17 mars 2018

La Cousine Bette - Honoré de Balzac

la-cousine-bette-de-balzac-livre-audio-cd-mp3-et-telechargementLisbeth Fisher, dite Bette, a suivi sa cousine à Paris lorsque le baron Hulot en a fait sa femme. Adeline, qui n'était alors qu'une jeune paysanne alsacienne, est une épouse modèle, fidèle et reconnaissante. Cependant, le baron aime les femmes, ce qui met la famille dans une situation financière délicate.
Lorsqu'Hortense, la fille Hulot, vole son protégé à la cousine Bette, celle-ci fait le serment de briser toute la famille.

Cela faisait très longtemps que je n'avais pas lu Balzac à cause de mon projet de découvrir tous les Rougon-Macquart. La Cousine Bette est l'un des titres souvent cité parmi les réussites de l'auteur, ce que je confirme, mais je me demande si je n'aurais pas encore plus apprécié ma lecture en ayant d'abord lu César Birotteau. Ce dernier livre n'est que cité, mais les clins d'oeil qui y sont faits dans La Cousine Bette tombaient forcément un peu à plat. D'un autre côté, des références aux Chouans sont également faites, et je dois bien avouer que ma lecture remonte un peu trop pour ma mémoire de poisson rouge...
Cela dit, dès les premières lignes, j'ai retrouvé le plaisir que j'éprouve toujours (ou presque) en lisant Balzac. Je trouve son écriture plus brouillonne que celle de Zola (chez qui rien ne dépasse), mais tout aussi puissante et évocatrice.
Il est cruel, mais drôle aussi. Dès les premières pages, j'ai ri en écoutant le père Crevel faire grossièrement la cour à la baronne Hulot :

« Si je n’avais pas ma Josépha, puisque le père Hulot délaisse sa femme, elle m’irait comme un gant. » Ah ! pardon ! c’est un mot de mon ancien état. Le parfumeur revient de temps en temps, c’est ce qui m’empêche d’aspirer à la députation.

Les personnages, bien que peu attachants, sont merveilleusement bien croqués. Bette a un mauvais fond, et son amie Valérie est une femme détestable. Pourtant, j'ai plutôt apprécié de lire leurs manigances et tremblé à l'idée que la vieille fille ne soit découverte. Il faut dire qu'elle y va fort la Lisbeth, à embrouiller tout le monde et à croiser les doigts pour que personne ne se doute qu'elle raconte n'importe quoi. On a envie qu'un tel culot soit récompensé. De plus, on ne peut pas dire qu'ils soient très attachants ces Hulot, ni très tendres avec leur cousine.
En toile de fond, nous avons la Monarchie de Juillet, la nostalgie de l'Empire, les évolutions sociales. Les derniers soldats de l'Empire meurent, la religion perd du terrain, et surtout, l'argent et le monde des banques dominent tout. C'est d'ailleurs pour cette raison que Lisbeth a décidé de ruiner les Hulot en poussant son cousin à dépenser tout son argent (et celui de l'Etat) dans des femmes cupides. 
Le baron est un homme faible, et la sensualité et l'extase, comme dans Nana, ne se trouvent pas dans le mariage. Il est notable de que Balzac, comme Zola, décrit la fascination éprouvée par les femmes "honnêtes" pour celles qui leur prennent leur mari, fascination que l'on pourrait presque qualifier d'envie. Adeline Hulot n'a rien en commun avec une Josépha, mais leur rencontre est l'un des moments forts du livre, lorsque deux milieux féminins que les hommes ne fréquentent jamais ensemble en viennent à se côtoyer.

Moi qui aime les romans avec un fond historique, je vais essayer de ne pas trop attendre avant de savourer un nouveau Balzac. En tout cas, celui-ci est une excellente pioche.

Thélème. 16h30.
Lu par Manon Combes.


10 février 2018

Nana - Emile Zola

Source: ExterneNana est la fille de Gervaise, l'héroïne de L'Assommoir. D'abord actrice sans talent et petite prostituée, elle parvient à envoûter la bourgeoisie du Second Empire.

Les romans de Zola sont puissants, avec des images qui marquent durablement et un sens de la mise en scène remarquable. C'est particulièrement notable dans Nana.
Nous rencontrons d'abord notre héroïne indirectement, par des échanges de paroles entre des personnes venues assister à l'un de ses spectacles. Tout le monde, y compris le lecteur, s'impatiente, s'attendant donc à voir entrer en scène une femme unique, irrésistible.

