23 juin 2007

L'invitation à la valse ; Rosamond Lehmann

51TQTECF44LÉdition Le Livre de Poche ; 255 pages.

L'histoire :

Olivia Curtis, accompagnée de sa soeur Kate, assiste à son premier bal. Jeune, naïve et mal assurée, elle fera finalement des rencontres inespérées et passionnantes.

Mon avis :

J'avais été très déçue récemment par Une note de musique de ce même auteur, mais là je suis complètement sous le charme. Ce roman de Rosamond Lehmann est plein de fraîcheur, de spontanéité, de poésie, d'humour, d'élégance, ce qui fait de sa lecture un véritable délice.

Olivia, l'héroïne, est une jeune fille très observatrice et extrêmement attachante. A sa naïveté et à son engouement pour la vie, s'ajoute une grande capacité à la réflexion, qui donne au récit des tons plus graves. Car sa clairvoyance de jeune fille intelligente lui fait connaître des moments de douce mélancolie :

" Entre le jardin et le parc courait un ruisseau étincelant. Les libres étendues de la pelouse et du ciel étaient larges et paisibles. Les arbres, l'eau, le clair de lune formaient entre eux un monde séparé, froid, inaltérable, infiniment étranger à l'humanité. C'était comme mourir un peu que d'être là. " (page 230)

Olivia n'est pas seulement une de ces écervelées excitées à l'idée de faire leur entrée dans le monde, de remplir avec soin et le plus possible leur carnet de danses. Ce n'est pas une coquette, même si elle attache de l'importance à son apparence. C'est une jeune fille qui s'intéresse aux autres, qui possède une grande soif de savoir, et qui laisse entrevoir une grande indépendance de caractère qu'elle aimerait bien exprimer et voir reconnue. Cela au risque de se sentir un peu à l'écart par moments, et de découvrir que l'âge adulte fait rapidement perdre certains trésors de l'enfance tel que l'insouciance :

" Le souvenir d'une réunion d'enfants chez les Spencer - il y avait de cela des années- lui revint à l'esprit : c'était là qu'elle avait eu le coup de foudre, pour un superbe garçon de dix ans, un cousin de la famille, nommé Archie. Pendant qu'elle dansait avec lui la polka des bébés, elle contemplait avec ravissement ses abondantes boucles d'or et ses yeux d'angélique azur. " (page 113)

Autour d'Olivia gravitent de nombreux personnages, qui lui révèlent différentes facettes de l'humanité ; des coquettes, un amour d'enfance saoul qui oublie de la faire danser, un jeune garçon qui se révèle être un vrai gentleman, ou encore un viel homme assez pervers. Elle dresse leur portrait à travers ses états d'âme de jeune fille qui découvre le monde, souvent avec humour, toujours avec beaucoup de perspicacité.

Vous l'aurez compris, ce roman m'a complètement séduite et réconciliée avec l'auteur. Avec cette envie d'être aux côtés d'Olivia à ce bal, j'ai retrouvé dans ce roman les sensations de ravissement que me procuraient les livres de la Comtesse de Ségur quand j'étais petite. Bref, si vous le dénichez, n'hésitez surtout pas.

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22 juin 2007

Doggy bag : saison 2 ; Philippe Djian

41ZIKV910ULEdition 10/18 ; 297 pages.
7,30 euros.

" Avec Doggy bag saison 2, Philippe Djian remporte son audacieux pari : nous tenir en haleine avec le récit du destin pour le moins extravagant de la famille Sollens. L'on y retrouve le même casting de choc. Irène, la mère des frères Sollens, alcoolique et bigote ; Josianne, infirmière torride, divorcée d'un mari impotent et rancunier ; Béa, spécialiste en marketing direct sur canapé et enfin la sulfureuse Edith, accompagnée de sa fille de vingt ans, à la recherche d'un père qui se cache peut-être dans le tableau... Vraies scènes d'amour, drames en direct et vents de folie sur fond de catastrophes naturelles et de violences urbaines ! Comme si tout ce petit monde totalement halluciné avait besoin de ça ! "

J'avais beaucoup aimé la saison 1 de Doggy Bag. C'est donc tout naturellement que j'ai été contente de retrouver ses personnages. Pourtant, j'avoue que je suis assez déçue par cette saison 2.

