30 juin 2007

La Princesse de Montpensier suivi de La Comtesse de Tende ; Mme de Lafayette et Adieu ; Honoré de Balzac

9782253193142_G_1_Le Livre de Poche ; 96 pages.
1,50 euros.

" A la fin de la Renaissance, le duc de Guise s'éprend de Mlle de Mézières. Mais bien qu'elle l'aime aussi, la jeune fille est contrainte d'épouser le prince de Montpensier. Trois ans plus tard, un jour qu'il a perdu son chemin près du château de la princesse, le duc la rencontre au bord d'une rivière où elle est venue se reposer : elle rougit à sa vue, et lui-même comprend aussitôt que sa propre passion n'est pas morte.
Publié en 1662, le court récit de La Princesse de Montpensier fonde l'art classique de la nouvelle. Plus concise encore, et sans doute écrite la première, La Comtesse de Tende, qui resta inédite jusqu'au xviiie siècle, raconte elle aussi l'histoire d'un amour adultère, mais d'une noirceur plus grande. Car la noblesse et la magnificence des personnages ne doivent pas nous tromper. Mme de Lafayette jette sur la condition humaine un regard sombre et les deux héroïnes sont précipitées à l'abîme : La Princesse de Clèves leur fera bien plus tard écho. "

C'est en cherchant La princesse de Clèves que je suis tombée sur ce livre qui contient deux nouvelles de Mme de Lafayette dont je ne connaissais même pas l'existence.

La première nouvelle, La Princesse de Montpensier, est une tentative de l'auteur d'expliquer certains grands événements de l'Histoire de France comme l'assassinat du Duc de Guise sur ordre d'Henri III, par des intrigues amoureuses. Si la préface met en garde le lecteur contre les théories de Mme de Lafayette, elle met aussi en lumière la malice de cette femme, qui semble avoir élégamment déterré des scandales soigneusement étouffés.
La seconde, beaucoup plus courte, se concentre presque exclusivement sur les personnages et est davantage morale.

Dans une langue très belle, très agréable, Mme de Lafayette nous raconte donc la fragilité de la vertu chez les femmes en proie aux tourments de l'amour que sont la Princesse de Montpensier et la Comtesse de Tende, et les ravages que ce sentiment peut entraîner lorsqu'il se place entre deux ami(e)s ou alliés.

Surtout, c'est presque une négation de l'amour qui transparaît dans ce livre. Mme de Lafayette n'a pas l'air d'admettre l'amour dans le mariage, et lui substitue l'amour-propre, notamment dans La Comtesse de Tende. Quand l'époux est aimé de sa femme, il est indifférent,  et quand il aime, sa femme le rejette. Comme si avoir une attirance réciproque était répréhensible. Cela m'a d'autant plus frappée au cours de ma lecture qu'il me semble que c'est justement le sujet de La princesse de Clèves.
A en croire la préface, mes remarques ne sont d'ailleurs pas complètement fausses. Selon Laurence Plazenet, cela vient de la piété proche du jansénisme de Mme de Lafayette, qui lui fait penser que le seul amour possible est celui que l'on éprouve pour Dieu.
Malgré son statut de femme de lettres qui nous la font voir comme une femme moderne, la Comtesse de Lafayette est une femme bien dans son époque. Or, l'amour n'entre pas dans le schéma du bonheur conjugal au XVIIe. Mme de Lafayette tente de ce fait de démontrer qu'il n'est pas nécessaire, et qu'en plus il n'est qu'illusion. Ce sont les femmes qui doivent le plus s'en méfier. On le voit bien par les destins de la Princesse de Montensier et de la Comtesse de Tende qui sont beaucoup plus durs que ceux du Duc de Guise et du Comte de Tende (qui trompe sa femme au début de la nouvelle comme si c'était la chose la plus naturelle du monde). La phrase qui conclue La Princesse de Montpensier démontre de façon très claire l'opinion de l'auteur :

" Elle mourut en peu de jours, dans la fleur de son âge, une des plus belles princesses du monde et qui aurait été la plus heureuse si la vertu et la prudence aussent conduit toutes ses actions. "

Je ne partage pas l'avis de Mme de Lafayette, vous vous en doutez certainement, mais il contribue à donner un aspect historique au livre qui m'intéresse beaucoup.

