07 janvier 2011

On dirait vraiment le paradis ; John Cheever

9782070337347FSFolio ; 132 pages.
Traduit par Laeticia Devaux.
1982
.

Sears est un homme déjà âgé, qui aime patiner sur l'étang gelé de Janice. Il découvre un jour que celui-ci a été transformé en décharge, et qu'il est en train de dépérir. Il décide alors de contacter des avocats afin de mettre un terme à cette entreprise.
Au même moment, il rencontre Renée, dont il tombe amoureux, qui lui échappe, et qui ne cesse de lui répéter qu'il ne comprend rien aux femmes.

Voilà un livre qui est agréable à lire, mais auquel il manque de la densité pour vraiment marquer les esprits. Plusieurs voix se mêlent. A celle de Sears se joignent occasionnellement celles d'habitants de Janice, et de l'avocat environnementaliste que Sears a employé.
Le rythme est lent, mais il y a quelque chose de brutal dans ce récit, et l'on ne s'ennuie pas une seconde.
De quoi ce livre parle t-il ? Difficile à dire. Regard sur le monde qui avance, en bien ou en mal, questionnement sur l'amour, le temps, l'environnement. Il y a aussi un bébé oublié au bord d'une autoroute, un chien froidement tué, une empoignade entre deux voisines ennemies au supermarché, et un avocat assassiné en quelques lignes.

"Toutes ces autoroutes qui se rejoignaient, le bruit de la circulation qui claquait comme un fouet, et Betsy se demanda -bêtement, elle le savait- si la vie moderne et son goût prononcé pour les autoroutes n'avaient pas volé aux hommes et aux femmes la beauté intrinsèque de ce monde."

J'ai trouvé cette première rencontre avec John Cheever à moitié satisfaisante. La présence1718394131 de l'auteur m'a beaucoup marquée, mais le récit en lui même me laisse assez indifférente.

La fin est cependant excellente, avec une chute à la fois cynique et drôle.

Merci à Lise pour le livre.

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30 décembre 2010

Bilan littéraire 2010

2010 s'achève, 2011 s'annonce, c'est donc l'heure du traditionnel bilan.

Il est assez faible cette année, je crois que j'ai entre 60 et 70 livres à mon actif. C'est encore plus mauvais en ce qui concerne ceux qui ont fait l'objet d'un billet, mais je vais essayer d'être plus sage en 2011. Il est parfois difficile de trouver les mots, ou tout simplement le temps et la motivation. J'ai aussi lu beaucoup d'essais, genre dont j'ai du mal à parler sur un blog.
Et puis, une nouvelle passion m'a pris énormément de temps cette année, le cinéma. J'ai enfin pris le temps de me plonger dans des films dont on me parlait depuis des années, et ça a été une véritable révélation. Je suis incapable d'en parler, mais je peux vous dire que la liste de mes fantasmes masculins de mes films préférés a considérablement augmenté.

2010, c'est aussi une fabuleuse lecture commune faite seule (n'est-ce pas Ys ? ^^ ), le Portrait of a Lady Swap, qui a été une belle réussite. Il y a aussi eu une bonne centaine de challenges non tenus, oubliés, au point que j'ai décidé d'être raisonnable en 2011, au moins jusqu'au 15 janvier (j'ai juste craqué pour le swap nécrophile pour l'instant), et d'arrêter de prendre des engagements que je ne tiendrai pas.   

Mais revenons sur mes lectures de 2010.

Pour les coups de cœur :

Tout ce que j'ai lu de Virginia Woolf. La regrettée Mea, avec son Challenge Bloomsbury, m'a poussée à poursuivre ma plongée dans l'univers de ce groupe, qui décidément me fascine. Julia Strachey, E.M. Forster, Vita Sackville-West, Dora Carrington entre autres ont rythmé mon année.
Les Britanniques ont également brillé avec Sir Arthur Conan Doyle (en livre, film ou série) et Lewis Carroll.

