18 septembre 2020

La Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur - Suzanne Collins

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Cela fait dix ans que le Capitole a écrasé la rébellion des districts. Les stigmates de la guerre sont encore très présents et les familles puissantes d'hier souvent ruinées. C'est le cas des Snow, autrefois puissants, qui peinent à se nourrir et n'ont plus pour seule richesse que leur luxueux appartement, presque vide. Ils ont cependant réussi à sauver les apparences, et Coriolanus Snow est un élève respecté de l'Académie.
Comme chaque matin, l'hymne du Capitole, "Coeur de Panem", retentit. Pourtant, c'est un jour spécial, celui de la Moisson, qui va désigner les deux tributs de chaque district participant aux Hunger Games. Pour la première fois, les concurrents auront un mentor, choisi parmi les élèves de l'Académie. Coriolanus Snow se voit attribuer le tribut le plus misérable, la fille du district Douze, celle qui est éliminée dans les premières minutes chaque année. D'abord humilié, il reprend espoir lorsqu'il découvre que son tribut pourrait bien lui apporter plus de gloire qu'il ne l'imaginait.

Si la plupart des romans jeunesse que j'ai lus ces dernières années ne m'ont pas laissé un souvenir impérissables, Hunger Games est d'un autre calibre (c'est sans doute la raison pour laquelle il a inspiré tant d'autres romanciers). Bien que Suzanne Collins n'ait pas inventé le concept du préquel contant la jeunesse d'un monstre, La Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur n'est pas comme je le craignais au premier abord une simple opération commerciale.

Contrairement à ce que laisse entendre le résumé, ce n'est pas seulement une histoire un peu banale racontant comment un pauvre orphelin déshérité va devenir le monstre de la série d'origine suite à une blessure amoureuse. Certes, Coriolanus va un peu bêtement tomber amoureux de son tribut. Lucy Gray Baird ressemble à un cliché sur pattes lorsqu'elle apparaît pour la première fois, époustouflante et insolente. Pourtant, leur relation n'a rien de sain, le triangle amoureux n'en est pas un et Coriolanus a déjà en lui toute l'ambition, le mépris et la lâcheté du Président Snow que rencontrera Katniss Everdeen des décennies plus tard. Avec ce livre, Suzanne Collins développe une vraie mythologie de son univers. On peut trouver les ficelles un peu trop nombreuses, mais j'ai particulièrement apprécié découvrir ce qui se cachait derrière les geais moqueurs et L'Arbre du pendu.
Et puis surtout, à travers cette histoire, Suzanne Collins nous offre une vraie réflexion sur la genèse des jeux. Comment gagne-t-on une guerre ? Le Capitole a choisi l'humiliation et l'anéantissement des districts. On se croirait au Traité de Versailles. Tout au long du roman, Coriolanus oscille entre cette voie, incarnée par la Docteur Gaul, Haute Juge, et la fin de la terreur que souhaite le parvenu Séjanus Plinth, camarade de classe de Coriolanus.
Je n'aurais jamais pensé que lire une troisième fois le récit des Hunger Games pourrait m'intéresser, pourtant l'auteur parvient à nouveau à nous fasciner avec ces mises à mort gratuites. Cette fois, il y a une sorte de mise en abîme, de jeux dans les jeux. La participation des mentors va bien au-delà de ce qui était prévu, qu'ils le veuillent ou non. Il y a une vraie violence dans ce livre, une cruauté peu courante en littérature jeunesse (bien que nous soyons loin de tourner de l'oeil, n'abusons pas).

Des retrouvailles très réussies.

Pocket. 607 pages.
Traduit par Guillaume Fournier.
2020.

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12 février 2020

Sombres citrouilles - Malika Ferdjoukh

sombres"Les petits enfants savent voler, c'est bien connu depuis Peter Pan. J'ai donc, chaque année, moins d'enfance pour m'aider. J'ai treize ans et demi, voilà tout."

