17 avril 2009

Portrait de lectrice et Passe ton livre à ton voisin

Avec le printemps il souffle un vent de rangement dans les bibliothèques de la blogosphère.

Loula a lancé le principe du passe ton livre à ton voisin, qui consiste à :

-Choisir un livre qui nous fait envie parmi la sélection d'un autre blogueur.
-Proposer à son tour une sélection de trois titres que l'on n'a plus envie d'avoir sur nos étagères.

J'ai choisi Mort à crédit chez Manu, donc je vous propose trois livres, que je n'ai pas lus et qui ne me font plus envie :

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La marque de Winfield : Ken Follett et moi avons beaucoup de mal à nous entendre. Je l'ai commencé il y a longtemps, mais je n'ai aucune envie de le reprendre. Lou avait adoré.
Les choses de la vie de Paul Guimard, adapté au cinéma par Claude Sautet, avec Romy Schneider.
Le lys d'or de Philippe Sollers.

Le Follett est en excellent état, les deux autres avaient été achetés d'occasion, mais ils sont en bon état quand même. Le premier arrivé est le premier servi.


J'ai aussi été taguée par Lou et Ofelia :

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Jeune fille lisant, Franz Eylb

-Plutôt corne ou marque-page ?

En fait, je ne suis vraiment ni l'un ni l'autre. J'utilise des marque-page, mais je suis capable la plupart du temps de me rappeler où j'en étais. Ou sinon, ça ne me dérange pas de laisser un livre couché, par terre près de mon lit.

En revanche, j'ai une manie : j'ai très souvent des post-it spéciaux pour les livres à portée de main. Ils me permettent de retrouver tous les passages que j'ai aimés très facilement. Avant, je surlignais au feutre bleu, mais c'était moins pratique.

-As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?

Oui, mais de moins en moins. Je me retrouve très souvent avec des doublons, ou alors avec des livres que je dois aller échanger le lendemain, parce que je n'ai absolument aucune envie de les lire.

-Lis-tu dans ton bain ?

C'est sans doute le lieu où je lis le plus. Je n'ai jamais fait tomber un seul livre dans l'eau, je n'ai que quelques gouttes d'eau à déplorer. Comme vous avez pu le constater depuis le début de ce questionnaire, je ne suis pas particulièrement soigneuse avec mes livres (en revanche, je déteste que quelqu'un d'autre les martyrise).

-As-tu déjà pensé à écrire un livre ?

Non, je n'écris pas du tout d'ailleurs, je suis 100% lectrice, et je me contente de me raconter les histoires que je veux voir quand j'ai un roman entre les mains. 

-Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ?

Il me semble que les séries sont beaucoup plus courantes dans les genres autres que dans la littérature blanche (j'ai appris ce terme récemment, alors je m'en sers^^), donc je n'en ai pas lu des masses. J'aime bien en général, mais il me faut une coupure de plusieurs mois entre les tomes la plupart du temps. Sinon, j'ai tendance à me lasser.

-As-tu un livre culte ?

J'ai toujours (enfin, depuis presque dix ans) placé Les Hauts de Hurle-Vent en haut de la liste de mes livres préférés, mais depuis quelques mois j'ai davantage le sentiment que je l'aime pour ce qu'il représente que parce qu'il demeure le livre qui m'a le plus bousculée. Il fait et fera toujours partie des romans qui ont marqué ma vie de lectrice, mais disons qu'il n'est plus tout seul.

-Aimes-tu relire ?

Oui, et je le fait assez régulièrement. Mes livres préférés sont des romans qui m'apportent des choses nouvelles à chaque lecture, donc je n'hésite pas. 

Parfois, je suis déçue. J'ai relu récemment Nord et Sud d'Elizabeth Gaskell (qui, certes, n'a jamais figuré parmi mes romans préférés, même si j'en gardais un excellent souvenir), et certains aspects m'ont gênée. Je préfère désormais l'adaptation, même si ma relecture n'a pas été atroce pour autant.

Je relis aussi des livres que je n'ai pas aimés, que je n'avais pas compris, ou que mes amis m'ont conseillés. Parfois, mon avis change. J'ai des livres que j'affectionne parce qu'ils ont été les préférés d'un de mes amis, même si je ne les aimais pas avant. C'est le cas de Les petits enfants du siècle de Christiane Rochefort. Je me souviens m'être dit que je n'avais jamais mis autant de temps à lire un livre aussi court, mais je l'ai relu parce qu'il était le livre préféré de ma meilleure amie de l'époque, et du coup j'avais mieux aimé ensuite.

C'est d'ailleurs une question que je me pose souvent en navigant sur la blogosphère. On y entend peu parler de relectures pour des raisons évidentes (j'imagine bien Yue Yin faire trente billets sur Orgueil et Préjugés chaque année...), mais j'aimerais bien connaître les livres relus des autres blogueurs. Même si on ne l'avait pas compris à la première lecture, le fait de relire donne une bonne idée des titres qui nous sont vraiment chers.

-Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu’on a aimés ?   

Ça ne m'est jamais arrivé de rencontrer un auteur que j'ai aimé : la plupart sont morts ou étrangers de toute façon. Et puis, comme j'ai peur des gens, je n'aurais sûrement rien à leur dire.

-Aimes-tu parler de tes lectures ? 

Oui !! Je pense que vous l'aviez compris... Mais disons que j'ai toujours peur de passer pour une folle auprès des gens que je fréquente. Même quand je sais qu'ils adorent parler bouquins, j'ai peur de les endormir. Être passionné de cinéma est beaucoup mieux vu que passer son temps à lire, et j'ai souvent l'impression de passer pour une mémère à chat... 

- Comment choisis-tu tes livres ?

