06 septembre 2018

Une Place à prendre - J.K. Rowling

placeBarry Fairbrother, conseiller paroissial à Pagford et père de quatre enfants très apprécié, s'écroule le soir de son dix-neuvième anniversaire de mariage, victime d'une rupture d'anévrisme. Les habitants de la bourgade sont choqués, mais très vite ce sont surtout les prétendants à sa succession qui se manifestent. D'un côté, certains voudraient préserver le travail de Barry en faveur d'un quartier défavorisé et d'une clinique à destination des toxicomanes. De l'autre, les notables locaux, emmenés par Howard Mollison, entendent bien profiter de l'occasion pour se débarasser de ceux qu'ils jugent indignes d'attention.

J'ai commencé cette lecture en imaginant retrouver l'auteur de Harry Potter dans son univers habituel. Si on peut retrouver dans ce livre le soin habituel que J.K. Rowling met dans ses personnages, le parallèle avec sa série phare s'arrête là. Et encore, je n'étais pas au bout de mes surprises. L'auteur a un style cru, sarcastique. Aucun de ses personnages, à l'exception des adolescents, qui sont avant tout des victimes, ne peut se vanter de vouloir autre chose que satisfaire sa petite personne. J'étais décidée à me moquer d'eux tout en grinçant occasionnellement des dents. Finalement, il n'y a rien d'amusant dans Une place à prendre. J'ai ragé contre ces ordures de Mollison, espérant jusqu'au bout qu'ils finiraient par mourir dans d'atroces souffrances, les mots de Parminder à sa fille harcelée et mal-aimée m'ont soulevé le coeur et les discours des conseillers paroissiaux sur l'argent inutilement dépensé pour les plus défavorisés m'ont trop rappelé les politiques actuelles pour que je me sente autrement qu'impuissante. Je crois que c'est ce qu'il y a de pire dans ce livre. Il a l'air caricatural, mais les propos tenus par les personnages, sur les services d'aide à l'enfance, la mixité sociale ou les allocations n'ont rien d'inventé.

« … mentalité d’assisté, disait Aubrey Fowley. Des gens qui n’ont littéralement jamais travaillé de leur vie.
— Et, voyons les choses en face, ajouta Howard, la solution à ce problème est très simple. Qu’ils arrêtent de se droguer. »

Il faut un temps d'adaptation avant d'identifier clairement la multitude de personnages, adultes et adolescents, dont nous suivons les traces. J'ai cru comprendre que certains avaient trouvé que l'auteur prenait trop de temps à poser son cadre, mais je n'ai pas eu ce sentiment. Ce n'est pas un roman rempli d'action, c'est certain, et j'imagine que cela a causé de nombreuses déceptions. Pour ma part, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Ce dont l'auteur parle, c'est de la vie de tous les jours, avec simplicité et éloquence. A moins d'être de mauvaise foi, après avoir lu ce livre, on ne peut plus considérer que vouloir une grossesse et vivre des allocations est forcément un acte stupide et égoïste. Parfois, c'est une question de survie, la seule porte de sortie possible.

Une fable sociale désenchantée et cruelle, qui prouve que J.K. Rowling est un auteur capable de proposer des oeuvres très différentes sans sacrifier son talent. J'ai hâte de la découvrir en tant qu'auteur de romans policiers désormais.

Karine a adoré mais Maggie a été très déçue (une telle discordance entre nous deux est surprenante ! ).

Grasset. 20h57.
Traduit par Pierre Demarty.
Lu par Philippe Résimont.
2012 pour l'édition originale.

pavé