Les personnages sont assez irritants. David et Marc s'écoutent beaucoup trop, et Victor est plus ridicule que touchant. La seule personne que j'ai continué à vraiment apprécier, c'est Josianne.
Mais il n'y a pas que les personnages qui m'ont lassée. J'ai trouvé que ce livre était moins maîtrisé que le premier tome. A plusieurs reprises c'est vraiment du n'importe quoi : les innondations + les pillages + l'enlèvement + Joël qui tombe dans le coma... Il semblerait que Philippe Djian tente de se moquer des séries télévisées avec cette série. Mais dans ce tome, je ne perçois pas le second degré, j'ai davantage l'impression que l'auteur est tombé dans son propre piège.
Par ailleurs, même si la saison 1 parlait beaucoup de sexe, j'avais eu le sentiment que c'était justifié, que ça servait l'histoire. Là, il m'a semblé que Philippe Djian nous parlait de personnages dont le seul but est de s'envoyer en l'air. C'est d'ailleurs ce qui rend les frères Sollens plutôt antipathiques, alors qu'on se rend bien compte que pour eux, il n'y a pas que ça. Pour résumer, ce livre tombe un peu trop dans la facilité et la caricature, sans que le second degré soir réellement perceptible.
Après, j'avoue l'avoir lu presque d'une traite, même si j'ai parcouru quelques passages un peu en diagonales. Pour la saison 3, je ne suis pas encore certaine de la lire...

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21 juin 2007

Deux laissés pour compte...

Possession ; A.S Byatt

9782253933366_G_1_Edition Le Livre de Poche ; 668 pages.
9,50 euros.

" Un poète maudit de l’ère victorienne, Randolph Henry Ash, déchaîne les rivalités entre universitaires. Tous les coups sont permis pour mettre la main sur un manuscrit inédit, s’attribuer le bénéfice d’une information. Aussi, lorsque Roland Michell, jeune chercheur, découvre deux lettres du Maître, adressées à une inconnue, il met tout en œuvre sans tarder pour percer ce mystère biographique.
Avec lui nous pénétrons dans les arcanes du romantisme anglais – manoirs anciens, spiritisme, légende d’Ys et de Mélusine – et dans des mystères amoureux qui conduiront Roland et la sévère Maud, de l’université de Lincoln (Etats-Unis), plus loin qu’ils l’auraient cru…
Enquête policière, roman d’amour, pastiche littéraire, satire d’un milieu avec ses jargons et ses petitesses : on a pu évoquer les chefs-d’œuvre d’Umberto Eco à propos de ce roman total, couronné par le Booker Prize 1990 et traduit dans de nombreux pays. "

C'est un avis un peu étrange que je m'apprête à vous donner. Je ne suis pas parvenue à apprécier ce livre, mais c'est parce qu'A.S. Byatt l'a trop travaillé, l'a trop créé pour elle même (je suis encore d'une clarté remarquable, je le sens...).

Je ne me souviens pas d'un livre dont j'ai atteint la page 100 avec autant de soulagement. J'ai trouvé le début de ce roman d'un plat indescriptible (d'ailleurs, le rythme n'augmente pas franchement par la suite). En fait, j'ai eu l'impression d'avoir été projetée dans un monde où l'ambiance correspond à celle qui, j'imagine, règne au cinquième sous-sol des archives départementales... Il y a des passages horriblement long, les personnages sont l'anti-thèse de ce qu'on voudrait être, et dès les premières pages, j'ai vraiment peiné à lire ce roman.

Pourtant, je ne peux pas dire que du mal de ce livre. Honnêtement, on sent que A.S Byatt a travaillé ce livre. Il a un fond très riche, une construction plutôt originale, avec une alternance entre les époques, les lieux, les types de narrations... A.S. Byatt a également créé de façon assez crédible les oeuvres des deux poètes sortis de son imagination, et on sent de ce fait qu'elle les connaît très bien. Elle les insère parmi les grands auteurs de leur époque, tisse des liens de connaissance entre ces dernier et Ash et LaMotte, crée leurs oeuvres et leur vie à l'aide d'inombrables références (dont la plupart ont dû m'échapper d'ailleurs), et leur donne véritablement vie. Rien que pour cela, je ne peut pas dire que ce livre est mauvais. D'ailleurs, j'aurais bien aimé le terminer ce livre...
Mais vraiment, c'est indigeste, beaucoup trop dense. Ca peut paraître étrange, je râle tout le temps que les romans actuels manquent cruellement de fond. C'est d'ailleurs pour cela que je ne peut pas dire de Possession qu'il est dépourvu d'intérêt, et que je ne comprends pas comment on peut entrer dans ce livre. C'est tout le contraire, on s'y perd (pendant des mois dans mon cas !! ).