C'est le 31 octobre, jour de l'anniversaire de Papigrand. Comme chaque année, la famille Coudrier se rassemble pour célébrer l'événement. Pourtant, cette année, la fête risque d'avoir une saveur amère. Dimitri, le fils préféré de Mamigrand a disparu en mer. Et puis, surtout, Hermès, Colin Six-ans et les jumelles Violette et Annette ont découvert un cadavre dans le potager. Cadavre qu'ils ont caché. Qui a bien pu tuer cet homme ? Et pourquoi ?

Voilà des années que je souhaite profiter d'Halloween pour enfin me plonger dans ce livre sans y parvenir. La sortie de l'adaptation en bande-dessinée m'a finalement décidée.
Je pensais trouver une histoire amusante et un peu effrayante, mais pour cela il faudra que je me tourne vers d'autres livres. A vrai dire, je suis surprise que Sombres citrouilles soit publié dans une édition jeunesse.
Certes, les narrateurs sont des enfants, mais des enfants qui rapportent des histoires d'adultes. On sent rapidement les tensions entre les enfants et leurs parents, entre la fille dont on a honte, celle qui retarde son arrivée, l'oncle dont personne ne savait la présence et celui qui ne viendra plus jamais. Quant à Mamigrand, elle a beau prendre soin de tout ce petit monde, il apparaît vite évident qu'elle n'est pas la mamie gâteaux dont rêvent les enfants.

citrouilles2Si les adultes sont moches, décevants, les enfants, eux, sont merveilleux. Ils prennent tous les risques afin de sauver un renard pourchassé et agissent pour permettre la réunion d'un couple de hérissons. Ce sont des enfants abîmés par les grandes personnes de leur famille, mais comme tous les enfants, même lorsqu'ils sont dédaignés, ils essaient de protéger les adultes.

Alors que la journée se déroule, les plus grands enquêtent afin de démasquer le meurtrier. Et dans une maison comme la Coudrière, les vieux meubles renferment bien des secrets.

C'est assez perturbant tant certains liens sont toxiques, mais en même temps il y a du suspense, de l'humour, de la tendresse et les noms à coucher dehors qui font la marque de Malika Ferdjoukh. C'est toujours un plaisir de la lire.

"Le feu d'artifice explosait dans toute la campagne, illuminant les collines, les champs et les marécages, d'étoiles, peut-être féériques, peut-être maléfiques...
Pour le petit renard tapi entre les racines, ce n'étaient que des coups de fusil ! Des fusils gigantesques, monstrueux, dont les balles montaient dans le ciel au-dessus des arbres en un vacarme qu'il n'avait encore jamais entendu de sa vie.
Alors, malgré sa pattes en mille morceaux, malgré la douleur qu'il transportait à ses flancs et qui le rendait fou, la terreur le submergea et le rendit plus fou encore. Il sortit de sa cachette, traînant sa patte, traînant le bandage maladroit que lui avait fait le petit enfant tout à l'heure. D'un coup de dents, il l'arracha. Puis il voulut courir. Il vacilla. Il essaya encore. Il avança. Et continua."

Quant à l'adaptation en bande-dessinée, je la trouve superbe. Les dessins donnent une ambiance surannée, la campagne est superbe et les scènes de nuit sont d'une beauté à couper le souffle.

L'Ecole des Loisirs. 222 pages.
2000 pour l'édition originale.

Rue de Sèvres. 153 pages.
Illustré par Nicolas Spitz.
2019.

26 décembre 2019

La Passe-miroir. 4. La Tempête des échos - Christelle Dabos

dabosVéritable coup de cœur, La Passe-Miroir est une série dont j'ai attendu la suite avec fébrilité. Afin de savourer le dernier tome sorti fin novembre dans les meilleures conditions, j'ai décidé de relire les trois premiers d'abord. Bien m'en a pris, puisque Christelle Dabos tisse tout au long de son histoire les fils qui nous conduisent vers l'affrontement final entre Ophélie et Thorn d'une part et Dieu et l'Autre d'autre part.

