06 janvier 2016

Thérèse Raquin - Emile Zola

product_9782070418008_195x320Dès les premières lignes, lorsqu'on ouvre un Zola, il est impossible de ne pas être happé, tant les décors sont précis et vivants (oui, j'ai décidé d'écrire des choses étranges). C'est dans le passage du Pont-Neuf que le drame de la famille Raquin va se jouer, et nous y pénétrons pour la première fois alors que les protagonistes ont disparu depuis des années.

Thérèse Raquin est recueillie encore enfant par sa tante, qui l'élève du côté de Vernon, avec de son fils maladif, Camille. A l'âge adulte, les deux jeunes gens se laissent marier et mènent une vie calme à la campagne, jusqu'au jour où Camille décide de se rendre à Paris pour réussir sa vie professionnelle.
Mme Raquin finance pour elle-même et sa belle-fille l'achat d'une boutique surplombée par un appartement où ils logent. La monotonie de la vie que mène la famille n'est rompue que lors des soirées du jeudi, où un ancien commissaire de police, ami de Mme Raquin, vient en compagnie de son fils et de l'épouse de ce dernier.
La morne et maléable Thérèse est cependant transfigurée lorsque Camille invite un soir Laurent, une vieille connaissance. 

Après plus de deux ans sans lire Zola, j'avais oublié à quel point ses livres sont puissants.
Tout d'abord, je l'ai dit en introduction, ses descriptions des décors, des personnages, des scènes sont d'une qualité que je ne crois pas avoir croisée chez un autre auteur à part Balzac. On peut lui reprocher d'en faire toujours plus dans la noirceur, mais la scène à la morgue est l'une des plus fortes du roman.

"La Morgue est un spectacle à la portée de toutes les bourses, que se payent gratuitement les passants pauvres ou riches. La porte est ouverte, entre qui veut. Il y a des amateurs qui font un détour pour ne pas manquer une de ces représentations de la mort. Lorsque les dalles sont nues, les gens sortent désappointés, volés, murmurant entre leurs dents. Lorsque les dalles sont bien garnies, lorsqu’il y a un bel étalage de chair humaine, les visiteurs se pressent, se donnent des émotions à bon marché, s’épouvantent, plaisantent, applaudissent ou sifflent, comme au théâtre, et se retirent satisfaits, en déclarant que la morgue est réussie, ce jour-."

Si Zola fascine toujours autant, c'est bien pour ce qu'il arrive à saisir et à retranscrire de la nature humaine. Nous connaissons les Rougon-Macquart et leurs vices, les personnages de ce roman sont tout aussi cupides, lâches et égoïstes, des amants meurtriers aux invités du jeudi soir qui considèrent qu'une hôte n'a pas à pleurer son fils devant ses invités.

Mais ce qui frappe surtout dans ce livre, ce qui le différencie de ceux de l'auteur que j'ai lus jusqu'à présent, c'est son appartenance au roman policier et au fantastique. En immense auteur, Zola n'aborde cependant pas ces genres de façon traditionnelle. Ainsi, nous vivont le meurtre, ses préparatifs et ses suites avec le point de vue des meurtriers. De plus, ce qui nous est décrit ne concerne pas le fait de savoir si oui ou non, ils seront pris. Laurent et Thérèse ont tué pour être ensemble, mais leur humanité leur revient en pleine face dès lors qu'ils n'ont plus de calculs froids à faire. C'est là qu'intervient le fantastique. A proprement parler, il n'y a rien de surnaturel dans Thérèse Raquin. Pourtant on y croise le fantôme le plus terrifiant. Zola, décrit les remords des meurtriers et leurs terreurs en jouant avec les décors, les ombres... La morsure de Camille dans la nuque de Laurent semble aussi vivante que le portrait du défunt, le corps de la victime se presse constamment contre les deux amants, entre eux.

Enfin, le portrait de Thérèse fascine. Elle est initialement en retrait, bien comme il faut, docile. Son coup de foudre pour Laurent en fait une créature fougueuse, sexuelle et volontaire. D'insipide, voire laide, elle devient belle au point de surprendre son amant qui voyait en elle une façon facile de se soulager. Elle est la digne compagne des personnages féminins de romans qui, comme elle, se perdent pour avoir voulu vivre.

C'est toujours un bonheur de lire Zola.

Folio. 344 pages.
1867.