Les chapitres en vers, les lettres échangées entre Christabel (prénom qui me plaît beaucoup par ailleurs) et Randolph Ash dont le contenu est hautement intellectuel (la drague au XIXe, au secours...), les délires de Roland et de Maud Bailey, me sont passés complètement au-dessus de la tête. Comme relire quatre fois chaque phrase a fini par me lasser, j'ai fini par lire en diagonales (du coup, j'ai lu trois cents cinquante pages en deux jours, alors qu'il m'avait fallu plus de deux mois pour arriver à la page cent...).
Ce livre aurait énormément gagné à être épuré. J'aimerais bien que ceux qui l'ont lu et aimé me disent s'ils ont réussi à en savourer chaque mot. J'ai beaucoup aimé certains passages, comme le conte des trois dames, mais de là à faire des chapitres entiers en vers...

D'autant plus que ces vers ne sont pas non plus des merveilles. Certes, j'ai trouvé que les oeuvres d'Ash et de Christabel étaient bien constituées. Les écrits en prose, quoique assez basiques (sans aucun mépris), sont agréables à lire et crédibles. Les poèmes également correspondent bien à l'idée que je me fais des personnages et de leur époque. Ils m'ont en fait rappelé un poème d'Anne Brontë que j'ai lu récemment, et que j'ai trouvé plutôt médiocre à première vue. Mais lire des pages et des pages de ce genre de choses, j'en suis incapable.

Ajoutez à cela une intrigue vraiment très mince, des personnages ennuyeux, un rythme qui s'accélère à peine vers la page deux cents, avant de retomber cent pages plus loin, et vous avez la recette pour m'achever.

J'ai voulu terminer ce livre parce que l'adaptation me tente beaucoup, mais j'ai craqué aux deux tiers du livre. J'ai failli le faire bien avant, mais imaginer Jeremy Northam en Randolph Ash et Jenifer Ehle en Christabel LaMotte, ça motive. Pas suffisamment, malheureusement...
Je vais quand même chercher le film, car même si je n'ai pas réussi à achever ce livre, je pense qu'une version cinématographique peut donner ce qui a manqué au roman selon moi, un peu de légèreté et d'espace.

Les avis élogieux de Gachucha et de Lamousmé, et celui de Thom, qui vous dira mieux que moi ce que j'ai pensé du livre.

Adam et Cassandra ; Barbara Pym

51DJANG5S2LEdition Rivages ; 235 pages.
7,95 euros.

Lettre "P" Challenge ABC 2007 :

" A Up Callow, petit village du Shropshire, l'arrivée d'un mystérieux Hongrois bouleverse la vie quotidienne des jeunes filles, des vieilles filles et même des femmes mariées. Cassandra, l'épouse dévouée du romancier Adam Marsh-Gibbon, cédera-t-elle à l'entreprenant Mr Tilos qui s'assied toujours derrière elle à l'église et qui lui décoche des coups de chapeau tziganes ? Partira-t-elle pour Budapest, la cité de l'amour ? Ou préférera-t-elle " d'un Hymen fortuné les gages précieux " ? "

Barbara Pym m'a attirée parce qu'elle est considérée comme une héritière de Jane Austen (même si j'ai de plus en plus l'impression que ce label est donné à tort et à travers...).
Effectivement, il y a certaines similitudes entre les deux auteurs. Le milieu étudié est un peu le même (avec plus d'un siècle d'écart quand même), et j'ai trouvé qu'il y avait une façon de décrire les choses un peu semblable.
Mais j'ai trouvé ça d'un barbant ! Ce livre fait à peine plus de deux cents pages. J'en suis à la moitié, mais je rends mon tablier. Il paraît que c'est drôle, charmant, élégant. En fait, j'ai le sentiment d'assister à une réunion de mamies qui prennent le thé en se racontant les derniers potins. Je n'ai rien contre les mamies (j'adore les miennes), mais tous ces papotages sur le voisinage m'ennuient profondément. Ce livre a trop vieilli à mon goût, sans que je puisse dire exactement pourquoi.
Les personnages sont antipathiques, à un point tel que même leur côté ridicule ne m'arrache pas un sourire. Je vois parfaitement qu'il y a une critique de ce petit monde, mais je m'en moque éperdument. Les tentatives de tous ces braves gens pour échapper à l'ennui d'une vie oisive m'exaspère, je suis incapable d'apprécier cette lecture. 