"A ce moment, les nuées, au fond, s'écartèrent, et Vénus parut. Nana, très grande, très forte pour ses dix-huit ans, dans sa tunique blanche de déesse, ses longs cheveux blonds simplement dénoués sur les épaules, descendit vers la rampe avec un aplomb tranquille, en riant au public."

Toute la pression retombe très vite, Nana étant bien mauvaise. Les langues se délient, on se moque et on l'insulte. Pourtant, tous seront bientôt à ses pieds.
Nana n'est pas une jeune fille attachante, talentueuse ou intelligente, mais elle a une soif de liberté et une audace qui rendent ses coups de pied à la bonne société jouissifs. Elle venge son milieu en rendant sa vulgarité irrésistible à tous les hommes de bonne famille. Malgré le mépris que les membres de la haute société ont pour les courtisanes, c'est à l'extérieur des mariages bourgeois que l'on peut expérimenter la sensualité. Les Muffat, mari et femme, en sont un parfait exemple. Il est amusant de constater que ces deux mondes ne se côtoient pas officiellement au début. Ainsi, les hommes agissent comme s'ils ne connaissaient pas Nana lorsqu'ils la rencontrent, et les femmes l'observent du coin de l'oeil. Puis, on croise la jeune fille dans les soirées. Son triomphe est total (bien que toujours empreint de vulgarité) lors d'une course hippique à la fin du roman, lorsque le nom de la pouliche victorieuse, baptisée Nana en l'honneur de la courtisane, est scandé par toute l'assistance (encore une de ces scènes mythiques des Rougon-Macquart).
Mais Nana est une Macquart, et son ascension ne peut être éternelle. Je reconnais avoir trouvé Zola plus cynique que cruel à son égard. Après la lente agonie de Gervaise dans L'Assommoir, je m'attendais à une chute tout aussi douloureuse pour sa fille. Cette dernière se montre tellement odieuse parfois que j'ai bien cru à plusieurs reprises que le retour de bâton allait être immédiat. Elle a la naïveté de croire en l'amour et en l'amitié, elle se retrouve dans la situation d'une femme battue ou obligée de payer l'affection qu'on lui donne. Elle rêve d'avoir le rôle d'une femme honnête, elle doit bien vite retourner à sa place. Avant d'admettre sa défaite, elle aura tout de même rendu quelques coups.

"Elle demeurait seule debout, au milieu des richesses entassées de son hôtel, avec un peuple d’hommes abattus à ses pieds. Comme ces monstres antiques dont le domaine redouté était couvert d’ossements, elle posait les pieds sur des crânes ; et des catastrophes l’entouraient, la flambée furieuse de Vandeuvres, la mélancolie de Foucarmont perdu dans les mers de la Chine, le désastre de Steiner réduit à vivre en honnête homme, l’imbécillité satisfaite de la Faloise, et le tragique effondrement des Muffat, et le blanc cadavre de Georges, veillé par Philippe, sorti la veille de prison. Son œuvre de ruine et de mort était faite, la mouche envolée de l’ordure des faubourgs, apportant le ferment des pourritures sociales, avait empoisonné ces hommes, rien qu’à se poser sur eux. C’était bien, c’était juste, elle avait vengé son monde, les gueux et les abandonnés."

En arrière-plan, comme toujours, Zola nous offre quelques descriptions sublimes des aubes parisiennes et des grands travaux.

Je craignais l'écoute de ce livre en raison des avis négatifs dont cette version audio fait l'objet. Pour ma part, je l'ai trouvée très agréable.

Si j'ai eu quelques difficultés à entrer dans ce livre, il a fini par me conquérir entièrement.

L'avis de Karine.

Sonobooks. 16h40.
1880 pour l'édition originale.

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24 janvier 2018

Eugène Onéguine - Alexandre Pouchkine

9782742777846_1_75Etant donné que j'ai décidé de découvrir de façon plus approfondie les auteurs russes, je me suis dit qu'il était logique de me plonger dans ce roman qui est considéré comme étant à l'origine de la littérature russe moderne.

Eugène Onéguine est un jeune noble touché par le mal du siècle. Après avoir hérité d'un oncle pour lequel il n'éprouvait pas d'attachement particulier, il s'installe à la campagne. Dans ce lieu, il devient l'ami de Lenski, l'un de ses voisins, amoureux de la belle Olga. La soeur de cette dernière, Tatiana, ne tarde pas non plus à succomber au charme d'Eugène, mais l'attitude du jeune homme va mettre un terme à toute possibilité de bonheur pour les jeunes gens.

