20 septembre 2012

Et de six !

FRIENDS__Saison_7__anniversaire

Tradition oblige, j'ai encore oublié l'anniversaire de mon blog...

Bon, je crois que depuis quelques années il est clair que je blogue à mon rythme.
Pour être franche, je suis parfois lasse, mais j'ai trop mis de moi par ici pour tout arrêter.
Faire partager mes découvertes est toujours aussi important pour moi.
Et puis, avec les années, il y a les blogueurs avec lesquels je ne veux pas perdre contact , que je prends toujours
autant de plaisir à lire (même si certains sont partis, et même si beaucoup de choses ont changé). Il y a aussi ces lecteurs silencieux, qui m'écrivent parfois pour me donner des conseils ou échanger à propos de mon blog.

Alors merci de continuer à passer par ici malgré tout et à tant m'apporter.

 

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05 septembre 2012

Polars islandais

cit_jarresLe commissaire Erlendur Sveinsson a la cinquantaine. Il est divorcé et père de deux enfants qui ont mal tourné (en même temps, avec des noms pareils, n'importe qui aurait des problèmes). Sa vie professionnelle est beaucoup plus brillante, puisqu'il résoud les crimes avec ses deux équipiers, Elinborg et Sigurdur Oli.

J'ai profité des vacances pour lire ses deux premières enquêtes relatées par Arnaldur Indridason.

Dans La Cité des jarres, Erlendur est confronté au meurtre d'un homme âgé, tué dans son appartement de Reykjavik. Le meurtrier semble avoir agi de manière impulsive, mais cette impression est contredite par le message mystérieux qu'il a laissé.
En enquêtant sur la victime, Erlendur découvre qu'il s'agit d'un homme accusé de viol dans les années 1960, mais jamais inquiété.

J'avais entendu énormément de bien sur ce livre et cet auteur mais j'ai été déçue dans l'ensemble. Erlendur est un homme sympathique, même si taciturne et souvent dépassé par les événements de sa vie privée. Le coup de la fille toxicomane est un peu gros, mais j'ai été intéressée par leur relation. Elinborg et Sigurdur Oli me plaisent aussi beaucoup. Ils sont très différents d'Erlendur, mais c'est sans doute ce qui explique qu'ils forment une si bonne équipe.
Les thématiques abordées sont intéressantes. Il est question du viol dans les années 1960, de la peur des victimes et de la réaction des gens et en particulier de certains policiers. En gros, ces derniers leur rient au nez quand ils ne leur disent pas carrément qu'elles sont des salopes. On parle aussi de recherches génétiques et des précautions indispensables pour éviter que cela ne dérappe pour des raisons financières ou pire.
Cependant, j'ai trouvé cette enquête peu entraînante. Le suspens n'est pas vraiment présent, et la résolution de l'affaire réside dans une succession de coincidences invraisemblables. Par ailleurs, on comprend aux deux tiers du livre ce qui s'est passé, mais l'auteur fait traîner la fin de son livre sur une centaine de pages.

Ce n'est pas une lecture atroce, mais je m'attendais à quelque chose de plus palpitant.

Arnaldur Indridason. La cité des jarres. Myrin (VO).
327 pages.
Traduit par Eric Boury.
2000 pour l'édition originale.

J'ai étla_femme_en_verté nettement plus convaincue par La Femme en vert. Cette fois, c'est un bébé machouillant un os humain qui lance l'enquête. Cela permet de découvrir l'existence d'un squelette enfoui dans la terre depuis plus d'un demi-siècle.

La construction du livre est déjà plus élaborée et originale, puisqu'on suit à la fois l'enquête pour trouver l'identité du squelette, et le quotidien d'une femme battue dans les années 1930 et 1940. Bien que cela restreigne le nombre de personnes pouvant être la vicime retrouvée par Erlendur et son équipe, il est difficile de savoir ce qui s'est réellement passé sur la colline avant la fin. De cette manière, le lecteur participe activement à l'enquête, et élabore toutes sortes d'hypothèses. Par ailleurs, cela permet de rencontrer les personnages impliqués dans le drame familial qui est relaté, de sentir la peur de "la femme" et de ses enfants.
A nouveau, Indridasson évoque la question de la femme, de sa place et de ses droits dans la société. J'ai particulièrement apprécié la réponse du pasteur à "la femme" venue lui demander de l'aide. L'auteur nous fait aussi plonger dans l'histoire de l'Islande à l'époque de la Seconde Guerre mondiale. J'ignorais tout de la présence des Anglais et des Américains sur l'île, donc cette lecture m'aura appris quelques détails sur ce pays.
Les liens avec le premier épisode sont présents, et permettent aux personnages de prendre davantage d'épaisseur, entre Erlendur qui n'est pas au bout de ses peines avec sa fille, et Sigurdur Oli qui est à un moment crucial de sa relation avec sa compagne. J'espère que le personnage d'Elinborg est plus développée par la suite, car elle me plaît décidément beaucoup.