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31 décembre 2015

Bilan littéraire 2015


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Une dixième année s'achève dans ces pages (même si en 2006, le blog n'avait que quelques mois). Je suis bien loin du nombre de lectures que je pouvais faire en tant que toute jeune étudiante, mais les livres ont toujours une immense place dans ma vie.

Sur le plan personnel, 2015 a été une année plutôt charnière, avec du très très bon mais aussi du très douloureux. J'ai perdu l'une des personnes les plus importantes de ma vie, et si je déroge à la règle que je me suis fixée de ne pas donner de détails trop précis sur ma vie dans ces pages, c'est parce qu'elle en a inspiré un certain nombre.

Au niveau de mon bilan annuel, j'ai lu 50 livres, dont 35 romans. Je retiens surtout le premier livre lu en 2015, Le mur invisible de Marlen Haushofer, coup de coeur surprise. Les classiques m'ont comblée avec L'étranger d'Albert Camus, dont j'ai aussi adoré l'adaptation en bande-dessinée par Jacques Ferrandez, MacBeth de William Shakespeare (je n'ai pas pu voir le film) et Thérèse Raquin d'Emile Zola (billet à venir).

Du côté des déceptions, L'âge difficile d'Henry James remporte la triste palme. Evelyn Waugh avec Le cher disparu et Tennessee Williams avec La nuit de l'iguane m'avaient habituée à mieux.
Côté bandes-dessinées, outre l'adaptation de Camus, j'ai eu des coups de coeur pour A silent voice, un manga sur le harcèlement scolaire, la très belle adaptation de Chaque soir à onze heures et 120, rue de la gare, de Tardi.

J'ai lamentablement échoué à mon challenge Me, myself and I, lancé par Romanza. J'ai bien lu The rain before it falls de Jonathan Coe en anglais, mais je ne l'ai pas chroniqué sur mon blog.

Je vous souhaite à toutes et à tous une merveilleuse année 2016, remplie de lecture et de joies.

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05 décembre 2015

L'intérêt de l'enfant - Ian McEwan

A14768Fiona Maye, soixante ans, est une magistrate renommée exerçant aux affaires familiales. Alors qu'elle traverse une crise conjugale, elle est confrontée à des cas judiciaires délicats. L'un d'entre eux fait la une des journaux. Un jeune homme de dix-sept ans atteint de leucémie refuse d'être transfusé en raison de son appartenance aux Témoins de Jéhovah.

Vous connaissez mon admiration pour Ian McEwan, auteur avec lequel j'aime jouer et qui aime piéger ses personnages et ses lecteurs.

En ouverture de ce roman, un extrait du Children Act, rappelant que "l'intérêt de l'enfant" prime sur tout dans les décisions de justice. Mais quelles sont les frontières de cette institution ? Comme souvent avec l'auteur, la réponse est froidement livrée à la fin du roman. Fiona est une pure héroïne de McEwan. Elle réalise les chaînes qui la retiennent aussi bien dans sa vie intime (où, pour une femme, faire pitié [signifie] en quelque sorte votre mort sociale, comme au XIXe siècle) que dans son métier. Assez âgée, elle appartient à une institution vieillissante, qui délaisse le contact humain pour "plus de cases à cocher, de rapports à croire sur parole". Qui doit remplir des quotas de condamnation pour viol et qui s'appuie de plus en plus sur des jurés qui s'informent sur internet.

Sa rencontre avec Adam est révélatrice de la difficulté de son métier de juge pour enfants. Cette affaire surmédiatisée concerne un adolescent auquel il ne manque que trois petits mois pour être un adulte. Sa foi lui interdit de recevoir le sang d'un autre, et la maturité du patient semble indéniable. Ici, le jugement de Fiona ne concerne pas ce qu'elle-même pense des Témoins de Jéhovah, elle doit se limiter à décider s'il faut respecter sa décision ou lui sauver la vie.
Or, ces limitations sont incompréhensibles pour un tout jeune homme en manque de repères et qui commence à percevoir la réalité de la vie, celle où les croyants les plus déterminés attendent simplement qu'on prenne les décisions à leur place, celle où ceux qu'on a cru voir comme des alliés, presque des amis, ne vous considèrent que comme un travail accompli.