Par ailleurs, bien que ces histoires ne soient pas forcément agréables pour leurs personnages et se finissent mal, elles se lisent avec un réel plaisir.  A aucun moment je n'ai eu le sentiment de lire un traité moralisateur, c'est beaucoup plus distrayant. En fait, pour une personne de notre époque, ne serait-ce que parce que le vocabulaire employé est différent, cet aspect est plutôt voilé. Ainsi, il est aisé de s'amuser des astuces des amants pour se retrouver, de leurs déclarations, et de leurs doutes. Et puis, je le répète, Mme de Lafayette a une plume dynamique et élégante.


51Q7G1FWNHLLe Livre de Poche ; 92 pages.
1,50 euros.

Comme j'étais dans les amours tragiques, je me suis dit qu'il était temps de relire un petit livre qui m'avait beaucoup marquée il y a quelques années, Adieu de Balzac.

" 1819. Par une brûlante journée de l'été finissant, deux  chasseurs - deux amis, le marquis d'Albon et le baron Philippe de Sucy - égarés dans une forêt de l'île-de-France entrevoient, sous les frondaisons d'un parc à l'abandon, une silhouette féminine d'une grâce aérienne. En cette jeune femme, folle, qui ne sait plus que répéter machinalement un seul mot, « Adieu », Philippe, bouleversé, reconnaît la comtesse Stéphanie de Vandières, la maîtresse passionnément aimée dont il fut tragiquement séparé en 1812, lors du passage de la Bérésina. Soulevé par un espoir insensé, il va tenter de rendre la vie à cette âme morte.
Ce récit insolite et saisissant, tout à la fois « étude philosophique » et « scène de la vie militaire » est l'un des plus achevés de La Comédie humaine. "

Je pense que je ne connais pas suffisamment cet auteur pour être capable de tout saisir dans cette nouvelle. Même si elle est très courte, et se lit très rapidement en raison d'un rythme assez rapide et de l'absence des fameuses descriptions interminables chères à Balzac, elle est très riche et nécessite de nombreuses explications de texte (c'est quand même Balzac...). Malgré mon ignorance, j'ai été comme lors de ma première lecture charmée par ce récit.
A l'image de tous les romans que j'ai lus de Balzac, le contexte historique est bien planté dans Adieu, avec de multiples références et la reconstitution de l'épopée napoléonienne en Russie. La débâcle française nous est dépeinte avec une intensité qui fait écho à celle du désespoir de Philippe de Sucy lorsqu'il revoit celle qu'il aime. Celui qui a survécu avec bravoure à la folie des hommes de Napoléon mourant de faim, de froid et de fatigue, est anéanti par celle de Stéphanie de Vendières, qui ne le reconnait plus et qui répond à ses caresses par une totale indifférence.

Il semblerait bien que ce soit l'intérêt de Balzac pour la médecine qui transparaisse dans ce livre. Comme à son habitude, il se sert de ses connaissances pour créer ses personnages. Stéphanie rappelle ainsi Victor, l'Enfant Sauvage (ainsi qu'un homme ayant vécu comme elle la retraite de Russie, mais je ne le connaissais pas et ne pouvais donc pas établir de parallèle entre eux). Comme l'Enfant sauvage, on a retrouvé Stéphanie nue, dans la forêt, et incapable de parler, sauf pour murmurer des "Adieu !" . Son Docteur Itard est son propre oncle, malheureusement impuissant face aux tourments de sa nièce.

Dans ce récit très bref, Balzac amène à s'interroger sur le bonheur et la vie. Ces êtres humains transis de froid qui acceptent de périr dans la neige, qui abandonnent, ont-ils tort de se résigner ? Ou devraient-ils tenter, se lever, et marcher au risque de périr noyé en voulant atteindre l'autre rive de la Bérésina ou de devenir fou comme Stéphanie ? Et Stéphanie elle même, qui semble heureuse malgré sa folie, doit-elle réellement mourir comme le pense son amant parce que sa folie lui donne moins l'esprit d'une femme que celui d'un animal ?

Pour résumer, deux petits livres qui m'ont beaucoup plu, et qui me donnent envie de découvrir davantage leurs auteurs.

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29 juin 2007

C'est moi le chat...

Mélanie, La Liseuse et Margoulette m'ont touchée. Ignorer la première était possible, mais il semblerait que je sois victime d'un complot.
Comme j'ai refusé de révéler 5 secrets dernièrement, me voilà contrainte de vous dire 7 choses sur l'être absolument formidable que je suis (non, pas de smileys, c'est la vérité).