Indridason n'est pas une grande découverte, mais ce deuxième opus m'a malgré tout émue, et je retrouverai volontiers Erlendur d'ici quelques mois.

Arnaldur Indridason. La femme en vert.
Traduit par Eric Boury.
346 pages.
2001 pour l'édition originale.

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26 août 2012

Shot in the heart

9782757823538"J'ai une histoire à raconter. C'est une histoire de meurtres : des meurtres de la chair et de l'esprit, des meurtres nés de la douleur, de la haine, du châtiment. C'est l'histoire de la genèse de ces meurtres, de la manière dont ils ont pris forme et déteint sur nos actes, dont ils ont transformé nos vie, dont ils ont imprégné le monde et l'histoire autour de nous."

Le 17 janvier 1977, Gary Gilmore est fusillé en Utah. Il est le premier détenu à être exécuté après le rétablissement de la peine de mort aux Etats-Unis, mais sa célébrité vient surtout du fait que c'est lui même qui a insisté pour que la sentence soit appliquée.
Dans cet Etat où les mormons sont très présents, il a commis deux meurtres de sang-froid après avoir passé plus de la moitié de sa vie en prison.

De cet événement, Norman Mailer tira Le Chant du bourreau, écrit à partir d'entretiens avec Gary et sa mère. Un autre membre de la famille préféra conserver sa voix, Mikal Gilmore, le petit frère de Gary, qui donne sa version des faits dans ce livre témoignage. Un long silence se lit comme un roman policier dont on connaît l'issue, puisque l'auteur part du jour où l'on a "déchiré le coeur de son frère" pour retracer l'histoire de sa famille à partir d'interviews, de rapports et de ses propres souvenirs.
Tout commence au XIXème siècle, lorsque les mormons arrivent en Utah. Ils fondent Salt Lake City sous la conduite de leur chef, Brigham Young. Nous en apprenons sur l'histoire de cette communauté et sur ses pratiques, qui expliquent pourquoi des décennies plus tard, Gary choisira le peloton d'exécution comme moyen de mise à mort. En effet, ainsi que nous l'explique l'auteur, les mormons considèrent que verser le sang d'un homme coupable est un moyen d'expiation pour ses actes. Or, par leur mère Bessie, les quatres fils Gilmore, Frank Jr, Gary, Gaylen et Mikal, sont mormons. Bessie est née et a grandit en Utah, entourée de ses parents et de nombreux frères et soeurs.
Un jour, elle fuit sa famille pour épouser un certain Frank Gilmore. Il est plus âgé qu'elle, et ce n'est que plus tard qu'elle apprend qu'il a déjà eu un certain nombre de femmes et d'enfants. Pourtant, cette fois, Frank reviendra toujours vers sa nouvelle famille. Il devient vite clair qu'il vit d'escroqueries, ce qui le force, avec sa femme puis leurs enfants, à fuir continuellement. C'est un homme très dur, alcoolique, cruel et violent. Frank Jr et Gary, les deux aînés, subissent particulièrement les coups de leur père. Mikal, le dernier de la famille et l'auteur de ce livre, ne naît que lorsque la famille est enfin sur le point de se poser. C'est déjà trop tard pour Gary, qui se lance dans l'enfer de la délinquance, et qui n'en sortira plus jusqu'à son exécution. 
Mikal Gilmore nous livre le récit de l'enfance de sa mère, du passé secret de son père, de l'éducation de ses frères. Il est clair qu'il cherche à saisir le moment, les raisons qui ont conduit son frère à être le symbole du rétablissement de la peine de mort aux Etats-Unis. Pour autant, j'ai trouvé l'auteur assez mesuré. Il a beau chercher des excuses à son frère Gary, il met en avant le fait que Frank Jr, qui a pourtant vécu la même enfance, n'est pas devenu un assassin pour autant.

Si je devais donner un titre à ce livre, ce serait celui-là : Expiation. Expiation pour les parents Gilmore d'abord, qui ont fait vivre leurs quatre garçons dans un univers de terreur, de violences, de non-dits.

"Frank Gilmore et Bessie Brown étaient deux être pitoyables et misérables. Je les aime, mais je dois dire ceci : c'est une tragédie qu'ils aient eu des enfants."