La grande particularité de ce roman est qu'il est écrit en vers. N'y connaissant pas grand chose en matière de techniques poétiques, je ne pourrais vous en dire beaucoup sur la forme, mais je vous renvoie à la préface ainsi qu'aux notes du traducteur, qui expliquent très bien les difficultés qu'il y a à transposer ce texte en langue française.
Malgré mon ignorance, ce texte est étonnamment aisé à lire. Le style est clair, rythmé et superbe. Il m'a un peu rappelé Roméo et Juliette parfois, tout en étant très moderne dans d'autres passages.
L'histoire d'amour en elle-même ne m'a pas passionnée. Je pense qu'elle doit avoir une épaisseur bien plus importante dans les représentations théâtrales ou musicales, mais les amours contrariées d'Eugène et de Tatiana restent très superficielles en raison de la forme du texte et du choix de l'auteur de ne l'évoquer qu'avec peu de mots. De plus, Pouchkine, bien que reprenant certains des codes du romantisme, écrit un texte qui ne peut être réduit à ce genre. L'auteur joue son propre rôle dans Eugène Onéguine, évoquant son héros, le texte qu'il écrit et la littérature (la sienne et celle des autres). Il a conscience de mener une expérience avec son livre, fait de multiples références au monde littéraire russe (encore une fois, merci au traducteur). Cette présence donne lieu à des passages très drôles, où l'auteur égratine ses personnages, la société dans laquelle il vit et l'être humain en général.

"Le plan, la forme se proposent,
Je cherche un nom pour mon héros.
Mais mon roman fait une pause
Car mon premier chapitre est clos ;
Je l'ai relu d'un oeil sévère :
On y dit tout et son contraire,
Pourquoi devrais-je corriger ?
C'est au censeur de s'en charger.
Aux journalistes en pâture
J'offre ce fruit de mes efforts :
Va, gagne les nordiques bords
O ma nouvelle créature,
Que je moissone mes succès :
Cris, racontars, mauvais procès ! "

Je n'ai pas seulement lu ce livre en me laissant porter par l'histoire. J'ai cherché à observer sa construction, les thèmes qu'il aborde et je me suis davantage documentée que d'ordinaire. Je vais essayer de voir une représentation de ce texte, je pense qu'il m'enthousiasmera davantage (pour l'instant, j'ai surtout conscience de ne pas avoir saisi les trois quarts du texte). Et je vais pouvoir découvrir Songe à la douceur, malgré tout le mal qu'en pense Maggie...

Titine avait été enchantée par ce livre.

Babel. 378 pages.
Traduit par André Markowicz.
1825-1832 pour la première publication.

14 janvier 2018

Sonietchka - Ludmila Oulitskaïa

516YuZqfarLSonietchka est une jeune fille sans aucune beauté, et sa personnalité introvertie la rend plutôt invisible, surtout aux yeux des hommes. Elle n'est pourtant pas malheureuse, puisqu'elle lit et a la chance de travailler dans une bibliothèque. Lorsque Robert Victorovitch, un peintre beaucoup plus âgé qu'elle, lui demande de l'épouser suite à une seule visite sur son lieu de travail, Sonietchka accepte. Ce bonheur inespéré lui semble si accidentel qu'elle en savoure chaque moment.

C'est en lisant La Marche du cavalier, essai fouillis de Geneviève Brisac, que j'ai entendu parler de Ludmila Oulitskaïa pour la première fois. Sonietchka n'est pas vraiment un roman, il s'agit plutôt d'une longue nouvelle. Cette histoire a un goût de trop peu tout en étant très agréable.
Evidemment, le personnage de Sonietchka est attachant. C'est une lectrice passionnée, vivant d'abord sa vie à travers les personnages des romans qu'elle dévore. La littérature est aussi ce qui la sauvera à la fin de son bonheur conjugal. Son abnégation force le respect tout en étant aussi la garantie de son bonheur. Bien que ne pouvant pas tout maîtriser, Sonia sait tirer parti de chaque situation.
L'autre aspect du livre qui m'a beaucoup intéressée est la peinture que dresse Oulitskaïa du monde soviétique. La guerre et le bagne sont évoqués, le mari de Sonietchka ayant été emprisonné. Les habitations sont très simplement équipées, certains territoires ne peuvent être occupés qu'un temps et la population n'a aucun autre choix que celui d'obéir. 
Malgré tout, les personages évoluent dans un milieu qui n'est pas imperméable aux idées nouvelles. La fille de Sonia et de Robert, Tania, ainsi que son amie Jasia, refusent d'avoir les mêmes entraves que leurs aînés. Bien qu'étant un système totalitaire, la société russe ne reste pas immobile.