Des auteurs de langue allemande ont également eu un écho important en moi. Franz Kafka, avec Le Procès, et Dans la colonie pénitentiaire. C'est sans doute ma meilleure surprise de l'année. Il y a également eu La Marquise d'O d'Heinrich von Kleist.

De la littérature française, avec André Gide et Les Faux-Monnayeurs, ainsi qu'avec Émile Zola et La Faute de l'Abbé Mouret (j'ai toutefois été moins assidue qu'une certaine personne).

Les Américains conservent une place de choix avec Sylvia Plath, Isaac Bashevis Singer Tracy Chevalier, Edith Wharton, Francis Scott Fitzgerald et Bret Easton Ellis (dont j'ai adoré Moins que zéro, dont je vous parlerai peut-être).

J'ai aussi eu des déceptions : Laurence Cossé, Lian Hearn, Claude Pujade-Renaud, Arthur Phillips... mais rien d'irréparable.

 

rose

 

Je vous souhaite à tous et à toutes une merveilleuse année 2011, qu'elle commence dans le brouillard des bulles de champagne ou un peu plus sérieusement.

 

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22 décembre 2010

Pause de Noël

Je vous souhaite à tous un très joyeux Noël.
J'espère que vous pourrez partager des moments chaleureux avec vos proches, que vous mangerez plein de choses riches en calories, et que vous serez couverts de livres.
Je vous retrouve après les fêtes.


Wonderful_Life

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11 décembre 2010

Composition française : retour sur une enfance bretonne

9782070437887FSFolio ; 269 pages.
2009
.

Mona Ozouf est une historienne que je connaissais (vaguement) pour ses travaux sur l'histoire de l'éducation en France. Dans Composition française : Retour sur une enfance bretonne, elle adopte une position plutôt originale, puisqu'elle reconsidère "l'austère commandement qui invite les historiens à s'absenter, autant que faire se peut, de l'histoire qu'ils écrivent", et se met en scène pour décrire "la tension entre l'universel et le particulier, si caractéristique de notre vie nationale".

Elle naît en Bretagne, d'un père instituteur combattant pour la cause bretonne, qui disparaît très vite, et d'une mère elle aussi enseignante, qui sera épaulée par la grand-mère de Mona Ozouf après le décès de son époux. La famille de Mona Ozouf est alors déjà tiraillée entre diverses attaches, à l'égard de la Bretagne, de la laïcité et de la France, même si à première vue les trois semblent incompatibles. Ainsi, la jeune fille dévore les livres de la bibliothèque de son père, explorant ainsi le patrimoine breton, sa langue, ses écrivains. Le seul contrôle mis en place par sa mère sont les chiffres tracés au crayon sur la page de garde indiquant l'âge auquel elle autorise sa fille à lire les ouvrages à sa disposition. "J'avais bien sûr fait mon profit de cette découverte en procédant tout à rebours. Je commençais par les gros chiffres, en ignorant tranquillement la consigne implicite."

Elle est inscrite dans une école laïque, et est punie pour cela lorsqu'elle se rend au catéchisme, par une obligation de s'asseoir derrière les "filles des Sœurs", malgré son statut de bonne élève : "entre les deux groupes, jamais un mot ne s'échange, aucune amitié ne se noue. Quand, au retour de l'église, je rapporte à ma mère ce qui est à mes yeux un mode de classement bizarre, habituée à celui de l'école, que le mérite justifie, elle me raconte que dans son enfance léonarde, c'était tout autre chose : l'heure du catéchisme était fixée de telle manière que les filles de la laïque ne pouvaient y arriver qu'en retard"

Plus tard, Mona Ozouf se rend à Paris, où elle étudie, et adhère notamment aux idées communistes. Enfin, adhère... "Devant les non-convaincues il nous fallait sans relâche justifier ce dont nous avions bien du mal à nous convaincre nous-mêmes."