Dans sa construction et dans son style, je trouve ce livre à rapprocher notamment de Sur la plage de Chesil. Le narrateur est extérieur, les faits sont exposés sans parti pris de l'auteur. Pourtant, cette sobriété dans L'intérêt de l'enfant m'a beaucoup trop laissée en dehors de l'histoire, et l'absurdité de ce qui se produit m'est apparue de façon beaucoup moins éclatante que d'habitude. D'ordinaire, on ressort d'un McEwan complètement bouleversé pour le personnage. Ici, Fiona est choquée, mais j'ai du mal à voir sa vie ne pas reprendre son cours normal assez rapidement. D'autant plus que sa solitude apparaît de façon bien moins éclatante que d'ordinaire.

Ian McEwan avait un sujet délicat à traiter. S'agissant d'enfants et de religion, il ne fallait surtout pas tomber dans le pathos. A l'inverse, il s'est peut-être trop retenu.

Lewerentz est dithyrambique. Un autre avis très intéressant ici.

Gallimard. 231 pages.
Traduit par France Camus-Pichon.
2014 pour l'édition originale.

15 novembre 2015

Petit éloge de la lecture - Pef

41BuDRiIggLPef est un nom que je croise depuis de nombreuses années en tant qu'auteur-illustrateur de livres pour la jeunesse. Dans ce Petit éloge de la lecture, il livre des anecdotes, brode quelques histoires, tout ça autour du thème de la lecture.

La première chose qui frappe en ouvrant ce livre, c'est le style, très soutenu. Pef évoque à un moment son amour de la poésie. En tant qu'auteur jeunesse, il me semble aussi évident qu'il maîtrise très bien la langue française et aime en jouer. Sinon, comment parvenir à choisir efficacement des mots, des phrases, à la portée des plus jeunes ? Dans cet ouvrage où il s'adresse surtout à des adultes,  Pef nous offre des passages magnifiques, mais aussi d'autres où les envolées lyriques tombent un peu à plat voire sont difficiles à comprendre sans une concentration maximale.
Le conteur d'histoires ressort souvent. On croise à plusieurs reprises L'homme au casque d'or, une peinture dont la parternité a fait couler beaucoup d'encre. Je ne connaissais pas cette oeuvre avec laquelle Pef semble avoir une relation si particulière. Dans le livre, sa localisation même pose question d'une très jolie façon. Qui n'a jamais considéré qu'un livre, une peinture, une chanson, qui résonne de façon un peu particulière en lui, lui appartient davantage qu'aux autres ?
Nous ne lisons pas seulement des livres et des tableaux, mais aussi le sol sous nos pieds nus, nos souvenirs. Nous nous faisons les lecteurs indiscrets de lettres intimes que nous réinterprétons à notre sauce. Pef a beau parler à des adultes, nous replongeons souvent en enfance, avec nostalgie. L'auteur évoque ces histoires qui nous ont marqués mais dont le titre nous échappe désormais, ces livres prêtés et jamais rendus qui nous manquent, les sourcils sceptiques de certains face aux bandes-dessinées, l'un de ces art qui continue à être considéré au mieux comme une lecture moins prestigieuse que celle des romans, au pire comme une menace pour la culture.

Enfin, Pef parle de l'auteur qu'il est et de ses belles rencontres, parfois drôles, parfois étranges avec d'autres artistes : Robert Doisneau, Milena Agus...

Une lecture sympathique qui nous renvoie vers nos propres expériences de lecture.

Merci à Anne-Laure des éditions Folio pour le livre.

Folio. 141 pages.
2015.

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27 octobre 2015

1Q84 - Haruki Murakami

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Pour une fois, j'ai une bonne excuse à mon long silence. Je lisais un roman de plus de 1500 pages. Oui, parce qu'on nous vend 1Q84 comme un livre en trois parties distinctes, mais en fait on ne comprend rien si on s'arrête en route (les mauvaises langues diraient qu'on n'y comprend pas non plus grand chose quand on le lit en entier).
Donc, au lieu de mettre quinze jours à lire cette oeuvre de Murakami, il m'a fallu un bon mois et demi.