Une jolie lecture qui m'a permis de découvrir un auteur que je relirai volontiers.

Folio. 108 pages.
Traduit par Sophie Benech.
1992 pour l'édition originale.

06 janvier 2018

Anna Karénine - Léon Tolstoï

20171224_130009[1]Pour accompagner nos longues soirées d'hiver, Romanza a décidé de lancer un challenge autour d'Anna Karénine, l'un de ses romans préférés. J'avais déjà abordé Tolstoï de façon peu concluante il y a quelques années, mais cela ne m'avait pas ôté l'envie de lire ses oeuvres majeures. Après ma lecture un peu laborieuse de Crime et Châtiment, j'avais de plus envie de poursuivre ma découverte de la littérature russe, alors je n'ai pas hésité.

On connaît souvent d'Anna Karénine sa fin tragique, mais ce gros roman est bien loin de se résumer à cet épisode. Etant incapable de résumer ce livre, je vais simplement vous raconter le début de l'histoire.

En descendant du train qui la mène chez son frère à Moscou, Anna Karénine, femme mariée, fait la rencontre du comte Alexis Vronski. Leur liaison ne tarde pas à être connue de toute la bonne société et à plonger la jeune femme dans la solitude.
Au même moment, Constantin Lévine, noble propriétaire terrien qui n'est heureux qu'à la campagne, voit sa demande en mariage refusée par la jeune Kitty Stcherbatski, elle aussi éprise du beau Vronski.

Contrairement à ce que le titre laisse penser, Anna Karénine n'est pas un roman qui se concentre autour de l'histoire d'une femme adultère. Anna n'est même pas le personnage principal du roman, elle partage la vedette avec Constantin Lévine. Si ces deux personnages ne se rencontrent qu'une seule fois, Tolstoï entremêle leurs vies tout au long du roman pour poser les questions qui le tourmentent autour du sens de la vie, du mariage, des relations entre les gens (d'une même famille, d'une société), et surtout de l'existence de Dieu.
Ne fuyez pas à toutes jambes en lisant cette dernière phrase. S'il serait mensonger d'affirmer qu'Anna Karénine ne souffre pas de quelques longueurs, c'est un roman qui se lit très facilement, avec des chapitres courts, une histoire bien rythmée et passionnante et quelques scènes à mourir de rire (le mariage et les élections en particulier).

Je regrette un peu de n'avoir pas déjà lu ce roman il y a une dizaine d'années, je pense que j'aurais lu une tout autre histoire et ma lecture d'aujourd'hui n'en aurait pas été moins intéressante. L'histoire entre Anna et Vronski m'aurait probablement davantage fait rêver (alors que là, pas du tout). Je n'ai pas ressenti d'attachement particulier pour Anna. C'est une femme moderne, courageuse, mais elle est surtout le symbole de ce qui arrive à une femme ayant choisi de suivre sa passion plutôt que son devoir dans la Russie du XIXe siècle. Sa position la rend tellement isolée et dépendante de son amant qu'elle s'illustre essentiellement par ses caprices et ses crises de jalousie.
Tolstoï n'approuve pas Anna, mais il la plaint. Ses personnages sont d'ailleurs régulièrement préoccupés par la question féminine. Ils soulignent l'hypocrisie de la bonne société, qui condamne les femmes comme Anna, qui ont quitté leur mari tout en fermant les yeux sur les liaisons soi-disant secrètes mais dont chacun est informé. Quant aux hommes, l'adultère ne leur provoque qu'un léger inconfort. Le propre frère d'Anna est bien vite pardonné par son épouse et peut poursuivre ses frasques. Quant à Vronski, il continue à être reçu partout. Tout juste est-il contrarié de ne pouvoir transmettre son patronyme à ses enfants.

