05 janvier 2013

Cent ans - Herbjørg Wassmo

1373693Ma première lecture de 2013 m'a entraînée dans le nord de la Norvège, sur les traces des aïeules d'Herbjørg Wassmo.
En 1842, naît Sara Susanne, l'arrière-grand-mère. Après elle, trois autres générations de femmes, Elida, Hjørdis et enfin elle-même, dont Herbjørg Wassmo nous conte l'histoire de façon romancée. Elles se marient, font des enfants, se déplacent en bateau à travers les îles Lofoten ou marchent à travers les tourbières, et tentent chacune à leur façon de vivre.

J'ai énormément apprécié ce livre qui nous permet de voyager à travers des paysages qui me sont complètement inconnus. Nous sommes dans le nord de la Norvège, et les coutumes y sont très singulières. La vie est rude, le dialecte est différent de la langue parlée à Kristiania (la future Oslo), les enseignants sont itinérants et le destin des uns et des autres est tracé dès leur naissance. Lors de leur passage dans le Sud, Elida et les siens sont méprisés et humiliés par les gens à cause de ces différences qui les font passer pour des arriérés.
Pourtant, le Nord ne semble pas si immobile. En cent ans, nous voyons les moyens de communication se développer, ainsi que les moyens de transport. La révolution industrielle, les mouvements ouvriers et les deux guerres mondiales passent par là, surtout la deuxième, durant laquelle la petite Herbjørg voit le jour.
Malgré ces bouleversements, certaines choses semblent immuables pour ces femmes. Elles se marient, par nécessité ou par amour, et doivent ensuite faire face au peu d'opportunités qui leur sont proposées. Tout n'est pas complètement noir. Sara Susanne découvre le plaisir sexuel et finit par éprouver de l'amour (ou quelque chose qui s'en rapproche fortement) pour son époux, Elida se marie avec l'homme qu'elle a choisi tout comme le fera sa fille Hjørdis, mais cela ne sera pas sans conséquences. En l'absence de contraception, le mariage signifie surtout pour ces très jeunes femmes des grossesses à répétition. La maternité n'est pas toujours une évidence pour elles, et c'est une chose qui les fait culpabiliser. Sara Susanne paie très cher le fait de s'être avoué ne pas vouloir de l'un de ses enfants. Elida provoque l'incompréhension de son mari, de ses enfants et de bien d'autres personnes certainement, en choisissant de mettre ses enfants en nourrice pour s'occuper de son mari mourrant. 

"Dès mon enfance, cette histoire me révolte. Mais à un moment donné je commence à m'identifier à elle. Je ne peux m'imaginer qu'elle ait fait cela par méchanceté. Ma mère fait rarement allusion à la période où elle était en nourrice.
Plus tard, je pense qu'Elida a aussi d'autres raisons. Ou pire, je commence à douter de son noble motif qui est la maladie cardiaque de mon grand-père Fredrik. J'imagine qu'on peut facilement se lasser d'accouchements répétés et de soins continuels. Qu'accompagner jusqu'à l'hôpital à Oslo son mari malade n'est pas une punition en soi. C'est plutôt l'occasion de rencontrer d'autres gens que ceux de la famille, les métayers, les voisins, sur le quai et à la ferme. Voir autre chose que les saisons se relayer sur les rochers du bord de mer et sur des maisons éventées."

Les raisons de ce livre sont assez obscures. Dès le début, Herbjørg Wassmo annonce la part de fiction qu'il y a dans son oeuvre, et c'est ce qui rend sa lecture si fluide.
Là où elle reste peut-être trop pudique, et là où elle semble échouer, c'est lorsqu'elle indique vouloir laver sa honte à travers son écriture. Cette honte, nous le devinons, lui vient de son père. Elle l'appelle il ou lui, et ce n'est pas par hasard qu'elle se cherche du côté maternel et non du côté paternel en faisant des allers-retours dans le temps. Mais nous ne pouvons que deviner ce que cet homme lui a fait. Les passages la concernant directement sont des bribes de souvenirs, des dialogues de sourds entre elle et sa mère mourante, un dernier contact froid avec son père. Je n'espérais pas spécialement des révélations croustillantes en ouvrant ce livre, mais je trouve regrettable de terminer ce livre avec un léger goût d'inachevé de ce côté là. C'est comme si Herbjørg Wassmo avait écrit un tout autre livre que celui qu'elle pensait écrire.

Mais bon, malgré mes délires habituels, j'ai passé un très bon moment et découvert un auteur que je relirai.

10/18. 594 pages.
Traduit par Luce Hinsch.
2009 pour l'édition originale.



