmes, son refus de mettre les mots sur des émotions, tout cela donne finalement une force à cette histoire qui n'est pas assez exploitée, ou trop maladroitement.

J'ai trouvé la dernière page très belle, astucieuse, et pleine de sens. J'ai donc refermé ce livre avec le sourire, après m'être demandé si ça valait vraiment la peine que je le termine.

Assez mitigée donc, même si je ne regrette pas complètement d'avoir choisi ce livre plutôt qu'un autre.

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05 septembre 2008

Tandis que j'agonise ; William Faulkner

jagonise Folio ; 254 pages.
Traduction de Maurice Edgar Coindreau.

Addie Bundren agonise pendant que son fils Cash lui confectionne un cercueil. Autour, s'agitent son mari, Anse, ainsi que leurs autres enfants. Tous s'apprêtent à partir pour Jefferson, où Addie veut être enterrée.

En ce moment, il paraît que je suis en pleine crise d'adolescence. En tout cas, c'est ce que Thom a trouvé comme explication lorsque je lui ai dit que ce deuxième roman de Faulkner que j'étais en train de lire ne suscitait pas un enthousiasme débordant chez moi.

Etant donné que dans Lumière d'août aussi, on patauge pendant un certain temps avant de comprendre de quoi il s'agit, je ne me suis pas vraiment inquiétée dans un premier temps, savourant la première moitié en attendant que le reste me tombe dessus. Car il y a de quoi savourer quand même. Certes, la situation n'a a priori rien de très réjouissant. C'est même franchement lugubre. Mais tellement en fait, que ça en devient comique. L'agonie d'Addie se déroule avec le chant de la scie qui construit son cercueil comme musique de fond. Le chapitre qui énumère les réflexions extrêmement rationnelles de Cash sur ce même cercueil m'a fait éclater de rire tellement j'étais abasourdie de lire ça. Quant aux réflexions sur l'odeur qui se dégage du cercueil, elles se passent de commentaires...

Concernant la construction du livre, elle m'a parue beaucoup moins complexe que ce à quoi je m'attendais. La chronologie est à première vue bien respectée, les éléments s'enchaînent de façon normale. On a juste tout un tas de personnages qui semblent raconter la même histoire.
C'est d'ailleurs pourquoi, arrivée aux trois quarts du livre, j'ai commencé à ne pas trop comprendre quel était l'intérêt de ce récit. Ils ne sont assurément pas très doués ces Bundren. Et c'est peu de dire qu'il y a quelque chose qui ne colle pas. Mais je ne comprenais pas ce qu'il y avait d'extraordinaire là dedans.

J'ai réalisé presque à la fin du roman que j'avais raté la moitié de l'histoire. Car tous ces personnages qui semblent raconter la même chose ne disent finalement que ce qu'ils ont chacun perçu. Le père, qui devrait être un élément clé de la famille Bundren, ne pense qu'à lui, à sa promesse, à ses dents aussi. Jamais à sa femme. Les fils aussi ont d'autres soucis en tête. Cash pense à ses outils, Dewey Dell à sa grossesse. Quant à Jewel et Vardaman, le premier croit que sa mère est un cheval, et le second qu'elle s'est transformée en poisson. On pourrait presque penser que cette vieille bique de Cora a raison.
Sauf que, lorsque Vardaman raconte qu'il a vu quelque chose qu'il ne peut pas répéter, j'ai commencé à me sentir terriblement triste. Vardaman et Darl sont sans doute les seuls à avoir un peu conscience de la situation. En fait, j'ai eu l'impression que les personnages n'arrivaient pas à s'aimer. Jewel va donner son cheval, mais le fait en cachette. Tout le monde s'y met pour rendre ses outils à Cash, mais cela semble être davantage pour ne pas perdre du matériel que par affection. Et lorsque Darl est emmené, on a l'impression que Cash répète qu'il sera mieux là où il va pour ne pas s'en vouloir de l'avoir lâché. En fait, c'est pour ça que ces personnages sont attachants alors même qu'ils ne semblaient être que les membres d'une famille de dingues.

Finalement, la construction de Tandis que j'agonise n'est pas si simple qu'elle n'y paraît. Certaines clés de l'histoire ne sont fournies que de tardivement. Certaines réponses ne viennent pas, je pense que c'est au lecteur d'essayer de comprendre certaines motivations.

