24 octobre 2013

Femmes et filles - Elizabeth Gaskell

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Croyez-le ou non, il m'arrive parfois d'être superficielle. J'ai découvert Elizabeth Gaskell avec le somptueux Nord et sud* il y a sept ans, et j'ai immédiatement cherché un autre livre de cet auteur pour prolonger le plaisir. C'est ainsi que Femmes et filles a rejoint ma bibliothèque, et pourtant il m'aura fallu des années plus trois tentatives avant de le finir. Pourquoi ? Son poids. J'aime lire dans les transports, dans mon bain, couchée sur le dos, et c'est un vrai défi avec ce type de livre. Heureusement, avec la grisaille, j'ai eu envie de me plonger dans un roman victorien, avec un bon plaid et du thé à proximité, et cette fois je me suis jurée de lire ce délicieux pavé jusqu'au bout.

Molly Gibson est la fille d'un respectable médecin de campagne apprécié aussi bien par les paysans que par la noblesse locale, représentée par les Cumnor et les Hamley. Alors qu'elle grandit, son père, veuf, réalise que sa fille est l'objet des attentions de l'un de ses apprentis et décide de l'éloigner en l'envoyant à Hamley Hall, où le squire et son épouse s'entichent d'elle au point de la garder de longues semaines. Là-bas, elle fait la connaissance des deux fils de ses hôtes, l'élégant Osborne et le moins séduisant Roger, passionné de sciences naturelles.
Pendant ce temps, le Dr Gibson fait plus ample connaissance avec Mrs Kirkpatrick, une veuve, ancienne préceptrice des filles Cumnor, et lui demande de l'épouser. Molly rentre donc chez elle pour vivre avec sa nouvelle mère et Cynthia, la fille de cette dernière, revenue de France.

Évidemment, il va y avoir de l'amour, des rebondissements, des disputes, mais Femmes et filles n'est pas un roman passionnant uniquement pour ces raisons. Il ressemble beaucoup aux Confessions de Mr Harrison car il s'agit avant tout de la description d'un petit village où les commérages vont bon train, où l'on attend des heures pour voir apparaître une duchesse recouverte de diamants, où une jeune fille ne peut être vue en compagnie d'un jeune homme sans que cela fasse le tour des chaumières et où les femmes d'une même famille ont intérêt à s'entendre en raison de l'obligation qui leur est faite de passer le plus clair de leur temps chez elles.
Chacun a une idée très précise de sa position, et fait tout pour la conserver voire l'améliorer. Mrs Kirkpatrick, la belle-mère de Molly, a passé toute sa vie à travailler, à faire attention à chacune de ses parole pour ne pas perdre la faveur des Cumnor, donc elle n'hésite pas une seconde lorsque le père de notre héroïne lui propose de devenir Mrs Gibson.

"... elle éclata en sanglots hystériques. C'était un si délicieux soulagement de se dire qu'elle n'aurait plus besoin de lutter pour gagner sa vie."

C'est une femme franchement détestable. Elle est hypocrite, prétentieuse, opportuniste, menteuse, jalouse et égoïste au point de souvent se montrer insensible. Sa fille Cynthia n'est pas exempte de reproches, c'est une sacrée coquette, et j'ai souvent eu envie de la gifler, mais il est difficile de ne pas l'excuser un peu en raison de sa mère qui pousse le vice jusqu'à ne pas l'inviter à son mariage de peur de ne pas être la plus jolie.
Entre elles deux, Molly n'est pas toujours très heureuse, même si son amitié avec Cynthia est des plus sincères. C'est une jeune fille adorable, dévouée au point d'être parfois bien naïve, mais elle sait aussi se montrer surprenante comme lorsqu'elle s'emporte contre Mr Preston ou qu'elle enfourche la jument de son père pour se précipiter à Hamley Hall malgré les protestations de sa belle-mère.
Le seul homme de la famille, le Dr Gibson, a des accès de misogynie assez détestables et son refus d'intervenir dans ses affaires domestiques au départ ressemble beaucoup à de la lâcheté, mais il apporte énormément d'humour au roman, un peu à la façon d'un Mr Bennet dans Orgueil et Préjugés. Et puis, sa tendresse pour sa fille ne fait aucun doute et contraste avec celle de sa femme, qui se targue de ne pas favoriser l'une ou l'autre de ses "filles" pour mieux pouvoir les mettre en compétition (ce dans quoi elles ne marchent pas du tout d'ailleurs).

