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"J’ai souvent songé à dévier le cours de l’histoire, à la détourner de son flux. Je ne l’ai jamais fait. Cela n’en valait pas la peine : toute vie a sa part de mystère, et je ne prétends pas en posséder les clefs. Le mystère est même un des attraits d’une vie."

Dominique Bona revient sur le parcours qui l'a conduite à écrire sur Romain Gary, Stefan Zweig, Berthe Morisot, Clara Malraux, Colette et d'autres encore. Romancière débutante mais soutenue en grande partie par son éditrice, Simone Gallimard, elle choisit un genre moins réputé qui lui vaudra une belle renommée. 

N'ayant jamais lu cette autrice auparavant, ce n'est pas son nom qui m'a donné envie de découvrir ces Vies secrètes, mais les personnages marquants de la vie artistique européenne dont elle a suivi les traces.

Le choix des sujets n'a pas forcément été évident. Certaines biographies ont mené aux suivantes, d'autres ont été commandées par des proches conquis par le travail de Dominique Bona. Parfois, un hasard a convaincu la biographe de débuter son travail de recherche. Prenant le contrepied de la tradition anglo-saxonne qui porte aux nues les biographies sommes (dont certaines m'attendent depuis une décennie dans ma bibliothèque), elle choisit de ne pas tout raconter. Je n'ai jamais lu Bona jusqu'à présent, mais ce parti pris de les ressusciter avant tout par le biais de ce qui constituait leur intimité rend ses personnages incroyablement touchants dans les quelques paragraphes qu'elle accorde à chacun ici. Je n'ai jamais lu une ligne d'André Maurois ou de Paul Valery, mais ce livre a dépoussiéré leur image dans mon esprit.

Evoquant Stefan Zweig, cet auteur dont la destinée fait encore rougir les Autrichiens aujourd'hui, elle écrit " qu'il n'aimait que les héros vaincus, humiliés. " Si ce n'est pas le cas de tous les sujets de Dominique Bona, on la sent particulièrement émue par les personnes que ses vainqueurs à elle ont blessées, souvent leurs épouses, dont les mérites ont été au mieux occultés au pire récompensés par un abandon (à la notable exception de Gala Dali).

Le travail du biographe est semé de tentations. Celle d'inventer (pourquoi les lettres d'Edouard Manet à Berthe Morisot ont-elles disparu ? ), de combler les blancs avec des suppositions. Celle d'abandonner le sujet central pour raconter l'histoire de personnages secondaires passionnants. Il doit également composer avec les embûches que l'on met sur son chemin (les portes claquées, les secrets enfouis, les découvertes pesantes). Mais c'est aussi le biographe qui a le pouvoir incroyable de rendre palpables des personnages et leur époque pourtant disparus depuis longtemps.

Gallimard. 318 pages.
2019.