C'est dans la dernière partie (qui est de loin celle que j'ai préférée) qu'elle évoque finalement comment elle conçoit son identité, en reprenant sa casquette d'historienne. Ainsi, elle remonte jusqu'à la Révolution, et à la décision étrange de substituer et non d'associer l'universel au particulier, de faire une Assemblée nationale "une et indivisible" qui triomphe sur "les cahiers de doléances, tout bourdonnants au contraire de revendications locales ; elle n'est pas davantage dans les statuts des députés". Une terreur de la diversité s'impose alors. "On croit y percevoir une contestation sournoise de l'unité et de l'indivisibilité de la patrie : un fédéralisme déguisé". Ce sujet m'intéresse particulièrement, parce que j'ai étudié il y a plusieurs années la question des minorités, et j'avais pu constater à quel point la France est susceptible sur ce point. Elle a ainsi refusé de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Dans son essai, Mona Ozouf parle de la langue bretonne, qui est réduite au statut de langue parlée uniquement dans un cadre privé. Or, c'est l'un des éléments les plus constitutifs d'une identité, avec la religion. Les régions longtemps opprimées ont souvent tenu à les conserver, afin de se distinguer de ceux qu'ils considéraient comme des occupants, ainsi que l'on peut l'observer dans diverses régions ou pays ne serait-ce qu'en Europe.

Malgré sa répugnance historique à considérer le particulier, la France n'a pu empêcher sa subsistance (et heureusement). Mona Ozouf cite ainsi Benjamin Constant pour montrer l'aspect étrange d'un pays des droits de l'homme courant exclusivement après l'universel. "Je découvrais donc que les résistances à une république jacobine étaient apparues à l'intérieur même du projet républicain. Il y avait eu en France, dès l'origine, des hommes attachés à une république autre, plus accueillante aux dissidences et aux particularismes." Elle est convaincue qu'il existe de multiples possibilités pour accorder les deux positions, que le choix ne se fait pas entre l'universel et le particulier, et qu'il est souhaitable de les exploiter pour permettre aux individus de se réaliser. S'il existe des valeurs universelles à poursuivre, celles-ci doivent également s'inscrire dans une histoire afin d'être assimilées. Dès le début, pour évoquer son père, Mona Ozouf évoque son caractère plein de contradictions, de complexité, comme l'est tout individu. Cette idée de composition est applicable au reste.   

Un livre que j'ai donc apprécié, et dont l'actualité est criante si l'on considère certains débats, malgré quelques passages trop longs dans le récit de la vie de Mona Ozouf. Merci à Lise pour l'envoi.

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30 novembre 2010

Le point sur mes Challenges

Je me suis inscrite à un nombre incalculable de challenges cette année, au point de ne même pas les avoir tous notés. Je vais quand même essayer de rassembler mes souvenirs pour établir un petit bilan.

Le Challenge "100 ans de littérature américaine" de Bouh : je m'étais engagée à lire cinq romans américains cette année, c'est largement bouclé.

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Le Saule, d'Hubert Selby Jr
American Psycho, de Bret Easton Ellis
Meshugah, d'Isaac Bashevis Singer
L'histoire d'un mariage, d'Andrew Sean Greer
Martin Eden, de Jack London

Le Challenge Bloomsbury de Mea, couplé avec le Challenge Virginia Woolf de Lou :

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-La Correspondance entre Lytton Strachey et Virginia Woolf.
-Flush : une biographie, de Virginia Woolf
-Les Vagues, de Virginia Woolf
-Une Chambre à soi, de Virginia Woolf

-Virginia Woolf, d'Alexandra Lemasson (biographie)
-Virginia Woolf, de Viviane Forrester
  (biographie)

-Drôle de temps pour un mariage, de Julia Strachey

-Plus jamais d'invités, de Vita Sackville-West

-La Femme changée en renard, de David Garnett

Et d'autres billets plus anciens ici, car il s'agit d'un challenge rétroactif.