Et les prétendants me direz-vous ? Certains ne doivent pas être nommés si vous n'avez pas encore lu le roman, mais le grand héros de l'histoire est bien sûr Roger Hamley, le brillant mais discret fils cadet du squire. Comme dans tout bon roman anglais, il commence évidemment par ne pas voir ce qui est sous ses yeux et tombe raide d'admiration pour l'envoûtante Cynthia avant de partir deux ans en Afrique, mais on sait tous comment les choses vont finir. Ou auraient dû finir, car malheureusement, Femmes et filles est un roman inachevé. Elizabeth Gaskell est morte avant d'avoir pu écrire le dernier chapitre de son livre. Je n'ai plus qu'à regarder l'adaptation BBC pour la découvrir (adaptation que je m'empêche de regarder depuis très longtemps).

Voilà donc un roman passionnant de bout en bout, dans lequel on se blottit avec bonheur. On rit, on enrage, et on savoure cette ambiance anglaise au point de ne jamais vouloir que ça s'arrête. A lire absolument !

L'avis de Titine.

*Bon, j'admets quelques longueurs qui m'ont frappée à la deuxième lecture.

L'Herne. 651 pages.
Traduit par Béatrice Vierne.
1865.


17 octobre 2013

Ce qu'il advint du sauvage blanc - François Garde

C_Ce-quil-advint-du-sauvage-blanc_960Au milieu du XIXe siècle, alors que les terres inexplorées se réduisent à peau de chagrin et que les sciences humaines se développent, le vicomte Octave de Vallombrun tente de partir à l'aventure et d'apporter une grande découverte à la Société de Géographie. Après une expédition décevante en Islande, il se rend en Australie où, par hasard, il va rencontrer un "sauvage blanc". Il s'agit en fait de Narcisse Pelletier, un marin disparu dix-huit années qui a été recueilli par des autochtones et a assimilé leur culture au point d'en oublier son ancien nom.
Octave, qui se prend d'affection pour cet être insaisissable et qui voit en lui la possibilité de développer une nouvelle science, passera des années à tenter de comprendre ce qui lui est arrivé.

Je n'ai jamais lu Robinson Crusoë et je n'ai jamais vraiment goûté au roman d'aventure, mais j'espère combler en partie cette lacune après avoir découvert le livre de François Garde. Je n'ai pas éprouvé un coup de coeur à sa lecture, mais c'est un récit très prenant et documenté difficile à lâcher.
La vie de Narcisse Pelletier nous est contée par deux narrateurs. Le premier est le principal intéressé, Narcisse Pelletier lui-même, dont on découvre les débuts sur les côtes australiennes. Abandonné par son capitaine, il est recueilli par une communauté régie par des règles qui lui échappent complètement. D'abord peu soucieux de s'intégrer, convaincu que son séjour sera de courte durée, il semble qu'il ait été obligé de se mêler à son nouveau peuple puisqu'il ne sera recueilli que près de vingt ans plus tard. De cette partie de l'histoire on ne saura presque rien, le second narrateur restant incapable de faire parler Narcisse au sujet de son passage forcé en Australie.
Octave de Vallombrun est un personnage très intéressant. Naïf, sincère et enthousiaste, c'est aussi un jeune homme ambitieux, qui voit en Narcisse Pelletier une sorte d'homme de la nature fruit d'une expérience involontaire inéite, qui va pouvoir le renseigner sur la vie de ses sauveurs ainsi que lui permettre d'étudier le mécanisme qui fait qu'on peut oublier jusqu'à son nom.

"Le voyage de retour de Narcisse vers notre monde n'aura lieu qu'une fois et dans un seul sens. J'en serai le scribe."

Malgré tout, le vicomte ne va pas tarder à être surpris par son élève, à douter, et enfin à être déçu. Les découvertes qu'il fait suggèrent des choses inconcevables à ses yeux (et que l'on ne peut rendre publiques). Certains comportements de Narcisse laissent penser que les "sauvages" sont plus civilisés face à certaines situations que les Europées, ce qui va totalement à l'encontre des défenseurs de la Colonisation qui se targuent d'apporter le Bien aux populations non chrétiennes.
Par ailleurs, l'accueil réservé au "sauvage blanc", ainsi que l'on surnomme Narcisse, est celui que l'on ferait à une bête de foire. Narcisse fascine, fait peur, suscite des réserves (qu'est-ce qui nous dit qu'il ne s'agit pas d'un simple menteur ?). Quant aux scientifiques de la Société de Géographie française, elle se montre finalement assez peu convaincue par les recherches d'Octave de Vallombrun sur cet ancien simple matelot, qui a peut-être perdu tous ses repères tout simplement parce qu'il n'était qu'un homme insignifiant et ignorant.
Enfin, Octave devra se résoudre à accepter son échec, et s'interrogera même sur le bien-fondé du retour de Narcisse Pelletier en France.