Comme beaucoup, en flânant sur les blogs ou en librairie, un peu à la bibliothèque, au gré de mes envies aussi. J'ai aussi des coups de sang. En ce moment, j'ai envie de lire tous les romans français du XIXe qui me tombent sous la main. En général, je constate que mes lectures se suivent de façon assez logique. Je ne passe pas en permanence d'un siècle et d'un pays à l'autre. 

-Une lecture inavouable ?

J'y réfléchis depuis que je vois ce tag circuler, mais je ne vois vraiment pas...

-Des endroits préférés pour lire ?

Mon bain ! Dans mon lit, au bord de l'eau, sur le canapé, très peu dans les transports. Je n'aime pas être autrement qu'allongée quand je lis en général. J'ai déjà du mal à écrire sur un bureau, alors bouquiner...

-Un livre idéal pour toi serait :

Il y en a déjà : ceux qui ont tout compris, ceux qui m'ont fait pleurer ou qui m'ont réconfortée.

-Lire par dessus l’épaule ?

Je ne supporte pas qu'on me le fasse, mais j'aime bien quand c'est moi qui m'y colle ! Cela dit, je n'en ai pas souvent l'occasion... Et il ne s'agit que de magazines ou de journaux.

-Télé, jeux vidéos ou livre ?

Je regarde peu la télé, je ne joue strictement jamais à des jeux vidéos, donc livre sans hésitation. Je ne passe pas ma vie à lire non plus. J'ai des séries ou des films que j'adore, et j'aime aussi beaucoup flâner.

-Lire et manger ?

Non, ça me déconcentre... D'ailleurs, manger dans mon bain...

-Lecture en musique, en silence, peu importe ...

J'aime mieux le silence, mais j'ai remarqué que j'arrive assez facilement à me couper du bruit quand je bouquine.

-Lire un livre électronique ?

Jamais essayé, et je ne suis pas vraiment tentée. En fait, je vois le livre électronique plus comme un outil de travail.

-Livres empruntés ou livre achetés ?

Achetés, presque systématiquement. J'ai du mal à avoir le réflexe d'aller en bibliothèque pour mes lectures loisirs. La plupart des livres que je crève d'envie de lire existent en poche, et sinon je vais chez Gibert. Mais j'essaie de me soigner un peu. 

- Le livre vous tombe des mains : aller jusqu’au bout ou pas ?

Ca dépend. Je choisis de mieux en mieux mes lectures, donc je me retrouve assez peu en situation vraiment critique. Quand je m'ennuie vraiment, j'ai plutôt tendance à continuer afin de terminer le livre le plus vite possible. Ca m'est arrivé récemment avec A moi pour toujours de Laura Kasischke.

- Le livre que vous ne pouvez pas voir en peinture ?

Un livre de nouvelles de Selma Lägerlof. J'ai lu la première, et je l'ai haïe. Pourtant, je suis sûre que je peux aimer cet auteur. Mais ce livre, si je le retrouve dans mes cartons de livres, je le jette.

- De quel personnage de roman aimeriez-vous avoir la vie et pourquoi ?

Je rencontre souvent dans les livres des personnages qui sont un peu des reflets de ma propre vie, mais je ne suis pas eux, donc je sais très bien que je ne pourrais pas mener la même existence.

Votre bibliothèque est-elle bien organisée (classement par genre, par édition ou par ordre alphabétique) ou bien est-ce un véritable capharnaüm?

Alors, j'ai une bibliothèque consacrée à la littérature anglo-saxonne classique et à la littérature américaine, avec des coins aménagés pour certains auteurs (les seuls pour qui je mélange les livres en anglais et ceux en français), une bibliothèque avec la littérature jeunesse, mes livres en anglais, mes livres grand format et mes Libretto, mes policiers et une partie de ma Pal (un vrai capharnaüm pour cette section). Par terre contre le mur, j'ai des piles de livres non lus. Dans des caisses, j'ai plein de livres que je ne relirai sûrement pas, mais que je n'arrive pas à vendre. J'ai aussi une bibliothèque avec la littérature française classique, contemporaine, allemande, la science fiction/fantasy/fantastique en poche et en français (soit environ cinq livres...). Au dessus de mon armoire, j'ai encore des grands formats, et j'ai une bibliothèque pour mes livres de cours.

Pour le classement à l'intérieur des sections, il est censé être alphabétique, mais ce n'est pas toujours le cas...

-Quel est le livre que tu lis actuellement et quel sera le prochain ?

Je suis plongée dans Mémoires de deux jeunes mariées de Balzac. Je me régale, et je pense lire ensuite Ferragus, toujours de Balzac, que je suis supposée avoir terminée depuis l'été 2007...

Je tague qui veut !
 

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15 avril 2009

Le père Goriot ; Honoré de Balzac

resize_4_Pocket Classiques ; 378 pages.
1835.

Je suis loin d'avoir lu toute la Comédie Humaine, mais j'aime énormément Balzac. Pour une raison inexplicable, je pensais que Le Père Goriot était un roman raté de l'auteur. Il est beaucoup étudié dans le secondaire, j'imagine que certains de mes camarades ont dû souffrir dessus. Il a fallu qu'Erzébeth fasse un billet plus qu'élogieux dessus pour que je me décide à l'acquérir, et encore plusieurs mois avant que j'éprouve l'envie de le lire.

