12 juillet 2008

Bitten ; Kelley Armstrong

215237x_1_Time Warner Books ; 464 pages.

Comme vous le savez, depuis ma rencontre avec un certain vampire, j'ai quelques crises qui m'amènent à me jeter sur des romans dont les thèmes ne m'intéressent pas le moins du monde la plupart du temps. Je m'étais calmée depuis un bon moment, mais Fashion est sournoise...
Pour me donner bonne conscience (et faire des économies) j'ai commandé le tome 1 de la série Otherworld en anglais.

Le résumé de l'histoire est assez simple. Elena, la seule femme loup-garou, vit à Toronto avec son nouveau compagnon. Elle essaie de mener une vie normale, malgré son besoin d'aller régulièrement chanter au clair de lune. Les problèmes surgissent lorsque Jeremy, le chef du "Pack", laisse un message inquiétant sur son répondeur. Afin que Philip (le nouveau copain qui ignore tout) ne s'imagine pas qu'elle laisse son "cousin" dans l'embarras sans rien tenter, Elena le rappelle. Finalement, elle doit retourner là où elle a passé ses dix premières années en tant que loup-garou.

J'aimerais bien vous dire que ce livre est vachement intéressant parce que les loups-garous ne sont jamais utilisés de cette façon dans les romans de ce genre. Malheureusement pour mon honneur, non seulement je n'y connais rien, mais en plus je m'en tamponne. Je pense que les amoureux du genre trouveront ça téléphoné, guimauve, et je ne sais quoi d'autre. Pour ma part, j'ai complètement adoré ce livre, à tel point que j'ai déjà acheté les trois tomes suivants.
Deux tous petits trucs qui m'ont fait tilter quand même : les personnages censés être trentenaires ont un comportement qui me paraît plus adapté à des gens qui sont dans la vingtaine. Sinon, même si j'ai totalement adhéré au côté guimauve du livre, les "je le hais", puis "je ne l'aime pas, je ne me la joue pas héroïne qui réalise qu'elle aime le type quand il est en danger, mais en fait je réalise encore plus tard que je l'aime effectivement", ça m'agace. J'aime beaucoup les gens plein de mauvaise foi (la dernière édition du Club des Théières m'a bien fait rire), mais là Elena a davantage l'air longue à la détente qu'autre chose.

Bref, pour en revenir à nos moutons, comme je vous l'ai dit, je n'y connais rien aux créatures fantastiques. Du coup,les découvrir avec ce genre de romans est un régal. Comme Fashion, j'aime beaucoup la façon dont Elena nous présente le fait que les loups-garous ont des comportements animaux en permanence (à se mordiller les oreilles, faire des bruits animaux). Même leur organisation a un côté animal : Clay est quand même bien dressé, l'honneur du chef de la meute est remis en cause par d'autres mâles...
Car même si Bitten n'échappe pas à certains clichés (dont l'auteur a pleinement conscience), les personnages ne sont pas plats. Ils ont chacun un caractère bien trempé, et ils ne manquent vraiment pas d'humour (dans le volume 2, c'est encore plus accentué pour mon plus grand bonheur).
Et puis Clay. Surtout Clay en fait. Rien à voir avec Edward niveau caractère, mais ce n'est pas à son désavantage. Parce que le petit vampire paraît assez lisse quand on jette un oeil à Clay. Ce dernier fonctionne essentiellement par instinct, et n'est absolument pas troublé à l'idée de torturer ou de tuer quelqu'un qui le menace. D'un autre côté, son comportement avec ceux qu'il aime est irrésistible.

Bref, je suis atteinte d'une nouvelle obsession, et vous risquez de beaucoup entendre parler de Kelley Armstrong dans les semaines et les mois à venir.

Virginie et Stéphanie aussi ont lu ce livre.

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09 juillet 2008

La traversée de l'été ; Truman Capote

41jSCaVuvtLLe Livre de Poche ; 151 pages.

J'ai ouvert ce livre dans de très mauvaises conditions, sûre qu'il n'allait pas me plaire. En fait, j'attendais de recevoir la suite de Bitten (dont je vous parle très bientôt), et il me fallait un roman pas trop long juste pour patienter. C'est une amie qui m'avait convaincue de lire ce roman en me disant qu'elle l'avait adoré. A cette époque (pas lointaine du tout en fait), je croyais que Truman Capote était un gangster. En fait, je le confondais avec Al Capone (je trouvais ça bizarre qu'il ait eu le temps de devenir un écrivain reconnu, mais quand on croit très fort à quelque chose, on trouve toujours une explication)... Bref, ça n'augurait rien de bon. Au final, je suis complètement conquise par ce livre.