Le Challenge English classics de Karine :

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La Chasse au Snark, de Lewis Carroll
Le Chien des Baskerville, de Sir Arthur Conan Doyle
+ Les livres de Virginia Woolf, de David Garnett et de Vita Sackville-West.

Le Challenge Edith Wharton, de Titine :

2766522615

-Chez les heureux du monde
-Les Boucanières
Étant donné qu'il s'agissait d'un challenge rétroactif, vous pouvez trouver d'autres billets sur cet auteur ici.

Je m'étais inscrite à pas mal d'autres challenges, mais Wilkie, Mary Elizabeth, la Russie, etc, ce sera plutôt pour l'année prochaine je pense...

EDIT : j'ai oublié le bébé challenge Ich Liebe Zweig !! De Caro[line] et Karine !

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Je l'ai terminé en fait, mais je n'ai publié qu'un seul billet : Le monde d'hier : souvenirs d'un Européen.

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27 novembre 2010

Partenariat Folio

Suite à un double envoi, je me retrouve avec un exemplaire en trop de Composition française, retour sur une enfance9782070437887FS bretonne de Mona Ozouf.

La France a toujours vécu d'une tension entre l'esprit national et le génie des pays qui la composent, entre l'universel et le particulier. Mona Ozouf se souvient l'avoir ressentie au cours d'une enfance bretonne. Dans un territoire exigu et clos, entre école, église et maison, il fallait vivre avec trois lots de croyances disparates. A la maison, tout parlait de l'appartenance à la Bretagne. L'école, elle, professait l'indifférence aux identités locales. Quant à l'église, la foi qu'elle enseignait contredisait celle de l'école comme celle de la maison. En faisant revivre ces croyances désaccordées, Mona Ozouf retrouve des questions qui n'ont rien perdu de leur acuité. Pourquoi la France a-t-elle toujours ressenti la pluralité comme une menace? Faut-il opposer un républicanisme attaché à l'universel et des particularismes invariablement jugés rétrogrades? Comment vivre heureusement la "composition française"? (présentation de l'éditeur)

Si ce livre vous intéresse et que vous pouvez publier votre avis sur votre blog dans les trois mois, dites-le moi dans les commentaires, ou envoyez-moi un mail. Premier arrivé, premier servi.

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23 novembre 2010

Accordez-moi cette valse ; Zelda Fitgerald

9782221110508FSRobert Laffont ; 418 pages.
Traduit par Jacquelin Remillet. 1932
.

"David, je volerai comme un oiseau, pour toi, si tu m'aimes.
- Alors, vole.
- Je ne peux pas voler, mais aime-moi quand même.
- Pauvre enfant sans ailes.
- Est-ce si difficile de m'aimer ?
- Penses-tu que tu sois facile, ô ma possession illusoire ? "

Alabama Beggs est la troisième fille du juge Beggs et de son épouse Millie, établis dans le sud des Etats-Unis. Elle est curieuse, sauvage, et irrésistible. Bien que très jeune, elle fait tourner la tête aux hommes, avant de donner la préférence à David Knight. Il est artiste, rêve de reconnaissance, et il l'aime passionnément. Il pense pouvoir la mettre dans une tour d'ivoire pour l'y adorer. "La troisième fois qu'il revint sur cette allusion, Alabama lui demanda de ne plus jamais mentionner la tour."
Après la naissance de leur fille, ils quittent New York pour la France, où des milliers d'Américains se sont établis. Sur la Côte d'Azur, Alabama s'éprend d'un aviateur. Leur flirt prend cependant fin lorsqu'ils doivent tous deux partir. Les Knight se rendent alors à Paris, où ils mènent une vie insouciante jusqu'à ce qu'Alabama décide de devenir danseuse. Elle est trop âgée, mais elle travaille avec acharnement pour parvenir à ses fins, délaissant tout le reste.   