De quoi ça parle ? C'est compliqué. Nous sommes à Tokyo en 1984 et nous suivons alternativement deux personnages qui n'ont à première vue pas le moindre lien.
Ca commence doucement. Une jeune femme, Aomamé, est coincée dans un taxi sur la voie rapide. Le chauffeur a allumé la radio qui passe la Sinfonietta de Janacek (moi non plus je ne connaissais pas). Craignant d'être en retard à un rendez-vous, Aomamé décide, sur les recommandations de son chauffeur, de prendre un escalier de secours et de rejoindre la gare la plus proche. Le chauffeur la prévient alors que la réalité pourrait bien être alterée une fois qu'elle sera arrivée en bas des escaliers.
De son côté, Tengo Kawana est un jeune professeur de maths et un écrivain non publié dont l'existence n'a rien de remarquable, jusqu'au jour où l'éditeur qui l'a remarqué lui propose de servir de ghostwriter pour le livre d'une jeune fille de dix-sept ans. Celle-ci, Fukaéri, a une imagination débordante, mais elle manque de style pour que son livre se vende.
De ces deux actes, certes illégaux, mais plutôt insignifiants, vont découler des événements de plus en plus incompréhensibles.

Bien entendu, j'ai décidé de lire ce livre CVT_1Q84-Livre-3--Octobre-Decembre_1586en raison du titre, qui fait immanquablement penser au superbe roman d'Orwell. Au final, les liens entre les deux oeuvres sont peu évidents. L'histoire se passe en 1984, il est question d'une secte dérivée du communisme, diverses allusions sont faites à Orwell, mais l'oeuvre de Murakami prend clairement une direction qui lui est propre. 1Q84, c'est surtout un livre fantastique (au sens littéraire du terme). Nous débutons dans un monde normal, puis nous découvrons que les petits lutins et des choses vraiment beurk peuvent avoir une sorte d'explication, avant de ressortir de ce livre en nous demandant si tout ça n'est pas le fruit d'une grosse hallucination.

1Q84 est un monde fascinant, dans lequel j'ai adoré être plongée. Il m'a séduite par sa poésie, terrifiée par moments aussi (il n'y a rien de plus effrayant que les petites choses inoffensives, les enfants ou les Little people en tête). Murakami arrive à capter l'attention du lecteur grâce à un talent de conteur remarquable, ce qui fait qu'on lui pardonne les nombreuses répétitions. Le rythme est étrange, à la fois rapide et très lent. Rien ne semble se passer, et pourtant nous assistons à des meurtres, des phénomènes surnaturels, des fuites, des mises au point. La routine est aussi rompue dans le troisième tome, où un troisième narrateur entre en jeu.

Dans les trucs gonflants (oui, parce que je suis malgré tout un peu partagée), il y a l'histoire d'amour entre Aomamé et Tengo, sur laquelle se concentre le dernier tome. Les seins de la jeune femme occupent aussi une place à mon sens assez excessive dans ce livre. C'est d'autant plus regrettable que des personnages disparaissent de la scène sans explication pour laisser la place au couple central. Fukaéri par exemple. Au moment où l'on commence à percevoir une explication à ses actes, où l'auteur soulève une interrogation essentielle (qui avons-nous vraiment en face de nous ? ), l'intrigue s'en détourne pour ne plus y revenir. Je n'ai rien contre les livres qui laissent des questions en suspens, la frustration a du bon, mais dans ce livre, j'ai l'impression que Murakami se concentre sur quelque chose qui n'est pas essentiel, et tombe dans la facilité, faisant d'une oeuvre originale une lecture qui laisse un arrière-goût de mièvrerie.

Un pavé qui se lit avec beaucoup de plaisir et servi par un suspens qui tombe malheureusement un peu à plat dans la dernière ligne droite. A découvrir.

Belfond. 3 tomes (environ 1800 pages).
Traduit par Hélène Morita.
2009-2010.

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31 août 2015

Neverwhere - Neil Gaiman

jl5613-2001Richard Mayhew mène une vie simple et banale. Un soir, alors qu'il se rend au restaurant avec sa fiancée, une jeune fille ensanglantée lui demande de l'aide tout en refusant qu'il appelle les secours. Abandonnant sa compagne furieuse derrière lui, il emmène l'inconnue chez lui et la soigne. Il s'agit en réalité de Porte, la fille de Lord Portico, un important personnage du Londres d'En Bas, monde dont Richard découvre l'existence. Lord Portico vient d'être assassiné, et ses meurtriers poursuivent Porte pour la tuer également. Finalement, le marquis de Carabas intervient et emmène Porte avec lui pour la protéger, laissant Richard retourner à sa vie.
Cependant, dès le lendemain, il s'aperçoit qu'il n'existe plus pour personne. Ayant perdu son travail, son appartement, ses amis et toutes ses ressources, il décide de retrouver Porte et de pénétrer dans le monde d'En Bas.