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02 janvier 2013

La garde blanche - Mikhaïl Boulgakov

la-garde-blanche-4363-250-400"Simplement, la neige fondra, la verte herbe ukrainienne sortira et flottera comme une chevelure sur la terre... les épis splendides mûriront... l'air brûlant vibrera sur les champs, et toute trace de sang aura disparu. Le sang ne coûte pas cher sur les terres rouges, et personne ne le rachètera.
Personne."

Nous sommes à Kiev, en décembre 1918. De nombreuses familles russes issues des classes favorisées ont fuit la Russie bolchevik en 1917 pour se réfugier dans la capitale ukrainienne. Cependant, c'est la débandade lorsque le roman commence, puisque les Allemands, qui viennent de perdre la Première Guerre mondiale, abandonnent le navire. Le champs est donc libre pour le général Petlioura, opposant au régime, qui s'aprête à prendre la ville.
Les enfants Tourbine, trois frères et une soeur, enterrent leur mère. Les frères sont des soldats chargés de défendre la ville ou de soigner les blessés. Avec leur soeur Elena et plusieurs de leurs amis soldats, ils vont être les témoins du tumulte dans lequel Kiev va être plongée.

Si ce livre n'est pas aussi flamboyant que Le Maître et Marguerite, il reste un beau roman. En fait, ce qui me plaît le plus chez Boulgakov, c'est son écriture merveilleuse, qui le rend tour à tour peintre, conteur et dénonciateur. Durant tout le livre, on voyage ainsi entre monde réel et fantastique.
Les descriptions de Boulgakov font penser à des tableaux vivants et emprunts de surnaturel. On est également à la lisière du fantastique grâce à la place donnée aux rêves des personnages qui font revivre les grands hommes de l'époque tsariste.
L'histoire en elle-même ne m'a pas beaucoup intéressée. Un peu plus d'un mois après ma lecture, je n'en garde déjà plus beaucoup de souvenirs. Les personnages restant distants, ce sont vraiment les événements et la façon dont ils sont décrits qui ont retenu mon attention et provoqué mon admiration.
La ville de Kiev, centrale, apparaît comme un personnage du roman. Sa population semble à la fois faite de milliers de voix et d'une seule clameur. On sent tour à tour son calme, sa peur, son agitation et son incertitude, à mesure que l'attente devient insupportable, que les coups de feu retentissent ou que les rumeurs se répandent. Boulgakov ne nous épargne pas les horreurs de la guerre, et si certaines de ses descriptions nous font oublier le monde réel, d'autres se chargent de nous ramener là où les humains pleurent et cherchent leurs morts et là où l'on empile les cadavres.

Une lecture à faire donc, notamment pour ceux qui, comme moi, connaissent très mal l'histoire de l'Europe Centrale. C'est un belle occasion de l'aborder.

"Oh, seul celui qui a déjà été vaincu sait ce que signifie ce mot ! Il ressemble à une soirée hiver-russe1à la maison, quand il y a une panne de lumière. Il ressemble à une chambre dont le papier est mangé par la moisissure verte, pleine d'une vie morbide. Il ressemble à du beurre rance, à un petit monstre rachitique, à des injures obscènes lancées par des voix de femmes dans l'obscurité. En un mot, il ressemble à la mort."

Pocket. 317 pages.
Traduit par Claude Ligny.
1926 pour la version originale.

 

31 décembre 2012

Bilan littéraire 2012

L'année dernière, je n'ai même pas pris la peine de faire un bilan de mes lectures de l'année. J'essaie d'effacer cette mauvaise idée en renouant avec la tradition.

Du côté des romans, le résultat n'est pas très brillant, j'en ai lu une cinquantaine. J'ai en revanche explosé les compteurs en matière de bandes-dessinées (environ 80), mais comme je n'évoque presque jamais le sujet par ici, je vais me contenter de dire que c'est un genre que j'apprécie de plus en plus et dont j'aimerais être capable de parler.
Je suis également assez satisfaite de mon année littéraire, car j'ai lu quelques briques, et surtout j'ai essayé de m'éloigner (un peu) de mes habitudes en me plongeant dans la fantasy et la littérature policière cet été, et en explorant quelques contrées autres que les pays anglo-saxons et la France. J'espère poursuivre en 2013, même si rien ne m'empêchera évidemment de retrouver toujours avec bonheur mes auteurs de prédilection. J'espère aussi lire davantage, et surtout avoir de gros gros coups de coeur, car c'est un peu ce qui m'a manqué cette année : j'ai eu de très bons moments de lecture, mais trop peu de découvertes bouleversantes comme les années précédentes.