"Deux fois il a franchi ce passage impossible d'un monde à l'autre. Pour vivre avec les sauvages, il avait dû tout oublier de sa vie de matelot (qui saura jamais au prix de quels efforts !). Revenu parmi les Blances, et se refusant d'instinct à endurer à nouveau pareille ordalie, il s'était réfugié dans l'amnésie volontaire. Répondre lui était impossible, sauf à rabaisser le pont-levis de sa forteresse et laisser le matelot et le diablotin s'affronter en un combat mortel. Sa raison n'y eût pas survécu."

Bref, un livre avec un fond historique comme je les aime, des personnages qui soulèvent des questions passionnantes et un dépaysement total à certains moments. Une très jolie découverte.

Folio. 380 pages.
2012.

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29 septembre 2013

A l'ouest rien de nouveau - Erich Maria Remarque

remarque-erich-maria-a-louest-rien-de-nouveauPaul Bäumer n'a pas vingt ans, mais il est déjà presque un vieux soldat dans les tranchées allemandes alors que la Première Guerre mondiale fait d'innombrables victimes. Aux côtés de ses camarades de moins en moins nombreux, il tente de défendre sa patrie et surtout de survivre à cette guerre dont il ne comprend pas les raisons.

En ouvrant ce livre qui m'attendait sagement depuis plusieurs années, j'ignorais que j'allais découvrir un aussi beau roman.
A l'ouest rien de nouveau est un livre très dur, et pourtant il est facile de s'y plonger et de suivre cette bande de gamins au milieu des tranchées.
Ils sont jeunes pour la plupart, y compris le narrateur donc. Et en Allemagne comme en France, cette jeunesse est sacrifiée sur l'autel d'on ne sait quoi. Faire la guerre à vingt ans, c'est courir à la mort, aux mutilations. C'est connaître une vie qui n'est faite que de cadavres et de violence, puisque contrairement aux soldats plus âgés, qui ont déjà une famille, les nouvelles recrues n'ont jamais connu autre chose. Ils n'ont même pas eu le temps d'apprendre, d'avoir les moyens de comprendre pourquoi ils détestent les Français. Comme des enfants, ils ont cru à la sagesse de l'âge adulte.

"Or, le premier mort que nous vîmes anéantit cette croyance. Nous dûmes reconnaître que notre âge était plus honnête que le leur. Ils ne l'emportaient sur nous que par la phrase et l'habileté. Le premier bombardement nous montra notre erreur et fit écrouler la conception des choses qu'ils nous avaient inculquées."

Malgré cela, ils obéissent. Ils ramassent et regardent mourir leurs amis, ils serrent dans leurs bras les recrues terrorisées. Ils se font aussi tirer dessus par les leurs, donner puis retirer de belles tenues neuves lorsque le Kaiser vient les passer en revue... Et comme nous sommes du côté allemand, nous les voyons peu à peu sombrer et perdre la guerre.
Quelques permissions leur sont accordées, mais elle n'ont pas le goût du bonheur. Il faut prétendre que tout va bien, qu'il ne faut pas s'inquiéter et croire ce que l'on raconte. Et puis, ces moments de repos ont toujours une fin, ce qui les rend amers.
Paul Bäumer est un narrateur intelligent, qui se permet de questionner ce qui lui arrive en compagnie de ses camarades. Il est de plus en plus conscient de ce qu'on lui a fait, et espère bien qu'un jour on lui rendra des comptes. C'est aussi un jeune homme bouleversant. Il décrit la peur, la violence ou l'espoir qui l'étreignent, recherchant sans cesse un peu d'humanité dans toutes les bassesses et l'horreur qui l'entourent.

Pour donner un peu d'air à son lecteur, et surtout ne pas sombrer lui-même dans la folie, le narrateur dédramatise malgré tout la guerre en nous livrant des situations cocasses. Il est ainsi questions de caisses servant aux soldats à faire leurs besoins. D'abord pudiques, ils se réunissent peu à peu dans ces moments-là pour échanger et oublier quelques instants qu'ils sont de la chair à canon. Un peu plus loin dans le récit, les Français bombardent un cimetière où les Allemands se sont retranchés. Nous avons donc droit à la description de cercueils volants et de cadavres tués une nouvelle fois. Bien que souvent en demi-teinte, ces remarques sont les seules traces d'insouciance qui demeurent chez ces jeunes soldats.