Expiation pour les deux frères décédés ensuite, Gaylen l'assassiné, et Gary l'assassin. Et enfin expiation pour les deux frères survivants, Frank Jr et Mikal, qui ont dû vivre en étant les frères de celui qui a rétablit la peine de mort aux Etats-Unis.
Certes, Gary Gilmore est le point central de cette histoire, mais il reste très insaississable, et sert aussi de prétexte à l'auteur pour se défaire de cette culpabilité qui le hante au point parfois de souhaiter ne jamais avoir existé.

"Ça n'ira jamais. Jamais. Ça n'ira jamais."

Un très beau livre.

Un Long silence. Shot in the heart (VO)
Points. 610 pages.
Traduit par Fabrice Pointeau.
1994 pour l'édition originale.

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14 août 2012

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes - Stieg Larsson

9782330004996Attention, ce post va être plein de mauvaise foi !

Six ans après la bataille, je me suis enfin lancée dans cette série sur laquelle on a beaucoup beaucoup écrit. Je lis peu de romans policiers, et je suis honteusement frileuse dès qu'il s'agit de se plonger dans autre chose que de la littérature anglo-saxonne ou française, mais Daniel Craig ma curiosité a finalement été la plus forte.

Alors, pour les retardataires : Mikael Blomkvist, journaliste économique à la réputation jusque là irréprochable, vient d'être condamné pour diffamation dans l'affaire de détournement de fonds qui l'opposait au financier Hans-Erick Wennerström. Alors qu'il songe à son avenir et à celui de Millenium, le journal dont il est le coresponsable avec son amie-amante Erika, il est contacté par Henrick Vanger. Le riche industriel souhaite l'engager pour enquêter sur le meurtre de sa petite nièce, Harriet, qui a disparu en 1966.
Lisbeth Salender a vingt-quatre ans, des tatouages et des piercings, et travaille pour Milton Security en tant qu'enquêtrice. Son chemin va finir par rejoindre celui de Mikael Blomkvist.

Soyons honnêtes : j'ai avalé ce livre en trois jours, j'ai envie de lire la suite et j'ai déjà entamé un autre polar nordique. C'est donc que Millénium a un côté addictif et des qualités. J'ai apprécié la présentation détaillée de l'intrigue, qui permet de se plonger dans l'ambiance du livre, de découvrir les personnages, le contexte. Le fait que la rencontre et l'enquête ne démarrent que tardivement ne m'a pas du tout gênée. J'ai aussi très bien marché en suivant Mikael dans sa recherche de la vérité, et le génie de Lisbeth pour découvrir ce qui échappe aux autres. Pour finir, je trouve que c'était judicieux et original d'imbriquer deux histoires, l'affaire Wenneström et l'affaire Vanger.
Malgré tout, j'ai du mal à ne pas voir les défauts de ce livre. Tout d'abord, côté écriture, on est loin d'avoir affaire à un grand styliste. De plus, j'ai noté sur le début du livre des répétitions d'informations données un peu plus tôt, ce qui alourdit le livre. On va dire que l'auteur n'a pas eu le temps de se relire...
En ce qui concerne le fond, j'ai été gênée par le fin mot de l'histoire. Je ne vais pas le dévoiler, mais je m'attendais à quelque chose de très différent. Là, c'est tiré par les cheveux à l'extrême, et je trouve ça dommage lorsque la résolution du meurtre dévoile quelque chose qui n'a rien à voir avec ce qui est proposé dans le reste du livre. Je n'aurais strictement rien vu tellement je suis mauvaise enquêtrice, mais ça donne toujours plus de profondeur au livre lorsqu'à la relecture d'un roman policier notamment on peut voir les indices laissés par l'auteur avec un oeil nouveau. La seule très bonne surprise a été le moment où j'ai compris le titre, très bien trouvé (s'il s'agit de celui de l'édition originale).
J'ai aussi été un peu déçue par le côté caricatural des personnages. J'apprécie Mikael et Lisbeth, mais ils ont un côté très cliché, surtout Lisbeth, qui cumule vraiment tous les problèmes du monde. D'une façon générale, j'ai trouvé que Stieg Larsson voulait en faire un peu trop côté glauque, mais c'est tellement poussé que ça rend le résultat artificiel et peu crédible (comme la confrontation entre Lisbeth et son tuteur). Certaines scènes auraient dû provoquer un sacré malaise en moi, mais une fois passées, j'avais tourné la page pour de bon.

Mon billet semble plus sévère que je le voudrais. En fait, ce livre est un très bon divertissement, mais ce n'est pas un roman poignant qui marque durablement. Je suis prévenue pour la suite.

D'autres avis chez Manu, Fashion et Karine.