En 2013, je retiens donc :

- Brideshead Revisited d'Evelyn Waugh. Sans doute le meilleur roman que j'ai lu cette année. Il ne plaira pas à tout le monde, mais je pense qu'on peut difficilement nier sa qualité. C'est étonnant qu'il soit si méconnu en France.
- Arlington Park de Rachel Cusk. Un livre dont l'écriture m'a frappée par sa qualité.
- L'étrange disparition d'Esmé Lennox de Maggie O'Farrell. Un livre très bien écrit, sur un sujet passionnant.

J'ai aussi passé d'excellents moments en compagnie d'Emile Zola, et j'ai hâte de me plonger dans la fournée 2013.


J'ai eu quelques déceptions, des livres oubliables et oubliés. Je suis surtout contrariée de ne pas avoir apprécié Des souris et des hommes autant que je l'espérais, même si cette lecture m'a touchée.

Comme je ne m'étais inscrite à aucun challenge, je n'ai pas à vous faire la liste de mes échecs cette fois. Ce sera peut-être un peu différent en 2013, puisque je commence par passer un peu de temps en Russie avec Titine et Cryssilda.

Voilà donc un bilan assez court pour une fois.

Je m'arrête pour vous souhaiter de très belles fêtes de fin d'année et une merveilleuse année 2013.

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18 novembre 2012

Un hiver en Russie avec Tolstoï

les_cosaques_109437_250_400Je l'ai déjà dit ici, la littérature russe me fait peur. Tolstoï, Dostoïevski, Gogol et compagnie sont des noms qui m'attirent autant qu'ils me font peur. Mais l'hiver arrive, et Titine et Cryssilda ont décidé de nous le faire passer en Russie, donc je me suis dit qu'il était temps de grandir un peu. Et comme je ne fais jamais les choses à moitié, j'ai même pris de l'avance sur la lecture de groupe prévue dans des mois. J'ai donc lu Les Cosaques de Léon Tolstoï, un texte largement autobiographique.

Olénine, un jeune noble endetté et las de mener une vie sans saveur, s'engage comme officier dans l'armée russe et part pour le Caucase. Là-bas, il est hébergé dans une famille cosaque. Il découvre la vie des populations vivant aux confins de la Russie, et aussi l'amour, en la personne de la belle Marion.

Bon, pour être honnête, je me suis beaucoup ennuyée en lisant ce livre. Ca n'avance pas, on a des tonnes de petits riens, des personnages difficiles d'accès et franchement gonflants (les états d'âme d'Olénine m'ont surtout fait bailler)...
Bref, cette rencontre avec le monstre de la littérature russe qu'est Tolstoï n'a pas été une franche réussite, au point de me faire repousser la lecture de Guerre et Paix (parce qu'on y croit tous quand je dis que j'allais m'y mettre, c'était prévu, etc).

Mais comme je suis d'une bizzarerie sans nom, j'ai quand même trouvé ce livre objectivement correct. En fait, je trouve qu'il permet une incursion détaillée dans la vie des Cosaques. Leurs coutumes, leurs habitudes, leurs manières sont très bien décrites. Olénine arrive sans trop savoir à quoi s'attendre, et il est transfiguré au contact de ces gens aux habitudes si simples et directes. Les rapports entre hommes et femmes, entre jeunes et vieux ne sont pas guindés comme à la cour du tsar, ils sont naturels, ce qui fascine le jeune homme.
Avec ce roman, on a aussi un bon aperçu de la situation dans le Caucase au milieu du XIXe siècle. Les Tchétchènes sont remuants, et les Russes et les Cosaques sont présents pour les repousser, parfois entre deux parties de chasse ou beuveries. On est loin du tableau des guerriers en permanence sur le pied de guerre qu'on se représente lorsqu'on pense au front.
Tolstoï était également fasciné par les paysages du Caucase, et certaines de ses descriptions sont très belles et émouvantes. Juste un peu trop présentes.

En lisant mon commentaire, je me dis que c'est étrange de repprocher à ce livre de manquer d'action, alors que je viens d'adorer Retour à Brideshead, et que je vénère de nombreux livres dans lesquels il ne se passe rien. En fait, je crois que je n'ai pas assez senti le souffle de Tolstoï durant ma lecture. Je l'ai perçu quelques fois, notamment au tout début du livre, mais c'était trop bref.