Alors que le couple formé par la petite animiste et l'austère ex-surintendant du Pôle a trouvé à Babel le document lui permettant d'identifier Dieu, Archibald, Renard, Gaëlle et la petite Victoire cherchent à obtenir l'aide de Janus sur Arc-en-terre.
Le temps presse car les arches commencent à s'effondrer et les visions prémonitoires d'Ophélie annoncent une catastrophe. Persuadés que la clé de la création de Dieu et des esprits de famille se trouve à l'Observatoire des Déviations, Thorn et Ophélie s'y rendent sous couverture.

Mon verdict : je suis définitivement une adepte de cette série. Elle puise ses références dans des univers que j'adore (Philip Pullman, Miyazaki, le steampunk) et les mêle avec brio à toute une mythologie inventée par l'auteur. Il y a presque de la science-fiction dans ce dernier tome. J'ai aussi pensé à La Machine à explorer le temps de H.G. Wells. Babel est une arche sur laquelle règne une ambiance orwellienne avec ses censeurs, son Index et ses inombrables livres détruits. 

Je reconnais néanmoins avoir été un peu moins époustouflée ce tome tome. Je pense qu'il est toujours très compliqué de clôturer une série qui a rencontré tant de succès, d'autant plus dans un délai raisonnable. Cela explique peut-être quelques maladresses dans le style et une fin qui m'a souvent fait penser à un film d'action peu original (j'avais eu le même sentiment en découvrant l'affrontement final entre Voldemort et Harry Potter).
Malgré ma relecture de l'intégralité de la série, j'ai aussi eu du mal à suivre certaines explications concernant les échos, l'Autre, l'Ombre (dont la présence me semble bien opportune) et Dieu. Toute la partie avec Lazarus m'a ennuyée, une grande première avec La Passe-Miroir.
Malgré tout, ce dernier tome m'a globalement plu et c'est avec beaucoup de tristesse que j'ai tourné la dernière page de ce livre. Bien qu'émoussé, mon intérêt a été ravivé par les découvertes que nous faisons au sujet de la Déchirure. C'est simplement brillant. Moi qui ai si peu d'imagination, j'ai du mal à concevoir qu'on puisse créer un univers aussi riche que celui dans lequel évolue Ophélie.
De même, la grande force de cette série, ce sont ses personnages. Si l'on peut regretter de si peu voir certains d'entre eux (Archibald et son humour en tête), d'autres comme Seconde les remplacent avec brio. Ophélie et Thorn sont des héros peu ordinaires avec toutes leurs cicatrices et leur comportement inadapté à la vie en société, mais cela en fait sans aucun doute l'un des couples les plus attachants de la littérature (rien que ça !).
Je ne vous dirais bien sûr pas comment tout cela se termine. C'est sombre, c'est frustrant, mais cela me va. Nul doute que de nombreuses fanfictions vont fleurir sur la toile. Quant à Christelle Dabos, j'attends de pied ferme ses prochains livres.

Gallimard jeunesse. 564 pages.
2019.

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17 septembre 2018

Charlie et la chocolaterie - Roald Dahl

charlieCharlie Bucket vit dans un tout petit logement avec ses parents et ses quatre grands-parents. Bien qu'il travaille dur, M. Bucket ne parvient pas à subvenir correctement aux besoins de sa famille. La seule entorse à la rigueur financière des Bucket est l'achat annuel d'une petite barre de chocolat pour l'anniversaire de Charlie. Ce chocolat n'est pas ordinaire puisqu'il vient de la fabrique de M. Willy Wonka, un créateur de génie qui vit cloîtré dans son usine pour échapper aux gens et à l'espionage industriel.
Un jour, alors que les Bucket doivent faire face à une nouvelle épreuve suite au licenciement du père de Charlie, Willy Wonka annonce qu'il a décidé d'ouvrir son usine aux cinq enfants qui trouveront un ticket d'or dans une barre de chocolat. 