Si je n'ai pas été particulièrement émue par Anna en raison de mon grand âge, qui me rend beaucoup plus pragmatique qu'autrefois, j'ai sans doute apprécié davantage que je ne l'aurais fait alors de suivre Lévine. C'est un homme qui ne se sent bien que sur ses terres et qui éprouve un amour admirable pour la nature. A l'image de Tolstoï, il s'interroge sur la place de chacun, les rapports entre les hommes. Le servage n'étant aboli que depuis une dizaine d'années lorsque l'auteur entreprend la rédaction d'Anna Karénine, cette reditribution des cartes est très présente dans le roman. Bien que membre de la classe dominante, Lévine s'interroge sur les droits qu'il a de posséder ses biens, sur son rôle auprès des paysans, et sur le régime politique idéal.

" - C'est si vague, le mot "peuple" ! Il est possible que les secrétaires cantonaux, les instituteurs et un sur mille parmi les paysans comprennent de quoi il retourne ; mais le reste des quatre-vingt millions fait comme Mikhaïlytch : non seulement ils ne témoignent pas leur volonté, mais ils n'ont pas la plus légère notion de ce qu'ils pourraient avoir à témoigner. Quel droit avons-nous, dans ces conditions, d'invoquer la volonté du peuple ? "

On (du moins les neuneus dans mon genre) ne comprend pas avant les dernières pages où l'auteur compte amener le lecteur, la raison de ce parallèle entre Lévine et Anna. J'ai suffisamment dénigré la religion sur ce blog pour que vous deviniez que je ne suis pas vraiment convaincue par la révélation qui s'offre à Lévine, mais Tolstoï a l'habileté de ne pas oublier qu'il s'agit d'un être humain, ce qui permet au personnage de conserver ma sympathie. Ayant lu Crime et Châtiment il y a peu de temps, je ne peux pas m'empêcher de faire un rapprochement entre les deux fins et je soupçonne les deux auteurs d'avoir eu des tourments en commun.

Une lecture à faire absolument et une belle façon de débuter 2018.

L'avis passionné de Romanza (merci de m'avoir poussée à faire cette lecture).

Folio. 909 pages.
Traduit par Henri Mongault.
1877 pour l'édition originale.


31 décembre 2017

Bilan littéraire 2017

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Il est temps de faire le bilan de cette année 2017, déjà la douzième pour Lilly et ses livres.

J'ai fait une pause en début d'année. J'avais d'autres projets et occupations, mais j'ai également beaucoup lu, donc je crois que j'en avais simplement besoin. A partir de mai, l'envie de bloguer est revenue, et je suis je pense être actuellement dans une bonne dynamique.

D'après mon carnet de lectures, j'ai lu 75 livres cette année, dont 60 romans. Je suis très satisfaite de ce dernier nombre, je n'avais pas autant lu depuis plusieurs années.

Parmi ces lectures, quelques très jolies découvertes :

- La Terre qui penche de Carole Martinez.
- Miss Charity de Marie-Aude Murail.
- La Couleur des sentiments de Kathryn Stockett.

J'ai poursuivi ma découverte d'Annie Ernaux, même si je n'en ai pas parlé ici. Elle a rejoint mon panthéon personnel d'auteurs. J'ai enfin lu Confiteor, mais je n'ai pas autant aimé que je l'aurais voulu. J'ai relu Persuasion de Jane Austen avec délectation.

J'ai aussi lu un livre épouvantable. Je refuse de mettre son titre par ici, mais sachez que j'ai souffert pendant près de 300 pages.

Côté challenges, j'ai adoré participer au Challenge Pavé de l'été de Brize qui m'a permis de me lancer dans quatre gros romans et à la lecture commune du Palais de glace de Tarjei Vesaas, organisée par Margotte. Je découvre en ce moment Anna Karénine grâce à Romanza et je me régale.

Pour 2018, je pense retourner vers les classiques, décision prise et appliquée depuis plusieurs semaines. J'ai acheté plusieurs romans russes, et j'ai toujours d'innombrables auteurs dont je veux poursuivre la découverte (Zola, Balzac, Proust...). Je vais aussi essayer de coller aux mois thématiques.

Je vous souhaite à toutes et à tous une excellente année 2018, dans vos lectures en particulier.
Merci pour vos visites et vos commentaires.

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22 décembre 2017

Le Palais de glace - Tarjei Vesaas

510+9QMqRrL"La pièce pleurait. A cause de quoi pleurait-elle ?"

Tarjei Vesaas est apparemment un auteur norvégien de premier plan (j'avoue que je n'en avais jamais entendu parler). C'est grâce à Margotte que j'ai découvert ce roman acheté en raison de sa superbe couverture il y a quelques mois.