1819. Nous sommes dans la pension Vauquer, une misérable institution où se côtoient des individus au train de vie modeste, mais qui ne manquent pas d'ambition. Parmi eux, le père Goriot est l'objet de taquineries perpétuelles. Après avoir eu pendant quelques temps des allures de riche homme, il semble de plus en plus en proie à des difficultés financières. Son malheur vient de deux femmes que les autres occupants de la pension imaginent être des courtisanes, mais qui s'avèrent être les filles du père Goriot. Ce dernier les a très richement mariées, et depuis, elles le dédaignent et ne viennent le voir que lorsqu'elles ont besoin d'un argent qu'elles ne peuvent demander à leurs maris. Goriot, aveugle car très aimant, cède à tous leurs caprices.
Nous faisons la connaissance des deux femmes par le biais d'un autre pensionnaire de Madame Vauquer, Eugène de Rastignac. Ce jeune provincial, issu d'une famille noble désargentée, parvient à entrer dans les meilleurs cercles de la société de Saint-Germain grâce à la vicomtesse de Beauséant, sa cousine éloignée. Il devient l'amant de Madame de Nucingen, la cadette des filles Goriot, ce qui lui attire les affections du vieillard. 

Voilà l'un des meilleurs livres de Balzac que j'ai lus. Le Père Goriot est un texte incroyablement vivant, ironique, foisonnant. Il ne se contente pas de suivre le malheureux vieillard qui se laisse ruiner par ses filles et de nous offrir une réflexion sur la paternité. C'est toute la société de Saint-Germain qui est passée à la loupe, avec d'innombrables clins d'oeil aux autres romans de l'auteur. J'ai une folle envie de me replonger dans La duchesse de Langeais, je vous parle bientôt de Gobseck, et il me faut La femme abandonnée. Sans parler de Rastignac et de Vautrin, qui sont parmi les personnages balzaciens les plus célèbres, et que je meurs d'envie de retrouver.
On ne s'ennuie pas une seconde tellement les destins abordés sont nombreux. Le paraître, les intrigues amoureuses ou autres, le mariage, l'amitié, sont développés dans un portrait très cynique de la société de Saint-Germain (la pension Vauquer n'est pas non plus épargnée). Cette pauvre vicomtesse de Beauséant, qui tient un salon où tout le monde veut paraître, et qui est finalement jetée à tous ces vautours venus contempler son coeur brisé, j'en ai encore mal pour elle... Si j'aime tant les personnages de Balzac, c'est parce qu'il a beau les décrire comme étant la représentation physique de ce qu'ils sont intérieurement, ils n'en sont pas caricaturaux pour autant. On les voit odieux puis misérables, parce qu'ils vivent finalement tous dans un milieu où les gens se mangent entre eux. J'imaginais que les filles de Goriot étaient de véritables mégères. Après lecture de ce roman, je n'approuve évidemment pas leur comportement. Mais elles ont leur part de malheur, et Goriot pense lui même qu'il est en partie responsable de sa situation.
Je me demande vraiment comment Rastignac va tourner dans cette société pourrie, et les suggestions de Bianchon concernant la décoration d'une certaine tombe m'ont fait beaucoup rire. La fin est vraiment plombante, même si Balzac nous offre comme d'habitude une petite pique pour achever son texte.

Si vous voulez lire cet auteur, ce livre me semble être une parfaite introduction à son oeuvre. Il ne comporte aucune longueur, la présentation de la pension Vauquer est juste jouissive, et il est de plus en plus difficile de poser ce roman au fur et à mesure qu'on avance dans l'intrigue. En plus, si j'en crois tous les commentaires lus ici et là sur la blogosphère, Vautrin est un vrai tombeur (même si j'avoue préférer Rastignac pour l'instant).

Les avis d'Erzébeth , d'Isil et de Yue Yin.

13 avril 2009

L'ensorcelée ; Jules Barbey d'Aurevilly

51WD01N0VJLFolio ; 309 pages.
1854.

Madame Bovary ne me séduisant pas vraiment (mais promis, je le lirai), j'ai décidé de me plonger dans ce livre acheté il y a deux ans et dont j'avais déjà lu le début (je lis parfois le début d'un livre avant de le reposer, même s'il me plaît, j'ignore pourquoi). 
Si vous ouvrez ce livre, ne lisez surtout pas la quatrième de couverture. Il raconte toute la fin...

Nous sommes dans l'ouest normand, au milieu du XIXe siècle. Le narrateur revient de Coutances, où il a passé quelques jours pour affaires, et s'apprête à traverser la lande de Lessay, sur laquelle circule toutes sortes de rumeurs de sorcellerie et de brigandage. Alors que la nuit va tomber, notre narrateur fait une halte au cabaret du Taureau rouge, où la patronne lui donne pour compagnon de voyage maître Tainnebouy, un fermier qui se rend dans la même direction que lui. A mi-chemin, alors que la pénombre est de plus en plus forte, la jument de maître Tainnebouy se blesse, contraignant les deux hommes à s'arrêter. Le fermier confie alors au narrateur sa crainte d'être victime d'un sortilège lancé par l'un des pâtres errants qui hantent la lande.
A minuit, le son d'une cloche se fait entendre, annonçant une messe injustifiée dans l'abbaye de Blanchelande. Maître Tainnebouy explique à notre narrateur que l'église est hantée. En effet, celui qui tente de dire la messe est mort depuis bien longtemps.
Commence alors le récit d'une histoire qui a marqué la presqu'île du Contentin pendant la Révolution. Après avoir chouanné, Jéhoël de la Croix-Jugan, un prêtre autrefois aussi beau que Saint-Michel, a tenté de se suicider par balles, anéanti par la défaite. Il ne sera que défiguré et, bien que suspendu provisoirement de l'Église, il doit assister aux offices dominicaux qui se tiennent à Blanchelande. Ainsi, il rencontre Jeanne Le Hardouey, fille d'une ancienne famille noble décimée, et épouse pour sa honte d'un fermier certes riche, mais qui a acquis son bien honteusement. Dès sa première rencontre avec l'abbé de la Croix-Jugan, Jeanne est ensorcelée par cet homme. L'amour qui naît en elle, dans un contexte aussi tendu que la Révolution, la plongera, ainsi que toute la contrée, dans des tourments dramatiques.

