10 février 2012

Tu savais que deux mille cinq cents gauchers meurent chaque année parce qu'ils utilisent des objets conçus pour les droitiers ?

9782714443342

Difficile d'échapper à ce livre, tant il a reçu de compliments sur la blogosphère littéraire ces derniers mois. Après moults hésitations, j'ai plongé dans ce livre, et je n'en suis ressortie qu'au point final.

Nous sommes en Ecosse, et Iris vient de recevoir un appel d'un hôpital psychiatrique lui demandant de venir récupérer sa grande-tante, une certaine Euphémia Lennox, car l'établissement doit fermer. Seulement, Iris n'a jamais entendu parler de cette femme. Sa grand-mère, qui serait la soeur de cette mystèrieuse personne, est touchée par Alzheimer, et ne peut donc lui être d'une grande aide. Iris va finalement rencontrer Euphémia, ou plutôt Esmé, cette femme qui a passé plus de soixante ans enfermée, cachée du monde, pour des raisons mal définies.

Ce livre m'a bouleversée. Maggie O'Farrell nous offre un récit fragmenté, en faisant intervenir trois narratrices aux voix bien distinctes, en raison de leur état mental.* Iris, la petite-fille, est une jeune femme qui s'est construit une vie bancale. Esmé, la "folle", nous raconte sa jeunesse, son Inde natale, son petit frère, puis l'arrivée en Grande-Bretagne, et nous dévoile peu à peu les raisons qui ont conduit à son enfermement. Enfin, Kitty, la soeur qui a complètement rayé Esmé de son existence, a désormais les pensées confuses, peut-être pour cause de sentiment de culpabilité tardif.
Avec ces trois femmes, on reconstitue une histoire de secrets de famille, de non-dits et de violence. La place des femmes, la sexualité, sont au coeur du roman. D'une certaine manière, ce livre m'a rappelé The Magdalen Sisters, un film visionné il y a quelques années, qui évoque le destin de jeunes Irlandaises écartées de la société pour avoir été violées, avoir eu un enfant hors mariage, ou tout simplement pour avoir eu un semblant de personnalité. Ici, la vision est plus globale puisque, outre Esmé, on découvre que Kitty, bien que crevant d'envie d'être tout ce que l'on attend d'elle, ne sera pas beaucoup plus épargnée que sa soeur (et j'ai envie de dire tant mieux, je suis méchante). Elle aussi, finalement, vivra dans le mensonge et l'humiliation. La société britannique du début du XXe siècle étouffe les individus, et ne propose comme échappatoire que la fuite et le secret. Simplement, Kitty le fera volontairement, quand Esmé s'y verra contrainte. Maggie O'Farrell nous le montre avec une froideur et un détachement qui rend ce qu'elle raconte encore plus frappant.

Alors oui, certains événements sont un peu prévisibles, et il manque un petit quelque chose pour vraiment parler de coup de coeur. Pourtant, ça ne me semble pas être des choses de premier plan dans cette histoire qui nous fait passer de la pitié à l'indulgence, avant de nous rendre furieux.

Un livre exigeant, difficile à lâcher, et un auteur à découvrir absolument.

"... N'en avais aucune idée. Nous en étions toutes là, me semble t-il. Nous pensions que c'était à l'homme de savoir se débrouiller. Bien entendu, je n'avais jamais posé la moindre question à ma mère, et, de son côté, elle ne m'avait rien expliqué. Je me rappelle avoir eu quelques inquiétudes à ce sujet avant le mariage, mais pour d'autres raisons."

*Je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement avec Le Bruit et la Fureur de Faulkner. Dans les deux cas, on suit les pensées d'un fou. J'aimerais savoir s'il s'agit d'un hommage.

D'autres avis chez Lou, Céline et Titine.

L'étrange disparition d'Esmé Lennox. 2006.
Belfond. 231 pages.
Traduit par Michèle Valencia.