A la fin du livre, tout ce qui nous reste est une impression de gâchis absolu. Ce réquisitoire contre la guerre superbement écrit est un livre à mettre entre toutes les mains.

Le Livre de Poche. 219 pages.
Traduit par Alzir Hella et Olivier Bournac.
1929 pour l'édition française.

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22 septembre 2013

Bent Road - Lori Roy

liv-3694-bent-roadArthur Scott retourne au Kansas après vingt ans d'absence en compagnie de son épouse Celia et d'Elaine, Daniel et Evie, leurs trois enfants. Arthur avait fui la ferme de ses parents après que la mort de sa soeur Eve, disparue dans d'horribles circonstances. En revenant chez lui sur la très dangereuse Bent Road, il retrouve son autre soeur, Ruth, qui a épousé Ray, le fiancé d'Eve. Au même moment, un fou furieux s'échappe, et la petite Julianne Robison aux grands yeux bleus et aux cheveux blonds, comme Eve, disparaît.

Inutile de faire durer le suspens, Bent Road est une très belle découverte en cette rentrée littéraire, un livre aussi poignant qu'original.
Tous ses personnages sont touchants et très seuls dans le malheur qui semble les emprisonner un peu plus chaque jour. Nous suivons leurs pensées et leurs confidences, tour à tour. Celia, la mère, se heurte à un mari distant, un beau-frère dont elle n'apprécie pas le regard, une belle-mère désagréable, et surtout à un fantôme, celui d'Eve. Celle-ci lui ressemblait paraît-il, mais personne ne veut lui dire qui l'a assassinée et pourquoi. Les Scott s'acharnent à laisser le passé dans le passé et à refuser son incidence sur le présent.
Daniel a perdu tous ses amis en venant. Son père ne cesse de lui dire qu'il n'est pas un homme et de lui préférer Jonathon, le prétendant de sa soeur Elaine. Alors il apprend à tirer en cachette avec Ian, un être difforme et malade, le seul ami qu'il se soit fait. 
La petite Evie est très isolée également. A l'école, tout le monde lui reproche sa présence, comme si elle était responsable de la disparition de Julianne. Elle s'imagine donc que la tante Eve qui lui ressemble tant et dont elle porte le nom est à ses côtés. Elle porte ses robes en cachette, lui offre à déjeuner et garde précieusement une photo de sa tante disparue dans les bras d'un Ray fou de bonheur.
Enfin, Ruth est une femme adorable mais très malheureuse. Elle a épousé Ray, dont beaucoup pensent qu'il a assassiné sa soeur et qu'il est responsable de la disparition de Julianne, tout en sachant qu'il ne l'aimerait jamais. Devenu alcoolique, il est aussi violent avec elle. L'arrivée de son frère lui permet de voir que tout le monde ne la rejette pas.

"Arthur ne l'a pas regardée comme tous les autres. Il l'a regardée comme s'ils étaient de nouveau jeunes, avant que le malheur frappe. Avant qu'Eve meure. Il l'a regardée comme s'il l'aimait toujours."

Ce livre est décrit comme un roman policier, mais c'est beaucoup plus que ça. Il n'y a pas d'enquête à proprement parler, le rythme est beaucoup plus lent que celui d'un livre à suspens, et les réponses viennent en même temps que les secrets de famille se dévoilent. Bent Road est d'abord un roman d'ambiance, l'histoire d'une famille, d'une communauté. Il parle de drames familiaux, de culpabilité, d'enfants qui voudraient être grands, ou encore du poids du catholicisme. Ray est rejeté et soupçonné par tous d'être un malade, mais aux yeux des gens, et en particulier du Père Flannery, Ruth devrait rester sous sa coupe et serrer les dents. Jusqu'au bout, on ne saisit pas à quel point la malveillance des gens a pu briser des vies.
La fin, que je ne dévoilerais pas, a un côté généreux qui aurait pu être exaspérant mais qui m'a finalement beaucoup plu. Que se serait-il passé si les langues s'étaient déliées plus tôt ? Quelle aurait été la vie des gens alors ? Il n'est pas question d'excuser n'importe quoi, mais d'admettre que les choses ne sont pas aussi simples que le disent le Père Flannery ou même Arthur, et cela seule Celia, avec son regard extérieur, peut le faire.