Grady McNeil a dix-sept ans, et refuse d'accompagner ses parents en Europe pour y passer l'été. " Je n'ai jamais passé un été ici, " explique t-elle. Elle ne peut pas dire à ses riches et respectés parents qu'elle veut rester à New York pour être près de Clyde, un jeune homme qui travaille dans un parking. Finalement, elle obtient gain de cause, et ses parents quittent les Etats-Unis sans plus d'inquiétude qu'il n'en faut pour ne pas se sentir coupable de laisser "la petite" sans surveillance. 

Ma première surprise a été la qualité d'écriture de Truman Capote. Je ne peux pas être très précise à ce sujet, mais c'est dynamique, travaillé. Capote parvient à créer une atmosphère étouffante qui se referme progressivement sur les personnages avec une facilité déconcertante. Je sais que ma comparaison ne vaut pas grand chose, mais cette atmosphère est un peu celle que l'on retrouve dans Expiation de Ian McEwan (encore un livre dont il faudrait que je vous parle). Le livre est extrêmement court, mais l'on voit le drame se dessiner progressivement, sans que cela semble précipité.
Les deux personnages principaux ne peuvent pas survivre, cependant il faut du temps pour comprendre pourquoi. Ils sont tous les deux pommés à leur manière. Elle n'hésite pas à lui dévoiler ses sentiments, mais elle prend conscience au bout du compte que cela ne suffira sans doute pas. Lui sait que leur histoire est vouée à l'échec et tente de se protéger en feignant la désinvolture, mais un bref passage dans sa tête nous permet de comprendre qu'il est tout autant dépassé par les événements qu'elle. Ils semblent d'abord assez éloignés, plein de défauts, un peu clichés. Cependant, leur jeunesse parle pour eux, et l'approche du dénouement les rend de plus en plus attachants.
Tout cela dans une ambiance new-yorkaise très bien retranscrite, avec l'appartement de la cinquième avenue, les endroits branchés, le parking où travaille Clyde, Central Park...

Ce livre est le premier roman de Truman Capote, qui ne l'a jamais publié. La première édition date donc seulement de 2006. Dans la postface de l'édition du Livre de Poche, un ami de Truman Capote écrit que La traversée de l'été n'est " pas une oeuvre aboutie " . Je demande à voir le reste de la bibliographie de cet auteur dans ce cas, car pour moi ce petit livre est un très gros coup de coeur.

J'ai adoré le dernier paragraphe du livre, mais pour ménager un peu le suspens, j'ai choisi de vous mettre un autre passage qui m'a beaucoup plu :

" Grady qui n'avait jamais passé un été à New York ignorait qu'il existât des nuits pareilles. La chaleur ouvre le crâne de la ville, exposant au jour une cervelle blanche et des nœuds de nerfs vibrant comme les fils des ampoules électriques. L'air se charge d'une odeur surnaturelle dont la puissance âcre imbibe les pavés, les recouvrant d'une sorte de toile d'araignée sous laquelle on imagine les battements d'un cœur. Grady n'avait qu'une connaissance limitée de ce genre de naufrage citadin, elle en avait perçu des signes avant-coureurs à Brodway mais ils appartenaient au décor extérieur, elle n'en faisait pas partie. À présent, elle en était prisonnière et il n'y avait pas d'issue de secours. " (p 94)

Les avis de Clarabel, Papillon, Laure, Laurence.

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08 juillet 2008

Pauline ; Alexandre Dumas

41F4CMN2GGLFolio ; 241 pages.

A la fin de l'année dernière, j'avais promis de participer au club de lecture au moins une fois cette année. Quand j'ai vu que Pauline avait été choisi pour le 1er mai, j'ai failli succomber, d'autant plus que Lou en avait parlé très positivement. Mais bon, je suis quand même celle qui n'a pas fini son Challenge ABC de l'année dernière, celle qui n'a pas non plus terminé sa série de l'été 2007, et celle qui se fait poursuivre régulièrement par Fashion parce qu'elle attend des nouvelles d'une certaine duchesse italienne... Finalement, ce livre a sauté dans mon panier il y a une semaine.

Alexandre Dumas croise à plusieurs reprises son ami Alfred de Nerval en compagnie d'une jeune femme qui semble l'éviter. Quelques temps plus tard, les deux amis se retrouvent. Alfred raconte alors que cette personne n'était autre que Pauline, la femme du comte Horace de Beuzeval, son grand amour, et qu'elle fuyait tout contact avec son ancienne vie à cause d'un terrible secret.   