Désolée pour les admiratrices (oui, je fais du sexisme aujourd'hui)...

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20 juin 2007

La châtelaine de Mallaig ; Diane Lacombe

51J2PANg57LVLB Editeurs ; 500 pages.
32 euros.

" Écosse, 1424. Gunelle Keith, dix-neuf ans, fille d’un commerçant prospère d’Aberdeen (Lowlands), est donnée en mariage à Iain MacNèil, de Mallaig (Highlands), un mariage qui sert avant tout les intérêts économiques des deux clans. Cultivée et instruite, Gunelle est précipitée dans l’univers sauvage de Mallaig où elle se sent désarmée. En une année, elle fera l’apprentissage d’une nouvelle langue, combattra l’indignité d’un époux qui la rejette, subira la guerre entre les clans. Femme de devoir, parviendra-t-elle à imposer ses valeurs à sa belle-famille, à gagner son estime et, enfin, à apprivoiser et à civiliser son époux ?

D’une lecture captivante, La Châtelaine de Mallaig foisonne de personnages forts et attachants que Diane Lacombe a su camper avec talent. L’aventure humaine palpitante qu’elle nous propose se double d’un voyage dans l’Écosse médiévale et dans la culture des Highlands. "

En ce moment, je lis pas mal de livres qui se passent en Ecosse grâce aux auteurs québecoises. En fait, c'est un commentaire sur le blog d'Allie qui m'a rappelé que j'avais ce livre sur ma PAL. Sa couverture me plaît énormément, et le livre ne m'a pas déçue.

Je vous préviens tout de suite, il ya pas mal de guimauve dans ce livre,  même si on n'atteint pas les sommets de La vallée des larmes (que j'ai beaucoup aimé par ailleurs). Difficile en effet de ne pas faire le lien en lisant ce livre. Certes, l'histoire se déroule bien avant, mais il y a deux amoureux qui apprennent à laisser tomber leur carapace, une rivale coriace... J'ai également souris quand j'ai réalisé que les ennemis des MacNeil sont les MacDonald.

Malgré ces clichés, j'ai trouvé que Diane Lacombe ne tombait pas dans la facilité en nous livrant des personnages caricaturaux sans aucune consistance. Gunelle et Iain sont des personnages de leur époque, marqués par des cultures totalement opposées. Ils sont implantés dans un contexte historique qu'ils nous font vivre par le biais de leur personnalité, mais aussi de leur histoire. Les luttes de clans, l'incompréhension entre les Highlanders et les Lawlanders, la rudesse de la vie, le rôle des femmes sont évoqués dans ce roman. Gunelle n'est pas seulement une potiche destinée à faire les yeux doux à son mari qui la déteste, c'est un pilier de l'histoire, elle symbolise des valeurs et un mode de vie bien précis.
Les autres personnages sont très intéressants pour la plupart. Les nourrices, le révérend, les chevaliers nous permettent de nous glisser dans le château de Mallaig et de suivre ses intrigues avec beaucoup de plaisir.

Au niveau de l'écriture, si le style n'a rien d'extraordinaire, il crée une atmosphère qui permet de bien s'imaginer le monde que nous décrit Diane Lacombe. J'ai apprécié aussi la double narration. Celle de Gunelle, qui nous rapproche du personnage, nous fait l'aimer, et celle de l'auteur, qui nous permet de prendre du recul et de nous pencher sur les autres personnages. 

Seul bémol, la fin. Je l'ai trouvée un peu longue, et Diane Lacombe démêle son intrigue avec des ficelles un peu énormes. C'est également dans les cent dernières pages que se trouvent des passages franchement nunuches, et inutiles à l'histoire.
Mais l'ensemble m'a vraiment captivée, je l'ai lu d'une traite.

A noter que ce roman fait partie d'une trilogie, dont j'espère lire prochainement le second opus (et dont la couverture est magnifique^^).

L'avis de Beloved/La liseuse

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19 juin 2007

Agnès Grey ; Anne Brontë

31M4HGZ6NWL

Éditions Gallimard ; 298 pages.
8 euros.