Voilà un roman pour le moins troublant ! Il ravira à coup sûr les amateurs de romans à l'ambiance gothique, car la lande est isolée, désolée, hantée, témoin de faits terribles et inexplicables. Je disais dernièrement que Maupassant écrivait merveilleusement bien, Barbey d'Aurevilly n'a pas non plus à rougir de ce côté là. Son style donne davantage une impression de vieilli, mais il est tout aussi poétique, et s'adapte parfaitement à l'histoire racontée ici.   
L'atmosphère tourmentée qui ressort s'explique par la situation de la région de Blanchelande. La défiance hante toujours les esprits, puisque les Chouans et les Bleus s'y sont affrontés durement, et que les vestiges de ces combats, symbolisés par des individus, sont toujours emplis de violence et de haine. L'envoûtement dont est victime Jeanne Le Hardouey constitue un prétexte pour régler les comptes qui ne l'ont pas été durant la Révolution, et permet des scènes absolument abominables. Les superstitions et l'amour des rumeurs des gens de Blanchelande exacerbent aussi les craintes et permettent aux individus de dérouler une cruauté et un côté bestial effrayants. Les romans empruntant au genre gothique que j'ai lus jusque là m'avaient fait sourire. Cette fois, j'ai vraiment frissonné. Tout est vraiment sens dessus dessous dans cette histoire. Les anciens chouans ne sont étrangement pas de grands catholiques. Il faut attendre le drame pour que la Clotte, ancienne courtisane, éprouve le besoin "brûlant et affamé d'une prière".
Je ne pense pas que j'aurais apprécié l'homme chez Jules Barbey d'Aurevilly. Du peu que j'en sais, il ne partageait pas vraiment les mêmes idéaux que moi. L'évolution de la société française est critiquée dans ce livre et je suis une athée convaincue. Mais ici, cela permet de créer une distance extrême entre les groupes d'individus, et donc d'expliquer la tension décrite. Et si le progrès avait atteint les landes, ce livre ne serait pas aussi puissant.
Le pire est qu'au final, L'ensorcelée se révêle être un roman frustrant, qui n'offre aucune réponse au lecteur. Au lieu d'une explication, nous avons droit à des révélations supplémentaires, qui achèvent de nous briser le coeur. 

Un livre que j'ai donc trouvé fascinant et assez difficile. J'ai du mal à le rattacher à des lectures précédentes, ce qui me pertube encore plus, tout en me donnant très envie de persévérer avec cet auteur.   

10 avril 2009

Une vie ; Guy de Maupassant

untitledLe Livre de Poche ; 256 pages.
1883.

Je crois que je n'avais rien lu de Maupassant depuis le lycée. J'avais seulement lu quelques nouvelles, que j'avais beaucoup aimées, mais qui ne m'avaient pas donné l'envie de replonger dans cet auteur. Mais j'ai tous les ans des envies de classiques français au printemps, alors je me suis dit que c'était l'occasion de renouer.

1819. Jeanne vient de sortir du couvent, et elle est une jeune femme pleine d'espérances. Avec ses parents, elle retourne dans la demeure familiale des Peuples, en Normandie. Là-bas, les fauteuils du salon représentent les Fables de La Fontaine, et les tentures de sa chambre évoquent des amours mythiques. La pluie fait place au beau temps, et la campagne semble pleine de promesses.
Lorsqu'elle rencontre le jeune et séduisant Julien de Lamare, Jeanne ne tarde pas à développer pour lui des sentiments comme elle en avait imaginé dans ses rêves. Ils se marient, et partent en Corse pour leur voyage de noces.
La complicité qu'ils développent est alors totale, mais éphémère. Dès leur retour aux Peuples, l'existence de Jeanne commence à sombrer.
Sa vie sera dès lors rythmée seulement par des évènements très ponctuels, douloureux, remplaçant ses rêveries par l'image d'un "avenir clos".

Etrangement, pour ne pas dire, de façon inquiétante, la première référence qui m'est venue à l'esprit en lisant ce livre, a été Flaubert. Autrement dit, l'auteur qui a failli me faire mourir d'ennui et me dégoûter de la lecture avec L'éducation sentimentale. Bon, il est vrai que j'ai pensé à ce roman seulement plus loin dans le livre, et en me disant qu'Une vie était quand même vachement mieux (pas bien compliqué). Mais pour moi, penser à Flaubert, même quand il ne s'agit pas de L'éducation sentimentale, c'est mauvais signe (je n'y peux rien, d'ailleurs je lis en ce moment même Madame Bovary pour prouver ma bonne volonté). Je vous sens complètement perdus là, donc je m'explique : si j'ai pensé à Flaubert très vite, c'est parce que Jeanne et sa mère m'ont fait penser à Emma (sur laquelle je n'avais que des a priori avant aujourd'hui). Ecoutez les tendres délires de cette chère Jeanne à propos de son futur amoureux :

"Elle savait seulement qu'elle l'adorerait de toute son âme et qu'il la chérirait de toute sa force. Ils se promèneraient par les soirs pareils à celui-ci, sous la cendre lumineuse qui tombait des étoiles. Ils iraient, les mains dans les mains, serrés l'un contre l'autre, entendant battre leurs coeurs, sentant la chaleur de leurs épaules, mêlant leur amour à la simplicité suave des nuits d'été, tellement unis qu'ils pénètreraient aisément par la seule puissance de leur tendresse, jusqu'à leurs plus secrètes pensées."