Comme je ne veux pas finir sur une touche négative, je vais terminer mon billet en écrivant un extrait que j'ai trouvé magique, bien que très secondaire :hiver-russe1

"Jeannot ne répondit rien, seulement, en clignant des yeux, il accompagna son maître d'un regard dédaigneux et hocha la tête. Jeannot ne voyait en Olénine qu'un maître. Olénine ne voyait en Jeannot qu'un serviteur. Et tous deux eussent été fort étonnés si on leur avait dit qu'il étaient amis."

YueYin a heureusement un avis plus argumenté que le mien sur ce livre. En lisant son billet, je me dis que c'est sans doute le côté communion avec la nature et tout et tout qui m'a gonflée. Ca me rappelle La symphonie pastorale, qui avait le même défaut (je n'aurais jamais pu être hippie).

Les Cosaques. Léon Tolstoï
Folio. 304 pages.
Traduit par Pierre Pascal.
1863 pour l'édition originale.

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09 novembre 2012

Retour à Brideshead - Evelyn Waugh

9782221103838_1_75Parmi les auteurs anglais qu'il me reste à découvrir, Evelyn Waugh occupait une place de choix. J'ai acquis plusieurs de ses livres ces dernières années, dont ce titre, en pensant découvrir des romans plutôt classiques avec beaucoup d'humour. J'avais tout faux, et ce n'est pas plus mal.

C'est la Deuxième Guerre mondiale, et Charles Ryder se retrouve stationné avec ses hommes dans une grande demeure, Brideshead. Il ne l'a pas revue depuis des années, et se remémore alors tout ce qu'il a vécu dans cette maison, et surtout avec ses propriétaires.
Tout commence vingt ans plus tôt, lorsque Charles Ryder rencontre Sebastian Flyte lors de sa première année à Oxford. Les deux jeunes gens se lient d'une amitié qui durera toute leur vie d'une certaine manière. Charles a perdu sa mère, et dépend d'un père riche, plutôt généreux, mais surtout incapable de feindre l'affection qu'il ne ressent pas pour son fils. Sebastian est l'enfant d'un couple séparé dans le scandale. Sa mère est catholique, son père a fuit sur le continent. Il ne se sépare jamais d'un ours en peluche lors de ses années à Oxford. Ensemble, Charles et Sebastian font les quatre cents coups. Les choses ne tardent pas à mal finir pour Sebastian, mais la vie continue. 

Comme à chaque fois que je lis un roman qui m'a retournée, je ne sais pas par où commencer pour en parler. Retour à Brideshead est très dense. Il y a du Graham Greene, du E.M. Forster, et même du Downton Abbey chez Evelyn Waugh.
Le premier pour la religion et les tourments qu'elle provoque, question centrale de ce livre. C'est parce qu'ils sont catholiques que les Flyte chavirent autant. Evelyn Waugh était lui même catholique, et l'on sent dans ce livre ce qu'il pouvait ressentir dans un pays et à une époque où cette confession est si minoritaire et dépréciée. Les mariages dans cette famille sont de terribles échecs ou de véritables blagues. Sebastian peut encore moins que les autres s'en sortir, en raison de son orientation sexuelle, au point de sombrer et de mener une vie minable jusqu'à la fin. Quant à Julia, sa perspective de bonheur est ruinée en une seule phrase de la part de son austère frère Brideshead. L'étrange Anthony Blanche a donc raison de conseiller à Charles de se méfier de cette famille qui brise tout ce qu'elle touche. Il n'en fera rien et s'y brûlera les ailes.
On ne peut pas ne pas penser à E.M. Forster à cause de la première partie du livre, lorsque Charles et Sebastian hantent Oxford comme Maurice et Clive l'avaient fait à Cambridge (bien qu'il soit impossible que les deux livres se soient inspirés l'un de l'autre, Maurice ayant été écrit puis caché avant la création de Retour à Brideshead), et pour le thème de l'homosexualité. Même si la nature exacte de la relation entre Sebastian et Charles demeure floue et les pensées de Sebastian inatteignables, Charles admet des années plus tard à quel point son ami a compté et compte encore pour lui.

"Il vivait en moi tous les jours avec Julia ; ou mieux, c'était Julia que j'avais appris à connaître en lui, en ces lointaines journées d'Arcadie."
 
