18 mars 2014

Sweet sixteen - Annelise Heurtier

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Sweet sixteen, c'est normalement l'occasion pour une jeune fille de fêter ses seize ans dans la joie et la bonne humeur. Ce ne sera pas le cas pour Molly. En 1957, avec huit autres adolescents noirs, elle s'est portée volontaire pour intégrer un grand lycée blanc de l'Arkansas. Mais dans cet Etat sudiste, plus de 80% de la population est contre le mélange des Blancs et des Noirs.

Attention, voilà un coup de coeur jeunesse !
Si vous suivez ce blog depuis un certain temps, vous savez que j'aime les romans ancrés dans l'Histoire. De cette tentative d'instaurer la mixité en milieu scolaire aux Etats-Unis, je n'avais qu'une vague connaissance. Dans ce livre, nous suivons tout le processus jusqu'à son échec final, et la reconstitution est particulièrement réussie et frappante.
Annelise Heurtier a choisi deux personnages pour nous raconter son histoire. D'un côté, nous avons Molly Costello, qui s'engage dans des événements dont elle ne perçoit pas tout de suite la portée. Avec ses camarades, elle souhaite simplement étudier dans un bon lycée. Le jour de la rentrée, le gouverneur, désobéissant ainsi à la Cour Suprême, aligne ses soldats pour empêcher les neufs candidats retenus d'entrer, et ne fait rien pour les protéger des milliers de personnes venues crier leur indignation de voir des Noirs entrer dans un lycée pour les Blancs. Il faudra finalement une intervention du président Eisenhower en personne et l'envoi de mille soldats pour assurer la protection des adolescents pour que Molly intègre le Lycée central.
De l'autre côté, nous écoutons le témoignage de Grace. Cette jeune fille très populaire est la meilleure amie de Brooke Sanders, la fille de l'une des pires opposantes au projet d'intégration. Grace n'est pas aussi radicale, bien que baignant dans une société raciste, et elle prend rapidement Molly en pitié. Toutefois, il s'agit avant tout d'une adolescente de quinze ans qui se préoccupe d'abord de son apparence, et elle n'a pas vraiment envie de risquer sa réputation et surtout sa relation avec le sublime Sherwood Sanders pour défendre les nouveaux élèves.
Sweet sixteen ne nous épargne rien des brimades dont Molly et ses camarades sont victimes. Plus que cette violence verbale et physique, ce qui choque est le fait que ce racisme ait pu être aussi normal il y a quelques décennies seulement (cela dit, quand on voit la manière décomplexée dont les gens ont défilé contre le mariage gay et tenu des discours à vomir sans gêne, il y a de quoi réfléchir sur l'ouverture d'esprit des gens actuellement). On pourrait penser les lycéens plus ouverts que leurs parents, c'est loin d'être le cas.

Voilà donc un livre très intéressant pour son côté historique, et facile à lire dès 13 ans car on n'a jamais le temps de souffler.

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27 février 2014

Le passeur - Lois Lowry

9782211021661

Jonas a onze ans. Il vit avec ses parents et sa soeur dans une communauté qui semble stricte mais soucieuse du bien commun. Il attend avec impatience la cérémonie qui fera de lui un douze ans et durant laquelle on lui attribuera une profession. Malgré la bienveillance de sa famille et la tranquilité de son existence, il ressent des émotions étranges à l'égard des choses et des gens comme Gabriel, ce bébé dont son père nourricier a la garde et qui refuse de dormir. Le jour de la cérémonie tant attendue, la situation se précise quand Jonas se voit attribuer à la surprise générale la fonction de dépositaire de la mémoire.