L'avis de Ys.

Le Masque. 317 pages.
Traduit par Valérie Bourgeois.
2011 pour l'édition originale.

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19 septembre 2013

Bloganniversaire !

LunaOn dit que sept ans, c'est un sacré cap. Pour ma part, je n'ai jamais cru à toutes ces bêtises, mais je crois bien que c'est la première fois que je pense à fêter l'anniversaire de Lilly et ses livres en temps et en heure (avec l'âge vient la sagesse). 

Après plusieurs années à tourner au ralenti, j'ai repris un bon rythme par ici depuis quelques mois et j'en suis très heureuse. Je ne me force pour rien, je lis ce que je veux, j'ai des envies de billets, de challenges, d'échanges, et je crois que c'est tout ce dont on a besoin en tant que blogueur.

La blogosphère a bien changé, je me rappelle le temps où l'on connaissait presque tout le monde et où l'on ne se prenait pas au sérieux. Je me rappelle la petite Allie, la petite Lou, les (déjà grandes) Cuné, Clarabel et Cathulu, et à quel point elles ont fait exploser ma PAL dès mes premiers mois sur la blogo. Aujourd'hui, on découvre encore beaucoup de pépites, des blogs tenus par des gens passionnés et passionnants.
Mais j'ai beau me tenir globalement à l'écart, je n'ai jamais compris le besoin qu'ont certain(e)s d'exister à travers leur blog et de faire tout leur possible pour être dans le haut des classements (de blogs, rappelons le). Je n'en parle pas souvent, mais c'est l'une des dérives les plus lamentables de la blogosphère qui transforme parfois des événements qui ne devraient être que joie et bonne humeur en prétexte à la chasse aux liens et je le déplore d'autant plus que j'ai toujours considéré mon blog comme un loisir pas prise de tête. 

Hum... je crois que j'ai plombé l'ambiance. Ne me demandez jamais de porter un toast à votre mariage. Pour me faire pardonner, je vous offre de délicieuses chouquettes que Luna ne semble pas trouver à son goût, et du champomy pour célébrer les sept ans de mon blog.

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15 septembre 2013

La lettre à Helga - Bergsveinn Birgisson

livre_l_572074Une fois n'est pas coutume, de nombreux livres me font de l'oeil en cette rentrée littéraire. Parmi eux se trouvait un roman islandais, une destination qui m'attire de plus en plus.

Bjarni vient de perdre sa femme. Lui-même sur le point de mourir, il entreprend d'écrire une dernière lettre à Helga, celle qu'il a aimée et perdue.

Bergsveinn Birgisson possède une jolie plume, empreinte à la fois de nostalgie et d'humour. Il offre aussi à son personnage un grand amour de la poésie, dans laquelle il puise pour exprimer ses sentiments aussi bien envers la femme qu'il aime qu'à l'égard du mode de vie pour lequel il a sacrifié son bonheur sentimental.
Tout le livre tourne en effet autour du choix que Bjarni a dû faire. Marié à Unnur, qu'il aimait, celle-ci devient physiquement incapable d'avoir des relations sexuelles suite à une opération ratée. Son amertume et sa jalousie empoisonnent dès lors son union avec Bjarni. Helga est elle-même mal mariée, ce qui conduit inévitablement à une relation adultère entre elle et son voisin.
Lorsque vient l'heure du choix, Bjarni refuse cependant de renoncer à sa ferme, à sa vie, et à la société islandaise en laquelle il croit. Nous sommes entre les années quarante et soixante, l'écart se creuse entre Reykjavik la moderne et les campagnes traditionnelles, et pour Bjarni il est inconcevable de quitter la terre de son père ou de cesser d'aller chercher des cadavres fumés dans les coins les plus isolés. Dans sa lettre écrite une fois que c'est trop tard, il tente de justifier son manque de courage et d'exprimer ses regrets.

Malheureusement, je ne pense pas garder un grand souvenir de ce livre. Je viens d'évoquer ses qualités, mais même quelqu'un comme moi qui ne connaît que très peu les auteurs scandinaves peut percevoir le manque d'originalité du roman de Bergsveinn Birgisson. L'humour noir, l'âme scandinave, les amours impossibles sont des thèmes récurrents chez les auteurs que j'ai pu lire, et bien qu'ils soient bien traités dans ce roman, on n'obtient pas grand chose de plus. Quelques passages sont magnifiques (j'ai notamment savouré le résumé de sa vie par Bjarni à la toute fin du livre, aussi triste que drôle), mais cela ne suffit pas à rendre cette lecture plaisante marquante.