La vision de l'amour dans ce livre est désabusée. On aime mal, on aime pour de mauvaises raisons, on aime pour soi, et au final on est toujours seul.
Autour de ces personnages qui prennent coup sur coup se trouve un monde qui a été bouleversé par le premier conflit mondial. Les Flyte tentent de s'accrocher à ce qu'ils peuvent pour conserver leurs illusions. Ils dénigrent avec leurs amis la menace que représente l'Allemagne, ils nient la diminution de leur fortune, mais c'est bien une demeure vide que Charles Ryder trouvera pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Ce qui frappe dans ce livre, c'est qu'il ne s'y passe rien, et qu'en même temps il parle aussi bien de la vie des hommes. Charles dit une phrase terrible à propos de la plus jeune soeur de Sebastian, une phrase qui pourrait s'appliquer à tous les personnages.

"Cela faisait mal de penser à Cordélia devenant 'tout à fait ordinaire'."

Nous commençons ce livre comme un roman d'apprentissage, mais c'est tout autre chose lorsqu'il s'achève, et c'est ce qui en fait un très grand roman.

Les avis de Céline et de Lou.

Brideshead Revisited.
Robert Laffont. 606 pages.
Traduit par Georges Belmont.
1945 pour l'édition originale.

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10 octobre 2012

Les New-Yorkaises - Edith Wharton

9782290311462_1_75Ca faisait bien longtemps que je n'avais pas plongé dans l'univers d'Edith Wharton. Mais, comme j'ai du mal à me plonger dans des romans depuis quelques semaines, il a fallu retourner vers les valeurs sûres. Bon, pour être honnête, j'ai ressenti une petite déception à la lecture de ce livre, mais je n'ai pas perdu mon temps non plus.

Nous sommes à New York durant la première moitié du XXe siècle. Le mariage n'est plus l'institution irrévocable qu'il était, et Pauline Manford en a profité il y a vingt ans pour divorcer de son premier mari et en trouver un autre. Depuis, elle est injoignable même pour sa fille Nona, son ancien époux, Spécimen A, et son mari, Dexter, qui doivent presque prendre rendez-vous pour qu'elle les reçoive. 
Cependant, les difficultés conjugales de Jim Wyant, le fils que Pauline a eu de son premier mari, forcent les Manford à se poser des questions et à partir se mettre au vert pendant quelques semaines.

Ce qui m'a gênée dans ce roman est le goût d'inachevé qu'il m'a laissé. Sa fin est grostesque et obscure, ce qui est d'autant plus regrettable que Wharton tire beaucoup de ficelles et croque la société qu'elle décrit avec la même habileté que d'habitude.
Cette fois, on a trois personnages féminins qui occupent le devant de la scène. Pauline Manford est une femme très occupée à accomplir de grandes choses qui se contredisent les unes les autres. Elle est fascinée par les médecines alternatives et court après tous les charlatans qu'elle peut croiser. A la fois moderne et vieux jeu, bigote et rentre dedans, son portrait est merveilleusement croqué par l'auteur.
Sa fille Nona semble partagée entre admiration et incompréhension à son égard. La jeune fille perçoit avant sa mère les menaces qui pèsent sur la tranquillité de la famille. Au milieu de ces individus qui font n'importe quoi, elle finira désabusée avant même d'avoir eu le temps de vivre quoi que ce soit.
Enfin, Lita, la belle-fille, est une écervelée qui s'ennuie très vite, qui se moque du mal qu'elle peut faire, mais qui a le mérite de ne pas se laisser enfermer dans la case où les membres de sa belle-famille souhaiteraient qu'elle reste.
La société américaine est en pleine évolution au moment où se déroule l'intrigue de ce roman, ce qui rend les classes dominantes nerveuses à l'idée de perdre leur pouvoir de décider qui gouverne. En effet, la modernité, c'est aussi l'arrivée du cinéma hollywoodien et de ces stars qui font fortune, quand peu de temps auparavant, elles exerçaient un métier jugé choquant et vulgaire. Que Lita, la superficielle épouse de Jim puisse rêver de devenir actrice fait s'évanouir d'horreur sa belle-famille. Cette dernière voit en elle une ingrate à qui l'on a offert un statut et une bonne famille mais qui n'en tient aucun compte.
Comme toujours chez Wharton, les thématiques abordées servent à évoquer le mariage et ses travers. L'union de Pauline et Dexter n'a rien d'un mariage heureux. Pauline a délaissé depuis longtemps son époux, même si elle continue à rêver sa vie, ce qui lui causera quelques sévères désillusions. Lita a épousé Jim par caprice, et lui a donné un enfant, mais elle ne voit pas ce qui pourrait la retenir dans un mariage qui la lasse. Enfin, Nona aime un homme lié à une épouse qui lui refuse le divorce. Dans tous les cas, fuir à toutes jambes semble être l'unique solution. Ou alors, pour ceux pour qui ce n'est pas trop tard, foncer dans un couvent apparaît comme une perspective heureuse...