Babel. 705 pages.
Traduit par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain.
2005 pour l'édition originale.

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11 juillet 2012

Un bonbon anglais

9782290035467"A l'heure de sa vieillesse, Flora aurait beau oublier constamment le nom des gens, les évènements qui s'étaient produits une semaine plus tôt, les titres des livres, le côté éphémère de la vie, elle se rappellerait toujours aussi bien le quai de Dinard où, plantée sous la pluie battante, elle regardait les vedettes s'éloigner."

L'été dernier, j'ai passé un moment délicieux avec La Pelouse de camomille de cet auteur anglais qui a commencé à écrire à soixante-dix ans. Alors pour une fois, quand j'ai acheté ce livre, je l'ai immédiatement entamé, et le charme a de nouveau opéré.

Nous sommes en 1926 à Dinard, où de nombreuses familles anglaises viennent passer leurs vacances. Flora Trevelyan a dix ans, et elle promène les chiens des uns et des autres, vaguement surveillée par une gouvernante, jusqu'au jour où elle rencontre Cosmo, Hubert, Félix, Mabs, Tashie et Joyce. Bien que plus âgés, les adolescents sont séduits par les grands yeux de Flora et choqués par le comportement de ses parents. Obsédés l'un par l'autre, ces derniers ne voient en elle qu'une gêne, et s'en occupent le moins possible. Peu importe, Flora passera les meilleures vacances de sa vie, avant d'être envoyée pendant des années dans une pension où elle reste 1er janvier au 31 décembre, ses parents étant repartis en Inde où Denys Trevelyan travaille.
Elle retrouvera finalement ses amis des années plus tard, après avoir souvent rêvé des bras de Cosmo, Hubert et Félix.

Bon, pour être tout à fait honnête, je pense que La Pelouse de camomille est un livre largement supérieur à celui-ci, mais ça n'empêche pas de passer un bon moment.
Au niveau des thématiques abordées, Mary Wesley continue à créer des personnages féminins forts, qui se libérent des chaînes de leur condition en essayant d'exister autrement qu'à travers le mariage et la maternité. Flora est une enfant qui n'a pas été désirée, et que les gens se sont amusés à enfermer pendant des années loin des quelques personnes qui se soucient d'elle, à déguiser comme une poupée, ou à se refiler sans se soucier une seconde de son bien être. Elle saura en tirer le meilleur parti pour sa vie d'adulte.
L'auteur gratte aussi avec une impertinence rare le vernis autour des braves gens, appelant un chat un chat et se moquant des petits secrets des uns et des autres. Les parents de Flora sont probablement les pires parents de la terre, et les mensonges sur lesquels ce mariage d'amour repose finissent par être délicieux tellement on en vient à les détester.
Malgré cette ironie mordante présente tout au long du livre, on ressent une certaine nostalgie à sa lecture, qui s'explique sans doute par l'âge de son auteur. Une nouvelle fois, la jeunesse des personnages passe vite, et le prix de la liberté est fait de désillusions et de sacrifices. Les rêves d'une enfant de dix ans sont souvent décevants lorsqu'ils finissent par s'accomplir.

"Tandis qu'elle défaisait le lit de ses employeurs, elle se prit à regretter d'avoir revu Félix ; il l'avait dépouillée d'un rêve qui, bien que fâné, lui avait été doux."

 Theoma a aussi été conquise.

J'ai Lu. 539 pages.
Traduit par Michèle Albaret.
1990 pour l'édition originale.

 


03 juillet 2012

Lointain souvenir de la peau - Russell Banks

I_Grande_47737_lointain_souvenir_de_la_peauLe Kid, jeune homme de vingt et un ans, vit sous le Viaduc où se réfugient les délinquants sexuels du comté de Calusa. Après avoir purgé une peine de prison, il doit porter un bracelet électronique et ne pas vivre à moins de huit cents mètres d'une école pendant dix ans. Alors, il s'est construit un semblant de vie, avec une tente et un vélo, un boulot d'aide-serveur dans un restaurant, et son seul ami, Iggy, qui a la particularité d'être un iguane.
Un jour, un homme se présentant comme le Professeur et travaillant au département de sociologie d'une université vient parler au Kid. Il lui dit souhaiter faire une enquête sur les délinquants sexuels sans-abri.