Posté par lillounette à 19:58 - - Commentaires [26] - Permalien [#]
Tags : , ,

04 février 2012

Les empreintes du diable - John Burnside

JBurnside

Je sais... un billet de lecture sur ce blog, vous n'y croyiez plus. Moi non plus d'ailleurs. J'ai commencé plusieurs billets ces dernières semaines, qui sont restés en friche. Cette fois, c'est un roman conseillé par Titine que j'ai lu, qui est bien de saison, puisque c'est en Écosse que je vais finalement commencer mon année bloguesque.

Un jour, les empreintes du diable auraient été aperçues dans la neige, à Coldhaven.
Des années plus tard, Moira, une femme du pays, prend son mari pour le diable, et se tue, emportant avec elle ses enfants, à l'exception d'Hazel, sa fille aînée.
Michael, qui est sorti avec Moira des années auparavant, est frappé par la lecture de ce fait divers dans le journal. Dans la maison de ses parents, où il vit désormais avec sa femme, Amanda, il se souvient de son arrivée à Coldhaven, et de tout ce qui a suivi. En plongeant dans le passé, il rouvre de vieilles blessures, et tente de jeter un regard plus net sur ce qu'il a fait de sa vie.

John Burnside nous offre un roman étrange, que l'on pourrait facilement diviser en deux parties.
Le livre débute de manière plutôt romanesque. Le narrateur nous conte alors de nombreuses histoires qui nous font plonger dans l'Écosse brumeuse, sauvage que l'on imagine souvent. Il nous parle de son enfance, des rêves et des déceptions de ses parents, de sa rencontre avec Mrs Collings, cette femme retirée du monde, de sa confrontation avec Malcolm Kennedy, qui s'achèvera par la mort de ce dernier. Cette partie est fabuleuse. John Burnside possède une écriture merveilleuse, qui nous berce et nous permet d'imaginer tout ce qu'il décrit avec précision. Coldhaven apparaît à la fois comme un lieu irrésistible, où l'on rêverait de se perdre, et comme un endroit repoussant, à cause de son atmosphère malsaine et de la malveillance de ses habitants.
La deuxième partie m'a clairement moins plu. On abandonne alors ce qui faisait le charme du début du livre, toutes ces intrigues qui promettaient un dénouement passionnant, et on se met à suivre Michael dans un délire vain. Sa rencontre avec Moira, la sœur de Malcolm, des années après la mort de celui-ci, donne lieu à une relation malsaine, mais qui ne le marquera pas vraiment. Ce n'est qu'à la mort de Moira que les démons de Michael se réveillent. Il est mal dans sa vie présente, et imaginer qu'il est le père d'Hazel lui donne l'occasion de tout envoyer balader. J'attendais la confrontation entre ces deux personnages avec impatience, mais elle s'est avérée très décevante. Michael est juste un type incapable de faire quoi que ce soit. Ses questionnements et son attitude m'ont laissée perplexe. Hazel et lui ne font que s'utiliser mutuellement pour fuir. J'ai trouvé regrettable que les questions posées durant les trois quarts du livre restent finalement sans réponse, et que tout ne soit finalement destiné qu'à explorer la personnalité de Michael.

Une déception sur la fin, mais quand même beaucoup de plaisir à lire la majeure partie de cette histoire.

Bon, pas un billet des grands jours, mais je suis contente d'avoir réussi à le boucler. Maintenant, prochaine mission : jeter un oeil aux blogs des copines !

Les avis de Titine et Essel.

Métaillé. 217 pages.
Traduit par Catherine Richard. 2006.

Posté par lillounette à 20:05 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,
24 décembre 2011

Je sais que ce blog est désert depuis des semaines...

... mais je voulais quand même vous souhaiter un très joyeux Noël !!!

downton-abbey-christmas-special2011

Posté par lillounette à 14:00 - - Commentaires [27] - Permalien [#]
Tags :
28 octobre 2011

"Longtemps je me suis demandé si je devais me coucher de bonne heure"

chaque

En début d'année, j'ai découvert Malika Ferdjoukh en fanfare avec l'excellentissime Quatre soeurs. Les échos que j'avais eu de ce nouveau livre de l'auteur étaient assez tièdes, et j'avoue que la couverture rose et le résumé m'inquiétaient un peu. En fait, il ne m'a fallu que quelques pages pour que je comprenne que j'allais de nouveau passer un merveilleux moment.