J'ai entamé ce livre un peu après ma découverte de Tendre est la nuit. J'étais curieuse de connaître le traitement de son mariage par Zelda, pour le mettre en parallèle avec celui de Scott, mais aussi de découvrir un roman dont j'avais entendu le plus grand bien.
Alabama est un beau personnage, passionné, volontaire. Elle est à la fois légère et tourmentée. Elle veut avoir le contrôle de sa vie, s'interroge sur le sens des choses (qui n'en ont plus lorsque l'on participe à une fête qui dure depuis des semaines, et dont personne ne sait qui l'organise), et refuse de se contenter d'exister auprès des paillettes qui entourent son mari (comme l'a fait sa mère). Elle échoue. " -Je pensais que tu pourrais me dire si notre corps nous est donné pour servir de dérivatif à notre âme. Je pensais que tu saurais pourquoi lorsque notre corps devrait prendre la relève de notre esprit torturé, il échoue et s'effondre ; et pourquoi, quand nous sommes tourmentés par notre corps, notre âme ne peut nous servir de refuge." Le cœur du roman est d'ailleurs ce qu'il offre de meilleur.
Pourtant, je suis plutôt déçue. J'ai trouvé le livre assez inégal en soi, avec des parties intéressantes malheureusement accolées à des passages naïfs et maladroits (il y a même un passage que j'ai dû lire à plusieurs reprises pour parvenir à le déchiffrer). La présentation des événements a parfois des allures de journal nous racontant un quotidien plus ou moins intéressant.
Tout au long de ma lecture, j'étais en fait gênée par quelque chose que je ne parvenais pas à nommer. C'est après avoir refermé le livre que j'ai compris ce qui manquait à Accordez-moi cette valse.
Zelda Fitgerald n'a pas écrit un livre déplaisant, la relation entre David et Alabama comporte de très beaux passages, mais elle s'est contentée de prendre ses souvenirs, de les maquiller un peu, tout en restant à son niveau à elle. C'est d'ailleurs très net. Le seul chapitre où elle n'apparaît pas sonne comme une anomalie. De son côté, son époux a utilisé la même matière, mais il est parvenu à la mettre en valeur et à la rendre universelle, et c'est ce qui fait que Tendre est la nuit est un chef d'oeuvre quand Accordez-moi cette valse est simplement le roman/les mémoires/les fantasmes d'une femme visiblement intelligente qui évoque ses questionnements (ce qui est déjà pas mal, c'est vrai).

Lire les deux livres presque à la suite n'était peut-être pas une bonne idée. Je suis contente d'avoir lu ce roman, mais je crois que je préfère largement les écrits de monsieur.

L'avis de Titine.

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17 novembre 2010

Tendre est la nuit ; Francis Scott Fitzgerald

9782253052296Le Livre de poche ; 414 pages.
Traduit par Jacques Tournier.
1934
.

J'ai découvert Francis Scott Fitzgerald il y a deux ans, avec Gatsby le Magnifique, qui s'est avéré être une de mes lectures les plus marquantes de ces dernières années. Tendre est la nuit est l'autre grand roman de l'auteur dans la conscience collective. Il a pas mal fait parler de lui au moment de la sortie de la biographie romancée de Zelda Fitzgerald, Alabama Song de Gilles Leroy (que je n'ai pas lu), parce qu'il serait lié à la vie de l'auteur et de sa femme. Étant donné que je n'ai pas lu le livre de Gilles Leroy, ni aucune autre biographie du couple Fitzgerald, je vais me contenter de vous parler du livre lui-même.