Alors que les dystopies sont à la mode dans la littérature jeunesse, j'ai voulu me plonger dans une oeuvre un peu plus ancienne. Aujourd'hui, avec l'explosion des technologies de l'information et de la communication, les réseaux sociaux, Google, je trouve que le genre de société décrit est un peu trop proche du nôtre, alors qu'il y a encore quelques années (vingt dans le cas présent), les auteurs devaient pousser plus loin pour rendre leurs oeuvres intéressantes.
Le passeur est un livre court et assez frustrant en raison de sa fin très floue. Cependant, je l'ai trouvé très intéressant et original si on le compare à des livres comme Huger Games, Starters de Lissa Price ou Promise d'Allie Condie (qui ont de grandes qualités malgré tout, surtout la première). Le héros du Passeur est un adolescent qui ouvre les yeux suite à un événement inattendu, mais sa situation est différente. Pas de triangle amoureux, ce qui fait un bien fou quand on a lu les trois autres oeuvres citées. En fait, Jonas est seul ou presque, parce que sa société est pire. Après l'Identique, toutes les émotions fortes ont été annulées, les couleurs ont disparu, les mots ont été aseptisés et la mémoire anéantie. Seul le Passeur peut jouer un rôle de mentor pour Jonas, mais pas jusqu'au bout.
Loïs Lowry ne prend pas non plus de gants pour évoquer certains sujets. J'ai été surprise de trouver une évocation si claire du désir sexuel à travers un rêve de Jonas qui se retrouve à prendre une pilule anésthésiante. On a beau avoir des meurtres et des poursuites dans les séries actuelles, le discours est beaucoup plus sage concernant les rapports entre les personnages dont les émotions ne sont pourtant pas bridées. En parlant de la violence, elle est également plus forte ici, malgré le calme et le détachement avec lesquels les scènes de mort sont décrites. Le père de Jonas tue ainsi de sang froid un nouveau-né dont on ne nous épargne aucun soubresaut.
Enfin, l'intérêt d'une dystopie étant de raisonner dans notre monde actuel, Le Passeur remplit son rôle non pas en dénonçant des dérives précises comme la téléréalité ou la poursuite de la jeunesse éternelle, mais en insistant sur un point plus global : l'importance de la mémoire, de l'Histoire. Même douloureuse, elle permet aux individus de faire des choix éclairés. La communauté de Jonas a décidé de s'en passer et tourne en rond, instituant des pratiques ignobles. Sans aller dans l'excès, lorsqu'on entend certains hommes politiques s'exprimer sur l'intérêt de la culture ou de l'enseignement de l'histoire-géographie, ça donne envie de les étouffer avec des copies de ce roman.

Voilà donc un livre qui se lit très facilement et dont le propos n'a pas pris une ride qui a toute sa place dans les bibliothèques des amateurs du genre.

L'Ecole des loisirs. 221 pages.
1994 pour l'édition originale.

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27 novembre 2013

Hunger Games : l'embrasement - Suzanne Collins

suzanne-collins-Hunger-Games-LembrasementDepuis qu'elle a survécu aux Hunger Games, Katniss Everdeen est retournée chez elle dans le district Douze. La vie s'est un peu améliorée pour les siens. Elle s'est installée avec sa mère et sa soeur dans une confortable maison du village des vainqueurs, à proximité de chez Haymitch, son ancien mentor, et de Peeta, avec lequel elle n'a plus que des relations cordiales. Katniss a aussi retrouvé Gale, son meilleur ami, et ensemble ils ont repris leurs parties de chasse.
Mais alors que la Tournée des vainqueurs s'apprête à démarrer, elle reçoit une visite du président Snow, qui lui fait comprendre qu'elle est devenue une menace pour le Capitole depuis qu'elle l'a défié. Et de fait, de nombreux éléments confirment que la révolte est proche dans les districts. Alors que les soixante-quinzièmes Hunger Games s'apprêtent à commencer, le pouvoir en place doit frapper un grand coup pour se maintenir.

Alors que le deuxième film vient de sortir au cinéma, je me suis dit qu'il était grand temps de poursuivre ma découverte de la trilogie de Suzanne Collins, dont le premier tome m'avait beaucoup plu. J'avais peur que ce second volet soit répétitif, mais l'auteur a très bien contourné le problème.
Déjà, j'ai été ravie de retrouver les personnages, en particulier Haymitch, toujours aussi torturé, brutal et attachant. Les petits nouveaux sont très vite sympathiques aussi, surtout Finnick et Mags, même si on ne sait pas trop sur quel pied danser avec le premier, qui paraît être un double de Cato parfois. Le trio Gale-Katniss-Peeta m'a cependant un peu agacée. J'en ai marre de voir ce schéma sans cesse reproduit dans les sagas jeunesse. Heureusement, cette question reste au second plan la plupart du temps.
Ensuite, les cartes semblent redistribuées. Si dans le premier tome, Katniss et les autres subissaient la loi du Capitole, cette fois les langues se délient et les gens passent à l'action. Les deux premiers tiers du roman se déroulent en dehors de l'arène. De nombreuses pages sont consacrées à la description des conditions de vie dans les districts. Les gens continuent à être exploités et à mourir de faim tandis qu'au Capitole, on se gave jusqu'à en vomir. Mais les signes qu'il se passe quelque chose se multiplient. En réponse, le gouvernement décide de frapper fort, d'exécuter sommairement les fauteurs de trouble et de renforcer le contrôle des populations. Katniss prend peu à peu conscience qu'elle est l'étincelle qui peut tout déclencher, mais sa position est dangereuse.
Une fois dans l'arène, rien n'est pareil non plus. Et pour cause, les participants se connaissent, sont souvent liés, et surtout ils n'ont pas grand chose à perdre. Cette soixante-quinzième édition n'est qu'une erreur de plus pour un gouvernement qui fonce droit vers la révolte en voulant l'empêcher. Le suspens est moindre, on sait que Peeta et Katniss vont s'en sortir, mais il reste toutefois quelques magouilles d'Haymitch et des autres à dévoiler.