Unn est nouvelle dans le village. Elle vit chez sa tante depuis la mort de sa mère et refuse de se mêler aux autres enfants à l'école. Siss, la plus populaire de sa classe, est intriguée par cette nouvelle élève et compte bien devenir son amie. Lorsqu'Unn invite Siss à la rejoindre chez elle un soir, rien ne semble pouvoir détruire l'amitié qui se tisse entre les deux fillettes.
Mais le lendemain, Unn disparaît, avalée par le palais de glace.

Voilà une lecture que j'ai appréciée dans l'ensemble mais qui m'a déstabilisée.
J'ai attendu un rebondissement tout au long de ma lecture, persuadée que l'attitude d'Unn avait une explication qui méritait d'être révélée. Je suis tellement habituée à retrouver cette ambiance scandinave dans les romans policiers que j'ai eu du mal à apprécier autant que je l'aurais voulu cette histoire sans éclat dans le scénario (même s'il y en a dans l'écriture).
J'ai aussi cherché une signification à l'attitude de la tante d'Unn, du surnaturel, des êtres magiques, mais rien de tout cela.
Le Palais de glace est un roman sur le deuil et la force des choses. Les descriptions  sont envoûtantes, la nature est omniprésente, à la fois majestueuse et effrayante. La petite Siss n'est pas terrifiée sans raison par la nuit et toute personne ayant mis les pieds dans des régions enneigées a ressenti cette fascination répulsion que provoque le bruit de la glace qui se brise.

"Un craquement dans la glace, quelque part. Des écoulements continus sur les étendues gelées, qui semblaient disparaître ensuite dans un trou. La glace qui s'épaississait jouait à creuser des failles sur des distances infinies. Siss bondit en entendant ce fracas."

Quant au fameux palais de glace, c'est le personnage principal de cette histoire. Il attire les hommes, les engloutit. Tous savent ce qu'il a fait mais ils ne peuvent que s'incliner. Il symbolise la toute puissance, la vie, la mort et le passage des saisons. Le retour de la joie après la perte.

Je n'ai pas tout compris mais je reconnais que c'était beau. Une lecture idéale en cette saison. 

Les autres participantes à la lecture commune : Margotte, Anne, Marilyne. Nathalie a lu un autre roman de cet auteur.

Babel. 218 pages.
Traduit par Jean-Baptiste Coursaud.
1963 pour l'édition originale.

LC-Challenge nordique

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07 décembre 2017

Sauveur & Fils : saison 1 - Marie-Aude Murail

murailsauveurfils1Après ma découverte du fabuleux Miss Charity il y a quelques mois, j'ai succombé à l'appel de la dernière série de Marie-Aude Murail, dont les échos sur la blogosphère sont très positifs.

Sauveur Saint-Yves est psychologue à Orléans. Dans le cabinet de sa maison, il reçoit adultes et enfants en consultation. Étonnant par son physique de géant martiniquais, Sauveur n'est pas non plus un professionnel classique.
En plus de ses horaires à rallonge, il doit s'occuper de son jeune fils, Lazare, fan de devinettes et de hamsters, qu'il élève à coups de plats préparés réchauffés au micro-ondes.
De son côté, le petit garçon n'a qu'un ami, Paul, mais de nombreuses personnes peuplent sa vie. Ce sont les patients de Sauveur, dont Lazare écoute les récits, bien caché derrière la porte de secours du cabinet paternel.

Si vous cherchez un livre doudou mais pas niais, bien écrit, facile à lire, jetez-vous sur Sauveur & Fils.
Dès les premières pages, le charme de Marie-Aude Murail opère. Il y a dans le style de cet auteur un je-ne-sais-quoi qui le rend délicieux. C'est enfantin, drôle et bouleversant à la fois. Les dialogues, les histoires des uns et des autres font mouche presque à chaque coup.
Les personnages sont nombreux mais tous travaillés. Il y a d'abord les enfants,  Lazare en tête, qui me fait fondre quand je l'imagine sur le chemin de l'école avec son cartable à roulettes ou derrière le rideau du bureau de son père. Les adultes ne sont pas en reste. Comment ne pas être marqué par Mme Dumayet, l'institutrice, qui fait de son mieux pour faire progresser ses élèves, suivant les nombreuses directives, recevant les parents, essayant de comprendre ce qu'il se passe entre les uns et les autres au point de s'oublier un peu ? Et Alexandra, la mère modèle qui a tout plaqué pour une autre femme et qui finit par exploser, incapable de supporter une seconde de plus qu'on lui dise qu'elle avait tout pour être heureuse et qu'elle est la méchante de l'histoire ? Face à eux, Sauveur est souvent démuni, malgré l'image rassurante qu'il renvoie.
En plus des patients, Sauveur et Lazare doivent également faire face à leur propre passé car quelqu'un leur en veut. Chez un autre auteur, cette enquête tomberait comme un cheveu sur la soupe, mais pas ici. On a juste envie de lire le livre plus rapidement pour savoir ce que cache Sauveur.
On peut trouver quelques défauts à ce livre, quelques traits un peu grossiers (je pense au thème de l'inceste, traité un peu facilement). N'allez pas non plus chercher trop de réalisme, la scène de Sauveur recueillant un adolescent chez lui vous semblerait bien improbable.