Maupassant a vraiment dû s'éclater en écrivant ce passage (et encore, je ne vous ai pas tout mis)...
Quant à la baronne Le Perthuis des Vauds, elle lit Corinne de Mme de Staël (que je compte également lire depuis peu), et apprécie beaucoup de se replonger dans ses souvenirs heureux.
Si j'ai quand même tenu à continuer, malgré ma peur de me retrouver chez un nouveau Flaubert, c'est d'abord pour le style de Maupassant. J'ai rarement lu un livre aussi bien écrit, aussi poétique, qui me fait  à ce point ressentir ce qu'il décrit. Etant donné l'entourage littéraire de Maupassant, cet aspect n'est pas forcément surprenant, mais il n'en est pas moins jouissif. L'environnement ne fait qu'un avec l'humeur de Jeanne. Plus on avance dans sa vie, et plus les hivers semblent longs et nombreux. Au début, quand l'amour est encore là, on peut apprécier la sensualité présente dans ce livre :01921_eugene_delacroix_1_

"Cambrant sous le ciel son ventre luisant et liquide, la mer, fiancée monstrueuse, attendait l'amant de feu qui descendait vers elle. Il précipitait sa chute, empourpré comme par le désir de leur embrasement. Il la joignit ; et, peu à peu, elle le dévora."

Cela peu paraître étrange pour quelqu'un qui vient de finir un livre de Bukowski, mais j'ai été surprise par l'audace de Maupassant vis à vis de la sexualité. Certes, ma connaissance de la littérature française du XIXe siècle est très limitée, mais je n'ai pas le souvenir d'avoir lu des ouvrages évoquant aussi explicitement l'acte sexuel (je parle des auteurs dans la lignée de Maupassant, pas de Sade et compagnie). Avec Une vie, on pénètre dans la chambre conjugale. On a une description claire de la nuit de noces. La jouissance féminine est aussi évoquée, et Maupassant nous indique les surnoms que donne Julien aux parties intimes de son épouse.
A travers cela, l'auteur nous parle de la condition des femmes : Jeanne est complètement ignorante de ce qui se rapporte au sexe quand elle épouse Julien. Sa mère refuse de lui en parler, par gêne, et son père ne bafouille que quelques mots inutiles en guise d'explications le jour du mariage de sa fille. Par conséquent, la jeune fille, qui en plus est plutôt du genre longue à la détente, n'a aucun moyen de comprendre pourquoi, alors qu'ils sont déjà mariés, Julien lui promet qu'elle sera sa femme le soir de leurs noces. Et je ne vous parle même pas de ses connaissances sur comment on fait les enfants... ma_destinee_1_
Le récit se déroule à partir de 1819, mais Maupassant écrit un roman qui soulève bel et bien les questions de son temps. Outre la sexualité, la religion est évoquée, de façon quelque peu ambigüe d'ailleurs. La description des moeurs normandes que l'on trouve dans ce roman, les découvertes de nombreux adultères par Jeanne, laissent penser que le catholicisme a perdu du terrain. Mais le nouveau curé, la réaction hypocrite des gens lorsque l'on renonce à faire faire sa communion à Paul, et même Jeanne elle-même, tendent à faire penser le contraire.
Elle est vraiment très sage cette Jeanne, qui supporte toutes les actions de son mari sans broncher ou presque, qui se laisse embobiner par un curé fanatique jusqu'à ce qu'il commette l'irréparable, et qui laisse finalement la vie la piétiner. J'ai parfois eu envie de la secouer, de l'obliger à se révolter, de l'empêcher de plonger un peu plus profond dans le néant de sa vie.
La fin m'a arraché un dernier sourire, parce que tout n'est pas noir non plus. Et rien n'est ennuyeux. J'ai absolument adoré ce livre, même si mon billet est inintéressant. J'en ai savouré chaque mot, et je veux lire tout Maupassant désormais.

Le premier tableau, La mer à Dieppe , est d'Eugène Delacroix. La seconde illustration, Ma destinée (1867), est de Victor Hugo.

 

07 avril 2009

Contes de la folie ordinaire ; Charles Bukowski

resize_2_Le Livre de Poche ; 192 pages.
Traduite par Léon Mercadet et Jean-François Bizot.
V.O. :
Erections, Ejaculations, Exhibitions, and General Tales of Ordinary Madness. 1972.

Je suis sortie de chez le libraire en me demandant ce qui m'était passé par la tête. Déjà, j'étais sûre que j'allais détester Bukowski. En plus, j'avais choisi non pas un roman, mais des contes de quelques pages, genre que j'apprécie de moins en moins. Et le pire était qu'il s'agissait vraiment d'un choix réfléchi : ce bouquin, je l'ai commandé chez mon libraire, je ne suis même pas tombée dessus par hasard.
Si vous ajoutez cela à mon achat de Si je t'oublie Jérusalem de Faulkner, qui s'est avéré n'être autre que Les palmiers sauvages, que j'avais déjà (j'adore les romans dont le titre varie, même si je ne suis pas totalement blanche sur ce coup-là), vous pouvez vous dire que je n'étais vraiment pas dans mon assiette dernièrement.

En fin de compte, dès la première page, j'ai su que je n'allais pas regretter mon achat. Je vous fais d'habitude un résumé des livres que je lis, mais d'ordinaire, je ne lis pas de recueils, donc c'est plus facile. Disons qu'il s'agit de tranches de vie de personnages dont la personnalité est généralement très proche de celle de Bukowski, quand l'auteur ne se met pas clairement lui même en scène. A travers elles, ce livre évoque des thèmes qui reviennent sans cesse au fil des contes : le désamour, l'écriture, l'auteur maudit, le sexe facile, l'alcool, la violence, le puritanisme de la société américaine, le genre humain en fait...