Willa Ayre a seize ans, et comme toutes les adolescentes, elle se trouve banale, ennuyeuse et pas très jolie. Pourtant, Iago, le frère de Fran, sa meilleure amie, qui fait craquer toutes les filles, est fou d'elle depuis quelques mois. Le soir de l'anniversaire de Fran, dans l'hôtel particulier de la famille, Iago est distant. Willa fait alors la connaissance d'un jeune homme étrange passionné de films d'horreur, Edern Fils-Alberne, qui lui propose de l'engager pour jouer de la musique avec sa petite soeur, Marni, qui aime autant la musique que Willa.
C'est ainsi que la jeune fille découvre la demeure des Fils-Alberne, Fausse Malice, qui abrite les enfants de la famille et leurs deux domestiques depuis la mort des parents dans des circonstances tragiques.
Dans le même temps, Willa voit sa vie chamboullée par des tentatives d'assassinat répétées à son encontre.

Si je vous dis que ce livre est un roman presque policier, à la fois intelligent, drôle et émouvant, je sens que le rose et le mot "amour" de la couverture vont continuer à clignoter devant vos yeux. Vous avez terriblement tort. Bien sûr, il est question d'amour dans ce livre, et l'on a la classique jeune fille discrète qui fait tomber tous les sexy men. Pourtant, dès les premières pages, on savoure surtout l'humour de Malika Ferdjoukh, et les innombrables références littéraires et cinématographiques qui parsèment le livre.
On retrouve aussi pas mal de choses qui faisaient déjà le charme de Quatre soeurs. La vieille maison un peu branlante et hantée (même si les moyens financiers des Fils-Alberne sont très différents de ceux des Verdelaine), les objets curieux, les animaux, les noms à coucher dehors (surtout chez les garçons). On a même une apparition de Valéry Clotilde, le policier qui faisait craquer Charlie.
Les parents de Willa ne sont pas en reste, entre le père aux multiples conquêtes et la mère qui s'occupe des élections de miss à travers tout le pays, métier beaucoup plus dangereux qu'on pourrait le croire...
Au niveau des garçons, même si Iago est plus appétissant au premier abord, j'ai adoré la description d'Edern par Fran :

"Quand on était petits, c'était lui le plus sympa de nous tous. Il relâchait les mouches qu'on attrapait. Il pleurait aux enterrements de lézards et de mites."

Et puis, une fille qui laisse l'amour de sa vie prendre un peu d'avance, parce qu'elle a absolument besoin de s'acheter une crêpe au sucre et à la neige, moi je trouve ça irrésistible.
Alors, oui, l'enquête est un peu cousue de gros fils blancs, mais elle contient des moments que j'ai beaucoup appréciés (les peurs nocturnes de Marni m'ont retournée quand j'ai tout compris). Et la dernière révélation m'a vraiment surprise.

Je ne mettrais pas tout à fait ce livre au niveau de ma précédente lecture de l'auteur, mais j'ai lu ce livre d'une seule traite, et je me suis régalée à chaque page. C'est un coup de coeur.

Stephie, Cathulu et Clarabel ont aussi été conquise par ce livre doudou.

Flammarion. 401 pages.
2011.

Posté par lillounette à 06:30 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
Tags : , , ,
25 octobre 2011

Hunger Games - Suzanne Collins

hunger-games_suzanne-collinsPour prouver sa domination sur les douze districts, le Capitole organise chaque année la Moisson. Ainsi, un garçon et une fille de chaque district sont sélectionnés pour participer aux Hunger Games, un jeu de télé-réalité dans lequel les participants s'affrontent jusqu'à la mort dans une arène où ils doivent aussi trouver de quoi se nourrir et un abri pour dormir. Le dernier survivant remporte le jeu.
Katniss vit dans le district Douze, le plus défavorisé. Elle nourrit sa mère et sa petite soeur, Prim, en braconnant avec son ami Gale. Mais le jour de la Moisson, le nom de Prim est tiré au sort. Katniss décide alors de prendre sa place. Le garçon sélectionné pour le district Douze est Peeta, le fils du boulanger. Il a permis à Katniss de ne pas mourir de faim autrefois, mais seul un participant peut gagner la partie.