Je ne peux pas dire que j'ai aimé ce livre, je crois qu'il faudrait une seconde lecture pour ça. Mais Faulkner est assurément un auteur fascinant que je n'ai pas envie de quitter.

"Des fois, je ne sais pas trop si l'on a le droit de dire qu'un homme est fou ou non. Des fois, je crois qu'il n'y a personne de complètement fou et personne de complètement sain tant que la majorité n'a pas décidé dans un sens ou dans l'autre." (page 221)

Les avis de Thom et de Sylvie

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31 août 2008

Le tag de la page 123...

Virginie m'a taguée il y a des semaines. Pour une fois, ça ne me dérangeait pas, mais j'aurais quand même bien pris mon temps...

Petit rappel du règlement pour les âmes perdues qui passeraient par là :

1) Dire qui vous a tagué et donner son lien.jagonise
2) Prendre le livre que l'on lit ou son livre préféré.
3) Recopier la cinquième phrase de la page 123, ainsi que les trois phrases suivantes.
4) Taguer à son tour quatre blogueurs.

Alors, je lis actuellement Tandis que j'agonise de William Faulkner.

Le narrateur est Darl, le fils un peu chaman des Bundren, qui parle de son frère Jewel, étrange aussi mais d'une autre façon : " Quand nous sommes rentrés pour le petit déjeuner il nous a croisés. Il portait les seaux à lait et il titubait comme s'il était saoûl, et il était occupé à traire quand nous avons attelé les mules, et nous sommes partis aux champs sans lui. Au bout d'une heure, il n'avait pas encore paru. Quand Dewey Dell est venue nous apporter notre déjeuner, mon père l'a envoyée chercher Jewel. "

Tout le monde l'a déjà fait, et j'épargne les éventuels petits malins.

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10 août 2008

Emma ; Kaoru Mori

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Je ne suis pas une grande amatrice de mangas, et j'ai pas mal de préjugés concernant ce genre. Jusqu'ici, le seul manga qui m'ait tenu en haleine du début à la fin est Monster.
Comme beaucoup, j'ai découvert l'existence d'Emma chez Clarabel. Son avis était plus que positif, et les billets qui ont suivi ont confirmé cette très bonne impression. Je vous ai dit que j'avais des tas de préjugés sur les mangas. Pour commencer, je n'aurais jamais imaginé qu'il y en avait sur l'Angleterre du XIXe siècle. Ensuite, j'ai tendance à penser que l'on est toujours à la limite du surnaturel avec ce genre. Je sais que je suis une inculte, et que les mangas se sont beaucoup diversifiés depuis quelques années. Afin de combler cette ignorance et de découvrir moi aussi cette Emma à l’air si sympathique, je me suis donc jetée sur ce manga.51YU7XGo60L

Emma est femme de chambre chez une ancienne gouvernante. Elle est timide, mais a beaucoup de succès auprès de la gent masculine. Un jour, William Jones, qui a connu la maîtresse d'Emma pendant son enfance, frappe à la porte. Leur rencontre est maladroite, mais le coup de foudre est immédiat pour le jeune homme. Dès lors, les deux jeunes gens vont commencer à s'aimer dans une société aux codes stricts qui n'admet pas les faux pas.

Je dois avouer après ma lecture des sept tomes de la série que je suis assez déçue. Que l'histoire en elle même était assez banale, je m'en doutais. Le souci, c'est que tout reste gentillet, et qu'au fur et à mesure des tomes, cela devient exaspérant. Emma, qui est plutôt attachante au début, fait finalement penser à une de ces gourdes indécises qui laissent les choses se passer. La présentation du contexte n'est pas très poussée non plus. Même si l'on navigue dans la haute 51YMFHgfAcLsociété, on reste plutôt en surface, avec les clichés habituels. De plus, il y a vraiment les gentils vertueux d'un côté et les méchants vicieux de l'autre. Les ficelles sont assez énormes, et certains personnages sont vraiment là pour décorer sans que l'on sache vraiment à quoi ils servent. Certains semblent prometteurs, mais n’ont pas une importance notable en fin de compte.
En fait, j'ai bien aimé les deux ou trois premiers tomes de la série. Mais par la suite, je trouve que l'histoire s'englue complètement. J'ai lu tous les tomes en attendant vainement un peu de dynamisme, un retournement, ou quelque chose qui sauverait le tout, même en sachant que la fin serait celle que je soupçonnait depuis le début.