Rosemary Hoyt est une jeune fille de dix-huit ans, nouvelle starlette de cinéma, qui passe des vacances en compagnie de sa mère sur la côte d'Azur. Alors qu'elle observe les touristes sur une plage, elle aperçoit pour la première fois Dick Divers et Nicole, son épouse. Ce couple est envoûtant, et semble mener une vie tranquille et parfaite.
Rosemary tombe immédiatement sous le charme de Dick, et va suivre les Divers jusque chez eux puis jusqu'à Paris, où elle ne tarde pas à entrevoir ce qui se cache derrière ces paillettes et ces apparences de bonheur.

Ce livre est un chef d'œuvre. Étrangement, je lui préfère peut-être (pour le moment) Gatsby le Magnifique, mais Tendre est la nuit est un roman que l'on lit avec la gorge de plus en plus nouée au fur et à mesure que le vernis s'écaille.
Dick est psychiatre, et il a succombé à l'une des tentations les plus malsaines (il aurait dû davantage lire Freud). Sa relation avec Nicole est complètement brouillée par ce choix désastreux.

"Il avait de plus en plus de mal à reconnaître, à coup sûr, ce qui n'était qu'un détache9782253157694_Gment professionnel, un réflexe d'autodéfence, et ce qui indiquait peut-être une désaffection de son coeur. Lorsqu'on s'habitue à l'indifférence, ou qu'on la laisse s'atrophier, on finit par se sentir vide.Dick s'était habitué à se sentir vide de Nicole, et il la soignait contre sa volonté, en refusant toute contrainte émotionnelle. On dit des cicatrices qu'elles se referment, en les comparant plus ou moins aux comportements de la peau. Il ne se passe rien de tel dans la vie affective d'un être humain. Les blessures sont toujours ouvertes. Elles peuvent diminuer, jusqu'à n'être qu'une pointe d'épingle. Elles demeurent toujours des blessures. Il faudrait plutôt comparer la trace des souffrances à la perte d'un doigt, ou à celle d'un oeil. Peut-être, au cours d'une vie entière, ne vous manqueront-ils vraiment qu'une seule minute. Mais quand cette minute arrive, il n'y a plus aucun recours."

Et pourtant, il y a tellement de poésie et d'intelligence dans ce roman ! Il dresse un portrait amer de ces riches américains qui se pavanent en Europe, en prenant bien soin de dissimuler leurs secrets honteux. Comme dans Gatsby, les gens sont prêts à mordre au premier signe de faiblesse.
Le roman est construit en trois parties où l'on suit un personnage différent. On rencontre d'abord les Divers à travers les yeux de Rosemary, jeune fille naïve et innocente. Rosemary est une jeune actrice qui est encore très proche de sa mère, et qui découvre l'amour (ou du moins ce qu'elle croit être de l'amour) en la personne de Dick Divers. Les charges qui pèsent sur ce dernier nous sont alors dévoilées en remontant dans le passé, jusqu'à sa rencontre avec sa femme, une héritière richissime (
quand lui ne dispose que de ses revenus professionnels), belle, intelligente, mais blessée.  La véritable héroïne du livre, Nicole, le personnage le plus mystérieux et le plus difficile à cerner, ne nous est révélée qu'à la fin. On réalise alors que la relation qu'elle forme avec son mari est devenue encore plus complexe au fil des années, au point de rendre Dick tout aussi dépendant d'elle qu'elle l'était de lui.

C'est poignant, sublime, un de ces livres dont on dévore les pages en sachant qu'ils nous dévoilent un auteur dont on ne se détachera plus.

J'ai depuis commencé la lecture de Accordez-moi cette valse, écrit par Zelda Fitzgerald, qui relate les mêmes faits. On en reparle très bientôt.

Les avis de Popila et de Delphine.

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11 novembre 2010

Une lueur de paradis ; John O'Hara

9782253129202_GLe Livre de Poche ; 181 pages.
Traduit par H. Bokanowski et A. Neuhoff.
1938
.

Je sais, ce blog n'a pas été mis à jour depuis deux mois. J'ai eu beaucoup de mal à trouver du temps pour mes lectures plaisir, et j'ai mis longtemps à me résigner à laisser La Fortune des Rougon de côté. Pour me faire pardonner, je vais vous proposer une plongée dans la littérature américaine (d'accord, trois billets... si je suis motivée), et on commence avec John O'Hara.