1- Je suis très mauvaise joueuse, du coup je n'aime pas être le chat... 2 - d'ailleurs, je déteste ces bestioles : voilà, vous vouliez des révélations choquantes, soyez satisfaits. Là je sens que tout le monde va me détester, si j'en crois la dernière étude de Flo...

3- Je suis très rancunière. Qui que vous soyez pour moi, si vous me faites un sale coup, je vous rayerais définitivement et sans aucun état d'âme de mes fréquentations du jour au lendemain. J'ai trop souffert quand j'étais plus jeune "d'amis" (et même plus) qui me prenaient pour une idiote...

4- Je vais me faire taper, mais je lis parfois la dernière page des livres en cours... C'est mon côté "j'aime pas les histoires tristes". Il m'est arrivé de laisser tomber un livre parce que la fin ne me plaisait pas plus d'une fois d'ailleurs... (je précise que je ne fais quand même jamais ça quand je lis un roman policier, à moins de le laisser tomber juste après).

5- J'adore les musiques de film. J'en possède un certain nombre, et il m'est parfois arrivé de voir un film uniquement parce que sa bande originale me plaisait. 6- D'ailleurs, en ce moment, je me passe ce morceau assez souvent.

7- Je déteste parler de moi, j'ai toujours peur d'ennuyer les gens.

Vu que j'ai mis quinze jours à m'y mettre, tout le monde l'a fait sauf La Renarde (on l'oublie toujours celle-là...).

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28 juin 2007

Et je repars en vadrouille...

P1050040...pour une petite semaine. J'aime l'été, car j'ai tendance à partir un peu partout sans réfléchir.
En plus, les voyages en train sont l'idéal pour lire en étant bien installé^^
Cette fois-ci, Diane Setterfield, Colette, Balzac et sans doute quelques autres seront du voyage.

Je rentre jeudi prochain, mais je vous ai quand même concocté quelques petits billets. Bonne semaine à tous !

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27 juin 2007

Le journal d'Aurore : Jamais contente ; Marie Desplechin

Desplechin___jamais_contente_1_L'école des loisirs ; 180 pages.
9,50 euros.

" 12 février. On peut ruiner sa vie en moins de dix secondes. Je le sais. Je viens de le faire. Là, juste à l'instant. J'arrive à la porte de l'immeuble, une modeste baguette dans la main et la modeste monnaie dans l'autre, quand Merveille-Sans-Nom surgit devant moi. Inopinément. A moins de cinq centimètres (il est en train de sortir et je m'apprête à entrer, pour un peu on s'explose le crâne, front contre front). Il pose sereinement sur moi ses yeux
sublimes. Je baisse les miens illico, autant dire que je les jette quasiment sous terre, bien profond, entre la conduite d'égout et le tuyau du gaz. Sa voix amicale résonne dans l'air du soir :
- Tiens ! Aurore ! Tu vas bien ?
Je reste la bouche ouverte pendant environ deux
millions de secondes, avant de me décider et de lui hurler à la figure :
- Voua ! Merdi ! "

Moins délirant que les aventures de Georgia Nicolson, Le journal d'Aurore est quand même une lecture très divertissante.

Aurore, c'est une adolescente de quatorze ans, qui aime se vautrer dans les miettes de galette quand elle regarde la télé, ses copines Lola et Samira de temps en temps (surtout leurs frères en fait...), mais qui déteste le collège, ses camarades de classe, et se trouve mal aimée et incomprise (je sais, j'ai déjà dit que c'était une ado...). Comme tous les jeunes de son âge (à part les chanceux), elle est en conflit avec ses parents, s'interroge sur sa sexualité, et déteste ses soeurs.

J'ai beaucoup aimé ce journal parce qu'il m'a fait sourire à toutes les pages, et un peu rire. Même si c'était jaune : les impressions d'Aurore suite à son premier baiser m'ont fortement rappelé quelqu'un, tout comme ses relations conflictuelles avec ses parents...
C'est d'ailleurs ça qui m'a beaucoup plu dans ce livre, il est assez crédible. Aucun miracle pour Aurore sur le plan scolaire, un premier petit copain plutôt "juste pour voir" , des copines qui ne comprennent pas toujours tout, des parents complètement largués, une grande soeur exaspérante, une petite soeur lèche-bottes... Même si on a forcément eu une adolescence différente, nos préoccupations étaient assez semblables. Et j'ai beau ne pas garder un excellent souvenir des ces années là (pas si lointaines d'ailleurs), j'ai beaucoup apprécié le fait de les regarder sous autre angle. Je suis vache, mais ça m'a bien fait rire de voir Aurore engluée dans des soucis que je considère moins capitales aujourd'hui.