Tous les contes ne m'ont pas captivée (un livre un peu plus court ne m'aurait pas du tout gênée), mais beaucoup sont vraiment excellents, variés tout en traitant de thèmes semblables. Je craignais de me retrouver face à des histoires qui ne parlent que de sexe et d'alcool, et effectivement on en a à volonté. Mais la réflexion proposée par ce livre va beaucoup plus loin. Certains contes font vraiment mal, surtout La plus jolie fille de la ville (conte qui ouvre le livre en douceur), Le petit ramoneur, La machine à baiser, Trois femmes, J'ai descendu un type à Reno, et Le Zoo libéré (qui achève le livre en beauté). A un moment, Bukowski est hilare parce qu'on l'a qualifié de "sensible". C'est terrible, parce que tous ces hommes, qui ne parlent que de s'envoyer la première fille qu'ils croisent et qui semblent ne rêver que de ne rien faire, sont exactement ce qu'ils jurent ne pas être. J'ai aussi un gros faible pour les récits où les femmes ne sont pas que des ombres, et où au final ce sont les hommes qui se font baiser.
Étrangement, on rit beaucoup dans ce livre provocateur, qui dresse un portrait sans concession de la société américaine et de ses habitants. Parce que l'auteur n'y va pas de main morte (la description du type écrasé après s'être défenestré par exemple illustre bien cela), mais aussi parce qu'il écrit très bien, et qu'il sait se servir de ce don pour mêler une certaine poésie à l'absurde et au répugnant (j'avais lu un début de poème de Bukowski chez Erzébeth qui m'avait beaucoup plu). 

Ce livre m'a un peu fait penser à Last Exit to Brooklyn, mais légèrement, hein ! Il s'agit donc d'une très bonne surprise, et encore d'un auteur que je retrouverai dans un avenir que j'espère pas trop lointain.

Les avis de Sylvie, Thom, et Praline.

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05 avril 2009

Le coeur est un chasseur solitaire ; Carson McCullers

untitledLe Livre de Poche ; 448 pages.
Traduit par Marie-Madeleine Fayet.
The Heart is a Lonely Hunter. 1940.

Je ne sais même plus ce qui m'a poussée à me procurer ce roman. Son titre sans doute, et quelques très bons avis lus je ne sais plus trop où.

Nous sommes dans une petite ville du sud des Etats-Unis. Mr Singer, un sourd-muet bienveillant et très discret, reçoit les confidences de plusieurs personnes aussi blessées que lui. Mick d'abord, est une gamine qui joue à la fois les garçons manqués et les mamans pour ses petits frères. Elle aime la musique, et rêve d'un ailleurs. Le docteur Copeland est un Noir engagé, qui n'est pas parvenu à transmettre ses idéaux à ses enfants, mais qui espère des jours meilleurs. Biff est un patron d'un café très seul et plein de sentiments qu'il ne devrait pas éprouver pour sa survie, et Mr Blount est convaincu d'être le gardien d'un message particulier pour l'espèce humaine.
Nous les suivons, ainsi que leurs proches, à travers des étés trop chauds et des hivers glaciaux.

Voilà encore un très beau roman américain. Difficile de croire qu'il a été écrit par une jeune fille de seulement vingt-deux ans tellement il cerne le coeur humain et tellement il met à jour la résignation de son auteur face au destin de chacun de nous.
L'individu apparaît en effet très seul dans ce roman. L'amour, ou ce qui s'en rapproche, n'est jamais retourné. Ni l'envie, ni l'espoir. Tous les personnages que nous suivons sont des rêveurs, des individus qui croient que le meilleur est encore possible. Ils veulent vivre, faire éclater leurs sentiments, mais leur réunion ne donne que le silence. Le muet, celui sur lequel circulent toutes sortes de légendes traduisant la fascination qu'il inspire, et qui fait (bien involontairement) croire à ses compagnons que le mot possibilité existe, ne donne que l'illusion d'une communication. Mick, Blount, Copeland et Biff lui donnent chacun un rôle, une identité, mais ils ne réalisent même pas qu'ils parlent seuls. Et quand ces quatre là se trouvent réunis, ils tombent à leur tour dans un mutisme profond, éventuellement précédé par des cris exprimant leurs désaccords.
Le seul qui semble avoir inconsciemment compris sa situation est donc Mr Singer. Il ne se confie pas, et s'il écrit à Antonapoulos, le fait qu'il n'envoie pas ses lettres montre qu'il sait qu'au fond, il ne le fait que pour lui même.
En raison de cette solitude absolue à laquelle est condamné le coeur humain, tout semble vain, et ce qui semble donner un sens à l'existence n'est qu'éphémère. Voir Antonapoulos, croire en la musique ou en d'autres idéaux, ne permet que de se tromper soi même. Tous nos compagnons finissent par devenir de plus en plus transparents, et il devient vite évident qu'ils ne tarderont pas à s'oublier eux-mêmes. Au loin, on entend le bruit de la Seconde Guerre mondiale. 
Pourtant, bien que très lent (même trop parfois) et plutôt déprimant, sans doute afin d'accentuer le caractère vain de l'existence, ce roman n'a rien de monocorde, et nous fait passer par toute une palette d'émotions. Il nous prend d'abord délicatement, nous fait aimer tous ces personnages. Surtout Mick bien sûr, cette gamine dans laquelle il est difficile de ne pas voir des échos de soi même. Beaucoup de situations, qui n'ont parfois rien de risible en elles-mêmes, ne peuvent faire que sourire. On se révolte aussi face à toutes ces injustices. On espère, et finalement on est déçu. On le savait dès le début, mais on n'y peut rien, on espérait quand même.      

Un livre profondément pessimiste donc, mais qui n'en est pas moins un très beau roman. Je ne suis vraiment pas sûre de le relire un jour, mais je retrouverai certainement l'auteur. 

Les avis de Papillon, Tamara et Kalistina.   