Un tome de transition, qui se dévore à toute allure, peut-être un peu trop sur la fin. J'ai hâte de le voir transposé à l'écran.

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Pocket Jeunesse. 398 pages.
Traduit par Guillaume Fournier.
2009 pour l'édition originale.

 

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18 août 2013

Percy Jackson : Le voleur de foudre - Rick Riordan

percyPercy Jackson est un jeune garçon à problèmes. Dyslexique, pas très bon à l'école, peu populaire, il met un point d'honneur à se faire renvoyer suite à un événement étrange de chaque école qu'il fréquente. La seule personne qui lui est vraiment attachée est sa mère, qui lui a cependant donné le pire des beaux-pères, Gaby Pue-Grave. Alors qu'il a onze ans, il trouve une école dans laquelle il se fait un ami, Grover, et où le professeur de latin semble avoir foi en lui et insiste pour que Percy connaisse la mythologie grecque sur le bout des doigts.
Tout bascule lors d'une visite au musée, quand Mrs Dodds, la prof de maths, se transforme en une horrible créature et agresse Percy.

J'ai ouvert ce livre surtout par obligation et en craignant le pire. En fin de compte, je l'ai suffisamment apprécié pour avoir envie de lire la suite.
Comme j'ai quelques réserves, on va commencer par là. Déjà, le livre ne brille pas par son originalité. J'ai passé la première partie avec la désagréable sensation de lire un remake de Harry Potter à la sauce grecque. Comme Harry, Percy passe les onze premières années de sa vie à être mal dans sa peau et rejeté par beaucoup de monde. Tous deux provoquent des incidents qu'ils ne s'expliquent pas lorsqu'ils ne parviennent plus à contrôler leurs émotions. Enfin, les deux garçons rencontrent finalement une personne qui va les mener dans un lieu d'apprentissage (école et colonie de vacances) où ils découvrent ce qu'ils sont vraiment (sorcier et demi-dieu), et à partir duquel ils vont se lancer dans une enquête flanqués chacun de deux compagnons.
Le style de l'auteur n'est pas non plus remarquable par son excellence. Les traits d'humour sont souvent forcés et semblent déjà destinés à être reproduits dans le scénario d'un film. Etant bon public et adepte des blagues pourries, j'ai quand même souri, mais je n'aime pas vraiment lire des livres que j'aurais presque pu écrire moi-même (si j'avais de l'imagination pour ça bien entendu).
Dernier reproche, j'ai sauté au plafond lorsque l'on apprend que l'Olympe est aux Etats-Unis, parce que c'est là que se trouve le coeur de l'Occident, que la civilisation occidentale a sorti le monde d'une époque sombre, et qu'il faut tout faire pour ne pas qu'elle s'effondre car cela provoquerait un chaos indescriptible. C'est très lourd et j'ai beau être fascinée par les Etats-Unis, cet aspect patriotique que l'on trouve dans beaucoup d'oeuvres (qui ne font souvent pas partie des meilleures) m'a toujours agacée.
Malgré cela, j'ai fini par me laisser porter par cette histoire et par beaucoup l'apprécier. D'une part, j'ai toujours aimé les histoires en rapport avec la mythologie grecque. Les dieux, les héros, leurs histoires de coeur et de pouvoir m'ont souvent régalée quand j'étais plus jeune. Rick Riordan ne s'en tire pas trop mal lorsqu'il réécrit certains des mythes ou nous présente des personnages comme Méduse ou Cerbère. Ensuite, une fois la colonie derrière nous, le livre s'affranchit beaucoup des histoires qui l'ont inspiré, ce qui permet au lecteur de partir pour des aventures qui n'ont pas trop un goût de déjà-vu et qui sont très distrayantes. J'ai eu du mal à lâcher le livre sur la fin, et je me suis retenue pour ne pas commencer immédiatement le tome suivant une fois la dernière page tournée.