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26 juin 2007

Lignes de faille ; Nancy Huston

41FQYEPRTWLActes Sud ; 487 pages.
21,60 euros.

Je viens de terminer ce livre, et je peux vous dire que c'est pour moi un grand coup de coeur.

J'ai l'impression ces derniers temps que les romans qui évoquent la Seconde Guerre mondiale sont à la mode. Je ne dis pas que c'est gênant en soi. Cela nous permet au contraire de découvrir des horreurs méconnues.  Surtout, ça prouve ce que Nancy Huston révèle dans ce livre, et que l'on semble vouloir oublier ces temps-ci : le fait que, même si l'on fait ses propres choix, le passé imprègne également le présent. Ainsi, si l'on n'a pas réglé les blessures du passé, elles nous poursuivent inlassablement, de génération en génération.
Ce qui me gêne dans cette "mode", c'est que tout le monde peut y aller de son propre hommage très facilement. Or, quand on écrit un roman, il y a d'autres exigences, littéraires celles-ci, qui devraient servir le sujet, le cadrer, et ne pas s'effacer devant lui. C'est dans ce piège que n'est pas tombée Nancy Huston, que je ne connaissais pas et qui m'a véritablement époustouflée.

Ce sont quatre enfants de six ans d'une même famille et à des époques différentes qui enquêtent pour nous, à travers leurs jeunes yeux un peu naïfs, mais pas tant que cela en fait. Ils ont tous six ans et un grain de beauté un peu étrange, parce que l'histoire se répète à chaque génération depuis 1944. Comme ils ne comprennent pas l'importance des faits dont ils sont les témoins involontaires, leur récit est dépourvu de tout artifice, et donc sincère. Ils sentent seulement qu'un secret empoisonne l'histoire de leur famille, y crée une atmosphère tendue, mais ni ce qu'est ce secret, ni de quand il date.

J'ai été un peu déboussolée au début par le discours de Sol, qui m'a paru beaucoup trop mature (et à moitié cinglé). Mais les autres enfants sont beaucoup plus crédibles. De plus, pour Sol, c'est le moyen qu'a trouvé Nancy Huston pour nous montrer, sans trop faire de psychologie, que l'éducation que l'on reçoit, les choses dont nous sommes témoins enfant, même lorsqu'on ne les comprend pas, sont assimilées et servent à se façonner. Randall a choisit le protestantisme pour brouiller les cartes, sa femme cherche même à effacer la tache sur la figure de son fils, qui témoigne du passé, mais le fait est que ce n'est pas aussi simple.
Il faut alors faire ce que Sadie a tenté de faire adulte, en tant qu'historienne, déterrer le passé. Au fur et à mesure que l'on remonte dans le temps, on comprend le présent. Car dans ce livre, la chronologie est inversée. Ca peut sembler dépourvu de logique si l'on considère l'histoire de façon linéaire, comme quelque chose de progressif. Mais pas ici. Car l'enfance de Sol de nos jours s'explique par l'enfance de Randall en 1982, qui fait écho à celle de Sadie en 1962, elle même étant le résultat de ce qui s'est produit en 1944 pour Erra. On a d'abord du mal à aimer Randall, Sadie et Erra adultes, puis on écoute l'enfant qu'ils ont été et on finit par comprendre ce qu'ils sont devenus.

Si le spectre du nazisme est présent au cours du livre, et est le point d'aboutissement de l'histoire, Nancy Huston est parvenue à ne pas le laisser entacher son récit. Elle le tient véritablement à distance en utilisant surtout des suggestions, ainsi qu'un ton plutôt léger. A aucun moment, l'histoire ne tombe dans le larmoyant, nous suggère de façon artificielle que c'est le moment de pleurer. Nancy Huston ne se pose pas en juge, elle se contente de nous laisser découvrir l'histoire de cette famille et de tirer nos propres conclusions.
Finalement, Nancy Huston se sert autant de l'histoire de cette famille pour évoquer les horreurs méconnues de la Seconde Guerre mondiale, que des blessures infligées par le nazisme pour évoquer l'influence du passé sur le présent.