J'ai découvert ce roman pour la première fois lorsque j'avais une dizaine d'années et j'avais été émerveillée. Ma relecture a été tout aussi délicieuse.
Les bruitages sont encore une fois excellents (le catalogue audio jeunesse de Gallimard est décidément irréprochable) et les comédiens font un travail remarquable. Je lirai sans nul doute d'autres titres de Roald Dahl dans ce format.
Le texte de Roald Dahl est également savoureux et intemporel. Nous plongeons avec délice dans la chocolaterie de Willy Wonka qui ressemble bien plus à un univers merveilleux qu'à une usine traditionnelle. 
L'histoire même de Charlie est un vrai conte. La pauvreté de sa famille est extrême. Malgré les sacrifices des adultes, le jeune garçon est maigre à force de manquer de nourriture. Heureusement, la famille reste unie et les relations entre Charlie et ses grands-parents sont très belles.
Je ne me souvenais pas que Willy Wonka était un homme aussi singulier, une sorte de génie à la fois hypersensible et complètement irresponsable. Moi qui aime les être inadaptés au monde, c'est sans doute le personnage qui m'a le plus touchée.

Bien qu'il soit souvent grave dans son propos, Charlie et la chocolaterie est un livre avant tout réjouissant. Roald Dahl est un maître de l'humour noir. Nous nous réjouissons de voir certains personnages caricaturés à l'extrême et les sales gosses pris dans des situations fort désagréables (d'autant qu'il ne leur arrive rien de vraiment fâcheux). L'adulte que je suis a forcément un peu froncé les sourcils en écoutant les remarques humiliantes sur le physique de certains enfant (j'ai le même problème avec la famille Dudley dans Harry Potter, série que je vénère pourtant) et les Oompas-Loompas sont un peu trop considérés comme des animaux à mon goût. Cela dit, remis dans son contexte, la magie opère, et il n'y a rien d'étonnant à ce que ce livre ait fait rêver des générations d'enfants.

Je remercie Angèle Boutin et Audible pour ce livre.

Ecoutez lire. 2h52.
1964 pour l'édition originale.

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30 août 2018

Jean-Philippe Arrou-Vignod et la série des Jean-Quelque-chose

omeletteNous sommes en Normandie en 1968, et Jean-B est le second de cinq frères. Pour que leur père réussisse à retenir les prénoms de ses enfants, il les a tous appelés Jean : Jean-A, Jean-B, Jean-C, Jean-D et Jean-E. Pour Noël, Jean-A a été très clair, les enfants ne veulent qu'une seule chose, la télévision. Mais, les parents ont une grande nouvelle à annoncer qui va tout chambouler.

On me vend depuis longtemps la qualité des livres de Jean-Philippe Arrou-Vignod. J'avais pourtant été un peu déçue par Le Collège fantôme il y a quelques années. L'Omelette au sucre, offert par Audible, a été un régal, à tel point que j'ai acheté La Soupe de poissons rouges pour rester avec les Jean-Quelque-chose un peu plus longtemps.
Ce sont de très jolis petits romans sur l'enfance, avec des anecdotes à la piscine, en vacances, au ski ou encore à l'école. Toutes ces scénètes regorgent d'humour et d'affection.
Dans La Soupe de poissons rouges, la famille déménage à Toulon et Jean-B fait sa rentrée en sixième. Les choses semblent mal engagées lorsqu'il insulte involontairement le surveillant général dès le premier jour et que la voisine alsacienne commence à leur offrir des spécialités immangeables de sa région d'origine. Heureusement, les Jean ont de la ressource.
Les enfants de famille nombreuse ou qui en ont fréquenté se reconnaîtront dans les disputes, les rivalités, les inquiétudes et les manigances entre frères rapportées par Jean B. Les parents sont ravis avec leurs cinq (puis six) enfants, mais ils sont souvent épuisés, et les menaces d'inscrire les garçons aux scouts marins sont quotidiennes.
soupeAu fil de la lecture, les personnalités se détachent, surtout les deux aînés : Jean-A avec ses lunettes et ses cours de latin, est obsédé par l'idée d'avoir la télévision. Jean-B, le narrateur, a quelques rondeurs, et rêve d'être agent secret puis écrivain. A se demander si l'auteur n'a pas mis de lui dans ces histoires.*