Une déception donc, même s'il n'y a rien de grave étant donné que je ne suis absolument pas une connaisseuse du genre.

Fashion et Karine en ont aussi parlé. 

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28 juillet 2008

The End of the Affair ; Graham Greene

41WFWWVBNKLGraham Greene est un auteur britannique que je trouve peu présent sur la blogosphère, alors même que j'en ai l'image d'un auteur majeur. J'imagine que cela vient du fait que The End of the Affair a fait l'objet d'une adaptation pour le cinéma.

Maurice Bendrix rencontre un soir Henry Miles, un homme pour lequel il n'éprouve que peu d'estime, et qu'il n'a pas revu depuis deux ans. Cependant, Bendrix ne peut résister à l'envie d'aller boire un verre avec lui. Car Henry Miles est l'époux de Sarah, le grand amour et l'ancienne maîtresse de Bendrix. C'est elle qui a mis un terme à leur relation, et Bendrix n'a jamais su pourquoi avec exactitude. Henry lui fait part à contrecoeur des soupçons qu'il nourrit vis à vis de son épouse : " 'she's out for a walk now. A walk, Bendrix.' The rain had penetrated his guard also and he held the edge of his sleeve towards the gas fire." Ayant lui même été un amant de Sarah, Bendrix ne doute pas un seul instant que celle-ci est effectivement en compagnie d'un autre homme. Cette idée lui est insupportable, et sous couvert d'aider Henry à percer Sarah au grand jour, il propose de se présenter comme un amant jaloux (ce qu'il est bel et bien en secret), et de la faire suivre. Cela va le replonger dans ses souvenirs, et raviver les sentiments confus qu'il éprouve pour la femme d'Henry.

Ce livre n'est pas le simple récit d'une histoire d'amour qui finit mal, comme je le croyais en ouvrant ce livre. Les personnages ne sont pas vraiment glamour, mais ils sont très fouillés, très torturés. Ils ont des réactions et des questionnements dans lesquels n'importe qui se retrouve : la femme qui n'ose pas quitter sa vie confortable et qui manque d'assurance, le mari trompé qui est terrifié à l'idée de se retrouver seul, l'amant qui déteste et chérit tout ce qui lui rappelle l'autre, les associations complètement invraisemblables mais en même temps parfaitement logiques.
Étrangement, c'est le duo Maurice Bendrix/Henry Miles qui est le plus mis en avant. Ils ouvrent et clôturent l'histoire, tandis que Sarah se contente d'être suggérée. C'est Bendrix qui narre les événements. Lorsque Sarah prend la parole, c'est toujours d'après les souvenirs noués de Bendrix ou par le biais d'un journal, toujours du point de vue de son amant. Bendrix est écrivain, et veut faire de son ancienne liaison un livre.  "A record of hate", assure t-il au début. Sauf qu'il se fait rapidement dépasser par les événements. Car The End of the Affair est avant tout une longue réflexion sur ce que sont l'amour, la haine, la religion.
On en vient à ce que je n'ai pas vraiment apprécié dans ce livre, même s'il ne faut pas que cela vous décourage : le ton employé est à plusieurs reprises un peu moralisateur. Personnellement, dès qu'on commence à parler religion, ça m'énerve. J'ai lu que Graham Greene s'était converti au catholicisme, d'où peut-être les doutes des personnages.  D'ailleurs, je serais très curieuse de savoir comment ils ont géré cet aspect du livre dans l'adaptation.
Je n'ai rien contre les ambiances lourdes, et la façon dont Bendrix envisage Dieu est intéressante (on reste bizarrement dans le thème de l'amant jaloux). Cependant, cette évocation de la religion gâche un peu le livre, alors que l'histoire était très intéressante par ailleurs, et que le talent d'écrivain de Graham Greene est évident.

Bémol donc, même si je suis certaine de relire Graham Greene un jour.

Vintage ; 160 pages.
V.F. : La fin d'une liaison

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19 juillet 2008

La Chartreuse de Parme ; Stendhal

51SD59A6VHLFolio ; 750 pages.