Cela donne un livre maîtrisé de bout en bout, modéré, et donc efficace. En effet, ce roman bouleverse le lecteur parce qu'il lui fait prendre le recul qui permet de réfléchir par soi même. L'émotion n'est donc pas frontale et superficielle, elle s'insinue progressivement, subtilement et profondément en nous.
En refermant ce livre, j'ai eu le sentiment que Nancy Huston m'avait mis délicatement les cartes en main pendant cinq cents pages, et qu'elle me regardait les sourcils relevés, comme pour dire "Et oui..." .

" Le lendemain pendant la récré un garçon me court après en criant "Juive ! juive ! " - mais comme j'ai promis à Peter de ne plus jouer à ce jeu, je prends mes jambes à mon cou et trébuche et tombe et m'érafle le genou et dois aller à l'infirmerie, et quand l'infirmière ôte mon bas je vois que mon genou saigne et j'entends l'Ennemi Ricaner sur un ton jubilatoire en disant : Du sang nazi, Sadie ! Du sang nazi ! " (page 367)

Je vais essayer de vous trouver les nombreux avis déjà en ligne (c'est marrant, on n'a pas forcément apprécié les mêmes choses, certains avis se concentrent sur des choses que j'ai à peine notées) : Papillon, Lisa, Lily, Anne-Sophie, Camille, Gachucha, Lorraine, Essel, Jules, Thom, Agapanthe (j'ai dû en oublier la moitié).

Et Clochette, un tout petit peu moins enthousiaste.

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25 juin 2007

Les séparés ; Marceline Desbordes-Valmore

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William Cowen ; A View of Rotherham

Les séparés

N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !

N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !

N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !

N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas !

Marceline Desbordes-Valmore

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24 juin 2007

Le mystère de la ferme grise ; Mary-Elizabeth Braddon

malab_235392_1_Labyrinthes ; 95 pages.

L'histoire :

Le maître de la Ferme-Grise vient de succomber à une étrange maladie. Son frère Dudley reprend le domaine familial, suivi comme son ombre par un étrange personnage, qu'il semble haïr autant que craindre.
Quels drames ont eu lieu à la ferme des Carleon ? C'est Jenny, la jeune fille que Dudley épouse, qui découvrira la vérité.

" Dans l'ombre et dans un coin de la chambre était suspendu un portrait du dernier propriétaire de la ferme, une figure franche et ouverte avec des longs cheveux châtains et des yeux bleus....
L'idée du défunt la poursuivit dans sa solitude... Et si ce portrait allait prendre la forme d'un fantôme et s'approcher d'elle ?
Une sueur glacée perla en grosses gouttes sur son front pur. "

Parmi les auteurs anglais que je voulais découvrir cette année se trouvait Mary-Elizabeth Braddon. Ce premier contact est plutôt une mise en bouche, très encourageante toutefois.

Mon seul reproche à Le secret de la Ferme-Grise est en effet la brièveté du livre. On a à peine le temps d'y entrer qu'il faut en ressortir. Ceci d'autant plus que l'auteur nous force à lire ce livre d'une traite avec une intrigue qui tient en haleine.
En effet, bien que l'histoire soit extrêmement banale, Mary Elizabeth Braddon parvient à créer une atmosphère très particulière, un peu désuète et très prenante, dans laquelle on se coule très facilement. L'ambiance à la Ferme-Grise est délicieusement inquiétante, des images de brume et de fantômes s'imposent à nous, et nous font chercher au-delà des apparences les clés de l'énigme (à tort ou à raison).
Cette atmosphère ne s'estompe pas avec la fin du livre. Beaucoup de questions restent sans réponse, poussant le lecteur à continuer son questionnement.

Pour résumer, je suis un peu restée sur ma fin, j'aurais vraiment voulu en savoir plus, rester davantage en compagnie des personnages qui, bien qu'attachants, sont simplement esquissés.
J'ai noté Le secret de Lady Audley de ce même auteur, qui a l'air plus étoffé, et que j'espère lire prochainement.

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23 juin 2007

L'invitation à la valse ; Rosamond Lehmann

51TQTECF44LÉdition Le Livre de Poche ; 255 pages.

L'histoire :

Olivia Curtis, accompagnée de sa soeur Kate, assiste à son premier bal. Jeune, naïve et mal assurée, elle fera finalement des rencontres inespérées et passionnantes.