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31 mars 2009

Bilan trimestriel

Nous voilà arrivés à la fin mars, et je dois dire que je suis très satisfaite côté lectures :

Commençons par les challenges :

- j'ai lu 3 des 4 livres de mon Challenge Blog-o-trésors : La nuit des temps m'a beaucoup déçue, mais j'ai énormément apprécié Le portrait de Dorian Gray et surtout La cloche de détresse.
Il me reste donc à découvrir Voyage au bout de la nuit, celui qui me fait le plus peur, mais aussi celui que j'avais le plus envie de lire au départ.

- Mon Challenge ABC est lui aussi bien parti. J'ai lu 9 des livres prévus : un seul titre a été modifié, en gardant le même auteur. Trois autres ne correspondent pas aux lettres, mais j'avais prévu de ne pas me forcer. Et jusque là, seulement des lectures qui vont de l'agréable au chef d'oeuvre.

Pour l'instant, les lectures que j'ai le plus appréciées cette année sont Last Exit to Brooklyn et Le Général du Roi. Deux livres très différents qui m'ont captivée différemment. Je voulais faire un top 3, mais il y a déjà beaucoup trop de candidats.
Des auteurs que je continue à découvir et qui me passionnent toujours autant : Ishiguro, Huston, Faulkner et McEwan notamment.
J'ai terminé His Dark Materials, et commencé une nouvelle trilogie qui s'annonce passionnante, celle de Gormenghast.
Seulement deux déceptions (plus une petite dont je n'ai pas eu envie de vous parler ici) : A moi pour toujours et La nuit des temps.

Je vais essayer de continuer sur cette bonne lancée !

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30 mars 2009

La seconde femme de Pouchkine ; Iouri Droujnikov

resize_7_Fayard ; 153 pages.
Traduit par Lucile Nivat. 2003.

En janvier, alors que je feuilletais Livres Hebdo, je suis tombée sur un livre au titre intéressant. Je venais juste de terminer La fille du capitaine, alors j'ai voulu lire ce roman. Quelques semaines plus tard, il est tombé dans mes mains chez Gibert, en occasion, alors je n'ai pas hésité.

Todd est américain, et vit dans une maison avec d'autres étudiants qui tentent, en vain, de le dévergonder un minimum. Il a trente ans, n'est pas d'un naturel chahuteur, mais il a connu pas mal de désillusions qui expliquent son comportement. Un jour, désespérés de le voir sans femme dans sa vie, ses colocataires décident de l'inscrire sur un site de rencontres.
Todd les laisse faire, et ils décident, afin de trier les candidates, de leur faire écrire un poème. Ils reçoivent notamment une réponse venant de Russie, d'une certaine Diane. Après quelques recherches, Todd découvre que ces vers ont en fait été écrits par Alexandre Pouchkine. Or, il se trouve que le jeune homme est en train d'écrire une thèse (complètement folle) visant à faire de l'écrivain russe le premier féministe.
Ce n'est pas tout. Diane est en fait Diana, une jeune russe qui travaille comme guide dans un musée consacré à Pouchkine. Elle aussi est une célibataire endurcie, et elle n'est pas à l'initiative du poème envoyé à Todd. C'est une de ses collègues, initiée à internet, qui s'en est chargée, pour passer le temps.
Diana n'est pas du genre à avoir des amis. Son seul amour est Pouchkine, et elle va parvenir à devenir sa seconde femme. Elle aura même un enfant de lui, du moins dans sa tête (parce que Todd s'est quand même un peu chargé de fournir les spermatozoïdes nécessaires à la conception).

Voilà un livre qui semble complètement loufoque (et qui l'est en grande partie), mais qui est également bien d'autres choses. On peut aussi penser, en lisant le résumé du livre, qu'il est plein de clichés. Todd et Diana semblent sculptés l'un pour l'autre, et on est très portés à croire que ça ne va pas louper, mais le propos de ce livre est tout autre.
Iouri Droujnikov évoque, à travers le personnage de Diana, le rapport au réel, l'amour d'un auteur. Elle semble complètement folle, cette jeune femme qui se fait faire un pantin de bois en guise de Pouchkine, qui dort avec lui, qui lui parle, qui l'épouse même. Elle pleure à la fin des visites guidées qu'elle mène, parce qu'elles s'achèvent avec la mort de l'auteur. Mais elle ne vaut pas forcément moins que ceux qui prétendent s'intéresser à son auteur fétiche quand il ne sont en fait passionnés que parce qu'ils ont à en dire.
De plus, elle semble avant tout chercher dans ses rêves une solution pour contrôler sa vie. Aimer un être de bois signifie qu'il ne pourra jamais lui faire que ce qu'elle a décidé. Son Pouchkine est un coureur, elle le sait, mais elle s'y est préparée. Pas très courageux et plutôt dangereux, quand on perd pied et qu'on ne sait plus ce qui relève de l'imagination ou non, mais pas incompréhensible non plus. Surtout que nous sommes dans la Russie communiste, et que la vie ne ressemble pas vraiment à un conte de fée. A noter que la façon de penser des Américains est aussi moquée, et la mise en parallèle des modes de vie des deux grands constitue l'un des aspects importants de ce livre. Droujnikov ayant vécu aux Etats-Unis et enseigné à Berkeley, il a eu le temps de murir ses appréciations du monde qu'il découvrait après avoir été un opposant au régime soviétique.
Todd aussi est un personnage auquel il est difficile de ne pas succomber. Il a lui aussi été, à sa manière, un pantin toute sa vie, et il le reste face à Diana.
A ces sujets très sérieux, et pour ne pas plomber complètement le moral du lecteur, Droujnikov emploie un ton très léger et crée les situations burlesques dont mon résumé vous donne de bons exemples.

Encore un livre que j'ai beaucoup aimé et que je vous recommande.    

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28 mars 2009

La place ; Annie Ernaux

29156_0_1_Folio ; 128 pages.
1983.