Ce n'est certes pas un livre réjouissant, mais j'ai trouvé Wharton très piquante dans ce livre. La manière qu'elle a de présenter ses personnages est souvent comique, et la morale de l'histoire aussi impertinente que pleine d'humour.

Voilà donc un bon Wharton, mais qui n'atteint pas le niveau des meilleurs livres de l'auteur à cause d'un final un peu bâclé à mon goût.

Céline et Mango l'ont beaucoup apprécié.

Traduit par Jean Pavans.
J'ai lu. 318 pages.
1927 pour l'édition originale.

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26 septembre 2012

Little Bird - Craig Johnson

5096_cover_dish_1Encore un polar (je me suis fait une cure en août), mais cette fois je suis en terrain un peu plus connu puisqu'il s'agit d'un roman américain. 

Le shérif Walt Longmire, veuf proche de la retraite très ancré dans ses petites habitudes, travaille dans une petite ville où il ne se passe jamais rien. Ou presque. En effet, en lieu et place du "grand moutonocide" sur lequel le comté comptait pour sortir de l'ennui, le corps de Cody Pritchard vient d'être découvert, et l'accident de chasse semble de moins en moins probable. Quelques années auparavant, le jeune homme avait été impliqué dans le viol collectif d'une jeune Indienne, et il s'en était sorti à bon compte. Le shérif se met donc à mener l'enquête sur ce qu'il soupçonne être une vengeance, aidé par sa secrétaire, son adjointe et son vieil ami Henry Standing Bear.
En parallèle, ses amis essaient de le forcer à retaper sa maison et à se trouver une nouvelle compagne.

J'ai beau avoir passé de bons moments dans les contrées nordiques cet été, j'ai trouvé ce roman plus abouti.
Les personnages tout d'abord sont très charismatiques. Longmire est un shérif plein de contradictions, à la fois bougon et farceur, fainéant et très professionnel, grande gueule et timide (avec les femmes). Son amitié avec Henry Standing Bear, un Indien cheyenne, est très bien construite, et les filles ne sont pas en reste quand il s'agit de lui en faire baver. Entre eux, les répliques fusent, franches (voire brutales) quand il le faut, pleines d'humour et d'affection le reste du temps.
En soi, l'enquête n'est pas palpitante. Elle démarre à son rythme, lorsqu'on fait encore semblant de croire que ce n'est pas un meutre (enfin, Longmire ne fait pas semblant, mais le lecteur se doute bien que le fin mot de l'histoire est plus croustillant), ce qui donne un côté réaliste à l'histoire. Il cherche les indices, les témoins, examine les hypothèses qui s'offrent à lui, le tout avec les moyens du bord (en gros les copains serviables), et sans qu'on ait l'impression de perdre notre temps. On prend aussi la peine de découvrir le Wyoming et de se promener dans la réserve indienne pour découvrir un peu de son histoire. Le seul problème que j'ai eu avec cette lecture est que je l'ai faite en pleine canicule, donc les espaces enneigés et les températures glaciales n'étaient pas des plus simples à imaginer...
En fait, je crois que j'ai trouvé dans ce livre tout ce qui pour moi fait un roman policier qui sort du lot. J'ai beau ne pas m'y connaître, on a ici une enquête intéressante mais aussi un style soigné, ce que je n'ai pas forcément ressenti dans les autres romans policiers lus cet été.

Une belle découverte, qui sera suivie d'autres, puisque Little Bird est le premier tome d'une série.

D'autres avis chez Theoma et Amanda.

Je peux participer au mois américain, Titine ?

Logo_mois_am_ricain2

Gallmeister. 421 pages.
Traduit par Sophie Aslanides.
2005 pour l'édition originale.

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20 septembre 2012

Et de six !

FRIENDS__Saison_7__anniversaire

Tradition oblige, j'ai encore oublié l'anniversaire de mon blog...

Bon, je crois que depuis quelques années il est clair que je blogue à mon rythme.
Pour être franche, je suis parfois lasse, mais j'ai trop mis de moi par ici pour tout arrêter.
Faire partager mes découvertes est toujours aussi important pour moi.
Et puis, avec les années, il y a les blogueurs avec lesquels je ne veux pas perdre contact , que je prends toujours
autant de plaisir à lire (même si certains sont partis, et même si beaucoup de choses ont changé). Il y a aussi ces lecteurs silencieux, qui m'écrivent parfois pour me donner des conseils ou échanger à propos de mon blog.

Alors merci de continuer à passer par ici malgré tout et à tant m'apporter.