J'ai envie que Fashion m'aime ces derniers temps*. Du coup, j'écris des billets sur ses livres préférés. Bon, j'avoue aussi que ça fait plus d'un an que la couverture de ce livre est sur mon blog et que ça commence à me culpabiliser.
Si je n'ai pas fait de billet plus tôt, c'est parce que je me suis retrouvée dans une situation un peu étrange avec ce roman. Je l'ai adoré (vraiment), pourtant j'ai eu un mal fou à le terminer. Des livres que je trouve objectivement bien mais personnellement gonflants, j'en ai déjà lus. Par contre, un livre à la fois captivant et lassant, c'était une première.

La Chartreuse de Parme débute en 1796, lorsque Napoléon, encore général, entre dans Milan. C'est durant les deux années de présence française que naît Fabrice, le fils cadet du marquis Del Dongo, un ferme partisan de l'Autriche et de sa jeune épouse, qui épouse pour sa part la cause française. En grandissant, grâce à l'amour de sa mère et surtout de sa tante, Fabrice commence à développer un besoin de suivre ses instincts. Il part d'abord à Waterloo, rejoignant ainsi Napoléon pour son ultime défaite. De retour en Italie, méprisé par son père et son frère, il reste sous la protection de sa tante, devenue la duchesse Sanseverina, et de l'amant de celle-ci, le comte Mosca. A partir de là, il va connaître les intrigues, les maîtresses, la prison, et finalement l'amour.

La première chose que j'ai noté avec ce livre est l'humour dont Stendhal fait preuve. Céline disait qu'il fallait atteindre la page cent-cinquante pour trouver La Chartreuse de Parme drôle, mais pour ma part j'ai commencé à rire lorsque Stendhal décrit avec quel courage le marquis Del Dongo a fait face à l'arrivée des Français dans Milan : " Huit jours après, continuait Robert, quand il fut bien avéré que les Français ne guillotinaient personne, le marquis del Dongo revint de son château de Grianta, sur le lac de Côme, où bravement il s'était réfugié à l'approche de l'armée, abandonnant aux hasards de la guerre sa jeune femme si belle et sa soeur. " (page 53)  Dans ce livre, tout le monde en prend pour son grade, les héros, les princes, et même l'Eglise. Il est difficile de se souvenir que Fabrice est un ecclésiastique quand on voit son comportement...
Ce jeune garçon est d'une naïveté incroyable. C'est un véritable désastre à lui tout seul en fait. Complètement déconnecté de la réalité, il ne commence à agir avec perspicacité que très tardivement dans le livre, après avoir été l'appât idéal pour ses ennemis. Il m'a un peu rappelé le héros que j'ai le plus détesté en cours de français, Candide. Heureusement, Voltaire et moi ne nous sommes pas recroisés depuis, et puis Fabrice est quand même très attachant grâce à sa tante, toujours là pour réparer les dégâts. Cette dernière est l'autre personnage principal de La Chartreuse de Parme. D'abord comtesse Pietranera, puis duchesse Sanseverina, elle possède tout le bon sens et l'instinct de survie dont son neveu est dépourvu. Elle aussi a des rêves. Elle n'a pas hésité un seul instant à épouser un homme sans argent et à se déshonorer aux yeux de son frère, tout ça par amour. Et puis, elle aime son neveu avec une passion déconcertante, parfois gênante même. Mais cela prouve aussi que c'est une femme qui sait ce qu'elle veut, et qui n'en déroge jamais. Car elle a de la prestance cette Gina, et à chaque fois que Stendhal écrit son nom on s'imagine qu'une personne majestueuse vient de faire son apparition. Ces deux personnages sont très égoïstes en fait, et n'hésitent pas à faire du mal à ceux qui les aiment. Toutefois, ils agissent avec tellement d'amour qu'à défaut de pouvoir véritablement s'identifier à eux, ils nous inspirent de l'indulgence. 
C'est comme Clélia. Elle est comme certaines personnes du club des théières par certains côtés. Au hasard, prenons sa mauvaise fois. Son serment de ne jamais revoir Fabrice, et son inaction sont exaspérants (je ne parle plus des théières là), mais ses négociations avec sa conscience sont à hurler de rire.
Je dois aussi vous parler de ce cher comte Mosca, l'amant de la duchesse et ministre du prince de Parme. Il a beau être jaloux de Fabrice, que la duchesse lui préfère pendant très longtemps, il est prêt à tout pour celle qu'il aime. Sa bonté lui permet aussi d'apprécier ce "rival".
On a un peu tout dans ce livre. Le héros, le duel, la jolie jeune fille, la prison, les vilains intrigants, la marraine la fée, le poison. Sauf que le tout est mélangé avec bonheur par un auteur qui, en y ajoutant ses remarques personnelles, nous offre une histoire vivante et pleine de bonne humeur.
Alors pourquoi un billet si long à venir ? C'est vraiment le bordel, trop parfois. J'ai trouvé ce livre long à lire en fait. Même si j'ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir, j'avais à chaque fois le sentiment d'avoir beaucoup lu plus de pages que dans la réalité, et c'était un peu frustrant (et inexplicable). Beaucoup de scènes se ressemblent énormément, et certaines auraient peut-être gagné à être raccourcies ou même supprimées.