Mon avis :

J'avais été très déçue récemment par Une note de musique de ce même auteur, mais là je suis complètement sous le charme. Ce roman de Rosamond Lehmann est plein de fraîcheur, de spontanéité, de poésie, d'humour, d'élégance, ce qui fait de sa lecture un véritable délice.

Olivia, l'héroïne, est une jeune fille très observatrice et extrêmement attachante. A sa naïveté et à son engouement pour la vie, s'ajoute une grande capacité à la réflexion, qui donne au récit des tons plus graves. Car sa clairvoyance de jeune fille intelligente lui fait connaître des moments de douce mélancolie :

" Entre le jardin et le parc courait un ruisseau étincelant. Les libres étendues de la pelouse et du ciel étaient larges et paisibles. Les arbres, l'eau, le clair de lune formaient entre eux un monde séparé, froid, inaltérable, infiniment étranger à l'humanité. C'était comme mourir un peu que d'être là. " (page 230)

Olivia n'est pas seulement une de ces écervelées excitées à l'idée de faire leur entrée dans le monde, de remplir avec soin et le plus possible leur carnet de danses. Ce n'est pas une coquette, même si elle attache de l'importance à son apparence. C'est une jeune fille qui s'intéresse aux autres, qui possède une grande soif de savoir, et qui laisse entrevoir une grande indépendance de caractère qu'elle aimerait bien exprimer et voir reconnue. Cela au risque de se sentir un peu à l'écart par moments, et de découvrir que l'âge adulte fait rapidement perdre certains trésors de l'enfance tel que l'insouciance :

" Le souvenir d'une réunion d'enfants chez les Spencer - il y avait de cela des années- lui revint à l'esprit : c'était là qu'elle avait eu le coup de foudre, pour un superbe garçon de dix ans, un cousin de la famille, nommé Archie. Pendant qu'elle dansait avec lui la polka des bébés, elle contemplait avec ravissement ses abondantes boucles d'or et ses yeux d'angélique azur. " (page 113)

Autour d'Olivia gravitent de nombreux personnages, qui lui révèlent différentes facettes de l'humanité ; des coquettes, un amour d'enfance saoul qui oublie de la faire danser, un jeune garçon qui se révèle être un vrai gentleman, ou encore un viel homme assez pervers. Elle dresse leur portrait à travers ses états d'âme de jeune fille qui découvre le monde, souvent avec humour, toujours avec beaucoup de perspicacité.

Vous l'aurez compris, ce roman m'a complètement séduite et réconciliée avec l'auteur. Avec cette envie d'être aux côtés d'Olivia à ce bal, j'ai retrouvé dans ce roman les sensations de ravissement que me procuraient les livres de la Comtesse de Ségur quand j'étais petite. Bref, si vous le dénichez, n'hésitez surtout pas.

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22 juin 2007

Doggy bag : saison 2 ; Philippe Djian

41ZIKV910ULEdition 10/18 ; 297 pages.
7,30 euros.

" Avec Doggy bag saison 2, Philippe Djian remporte son audacieux pari : nous tenir en haleine avec le récit du destin pour le moins extravagant de la famille Sollens. L'on y retrouve le même casting de choc. Irène, la mère des frères Sollens, alcoolique et bigote ; Josianne, infirmière torride, divorcée d'un mari impotent et rancunier ; Béa, spécialiste en marketing direct sur canapé et enfin la sulfureuse Edith, accompagnée de sa fille de vingt ans, à la recherche d'un père qui se cache peut-être dans le tableau... Vraies scènes d'amour, drames en direct et vents de folie sur fond de catastrophes naturelles et de violences urbaines ! Comme si tout ce petit monde totalement halluciné avait besoin de ça ! "

J'avais beaucoup aimé la saison 1 de Doggy Bag. C'est donc tout naturellement que j'ai été contente de retrouver ses personnages. Pourtant, j'avoue que je suis assez déçue par cette saison 2.