 

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05 septembre 2012

Polars islandais

cit_jarresLe commissaire Erlendur Sveinsson a la cinquantaine. Il est divorcé et père de deux enfants qui ont mal tourné (en même temps, avec des noms pareils, n'importe qui aurait des problèmes). Sa vie professionnelle est beaucoup plus brillante, puisqu'il résoud les crimes avec ses deux équipiers, Elinborg et Sigurdur Oli.

J'ai profité des vacances pour lire ses deux premières enquêtes relatées par Arnaldur Indridason.

Dans La Cité des jarres, Erlendur est confronté au meurtre d'un homme âgé, tué dans son appartement de Reykjavik. Le meurtrier semble avoir agi de manière impulsive, mais cette impression est contredite par le message mystérieux qu'il a laissé.
En enquêtant sur la victime, Erlendur découvre qu'il s'agit d'un homme accusé de viol dans les années 1960, mais jamais inquiété.

J'avais entendu énormément de bien sur ce livre et cet auteur mais j'ai été déçue dans l'ensemble. Erlendur est un homme sympathique, même si taciturne et souvent dépassé par les événements de sa vie privée. Le coup de la fille toxicomane est un peu gros, mais j'ai été intéressée par leur relation. Elinborg et Sigurdur Oli me plaisent aussi beaucoup. Ils sont très différents d'Erlendur, mais c'est sans doute ce qui explique qu'ils forment une si bonne équipe.
Les thématiques abordées sont intéressantes. Il est question du viol dans les années 1960, de la peur des victimes et de la réaction des gens et en particulier de certains policiers. En gros, ces derniers leur rient au nez quand ils ne leur disent pas carrément qu'elles sont des salopes. On parle aussi de recherches génétiques et des précautions indispensables pour éviter que cela ne dérappe pour des raisons financières ou pire.
Cependant, j'ai trouvé cette enquête peu entraînante. Le suspens n'est pas vraiment présent, et la résolution de l'affaire réside dans une succession de coincidences invraisemblables. Par ailleurs, on comprend aux deux tiers du livre ce qui s'est passé, mais l'auteur fait traîner la fin de son livre sur une centaine de pages.

Ce n'est pas une lecture atroce, mais je m'attendais à quelque chose de plus palpitant.

Arnaldur Indridason. La cité des jarres. Myrin (VO).
327 pages.
Traduit par Eric Boury.
2000 pour l'édition originale.

J'ai étla_femme_en_verté nettement plus convaincue par La Femme en vert. Cette fois, c'est un bébé machouillant un os humain qui lance l'enquête. Cela permet de découvrir l'existence d'un squelette enfoui dans la terre depuis plus d'un demi-siècle.

La construction du livre est déjà plus élaborée et originale, puisqu'on suit à la fois l'enquête pour trouver l'identité du squelette, et le quotidien d'une femme battue dans les années 1930 et 1940. Bien que cela restreigne le nombre de personnes pouvant être la vicime retrouvée par Erlendur et son équipe, il est difficile de savoir ce qui s'est réellement passé sur la colline avant la fin. De cette manière, le lecteur participe activement à l'enquête, et élabore toutes sortes d'hypothèses. Par ailleurs, cela permet de rencontrer les personnages impliqués dans le drame familial qui est relaté, de sentir la peur de "la femme" et de ses enfants.
A nouveau, Indridasson évoque la question de la femme, de sa place et de ses droits dans la société. J'ai particulièrement apprécié la réponse du pasteur à "la femme" venue lui demander de l'aide. L'auteur nous fait aussi plonger dans l'histoire de l'Islande à l'époque de la Seconde Guerre mondiale. J'ignorais tout de la présence des Anglais et des Américains sur l'île, donc cette lecture m'aura appris quelques détails sur ce pays.
Les liens avec le premier épisode sont présents, et permettent aux personnages de prendre davantage d'épaisseur, entre Erlendur qui n'est pas au bout de ses peines avec sa fille, et Sigurdur Oli qui est à un moment crucial de sa relation avec sa compagne. J'espère que le personnage d'Elinborg est plus développée par la suite, car elle me plaît décidément beaucoup.

Indridason n'est pas une grande découverte, mais ce deuxième opus m'a malgré tout émue, et je retrouverai volontiers Erlendur d'ici quelques mois.

Arnaldur Indridason. La femme en vert.
Traduit par Eric Boury.
346 pages.
2001 pour l'édition originale.