Enorme coup de coeur pour le premier volet de la trilogie de Suzanne Collins. J'avais à peine entamé sa lecture que je ne pouvais plus m'arrêter de lire. A partir de l'entrée des participants dans le jeu, c'était encore pire. J'avais succombée au voyeurisme le plus honteux, que le roman dénonce clairement, même si c'est loin d'être ce qui est le plus mis en avant ou ce qui fait le plus le charme de l'histoire. Bien sûr, un tel jeu de téléréalité peut sembler irréaliste, mais quand on voit certains programmes télévisés et leur succès, on peut se demander si les gens seraient capables de résister à l'appel du sang au cas où la fiction deviendrait réalité.
Dans l'arène, c'est un peu le retour de Lord of the flies, les alliances se forment, et les candidats laissent s'exprimer leur instinct de survie. Certains meurtres sont terriblement tristes, et j'avais beau savoir dès le début que mon héroïne allait s'en sortir (le suspens ne tient pas dans l'originalité de l'histoire), je me demandais dans quel état, et ce que les autres allaient se faire subir entre eux.
Mais j'ai aussi aimé ce livre grâce à son histoire d'amour pas du tout banale, ni facile (hum !). Mon coeur balance entre Gale et Peeta, mais je savoure chaque moment où ils sont évoqués quand même. Peeta, qu'il n'est pas toujours simple de cerner, surtout au début, et qui n'est pas autant le chevalier en armure que ce que l'on croyait au début (ce qui lui permet peut-être de ne pas basculer du côté obscur). Et Gale, plus sauvage, qu'on devrait revoir rapidement. Si je ne vois pas forcément l'intérêt d'une suite en ce qui concerne le jeu, je sais déjà que je succomberai pour connaître le fin mot du triangle amoureux.

Un excellent roman jeunesse, pour adolescents et grands adolescents (voire très grands adolescents) !

Vous pouvez vous rendre chez Cuné, Laël, Caro[line], Stephie, Praline, Kalistina..., vous verrez que c'est un incontournable.

En plus, un film doit bientôt sortir !!


08 octobre 2011

Entre chiens et loups - Malorie Blackman

Je sais, je délaisse beaucoup ce blog, encore une fois. Plein de boulot, les séries préférées qui recommencent, la flemme... Mais, je n'arrête pas de lire, et j'ai fait quelques découvertes en littérature jeunesse dont il faut absolument que je vous parle.

9782745918499FSOn commence avec le premier tome d'une série sur laquelle je n'ai entendu que des louanges, auxquelles je vais me joindre.

Sephy est une Prima, et son père est membre du gouvernement. Elle vit dans une belle maison, avec sa mère et sa soeur, va dans une école réputée, jusque là réservée aux Primas.
Seulement, Callum, son meilleur ami, fils d'une employée de la maison, est Nihil. Lorsque le roman commence, Sephy et Callum sont encore des enfants qui profitent de leur insouciance.
Trois ans plus tard, Callum a réussi l'examen d'entrée au collège de Sephy. Les deux adolescents sont heureux à l'idée de se voir tous les jours, mais les choses vont se révéler bien plus difficiles, et les vexations ne vont pas tarder à envahir leur relation.

Ce livre traite du racisme en adoptant un point de vue intéressant, puisque les Blancs sont dans la position d'inférieurs, et certains personnages et événements, comme les escortes policières accompagnants les élèves dans les lycées d'élite, rappellent singulièrement ce qui s'est réellement passé pour les Noirs aux Etats-Unis au milieu du XXe siècle. En théorie, il n'y a plus d'esclavage ni d'inégalités dues à la couleur de peau. En pratique, les Primas refusent d'abandonner leurs privilèges, et les considérations que Primas et Nihils ont les uns pour les autres n'ont pas bougé.
Du côté des personnages, bien qu'ils soient esquissés simplement, ils sont tellement malmenés qu'il n'est pas possible de rester indifférent. Lorsqu'ils sortent de l'enfance, Callum et Sephy ne vont cesser de se blesser mutuellement, par maladresse, et découvrir à quel point leur relation est impossible. De part et d'autre de la population, les attaques fusent, et font monter en Callum (parce qu'il est celui qui prend le plus) une haine farouche de tout ce que Sephy représente. On en arrive alors à la question inévitable de savoir si les aspirations justes justifient de recourir à n'importe quoi. Ce balancement perpétuel des personnages entre victime et bourreau est habilement mené, et ajoute à la qualité de l'étude de la nature humaine que propose Malorie Blackman dans ce livre.