Une série à recommander à tous ceux qui ont envie de replonger dans leurs souvenirs d'enfance. Cela m'a fait penser au Petit Nicolas (mes lectures remontent à une bonne vingtaine d'années) et je pense que les petits lecteurs seront charmés dès six ou sept ans. Pour ma part, je compte bien poursuivre la série des Jean-Quelque-chose.

Gallimard propose généralement des versions audio de très bonne qualité, et celles-ci ne dérogent pas à la règle avec un lecteur impeccable et une mise en scène sonore permettant de s'imerger complètement dans l'histoire.

Clarabel est aussi conquise que moi.

*Si j'en crois Wikipédia, c'est bien le cas.

Ecoutez lire. 2h20 et 2h14.
Livres lus par Laurent Stocker.
2000 et 2007.

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07 décembre 2017

Sauveur & Fils : saison 1 - Marie-Aude Murail

murailsauveurfils1Après ma découverte du fabuleux Miss Charity il y a quelques mois, j'ai succombé à l'appel de la dernière série de Marie-Aude Murail, dont les échos sur la blogosphère sont très positifs.

Sauveur Saint-Yves est psychologue à Orléans. Dans le cabinet de sa maison, il reçoit adultes et enfants en consultation. Étonnant par son physique de géant martiniquais, Sauveur n'est pas non plus un professionnel classique.
En plus de ses horaires à rallonge, il doit s'occuper de son jeune fils, Lazare, fan de devinettes et de hamsters, qu'il élève à coups de plats préparés réchauffés au micro-ondes.
De son côté, le petit garçon n'a qu'un ami, Paul, mais de nombreuses personnes peuplent sa vie. Ce sont les patients de Sauveur, dont Lazare écoute les récits, bien caché derrière la porte de secours du cabinet paternel.

Si vous cherchez un livre doudou mais pas niais, bien écrit, facile à lire, jetez-vous sur Sauveur & Fils.
Dès les premières pages, le charme de Marie-Aude Murail opère. Il y a dans le style de cet auteur un je-ne-sais-quoi qui le rend délicieux. C'est enfantin, drôle et bouleversant à la fois. Les dialogues, les histoires des uns et des autres font mouche presque à chaque coup.
Les personnages sont nombreux mais tous travaillés. Il y a d'abord les enfants,  Lazare en tête, qui me fait fondre quand je l'imagine sur le chemin de l'école avec son cartable à roulettes ou derrière le rideau du bureau de son père. Les adultes ne sont pas en reste. Comment ne pas être marqué par Mme Dumayet, l'institutrice, qui fait de son mieux pour faire progresser ses élèves, suivant les nombreuses directives, recevant les parents, essayant de comprendre ce qu'il se passe entre les uns et les autres au point de s'oublier un peu ? Et Alexandra, la mère modèle qui a tout plaqué pour une autre femme et qui finit par exploser, incapable de supporter une seconde de plus qu'on lui dise qu'elle avait tout pour être heureuse et qu'elle est la méchante de l'histoire ? Face à eux, Sauveur est souvent démuni, malgré l'image rassurante qu'il renvoie.
En plus des patients, Sauveur et Lazare doivent également faire face à leur propre passé car quelqu'un leur en veut. Chez un autre auteur, cette enquête tomberait comme un cheveu sur la soupe, mais pas ici. On a juste envie de lire le livre plus rapidement pour savoir ce que cache Sauveur.
On peut trouver quelques défauts à ce livre, quelques traits un peu grossiers (je pense au thème de l'inceste, traité un peu facilement). N'allez pas non plus chercher trop de réalisme, la scène de Sauveur recueillant un adolescent chez lui vous semblerait bien improbable.