Je n'ai donc pas été autant envoûtée par ce livre que je l'aurais voulu, et Jón Kalman Stefánsson peut facilement conserver son titre de romancier islandais de l'année entre ces pages, mais vous pouvez trouver des avis beaucoup plus enthousiastes que le mien chez Cathulu ou Jérôme.

Zulma. 131 pages.
Traduit par Catherine Eyjólfsson.
2010 pour l'édition originale.

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11 septembre 2013

Lettre à mon ravisseur - Lucy Christopher

lettre_a_mon_ravisseur-18a6b"Avant toi, j'adorais le chocolat, maintenant, l'odeur seule me soulève le coeur."

Gemma, une jeune lycéenne, est kidnappée à l'aéroport de Bangkok. Son ravisseur s'appelle Ty. Il est australien, et c'est au coeur du bush qu'il l'emmène, à l'écart de toute trace humaine. Gemma nous raconte son histoire à travers une lettre adressée à celui qui l'a enlevée.

Je n'aime pas les histoires glauques, mais ce livre a été encensé par la plupart de ses lecteurs, ce qui a attiré mon attention. En fin de compte, j'ai presque eu un coup de coeur pour ce roman.
La kidnapping est un sujet difficile, surtout en littérature jeunesse. Pourtant, Lucy Christopher le traite admirablement bien. Ty est obsédé par Gemma, son caractère est instable, mais il ne lui fait subir aucune violence sexuelle. D'abord terrorisée, l'adolescente parvient à établir des règles avec son ravisseur, tente de prendre le dessus, de s'enfuir, et de savoir qui est ce jeune homme qui l'a enlevée après l'avoir suivie durant des années. Tout comme elle, le lecteur finit par développer le Syndrôme de Stockholm. Ce que fait Ty est condamnable, et comme dans tout roman jeunesse, le méchant est puni à la fin, mais il apparaît surtout comme un gamin pitoyable, seul et désabusé. Des rêves plein la tête au début du livre, j'ai vraiment eu de la peine pour lui lorsque la réalité le rattrape (bien que ce soit inévitable).
En face de lui, on découvre une jeune fille pas forcément bien dans sa peau au début de l'histoire. Ses meilleurs amis sortent ensemble, ses parents ne lui montrent pas assez leur affection, et son camarade Josh a eu une attittude très déplacée à son encontre. Sa captivité, puis les moments qui suivent sa libération, lui permettent de mettre sa vie à plat, de s'affirmer et de grandir, donnant un côté roman d'apprentissage à ce livre. Dans sa conclusion, Gemma s'est transformée en jeune fille mature et généreuse, avec beaucoup de clairvoyance. J'ai bien conscience que c'est une vision très idéalisée du kidnapping, mais je pense que cela s'explique par le fait que ce l'enlèvement et la captivité de Gemma sont surtout des prétextes pour évoquer le passage à l'âge adulte.
Enfin, ce qui m'a le plus plu dans ce livre, c'est la découverte du bush australien. Difficile de résister à ces évocations de terre rouge, de plantes en forme de porc-épic, ou encore de chamelle affectueuse, même si ça grouille de serpents et de scorpions. Certains passages comme le tableau vivant du Bush sont absolument magnifiques, et font presque oublier le caractère dramatique de la situation.

"Il est difficile de haïr quelqu'un une fois qu'on l'a compris."

Au final, un livre traitant un sujet grave avec originalité et délicatesse.

Les avis de Stephie et Hérisson.

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01 septembre 2013

La plume empoisonnée - Agatha Christie

LaPlumeEmpoisonnee"Comment veux-tu que, dans un coin comme celui-ci, il vous arrive quelque chose de fâcheux ?"

Après ma relecture du délicieux Dix petits nègres, je n'ai pas eu envie de quitter Agatha Christie. Cette fois, j'ai choisi un titre que je ne connaissais pas et qui est très différent.

Suite à un accident d'avion, Jerry Burton est contraint de partir se reposer à la campagne. Il s'installe donc à Lymstock, un charmant village à l'écart de Londres en compagnie de sa soeur. Seulement, il n'y trouve pas le calme escompté. A peine installés, Jerry et Joanna reçoivent une lettre les accusant de ne pas être frère et soeur. Ils découvrent alors qu'ils ne sont pas les seules victimes du mystérieux corbeau.