De Dumas, j'ai lu quelques romans il y a trèèèès longtemps. Depuis, j'avoue qu'il me tente moyennement. En fait, c'est l'étiquette "gothique" de ce livre qui m'a amenée à l'ouvrir. Car effectivement, il y a un peu de ça dans ce livre. Le récit se déroule dans des endroits sombres, avec un temps très mauvais, des mystères inexpliqués. Pauline elle-même ressemble davantage à un fantôme qu'à un être vivant à la fin de sa vie, lorsqu'elle fuit le regard d'Alexandre Dumas ou le frôle en passant au plus vite près de lui. Le reste du temps, elle a les mêmes caractéristiques qu'une Emily ou qu'une Antonia. Elle pleure beaucoup, s'évanouit régulièrement. On s'y attache difficilement, car elle n'a pas vraiment une personnalité affirmée. En fait, ce qui attire notre compassion est sa mort, dont nous sommes informés très tôt dans le récit.
Alfred de Nerval aussi a un côté "héros gothique", avec sa sensibilité à fleur de peau, sa chance incroyable, et son côté un peu dépassé par les événements.

D'un autre côté, de ce que j'y connaît, on retrouve quand même bien la patte de Dumas père, avec les thèmes de la fraternité, de l'honneur, ainsi qu'un récit rempli d'actions. Le comportement du Comte Horace ne s'explique pas autrement que par sa loyauté envers ses compagnons, et c'est une chose que l'on retrouve davantage dans les romans français du XIXe que dans les romans gothiques. De plus, l'histoire se déroule à l'époque de Dumas (qui est en plus l'un des narrateurs du livre), ce qui donne un côté réaliste qui n'existait pas dans les deux romans gothiques "purs" que j'ai lus. Il n'y a aucun doute, nous sommes bien dans l'Europe du XIXe, et l'histoire de Pauline ressemble davantage à un fait divers qu'à un roman d'aventure.

On lit ce livre en en connaissant la fin, et même souvent plus (merci les quatrièmes de couverture un peu trop bavardes), mais le suspens est bien présent. On sait que Pauline est morte, mais pour comprendre comment cette jeune fille naïve a pu terminer sa vie dans la terreur, il faut lire le roman. C'est prenant, léger (on voyage beaucoup, mais Dumas nous épargne les longues descriptions), parfois frais et exotique, une bonne lecture de vacances.

L'avis de Sylire, qui regroupe tous ceux du groupe de lecture.

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04 juillet 2008

Inconnu à cette adresse ; Kressmann Taylor

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Le Livre de Poche ; 89 pages.

Ce livre est un grand classique sur les blogs, mais aussi en dehors, c’est pourquoi j’avais prévu de le lire un jour. A part ça, j’avoue que je n’étais pas trop tentée. Le seul livre que j’ai lu de cet auteur ne m’a laissé aucun souvenir. De plus, quand on voit le prix du livre par rapport au nombre de pages (écrites en très gros), ça sent l’opération commerciale à plein nez.

Bref, je comptais jeter un œil à cette nouvelle, mais seulement si elle me tombait dans les mains. L’occasion s’est présentée il y a quelques jours, je l’ai lue dans la foulée, et verdict : c’est bien mais je ne hurle pas au chef d’oeuvre.

Deux amis et associés, Max et Martin, s’échangent des lettres sur fond de montée du nazisme en Allemagne. L’un est d’origine juive et vit aux Etats-Unis, l’autre est rentré en Allemagne avec femme et enfants.

Je reconnais que ce livre a beaucoup de qualités. L’auteur, même si elle a écrit Inconnu à cette adresse en 1938,  livre un récit qui rappelle à tout le monde ce qu’il a appris sur ce qui s’est passé non seulement dans les années 1930, mais également sur ce qui s’est passé après. De ce fait, pas besoin d’être archi calé sur le climat d’avant la Deuxième Guerre mondiale pour que cette histoire nous parle. De plus, c’est clair que pour un texte écrit en 1938, Kressmann Taylor semble  bien informée.

Sur le plan de la forme, la nouvelle est très bien construite, notamment la fin, avec ces lettres auxquelles on ne comprend rien dans un premier moment. Bémol quand même pour le début du texte. Les premières lettres ont un accent pompeux pénible qui enlève de la crédibilité aux personnages censés les écrire. Après ma lecture, j’ai lu le billet de Céline sur la représentation qu’elle a vu d’Inconnu à cette adresse, et elle parle également d’un côté un peu artificiel au début, qui se traduit par des acteurs qui surjouent.

Assurément, Kressmann Taylor a écrit un texte qui ne manque pas d’intérêt si on veut l’étudier. J’ignore si les collégiens doivent souvent lire cette nouvelle ou non, mais Inconnu à cette adresse me semble être un texte que l’on peut lire très tôt.

