29 juillet 2022

A l'ombre des jeunes filles en fleurs - Marcel Proust

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« Théoriquement, on sait que la terre tourne, mais en fait on ne s’en aperçoit pas, le sol sur lequel on marche semble ne pas bouger et on vit tranquille. Il en est ainsi du Temps de la vie. »

Devenu jeune homme, notre narrateur évolue dans un premier temps dans le sillage de Madame Swann dont il aime la fille, Odette. Il fréquente un écrivain à succès, assiste à une représentation de la Berma et aspire au métier d’écrivain. Il se rend aussi à Balbec, au bord de la mer, avec sa grand-mère. Il y noue des amitiés et fait la connaissance d’une certaine Albertine.

Ce livre est celui de l’éveil amoureux, de la première déception et de cette envie que l’on a de découvrir ce sentiment si prisé. Proust évoque à merveille l’indécision de son narrateur face aux différentes jeunes filles qui l’entourent. Toutes incarnent son désir, plus théorique que réel, surtout dans un premier temps.

Toujours attentif aux détails de l’existence, notre narrateur prend conscience qu’il projetait alors avant tout ses fantasmes sur les êtres qu’il côtoyait, et qu’en chaque individu est contenu un passé, un présent et un futur. Les faux-semblants, les non-dits ou tout simplement les inévitables incompréhensions entre deux êtres distincts l’un de l’autre occupent une grande part du récit.

En toile de fond, Proust évoque aussi un monde qui évolue, et où l’art et l’esprit visent tellement haut que la confrontation au réel est parfois cruelle.

La lecture du premier volet m’avait enchantée. Ce second livre m’a replongée dans une ambiance confortable tant le milieu du narrateur est une carte postale de l’ancien monde, mais qui exprime en même temps toute la complexité des êtres et des événements.

Le Livre de Poche. 667 pages.
1919 pour l'édition originale.

Quatrième participation au challenge Pavé de l'été de Brize !

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16 juillet 2022

Le Nom de la rose - Umberto Eco

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« Mais alors, dis-je, à quoi sert de cacher les livres, si on peut remonter des visibles à ceux qu’on occulte ?

— À l’aune des siècles, cela ne sert à rien. À l’aune des années et des jours, cela sert à quelque chose. De fait, tu vois à quel point nous sommes désorientés.

— Et donc une bibliothèque n’est pas un instrument pour répandre la vérité, mais pour en retarder l’apparition ? demandai-je pris de stupeur. 

Alors que le pape, réfugié en Avignon, est en conflit ouvert avec Louis de Bavière, les ordres religieux se déchirent entre ceux qui choisissent la pauvreté, s'indignant devant l'opulence de certains ecclésiastiques, et les autres, qui les accusent de prôner l'hérésie. C'est dans ce contexte que Guillaume de Baskerville, ex-inquisiteur, se rend dans l'abbaye bénédictine du nord de l'Italie qui doit accueillir des émissaires des deux camps. Lorsqu'il arrive, accompagné par Adso, un jeune novice, l'un des moines de l'abbaye vient d'être retrouvé mort. L'abbé leur confie l'enquête, qui ne tarde pas à s'épaissir avec de nouveaux assassinats. La bibliothèque, dont la réputation est aussi grande qu'il est difficile d'y pénétrer, pourrait bien renfermer la clé du mystère.

A ceux qui, comme moi, reculent la lecture de ce livre par peur d'y trouver un texte indigeste, je souhaite apporter quelques éléments rassurants. Oui, Umberto Eco a écrit un texte dans lequel il met en scène des débats théologiques pointus qui ont bousculé la chrétienté. Certaines phrases sont écrites en latin et non traduites. Cependant, le propos est très clair et l'intrigue bien plus abordable qu'il n'y paraît. Umberto Eco réussit brillamment le pari de mettre à la portée du plus grand nombre ses connaissances et ses réflexions (un joli pied de nez à certains personnages de son roman).

Je ne suis pas friande de romans policiers (pour être honnête, cette lecture me l'a encore confirmé), mais il s'agit avant tout ici de réfléchir aux rapports entre les détenteurs du savoir et la diffusion des idées. L'hypocrisie des ecclésiastiques et leur brutalité sont mis en scène tout au long du roman. La luxure, qu'elle soit physique ou intellectuelle, empeste dans ce lieu censément habité par des hommes visant l'humilité.
Par ailleurs, l'énigme est un point d'appui pour sonder la nature humaine, celle qui cherche une logique, quitte à la forcer, celle qui aime les explications simples bien que tirées par les cheveux.

" Le devoir de qui aime les hommes est peut-être de faire rire de la vérité, faire rire la vérité, car l’unique vérité est d’apprendre à nous libérer de la passion insensée pour la vérité. "

Un livre qui vout fera sentir l'amour des livres et la frustration des manuscrits perdus à cause du fanatisme.

Le Livre de Poche. 763 pages.
Traduit par Jean-Noël Schifano.
1980 pour l'édition originale.