Décidément, moi qui avait été très déçue lors de ma première rencontre avec Neil Gaiman, puis séduite par ma seconde lecture de cet auteur, je vais finir par le ranger parmi ceux que j'affectionne le plus.
Ce livre est assez particulier dans sa conception, puisqu'il s'agit à l'origine d'une série que Neil Gaiman (qui était le créateur de la version télévisée) a adaptée à l'écrit. Cela explique sans doute pourquoi le roman grouille de descriptions très précises et amusantes du monde d'En Bas. J'ai adoré m'y promener, bien qu'il soit plus inquiétant que les mondes parallèles de livres tels Harry Potter ou A la croisée des mondes. Richard découvre un monde qui semble être bloqué à l'ère victorienne, dont les quelques membres qui s'aventurent à la surface de la Terre sont à nos yeux des sans-abris ou des fous qui parlent seuls. Sur les marchés, on s'arrache des choses abîmées, sales, mortes, et l'on se sustente avec des plats à base de chiot ou de chat. Les tueurs qui poursuivent Porte sont d'une cruauté et d'une violence rares, et les morts auxquelles nous assistons sont décrites avec moults détails. Heureusement, de nombreux passages très drôles détendent l'atmosphère, et rien n'est gratuit.
Dans la quête que poursuivent Porte et ses compagnons, le suspens est omniprésent. A l'exception du duo formé par les horribles Croup et Vandemar, tous les personnages semblent capables de révéler un visage tout autre que celui qu'ils présentent au premier abord. Même Richard, qui se contente d'exister au début du livre, se met à rêver de devenir l'égal des héros légendaires.
Pour les amateurs de la capitale anglaise, Neverwhere est également un livre qui rend un magnifique hommage à Londres. On y rencontre l'ange Islington, les moines de Blackfriars, on visite des stations de métro inconnues, les toits de la ville, on cherche l'un des secrets du British Museum...

Un très beau livre !

L'avis de Cachou.

J'ai lu. 350 pages.
Traduit par Patrick Marcel.
1996 pour l'édition originale.

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31 juillet 2015

L'éveil - Kate Chopin

L_Eveil"Quelquefois, monsieur Pontellier se demandait si sa femme ne devenait pas un peu déséquilibrée. Il voyait clairement qu'elle n'était pas elle-même. C'est-à-dire qu'il ne voyait pas qu'elle devenait elle-même, et que chaque jour elle rejetait davantage cette personnalité factice dont nous nous affulblons comme d'un vêtement pour paraître aux yeux du monde."

Edna Pontellier appartient à la bonne société de Louisiane. Un été, elle se rend dans une pension de famille du Golfe du Mexique avec sa famille, et se lie d'amitié avec Robert Lebrun, le fils de la propriétaire des lieux.
Elle qui était jusque là une épouse modèle se met à avoir des comportements que ses proches ne s'expliquent pas. A la fin de la saison, Robert Lebrun part pour le Mexique et Edna rentre à la Nouvelle Orléans, mais sa soif d'indépendance ne se tarit pas.

Il y a quelques années, j'ai lu un étrange petit livre, La séquestrée de Charlotte Perkins Gilman. Comme L'éveil, il a été écrit à la fin du XIXe siècle, et il évoque de façon très frappante la maternité et surtout le baby-blues qui peut s'exprimer très sévèrement chez certaines femmes. Si je rapproche ces deux romans, c'est parce que ce qui me choque le plus, c'est la façon dont l'entourage d'Edna et de l'héroïne de La séquestrée réagissent. Dans les deux cas, un médecin est appelé à la rescousse par le mari. Une femme qui prend sa vie en main et qui ne travaille plus exclusivement au bonheur de son foyer et à la réussite de son époux est forcément malade. J'ignore s'il existe des oeuvres de ce type en nombre, mais il semble qu'une brise féministe traversait la littérature américaine à cette époque.