Je fais quand même un reproche à Inconnu à cette adresse, qui fait que je n’en garderai pas un souvenir impérissable. Cela reste trop général pour vraiment toucher. Il y a énormément de choses que l’on peut approfondir, mais si on fait simplement une lecture, c’est du vite lu et vite oublié. Pour faire un parallèle un peu tordu, cette nouvelle m’a fait penser au dernier Magazine Littéraire et à son dossier sur les romancières anglaises. Grâce à ce dernier, on trouve des pistes de lecture, on s’occupe plutôt agréablement sur la plage ou au bord de la piscine. Cependant, on n’apprend rien de vraiment nouveau.

Les avis d'InColdBlog et de Lisa.

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26 juin 2008

Lumière d'août ; William Faulkner

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Folio ; 627 pages.

Ça fait des mois que Thom me bassine avec Faulkner, du coup j'ai mis de côté la terreur que m'inspirait cet auteur pour m'attaquer à Lumière d'août (je vous assure que ce fut d'autant moins facile qu'Erzébeth a cru bon d'en rajouter trois couches dans le genre "tu vas voir c'est trooooop bien").  Bon, je ne vous garantie pas que j'ai compris quelque chose au cours de ma lecture, mais ce livre est assurément un monument.

Je sais que pour donner envie de lire un livre, il est logique d'en faire un résumé. Mais je crois que toute tentative serait forcément réductrice. Même s'il y a bel et bien un personnage principal ainsi qu'une intrigue dans ce roman, le reste est tout aussi important. Du coup, je vais simplement vous raconter le premier chapitre.
On y suit Lena, une jeune fille qui quitte son Alabama pour rejoindre le géniteur de l'enfant qu'elle attend. Elle ignore où il se trouve, mais grâce aux gens qu'elle croise, elle finit par arriver dans la ville de Jefferson, alors que la maison de Miss Burden brûle.   

Je sais que vous n'êtes pas du tout avancés avec ces trois lignes de résumé du premier chapitre, car encore une fois, ce livre est un tout. Avec Lumière d'août, Faulkner relègue définitivement tous les auteurs qui m'avaient jusqu'alors interpellée par l'audace dont ils avaient fait preuve dans la construction de leurs romans au rang d'amateurs (et encore, je suis vraiment très gentille). Lumière d'août m'a donné l'impression que j'ouvrais à chaque chapitre un tiroir d'une commode, et cela pas toujours dans l'ordre. Le récit n'est pas linéaire, pourtant il est parfaitement maîtrisé, et en fin de compte, on avance sans même s'en rendre compte. C'est d'ailleurs justement ça qui est incroyable.  Le livre commence quand tout est finit ou presque. Il y a seulement deux mois écoulés entre le premier et le dernier chapitre, mais le roman couvre en fait une histoire sur plusieurs générations. Il y a beaucoup de retours en arrière, pour comprendre les points de vue de chacun, et surtout le pourquoi du comment. Certains chapitres avancent plus vite que d'autres, et ceux qui traînent un peu en longueur ne laissent entrevoir leur importance que par la suite. Lena, la première personne que l'on suit, n'est pas le personnage principal du roman. Elle n'est présente qu'au début et à la fin, pour justifier le reste du livre et pour donner une stabilité au roman. Comme tous les personnages de ce roman, elle est à la fois secondaire et indispensable. En fait, je ne sais pas si on peut dire qu'il y a un personnage principal dans ce livre. C'est certes principalement l'histoire de Joe Christmas qui est racontée, mais sans Lena, Byron Bunch ou un autre, Lumière d'août ne serait pas le roman qu'il est.
Car c'est aussi de Jefferson, du sud des Etats-Unis et de sa mentalité raciste, puritaine et misogyne dont il est question. Pour ceux qui entrevoient un livre engagé, je ne pense pas que ce soit le cas. J'ignore tout de Faulkner, mais j'ai l'impression qu'il décrit davantage qu'il ne dénonce une situation avec ce livre.
Les personnages de ce roman sont souvent excessifs. Il y a les puritains, comme McEarchen, qui sont affreusement misogynes, car les femmes représentent leurs désirs "diaboliques". L'obsession à propos du "sang noir" de Christmas est aussi assez hallucinante (même si je sais que venant d'habitants du Mississippi dans les années 1920, c'est normal).
En face des puritains, on a les débauchés, les personnes qui ne sont pas vraiment des êtres humains. Avec en tête les femmes, qui critiquent, qui mentent, qui couchent, qui tombent enceinte à tous les coups (sauf quand ça les rend encore plus méprisables de ne pas se faire engrosser), et qui parlent pour ne rien dire. Christmas rentre dans les deux catégories. Il a des comportements qui font penser que McEarchen a bien réussi à lui inculquer quelques "principes", mais les femmes (encore elles) et le whisky le perdent. Pire, lors de sa fuite il se transforme complètement en animal, ne mangeant plus que par instinct. Finalement, il est encore une fois le point de rencontre de tous les personnages (même si le regard du lecteur n'est attiré sur son personnage qu'au bout d'un bon moment).
J'oubliais les braves types. Ils se laissent évidemment manipuler par les femmes, mais ils sont là parce qu'il y a toujours des braves types.