Je n'ai donc pas que des éloges à adresser à ce livre, mais il est très sympathique malgré tout.

Yue Yin et Karine aiment aussi Percy Jackson.

Le Livre de Poche. 472 pages.
Traduit par Mona de Pracontal.
2005 pour l'édition originale.

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01 juin 2013

Harry Potter à l'Ecole des sorciers - J.K. Rowling

QUIZ_Harry-Potter-a-lecole-des-sorciers-facile_9576Pour commencer le Mois anglais par ici, j’ai décidé de me replonger dans Harry Potter, une série découverte avec une copine dans le CDI de mon collège. Elle avait détesté, moi je n’ai jamais pu en sortir. Harry Potter, c’est donc mon adolescence, plein d’échanges passionnés avec les copains et mon frère sur les livres, les films... C’est aussi la première fois que j’ai lu un livre en anglais, des livres de plusieurs centaines de pages lues et relues, des cris de rage (je suis toujours traumatisée par la fin du tome 5). Et puis surtout, Harry Potter c’est un monde qu’on a presque l’impression de connaître par coeur (je sais, je suis folle).
Le premier tome de Harry Potter était le seul que je n’avais jamais relu. Je craignais de le trouver trop léger, trop bébé... mais J.K. Rowling n’a pas eu un tel impact sur la littérature jeunesse pour rien.

Vernon et Petunia Dursley mènent une vie tranquille à Privet Drive avec leur bébé Dudley jusqu’au jour où des personnages étranges déposent devant leur porte le neveu orphelin de Petunia, Harry Potter. Le garçon est donc élevé pendant dix ans par une famille qui le méprise au point de le faire dormir dans un placard et de ne lui accorder que le strict nécessaire tandis que Dudley est un enfant pourri-gâté.
Le jour des onze ans de Harry cependant, une lettre arrive, lui annonçant son admission à Poudlard, une prestigieuse école de sorcellerie.

J’ai beau avoir dans la tête les images des films, connaître toute l’histoire presque par cœur, j’ai trouvé ce premier tome passionnant. Le point de vue adopté par J.K. Rowling pour nous conter le début de l’histoire est celui d’une personne normale, d’un « moldu ». Par conséquent, les premières apparitions de la magie ressemblent à des événements bizarres, les sorciers vêtus de capes et de chapeaux ont l’air de personnes excentriques, et le lecteur est aussi déconcerté qu’Harry lorsqu’il découvre qu’il est un sorcier.

« Je suis un quoi ? »

C'est alors un monde incroyable qui s'ouvre à Harry et au lecteur. Ensemble, ils découvrent le Chemin de Traverse, Gringotts, le quai 9 3/4, Poudlard, ses maisons, ses fantômes et ses couloirs interminables, le quidditch... C'est aussi parti pour de belles aventures, puisque Harry va devoir affronter pour la première fois Voldemort, le sorcier qui a semé la terreur pendant des années et qui a tué James et Lily Potter avant de disparaître en essayant de tuer leur fils.
Outre la magie, Harry Potter à l'Ecole des sorciers, c'est aussi la découverte par un petit garçon de ce qu'est l'amitié. C'est en effet là que le trio Ron, Hermione, Harry débute. Pour la première fois de sa vie, il a des gens qui se préoccupent de lui. Même les adultes, Hagrid, Dumbledore et McGonagall le prennent sous leur aile.
Lire ce livre tout en connaissant la fin de l’histoire est également très intéressant. Beaucoup de détails ont une importance bien plus grande lorsqu’on sait ce qu’ils cachent en réalité, et on ne peut que saluer la façon donc J.K. Rowling a semé des indices dès le début de sa saga. Ca m’a amusée de lire les réactions de certains personnages, certains dialogues (impossible d’être plus précise, je ne veux pas que des âmes innocentes en apprennent trop à cause de moi).

J'ai vraiment replongé avec plaisir dans cet univers, et je pense que je vais relire toute la série (même si je garde un souvenir moyen du tome 2). Si vous ne connaissez pas encore Harry Potter, c'est l'occasion de vous lancer avec le Mois anglais de Titine et Lou !

Folio Junior. 305 pages.
Traduit par Jean-François Ménard.
1997 pour l'édition originale.