J'avais beaucoup aimé De beaux lendemains, j'ai de nouveau été séduite par Russell Banks. Dans ce roman, l'auteur fait encore le procès de la société américaine, mais cette fois à l'heure d'internet. Il évoque l'hypocrisie qui existe entre l'hypersexualisation des jeunes filles (assumée et encouragée par la publicité, la mode, etc)  et l'horreur de la pédophilie, à travers le personnage du Kid, encore un gamin lui-même. Cabossé, seul, physiquement petit et maigre, incapable de faire la distinction entre fantasme et réalité, entre affection et égocentrisme, il est tombé sans aucune surprise dans le premier piège qu'on lui a tendu. Evidemment, il n'est pas question de complètement le disculper, et encore moins d'innocenter d'autres personnages tels le Verreux, mais de recentrer le débat. Ce livre rappelle en effet qu'il y a des questions sur lesquelles la société est loin d'être claire. La haine des gens à l'égard de ce qu'ils ont contribué à créer, et leur façon de se défouler sur les autres de leur propre culpabilité, sont violemment mises en scène ici. Le lecteur boit la tasse avec le Kid, qui se retrouve jeté hors du seul endroit qu'il connaît par la police ou par les éléments, et séparé des quelques êtres auxquels il s'est lié. 

C'est un livre dur, sans espoir de progression réelle. Malgré tout, je l'ai trouvé bien plus fluide et moins oppressant que De beaux lendemains qui m'avait vraiment mise mal à l'aise. J'ai en effet trouvé quelques échappatoires avec les compagnons du Kid : Iggy, Annie, Einstein, respectivement iguane, chienne et péroquet. Il y a aussi Dolorès Driscoll (la conductrice du bus dans De beaux lendemains)  et son compagnon qui viennent un peu rompre la solitude du Kid, et qui laissent penser que l'humanité n'est pas complètement fichue. 

Je n'ai pas l'habitude de lire des livres aussi rapidement après leur sortie, mais je suis contente d'avoir fait une exception pour ce très bon roman.

"Il n'y avait évidemment aucun consensus sur l'endroit où les délinquants sexuels devaient être envoyés. C'étaient les parias absolus, les intouchables américains, une caste d'hommes classés bien au-dessous des simples alcooliques, des toxicomanes ou des malades mentaux sans-abri. Des hommes inaccessibles à la rédemption, aux soins ou aux traitements, méprisables mais impossibles à éloigner, et donc des hommes dont la majorité des gens souhaitaient simplement qu'ils cessent d'exister."

D'autres avis chez Yueyin et Sylire.

Actes Sud. 443 pages.
Traduit par Pierre Furlan.
2011 pour l'édition originale.

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20 juin 2012

Précoce automne - Louis Bromfield

9782859406233C'est le soir, et un bal est organisé par Anson et Olivia Pentland, en l'honneur de leur fille Sybil, qui revient de pension. Cette soirée marque aussi le retour de Sabine, une parente dont le franc-parler fait trembler la tante Cassie et Anson.
Cependant, Olivia se sent au contraire de son époux stimulée par ce retour. Après avoir vécu vingt ans à jouer les maîtresses de maison parfaites aux Pentlands, elle rêve de changer sa vie et d'offrir à sa fille la possibilité d'être heureuse.

Précoce automne est un de ces romans qui vous envoûte dès les premières pages. Un sentiment de délectation nous prend alors qu'on déambule aux Pentlands, et que l'on suit les personnages dans leurs réflexions alors qu'ils voient leur petit univers qu'ils voudraient immuable bouleversé. Les Pentlands, cette grande famille, qui mène la danse depuis très longtemps, n'accepte pas de voir son influence menacée par des nouveaux venus, à commencer par O'Hara, cet Irlandais, d'origine très populaire, qui a osé s'acheter des terres.
Les vieux dossiers ressortent également tous en même temps. A travers Sabine, une divorcée que l'on trouve trop peu soucieuse des intérêts de sa famille. Mais il y a aussi ce cousin enclin à provoquer des scandales, qui a la mauvaise idée de mourir, et surtout vouloir se faire enterrer dans sa terre d'origine, après avoir été exilé en France par les siens pendant des années. La vieille folle dans le grenier (ou plutôt de l'aile nord) décide aussi de contribuer à faire tomber la façade qui recouvre la famille. Enfin, Jack, l'héritier malade, agonise.

On parle aussi de mariage, de raison et d'amour. Louis Bromfield s'en prend très durement à l'éducation des jeunes filles, qui  les prive de toute chance de connaître le bonheur conjugal. Olivia et Anson n'ont jamais fait que jouer à être amoureux, et encore, sans trop se forcer, ni sans essayer de faire durer l'illusion. Sabine y a perdu l'homme de sa vie. Je n'ose imaginer la vie conjugale de Tante Cassie. Quant à la belle-mère d'Olivia, elle ne s'est jamais remise de sa nuit de noces. Les hommes ne sont pas beaucoup mieux lôtis, entre John qui a élevé le sentiment de culpabilité au rang d'art de vivre et Anson qui se contente d'être apathique en toutes circonstances.