Honnêtement, je n'aurais pas cru que Lumière d'août allait autant me marquer. Les premiers chapitres m'ont vraiment déconcertée d'ailleurs. Il faut vraiment être attentif en lisant ce livre. Je me suis même demandée si certains passages (pourtant écris une seule fois) n'étaient pas quand même destinés à être lus à plusieurs reprises : au tout début, lorsque Faulkner nous dit que Lena a ouvert sa fenêtre, j'ai dû relire ce paragraphe plusieurs fois avant de comprendre comment elle avait réussi à se retrouver enceinte au paragraphe suivant. De même, quand un même événement est raconté à plusieurs reprises, je me suis parfois demandé si je n'avais pas repris ma lecture au mauvais endroit.
Il m'a fallut plusieurs chapitres avant d'arrêter de me demander où l'auteur voulait en venir. Lumière d'août étant le premier roman de Faulkner que je lisais, je ne pouvais pas deviner que je n'avais pas encore tout vu de ce qu'il avait construit. Malgré cela, j'ai lu ce livre sans ennui, car on se pose très vite des questions, et qu'on est trop occupé à admirer la maîtrise dont l'auteur fait preuve de la première à la dernière page de son livre. Je craignais d'ouvrir un roman plombant dans lequel rien ne se passe, mais je me suis finalement laissé embarquer sans problème. Lumière d'août n'est peut-être pas un livre des plus réjouissants, mais on y trouve des personnages auxquels on finit par vivement s'intéresser et surtout une histoire dans laquelle on voudrait bien continuer à naviguer tellement elle est bien construite. En fait, c'est tout simplement un chef d'oeuvre.

J'ai fini par trouver l'avis de Thom (qui m'inquiète en disant que la chronologie n'est pas beaucoup triturée dans Lumière d'août).

" La mémoire croit avant que la connaissance ne se rappelle. Croit plus longtemps qu'elle ne se souvient, plus longtemps que la connaissance ne s'interroge. Connaît, se rappelle, croit un corridor dans un long bâtiment froid, délabré, rempli d'échos, un long bâtiment de briques d'un rouge sombre, tachées par la pluie de plus de cheminées que les siennes, construit sur une sorte d'aggloméré d'escarbilles, sans un brin d'herbe, entouré d'usines fumantes, et ceint d'une clôture en fil de fer haute de dix pieds, comme un pénitencier ou un jardin zoologique. "

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20 juin 2008

Deux ou trois petites choses à vous dire...

476_1_Je ne sais pas si vous avez eu l'info, mais le Magazine littéraire du mois de juin consacre un dossier sur les romancières anglaises. Je sais que plusieurs d'entre vous pourraient être intéressés.
Et entre nous, ne serait-ce que pour sa couverture, ce numéro vaut la peine d'être feuilleté.

photo prise sur http://www.magazine-litteraire.com/

                                 Je voulais aussi vous parler d'une triste nouvelle qui date un peu. Au début du mois de mai, Nuala O'Faolainuntitled s'est éteinte. Son roman Chimères avait été l'un de mes coups de coeur il y a deux ans. Cette même année, elle avait reçu le prix Femina étranger pour L'histoire de Chicago May, récemment sorti en poche chez 10/18. Je ne peux que vous conseiller de lire ses romans, dans lesquels elle mêle fiction et autobiographie avec brio.

photo piquée chez Florinette.

Bon, en fait c'est tout pour le moment^^

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19 juin 2008

La poursuite de l'amour ; Nancy Mitford

51BYy3rbndL10/18 ; 253 pages.
7,40 euros.