Voilà un livre tout à fait charmant qui prend son temps pour installer l'intrigue. Dans La plume empoisonnée, l'auteur décortique la vie d'un village anglais où l'on transforme le moindre geste en ragot afin de tromper l'ennui. Les destinataires des lettres sont choquées, mais tout le monde se régale d'une telle intrigue, même lorsqu'une première victime, la très respectable épouse du notaire, est à déplorer.
Il y a également énormément d'humour dans ce livre. Joanna, la soeur du narrateur, est très sarcastique, Megan est impertinente, le narrateur lui même ne se prive pas de faire quelques traits d'humour, ce qui rend l'ambiance presque plaisante et les rappels en fin de chapitre que nous sommes en présence d'une affaire de crime, n'en sont que plus délicieux. Agatha Christie s'amuse en effet avec son lecteur en parsemant son récit d'indices alambiqués qui ne servent qu'à le faire trépigner davantage et rager devant son incapacité à résoudre l'énigme. 
Finalement, Miss Marple fait son entrée de façon assez saugrenue. Pour qui ne connaîtrait pas du tout la vieille dame, il est très difficile de voir en elle un détective hors pair. Elle est présentée comme une simple amie de la femme du pasteur de passage dans la petite ville où les crimes sont commis.
L'auteur est tellement tranquille qu'elle nous offre même des intrigues amoureuses. Celles-ci sont moyennement intéressantes, mais une intrigue de village sans histoires de coeur, c'est toujours étrange.

Au final, un roman qui est loin d'égaler Dix petits nègres, mais plein de charme et intéressant dans la mesure où il permet de montrer qu'Agatha Christie est capable de jouer sur différents registres de romans policiers.

L'avis de Cécile.

1942 pour l'édition originale.

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27 août 2013

Où je réponds à un tag

Titine m'a taggée pour le fameux Tag des Onze révélations/Questions. Parce que c'est elle, j'ai décidé de faire un effort et de me plier un peu à l'exercice. Vous n'aurez pas les onze révélations passionnantes à mon sujet, mais je me suis amusée à répondre à ses questions.

1- As-tu toujours aimé lire ?

Oui. Avant même de savoir lire, je me souviens avoir passé des heures et des heures plongée dans mes Belles Histoires, mes livres de Walt Disney et... un dictionnaire d'anglais (illustré, rassurez vous). Si ça ce n'est pas du conditionnement !

2- Si tu étais Thursday Next, dans quel livre souhaiterais-tu entrer ?

Spontanément, je pense à Harry Potter. Avoir Alan Rickman et Lady Violet comme professeurs, épouser Gary Oldman...lecture

3- Quelle ville a pour toi le plus fort potentiel littéraire ?

Puisque c'est à moi qu'on pose la question, je vais dire Londres évidemment.

4- Avec quel détective souhaiterais-tu suivre une enquête ?

Sherlock Holmes version Benedict Cumberbatch !

5- Quel livre n’est pas assez connu à ton goût ?

Je crois qu'il y en a énormément qui ne sont pas appréciés à leur juste valeur. Parmi mes dernières lecture, je vais dire Entre ciel et terre, un bijou de la littérature islandaise très exigeant mais proche de la perfection.

6- Quel livre n’arrives-tu pas à finir ?

Le premier auquel je pense est L'Education sentimentale. Je pense avoir définitivement abandonné la partie, d'autant plus que ma deuxième lecture de Flaubert ne m'a pas vraiment passionnée non plus.

7- Quel auteur, lu il y a longtemps, t’étonnes-tu de ne pas avoir relu depuis ?

Des tonnes ! Ishiguro, Auster, Huston, Du Maurier, Peake, Thackeray, Schnitzler...

8- Quelle est votre héros(ïne) préféré(e) de Shakespeare ?

C'est le moment où j'avoue que je connais très mal Shakespeare. J'ai dû lire deux ou trois pièces de lui, et en voir à peu près autant. Je suis donc loin de le vénérer, et incapable de répondre à cette question. Je mérite le fouet.

9- Pour le moment, quel est ton coup de coeur de l’année ?

Ca se joue entre Testament à l'anglaise et Entre ciel et terre je pense.

10- Liseuse or not liseuse ?