Les personnages sont assez irritants. David et Marc s'écoutent beaucoup trop, et Victor est plus ridicule que touchant. La seule personne que j'ai continué à vraiment apprécier, c'est Josianne.
Mais il n'y a pas que les personnages qui m'ont lassée. J'ai trouvé que ce livre était moins maîtrisé que le premier tome. A plusieurs reprises c'est vraiment du n'importe quoi : les innondations + les pillages + l'enlèvement + Joël qui tombe dans le coma... Il semblerait que Philippe Djian tente de se moquer des séries télévisées avec cette série. Mais dans ce tome, je ne perçois pas le second degré, j'ai davantage l'impression que l'auteur est tombé dans son propre piège.
Par ailleurs, même si la saison 1 parlait beaucoup de sexe, j'avais eu le sentiment que c'était justifié, que ça servait l'histoire. Là, il m'a semblé que Philippe Djian nous parlait de personnages dont le seul but est de s'envoyer en l'air. C'est d'ailleurs ce qui rend les frères Sollens plutôt antipathiques, alors qu'on se rend bien compte que pour eux, il n'y a pas que ça. Pour résumer, ce livre tombe un peu trop dans la facilité et la caricature, sans que le second degré soir réellement perceptible.
Après, j'avoue l'avoir lu presque d'une traite, même si j'ai parcouru quelques passages un peu en diagonales. Pour la saison 3, je ne suis pas encore certaine de la lire...

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21 juin 2007

Deux laissés pour compte...

Possession ; A.S Byatt

9782253933366_G_1_Edition Le Livre de Poche ; 668 pages.
9,50 euros.

" Un poète maudit de l’ère victorienne, Randolph Henry Ash, déchaîne les rivalités entre universitaires. Tous les coups sont permis pour mettre la main sur un manuscrit inédit, s’attribuer le bénéfice d’une information. Aussi, lorsque Roland Michell, jeune chercheur, découvre deux lettres du Maître, adressées à une inconnue, il met tout en œuvre sans tarder pour percer ce mystère biographique.
Avec lui nous pénétrons dans les arcanes du romantisme anglais – manoirs anciens, spiritisme, légende d’Ys et de Mélusine – et dans des mystères amoureux qui conduiront Roland et la sévère Maud, de l’université de Lincoln (Etats-Unis), plus loin qu’ils l’auraient cru…
Enquête policière, roman d’amour, pastiche littéraire, satire d’un milieu avec ses jargons et ses petitesses : on a pu évoquer les chefs-d’œuvre d’Umberto Eco à propos de ce roman total, couronné par le Booker Prize 1990 et traduit dans de nombreux pays. "

C'est un avis un peu étrange que je m'apprête à vous donner. Je ne suis pas parvenue à apprécier ce livre, mais c'est parce qu'A.S. Byatt l'a trop travaillé, l'a trop créé pour elle même (je suis encore d'une clarté remarquable, je le sens...).

Je ne me souviens pas d'un livre dont j'ai atteint la page 100 avec autant de soulagement. J'ai trouvé le début de ce roman d'un plat indescriptible (d'ailleurs, le rythme n'augmente pas franchement par la suite). En fait, j'ai eu l'impression d'avoir été projetée dans un monde où l'ambiance correspond à celle qui, j'imagine, règne au cinquième sous-sol des archives départementales... Il y a des passages horriblement long, les personnages sont l'anti-thèse de ce qu'on voudrait être, et dès les premières pages, j'ai vraiment peiné à lire ce roman.

Pourtant, je ne peux pas dire que du mal de ce livre. Honnêtement, on sent que A.S Byatt a travaillé ce livre. Il a un fond très riche, une construction plutôt originale, avec une alternance entre les époques, les lieux, les types de narrations... A.S. Byatt a également créé de façon assez crédible les oeuvres des deux poètes sortis de son imagination, et on sent de ce fait qu'elle les connaît très bien. Elle les insère parmi les grands auteurs de leur époque, tisse des liens de connaissance entre ces dernier et Ash et LaMotte, crée leurs oeuvres et leur vie à l'aide d'inombrables références (dont la plupart ont dû m'échapper d'ailleurs), et leur donne véritablement vie. Rien que pour cela, je ne peut pas dire que ce livre est mauvais. D'ailleurs, j'aurais bien aimé le terminer ce livre...
Mais vraiment, c'est indigeste, beaucoup trop dense. Ca peut paraître étrange, je râle tout le temps que les romans actuels manquent cruellement de fond. C'est d'ailleurs pour cela que je ne peut pas dire de Possession qu'il est dépourvu d'intérêt, et que je ne comprends pas comment on peut entrer dans ce livre. C'est tout le contraire, on s'y perd (pendant des mois dans mon cas !! ).