Fanny a grandit avec sa tante, Emily, après la séparation de ses parents. Sa mère, surnommée la Trotteuse par sa famille, court l'Europe avec ses maris et amants successifs, tandis que son père, un lord, se désintéresse d'elle au profit d'épouses plus âgées.
Mais Fanny n'est pas malheureuse. Elle se rend régulièrement à AlconleighAlconleigh, chez sa Tante Sadie et son Oncle Matthew. Elle y retrouve ses cousins, et surtout Linda, sa préférée. Ensemble, ils complotent dans le placard des Honorables, ou se livrent à des opérations de libération d'animaux pris dans les pièges du garde-chasse.
En grandissant, Linda et Fanny commencent à rêver d'amour. Si Fanny se voit bien épouser un vieux fermier, Linda elle ne veut pas moins que le prince de Galles pour époux. C'est la vie amoureuse de cette rêveuse dans une société encore engoncée dans ses principes que sa cousine nous raconte dans ce livre, tout cela sur fond de montée du nazisme et de guerres.

Nancy Mitford est l'aînée des célèbres soeurs Mitford, qui ont presque toutes mené des vies sulfureuses. Ce livre a pas mal fait parler de lui sur les blogs l'an passé, car 10/18 venait de le rééditer. Je pense aussi que le nom de Jane Austen, qui figure sur la quatrième de couverture, a été un critère d'achat important pour nos blogueuses alors en pleine fièvre austenienne. Pour les anti-Austen (suivez mon regard vers Erzébeth), n'ayez aucune crainte : cette allusion me paraît encore une fois complètement réductrice et non pertinente. De toute façon, il suffit qu'une histoire écrite par une romancière anglaise mette en scène la moyenne ou la haute société anglaise pour que le nom de Jane Austen soit utilisé. La poursuite de l'amour a en plus le malheur de contenir beaucoup d'humour.
Très franchement, je pense que Jane Austen n'aurait jamais fait d'une femme qui ne pense qu'à courir de mari en amant son héroïne. Linda passe son temps à rêver sa vie plutôt qu'à la vivre, et ne se soucie pas de faire des traits d'esprit. Cela dit, c'est une jeune femme qui finit par devenir vraiment attachante, et que l'on prend plaisir à suivre depuis Londres jusqu'à Paris, en passant par le sud de la France. Les personnages sont nombreux, chacun représentant un tempérament caractéristique de l'époque à laquelle il vit.
L'ambiance est particulièrement agréable. Nancy Mitford nous parle de politique, de société, de mode, tout cela avec subtilité et humour.
On sent que parfois, l'auteur elle-même se prend à croire à ce qu'elle écrit. Elle donne à son héroïne des choses qu'elles n'auraient sûrement pas eu dans la vraie vie. Cependant, le rêve ne dure pas éternellement, et le réalisme revient très vite reprendre ses droits. Les personnes comme Linda ne seront jamais la majorité, et l'amour, si on le considère avec froideur, ne présage pas que du bon. Tout au long de ce livre, l'auteur semble chercher une définition de l'amour, et les réponses esquissées ne sont pas vraiment celles qu'on voudrait. J'ai beaucoup aimé la dernière phrase du livre (rassurez-vous, aucune révélation qui ruinerait votre lecture). Elle est sans doute très juste, même si je préfère y voir une marque de cynisme pour l'instant (je tiens à conserver mes illusions encore quelques temps) :

" - Oh ! mon chou, fit ma mère avec tristesse. On le croit toujours ! Chaque fois qu'on aime, on croit que c'est le grand amour ! "   

Un bon livre donc, même si j'avoue avoir trouvé quelques petites longueurs sur la fin. Une suite existe, L'amour dans un climat froid. Je pense que je retrouverai Nancy Mitford avec ce livre.

Pour finir, une remarque de Lord Merlin, personnage que j'aurais aimé voir un peu plus développé, car certaines de ses intentions restent un peu trop floues à mon goût :

" L'amour, dit-il, c'est pour les grandes personnes, comme vous le découvrirez un jour. Vous découvrirez aussi qu'il n'a rien à voir avec le mariage. Je suis tout à fait partisan de vous marier dans un an ou deux, mais, pour l'amour du ciel, n'épousez pas un raseur comme Tony Kroesig ! " (page 105) 

Anne, Papillon et [Caro]line ont également lu ce roman.

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17 juin 2008

Xingu, Edith Wharton

9782842054915_G_1_Mille et Une nuits ; 63 pages.
1,55 euros.

Je sais, ce blog est vraiment désert depuis un bon moment. Je n'ai pas vraiment eu le temps de lire, et encore moins la motivation pour écrire un billet. Si je viens vous donner des nouvelles, c'est pour vous parler d'un petit livre qui m'a beaucoup plu. Il est arrivé il y a quelques semaines dans ma boîte aux lettres (merci à Lou), et je l'ai dévoré très rapidement.

Edith Wharton est sur ma PAL depuis des mois avec Le fruit de l'arbre. Elle fait partie de ces auteurs que je veux absolument lire un jour, mais que je ne sais pas trop par quel titre aborder. Xingu avait déjà piqué ma curiosité. Le titre a une consonance asiatique un peu surprenante, et j'avais lu plusieurs billets enthousiastes au sujet de cette courte nouvelle.