 

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20 mai 2013

L'étrange vie de Nobody Owens -Neil Gaiman

l-etrange-vie-de-nobody-owens_2625831-LUne nuit, un bébé d'un an et demi s'éclipse de chez lui. Il fait bien, car sa famille est en train de se faire massacrer par le Jack. L'enfant atterrit dans un cimetière où les habitants décident de le garder et de le protéger. Mr et Mrs Owens deviennent officiellement ses parents, et comme il n'a pas de nom, on décide de l'appeler Nobody, Bod pour les intimes.
Bod grandit donc dans ce cimetière peuplé de fantômes de tous les âges mais qui ne vieillissent jamais, ainsi que d'un monstre caché au centre de la colline. Il devient aussi l'ami imaginaire de Scarlett Amber Perkins, une petite fille bien vivante.
Hors des grilles du cimetière cependant, le Jack continue à le rechercher.

J'ai ouvert ce livre sans grande conviction. Neil Gaiman et moi, nous avons une relation compliquée. Je n'ai pas terminé Stardust et je n'aime pas son travail dans Doctor Who (même s'il n'est pas le seul à blâmer pour mon désintérêt concernant cette série).
Cependant, sans être mon coup de coeur de l'année, ce roman m'a énormément plu et touchée. Il s'agit d'une histoire simple, mais qui contient énormément de choses traitées de façon originale.
Tout d'abord, Neil Gaiman crée un monde imaginaire dans lequel on se sent tour à tour bien et apeuré. Silas, le protecteur de Nob, est un personnage aussi mystérieux que séduisant et réconfortant. Nob semble complètement à l'abri du monde extérieur dans ce cimetière où chacun veille sur lui, même ceux qui prennent les airs les plus terrifiants.
D'un autre côté, les goules essaient de détourner le petit garçon de sa vie, et ses premières expériences à l'extérieur du cimetière pourraient bien le laisser amer et craintif.
Car ce livre est surtout l'histoire d'un enfant qui devient adulte. Ses contacts avec le monde lui apportent ses premières épreuves, mais aussi ses premières aventures avec la vie. Neil Gaiman aurait pu finir sur une note complètement positive et pleine d'espoir, j'ai apprécié le fait que Scarlett ne soit pas aussi prévisible dans ses réactions.

Au final, un joli roman d'apprentissage façon fantastique qui me réconcilie avec un auteur que j'enrageais d'être la seule à ne pas apprécier.

D'autres avis chez Lou et Cachou.

Albin Michel. 310 pages.
Traduit par Valérie Le Plouhinec.
2008 pour l'édition originale.

 

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09 juin 2012

L'affaire Jennifer Jones - Anne Cassidy

affaire_jennifer_jonesAttention, je crois que je me suis un peu trop lâchée sur l'histoire ! Si vous détestez les spoilers, ne lisez pas mon billet !

Alice Tully, jeune anglaise de dix-sept ans, est arrivée il y a six mois dans son nouveau chez elle, qu'elle partage avec Rosie. Elle a un travail de serveuse, un petit-ami, et elle s'apprête à entrer à l'université. Pourtant, depuis quelques jours, elle collectionne les coupures de presse évoquant la remise en liberté de Jennifer Jones, condamnée à l'âge de dix ans à six années de prison pour le meurtre de sa meilleure amie.

Evidemment, on comprend dès les premières pages qu'Alice Tully et Jennifer Jones ne sont qu'une seule et même personne. La tension monte alors jusqu'à la fin du livre, qui se dévore d'une traite.
Avec des allers-retours dans le temps, Anne Cassidy nous fait plonger dans la peau de cette adolescente qui a commis l'irréparable. Ce livre pose ainsi la question de la cruauté de l'enfance, de la responsabilité des enfants alors qu'ils sont à un âge où on refuse de penser qu'ils ont quelque chose à voir avec la mort ou la souffrance.
Anne Cassidy s'interroge aussi sur la façon dont un enfant devient un meurtrier. Le devient-on vraiment d'ailleurs ou naît-on ainsi ? Lorsqu'on découvre Jennifer Jones âgée de six à dix ans, on trouve un contexte familial instable. Après le meurtre, l'attitude de Carole Jones, la mère, est encore plus pitoyable.
Jennifer n'a jamais eu d'amis quand elle rencontre Lucy et Michelle. Avec elles, elle découvre le plaisir d'avoir des gens avec qui passer du temps, se confier, mais aussi les souffrances de l'amitié. Ce qui se passe, bien qu'horrible, semble banal et logique, et c'est sans doute le plus terrifiant. Ces comportements d'enfants, ces vexations, on les a tous connus.