Tout semble sur le point d'exploser, Olivia paraît prête à échapper à ce précoce automne dont parle le titre, et pourtant. J'ai aimé que ces personnages prêts à tout remettre en cause se révèlent souvent bien moins novateurs qu'ils ne le laissent penser. Ca me fait souvent rager, mais je pense que c'est bien plus réaliste ainsi. On pense à Edith Wharton en lisant ce livre. Il y est d'ailleurs clairement fait allusion. Le monde décrit ici est le même que celui qu'on observe dans Chez les heureux du monde, plein de craquelures mais encore capable de résister et de détruire ceux qui tentent d'y échapper.

" - Ne vous fiez pas trop à Sabine, insinua t-il en se redressant tout à fait dans son fauteuil. Elle est des nôtres malgré tout. Elle ressemble beaucoup à ma soeur Cassie, beaucoup plus que vous ne pouvez l'imaginer. Voilà pourquoi elles se détestent tant. On pourrait dire que Sabine c'est tante Cassie retournée. Toutes deux ne reculeraient devant aucun sacrifice pour créer de maux ou des malheurs dont le spectacle les intéresserait. Elles vivent des émotions des autres."

Une belle découverte.

C'est Titine qui m'avait donné envie de lire ce livre. Romanza en parle aussi très bien.

Phébus. 287 pages.
Traduit par A. Baillon de Wally.
1926 pour l'édition originale.

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09 juin 2012

L'affaire Jennifer Jones - Anne Cassidy

affaire_jennifer_jonesAttention, je crois que je me suis un peu trop lâchée sur l'histoire ! Si vous détestez les spoilers, ne lisez pas mon billet !

Alice Tully, jeune anglaise de dix-sept ans, est arrivée il y a six mois dans son nouveau chez elle, qu'elle partage avec Rosie. Elle a un travail de serveuse, un petit-ami, et elle s'apprête à entrer à l'université. Pourtant, depuis quelques jours, elle collectionne les coupures de presse évoquant la remise en liberté de Jennifer Jones, condamnée à l'âge de dix ans à six années de prison pour le meurtre de sa meilleure amie.

Evidemment, on comprend dès les premières pages qu'Alice Tully et Jennifer Jones ne sont qu'une seule et même personne. La tension monte alors jusqu'à la fin du livre, qui se dévore d'une traite.
Avec des allers-retours dans le temps, Anne Cassidy nous fait plonger dans la peau de cette adolescente qui a commis l'irréparable. Ce livre pose ainsi la question de la cruauté de l'enfance, de la responsabilité des enfants alors qu'ils sont à un âge où on refuse de penser qu'ils ont quelque chose à voir avec la mort ou la souffrance.
Anne Cassidy s'interroge aussi sur la façon dont un enfant devient un meurtrier. Le devient-on vraiment d'ailleurs ou naît-on ainsi ? Lorsqu'on découvre Jennifer Jones âgée de six à dix ans, on trouve un contexte familial instable. Après le meurtre, l'attitude de Carole Jones, la mère, est encore plus pitoyable.
Jennifer n'a jamais eu d'amis quand elle rencontre Lucy et Michelle. Avec elles, elle découvre le plaisir d'avoir des gens avec qui passer du temps, se confier, mais aussi les souffrances de l'amitié. Ce qui se passe, bien qu'horrible, semble banal et logique, et c'est sans doute le plus terrifiant. Ces comportements d'enfants, ces vexations, on les a tous connus.

"Le silence s'installa. Hésitante, Jennifer resta sans bouger. Puis, ravalant ses larmes, elle parcourut du regard les arbres, l'eau et les rochers. C'est à ce moment-là qu'elle vit un chat sortir furtivement des buissons. Il resta un instant près de la boîte en fer vide. Un chat sauvage. Ses os saillaient à travers son mince pelage, comme un squelette, sous la lumière du soleil. Il leva une patte et se mit à la lécher avec délectation.
Il était témoin. Il avait tout vu."

Nous n'aurons pas plus de réponses concernant le meurtre et l'on fait complètement l'impasse sur les années qui suivent.
Bien entendu, dans le présent, le lecteur ne peut que prendre le parti d'Alice/Jennifer, et s'allier avec Jill et Rosie pour la protéger. La jeune fille a été cachée de tous, on lui a offert une nouvelle identité, pour qu'il n'y ait pas deux vies complètement gâchées. Pourtant, l'image de Michelle la hante. Tout au long du livre, elle refuse le bonheur, et culpabilise quand il vient. Le pardon est un autre thème du roman. Celui des autres est  évoqué par le biais de la chasse à l'homme entreprise par les journalistes. Cela laisse entendre qu'il ne faut pas compter dessus, l'Angleterre n'étant vraiment pas un modèle dans ce domaine. Quant à celui que Jennifer peut (ou pas) s'accorder à elle-même, il hante sa nouvelle vie.