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26 août 2012

Shot in the heart

9782757823538"J'ai une histoire à raconter. C'est une histoire de meurtres : des meurtres de la chair et de l'esprit, des meurtres nés de la douleur, de la haine, du châtiment. C'est l'histoire de la genèse de ces meurtres, de la manière dont ils ont pris forme et déteint sur nos actes, dont ils ont transformé nos vie, dont ils ont imprégné le monde et l'histoire autour de nous."

Le 17 janvier 1977, Gary Gilmore est fusillé en Utah. Il est le premier détenu à être exécuté après le rétablissement de la peine de mort aux Etats-Unis, mais sa célébrité vient surtout du fait que c'est lui même qui a insisté pour que la sentence soit appliquée.
Dans cet Etat où les mormons sont très présents, il a commis deux meurtres de sang-froid après avoir passé plus de la moitié de sa vie en prison.

De cet événement, Norman Mailer tira Le Chant du bourreau, écrit à partir d'entretiens avec Gary et sa mère. Un autre membre de la famille préféra conserver sa voix, Mikal Gilmore, le petit frère de Gary, qui donne sa version des faits dans ce livre témoignage. Un long silence se lit comme un roman policier dont on connaît l'issue, puisque l'auteur part du jour où l'on a "déchiré le coeur de son frère" pour retracer l'histoire de sa famille à partir d'interviews, de rapports et de ses propres souvenirs.
Tout commence au XIXème siècle, lorsque les mormons arrivent en Utah. Ils fondent Salt Lake City sous la conduite de leur chef, Brigham Young. Nous en apprenons sur l'histoire de cette communauté et sur ses pratiques, qui expliquent pourquoi des décennies plus tard, Gary choisira le peloton d'exécution comme moyen de mise à mort. En effet, ainsi que nous l'explique l'auteur, les mormons considèrent que verser le sang d'un homme coupable est un moyen d'expiation pour ses actes. Or, par leur mère Bessie, les quatres fils Gilmore, Frank Jr, Gary, Gaylen et Mikal, sont mormons. Bessie est née et a grandit en Utah, entourée de ses parents et de nombreux frères et soeurs.
Un jour, elle fuit sa famille pour épouser un certain Frank Gilmore. Il est plus âgé qu'elle, et ce n'est que plus tard qu'elle apprend qu'il a déjà eu un certain nombre de femmes et d'enfants. Pourtant, cette fois, Frank reviendra toujours vers sa nouvelle famille. Il devient vite clair qu'il vit d'escroqueries, ce qui le force, avec sa femme puis leurs enfants, à fuir continuellement. C'est un homme très dur, alcoolique, cruel et violent. Frank Jr et Gary, les deux aînés, subissent particulièrement les coups de leur père. Mikal, le dernier de la famille et l'auteur de ce livre, ne naît que lorsque la famille est enfin sur le point de se poser. C'est déjà trop tard pour Gary, qui se lance dans l'enfer de la délinquance, et qui n'en sortira plus jusqu'à son exécution. 
Mikal Gilmore nous livre le récit de l'enfance de sa mère, du passé secret de son père, de l'éducation de ses frères. Il est clair qu'il cherche à saisir le moment, les raisons qui ont conduit son frère à être le symbole du rétablissement de la peine de mort aux Etats-Unis. Pour autant, j'ai trouvé l'auteur assez mesuré. Il a beau chercher des excuses à son frère Gary, il met en avant le fait que Frank Jr, qui a pourtant vécu la même enfance, n'est pas devenu un assassin pour autant.

Si je devais donner un titre à ce livre, ce serait celui-là : Expiation. Expiation pour les parents Gilmore d'abord, qui ont fait vivre leurs quatre garçons dans un univers de terreur, de violences, de non-dits.

"Frank Gilmore et Bessie Brown étaient deux être pitoyables et misérables. Je les aime, mais je dois dire ceci : c'est une tragédie qu'ils aient eu des enfants."

Expiation pour les deux frères décédés ensuite, Gaylen l'assassiné, et Gary l'assassin. Et enfin expiation pour les deux frères survivants, Frank Jr et Mikal, qui ont dû vivre en étant les frères de celui qui a rétablit la peine de mort aux Etats-Unis.
Certes, Gary Gilmore est le point central de cette histoire, mais il reste très insaississable, et sert aussi de prétexte à l'auteur pour se défaire de cette culpabilité qui le hante au point parfois de souhaiter ne jamais avoir existé.

"Ça n'ira jamais. Jamais. Ça n'ira jamais."

Un très beau livre.

Un Long silence. Shot in the heart (VO)
Points. 610 pages.
Traduit par Fabrice Pointeau.
1994 pour l'édition originale.

Posté par lillounette à 12:37 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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