"Le silence s'installa. Hésitante, Jennifer resta sans bouger. Puis, ravalant ses larmes, elle parcourut du regard les arbres, l'eau et les rochers. C'est à ce moment-là qu'elle vit un chat sortir furtivement des buissons. Il resta un instant près de la boîte en fer vide. Un chat sauvage. Ses os saillaient à travers son mince pelage, comme un squelette, sous la lumière du soleil. Il leva une patte et se mit à la lécher avec délectation.
Il était témoin. Il avait tout vu."

Nous n'aurons pas plus de réponses concernant le meurtre et l'on fait complètement l'impasse sur les années qui suivent.
Bien entendu, dans le présent, le lecteur ne peut que prendre le parti d'Alice/Jennifer, et s'allier avec Jill et Rosie pour la protéger. La jeune fille a été cachée de tous, on lui a offert une nouvelle identité, pour qu'il n'y ait pas deux vies complètement gâchées. Pourtant, l'image de Michelle la hante. Tout au long du livre, elle refuse le bonheur, et culpabilise quand il vient. Le pardon est un autre thème du roman. Celui des autres est  évoqué par le biais de la chasse à l'homme entreprise par les journalistes. Cela laisse entendre qu'il ne faut pas compter dessus, l'Angleterre n'étant vraiment pas un modèle dans ce domaine. Quant à celui que Jennifer peut (ou pas) s'accorder à elle-même, il hante sa nouvelle vie.

J'ai apprécié que les choses ne soient pas simplistes, ni trop faciles ni trop dures, que le livre soulève autant de questions sans donner une réponse précise. 

Décidément, cette collection Macadam est d'excellente qualité*. Elle nous offre des textes traitant de sujets difficiles et souvent très abordés en littérature qui sortent du lot. Je n'en ai pas beaucoup parlé dans mon billet, mais ce roman bénéficie d'une construction complexe et d'un style qui font largement de ce roman un très bon livre.

Cette lecture a été un véritable coup de coeur pour moi.

Manu et Ys ont aussi adoré.

*Promis, je n'ai pas d'actions chez eux !

Milan. 312 pages.
Traduit par Nathalie M.-C. Laverroux.
2004.

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28 octobre 2011

"Longtemps je me suis demandé si je devais me coucher de bonne heure"

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En début d'année, j'ai découvert Malika Ferdjoukh en fanfare avec l'excellentissime Quatre soeurs. Les échos que j'avais eu de ce nouveau livre de l'auteur étaient assez tièdes, et j'avoue que la couverture rose et le résumé m'inquiétaient un peu. En fait, il ne m'a fallu que quelques pages pour que je comprenne que j'allais de nouveau passer un merveilleux moment.

Willa Ayre a seize ans, et comme toutes les adolescentes, elle se trouve banale, ennuyeuse et pas très jolie. Pourtant, Iago, le frère de Fran, sa meilleure amie, qui fait craquer toutes les filles, est fou d'elle depuis quelques mois. Le soir de l'anniversaire de Fran, dans l'hôtel particulier de la famille, Iago est distant. Willa fait alors la connaissance d'un jeune homme étrange passionné de films d'horreur, Edern Fils-Alberne, qui lui propose de l'engager pour jouer de la musique avec sa petite soeur, Marni, qui aime autant la musique que Willa.
C'est ainsi que la jeune fille découvre la demeure des Fils-Alberne, Fausse Malice, qui abrite les enfants de la famille et leurs deux domestiques depuis la mort des parents dans des circonstances tragiques.
Dans le même temps, Willa voit sa vie chamboullée par des tentatives d'assassinat répétées à son encontre.

Si je vous dis que ce livre est un roman presque policier, à la fois intelligent, drôle et émouvant, je sens que le rose et le mot "amour" de la couverture vont continuer à clignoter devant vos yeux. Vous avez terriblement tort. Bien sûr, il est question d'amour dans ce livre, et l'on a la classique jeune fille discrète qui fait tomber tous les sexy men. Pourtant, dès les premières pages, on savoure surtout l'humour de Malika Ferdjoukh, et les innombrables références littéraires et cinématographiques qui parsèment le livre.
On retrouve aussi pas mal de choses qui faisaient déjà le charme de Quatre soeurs. La vieille maison un peu branlante et hantée (même si les moyens financiers des Fils-Alberne sont très différents de ceux des Verdelaine), les objets curieux, les animaux, les noms à coucher dehors (surtout chez les garçons). On a même une apparition de Valéry Clotilde, le policier qui faisait craquer Charlie.
Les parents de Willa ne sont pas en reste, entre le père aux multiples conquêtes et la mère qui s'occupe des élections de miss à travers tout le pays, métier beaucoup plus dangereux qu'on pourrait le croire...
Au niveau des garçons, même si Iago est plus appétissant au premier abord, j'ai adoré la description d'Edern par Fran :

"Quand on était petits, c'était lui le plus sympa de nous tous. Il relâchait les mouches qu'on attrapait. Il pleurait aux enterrements de lézards et de mites."