Ce n'est pas Miss Charity, mais ça reste une très belle pioche pour petits et grands. Je lirai les saisons 2 et 3 avec plaisir.

Les avis de Saleanndre, Brize et

L'Ecole des Loisirs. 328 pages.
2016.

29 novembre 2017

Le Temps de l'innocence - Edith Wharton

9782080707864"Rien ne lui était plus agréable chez sa fiancée que la volonté de porter à la dernière limite ce principe fondamental de leur éducation à tous les deux : l'obligation rituelle d'ignorer ce qui est déplaisant."

Dans le New York des années 1870, Newland Archer s'apprête à épouser la ravissante May Welland. Durant une représentation, une jeune femme attire son regard dans la loge de sa fiancée. Il s'agit de la Comtesse Ellen Olenska, cousine de May, rentrée en Amérique après un mariage désastreux qui s'est achevé dans le scandale.
Ellen est une femme envoûtante, peu respectueuse des conventions, mais sa famille met tout en oeuvre pour protéger sa réputation. Newland se sent immédiatement responsable de la comtesse, et ne tarde pas à développer des sentiments profonds à son égard, des sentiments partagés. Cependant, la société new-yorkaise ne pardonne pas ce genre de passion.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu cette grande dame de la littérature américaine, et j'ai passé un excellent moment à la suivre dans le New York du XIXème siècle. La Comtesse Olenska revient dans un monde où les membres de droit de l'aristocratie luttent contre la montée en puissance de ceux qu'ils jugent comme des parvenus et où l'hypocrisie règne. Les premières pages sont savoureuses et nous offrent des répliques dignes des auteurs les plus piquants. Je déteste ces comparaisons qui nous procurent souvent des déceptions lorsqu'on en attend trop, mais la mère de Newland démontrant que rien ne va plus parce qu'on ne sort plus dans le monde avec des robes datant d'il y a au moins deux ans vaut bien l'obsession de Mrs Allen pour le prix des tissus dans Northanger Abbey de Jane Austen.
Outre son humour, Edith Wharton nous plonge dans une ambiance envoûtante. Certaines scènes sont de véritables tableaux, qui prennent le lecteur aux tripes. C'est le cas de beaucoup de scènes de la comtesse, depuis sa première apparition à l'opéra dans sa robe bleue trop décolletée à sa dernière scène, en passant par sa silhouette au bord de la mer, lorsqu'elle attend et redoute la venue de Newland qui ne la rejoindra pas.

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Lorsque le jeune homme réalise, lors d'un dernier repas de famille, que tous ont compris bien mieux que lui ce qu'il se passait :

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Archer est un homme qui rêve d'amour plus qu'il ne le vit. A chaque occasion, il trouve un prétexte pour reculer. Certaines sont pourtant énormes, comme lorsque May lui propose de revenir sur leurs fiançailles ou à la fin du roman. Il me rappelle Frédéric Moreau de L'éducation sentimentale, roman que je n'ai jamais réussi à terminer parce que le héros m'exaspérait. Celui d'Edith Wharton ne vaut pas beaucoup mieux en définitive. Newland Archer est entouré d'une société qu'il juge, dont il pense connaître tous les usages quand il n'en maîtrise pas le moindre bout. Sa relation avec la comtesse, et même le trio qu'ils forment avec May, ne provoque aucun coup d'éclat, aucun cri. Archer est beaucoup trop enfermé dans les principes reçus dans son éducation. Son comportement en amour se retrouve dans son rapport aux femmes. Il est admiratif de la grand-mère d'Ellen, prête à défendre la comtesse et à se moquer de toutes les critiques. Très vite, le jeune homme défend Ellen, juge sévèrement le manque de personnalité de May. Pourtant, il préfère oublier au plus vite les quelques phrases sortant de la bouche de sa fiancée qu'il n'imagine pas possible chez une jeune fille bien éduquée.