Cela dit, ce fut une très jolie pause italienne, et je suis ravie d'avoir pu constater moi même que Stendhal ne mérite pas son étiquette d'auteur ennuyeux.

Pour finir, argument de choc : si vous voulez tout savoir sur le blog de Fashion, vous devez lire ce livre.

Les avis de Fashion, Céline, et Chiffonette.

* Et qu'elle me dispense de tag. C'est d'accord, n'est-ce pas ?

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15 juillet 2008

Un goût d'inachevé....

J'ai beau adorer lire, il y a des livres qui ne me plaisent pas, comme tout le monde. Pour lutter contre les abandons en cours de route, j'ai plusieurs méthodes, lire sur une période assez longue, sauter des pages, ou encore me dire que j'y suis presque... Malgré tout, il y a des fois où rien n'y fait, je lâche l'affaire, parfois définitivement.

Cela m'est arrivé avec L'Education Sentimentale de Gustave Flaubert. Après trois tentatives qui ne m'ont pas permis de dépasse la moitié du livre, je l'ai rangé dans ma bibliothèque.

Chose plus grave, j'ai été dans l'incapacité de lire Mrs Dalloway de Virginia Woolf. Cela m'a énormément surprise et contrariée, je l'avoue, car j'aime beaucoup cet écrivain d'ordinaire. Mais là, je tombais dans un état comateux dès que je lisais plus d'une page. Même le fait d'avoir lu Les Heures de Michael Cunningham ne m'a été d'aucun secours. Lu !

Autre victime, Le Zahir de Paolo Coelho. J'en ai lu une bonne partie, mais sans l'aprécier. Au bout d'un moment, j'ai lu la fin, puis j'ai refermé le livre, sans remords. C'est pour cette raison que je m'en suis voulu d'avoir acheté Maria est morte de Jean-Paul Dubois, qui m'a beaucoup rappelé ce livre.

Mais le livre qui m'a le plus dégoûtée reste sans conteste Geneviève et la théorie du 5 de Tania de Montaigne. Je l'avais acheté pour me divertir, et j'ai trouvé ce livre ridicule, inintéressant, et je me dis qu'il faut qu'il quitte ma bibliothèque à chaque fois que j'en parcoure les rayonnages et que mon regard s'attarde dessus.

Mise à jour du 6 avril 2007 : Peut-être n'était-ce pas le moment, mais je viens de reposer Du bout des doigts, de Sarah Waters. Je suis dessus depuis au moins quinze jours, et je n'arrive pas à dépasser la page 100. J'adore l'histoire pourtant, mais le style (la traduction ? ) est vraiment désagréable. Ca m'ennuie, parce que je n'ai pas vraiment lu d'avis défavorable sur ce livre, c'est même tout le contraire. Je pense m'y remettre, quand je serai en vacances sans doute...

15 Juillet 2008 :  Stardust de Neil Gaiman. Je crois que Fashion le vénère, pour ma part je suis vraiment perplexe. D'accord, je n'y connais rien à la littérature fantastique, mais pour moi ce roman est davantage un livre pour enfants (barbant en plus) que le chef d'oeuvre auquel je m'attendais. J'avais trouvé le film bien sans plus, je ne peux même pas en dire autant du roman.
Restless de William Boyd. J'avais vus des avis très alléchants laissant entrevoir un roman haletant, mais là aussi je suis perplexe. Au bout de cent pages, l'histoire n'a toujours pas décollé, je range donc mon livre.