L'histoire :

Agnès Grey est la fille d'un pasteur de campagne ruiné. Afin de soulager un peu ses parents, elle décide de s'engager comme gouvernante auprès de deux familles successives, auprès desquelles elle apprendra la réalité de la vie, puis l'amour.

Mon avis :

Ces derniers temps, j'ai envie de me replonger dans l'univers des soeurs Brontë, dont je ne connais pas grand chose, même si l'une d'entre elles a écrit mon roman préféré. J'ai donc choisi ce titre, qui m'a fait découvrir le talent de la dernière des soeurs Brontë.

Il est évident qu'à côté des oeuvre de Charlotte et Emily, Agnès Grey est tout sauf flamboyant. Mais cela s'explique aussi par le fait que le genre n'est pas vraiment le même. Alors que les romans de ses soeurs sont des chefs d'oeuvre où l'ambiance gothique est présente à chaque page, et où les sentiments des personnages et du lecteur sont mis à dure épreuve, Anne Brontë nous livre un roman beaucoup plus sage à première vue. D'ailleurs, il semblerait que ce ne soit pas vraiment un roman, mais plutôt une autobiographie un peu remaniée. Anne Brontë a elle même été gouvernante, et a aimé un jeune vicaire (même si ça s'est mal fini...).
La narration de ce livre m'a un peu rappelé celle de Jane Eyre, peut-être parce qu'étant soeurs, Charlotte et Anne employaient un langage assez similaire. De plus, Agnès Grey est une gouvernante, qui comme Jane Eyre, raconte son histoire.
Ce roman n'est pas une histoire pleine de rebondissements, avec des fantômes qui tapent aux fenêtres, ou des épouses enfermées dans une aile secrète. Pourtant, je me suis passionnée pour le récit de cette jeune femme intelligente bien que inexpérimentée qu'est Agnès Grey.
A nous, elle explique le métier de gouvernante, qui peut sembler respectable, mais qui est toutefois méprisé par les personnes qui ont les moyens de s'en offrir une. Anne Brontë appuie également sur le paradoxe qui existe entre une société fondée sur la religion et la morale, et le comportement frivole et cruel de ceux qui en ont tiré leur parti. 
J'ai été révoltée par l'attitude stupide des Bloomfield puis des Murray à l'égard de Miss Grey. Étrangement, la patience angélique de Miss Grey ne m'a pas exaspérée. Ses malheurs, ses doutes à propos de Mr Weston, dont elle tombe amoureuse me l'ont rendue très sympathique, et je n'ai pas eu de mal à me mettre à sa place. La voir trouver le bonheur m'a donc fait très plaisir.

Ce livre très court m'a complètement charmée. Malgré ses allures austères, Anne Brontë y a mis un regard plein de bon sens sur la société dans laquelle elle a vécu.

516BF3HDZPLA noter que je vous ai mis l'édition Gallimard parce qu'elle propose le roman seul, mais je ne saurais trop vous conseiller de vous offrir les oeuvres complètes des soeurs Brontë chez Bouquins.

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18 juin 2007

Sonnet 116 ; William Shakespeare

Pour les amoureux de cette scène magnifique de l'adaptation du roman de Jane Austen...

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Raison et Sentiments ; Film de Ang Lee

Sonnet 116

Je ne veux à l'union de deux âmes sincères
Admettre empêchement. L'amour n'est point l'amour
S'il change en trouvant ailleurs le changement,
Ou s'éloigne en trouvant en l'autre l'éloignement.
Oh non ! il est un phare au regard immuable
Fixé sur la tempête et jamais ébranlé !
Pour tout navire errant il est l'astre qui guide,
Dont on prend la hauteur, mais ne sait l'influence.
L'amour n'est point le jouet du Temps, dont la faucille
Emporte en son croissanr les joues et lèvres roses ;
Il n'est pas altéré par les jours, les semaines,
Mais endure et survit jusqu'à la fin des temps.
Si ceci est une erreur, contre moi démontrée,
Nul n'a jamais aimé et je n'ai rien écrit.

William Shakespeare (traduction Robert Ellrodt)

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11 juin 2007

Vacances...

turner_paysage2_1_Je vous laisse quelques jours, je pars me ressourcer un peu. Depuis quelques semaines, il y a moins d'activité sur ce blog. Je suis assez fatiguée par l'année qui vient de s'écouler, et je dois réfléchir à celle qui vient.
Moins de temps pour lire donc, et ce temps je le consacre en partie aux relectures. Mais je ne vous quitte pas, j'ai juste un peu besoin d'air.
Je voulais aussi dire au revoir à notre chère Cuné, dont on ne pourra plus lire les billets quotidiens et qui ne nous fera plus profiter de sa bonne humeur constante aussi souvent qu'on le voudrait.   