Ce n'est pas Miss Charity, mais ça reste une très belle pioche pour petits et grands. Je lirai les saisons 2 et 3 avec plaisir.

Les avis de Saleanndre, Brize et

L'Ecole des Loisirs. 328 pages.
2016.

19 juillet 2017

Ecouter des contes lus par Marlène Jobert

9782344019313-LMarlène Jobert met en scène de nombreux contes populaires disponibles en version audio. On m'a proposé de vous en présenter deux. J'ai choisi le premier car c'est une histoire que j'ai toujours appréciée, et le second parce qu'à l'inverse, je ne connaissais pas la version originale.

Très rapidement, parce que tout le monde connaît l'histoire, je vous remets le résumé de Robin des Bois. Alors que le roi Richard est en croisade, son frère Jean a usurpé son trône avec l'aide du cruel Guy de Guisbourne. Pour venir en aide au peuple d'Angleterre, Robin de Locksley est entré en résistance et mène la lutte depuis la forêt de Sherwood.

Quant àLa Reine des Neiges, elle brise un miroir ensorcelé dont un morceau se loge dans le coeur du jeune Kay. La maléfique souveraine enlève alors le jeune garçon afin de récupérer ce qu'il lui a involontairement volé. Gerda, la meilleure amie de Kay, se lance alors à leur poursuite pour le ramener chez eux. Elle devra déjouer tous les pièges et affronter les alliés de la reine pour atteindre son but.

9782344014592

Normalement, ces histoires se lisent avec un livre support, que je n'avais pas. Si je pense qu'un enfant de quatre ans aura sûrement quelques difficultés supplémentaires à se concentrer sans les illustrations, ces lectures sont suffisamment vivantes pour maintenir l'attention des petits lecteurs. Le format est court, puisque chacune de ces deux histoires dure une quinzaine de minutes. La lecture est mise en musique et différents acteurs accompagnent Marlène Jobert pour incarner les personnages secondaires.

Les histoires en elles-mêmes ne sont pas très originales. Si vous avez simplement vu la version Disney de Robin des Bois, cette lecture en propose une version encore plus écourtée. L'écoute de La Reine des Neiges m'a davantage intéressée, puisque comme je l'ai dit, je n'avais jamais lu ce conte. Il va maintenant falloir que je lise la version d'Andersen (disponible ici).

Simple mais efficace pour les jeunes lecteurs.

Glénat Jeunesse.

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05 juin 2017

Miss Charity - Marie-Aude Murail

Mi-Charity"GLADYS - Je serais que de vous, je garderais le plus jeune, çui qui fait l'acteur."

Dès son plus jeune âge, Charity Tiddler, membre de la bonne société londonienne, recueille toutes sortes d'animaux chez elle. Des souris, des lapins, des canards, et même un corbeau qui parle, rejoignent sa ménagerie. Si ses premiers pensionnaires succombent très vite à des soins inadaptées, Charity, grâce à ses observations, ses lectures et l'aide de deux complices (sa bonne Tabitha et sa gouvernante Mademoiselle), finit par garder auprès d'elle plusieurs de ses amis.
Parmi eux, Peter le lapin va notamment suivre Charity dans la bonne société, où il est mieux vu de chasser les maris que de monter des pièces de théâtre avec ses animaux de compagnie, et où toute jeune fille bien éduquée ne peut aimer passer son temps au Musée d'Histoire naturelle tout en rêvant d'étudier les sciences.