Nouvelle participation au Challenge Pavé de l'été de Brize !

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12 juillet 2022

Le Pays du Dauphin vert - Elizabeth Goudge

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« Trente-six ans ! s'écria l'hôtesse. Mais Madame, c’est sur un bateau à voiles que vous avez dû partir. »

William, Marianne et Marguerite grandissent ensemble dans les Îles Anglo-Normandes. Si les deux sœurs Le Patourel sont amoureuses de William, lui n’a d’yeux que pour la solaire Marguerite. Marianne est trop sûre d’elle, trop intelligente (et pas assez belle) pour trouver un mari.
Lorsque des années plus tard, William envoie une lettre depuis la Nouvelle-Zélande, c’est pourtant pour demander la main de l’aînée des sœurs. Un lapsus stupide, qui condamne le trio à une existence qui n’était pas celle qui était prévue.

Peut-on vivre sans trahir l’enfant qu’on était ?
Il y a dans ce roman mettant en scène des personnages plus complexes qu’attachants une magie permanente qui est celle de nos premières années. Aucun de nos héros n’est jamais parvenu à oublier le baiser sur la plage, l’escapade sur le « Dauphin Vert » en compagnie du Capitaine O’Hara et de son fidèle Nat, pas plus qu’il n’est possible de se débarrasser d’Old Nick, le grossier perroquet.

Au milieu des obstacles, nombreux, qui empoisonnent le mariage de William et Marianne, Elizabeth Goudge nous embarque dans de vraies aventures à travers les mers et les terres hostiles, à grands coups de descriptions enchanteresses (même si la vision est très colonialiste parfois).

Marianne n’est pas une femme naturellement attachante. Ambitieuse, orgueilleuse, jalouse, elle est impitoyable avec tous, obligeant son entourage à céder perpétuellement à ses exigences. Mais il y a souvent deux façon de voir les choses, et c’est sa détermination qui ouvre des perspectives après chaque échec. Avec une malicieuse pirouette, l’autrice nous rappelle également que si Marianne n’était pas l’âme sœur de William, l’inverse est aussi vrai. Même s’il ne l’envisage pas une minute, la certitude de Marianne qu’elle n’a pas pu épouser le mauvais homme épargne à son époux une belle déconvenue. L’amour, surtout quand il dure toute une vie, ne peut pas se contenter d'être un doux rêve naïf.

Une fresque passionnante qui devrait conquérir tous les amoureux de la littérature anglaise.

Libretto. 792 pages.
Traduit par Maxime Ouvrard.
1944 pour l'édition originale.

Deuxième participation au Challenge Pavé de l'été de Brize !

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04 juillet 2022

La Passe-Miroir - Christelle Dabos (relecture)

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Depuis la Déchirure, le monde est divisé en arches flottant dans le vide. Chacune est habitée par un ancêtre commun, l’Esprit de famille, qui a transmis des pouvoirs à ses descendants. Ophélie est une jeune fille d’Anima maladroite et discrète, travaillant dans un musée. Sa seule originalité est d’avoir refusé d’épouser deux de ses cousins éloignés. Elle ne peut pas se dérober lorsqu’un nouveau prétendant se présente. Et pourtant, il y a de quoi s’inquiéter. L’homme, Thorn, vient du Pôle. Grand, maigre et recouvert de cicatrices, c’est aussi un être particulièrement désagréable. Contrainte de quitter sa famille et son arche, Ophélie va se retrouver au milieu de complots auxquels sa vie d’animiste ne l’avait pas préparée.

Je lis peu de romans jeunesse, mais cette série découverte il y six ans est un titre vers lequel je reviens régulièrement.

L’univers créé par Christelle Dabos, depuis les objets qui s’animent aux constructions gigantesques que sont la Citacielle et la Bibliothèque de Babel, me plonge à chaque fois dans un ravissement absolu. L’autrice a remodelé pour le meilleur des idées piochées chez des artistes qui sont aussi parmi mes préférés.
Les personnages ne sont pas en reste. Même si je regrette vivement la quasi disparition de compagnons essentiels au fil des tomes, tous ceux qui apparaissent ont un charisme indéniable, et Ophélie en premier lieu est une formidable héroïne.

Loin d’être une histoire de rivalités de cour, ainsi qu’on le croit au premier abord, l’intrigue monte en puissance et finit par mettre au premier plan des éléments qui semblaient relever du détail dans les premiers livres.

Cette saga est une réflexion sur la mémoire, la conservation de l’histoire, la confrontation au réel. Il y est aussi question d’opportunisme, de soif de pouvoir, d’entraide et de libre arbitre.

Si vous faites partie des quelques oiseaux rares à ne pas vous être encore lancés, n’hésitez plus !

Première participation au challenge Pavés de l'été de Brize.

Les Fiancés de l'hiver. 528 pages. 2013.
Les Disparus du Clairdelune. 560 pages. 2015.
La Mémoire de Babel. 496 pages. 2017.
La Tempête des échos. 576 pages. 2019.

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