J'ai apprécié que les choses ne soient pas simplistes, ni trop faciles ni trop dures, que le livre soulève autant de questions sans donner une réponse précise. 

Décidément, cette collection Macadam est d'excellente qualité*. Elle nous offre des textes traitant de sujets difficiles et souvent très abordés en littérature qui sortent du lot. Je n'en ai pas beaucoup parlé dans mon billet, mais ce roman bénéficie d'une construction complexe et d'un style qui font largement de ce roman un très bon livre.

Cette lecture a été un véritable coup de coeur pour moi.

Manu et Ys ont aussi adoré.

*Promis, je n'ai pas d'actions chez eux !

Milan. 312 pages.
Traduit par Nathalie M.-C. Laverroux.
2004.

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20 mai 2012

"Et ces imbéciles qui souriaient, ce soir, en me voyant traverser leurs rues ! "

9782070383047FSJe termine ma pause zolienne de l'année (quoique, on ne sait jamais) avec La Conquête de Plassans. Après deux tomes à Paris, ce quatrième volet des Rougon-Macquart nous ramène dans le berceau de la famille, où nous avions laissé Adélaïde Fouque, désormais enfermée dans un asile, et quelques membres bien sympathiques de sa descendance.

L'abbé Faujas arrive un soir, en compagnie de sa mère, chez Marthe et François Mouret. Il est peu avenant et un mystère plane sur son passé, ce qui ne lui laisse pas présager un avenir brillant dans la petite ville de Plassans, où les rumeurs se répandent très vite. Pourtant, grâce à des appuis invisibles et à son intelligence, l'abbé Faujas va conquérir tour à tour la maison des Mouret, le clergé de Plassans, puis toute la ville.

Bien qu'il soit moins flamboyant que Le Ventre de Paris, je crois que j'ai préféré ce livre où toutes les mauvaises actions se font insidieusement et où les personnages semblent se livrer à un concours de celui qui aura le plus d'ambition et le moins de scrupules (encore plus que d'habitude).
Au début, la situation semble normale, et les personnages prêts à repousser les assauts des Faujas. François et Marthe ne sont pas franchement des gens pieux, et leur famille est solide. Parmi leurs enfants, Octave court les filles et Désirée n'aime que les animaux. Seul Serge semble corruptible. Puis, sans qu'on comprenne pourquoi, on se retrouve avec une Marthe complètement illuminée, qui s'auto-flagelle au sens propre du terme, un Mouret qu'on plaindrait presque (il ne faut pas trop pousser non plus), et un abbé Faujas transformé en sex-symbol. Enfin, pour ce dernier aspect, ça ne dure que le temps de la conquête, puisqu'il renoue rapidement avec ses habits troués, et sa haine du peigne. Après tout, avec un charisme comme le sien, pourquoi se gêner ?

"Plassans, en effet, dut le prendre mal peigné. Du prêtre souple se dégageait une figure sombre, despotique, pliant toutes les volontés. Sa face redevenue terreuse avait des regards d'aigle ; ses grosses mains se levaient, pleines de menaces et de châtiments. La ville fut positivement terrifiée, en voyant le maître qu'elle s'était donné grandir ainsi démesurément, avec la défroque immonde, l'odeur forte, le poil roussi d'un diable. La peur sourde des femmes affermit encore son pouvoir. Il fut cruel pour ses pénitentes, et pas une n'osa le quitter : elles venaient à lui avec des frissons dont elles goûtaient la fièvre."

Evidemment, Zola critique ici férocement le clergé et les comportements excessifs de certains croyants. Le plus formidable dans cette histoire, c'est qu'il montre avec brio comment on peut en venir à adorer ceux qui nous méprisent le plus. Le club des groupies de Faujas est composé de femmes, alors qu'on a droit à ce qu'il pense du sexe féminin à plusieurs reprises et qui tient en quelques mots très flatteurs : "la tentation d'en bas, la lâcheté, la chute finale". Bref...
Autre menace qui plane tout au long du livre : la folie. La grand-mère est enfermée, et on se demande pendant un bon moment qui de Marthe ou de Mouret ira lui tenir compagnie en premier (en tant que cousins germains, ils descendent aussi directement d'elle l'un que l'autre).