L'histoire rapportée par Entre chiens et loups se déroule sur plusieurs années, et s'achève sur un point de non retour (je ne peux en dire plus sans tout raconter). J'ignore si je lirais la suite (j'ai terminé ma lecture complètement écoeurée), mais je ne peux que vous inciter à vous plonger dans cette histoire.

Si vous n'êtes pas convaincus, allez chez Laël.

Milan. 396 pages.
Traduit par Amélie Sarn. 2001.

Posté par lillounette à 18:05 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , ,
19 septembre 2011

5 ans !

1455530015

J'ai du mal à le croire, mais il y a cinq ans, j'ouvrais ce blog pour y mettre mes notes de lecture. Depuis, j'ai fait de très belles rencontres virtuelles (mais on ne désespère pas de transformer ça !), acheté des centaines de livres, de DVD, du vernis à ongles bleu, découvert plein de choses très bonnes pour la ligne, reçu et envoyé plein de paquets. Dans ma vie personnelles, j'ai déménagé, voyagé, je suis passée de la vie étudiante à la vie active, fais des rencontres et plein d'autres choses, mais j'aime toujours autant passer par ici.
Alors merci à tous pour vos commentaires, qui font toujours plaisir, et à ceux qui sont fidèles au poste depuis des années (et parfois moins, mais qui me donnent l'impression d'être dans le paysage depuis toujours).

 

Posté par lillounette à 00:18 - - Commentaires [50] - Permalien [#]
13 septembre 2011

L'attrape-coeurs - J.D. Salinger

9782266125352"Presque chaque fois qu'on me fait un cadeau, pour finir je me sens vraiment triste."

Holden Caufield a dix-sept ans, et il a encore été renvoyé d'une prestigieuse école à cause de ses mauvaises notes. C'est la veille des vacances de Noël, et il n'a pas envie de se présenter chez ses parents avant qu'ils aient reçu la lettre de son directeur.
Pendant trois jours, il va errer à New York, faire des rencontres, et réfléchir sur son existence.

Roman culte de la littérature américaine, L'attrape-coeurs est un long monologue à l'adresse du lecteur qui ne m'a pas complètement conquise.
Je suis peut-être trop vieille (ça fait deux fois que je dis ça en deux billets, à croire que j'ai passé un cap...), mais les réflexions d'Holden m'ont paru plutôt banales et superficielles. Il se sent à part, incompris, paumé...comme tous les adolescents en fait.
Il nous parle donc avec son vocabulaire familier de ses études, des filles, de sa famille, de sa solitude, alors qu'il quitte l'enfance. Il n'a pas vraiment d'amis, les filles l'attirent autant qu'elles l'effraient, et sa famille est désunie. Seule sa soeur Phoebe, qui est encore une enfant, comprend tout et ne prend pas de gants pour dire ce qu'elle pense.
Pas mal de passages sont assez intéressants, et les personnages que rencontre Holden au cours de ses pérégrinations donnent un peu de couleur au livre. Mais, même si j'aime beaucoup de romans sans réelle intrigue, j'ai eu du mal à accrocher au reste qui tournait un peu trop en rond à mon goût. En gros, comme le dit Phoebe, Holden n'aime rien, ou en tout cas est incapable de penser à quoi que ce soit d'agréable. Quand on ne peut plus s'identifier au héros, ce genre de livre ne peut qu'être décevant.

La lecture de L'Attrape-coeurs est cependant intéressante pour ce qu'il a sans doute représenté. Le thème de l'adolescence n'avait pas dû être beaucoup abordé, et surtout pas de cette manière, avant la parution du roman de Salinger. Et c'est vrai qu'il n'est pas difficile de trouver des atomes crochus entre Holden et l'adolescent que l'on a pu être.1718394131

Au final, une lecture qui n'a pas été désagréable, mais qui m'a déçue à cause des espoirs que j'avais à son sujet.