Voilà, je n'ai pas beaucoup d'inspiration aujourd'hui^^
Bonne semaine à tous !

J.M.W. Turner ; Paysage avec une rivière et une baie au loin

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08 juin 2007

Le château de Hurle ; Diana Wynne-Jones

51D2T5WN1WLÉdition Pocket Jeunesse ; 406 pages.
6,70 euros.

" Aînée de trois filles, Sophie vit dans le royaume d’Ingary, un univers où la magie fait partie du quotidien. Forcée de rentrer dans la vie active à la mort de son père, elle se croit condamnée à mener une existence insipide lorsque l’étrange château du magicien Hurle apparaît dans le paysage. Futur dessin animé du japonais Miyazaki, l’auteur de Princesse Mononoké, Le Château de Hurle est à inscrire dans la lignée de Harry Potter : beaucoup d’humour et de suspense, un peu de romance, beaucoup de magie et une vraie qualité d’écriture. "

Beaucoup d'entre nous doivent connaître cette histoire, même sans le savoir. En effet, il s'agit du roman dont Hayao Miyazaki a tiré le film, Le château ambulant. Il n'est pas évident de détacher les deux supports, d'autant plus que j'ai fait cette lecture en étant complètement imprégnée par le film.

Mais même en connaissant le film par coeur, il est intéressant de lire ce livre, parce qu'il est très différent de l'adaptation de Miyazaki.
Naturellement, on en apprend plus sur les personnages, et on comprend mieux certains points qui ne sont que brièvement mentionnés dans l'adaptation. Les personnages que l'on connaît déjà sont assez différents du film. Sophie a beaucoup plus mauvais caractère, est un peu sorcière aussi. Hurle est parfois exaspérant, et ses faiblesses sont beaucoup plus appuyées que dans le roman.
Ce sont aussi de nouveaux personnages qui apparaissent, de nouveaux lieux, et donc une intrigue nouvelle.   
Et alors que les choses sont claires très rapidement dans le film, elles sont davantage voilées dans le livre. La relation entre Sophie et Hurle est assez difficile à suivre, car Hurle en sait beaucoup plus que ce qu'il ne le laisse penser. Quant à Sophie, elle passe son temps à dire du mal du magicien.

En fait, plus on avance dans le livre, plus on perd de vue les repères que l'adaptation nous avait donnés. C'est un peu déstabilisant, et c'est un peu pour cela que je n'aime pas trop lire les livres après avoir vu leur adaptation. Toutefois, l'histoire que nous raconte Diana Wynne Jones est vraiment amusante, et c'est avec beaucoup de plaisir que je l'ai suivie.

L'avis de Virginie.

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05 juin 2007

Méditations...

ophelia6_1_Depuis quelques temps, certains de mes billets me contrarient un peu. En fait, je rédige mes "critiques" tout de suite après ma lecture. Si certaines ne sont mises en ligne que quelques jours plus tard, j'essaie toujours de les écrire "à chaud", afin de retenir toutes les remarques que j'ai pu me faire au cours de ma lecture.
En de très rares cas (3 je crois), quelques jours après, mon avis ne correspond plus tout à fait voire plus du tout à ce que j'ai écrit. Jusque là, il ne s'agissait que de livres dont j'avais dit du bien.
Autre problème, et cela concerne les billets où j'ai émis quelques réserves, j'ai parfois le sentiment de m'être mal exprimée, d'avoir été trop virulente.

Je me pose des questions. D'un côté, mon ressenti est très personnel, d'autres ne pardonneront peut-être pas ce que je reproche de plus en plus faiblement à certains livres. Du coup, refaire ma "critique" et écrire "Ce livre est magnifique" serait un peu trompeur.
Mais je me dis aussi que je ne suis pas là pour répondre à la question " Est-ce un bon livre ? ", mais pour vous dire si tel ou tel livre a bouleversé ou non ma petite personne. 
Je me demande aussi si je ne devrais pas attendre un peu avant de poster mes avis, si c'est normal que mon avis évolue, s'il n'y aurait pas d'une certaine façon un manque de sincérité de ma part, et pourquoi je manquerais de sincérité.