Et vous, quels sont les livres que vous n'avez pas pu terminer ?

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12 juillet 2008

Bitten ; Kelley Armstrong

215237x_1_Time Warner Books ; 464 pages.

Comme vous le savez, depuis ma rencontre avec un certain vampire, j'ai quelques crises qui m'amènent à me jeter sur des romans dont les thèmes ne m'intéressent pas le moins du monde la plupart du temps. Je m'étais calmée depuis un bon moment, mais Fashion est sournoise...
Pour me donner bonne conscience (et faire des économies) j'ai commandé le tome 1 de la série Otherworld en anglais.

Le résumé de l'histoire est assez simple. Elena, la seule femme loup-garou, vit à Toronto avec son nouveau compagnon. Elle essaie de mener une vie normale, malgré son besoin d'aller régulièrement chanter au clair de lune. Les problèmes surgissent lorsque Jeremy, le chef du "Pack", laisse un message inquiétant sur son répondeur. Afin que Philip (le nouveau copain qui ignore tout) ne s'imagine pas qu'elle laisse son "cousin" dans l'embarras sans rien tenter, Elena le rappelle. Finalement, elle doit retourner là où elle a passé ses dix premières années en tant que loup-garou.

J'aimerais bien vous dire que ce livre est vachement intéressant parce que les loups-garous ne sont jamais utilisés de cette façon dans les romans de ce genre. Malheureusement pour mon honneur, non seulement je n'y connais rien, mais en plus je m'en tamponne. Je pense que les amoureux du genre trouveront ça téléphoné, guimauve, et je ne sais quoi d'autre. Pour ma part, j'ai complètement adoré ce livre, à tel point que j'ai déjà acheté les trois tomes suivants.
Deux tous petits trucs qui m'ont fait tilter quand même : les personnages censés être trentenaires ont un comportement qui me paraît plus adapté à des gens qui sont dans la vingtaine. Sinon, même si j'ai totalement adhéré au côté guimauve du livre, les "je le hais", puis "je ne l'aime pas, je ne me la joue pas héroïne qui réalise qu'elle aime le type quand il est en danger, mais en fait je réalise encore plus tard que je l'aime effectivement", ça m'agace. J'aime beaucoup les gens plein de mauvaise foi (la dernière édition du Club des Théières m'a bien fait rire), mais là Elena a davantage l'air longue à la détente qu'autre chose.

Bref, pour en revenir à nos moutons, comme je vous l'ai dit, je n'y connais rien aux créatures fantastiques. Du coup,les découvrir avec ce genre de romans est un régal. Comme Fashion, j'aime beaucoup la façon dont Elena nous présente le fait que les loups-garous ont des comportements animaux en permanence (à se mordiller les oreilles, faire des bruits animaux). Même leur organisation a un côté animal : Clay est quand même bien dressé, l'honneur du chef de la meute est remis en cause par d'autres mâles...
Car même si Bitten n'échappe pas à certains clichés (dont l'auteur a pleinement conscience), les personnages ne sont pas plats. Ils ont chacun un caractère bien trempé, et ils ne manquent vraiment pas d'humour (dans le volume 2, c'est encore plus accentué pour mon plus grand bonheur).
Et puis Clay. Surtout Clay en fait. Rien à voir avec Edward niveau caractère, mais ce n'est pas à son désavantage. Parce que le petit vampire paraît assez lisse quand on jette un oeil à Clay. Ce dernier fonctionne essentiellement par instinct, et n'est absolument pas troublé à l'idée de torturer ou de tuer quelqu'un qui le menace. D'un autre côté, son comportement avec ceux qu'il aime est irrésistible.

Bref, je suis atteinte d'une nouvelle obsession, et vous risquez de beaucoup entendre parler de Kelley Armstrong dans les semaines et les mois à venir.

Virginie et Stéphanie aussi ont lu ce livre.

Posté par lillounette à 12:30 - - Commentaires [20] - Permalien [#]