Malheureusement, le reste m'a beaucoup moins convaincue que ne l'avait fait La séquestrée. L'éveil est un joli livre, mais si je mets de côté le discours sur la condition féminine (qui lui est pertinent), je ne trouve pas ses qualités littéraires extraordinaires. Charlotte Perkins Gilman avait su créer une atmosphère oppréssante, son livre nous introduisait directement dans les pensées de son héroïne. Ici, Kate Chopin nous narre un peu trop platement l'histoire de son héroïne. Certains passages sont très beaux, la peinture de la Louisiane est intéressante, mais quelques semaines après avoir achevé ce livre, je n'en garde que peu de choses. La fin est évidemment frappante, mais le reste, les dîners, les belles maisons, les voitures, rappellent un peu tous les romans américains contemporains de celui de Kate Chopin.
On a aussi beaucoup comparé ce livre à Madame Bovary de Flaubert. J'ai beau avoir du mal avec ce dernier auteur, je trouve la comparaison très exagérée. Aucun personnage ici n'a la carrure d'une Emma ou d'un Rodolphe.

Un roman à lire, mais je conseille en priorité les autres oeuvres citées dans mon billet.

Liana Levi. 219 pages.
Traduit par Michelle Herpe-Volinsky.
1899 pour l'édition originale.

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03 mai 2015

Opération Sweet tooth - Ian McEwan

9782070140725Angleterre, années 1970. Serena Frome a la vingtaine lorsqu'elle intègre le MI-5, recrutée par un ancien amant. Fille d'un évêque et mathématicienne de formation, elle occupe d'abord un poste subalterne avant que son joli minois lui permette d'être sélectionnée pour participer à l'opération Sweet tooth. Elle doit approcher un écrivain prometteur que ses employeurs pensent intéressant pour propager des oeuvres anti-communiste dans le contexte de la Guerre Froide.
Les choses se gâtent lorsque Serena tombe amoureuse de sa cible à qui elle doit cacher sa véritable identité.

Si je n'ai pas adoré ce livre comme ses précédents, il faut reconnaître que Ian McEwan connaît une légère baisse dans ses créations, je n'ai pas ressenti la même frustration qu'avec Solaire. J'ai au contraire passé un très bon moment.

Le contexte historique est très intéressant. Certains aspects de la Guerre Froide sont bien mis en valeur. Quand on n'a pas vécu cette période, il est difficile de comprendre cette peur panique des communistes qu'il y avait en Occident, et encore plus l'importance des moyens mis en œuvre pour les traquer ou les court-circuiter.
Attention cependant à ne pas s'attendre à un roman d'espionnage, car ce n'est clairement pas de ça dont il s'agit. L'héroïne est une jeune femme réfléchie, qui saisit peu à peu ce qu'on lui demande de faire, mais il n'y a rien de dangereux dans sa mission, excepté pour son cœur d'amoureuse. Aucun grand méchant, interrogatoire musclé ou autre. Serena est une débutante avec une mission qui ne va bouleverser que sa vie.

Le point central du roman, c'est en fait le pouvoir de l'écrivain, le respect ou non du contrat existant entre l'auteur et son lecteur. Je n'en dit pas plus, mais McEwan traite davantage de ce sujet là que du reste, et c'est ce qui rend son livre brillant. C'est d'ailleurs ce que j'aime chez lui, mais ce qui a dû déplaire à d'autres qui s'attendaient à un autre contenu.
Qui est le blaireau de l'histoire ? Tom Haley, Serena, ou bien le lecteur ? On a connu Ian McEwan plus inspiré et habile, avec ce livre ayant des airs d'Expiation un peu trop prononcés à mon goût, mais il faut reconnaître que ça fonctionne. La création littéraire est vraisemblablement un sujet qui travaille l'auteur.

Quand on lit Opération Sweet tooth, on essaie de le saisir tout du long, mais il faut attendre les dernières phrases pour comprendre à quoi on avait en fait affaire. On peut être frustré ou bluffé.

L'avis de Lou.

Gallimard. 448 pages.
Traduit par France Camus-Pichon.

30 avril 2015

La dernière fugitive - Tracy Chevalier

product_9782070455645_195x320Suite à une déception sentimentale, Honor quitte l'Angleterre pour suivre sa soeur Grace en Amérique, où cette dernière doit rejoindre son futur mari. La traversée est très rude pour Honor, mais c'est finalement Grace qui ne survit pas au voyage. Désormais seule, Honor décide de rejoindre celui qui aurait dû être son beau-frère, tout en sachant que la situation ne peut qu'être provisoire.