L'avis de Cynthia,assez semblable au mien.

Une lecture qui compte dans le Challenge nécrophile.

Pocket. 252 pages.
1951.
Traduit par Annie Saumont.

Posté par lillounette à 18:50 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags : , ,
03 septembre 2011

"Scarlett O'Hara, vous êtes une imbécile !"

9782070367405J'avais une dizaine d'années la première fois que j'ai vu Autant en emporte le vent. J'ai continué à pleurer après la fin du générique, et je me souviens que ma cousine avait dû me promettre que Rhett et Scarlett se retrouveraient pour me consoler. Après des années d'hésitation, je me suis enfin lancée dans la lecture du roman original.

Je pense que tout le monde connaît l'histoire, mais au cas où des extraterrestres passeraient par là, je vais quand même faire un petit résumé du début de l'histoire. Scarlett O'Hara, seize ans, est la fille d'un riche planteur irlandais installé en Georgie, qui a gagné le respect de ses voisins et fait un mariage avantageux. Scarlett est la reine de la région, et rien ne lui plaît davantage que de minauder, et de rendre tous les jeunes gens fous d'elle. Pourtant, elle n'a d'yeux que pour Ashley Wilkes.
A l'occasion d'un pique-nique, elle apprend qu'Ashley doit se marier avec sa cousine, la frêle Mélanie Hamilton. Désespérée, elle va déclarer son amour au jeune homme, qui la repousse. Un homme étrange, Rhett Butler, est le témoin involontaire de cette scène. La journée s'achève enfin par la prise d'armes des Etats du Sud, ce qui déclenche la Guerre de Sécession.

Cette fresque, qui se déroule sur plus de dix ans, a été un bonheur de lecture presque du début à la fin.
Evidemment, je voulais connaître la véritable histoire de Rhett et Scarlett, ces personnages qui ne cessent de se manquer (j'ai ragé comme si c'était la première fois de les voir tour à tour se briser le coeur). Quand Rhett apparaît pour la première fois, au pique-nique des Wilkes, j'ai cru ne pas m'en remettre. Mais en fait, j30651_2783996'ai eu la surprise de constater qu'il n'est pas présent de manière constante avant la dernière partie du livre (même si son ombre plane). C'est Scarlett qui occupe le devant de la scène, à quelques exceptions près. Son personnage est à la fois détestable et admirable. Elle est prête à tout pour écraser les autres, vaniteuse, assoiffée d'argent, et en même temps elle défonce les portes de la "bonne société" quand il le faut sans hésiter, est d'une fidélité sans faille aux siens, et la seule personne qu'elle ne méprise pas est celle qui lui dit la vérité en face.
Autant en emporte le vent, c'est l'histoire d'un monde qui s'écroule, et de personnages qui décident ou non de s'y adapter. En cela, l'opposition que Margaret Mitchell a créée entre Rhett et Ashley est judicieuse. Ashley réalise ce qui s'est passé dès la guerre. Mais il reste les bras ballants, et ce sont Scarlett et Mélanie qui, au final, lui permette d'oublier quelques années qu'il n'est plus qu'une coquille vide et inutile. Rhett est tout aussi clairvoyant, mais les scrupules et l'autocomplaisance ne font pas partie de son caractère. Le personnage le plus étonnant est sans doute Mélanie, alter ego de Scarlett, mais comme on ne le 9782070367429découvre vraiment qu'à la fin, je ne vais pas en dire plus. Outre ces personnages, on voit Atlanta se métamorphoser, les gens gagner et perdre, refuser de bouger quand tout est perdu. Les intrigues politiques, la complexité de la situation en Georgie, où la guerre a laissé des marques que l'on ne peut pas effacer, sont très développées dans le livre, tandis que le film ne les évoquait que très brièvement.
Je ne reproche à ce livre que quelques longueurs vers le milieu du livre (les états d'âme d'Ashley ont eu peu d'effet sur moi notamment), mais j'ai dévoré le reste d'une traite.

