08 février 2021

Ce que les hommes appellent amour - Joaquim Maria Machado de Assis

machado

- Conseiller, si les morts vont vite, pour les vieux tout va plus vite encore que pour les morts... Vive la jeunesse !

Après plus de trente ans à arpenter le monde pour mener une carrière diplomatique, le conseiller Aires est de retour à Rio. Veuf, sans enfant, il se reconstitue un cercle de connaissances. Alors qu'il se rend au cimetière en compagnie de sa soeur Rita, il aperçoit une jeune femme dont les traits retiennent son attention. Il s'agit de la veuve Noronha, dont le bref mariage a provoqué la rupture avec sa famille. Réfugiée chez son oncle, elle peut aussi compter sur l'amour des Aguiar, un couple de sexagénaires en mal d'enfant.
Rita observe que la belle Fidélia est si dévastée par la perte de son époux qu'elle ne se remariera jamais. Aires n'étant pas convaincu, le frère et la soeur lancent un pari.

En ce mois de l'Amérique Latine, je me suis dit que c'était l'occasion de découvrir un auteur qu'une lectrice de ce blog m'a conseillé récemment. J.M. Machado de Assis est un auteur brésilien dont je n'avais jamais entendu parler,  mais Wikipédia indique qu'il est " considéré par beaucoup de critiques, d’universitaires, de gens de lettres et de lecteurs comme l’une des grandes figures, sinon la plus grande, de la littérature brésilienne. " Dans sa bibliographie, Dom Casmurro et L'Aliéniste semblent particulièrement sortir du lot, mais ma médiathèque n'avait en stock que Ce que les hommes appellent Amour, le dernier de ses romans.

Cette lecture n'a pas été désagréable, mais je dois reconnaître que c'est une petite déception.

La forme du livre est plaisante puisqu'il s'agit du journal de Aires. C'est un homme sympathique et bienveillant. Bien que sa soeur le décrive comme "si vert qu'on [lui] donnerait trente [ans]" et que lui-même ne soit initialement pas complètement convaincu que le temps de l'amour soit révolu pour lui, il se place en tant qu'observateur et ne prend pas d'initiative.
Plus qu'un roman d'amour, ce livre met en scène la fin d'une génération et la montée en puissance d'une autre. Aires et les Aguiar ne bougeront plus, ils vivent des aventures en observant les plus jeunes. Ce sont eux qui leur procurent de belles joies, mais aussi qui leur brisent le coeur.
Derrière eux, le décor évolue aussi. L'esclavage est en passe d'être aboli définitivement, l'empire vit ses dernières années, la Vieille Europe retrouve de l'atrait.
Il y a un peu d'ironie, de la mélancolie, des médisances, des réflexions sur la nature humaine, mais je n'ai pu m'empêcher tout au long de ce livre de penser que d'autres ont fait la même chose, en bien mieux (Henry James, Giuseppe Tomasi di Lampedusa...). Il y a un manque de profondeur dans la description des personnages. Leurs pensées et même leurs actes restent écrits de façon trop superficielle pour permettre au lecteur de rentrer dans ce livre.

Je ne compte pas en rester là avec cet auteur malgré cet avis mitigé. L'Aliéniste en particulier m'intrigue beaucoup.

Métailié. 197 pages.
Traduit par Jean-Paul Bruyas.
1908 pour l'édition originale.

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