De Tracy Chevalier, j'avais beaucoup aimé Prodigieuses créatures il y a quelques années. Ce nouvel ouvrage ayant été encensé, j'avais naturellement envie de le lire.
Au final, je suis déçue. Certes, ça se lit très facilement. Honor est un personnage plutôt sympathique, fidèle à ses valeurs tout en ayant conscience de certaines réalités. Elle sait à quel point, en tant que femme, sa marge de manoeuvre est faible. Pas de conte de fées ici. On a bien un adorable prétendant et un bad boy assez séduisant, mais notre héroïne sait où sont ses priorités.
Elle a beaucoup de mal à s'intégrer, les mentalités américaines étant très différentes de ce qu'elle a connu.
Les autres aspects intéressants du livre sont les détails historiques. Je ne connaissais pas les quakers et leurs principes. Il est aussi beaucoup question de la conquête de l'ouest américain et de l'esclavage.
Mais, c'est creux. Les sujets abordés ne le sont que de façon très artificielle voire caricaturale. C'est un roman historique comme on en trouve des tonnes. Rien qui sort de l'ordinaire.

Autre point noir, le style. Je n'ai pas le souvenir d'avoir été marquée par l'écriture de Tracy Chevalier lors de notre précédente rencontre, mais j'ai trouvé qu'ici elle était particulièrement plate. En général, quand il ne faut que quelques heures pour avaler un roman de presque quatre cents pages, c'est mauvais signe.

Je n'ai donc pas vraiment apprécié cette lecture. Je pense que le sujet m'a beaucoup moins intéressée que celui de Prodigieuses créatures et qu'il m'a donc laissé voir les qualités assez réduites d'écrivain de Tracy Chevalier.

Les avis de Dominique et de Choupynette.

Merci à Anna pour le livre.

Folio. 400 pages.
Traduit par Anouk Neuhoff.
2013 pour l'édition originale.

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13 avril 2015

L'âge difficile - Henry James

imageM. Longdon, un vieux gentleman, renoue avec la vie londonienne. C'est ainsi qu'il devient le protecteur de Nanda Brookenham, la petite-fille de la femme qu'il a passionément aimée autrefois. Celle-ci s'apprête à faire son entrée dans le monde, un monde odieux.

Dire que cette lecture a été laborieuse est un sacré euphémisme. Pour résumer la situation, lorsqu'on me demandait de quoi parlait ce roman, j'étais très embarassée. Il est très difficile à résumer, et on ne peut pas le lire distraitement sans devoir tout reprendre pour saisir les allusions ultérieures.

Nous entrons en tant que simples témoins dans les discussions de tout un cercle de connaissances (je n'ose écrire amis). Ils parlent essentiellement d'amour, de liaisons et de mariages, le tout sur fond d'argent, de pédanterie et de vieux souvenirs. Si ce résumé fait de prime abord penser à Edith Wharton ou à tout autre auteur ayant fait des discussions de salon son sujet principal, il n'en est rien tellement la forme est différente.
Ici, les personnages, qui semblent être des gens très respectables dans un premier temps, deviennent tous plus méprisables les uns que les autres au fur et à mesure que l'on saisit leurs sous-entendus. Là où d'autres utilisent un narrateur pour expliciter la situation, James laisse son lecteur saisir l'essence de ses personnages directement à la source, en leur servant des dialogues d'une très grande finesse (parfois un peu trop pour une lectrice pas toujours concentrée telle que moi) et en abondance.
Cet art des dialogues est vraiment ce qui a retenu mon attention même s'il rend les personnages trop mécaniques dans leur attitude à mon goût. On se croirait devant une pièce dont les acteurs récitent le texte d'un voix monocorde. Les choses dont il est question sont évoquées avec une grande froideur ou une passion qui sonne complètement faux. J'ai été destabilisée par l'absence totale de gestuelle, ou d'indications sur le ton employé pour prononcer les dialogues (j'ai l'air d'une folle en reprochant à un livre de ne pas avoir de son et d'image...).

En raison de ce manque de repères, j'ai attendu vainement des indices pour comprendre. Je pensais que la fin éclairerait tout, mais je dois me contenter de supposer quels sont les personnages que James veut sortir du lot et le message qu'il transmet. 

Je suis déçue mais pas vaincue. Henry James est un auteur qui me résiste alors que je voudrais l'apprécier. J'ai trouvé ce livre interminable. Pourtant, je suis paradoxalement convaincue d'avoir eu affaire à un très grand auteur, le genre que l'on savoure quand on a enfin compris comment pénétrer dans son univers.

Je remercie Célia et les éditions Denoël pour ce livre.

Denoël. 571 pages.
Traduit par Michel Sager.
2015 (1889 pour l'édition originale).

 

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