Et puis, une fille qui laisse l'amour de sa vie prendre un peu d'avance, parce qu'elle a absolument besoin de s'acheter une crêpe au sucre et à la neige, moi je trouve ça irrésistible.
Alors, oui, l'enquête est un peu cousue de gros fils blancs, mais elle contient des moments que j'ai beaucoup appréciés (les peurs nocturnes de Marni m'ont retournée quand j'ai tout compris). Et la dernière révélation m'a vraiment surprise.

Je ne mettrais pas tout à fait ce livre au niveau de ma précédente lecture de l'auteur, mais j'ai lu ce livre d'une seule traite, et je me suis régalée à chaque page. C'est un coup de coeur.

Stephie, Cathulu et Clarabel ont aussi été conquise par ce livre doudou.

Flammarion. 401 pages.
2011.

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08 octobre 2011

Entre chiens et loups - Malorie Blackman

Je sais, je délaisse beaucoup ce blog, encore une fois. Plein de boulot, les séries préférées qui recommencent, la flemme... Mais, je n'arrête pas de lire, et j'ai fait quelques découvertes en littérature jeunesse dont il faut absolument que je vous parle.

9782745918499FSOn commence avec le premier tome d'une série sur laquelle je n'ai entendu que des louanges, auxquelles je vais me joindre.

Sephy est une Prima, et son père est membre du gouvernement. Elle vit dans une belle maison, avec sa mère et sa soeur, va dans une école réputée, jusque là réservée aux Primas.
Seulement, Callum, son meilleur ami, fils d'une employée de la maison, est Nihil. Lorsque le roman commence, Sephy et Callum sont encore des enfants qui profitent de leur insouciance.
Trois ans plus tard, Callum a réussi l'examen d'entrée au collège de Sephy. Les deux adolescents sont heureux à l'idée de se voir tous les jours, mais les choses vont se révéler bien plus difficiles, et les vexations ne vont pas tarder à envahir leur relation.

Ce livre traite du racisme en adoptant un point de vue intéressant, puisque les Blancs sont dans la position d'inférieurs, et certains personnages et événements, comme les escortes policières accompagnants les élèves dans les lycées d'élite, rappellent singulièrement ce qui s'est réellement passé pour les Noirs aux Etats-Unis au milieu du XXe siècle. En théorie, il n'y a plus d'esclavage ni d'inégalités dues à la couleur de peau. En pratique, les Primas refusent d'abandonner leurs privilèges, et les considérations que Primas et Nihils ont les uns pour les autres n'ont pas bougé.
Du côté des personnages, bien qu'ils soient esquissés simplement, ils sont tellement malmenés qu'il n'est pas possible de rester indifférent. Lorsqu'ils sortent de l'enfance, Callum et Sephy ne vont cesser de se blesser mutuellement, par maladresse, et découvrir à quel point leur relation est impossible. De part et d'autre de la population, les attaques fusent, et font monter en Callum (parce qu'il est celui qui prend le plus) une haine farouche de tout ce que Sephy représente. On en arrive alors à la question inévitable de savoir si les aspirations justes justifient de recourir à n'importe quoi. Ce balancement perpétuel des personnages entre victime et bourreau est habilement mené, et ajoute à la qualité de l'étude de la nature humaine que propose Malorie Blackman dans ce livre.

L'histoire rapportée par Entre chiens et loups se déroule sur plusieurs années, et s'achève sur un point de non retour (je ne peux en dire plus sans tout raconter). J'ignore si je lirais la suite (j'ai terminé ma lecture complètement écoeurée), mais je ne peux que vous inciter à vous plonger dans cette histoire.

Si vous n'êtes pas convaincus, allez chez Laël.

Milan. 396 pages.
Traduit par Amélie Sarn. 2001.

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13 mars 2011

Quatre soeurs (les livres et la bande-dessinée)

9782211201964L'Ecole des Loisirs ; 608 pages.
2003
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Ça fait des années que j'entends parler de cette série dans des termes très élogieux. J'ai lu le tome 1 au début du mois de février, j'ai beaucoup aimé. J'ai repris la série il y a quelques jours, et ça m'a suffit pour avaler les trois tomes restants.