Les chapitres en vers, les lettres échangées entre Christabel (prénom qui me plaît beaucoup par ailleurs) et Randolph Ash dont le contenu est hautement intellectuel (la drague au XIXe, au secours...), les délires de Roland et de Maud Bailey, me sont passés complètement au-dessus de la tête. Comme relire quatre fois chaque phrase a fini par me lasser, j'ai fini par lire en diagonales (du coup, j'ai lu trois cents cinquante pages en deux jours, alors qu'il m'avait fallu plus de deux mois pour arriver à la page cent...).
Ce livre aurait énormément gagné à être épuré. J'aimerais bien que ceux qui l'ont lu et aimé me disent s'ils ont réussi à en savourer chaque mot. J'ai beaucoup aimé certains passages, comme le conte des trois dames, mais de là à faire des chapitres entiers en vers...

D'autant plus que ces vers ne sont pas non plus des merveilles. Certes, j'ai trouvé que les oeuvres d'Ash et de Christabel étaient bien constituées. Les écrits en prose, quoique assez basiques (sans aucun mépris), sont agréables à lire et crédibles. Les poèmes également correspondent bien à l'idée que je me fais des personnages et de leur époque. Ils m'ont en fait rappelé un poème d'Anne Brontë que j'ai lu récemment, et que j'ai trouvé plutôt médiocre à première vue. Mais lire des pages et des pages de ce genre de choses, j'en suis incapable.

Ajoutez à cela une intrigue vraiment très mince, des personnages ennuyeux, un rythme qui s'accélère à peine vers la page deux cents, avant de retomber cent pages plus loin, et vous avez la recette pour m'achever.

J'ai voulu terminer ce livre parce que l'adaptation me tente beaucoup, mais j'ai craqué aux deux tiers du livre. J'ai failli le faire bien avant, mais imaginer Jeremy Northam en Randolph Ash et Jenifer Ehle en Christabel LaMotte, ça motive. Pas suffisamment, malheureusement...
Je vais quand même chercher le film, car même si je n'ai pas réussi à achever ce livre, je pense qu'une version cinématographique peut donner ce qui a manqué au roman selon moi, un peu de légèreté et d'espace.

Les avis élogieux de Gachucha et de Lamousmé, et celui de Thom, qui vous dira mieux que moi ce que j'ai pensé du livre.

Adam et Cassandra ; Barbara Pym

51DJANG5S2LEdition Rivages ; 235 pages.
7,95 euros.

Lettre "P" Challenge ABC 2007 :

" A Up Callow, petit village du Shropshire, l'arrivée d'un mystérieux Hongrois bouleverse la vie quotidienne des jeunes filles, des vieilles filles et même des femmes mariées. Cassandra, l'épouse dévouée du romancier Adam Marsh-Gibbon, cédera-t-elle à l'entreprenant Mr Tilos qui s'assied toujours derrière elle à l'église et qui lui décoche des coups de chapeau tziganes ? Partira-t-elle pour Budapest, la cité de l'amour ? Ou préférera-t-elle " d'un Hymen fortuné les gages précieux " ? "

Barbara Pym m'a attirée parce qu'elle est considérée comme une héritière de Jane Austen (même si j'ai de plus en plus l'impression que ce label est donné à tort et à travers...).
Effectivement, il y a certaines similitudes entre les deux auteurs. Le milieu étudié est un peu le même (avec plus d'un siècle d'écart quand même), et j'ai trouvé qu'il y avait une façon de décrire les choses un peu semblable.
Mais j'ai trouvé ça d'un barbant ! Ce livre fait à peine plus de deux cents pages. J'en suis à la moitié, mais je rends mon tablier. Il paraît que c'est drôle, charmant, élégant. En fait, j'ai le sentiment d'assister à une réunion de mamies qui prennent le thé en se racontant les derniers potins. Je n'ai rien contre les mamies (j'adore les miennes), mais tous ces papotages sur le voisinage m'ennuient profondément. Ce livre a trop vieilli à mon goût, sans que je puisse dire exactement pourquoi.
Les personnages sont antipathiques, à un point tel que même leur côté ridicule ne m'arrache pas un sourire. Je vois parfaitement qu'il y a une critique de ce petit monde, mais je m'en moque éperdument. Les tentatives de tous ces braves gens pour échapper à l'ennui d'une vie oisive m'exaspère, je suis incapable d'apprécier cette lecture. 

Désolée pour les admiratrices (oui, je fais du sexisme aujourd'hui)...

Posté par lillounette à 08:00 - - Commentaires [23] - Permalien [#]