J'étais convaincue de connaître ce livre (et de ne pas l'aimer), mais absolument incapable de me souvenir pourquoi je pensais immédiatement à ma classe de CM2 quand on évoquait ce titre devant moi (ça me paraît jeune pour étudier La place, même si mon exemplaire, qui date de 1997, semble confirmer mes souvenirs). Le début du livre a suffit à me faire démêler toute la confusion qui existait autour de ce livre, et à me faire l'aimer aussi. J'ai assurément étudié des extraits de ce livre, mais ce n'était pas pour le français, et je ne pense pas avoir eu à le lire en entier.

La narratrice, Annie Ernaux, perd son père au moment même où elle obtient son capes. Il était un petit commerçant de Normandie, qui avait travaillé toute sa vie pour se faire une place dans la société qui soit honorable à ses yeux.
Annie Ernaux entreprend donc de nous raconter la vie de son père, depuis le Moyen-Âge où il est né jusqu'à sa disparition, tout en mettant à jour la relation complexe qu'elle entretenait avec lui.

Annie Ernaux emploie des mots très simples, et a clairement l'intention de ne pas provoquer chez son lecteur une émotion qui serait artificielle. Son texte n'en est pas moins troublant.
L'auteur emploie des formules très dures pour évoquer la vie de son père, et il devient vite évident que l'incompréhension grandissante entre ces deux êtres s'est peu à peu mue en un certain dédain de sa part. Elle est une intellectuelle, quelqu'un qui vivait dans son temps quand son père restait sur des positions dépassées. Il apparaît comme un homme qui non seulement n'a pas su se faire respecter des gens "biens", mais qui en plus ne l'a pas compris.
Cela pourrait nous faire haïr cette narratrice, mais elle ne fait que dire la vérité. Le fossé qui s'est creusé entre eux n'est pas arrivé du jour au lendemain, mais il s'est construit peu à peu, inévitablement. Comme dans beaucoup de familles en fait.
Et puis, on sent malgré tout beaucoup d'amour dans ce livre. Le père n'est pas un homme qui est resté inactif, mais qui a essayé d'obtenir une place. Il a aussi aimé sa fille, partagé entre son désir de la voir quitter son milieu, tout en ayant peut-être "le désir [qu'elle] n'y arrive pas". La fille se sent coupable de sa nouvelle place, nostalgique aussi sans doute, sinon le livre n'aurait pas eu de raison d'être. Son père meurt alors que, son capes obtenu, elle est définitivement partie. Ils n'ont plus rien à se dire, et la boucle est ainsi bouclée.

Un livre qui m'a donc beaucoup touchée, qui pose des questions qui concernent chacun de nous et que je recommande chaudement. 

"Je voulais écrire au sujet de mon père, sa vie, et cette distance venue à l'adolescence entre lui et moi. Une distance de classe, et particulière, qui n'a pas de nom. Comme de l'amour séparé."

Les avis de Tamara, de Levraoueg, de Nanne, de Stéphanie (qui est mitigée) et de Fashion (qui n'a pas du tout aimé).

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22 mars 2009

Elles se rendent pas compte ; Boris Vian

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Le Livre de Poche ; 127 pages.
1950.

Lettre V du Challenge ABC :

Je sais, j'avais dit que je lirai L'écume des jours cette année, et pas Elles se rendent pas compte. Mais je trichais déjà à la base, puisque j'ai lu au moins la moitié de L'écume des jours quand j'étais au lycée*. Je n'y avais rien compris, ce qui explique pourquoi je l'avais refermé avant la fin. Toutefois, il m'a énormément marquée, puisque je m'en souviens encore très bien. Depuis, il attend que je le reprenne et que je le finisse. En fait, j'ai préféré lire Elles se rendent pas compte, parce que je sortais de plusieurs lectures franchement déprimantes, et j'avais besoin de rire un peu.

Francis est invité à une fête costumée chez son amie Gaya, une jeune fille de bonne famille. Il s'y rend déguisé en femme, et prend beaucoup de plaisir à tromper tout le monde sur son identité.
Sa pseudo enquête commence lorsqu'il aperçoit un type bizarre, et qu'il retrouve Gaya complètement droguée (ce qui l'amuse encore à ce stade). Peu après, Gaya lui annonce ses fiançailles, et Francis a du mal à se contenir lorsqu'il rencontre le promis, qui aime clairement les garçons, et qui fait partie d'une bande plus que louche.

Je me suis véritablement éclatée avec ce très court roman. Le tout est éminemment impertinent et provocateur. L'auteur se lâche complètement dans ses idées, utilise un langage familier, met des pointillés pour signaler les scènes de plaisir qui auraient pu choquer les bonnes âmes, en rajoute autant qu'il peut. On a droit à autant de sexe et de violence qu'il est possible d'en mettre en si peu de pages et en aussi peu de temps (le tout décrit d'une manière totalement réjouissante),  les femmes et des hommes ne sont vraiment pas à leur place traditionnelle, le sauvetage de l'héroïne l'est encore moins... 
Le personnage principal se retrouve ainsi propulsé en héros et n'est évidemment pas à la hauteur de sa mission, bien que plein d'imagination (autant pour se mettre dans le pétrin que pour s'en sortir d'ailleurs). Il faut vraiment le faire pour tenter d'échapper à ses poursuivants en se travestissant ou pour songer à acheter ceux qui veulent vous tuer en couchant avec (et en les remettant sur le "droit chemin" par la même occasion). D'ailleurs, ces méchants, s'ils font grimacer, ne font pas vraiment peur pour autant. On est loin des histoires de meurtre habituelles.
   
Je n'ai pas beaucoup plus à dire sur ce livre, mais il m'a procuré un excellent moment de lecture, et j'espère trouver très rapidement les autres livres "légers" de Boris Vian.

L'avis de Tamara.

* Mon père en a trois exemplaires, ce qui était plutôt intrigant.

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