Je sais, je me pose beaucoup de questions, mais j'avais envie d'en parler, de savoir si je suis la seule à avoir ce genre de problèmes (et accessoirement si je me prends trop la tête^^).

(Peinture : La mort d'Ophélie, J. W. Waterhouse)

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04 juin 2007

La vallée des larmes Tome 1 ; Sonia Marmen

511nMH8OP6LÉdition J'ai Lu ; 701 pages.
8,40 euros.

Lettre "M" Challenge ABC 2007 :

" "Il se dégageait de cet homme une force tranquille, mais, en même temps, une rage contenue qu'une simple petite étincelle ferait exploser. Qui était-il vraiment ? [...] N'ayant plus rien à perdre, je lui avais aveuglément confié ma vie. Je ne le regrettais pas. "
À la fin du XVIIe siècle, en Écosse, la jeune Caitlin est domestique chez le terrible lord Dunning qui fait de sa vie un enfer. Ce soir-là, Caitlin le poignarde. Dans sa fuite, elle rencontre Liam Mcdonald, un Highlander qui était prisonnier au manoir. Leurs destins liés, ils regagnent le village de Liam dans les Highlands où Caitlin découvrira un peuple courageux et fascinant...
Dans cette contrée de légendes et de violence, au cœur d'une nature sauvage et belle, un grand roman d'amour et d'aventures. "


C'est chez Allie que j'ai découvert cette série de romans historiques. J'aime bien lire quelques romans de ce genre de temps en temps, et toutes les critiques étaient extrêmement positives. Je me suis donc fait offrir il y a quelques mois les deux premiers tomes, avec la ferme intention de me jeter dessus. Sauf que, les cinquante premières pages ne m'ont pas emballées. J'ai donc reposé ce livre, pour ne le ressortir que ce week-end. Cette fois, je l'ai dévoré, même s'il ne m'a pas complètement convaincue.

J'ai beaucoup aimé le fait de retourner en Ecosse après avoir lu L'appel du passé. Le gros point fort du livre est son côté historique (heureusement, c'est le plus important pour un livre qui se veut historique...). Outre le décor, Sonia Marmen nous raconte certains épisodes de l'histoire de l'Ecosse par le biais de dialogues entre ses personnages. Mais c'est surtout à travers la personnalité de Caitlin, de Liam, et des autres, que Sonia Marmen nous entraîne dans l'Ecosse de la fin du XVIIe, où l'on parle le gaëlique, où l'on croit aux fées et où les Highlanders tentent d'affirmer leur culture face à l'occupant anglais.

Cependant, j'ai trouvé que Sonia Marmen en faisait trop sur certains plans. Trop de "putain de merde", trop de "fils de pute". J'ignore si ces expressions étaient courantes ou pas en Ecosse à la fin du XVIIe. Je me doute bien que le registre soutenu ne devait pas être employé par tout le monde. Il n'empêche que la façon dont ces insultes parsèment le livre me donnaient davantage l'impression d'être dans une rue de Paris au XXIe siècle qu'au milieu des Highlands, sous Guillaume d'Orange.
Surtout, il y a trop de clichés. La jeune fille violée qui se fait sauver par un homme au regard irrésistible dont la femme et le fils son morts, qui en tombe amoureuse, mais qui craque aussi sur le petit frère, lequel a une fâcheuse tendance à apprécier les jeunes filles que ramène son frère... Et je ne vous parle pas de la belle Meghan qui aime Liam, mais qui a aussi couché avec C., et avec E., et puis I., dont le père n'est pas le père parce que la mère a eu une liaison avec le père de Truc et Bidule...
J'avoue que je vous présente les choses de manière un peu grossière, et je mentirais en disant que ces histoires abracadabrantesques ne m'ont pas touchée. Ces personnages qui font ce livre, je les ai aimés, je me suis inquiétée pour eux, j'ai souffert avec eux. Ces nombreux drames qui ponctuent l'histoire, et qui me semblent un peu énormes, ont aussi pour but, à mon avis, de montrer la fragilité des choses aquises. De plus, les romans historiques contiennent souvent beaucoup de guimauve (et mon côté fleur bleue n'y est pas insensible...).

Toutefois, je ne suis pas aussi enthousiaste que les critiques que j'ai lues ici et là, et qui étaient toutes excellentes. Et j'ai beau avoir le Tome 2, je pense que j'attendrais un peu avant de le lire.

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