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" La règle [...] est que les durs sont des faibles dont on n'a pas voulu, et que les forts, se souciant peu qu'on veuille d'eux ou non, ont seuls cette douceur que le vulgaire prend pour de la faiblesse. "

Le narrateur se rend à la soirée du Prince et de la Princesse de Guermantes sans savoir s'il est réellement invité ou victime d'une mauvaise farce. Apercevant Swann, il apprend des nouvelles déconcertantes concernant la position de ses relations au sujet de l'Affaire Dreyfus. C'est toutefois M. de Charlus qui lui réserve la plus grande des surprises. En effet, le narrateur l'aperçoit dans une situation équivoque avec un autre homme.
Plus tard, il retourne à Balbec, où l'absence de sa grand-mère se fait cruellement ressentir. M. de Charlus et Albertine sont aussi de la partie. Avec les Verdurin et les Cottard, ils se côtoient aussi bien dans les soirées mondaines que dans leurs nombreux trajets en train.

Lire Sodome et Gomorrhe a été un plaisir de bout en bout. J'ai déjà évoqué à quel point l'humour de Proust me touche, dans ce tome l'auteur nous propose des quiproquos hilarants. Si l'Affaire Dreyfus était omniprésente dans les tomes précédents, c'est l'homosexualité, celle du M. de Charlus  et celle que le narrateur soupçonne chez Albertine, qui occupe le devant de la scène ici. Elle n'est pas considérée de la même façon à Paris et à Balbec, et mêlée à la vie mondaine, on fait semblant de ne pas la voir.

Ce livre contient aussi les habituelles réflexions de l'auteur sur la nature humaine. Les pages concernant le deuil de la grand-mère du narrateur sont particulièrement émouvantes. Il soupçonnait déjà que l'on n'a pas la même apparence en fonction de qui nous voit, il découvre aussi que sa grand-mère bien-aimée lui avait dissimulé des incidents graves pour le préserver.

Si son comportement avec Albertine est loin de lui faire honneur, c'est aussi l'occasion pour le narrateur de réaliser les paradoxes contenus dans les liens d'affection. La jalousie, la vanité et la vulgarité ont de nombreuses occasions de s'imiscer dans les relations humaines tant les individus sont généralement peu sûrs d'eux. 

"C'est d'ailleurs le propre de l'amour de nous rendre à la fois plus défiants et plus crédules, de nous faire soupçonner, plus vite que nous n'aurions fait une autre, celle que nous aimons, et d'ajouter foi plus aisément à ses dénégations."

La séduction obsède le narrateur, indissociable selon lui du temps qui passe et qui emporte tout.

" On peut quelquefois retrouver un être mais non abolir le temps."

De nouveau, ce tome s'achève sur un coup de théâtre rendant nécessaire la lecture de la suite de l'histoire. La Prisonnière étant le tome sur lequel j'ai lu le plus d'avis mitigés, j'ai un peu d'appréhension mais je sais que je ne résisterai pas longtemps.

Le Livre de Poche. 765 pages.
1921-1922.