Nous sommes à Hollywood à la fin des années 1930. Jim écrit et connaît un certain succès. Il couche avec Peggy, une jeune fille un peu jolie qui travaille dans une librairie, et qui vit avec son jeune frère, Keith. Il aimerait bien l'épouser parfois, mais elle a "son mot à dire sur la question".
Lorsqu'un homme originaire du même endroit que lui, et qui se présente comme un ami de son frère, vient lui demander de l'aide, Jim débute une drôle d'amitié avec cet escroc un peu dépassé par la situation dans laquelle il s'est lui-même mis.
Au même moment, le père de Peggy, disparu dans la nature depuis des années, réapparaît. Ses activités ne sont pas claires, et il est difficile pour Keith et Peggy de savoir comment réagir face à ce père qui est surtout un étranger.

Une lueur de paradis est un sympathique roman, mais je pense qu'il ne s'agit pas d'une lecture marquante.
Les personnages sont désabusés, pommés et dissimulés derrière des masques. Le monde qu'ils fréquentent n'a rien d'excitant. Certains passages sont très beaux car l'écriture de John O'Hara est faite de dialogues désinvoltes et souvent drôles qui contiennent une dimension plus grave. L'ambiance est désuète et l'on a l'impression d'avancer dans une histoire en noir et blanc. C'est sans doute ce qui m'a le plus plu dans ce livre. 
Malheureusement, et sans doute en partie à cause de la brièveté du livre, j'ai également trouvé la plupart des personnages un peu plats, trop lointains.  Cette distance a du charme, mais elle m'a aussi tenue à l'écart. La relation entre Jim et Peggy est belle, mais j'attendais davantage de cette lecture. Le récit lui même manque d'épaisseur et de maîtrise, alors qu'il aborde de nombreux genres comme le souligne la quatrième de couverture. La chasse engagé par le père de Peggy n'a suscité aucune tension dans mon esprit, pas plus que le drame final, que j'ai seulement trouvé incompréhensible. Les personnages semblent bien plus las que bouleversés, et même si je les comprends dans une certaine mesure, je suis un peu restée sur ma faim.

Mon avis est donc en demi-teinte, mais je pense que ce livre vaut malgré tout le détour. En navigant sur d'autres blogs, j'ai cru comprendre que l'auteur (que je rencontre pour la première fois) a écrit d'autres romans qui ont beaucoup plu. J'y jetterai un œil à l'occasion.

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30 septembre 2010

La Faute de l'Abbé Mouret ; Emile Zola

9782070338290FSFolio ; 503 pages.
1875.

Mon histoire avec Zola, c'est un peu celle d'Elizabeth Bennet et Fitzwilliam Darcy (attention, je vais délirer). De tous les auteurs que j'ai étudiés dans le secondaire, je crois que c'est le seul dont je gardais un souvenir désastreux. Il m'a valu la pire note de ma vie en cours de français (après une lecture très laborieuse), et mon orgueil blessé a alors décrété que tout était de la faute de Zola.
Finalement, les années passant, j'ai eu l'occasion d'entendre des avis très contradictoires sur l'auteur, suffisamment argumentés pour que j'accepte de tendre de nouveau l'oreille lorsque j'entendais son nom, et finalement je l'ai fait. J'ai lu Au Bonheur des Dames, et j'ai réalisé que Zola gagnait peut-être à être connu. Il restait à confirmer que je pouvais apprécier cet auteur pour autre chose que ses très rares concessions à l'amour heureux (je force le trait, l'écriture dans Au Bonheur des Dames est incroyable, et l'on n'est pas tout à fait dans un conte de fées...), alors j'ai ploufé entre les Rougon-Macquart présents dans ma bibliothèque.