Comme son nom ne l'indique pas, les soeurs Verdelaine sont cinq. Charlie, Geneviève, Bettina, Hortense et Enid ont perdu leurs parents dans un accident il y a peu de temps. Depuis, elle vivent sous la surveillance de Charlie, l'aînée, à la Vill' Hervé, la maison familiale qui a des faux-airs de vielle bâtisse anglaise, d'autant plus qu'elle est située au bord des falaises bretonnes, et que la mer et le vent font partie du quotidien des Verdelaine.
Il y a aussi Basile, l'amoureux de Charlie, qui passe beaucoup de temps à la Vil'-Hervé, Swift, Blitz, Ingrid et Roberto, Mycroft, une colonie de bestioles plus ou moins mignonnes, ainsi que les visiteurs qui rythment chaque tome (sauf le dernier, où ce sont surtout les soeurs Verdelaine qui se déplacent).


Je crois que vous l'avez déjà compris, je me suis régalée avec cette série bourrée d'humour, de vivacité et d'intelligence. Et le mieux, c'est que l'on devient de plus en plus accro au fil des tomes, puisqu'ils gagnent systématiquement en qualité. Le style de Malika Ferdjoukh est plein d'humour, direct et tendre. Les dialogues sont enlevés, et il est rare de lire plus d'une page sans au moins esquisser un sourire.
Les cinq soeurs sont profondément humaines, font des choix pas toujours compréhensibles, mais qu'est-ce qu'on s'y attache ! Même si chaque tome porte le nom d'une des filles, on les suit toutes les cinq à chaque fois, on les voit évoluer, se tromper, grandir, et on voudrait ne plus jamais les quitter.
Les personnages secondaires, surtout les garçons, ne sont pas en reste. Déjà, ils ont des noms à coucher dehors : Basile, Merlin, Gulliver, Valéry, Vigo, rien que ça, ça me met de bonne humeur. Mais si je vous dis que le Gnome de la chasse d'eau s'appelle Cary Grant, vous comprendrez que mon coeur n'y a pas résisté.
Et puis la Vill'Hervé, toute craquelante, pleine de couloirs et de légendes d'amours tragiques !
Malgré le côté bonbon au miel de la série, on a le coeur noué à plusieurs reprises, et j'avoue que j'ai eu du mal à retenir mes larmes à la fin du tome 3... De plus, les Verdelaine ont perdu leurs parents, et la vie n'est pas toujours drôle, même si elles les voit apparaître de temps en temps pour leur donner des conseils. Mais bon, ensemble, elles se soutiennent, et même les visites de la tante Lucrèce sont l'occasion d'énormes fous rires.

C'est vraiment mon gros coup de coeur de ce début d'année ! Je voudrais vous dire un milliard d'autres choses dessus, vous recopier tous les passages que j'ai relevés, mais je crois que le mieux serait que vous vous plongiez dans cette série.

Pour les malins qui, contrairement à moi, savent anticiper l'état de manque que l'on ressent entre les divers tomes de cette série, L'Ecole des loisirs a eu la bonne idée de publier une intégrale de la série.

Et si, comme moi cette fois, vous êtes malheureux d'en avoir terminé aussi vite avec les soeurs Verdelaine, avec leurs locataires humains ou pas, et avec leurs amoureux aux noms effarants, une adaptation en bande-dessinée est en cours de publication.

J'ai déjà adoré le premier tome. On y retrouve le charme et l'ambiance des livres, c'est une réussite.
Je vous laisse savourer quelques images.
La couverture tout d'abord :

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La Vill'Hervé, très réussie. Je l'aime aussi beaucoup le soir d'Halloween, décorée de citrouilles.

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Sur celle-ci, on voit Colombe, et on comprend pourquoi Bettina la déteste au premier regard :

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Les cinq soeurs réveillées par le fantôme :

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Du coup, elles ont de chouettes têtes le matin...(sauf cette salope de Colombe évidemment !)

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Je finis avec le lit de Geneviève, que j'ai été ravie de voir en "vrai" :

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A quand le tome 2 ?

Je n'ai lu que des avis positifs pour l'instant, vous pouvez les retrouver chez : Laure, Karine, Kalistina, Cathulu, Thalie, Un coin de blog, Praline, Jainaxf.
Sur la BD : Bellesahi, Jainaxf, Valérie.

Posté par lillounette à 04:32 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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