Ce livre est un véritable bonbon, une lecture qui enchantera toute personne qui envie aux enfants ce sentiment qu'ils peuvent tout imaginer et tout faire. Attention, n'allez pas imaginer que le ton est enfantin et que c'est une histoire simple et légère.
Miss Charity est une jeune fille vive, volontaire et très mature qui manie le second degré et sa langue maternelle avec une grande habileté. Si elle nous régale avec ses histoires et son univers, elle doit également composer avec la société victorienne et les drames de la vie. J'ai eu la gorge nouée en découvrant à travers les yeux d'enfant puis de jeune fille de Charity la vraie personnalité de Tabitha, personnage qui nous fait d'abord rire aux éclats avec ses histoires horribles et indignes d'une bonne qui s'occupe d'une petite fille, avant de devenir inquiétante puis d'une tristesse infinie.

"Et soudain, je me vis telle que j'étais, agenouillée et m'adressant à un lapin. N'étais-je pas une folle parlant d'une autre folle ? Des sanglots me secouèrent les épaules. Je me cachais les épaules. Je me cachai le visage entre les mains et pleurai sur mon enfance. Mon enfance défigurée."

La société victorienne n'est pas tendre avec ceux qui sortent du moule prévu pour eux. Être une femme libre et financièrement indépendante n'est pas convenable. Charity doit surmonter bien des obstacles, escroqueries et regards en biais pour s'imposer comme auteur. Heureusement, elle est entourée d'être bienveillants et un peu à l'écart qui la soutiennent à leur façon.
Les personnages de ce livre, les humains comme les animaux, sont vraiment ce qui en fait sa fraîcheur. Je n'ai jamais eu envie de lire les romans de Beatrix Potter, auteur que j'ai découvert à l'âge adulte, mais cette biographie romancée que lui offre Marie-Aude Murail a remis cela en question. Tous les amis de Charity sont merveilleux. Herr Schmal et Mademoiselle, les King, le petit Edmund, et bien sûr Kenneth Ashley. L'humour, la simplicité et la vivacité du ton employé par Marie-Aude Murail ainsi que la présentation des dialogues rendent ce texte aussi facile à lire qu'impossible à lâcher.

Et que dire des illustrations de Philippe Dumas ? Elles sont merveilleuses, drôles et tombent toujours à point pour illustrer les situations cocasses.

Il m'a fallu presque dix ans pour enfin lire ce livre dont j'entendais tant de bien. Mes grandes attentes ont été plus que comblées.

Et comme nous sommes en plein Mois Anglais, cette lecture tombe à pic pour participer.

3479040577

L'avis de Maggie.

L'Ecole des Loisirs. 479 pages.
2008 pour l'édition originale.

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27 janvier 2017

Vango. 1 : Entre ciel et terre - Timothée de Fombelle

Source: Externe

Alors qu'il s'apprête à être ordonné prêtre à Notre-Dame de Paris, la police arrive pour arrêter Vango. Le jeune homme utilise alors ses capacités de grimpeur pour échapper aux autorités. Mais le commissaire Boulard n'est pas le seul à vouloir discuter avec Vango. Des tirs de provenance inconnue rebondissent sur les pierre de la cathédrale sans atteindre leur cible, et une mystérieuse jeune femme rousse ne rate pas une miette de la scène.
Pourquoi ce garçon dont beaucoup pensent le plus grand bien est-il pourchassé par autant de gens ? Qui est-il ? Quel danger peut-il représenter ?