Comme d'habitude avec Zola, on a droit à des scènes extraordinaires dans ce livre. Je vais essayer de ne pas en dire trop, mais l'incendie est un moment qui m'a scotchée, avec tous ces notables regardant périr des gens comme s'ils assistaient à un feu d'artifice. Nul doute qu'ils sont repartis à leurs affaires très rapidement. Et cette dernière phrase ! Je me souviens encore de la toute fin de La Faute de l'Abbé Mouret, grossière et provocatrice, mais on est encore au-delà (évidemment, je vous laisse la découvrir).

Et les Rougon ? Ben, les Rougon, ça va. On pourrait penser que Félicité serait embêtée du scandale provoqué par son allié et sa fille. Malheureusement, comme le dit Macquart, ils savent prévoir dix portes de sortie à chaque situation, ce qui leur assure de remporter à chaque fois la victoire, même si ça tue un ou deux membres de leur famille au passage.

Quand je pense que je remonte avec eux à Paris pour le prochain tome, ça promet !

D'autres avis chez Stéphie, Cuné (très intéressant, puisqu'il formule des critiques que je partage sur les notables de Plassans et sur le comportement de Marthe, bien qu'elles n'aient en ce qui me concerne pas altéré la forte impression que ce livre m'a faite), Kalistina et Cléanthe.

Folio. 466 pages.
1874 pour l'édition originale.

 

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12 mai 2012

Le Ventre de Paris - Emile Zola

750997_2878652Un an après La Curée, qui m'avait enchantée, je reprends ma découverte des Rougon-Macquart avec Le Ventre de Paris. Et une nouvelle fois, je bénis ceux qui m'ont permis de redécouvrir Zola, qui s'est imposé comme l'un de mes auteurs préférés, chose qui m'aurait bien fait rire il y a quelques années.

Ce volume se déroule à Paris, aux Halles, où l'on prépare la nourriture, où on la vend, et où les rancoeurs sont dures. Florent revient du bagne. Condamné à l'exil en Guyane en 1851, il a réussi à s'enfuir et à regagner la France au bout de quelques années. A Paris, il retrouve son frère Quenu qui l'accueille chez lui avec sa femme Lisa, la soeur d'une certaine Gervaise. Pour éviter qu'il ne soit repris par la police, Florent se fait passer pour un parent de Lisa.
Cependant, c'est sans compter sur les commères des Halles et les rivalités entre les femmes, particulièrement la belle Lisa et la belle Normande.

Bien que je place ce livre un cran au-dessous de La Curée, j'ai passé un merveilleux moment en sa compagnie. On plonge dans les Halles de Paris, on sent, on voit la nourriture, on entend le bruit, l'agitation des tous ces commerçants, et une fois de plus on découvre un Paris en ébullition.

"Je bats, je bats, je bats, n'est-ce pas ? continua le garçon, en faisant aller sa main dans le vide, comme s'il fouettait une crème. Eh bien, quand je retire ma main et que je la regarde, il faut qu'elle soit comme graissée par le sang, de façon à ce que le gant rouge soit bien du même rouge partout... Alors, on peut dire sans se tromper : 'Le boudin sera bon'."

La modernité s'installe, la politique n'est jamais loin, et la reconstitution de Zola captivante. Florent a été exilé pour des raisons politiques, il revient dans une France toujours gouvernée par l'empereur qu'il déteste. Ce qu'il néglige, c'est le fait que les Halles, qui semblent coupées du monde, où l'on oublie les menaces extérieures, sont avant tout un lieu où les mégères s'épanouissent, et où l'on n'hésite pas à broyer les gens pour le plaisir d'avoir de quoi discuter. Malgré lui, Florent est pris dans la querelle qui oppose sa belle-soeur à une poissonnière, et ses rêves de changer le monde dans ce contexte sont une condamnation à mort.
A nouveau, le portrait des "honnêtes gens" est cinglant. Le passage où Lisa va voir la police afin de dénoncer son beau-frère, et qu'elle découvre les lettres de dénonciation de la plupart des personnages du livre est particulièrement parlant. Elle-même est un personnage ambigü. Ses protestations d'honnêteté sont rapidement contredites, quand elle comprend que ses intérêts sont menacés. Difficile de lutter contre l'hérédité...

Comme d'habitude avec Zola, j'ai terminé ma lecture furieuse contre les personnages (pourtant, Florent n'est pas franchement attachant), mais enchantée par la peinture proposée par l'auteur.
La prochaine fois, on se retrouve à Plassans !

D'autres avis chez Cuné, Kalistina, Stéphie, Cléanthe.

Folio. 470 pages.

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