Le-reve-de-l-oncleDostoïevski ayant passé quelques années au bagne, il reprend sa carrière littéraire avec Le Rêve de l'oncle.

Nous sommes à Mordassov, petite ville de province où la société s'ennuie et est très loin du faste de Saint-Petersbourg. Lorsqu'un vieux prince commence à séjourner dans la cité, tout le monde se précipite pour être admis dans son entourage le plus proche. Maria Alexandrovna, l'une des dames les plus influentes de la ville, va même tenter de s'approprier les biens du vieil homme en le mariant à sa fille unique.

Moi qui avais de Dostoïevski l'image d'un auteur torturé, je découvre depuis que j'ai le courage d'ouvrir ses romans qu'il avait en réalité beaucoup d'humour.
Le Rêve de l'oncle est presque une comédie que l'on pourrait jouer sur scène tant les décors et les personnages s'y prêtent. Tout est là : les dames de Mordassov, qui écoutent aux portes, savourent toutes les rumeurs scandaleuses et qui sont prêtes à s'arracher un vieux prince à moitié sénile, une jeune fille que la rumeur dit déshonorée et non mariée à vingt-trois ans, le père de cette dernière, complètement soumis et terrifié par son épouse et le prétendant qui ne saisit pas qu'il n'est qu'un dernier recours. Quant au personnage de l'oncle, il est tour à tour ridicule et pathétique, et l'auteur en fait une description irrésistible.

" Tous les remèdes de l'art ont été employés pour grimer cette momie en jeune homme. La perruque, les favoris, les moustaches, la barbe à la royale, étonnants, d'une couleur noire exceptionnelle, recouvrent une moitié du visage. Le visage est fardé de blanc et de rouge avec un art extraordinaire, et l'on n'y voit presque pas une seule ride. Où ont-elles disparu ? - mystère. Il est habillé à la dernière mode, comme si on venait de l'extraire d'un journal de mode. Il porte une espèce de jaquette, ou quelque chose de ce genre, je vous jure, je ne sais pas comment ça s'appelle vraiment, sauf que c'est quelque chose du dernier cri et de très contemporain, créé pour les visites matinales. "

Il ne s'agit clairement pas d'un roman qui aurait à lui seul pu faire la réputation de Dostoïevski. Le sujet n'est pas très original ni traité en profondeur. Pourtant, Le Rêve de l'oncle est une œuvre très plaisante que l'auteur, qui s'adresse directement à son lecteur dans son texte, semble avoir écrit avec beaucoup de bonne humeur.

Babel. 238 pages.
Traduit par André Markowitz.
1855-1859 pour l'édition originale.