Timothée de Fombelle est un auteur que je souhaite découvrir depuis qu'il a séduit les lecteurs avec Tobie Lolness il y a déjà dix ans. Vango avait tout pour me plaire, et je suis à la recherche d'un coup de coeur jeunesse du niveau de La Passe-Miroir (dont le troisième tome est enfin achevé !!! ).
Timothée de Fombelle est un conteur de grande qualité. Ici, il mélange les genres. Certains personnages ont réellement existé : Hugo Eckener en tête, tentant de résister à la montée du nazisme, même si le plus inquiétant est évidemment Staline, dont l'ombre se contente de planer de façon menaçante pour l'instant. D'autres personnages semblent sortis tout droit des contes de fées, comme le violoniste, la jeune fille aisée qui passe ses nuits sur les toits, Mademoiselle, ses protecteurs et évidemment le grand amour de Vango (je n'en dis pas plus pour l'instant). Nous croisons même quelques pirates et une île mystérieuse et secrète.
Si Vango est le point vers lequel convergent tous les événements, nous découvrons son histoire par le biais des différents personnages qui l'ont cotoyé. Lui-même n'a pas tous les éléments en tête, et il devient vite évident qu'un mystère qui le dépasse largement entoure son passé. Quel rôle Hugo Eckener et ses amis ont joué pour qu'un cruel mafieux les pourchasse ? Quel est le lien avec Vango ? Où le commissaire Boulard a-t-il mis les pieds sans en avoir encore conscience ?

Il est difficile de se faire un véritable avis avec la seule lecture du premier tome de Vango qui expose les faits et soulève d'inombrables questions. Il suscite une curiosité et une envie vorace de découvrir le fin mot de l'histoire, ce que je vais m'empresser de faire.

Titine, Saleanndre et la chèvre grise ont également été conquise.

Je remercie Folio pour ce livre.

Folio. 448 pages.
2012 pour l'édition originale.

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08 juin 2016

La Passe-miroir. 2. Les disparus du Clairdelune - Christelle Dabos

couv49338046Après un premier tome enchanteur qui a conquis de nombreux lecteurs (dans l'actualité, Gallimard a proposé son concours du premier roman jeunesse pour la deuxième fois, et le lauréat vient d'être dévoilé), Christelle Dabos nous permet de retrouver ses personnages dans un deuxième opus à nouveau très réussi.

Ophélie doit cesser de dissimuler son identité et faire son entrée officielle en tant que fiancée du sinistre Thorn à la cour de Farouk, le redoutable esprit de famille du Pôle. Bien que celui-ci tombe curieusement sous le charme de la maladroite jeune fille, la position du clan des Dragons, décimé depuis le terrible accident de chasse du tome précédent, reste précaire. Quelqu'un semble de plus décidé à ce que le mariage de l'intendant et de la jeune animiste n'ait jamais lieu, par crainte qu'il ne permette le déchiffrage du Livre de Farouk. Cet enjeu semble si important que des disparitions commencent à se produire au Clairdelune, l'ambassade, le seul lieu sûr du Pôle jusqu'à présent.
Et comme la situation n'était pas assez inquiétante, la famille d'Ophélie annonce son arrivée au Pôle.

J'avais dévoré le premier tome, je n'ai fait qu'une bouchée du second. Retrouver le Pôle et ses illusions, ses complots, la maladresse d'Ophélie, les tentatives de Thorn de se comporter en être humain, a été un véritable délice.
L'intrigue avance beaucoup. Bien entendu, de nombreuses questions restent en suspens (Christelle Dabos ayant décidé de nous gâter avec quatre tomes), mais les personnages se dévoilent, et leurs projets également. Par ailleurs, nous quittons Ophélie à intervalles réguliers dans ce tome pour découvrir les souvenirs intrigants d'un jeune être. Le fameux "Dieu" (dont il est question de façon si succinte dans le tome précédent, qu'on pense à des passages sans importance), commence à apparaître, et il ferait presque peur.
La Déchirure qui a fait naître les arches se met à occuper une place de plus en plus centrale. L'intrigue amoureuse est également développée, et si les ficelles utilisées n'ont rien de très original, je n'ai pas boudé mon plaisir et le couple formé par Ophélie et Thorn a fait battre mon grand coeur.

Je pourrais regretter le fait que les membres de l'entourage d'Ophélie (Bérénilde en tête) semblent avoir été privés des aspects de leur personnalité qui en faisait des êtres avec lesquels on ne savait pas sur quel pied danser, mais ce deuxième tome est autant un coup de coeur que le premier.

A quand la suite ?

Gallimard. 549 pages.
2015.

 

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