A Hillbridge, les dames "respectables" se réunissent régulièrement pour parler de choses très intellectuelles et déballer leur érudition. Le passage de la célèbre Osric Dane, écrivain de son état, dans leur petit cercle, met toutes ces vipères en émoi. Lorsque la célèbre dame arrive, ses hôtesses sont mortifiées devant le dédain dont elle fait preuve. Suite à un mouvement de panique dû à une défaillance de la mémoire de la quasi totalité des femmes présentes, le mot Xingu est lancé par Mrs Roby, la paria du groupe. Toutes se mettent alors à donner leur point de vue sur le nouveau sujet de conversation. 

Quelle nouvelle agréable ! J'ai trouvé cela frais, dynamique, et vraiment très drôle. J'ai tout de suite compris de quoi il retournait quand Xingu est évoqué pour la première fois, mais  je n'en ai que plus savouré le récit d'Edith Wharton. Je crois que je ne me lasserais jamais de ces auteurs qui savent si bien cerner les travers de la société dans laquelle ils évoluent.
De plus, le sujet est indémodable. Les fameux manuels sur les livres ou les films à connaître à tout prix dont certains blogs avaient parlé l'an passé lors de la sortie de je ne sais plus quel titre prouvent bien que faire bonne figure est encore important pour beaucoup de gens.
Ici, la situation est complètement hilarante, et la réaction des vipères de Hillbridge est révélatrice d'une immaturité proche du pathétique (même si encore une fois, elle n'est pas surprenante). Une belle revanche pour Mrs Ruby, qui avec un seul mot, parvient à déstabiliser celles qui la méprisaient jusque là. Certes, ces dames sont trop pédantes pour admettre qu'elles se sont fait avoir, et c'est là la chance des personnes de leur espèce. Toutefois, pour le lecteur, c'est une vraie satisfaction que de pouvoir contempler leur bêtise.
Ce livre me fait également penser aux relations entre les personnes de même sexe. J'ai pu constater à de nombreuses reprises à quel point les ambiances "filles" peuvent être mauvaises. Il y a toujours les pestes, incapables d'avoir un avis propre, qui se croient supérieures et qui désignent une ou plusieurs autres jeunes filles dont il faut se moquer. Aujourd'hui, ces dernières sont les "ringardes", à l'époque d'Edith Wharton c'étaient les femmes qui n'avaient pas les mêmes manières que les autres.   
Tout ça en très peu de pages, mais Edith Wharton maîtrise parfaitement son sujet, jusqu'à la chute, judicieuse, qui m'a tiré un dernier sourire.

Le colis de Lou comportait également un autre roman d'Edith Wharton, donc je pense vous en reparler un de ces jours.

Les avis de Lou (dont j'aime beaucoup l'introduction), Papillon, Allie, Caroline, Gachucha, Stéphanie, Cathulu et La Conteuse.

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16 avril 2008

Ashworth Hall ; Anne Perry

51GHG5R226L10/18 ; 315 pages.

Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas embêtés avec Anne Perry, ma dernière expérience avec cet auteur ayant été peu concluante. D'habitude, je lis la série dans l'ordre, mais j'avais ce titre qui traînait tout seul à cause de Choupynette.

Nous retrouvons un Pitt qui est désormais commissaire, et qui enquête sur la mort de l'un de ses collègues, qui avait infiltré l'un des réseaux nationalistes catholiques irlandais. Il est très vite chargé d'une autre mission, assurer la sécurité lors d'une réunion capitale entre les différents partis irlandais. Ces négociations ont lieu à Ashworth Hall, chez la soeur de Charlotte Pitt, Emily, qui a épousé un politicien en deuxièmes noces. Bien entendu, les invités se détestent, et l'affaire O'Shea qui est jugée au même moment ne fait que tendre davantage l'atmosphère. Les négociations ont à peine commencé que l'épouse de l'un des catholiques est découverte dans le lit d'un protestant, et que Gréville, l'homme qui menait la réunion, est retrouvé assassiné dans sa baignoire. 