J'ai craqué il y a quelques mois, et depuis je ne peux plus m'en passer. Je tiens le même discours que tout le monde : quand j'ai les deux versions, papier et numérique, je lis la version papier, mais je pars en vacances un peu plus légère, je lis des livres que je n'aurais sans doute pas découverts autrement, ou un peu plus tard, ça me sert beaucoup professionnellement parlant... Mon seul gros reproche est évidemment le prix. N'achetant que des poches ou presque, je refuse de payer un prix à peine inférieur à celui d'un grand format.
J'ai aussi noté une chose surprenante : même si le livre est numérique, si la couverture est vieillotte, ça me rebute autant que l'édition papier. J'ai l'impression que ça pue le vieux livre !

11- As-tu une autre passion en dehors de la lecture ?

Dormir... En fait, j'ai même du mal à considérer la lecture comme une passion. C'est l'une des choses que je fais autant que je peux sans même y penser. Mais il y en a beaucoup d'autres, je suis une vraie toxicomane.

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25 août 2013

Dix petits nègres - Agatha Christie

QUIZ_Connaissez-vous-les-dix-petits-negres_5831L'Île du Nègre vient d'être achetée par un mystérieux milliardaire, ce qui passionne les journaux et le public. Aussi, lorsque dix personnes reçoivent une invitation pour s'y rendre, en tant qu'invité ou comme futur employé, elles ne prêtent pas attention au fait que leur lettre est vague, et ne sont pas gênées de ne pas bien se souvenir de leur expéditeur.
C'est ainsi qu'un juge, un médecin, un aventurier, un général, un policier, une vieille fille, une gouvernante et un jeune inconscient se retrouvent prêts à embarquer pour la demeure de Mr et Mrs O'Nyme. Arrivés sur l'île, ils sont accueillis par les deux domestiques, Mr et Mrs Rogers. Les hôtes ayant été retenus, leurs invités prennent un premier dîner sans eux. Au cours de celui-ci, un disque contenant une mise en accusation de chacune des personnes présentes est retransmis. Tous les invités s'empressent de rejeter les accusations de meurtre pesant contre eux, mais dès la première soirée, l'un des convives meurt empoisonné.

J'ai découvert Dix petits nègres en seconde, et bien qu'il n'ait pas été mon premier roman d'Agatha Christie, j'en gardais un souvenir très fort. Je me souvenais à peu près correctement de la fin, mais j'ai voulu le relire afin de le savourer sous un nouveau jour (et puis, il fallait bien que je vous parle un peu de Dame Agatha un de ces jours).
Nous avons donc ici un huis-clos de plus en plus oppressant au fur et à mesure que les personnages sont assassinés. Ce qui est intéressant est l'analyse psychologique à laquelle Agatha Christie se livre dans ce roman. Elle joue avec les nerfs de son lecteur (je n'avais pas grand chose à envier à Vera côté trouille), mais surtout avec ses personnages, de plus en plus terrorisés et suspicieux à mesure qu'ils réalisent qu'ils ne quitteront pas cette île vivants. Eux-mêmes jouent très bien leur rôle de pantins dans cette cour de justice spéciale. D'abord près à jurer leur innocence, ils finissent par avouer leurs crimes, et c'est bien la culpabilité qui porte le coup final de la comptine des Dix petits nègres. La seule chose sur laquelle ils demeurent imperturbables est le thé de cinq heures, rituel auquel il n'est pas question de renoncer ! C'est aussi ce qui fait de cette histoire un roman très anglais avec lequel on prend un grand plaisir à frissonner.
L'auteur adopte divers procédés afin de faire monter la sauce. L'histoire avance très vite d'une part, puis toutes les recherches ne donnent rien créant ainsi un climat de suspicion ne laissant aucun repos. Enfin, elle introduit les pensées de ses personnages, dont celles du meurtrier, à plusieurs reprises afin d'augmenter la tension. Aucun coupable ne se dessine clairement, chaque suspect étant éliminé dès que les autres commencent à le soupçonner.

Attention Spoilers !

Je ne me souvenais plus comment Agatha Christie s'y prenait pour que la morale soit sauve. Une personne s'auto-proclamant Juge Suprême autorisé à châtier les coupables que la justice n'a pu attraper n'a rien d'admirable. Elle a donc créé un personnage un brin sadique et psychopathe, condamné à mort par Dame Nature, pour justifier les dix meurtres. Le complice semble franchement niais, mais après tout chacun des personnages représente une couche bien précise de la société, donc pourquoi pas.

Fin des spoilers

Un roman mené d'une main de maître !

L'avis de Karine.

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Posté par lillounette à 19:46 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
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