La Faute de l'Abbé Mouret est le cinquième volume de la série. Il met en scène Serge Mouret (le frère d'Octaaaave !), abbé des Artaud, où vivent des campagnards descendant d'une même famille. Alors que la paroisse est en proie au vice, que les messes sont dites sans personne pour les écouter, et que les jeunes filles se marient systématiquement parce qu'elles sont enceintes, l'abbé Mouret est le plus intègre des hommes. Ses tourments sont si grands qu'il refuse toute idée de matérialité. Sa seule passion est  pour la Vierge, une passion presque sensuelle. Le Frère Archangias, misogyne notoire, (et hypocrite fini) est d'ailleurs là pour prévenir tout écart du curé.
Pourtant, lorsque son oncle Pascal le mène au Paradou, cette demeure à l'écart, où vivent un philosophe athée et Albine, une enfant sauvage et naturelle, la vie de l'abbé Mouret bascule. Il oublie son passé, et renaît au sein de cet Eden aussi envoûtant que menaçant, amoureux fou d'Albine.

Ce livre est extraordinaire, tout simplement. J'avoue avoir connu des moments difficiles pendant la seconde partie qui contient des descriptions indigestes pour moi actuellement, le passage entre les deux premières parties m'a paru abrupte (malgré des explications par la suite), et pourtant je tiens là l'un de mes plus gros coups de coeur de l'année.
La Faute de l'Abbé Mouret est une réécriture de la chute, Serge et Albine étant de nouveaux Adam et Eve. Ils sont nus lorsqu'ils se rencontrent. La pureté de la jeune fille est celle des êtres que la société (et encore plus celle où le Père Archangias évolue) n'a pas atteints, il est amnésique et donc renaissant.

"Serge ne pouvait plus vivre sans le soleil. Il prenait des forces, il s'habituait aux bouffées du grand air qui faisaient s'envoler les rideaux de l'alcôve. Même le bleu, l'éternel bleu commençait à lui paraître fade."

Mais la santé nouvelle de jeune homme est fragile, le Paradou contient la même tentation que l'Eden original, et Serge redevient l'abbé Mouret.
Outre la fatalité (ou plutôt l'hérédité), Serge et Albine sont les victimes d'une France qui se transforme. Le Frère Archangias n'est prêt à faire aucune concession à la morale dont il se croit le garant, et son opposition avec le Philosophe, le gardien d'Albine (qui fait au passage preuve d'une irresponsabilité totale lorsqu'il laisse Albine s'occuper seule de Serge), est frontale. Moi qui savoure les discours anticléricaux, j'ai été servie. Si l'abbé Mouret est parvenu à m'émouvoir, c'est parce que ses tourments étaient ceux de Serge, l'homme. L'abbé est un acharné au début du livre.

"La mépris de la science lui venait ; il voulait rester ignorant, afin de garder l'humilité de sa foi."

Bien que la préface de mon édition insiste sur le fait que l'auteur ne prend pas clairement partie pour cette position, j'ai trouvé que l'Eglise était assez durement tournée en dérision, parfois avec humour, parfois de manière dramatique. L'assaut de l'église mené par les poules de Désirée au début du roman est délectable. Cette scène incongrue n'est d'ailleurs pas la seule du roman. La fin tragique est ainsi associée à une intervention aussi malvenue que pleine d'humour de la part de la sœur de l'Abbé.
J'ai également eu mes moments de rage. J'avais beau savoir que ça finirait mal, observer Serge et Albine se repousser a été éprouvant. Cela sans aucun doute grâce au style puissant de Zola, qui nous offre des passages d'une force incroyable. Ce livre contient ainsi l'une des morts les plus poétiques et les plus tristes que j'ai lues.

Vraiment un moment de lecture incroyable. Je peux encore moins que d'ordinaire prévoir mes lectures, mais je vais tenter de revenir au plus vite vers Zola.


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