Il est certain que Anne Perry nous présente une situation un peu énorme dans ce tome. Pour connaître un peu la période sur laquelle l'auteur écrit, j'avoue que j'ai trouvé cette tentative d'évoquer le problème irlandais assez bancale. Heureusement, l'auteur n'a pas écrit ce livre dans le but de nous rendre incollables sur l'Irlande de la fin du dix-neuvième. Elle veut nous distraire, simplement nous donner un aperçu de la situation pour mettre en place son histoire, et cela, elle y parvient très bien. J'ignorais également un certain nombre de choses sur les personnages, étant donné que je n'ai pas lu la série dans l'ordre cette fois-ci. Anne Perry semble s'être un peu lâchée en mariant Caroline à un jeune acteur, et les clichés habituels ne sont pas loin au cours de l'enquête. Mais c'est aussi pour ça que j'aime Anne Perry. Elle ne se complique pas la vie tout en étant crédible (aux yeux du lecteur qui ne cherche pas autre chose qu'un bon agréable au XIXe) et intéressante.
J'ai vraiment été prise dans cette enquête. J'avais des plans en plus, donc j'avais d'autant plus hâte de vérifier si mes intuitions étaient juste. Verdict ? Je m'améliore, même si je n'avais pas tout deviné non plus.
Ce tome est étoffé par des intrigues secondaires, comme les amours de la femme de ménage de Charlotte et Thomas, Gracie. J'espère d'ailleurs avoir des nouvelles du second de Pitt, j'ai formé de bons espoirs en lui...
Cette lecture était parfaite pour moi en ce moment. J'avais besoin de retrouver des intérieurs coquets, des personnages chaleureux, et de me vider un peu la tête. 

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29 mars 2008

La voleuse de livres ; Markus Zusak

9782266175968R1_1_Pocket ; 640 pages.
7,70 euros.

Un bon conseil : n'écoutez pas les mauvaises langues^^. Je viens de terminer ce livre, et je suis encore sonnée.

Liesel est encore une petite fille quand sa mère les conduit, elle et son petit frère dans la banlieue de Munich, à Molching. C'est dans le train que Liesel rencontre pour la première fois la Mort, qui vient emporter son cadet. Après les funérailles, Liesel trouve un livre dans la neige et l'emporte. A Molching, elle est accueillie par Rosa et Hans Huberman. C'est avec eux ainsi qu'avec Rudy, son meilleur ami, qu'elle va vivre la Deuxième Guerre mondiale, surveillée en coin par la Mort. Hans Huberman se lève toutes les nuits pour la consoler après son cauchemar récurrent. Avec lui, elle apprend à lire, se passionne pour les livres, qu'elle vole, et finit même par fasciner les autres habitants de la rue Himmel en leur faisant la lecture lors des bombardements.

La voleuse de livres est un livre auquel il est difficile de rester insensible quand on le croise sur un présentoir. La couverture est vraiment bien trouvée et le titre accrocheur. J'avais été un peu refroidie par les avis mitigés voire carrément écoeurés lus sur les autres blogs, du coup j'ai attendu la sortie poche (au grand bonheur de mon porte-monnaie).
En fait, même s'il m'a fallu une cinquantaine de pages pour vraiment rentrer dans l'histoire, le style m'a beaucoup amusée. J'imagine qu'en VO, cela doit encore mieux rendre, parce que Markus Zusak joue avec les mots, intègre différentes formes, et démontre le pouvoir des mots. Max se sauve de Stuttgart parce que le titre Mein Kampf écrit sur le livre qu'il porte dissimule qu'il est juif. Markus Zusak fait simple, puis nous dévoile certaines choses, avant de revenir en arrière. Tout cela sans créer de confusion, au contraire. Cela permet au lecteur de mieux enregistrer, de mieux comprendre. 
Contrairement à Clarabel, j'ai trouvé la Mort plutôt attachante. Son "Doux Jésus, Rudy..." est terrible. C'est bien simple, je n'ai pas pu retenir mes larmes sur la fin. Pourtant, je pleure rarement en lisant un livre.
Il faut dire qu'ils sont vraiment attachants ces personnages. Liesel, Rudy, Hans, Rosa, Tommy, et même la vieille guigne qui crache chaque jour sur la porte des Huberman. Le sujet est grave, mais l'histoire est ensoleillée. J'ai éclaté de rire à plusieurs reprises, Liesel n'est qu'une enfant, et ses actes sont ceux de quelqu'un qui ne s'attache qu'à ce qui compte vraiment. Rudy et elle ne comprennent pas tout, mais ils ont les bonnes intuitions. Il y a l'accordéon d'Hans, les hurlements de Rosa, les "saurkel" et les "saumensch" à tout va. Parce qu'il y aura toujours plus tard pour se dire que l'on s'aime. Enfin, c'est ce que l'on croit.
Ce livre est vivant, distrayant, grave et puissant.
Courez l'acheter !

" Désormais, je ne veux plus espérer. Je ne veux plus prier pour que Max soit sain et sauf. Ni Alex Steiner.
     Parce que le monde ne les mérite pas. "
(page 599)

Les avis d'Emjy et de BlueGrey.

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