"Néanmoins, il serait tenu à défendre, chez la cousine de sa fiancée, une liberté que jamais il n'accorderait à sa femme, si un jour elle venait à la revendiquer."

Ce sont finalement elles, May et Ellen, qui maîtrisent le plus leur existence. Leur présence est discrète, mais elles dégagent énormément de choses, malgré l'aveuglement du personnage principal à travers lequel on les voit.
Si je devais faire un (petit) reproche à ce livre, ce serait l'insistance de Wharton sur les règles de la bonne société. C'est certes le thème du livre, mais leur rappel incessant n'est pas nécessaire et donne un côté scolaire à certains passages. J'ai cependant aimé le dernier chapitre, trente ans plus tard, qui analyse les évolutions de la société new-yorkaise et le ton féministe du roman.

Pas un coup de coeur, mais un délicieux moment de lecture. J'ai décidé de me replonger dans les classiques que je délaissais, je m'en réjouis. A moi le film maintenant (oui, je fais des captures d'écran sans l'avoir vu).

L'avis de Romanza.

GF Flammarion. 313 pages.
Traduit par Madeleine Taillandier.
1920 pour l'édition originale.

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25 novembre 2017

Le Survenant - Germaine Guèvremont

9782762131284-v1A l'occasion de Québec en novembre, je me suis dit qu'il était temps de sortir ce classique québécois de ma bibliothèque.

Un soir d'automne, un étranger frappe à la porte des Beauchemin. Le père, Didace, sont fils Amable et sa bru Alphonsine voient donc entrer dans leur vie un survenant, c'est à dire quelqu'un qui s'installe chez eux en échange de son travail. Tout le Chenal du Moine fait rapidement la connaissance du nouveau venu qui ne veut pas même dire son nom. Peu à peu, la présence du survenant bouleverse l'équilibre qui existait chez les Beauchemin et leurs voisins. 

Ce livre ne plaira pas à ceux qui cherchent une histoire pleine de rebondissements et d'aventure, pourtant on ne s'ennuie jamais dans ce livre. Il y règne une ambiance délicieuse et le fait de ne pas comprendre tous les dialogues ajoute du charme à cette histoire. En raison du milieu et de l'époque, les personnages s'expriment en effet en patois. 
Les personnages sont très bien croqués, pas forcément attachants mais les rapports qu'ils entretiennent les uns avec les autres sont très réalistes. Les Beauchemin sont les premiers à être impactés par la présence du survenant. En le voyant si volontaire, si dur à la tâche, Didace ne peut s'empêcher de regretter que son propre fils, Amable, se montre si réticent à poursuivre le travail de ses aïeux sur leur domaine. Quant à Alphonsine, elle doit se montrer meilleure maîtresse de maison que d'ordinaire, mais elle n'arrive pas à la cheville de sa défunte belle-mère ou de sa belle-soeur. Chez les voisins, l'arrivée d'un étranger dans le bourg est un événement. On s'en méfie tout en voulant le connaître davantage. Pour les jeunes femmes, cet homme attirant est également l'occasion de tester leur pouvoir de séduction. L'indifférence du survenant à l'égard de celles qui sont considérées comme étant les plus belles est une déception pour ces dernières, d'autant plus cruelle que c'est une boîteuse, Angélina, qui semble avoir remporté le gros lot. N'allez pas imaginer une grande histoire d'amour, les échanges sont succins, mais cet aspect du roman a un fort impact sur certains membres de la communauté.
Le survenant reste longtemps au Chenal. Au printemps, il ne semble pas décidé à reprendre la route. Lui qui refuse de parler de lui, de reconnaître la moindre attache, va-t-il décider de s'établir quelque part ?
En plus des interactions entre les personnages, j'ai aimé les promenades dans la campagne autour du Chenal, les descriptions de l'hiver puis du retour du printemps. C'est vraiment l'idéal de lire ce roman emmitouflée dans un plaid avec la lumière du mois de novembre.

Une lecture très agréable pour participer à Québec en novembre. Il est regrettable que ce livre soit presque introuvable en France. Geneviève Guèvremont a été une suite à cette histoire, Marie-Didace, je vais essayer de me la procurer.

Québec-en-novembre-2017

Romanza a été charmée, Karine beaucoup moins.

Fides. 224 pages.
1945 pour l'édition originale.

Posté par lillylivres à 11:08 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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