Un roman que je ne regrette pas d'avoir lu, même si je pense que je l'aurais encore plus apprécié vers treize ou quatorze ans. J'ai revu un bout du film, et je n'en reviens pas de la justesse du choix des acteurs principaux.

Maintenant, question : Qui a lu les suites ? Qu'en pensez-vous ?

Il s'agissait d'une lecture commune, et je remercie Manu de m'avoir entraînée dedans. Vous pouvez trouver les avis de Manu, Virginie, Karine, Mango, Vilvirt et Mara.

Folio (3 tomes). Traduit par Pierre François Caillé. Environ 1400 pages.

Posté par lillounette à 11:57 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
Tags : , , ,
15 août 2011

La Pelouse de Camomille - Mary Wesley

9782290016626FSCinq cousins, Calypso, Polly, Walter, Oliver et la petite Sophy, se retrouvent chaque été en Cornouailles, chez leur oncle Richard, amputé d'une jambe pendant la Grande Guerre, et leur tante Helena. La maison est bordée par une pelouse de camomille, et par des falaises, sur lesquelles les jeunes gens ont tracé le Parcours de l'épouvante, jeu auquel Sophy peut enfin participer cette année. Nous sommes en 1939,et c'est le dernier été de presque insouciance. Les jumeaux du pasteur, Paul et David, viennent s'ajouter à la joyeuse bande. Oliver, fraîchement rentré de la Guerre civile espagnol, est adulé par Sophy, mais n'a d'yeux que pour la belle Calypso, qui ne rêve quant à elle que d'épouser un homme riche. De leur côté, Richard et Helena, qui forment un couple morne, font la rencontre de deux réfugiés, Max et Monika Erstweiler, dont le fils Pauli est en camp de concentration.

Ce petit livre écrit par une dame venue à l'écriture à l'âge de soixante-dix ans est un véritable bonbon anglais, plein d'humour, d'impertinence, avec malgré tout un arrière-goût amer.
On se plonge avec délice dans les récits d'enfance de ces cousins, qui arrivent à l'âge adulte la tête pleine d'idées. Les garçons s'engagent dans l'armée le coeur vaillant, les filles restent à Londres pour travailler et, étrange consolation, mènent une vie qu'elles n'auraient jamais eu sans la guerre. A leur manière, Richard et Helena sortent aussi de leur coquille à partir de cet été 1939. C'est avant tout une histoire de femmes, puisque nous restons à l'arrière, et que les hommes sont essentiellement analysés dans leurs rapports avec les personnages de l'autre sexe et montrés sous un jour plutôt défavorable et peu nuancé, mais j'ai eu du mal à ne pas m'attacher aux plus jeunes personnages masculins.
La nostalgie embrume tout le récit, car il s'agit en fait de souvenirs, rapportés par plusieurs protagonistes quarante ans plus tard, à l'occasion d'un enterrement. Les fils de l'histoire sont ainsi peu à peu démêlés, dévoilant des choses que l'on n'aurait pas forcément soupçonnées (et l'on n'est vraiment pas épargnés parfois...).
On grince un peu des dents, parce que les personnages sont souvent égoïstes. Mais, ils mettent suffisamment d'honnêteté dans leurs actions pour qu'on les aime. Même Calypso, qui finit par tomber les masques, et même Helena, souvent détestable, qui apparaît bien plus avisée en vieille dame. Elle qui semblait ne se préoccuper que de sa personne et de ses nouvelles découvertes n'avait finalement pas les yeux dans sa poche pendant la guerre. Et puis, Polly, les jumeaux, Sophy... difficile de ne pas s'inquiéter pour eux, et de vivre leurs drames.1718394131

J'ai passé un excellent moment avec ce livre, lecture idéale en plein mois d'août. Une adaptation du roman existe sous la forme d'une mini-série. Le casting (Jenifer Ehle et Toby Stephens, entre autres) est très prometteur.

"Prenez garde à vos rêves, car ils risquent de se réaliser."

D'autres avis chez Theoma, Karine, Fashion, Lily.

Nouvelle participation au challenge nécrophile, puisque Mary Wesley est morte en 2002.

J'ai lu. 382 pages.
Traduit par Samuel Sfez. 1984.